|
| Éditorial : Sciences sociales et concepts islamiques, 'Dr. Abdulaziz
Othman Altwaijri' |
| La
culture islamique : ses caractéristiques et les voies et
moyens pour son développement, 'Mohamed Larbi Khattabi' |
| Perspectives
de coopération entre le Monde islamique et les autres
sociétés, perçues à travers le dialogue, 'Dr. Ahmed Sidqi Dajjani' |
| L'avenir de l'Islam face aux
puissances hostiles, 'Dr. Mohamed Dassuqi' |
| Les Droits de l'Homme : Évolution, principes et
applications, 'Dr. Sabah Zangannah' |
| L'art traditionnel islamique dans la perspective de
l'avenir, 'Dr Afif Bahansi' |
| La culture de l'enfant musulman entre le concept de la
sainte nature et les influences étrangères, 'Dr. Mustapha
Ahmed Ali' |
| Islam et Civilisation, 'Dr. Ahmed Abderrahim Al-Sayeh' |
| Connaissance du Monde islamique : La République Arabe
Syrienne | |
La Culture islamique, ses
caractéristiques et les voies et moyens pour son
développement
Mohammed Larbi Khattabi
Signification et étymologie
Le terme arabe "thakàfa" a pour étymologie le
verbe "thakifa", verbe transitif qui signifie maîtriser une chose, la
comprendre, l'appréhender, l'apprendre vite. Le substantif "muthakkaf" a le sens
de éveillé, adroit. Il signifie selon le dictionnaire de "Lisàn al Arab" qu'il a
une connaissance sûre de ce qu'il a besoin de comprendre.
Pour les langues européennes, le terme "culture" a
pour origine étymologique "culture" qui signifie travail agricole du sol, terme
dont le sens a évolué à travers le temps pour signifier par extension cultiver
l'esprit, lui apporter ce qui lui est utile, ce qui développe ses facultés et,
par conséquent, éduque le bon goût, affine les sens, et apure le jugement par
des exercices intellectuels appropriés.
Le Dr. Roustan écrit ceci : "Le savoir est la
condition de la culture, il "n'en est pas la condition suffisante... C'est
surtout à la qualité de "l'esprit- "que l'on songe quand on prononce le mot
culture, à la qualité du jugement et du sentiment..."(1)
La signification anglo-saxonne du mot culture est
presque similaire au sens donné au terme civilisation.
Encyclopédia Britannica a inséré le mot culture
sous la même rubrique que le mot civilisation, pour préciser que la culture est
un mode de vie mené par un groupe humain donné :
"La culture est le mode de vie d'une collectivité
humaine. Elle couvre toutes les formes de comportement apprises et normalisées
qu'utilise un membre de la collectivité et que d'autres membres attendent et
reconnaissent. Prise dans une acception plus large, la culture se réfère aux
modes de vie qui caractérisent tous les êtres humains et non les animaux".(2)
A la lumière des précédentes définitions, nous
pouvons dire que la culture constitue une aspiration de l'homme, intellectuelle
et affective, vers la réalisation de sa promotion, de son renouvellement et de
sa transcendance. Elle est en même temps une qualité qui s'acquiert par
l'exercice et l'initiation intellectuelle. La culture n'est possible que grâce à
l'acquisition d'une masse de connaissances générales qui développent l'esprit et
l'enrichissent dans le but d'amener les gens -individus et groupes- à se doter
de qualités morales susceptibles d'élever le niveau de leurs connaissances et de
leurs sentiments, et de leur permettre de pouvoir formuler des jugements justes
et précis qui s'harmonisent avec la foi dans les idéaux de leur vie. De là, on
peut comprendre que la diversité est -quelle qu'en soit la source- le trait
caractéristique de la culture humaine.
Les éléments essentiels de la connaissance sans
lesquels aucune culture n'est concevable et possible sont : la langue, les
signes, les arts, les lettres, les sciences, les croyances religieuses, la
philosophie, les valeurs sociales.
En plus de ces éléments, il faut considérer que le
développement de la culture dépend en grande partie de l'esprit créatif de
l'homme, que doit nourrir une imagination fertile, une large vision des choses
de la vie, une aspiration toujours tendue vers des horizons toujours plus
vastes, et une profonde réflexion sur les créatures et les phénomènes qui
peuplent l'univers. Mais ce développement ne saurait se réaliser que dans un
climat de liberté bien comprise, et conséquemment, de respect de la dignité
humaine.
La culture islamique
Partant de là, le concept de culture islamique
sous entend un ensemble de connaissances juridiques et jurisprudentielles,
scientifiques, philosophiques, linguistiques, littéraires et artistiques nées,
formées et développées au sein des pays musulmans. Le savoir musulman est
caractérisé par une ouverture bien comprise sur les autres cultures humaines
dans une interaction généreuse et fertile.
Il est à préciser à ce propos que la culture
islamique s'est formée et développée grâce à la contribution des nations et de
peuples de langues, de races et de coutumes sociales diverses. Cette
contribution s'est bien sûr réalisée sous la bannière des valeurs spirituelles
et morales de l'Islam.
Dans ce même sens, précisons également que la
culture islamique a bénéficié de l'apport d'un certain nombre de chercheurs,
théoriciens, et hommes de sciences non musulmans, particulièrement des chrétiens
ayant vécu au sein de la Terre d'Islam et ayant apporté leur concours précieux à
cette culture et à ce savoir islamique.
Développement : définition et portée
Le terme "tanmya" (développement) en langue arabe
a pour étymologie le mot "numuw" qui signifie augmentation, extension,
diffusion, développement.
Dans les langues européennes, "développement" a
également -du point de vue linguistique- les mêmes connotations, sur le plan de
la terminologie, contemporaine ; "développement" signifie un ensemble de moyens,
étudiés et utilisés, mobilisés pour aboutir à des objectifs précis, selon un
plan bien établi visant à relever la valeur matérielle et spirituelle de l'homme
et à le doter des possibilités nécessaires à cette fin dans les divers plans
socio-économique, culturel et scientifique, la finalité étant la participation
active de l'homme au progrès humain de sa société, progrès fondée bien entendu
sur la justice, l'égalité et l'équilibre des chances.
Sous cet angle là, le développement culturel qui
nous intéresse ici n'est pas une simple quantité calculée en paramètres
mathématiques ou géométriques. Il s'agit plutôt d'un programme planifié et bien
conçu dont les résultats devront être qualitativement calculés et appréciés
selon la valeur spirituelle qui en découle.
Autrement dit, ces calculs doivent conduire à la
participation de chacun à l'effort de tous et permettre à tous de bénéficier
également et selon les mérites de chacun des richesses de la culture et du
savoir.
Un des autres objectifs du développement culturel
consiste à réaliser les conditions appropriées pour susciter les potentialités
créatrices chez l'homme aussi bien à partir du monde métaphysique que du monde
réel. Il s'agit là, bien sûr, d'un des aspects les plus importants du
développement, car sans cet aspect, la culture restera un simple ressassement de
vieux modèles et un rebâchage ennuyeux de moules dépourvus de l'élément vecteur
du développement.
Selon la conception que nous lui assignons ici, le
développement est-une innovation de notre époque. C'est à partir de cette
conception et à cette fin que s'édifient aujourd'hui les politiques des États,
que sont mobilisés des investissements humains, financiers et techniques
importants et que sont établis et mis en œuvre des plans et des programmes
précis. Cela ne veut pas dire que cette notion de développement dans son sens
général et positif était totalement absente des esprits des tenants de la
culture islamiques et de ses premiers promoteurs au cours des siècles révolus.
Nous n'en voulons pour preuve que le nombre impressionnant de mosquées, d'écoles
et d'universités qui bénéficient de la diligence du pouvoir, et de l'intérêt que
leur accordaient les particuliers et les communautés par le biais des biens de
mainmorte et des investissements du trésor public. Les bibliothèques privées et
publiques étaient largement répandues à travers le monde musulman. Les ouvrages
scientifiques étaient partout disponibles grâce aux efforts soutenus des
écrivains, des calligraphes et du public à la fois. Les diverses expressions
artistiques bénéficiaient de la protection des autorités et des notables de
l'État, telles la calligraphie, la décoration, la reliure, la musique, en plus
de l'architecture dont les diverses expressions sont toujours présentes à nos
yeux jusqu'à notre époque contemporaine.
En somme le développement culturel jouissait dans
le passé, particulièrement pendant son âge d'or, du consensus général et de
l'encouragement accordé en commun à cette promotion par le pouvoir, les penseurs
et les hommes de science. La concrétisation de cette promotion culturelle se
réalisait -bien que spontanément- sous leur responsabilité à tous et avec leur
concours matériel et moral, conformément à la tradition islamique qui ordonne
aux hommes et aux femmes la quête de la science.
Mais lorsque les pays commencent à ignorer leurs
devoirs et à délaisser leurs obligations matérielles et morales, ils se
déstabilisent, faiblissent et perdent ainsi leurs droits fondamentaux, et en
premier lieu, le droit au savoir et à la science.
Part et place de la culture islamique dans le
progrès scientifique
Le message islamique qui a connu une expansion
rapide à travers de nombreux pays d'Asie, d'Afrique et du Nord du bassin
méditerranéen a constitué sans doute un vecteur dynamique puissant qui a éveillé
les consciences humaines, incitant les esprits à œuvrer pour acquérir la
connaissance, à s'engager dans la voie de sa recherche, à approfondir son
contenu et préciser les méthodes et les voies qui y conduisent.
L'État islamique naissant a vu dès lors se ranger
sous sa bannière des peuples de races, de langues et de traditions diverses pour
embrasser sa religion, et répandre son message appelant à la foi dans l'unicité
de Dieu, à l'établissement de la justice, au respect des valeurs morales, à la
tolérance, la sagesse et l'acquisition du savoir comme les voies possibles pour
la promotion de l'individu et de la société.
C'est ainsi que des chemins ont été balisés et
aplanis pour permettre la communication et l'échange dans les domaines de la
pensée, de l'expression, des traditions et du mode de vie à travers l'ensemble
du territoire islamique, de son Orient jusqu'à son Extrême Occident.
C'est grâce à cette symbiose que s'élargirent les
horizons humains et intellectuels du monde musulman et que se réalisa l'éclosion
d'une culture islamique vivante, étendue et spécifique à l'expansion de laquelle
ont participé les musulmans, et ceux des non-musulmans qui ont cohabité avec eux
sous l'étendard de la paix islamique.
Depuis sa naissance jusqu'à notre époque
contemporaine, la culture islamique a traversé des étapes successives de flux et
de reflux, de mouvement et de stagnation, sans pour autant jamais perdre de son
caractère propre et original que lui ont conféré l'essence même de l'Islam et la
vigueur toujours renouvelée de cette religion humaniste et universelle.
Dans ce long parcours, les étapes traversées par
la culture islamique ont été interdépendantes et se sont entremêlées les unes
aux autres, ceci parallèlement aux changements politiques et socio-économiques
que les pays musulmans ont connus sous l'influence de facteurs historiques et
géographiques à la loi desquels aucune nation n'est sensée échapper.
Il était tout à fait logique et normal que la 1ère
étape de la culture islamique commençât par la collecte méthodique des
connaissances, que ce fût dans le domaine de l'exégèse que dans celui de la
recension méthodologique et critique du hadith et de la biographie des
compagnons du Prophète, ou bien encore la recension générale de la langue arabe
de la Révélation.
Puis succéda à cette phase, l'étape de la maîtrise
du savoir collecté, de son analyse et de la synthèse qui en furent effectuées.
Dès l'aube du 3ème siècle de l'Hégire (Xème
siècle) des centaines d'ouvrages, de travaux et d'études critiques et
analytiques commencèrent à circuler à travers le monde musulman dans les
diverses branches du savoir que des savants et des chercheurs éminents se
mobilisèrent à développer.
C'est ainsi que des doctrines et des écoles virent
le jour en matière de grammaire, après que celle-ci vit s'établir ses fondements
et ses règles didactiques. Des lexiques, des dictionnaires et des ouvrages
linguistiques se multiplièrent à l'envi. Les doctrines en matière de droit et de
jurisprudence se développèrent, alors que d'autres sciences naquirent concernant
les origines et les sources du droit musulman, la théologie, la philosophie, la
poétique, la rhétorique, l'art de la controverse et de la polémique ... A côté
de ces productions, on peut également citer les multiples ouvrages traitant de
la géographie, la politique, l'épistémologie, l'histoire des sciences, et les
biographies des savants.
Parallèlement à ces travaux, les esprits musulmans
s'ouvrirent sur les civilisations aînées et les cultures passées.
Contentons-nous à ce propos de rappeler les innombrables travaux de traduction
du patrimoine culturel de l'humanité grec, persan et indou.
Les facteurs et mobiles qui ont suscité
l'ouverture islamique sur ce patrimoine sont nombreux et variés, parmi lesquels
nous citerons la tenace volonté de puiser dans les sources du savoir et d'en
multiplier les voies. On peut également rappeler à ce propos l'existence de
centres de rayonnement culturels éminents dans les régions devenues partie de la
terre d'Islam, telles Alexandrie, Djundaysà bùr au Kurdistan, Orfa (ou l'Édesse
grecque), Nacibin... Les khalifes les ont conservés et sauvegardés, et les hauts
responsables les ont placés sous leur protection. L'Islam a longtemps bénéficié
de leurs savants, leurs professeurs et leurs bibliothèques scientifiques.
C'est ainsi que le mouvement culturel a pu se
développer activement et que les bonnes volontés se mirent à l'étude des
mathématiques, de la philosophie, la logique, l'astronomie, la médecine, la
pharmacie, la musique..., ce qui insuffla une nouvelle vie dans l'ancien
patrimoine culturel de l'humanité qui dépérissait dans ses centres de
rayonnement à la suite de la chute de l'Empire romain d'Occident au 5ème siècle.
Cette seconde étape du développement culturel
islamique fut -disions nous- caractérisée par une ouverture réfléchie des
esprits sur les anciennes cultures classiques, assimilées par l'univers
islamique et assujetties à une nouvelle vision de la vie et du monde, a ouvert
le champ à un élargissement de plus en plus vaste des horizons de la culture
islamique, à son développement et à la diversité de ses sources, ce qui a permis
à cette culture de s'engager résolument dans la voie de l'innovation et de
l'originalité, et de rayonner à travers le monde, particulièrement en Europe
occidentale à la veille de sa Renaissance.
Aussi conviendrait-il de considérer la
contribution de la culture et de la civilisation islamiques au progrès
scientifique de l'humanité à partir de deux angles différents :
Primo : Sous l'angle du temps et de l'espace. En
effet, la culture islamique a continué à régner souverainement sur une vaste ère
géographique constituant désormais le monde islamique et s'étendant à trois
continents : l'Asie, l'Afrique et l'Europe, et ce durant toute l'époque que les
historiens ont convenu d'appeler le Moyen-âge, période durant laquelle l'Europe
occidentale ne jouait aucun rôle dans le mouvement culturel et civilisationnel
humain dominé alors par les centres de rayonnement musulmans dans les deux
villes saintes d'Arabie, à Damas, Baghdad, Cordoue, Kairouan, Fès, le Caire, le
Rayy, Khuwarizmi, Ispahan, Samarcande, Bukhàra, et dans bien d'autres capitales
scientifiques islamiques.
Ainsi, on peut constater que le monde musulman a
marqué de son empreinte propre sa présence culturelle au cours d'une période
importante de l'histoire universelle et à travers un immense territoire.
Son mérite est indéniable quant au rôle qu'il a
assuré pour joindre les chaînons du passé ancien à ceux du Moyen Age et de la
Renaissance.
Secundo : Sous l'angle de l'impact qui a marqué le
progrès scientifique et intellectuel à l'extérieur du monde islamique. Ce second
élément est intimement lié au premier, du fait que le développement de la
culture et de la civilisation ne connait pas de limite géographique à son
extension et à son progrès. En effet, l'État musulman n'a pas hésité à puiser
dans les sources des cultures humaines antiques auxquelles il s'était frotté
soit par la voie de la traduction, soit par la protection et la sauvegarde des
centres scientifiques et de leurs responsables, soit enfin par la voie directe.
La même situation fut celle de l'Europe
occidentale qui a accordé depuis le XIème siècle une particulière attention à
cette question en traduisant les ouvrages islamiques principaux en matière de
philosophie, d'astronomie, de mathématiques, de médecine, de musique, etc. tels
que les écrits de Khuwarizmi, Kindi, Fàràbi, Battàni, Ibn al-Haïtham, al-Batzùji,
Avicenne, Zahraoui, Ibn Tufaïl, Avezoar, Averroes, et tant d'autres.
La traduction n'a pas été l'unique vecteur de
l'expansion en Europe de la culture et de la civilisation islamiques. On n'en
voudra pour preuve que l'introduction dans ce continent d'un certain nombre
d'éléments culturels et civilisationnels islamiques telles que l'architecture,
la musique, la poésie, les pratiques administratives commerciales et agricoles,
la fondation d'universités, etc., autant d'éléments ayant encore besoin d'être
profondément étudiés par les spécialistes musulmans et autres experts en
histoire des civilisations et des sciences héritées de nos ancêtres, lorsqu'ils
auront achevé leurs recherches en matière d'héritage scientifique légué par ces
mêmes ancêtres.
A ce propos, Fuad Sizkine précise avec justesse
que l'étude sérieuse des travaux des savants musulmans doit précéder celle de
leur influence sur l'époque de la Renaissance européenne (3).
Un certain nombre de chercheurs occidentaux se
sont déjà penchés sur l'examen du transfert à l'Europe des sciences islamiques
par l'intermédiaire de Byzance, Tolède, la Sicile, Salerno...
D'autres savants parmi lesquels l'orientaliste
français André Mickel continuent à penser avec raison qu'il existe encore des
lacunes à combler dans les nouvelles recherches effectuées dans le domaine de
l'histoire des Sciences, de la grammaire, de la philosophie, de l'architecture
urbanistique, de la poésie des troubadours et dans tant d'autres domaines
encore (4).
Il est utile de souligner par ailleurs que, dans
ce domaine, le passage de savants des territoires musulmans à certains centres
européens d'activité scientifique constitue une autre forme de rencontre
civilisationnelle et culturelle entre l'Orient et l'Occident. Citons à ce propos
l'exemple de Constantin l'Africain, originaire de l'Occident musulman qui a
procédé au transfert à l'Europe des connaissances scientifiques qu'il a étudiées
et traduites et dont il s'est approprié les ouvrages islamiques après s'être
installé en Italie. Citons par ailleurs Charif al Idrissi. (an 1100) qui a
émigré en Sicile pour se mettre au service du Roi Roger II. Citons également Abù
Bakr Rakkùni de Murcie (7ème siècle de l'Hégire), médecin, mathématicien et
polyglotte andalou qu'Alphonso X, après avoir occupé Murcie, a chargé de diriger
une école où ce savant "enseignait la science à ses élèves dans leur propre
langue", selon l'expression même de Lisàn ad-Dine ibn al-Khatib(5). Citons
encore l'exemple du géographe Hassan al-Wazzan, connu chez les occidentaux sous
le pseudonyme de Léon l'Africain ; l'Europe a amplement bénéficié du savoir de
ce savant et de ses vastes connaissances lorsqu'il résidait en Italie au XVIè
siècle. Il y rédigea en latin un certain nombre d'ouvrages dont les deux plus
importants sont sa "Description de l'Afrique" et un lexique
arabo-latino-hébraïque.
En outre, un certain nombre de Juifs arabisants,
ayant vécu en territoire islamique d'Andalousie et ayant eu de ce fait des
professeurs andalous musulmans ont joué un rôle éminent dans la traduction en
latin et en hébreu des œuvres scientifiques arabes après avoir émigré vers les
principautés chrétiennes du nord de l'Andalousie.
Les analyses de la culture islamique et de sa
spécificité effectuées par les orientalistes et les historiens des sciences sont
diverses et variées. On ne saurait dans ce propos sommaire, accorder à cette
question tout l'intérêt qu'elle mérite. Cependant, il serait fort à propos de
résumer ici un avis des spécialistes en histoire des sciences que nous avons
relevé dans un de leurs ouvrages récemment paru, et qui retrace les traits
essentiels de cette histoire. Il y est précisé que les savants arabes traduits
dans les langues européennes particulièrement au latin ne s'étaient pas
satisfaits du rôle de transmetteurs des œuvres de l'antiquité classique. Bien au
contraire, ils ont commenté et complété celles-ci. On y trouve aussi, écrit
l'auteur de cet ouvrage, des recherches complètement différentes du savoir grec.
Les Arabes, conclut-il, ont transmis à travers leurs écrits des savoirs venus
d'Orient, d'Inde en particulier. Mais ils ne se sont pas satisfaits du rôle
d'intermédiaire, ils ont modifié, amélioré, transformé et ils ont créé à partir
des richesses acquises et de leur propre civilisation.
Ainsi et comme nous le voyons, le savoir qu'ils
ont transmis à l'Occident européen a sa propre identité profondément originale
par rapport à ses initiatrices grecques ou indiennes (6).
Bien sûr, par la suite, la culture islamique a
connu une ceraine stagnation dont le caractère négatif s'est approfondi et
prolongé depuis le 9ème siècle de l'Hégire (15ème siècle), c'est à dire après la
chute du royaume naçride de Grenade. Cependant l'influence de cette culture a
continué malgré tout à se faire sentir dans cette même Europe, ne fût ce que
d'une manière bien atténuée et dans certains domaines limités aux lettres, au
soufisme et à l'architecture et l'urbanisme.
Nombreux sont les artistes européens qui se sont
inspirés dans leurs travaux du patrimoine artistique légué par les musulmans de
Grenade, Séville, Cordoue, et la Sicile. Les magnifiques miniatures persanes et
turques continuent jusqu'à présent à susciter l'admiration des artistes et
chercheurs d'Occident. Les travaux d'architecture urbanistique réalisés par
l'architecte turc Mohammad Sinàn (1489-1588) ont suscité par leur beauté
l'ébahissement des spécialistes européens de l'époque de la Renaissance.
En Europe, les hommes de culture, particulièrement
ceux du 18ème siècle, ont eu l'occasion de prendre connaissance des magnifiques
œuvres du patrimoine islamique dans les domaines de la littérature, de la morale
et du soufisme, traduites dans leurs langues comme les contes des Mille et une
Nuit, les quatrains d'Omar Khayyam et les poèmes de Saâdi de Shiràz, ainsi que
des œuvres éminentes tels le Guide des Égarés de Ghazali, le Collier de la
Colombe et le Livre de la Morale et de la Bonne conduite, de l'andalou Ibn Hazm,
le Langage des oiseaux, de Farid ad Dîn al-Attar, certains écrits d'Ibn Arabi
al-Hatimi, les Prolégomènes (al-Muqadimat) d'Ibn Khaldoun et tant d'autres
œuvres encore qui ont reçu de l'Occident un accueil général plein de sympathie
de la part de tant d'artistes et d'hommes de lettres et qui se sont spécialisés
dans la traduction de nombreux ouvrages islamiques qu'ils ont vulgarisés,
étudiés, commentés et fait connaître à leurs pairs.
3. Spécificités de la culture islamique
Un trait essentiel caractérise les cultures des
peuples, à savoir un penchant naturel à vouloir traduire et exprimer les
aspirations et les préoccupations culturelles, affectives, sentimentales à
concevoir et réaliser les valeurs morales et esthétiques qui aident l'individu
-dans son milieu géo social- à dominer et dompter ses instincts, à éduquer ses
sentiments et à libérer les énergies créatrices enfouis dans les esprits et les
cœurs.
Les cultures humaines divergent dans leurs formes
et leurs fonds à la mesure des différences qui séparent les nations et les
peuples dans les domaines des croyances religieuses, des mœurs et coutumes et
traditions sociales, de l'environnement naturel, des relations de voisinages
historiques et géographiques ainsi que d'autres facteurs qui influent
positivement ou négativement sur le comportement des hommes et la conception des
idéaux de la société.
Il va sans dire que la culture qui est née et
s'est épanouie sous la bannière de l'Islam, au développement de laquelle ont
contribué des peuples divers, constitue l'une des principales civilisations
humaines en raison de son impact positif sur le progrès des connaissances
humaines et l'essor des civilisations. La culture islamique se caractérise par
des particularités, fondamentales, certes communes à d'autres civilisations
humaines, mais avec certaines nuances pouvant être relevées par des observateurs
perspicaces.
Ces différences peuvent se résumer comme suit :
— La vision globale
Le dogme musulman se fonde essentiellement sur le
principe absolu de l'unicité divine, celle de la foi en un Créateur unique qui
gère Sa création dans Sa toute Mansuétude divine, Sa grande Sagesse éternelle.
Il en découle pour le croyant son engagement
d'obéir au culte islamique, de respecter les règles sur lesquelles se basent les
rapports et le commerce des hommes, la conduite morale commandée par la charia'
ou loi coranique de l'Islam.
Il en découle sur le plan moral, la nécessité
d'une vision globale de la vie prenant en considération l'interférence et
l'interpénétration des éléments existentiels dans le cadre d'un ordre idéal où
ne joue aucun hasard, car Dieu n'a rien créé au hasard ni vainement. "Il a
plutôt donné toute chose à Ses créatures et les conduisit dans la bonne
direction" (Coran - Taha, ch. XX, 50).
Il est le Créateur éternel, veillant
continuellement sur Sa création.
Ces principes primordiaux ont eu une profonde
influence sur la conduite des connaissances islamiques dans le droit coranique,
les sciences et la philosophie.
Les méthodes diverses, les objectifs différents,
et les moyens multiples qui ont été utilisés pour l'application et la mise en
œuvre de ces principes visent ensemble une finalité commune, celle de protéger
l'être humain dans son entité absolue, de sauvegarder sa conscience, sa
religion, sa progéniture, ses biens matériels.
Ce sont là bien sûr des nécessités sans lesquelles
aucune société humaine valable ne saurait exister. A la lumière de ces
considérations, les sciences, les connaissances et les diverses industries ne
sont plus désirées pour elles mêmes, mais pour l'intérêt et le bénéfice qu'en
tirent l'individu et le groupe social.
Interdépendance des connaissances
Les premiers penseurs musulmans ont scindé les
connaissances en deux branches principales : les sciences rationnelles (Ma'koul)
et les sciences transmises (Mankoul). Ils ont procédé à la classification des
diverses branches de la science à partir de cette division effectuée pour de
pures considérations scientifiques.
Le premier chapitre de cette division comporte
essentiellement les sciences du droit canonique musulman ou "chari'a", et la
linguistique, le second chapitre comprenant l'ensemble des autres branches, à
savoir la philosophie, la théologie, la logique, les mathématiques,
l'astronomie, les sciences naturelles, la médecine, les arts tels que la
musique, la physique, les arts de la guerre, etc.
Cette classification détaillée a été consignée par
les savants musulmans dans des ouvrages d'épistémologie tels Farabi, Khuwarizmi,
Avicenne...
Cependant, la pensée musulmane en général préfère
confirmer l'interpénétration entre les diverses branches du savoir en tant que
méthode visant une seule finalité : la défense de la religion et le bien-être de
l'homme ici-bas et dans l'autre monde, et par conséquent, assurer l'intérêt
général de la communauté des hommes dans les domaines de la pensée, de leurs
rapports entre eux et de leur conduite. La trame qui tisse cette interdépendance
des connaissances se traduit par la concrétisation de l'intérêt matériel, moral
et spirituel des hommes dans un juste milieu des choses. Toute connaissance qui
n'aboutit pas à ce bien être des individus et à leur coopération pour le
réaliser dans ce bas monde dont ils sont les vicaires pour y instaurer la
justice, l'équité, et la bienfaisance (dans son sens mystique) est une
connaissance inutile qui doit être bannie, comme la magie, l'astrologie etc.
La voie de la Vertu
Il s'agit là d'une base essentielle sur laquelle
doit se fonder la culture islamique, la devise étant que la science doit être
suivie de son application utile. Science et pratique de la vie sont les deux
faces égales d'un vicariat qui doit être assumé avec fidélité, loin de toute
tromperie, de tout mensonge, de toute falsification, de tout orgueil ou
infatuation.
Toute connaissance sera une connaissance amputée,
inutile et inappropriée si son détenteur ne s'est pas engagé à suivre le minimum
de règle morale dans sa conduite et son comportement. Les qualités humaines et
les vertus qui devraient être le corollaire de ce savoir sont l'intégrité
intellectuelle, la tolérance, le juste milieu des choses dans la conception des
choses, la proclamation de son opinion criant tout haut la vérité et s'efforçant
d'y parvenir par l'effort d'interprétation (Ijtihàd), et enfin l'analyse des
sources fondamentales sans lesquelles aucune connaissance n'est possible.
Les penseurs de l'Islam, tels Avicenne, Ràghib
al-Asfahani, Màwardi, Ghazàli, Ibn Hazm et d'autres ont établi les règles
déontologiques aussi bien du savant que de l'étudiant, nécessaires à l'exercice
de l'activité scientifique et professionnelle de l'homme.
Humanisme des connaissances
L'humanisme des connaissances revêt deux aspects
interdépendants et liés intimement l'un à l'autre.
1°- La reconnaissance du droit de l'homme, en tant
qu'être humain, à l'acquisition du savoir, et sa contribution -par son effort- à
l'activité culturelle générale au sein de sa communauté.
2°- La volonté de s'ouvrir aux connaissances
humaines avec une clairvoyance et un sens critique qui empêchent l'individu de
tomber dans l'erreur et la dépersonnalisation, car les hommes constituent une
seule entité, ayant la même parenté, rassemblés par leur nature humaine, mus
tous et chacun par une force divine qui les anime, à savoir l'âme consciente
comme l'a si judicieusement précisé Hassan Ibn al-Haïtham al-Basri (7) (430H,
1039) et l'a confirmé le philosophe Ahmed Miskaweïh al-Khàzim (420H, 1030)
lorsqu'il souligna que "Les pensées des nations se rejoignent dans la même
direction sans diverger selon les divergences des lieux ou changer selon le
changement des temps. Rien ne saurait arrêter leur marche en avant" (8).
Les grands maîtres de la pensée islamique ont
suivi cette orientation humaniste et n'ont pas hésité à puiser dans les cultures
de leurs voisins, mus par une seule conduite : la recherche de la vérité et
l'exploitation utile et sage des expériences des autres nations sans pour autant
oublier l'authenticité islamique à laquelle ils appartenaient.
A ce propos, Yacoub al Kindi (m. vers 252 H, 866)
écrit : "Il ne faut pas avoir honte d'apprécier et de suivre la vérité de
quelque nation qu'elle vienne, si lointaine fût-elle de nous et si différente,
car celui qui recherche la vérité est celui qui en a le plus droit" (9).
Nous avons cité quelques exemples de l'humanisme
du savoir islamique en vue de préciser quelques caractéristiques de la culture
islamique dont les finalités essentielles visaient, dès le départ, la dignité de
l'homme et la manifestation de sa valeur islamique au sein de la mansuétude
totale de Dieu.
Progrès culturel dans les pays musulmans
Voies et moyens
Notre époque est caractérisée, à l'orée du 21ème
siècle, par la coopération qui réclame la division du travail et des
conséquences dans les meilleures conditions de la direction des choses du monde
afin de réaliser une meilleure compréhension entre les hommes et une plus
étroite collaboration entre les peuples dans le cadre du respect de la
différence et selon le génie de chaque nation et ses caractéristiques
culturelles et civilisationnelles propres.
Afin que chaque nation assume la responsabilité
dont elle a la charge, il faudra qu'elle se dote au départ d'un certain nombre
raisonnable de dispositions intellectuelles et morales qui leur permettent de
contribuer, par leurs efforts et selon leurs capacités et leurs possibilités, à
consolider et renforcer les facteurs de développement idoines et de disposer
dans ce but des moyens nécessaires dans les différents domaines, dont ceux de la
culture et du savoir.
Il ne fait aucun doute que le monde musulman
constitue une force spirituelle et intellectuelle qui le rend apte à contribuer
dans la concrétisation clairvoyante de la marche humaine vers sa destinée,
marche semée aujourd'hui d'embûches et d'obstacles tant matériels que moraux, si
nombreux à cause du déséquilibre constaté dans les relations humaines, de la
situation déplorable de l'environnement naturel et social, et de l'énorme fossé
qui sépare les peuples en dépit des multiples manifestations du progrès
scientifique et technologique prodigieux auquel nous assistons. Afin que cette
contribution soit efficace et utile, les pays musulmans ont le devoir de
poursuivre le maximum d'efforts pour promouvoir leurs plans de développement, en
assurer les moyens et en préparer les voies.
Les voies et moyens appropriés pour la réalisation
du développement culturel sont nombreux et variés au point où il serait ardu de
les énumérer ou de les généraliser, à cause justement des dimensions de l'espace
musulman, de la diversité de leurs peuples et de leurs conditions politiques et
socio-économiques, ceci en plus de la disparité qui sépare ces pays en matière
de ressources et de disponibilités financières.
Nous aimerions citer ici quelques moyens aptes à
réaliser un accord général et une coopération sérieuse entre les responsables et
les penseurs des pays musulmans :
— Multiplier les efforts visant à généraliser
l'enseignement fondamental et l'alphabétisation générale en vue de permettre
l'accès à la culture aux différentes classes sociales,
— Réviser en permanence les méthodes et programmes
d'enseignement universitaire afin d'en faire un instrument vivant apte à
dynamiser la recherche scientifique, à encourager les initiatives créatrices, à
susciter l'esprit d'analyse et le sens de la critique et, enfin, à renforcer le
potentiel imaginatif d'innovation, de créativité et d'ouverture d'esprit sur la
vie et le monde.
— Élargir les horizons de l'échange de l'expertise
et des expériences scientifiques avec le concours éclairé des organisations
internationales spécialisées en matière d'éducation, de culture et de sciences,
particulièrement avec l'ISESCO et l'UNESCO.
— Accorder une attention toujours plus grande à la
traduction à partir des langues vivantes aux diverses langues du monde
islamique, selon un programme sélectif permettant aux hommes cultivés du monde
musulman de prendre connaissance des ouvrages fondamentaux et des études
sérieuses qui paraissent dans les différentes langues. L'activité de traduction
doit également englober la circulation à travers le monde musulman des
principaux ouvrages publiés dans leurs langues par les chercheurs, savants et
hommes de lettres musulmans contemporains dans les autres langues principales
parlées par les pays musulmans.
— Accorder un intérêt soutenu au patrimoine
culturel islamique, en sauvegardant les monuments vivants tout en les faisant
connaître, et en procédant à l'analyse critique et scientifique moderne des
publications fondamentales concernant ce patrimoine.
— Encourager la promotion d'associations
culturelles libres en leur accordant toute l'assistance voulue afin qu'elles
puissent donner leurs fruits dans les domaines du théâtre, de la musique, des
lettres et de la traduction. C'est que à eux seuls, les gouvernements ne
sauraient assumer la charge du développement culturel. Il faudrait donc élargir
le champ d'action culturelle par des initiatives privées.
— Encourager l'utilisation de plus en plus vaste
des différentes catégories de bibliothèques publiques, procéder à leur
équipement avec les moyens nécessaires à leur bon fonctionnement pour les mettre
à la disposition des étudiants et des lecteurs en général, aussi bien dans les
villes que dans les campagnes, y compris les bibliothèques spécialisées pour
enfants.
— Accorder en outre un intérêt particulier aux
moyens de communication technologiques (télévision, vidéo, computer...) et leur
utilisation dans les domaines de l'éducation, de l'enseignement et de la
vulgarisation de la culture, et ce, conformément à des programmes bien élaborés
qui prennent en considération les niveaux des bénéficiaires et qui fassent
ressortir les valeurs intellectuelles et spirituelles musulmanes avec une
ouverture sage et éclairée sur les autres cultures humaines.
— Dans le cadre de l'action commune, il est
hautement souhaitable de mettre en œuvre une charte islamique pour le
développement culturel qui prenne en considération les actions suivantes :
1°) - Faire connaître les valeurs et les principes
islamiques moraux, intellectuels et spirituels tels que la justice, l'égalité,
la coopération, la tolérance, la bonté pieuse, et toute autre vertu qui fasse
ressortir la valeur de la pensée humaine, de la science et de la sagesse dans la
promotion humaine de l'individu, et au bénéfice des objectifs humains.
2°) - S'accorder par un consensus général sur un
programme islamique commun réalisable dans les domaines du développement
culturel, comportant un plan d'action commun avec ses moyens d'exécution dans
les limites du possible.
Tels sont, pensons nous, quelques éléments
proposés, propres à faciliter la voie à une marche culturelle islamique et qui
expriment l'espoir de voir se promouvoir et se développer cette culture grâce à
la collaboration de toutes les énergies vivantes éparses dans le monde musulman
dont la population a dépassé aujourd'hui le milliard d'individus.
_________________________________________________________________________________________
(1) Cité par André Lalande, dans "Vocabulaire
technique et critique de la philosophie". p. 199. PUF - 13 édition - (Paris
1980)
(2) Encyclopédia Britannica, Civilization and
culture. Volume 5, p. 831.
(3) Fuad Zizkine, Muhadarat - Tarikh al-Ulum
al-Arabia wal-Islamia, p. 117 - Publications de l'Institut de l'Histoire des
Sciences Arabes et Islamiques. (Franckfurt 1404H/1984.
(4) Lumières arabes sur l'Occident, p. 18,
Editions Anthropos (Paris 1978).
(5) Lisàn ad Dine ibn al-Khatib, Al-Ihata Fi
Akhbar Gharnata, T. III, pp. 67-98.
(6) P. Benoît et F. Micheau. Eléments d'histoire
des sciences - pp. 151-175. Bordas (Paris 1989).
(7) Epitre sur la morale, in Epitres
philosophiques, par Dr. A. Badaoui
(8) Al Hikma al Khàlida - ouvrage colligé par A.
Badaoui - p. 148
(9)- Epitres philosophiques de Kindi - ouvrage
colligé par Dr. Mohammed Abd al-Hàdi Abù Ridà. (Le Caire 1950).
|