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Chapitre VIII
Les mœurs - la patience et le pardon
L’Islam est une école de mœurs. Ses enseignements qui se
manifestent dans le Livre de Dieu et la Sunna de son
Prophète, en font une prairie de vertus.
Dans le Coran, Dieu a loué toutes les vertus et les a
recommandées aux Croyants.
Deux d’entre elles m’intéressent tout particulièrement : la
patience et le pardon; car, dans le Coran elles atteignent
un sommet qu’elles n’ont atteint dans aucun autre Livre.
Dans ce monde plein de malheurs et semé d’obstacles, l’homme
ne possède pas la force de résister et d’aller de l’avant,
s’il ne trouve, en Dieu, son Créateur, aide et secours.
Et Dieu, l’Omniscient, sait que le monde “ne fait sourire
une bouche que pour faire pleurer des yeux”. Pour ces
motifs, Il dota les Croyants d’une arme efficace avec
laquelle ils pourront repousser les agressions du destin et
l’injustice des tyrans.
Ainsi, ils ne perdent point l’espérance, ni la
détermination, mais résistent, solides tels une montagne
face aux tempêtes et aux ouragans.
Cette arme c’est la patience. En elle, le Croyant trouve
consolation et remède. Dans le Livre de Dieu, la patience
est citée plus de soixante-dix fois, bien plus que toute
autre vertu.
Le seul fait de lire les versets qui recommandent la
patience apaise l’angoisse de l’opprimé et installe la
quiétude dans son esprit. Car, à travers cette lecture, il
sent qu’il est, désormais, sous la protection de Dieu,
proche de Lui, le Tout-Puissant contre lequel ne pourront
rien les Portes de l’Enfer :
- “Les patients seront récompensés sans compter”, [Les
Groupes (al Zoumars) : 10].
- “Nous récompenserons les patients de la meilleure
récompense”, [Les Abeilles : 96].
- “La récompense de leur patience sera le paradis et la
soie”, [L’homme, 12].
- “Soyez patients, Dieu est avec les patients”, [Les Butins
: 46].
- “Si vous êtes patients et pieux, ce serait une ferme
résolution”, [Al Imrâne : 186].
- “Si vous punissez, que votre punition soit pareille à
celle qu’on vous a fait subir. Mais si vous patientez, ce
serait mieux pour vous”, (pour les patients) [Les Abeilles :
126].
- “Et annonce (la bonne nouvelle) aux Croyants qui - si un
malheur les frappe - disent : Nous sommes à Dieu et c’est à
Lui que nous revenons”, [La Vache : 155-156].
Ce ne sont là qu’une goutte dans une mer.
Dans ce même contexte, il serait instructif de nous référer
à la sourate Al Assr (Le temps, ou le pré crépuscule), l’une
des plus petites du Coran, par le nombre de ses versets,
mais parmi les plus grandes par son vaste horizon et sa
grande portée, car, selon une certaine opinion, elle
résumerait, toute seule, l’Islam.
Pour la gouverne du lecteur, voici cette sourate : “Par le
Temps! L’homme est en perdition. Sauf ceux qui ont cru et
font œuvres pies, et se sont recommandés réciproquement la
justice et la patience”, (3 versets). Et parce que cette
sourate contient la patience, avec la foi, la justice et le
bien, on rapporte que l’imam Al Chafi’i a dit : “Si les
hommes (et les femmes) se comportent selon cette sourate,
ils n’auraient plus besoin d’autre chose pour leur salut”,
voulant, par là, dire qu’elle résume en elle tout l’Islam,
dans sa lettre et dans son esprit, et affirmant l’importance
de la patience dans la genèse de la foi.
Nous devrions, ici, faire remarquer que, dans l’acception
coranique du terme, la patience est un des éléments
constitutifs de la foi. Une telle opinion pourrait paraître
excessive. Mais, dans sa réalité et sa vérité, elle apparaît
en conformité avec le climat spirituel et doctrinal qui
prévaut dans tous les versets relatifs à la patience, qui se
distinguent par leur diversité formelle, et leur stricte
concordance fondamentale.
Cela signifie que le Musulman, qui ne s’arme pas de
patience, et ne croit pas qu’elle est un moyen de salut et
d’accès au paradis, serait, dans une certaine proportion et
d’une certaine manière, identifié au Musulman qui ne
pratique pas la prière, considérant qu’elle n’est d’aucune
utilité.
La patience est partie intégrante de l’Islam et
indissociable de lui. Ceux qui se sont recommandés la
patience, comme ceux qui se sont recommandés la justice et
le bien, ne sont pas perdants - ne sont pas “en perdition” -
mais gagneront le paradis et rencontreront leur Seigneur
Dieu.
Dieu n’a pas recommandé la patience, en laissant aux
Croyants la liberté de leur choix : ils s’arment de
patience, s’ils le veulent, ou d’impatience, s’ils le
veulent.
C’est ce qui différencie l’Islam des autres religions
révélées. Il est la consolation et le remède et le chemin au
ciel.
… Au même titre que la patience, Dieu recommande le pardon,
avec cette différence qui se résume en ce que la patience
est impérative, et que le pardon est laissé au libre choix
du Croyant.
A titre d’exemple : “Un mal est puni par un mal similaire.
Mais quiconque pardonne et fait du bien, sa récompense
incombe à Dieu, il n’aime pas les injustes”, [Al Choura (La
Consultation) : 4].
Ainsi, Dieu n’impose pas le pardon, mais le laisse à
l’appréciation du Croyant. Car si le pardon était
obligatoire, le pardonneur n’aurait plus de mérite, ne
disposant pas de liberté de décider et de choisir. |