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Chapitre VII
L’égalité

 

Parmi les beautés de l’Islam et ses merveilles figure le fait d’avoir -bien avant les révolutions qui prirent leur point de départ en 1789 - posé la pierre fondamentale de l’Egalité, faisant d’elle l’un des principes de la foi elle-même, et considérant qu’elle est un don de Dieu le Tout-Puissant.

Dès le début de sa mission, le Prophète a tenu à faire comprendre aux Croyants que “les hommes sont égaux telles les dents d’un peigne”; et que l’Arabe ne jouit d’aucun privilège aux dépens du non arabe, sauf par sa piété.

Quant aux Bani Hachem - l’élite de Qoraïche, lesquels sont l’élite des Arabes - il leur dit, un jour : “O Bani Hachem! Vous vous glorifiez de vos origines, alors que les autres se glorifient de leurs actions”.

Alors que l’apartheid est encore en vigueur dans certaines régions d’Amérique et d’Afrique, nous observons que le Prophète - depuis le VIIè siècle, - a fait de Bilal, l’esclave abyssin noir, le premier mou’azzine de l’Islam, déclarant qu’il est parmi les Croyants les plus chers à son cœur.

Du reste, le Prophète, devançant, des centaines d’années, l’humanité “civilisée”, a dit ces paroles sublimes : “Le fils d’une blanche n'a aucun pouvoir sur le fils d’une noire, que dans les limites du droit et de la justice”.

Dans ce contexte précis de l’égalité, signalons que les E.U.A., nonobstant la statue de “la liberté éclairant le monde”, a persévéré, non seulement en fait, mais en droit aussi, dans la ségrégation raciale jusqu’au XXè siècle, et dans l’esclavage jusqu’au XIXe.

Du reste, la “guerre de sécession” entre le Nord et le Sud, qui dura de 1860 à 1865, et qui se solda par la victoire des Nordistes “non-esclavagistes”, ou “abolitionnistes”, sur les sudistes “esclavagistes”, n’aboutit guère à l’abolition de l’apartheid, ni au Sud ni au Nord. Et lorsqu’en 1850 parut “la Case de l’oncle Tom”, livre par lequel son auteur, Harriet Beecher Stow (1811-1896) prenait une attitude notoire et catégorique contre l’esclavage, il produisit un choc semblable à un cataclysme social et fit dire au président Lincoln : “C’est une petite femme qui déclenche une grande guerre”.

Quant à ce que l’on a appelé la révolution américaine contre la Grande Bretagne - la puissance colonialiste - et la guerre que menèrent les treize Etats, de 1775 à 1783, contre ladite Puissance, ses causes furent, à l’origine, d’ordre économique sans aucune relation avec une volonté d’indépendence politique.

Cette “révolution” prit fin par la victoire des Etats sus-visés qui profitèrent des secours extérieurs dont le plus important fut, sans nul doute, celui de la France, au niveau de l’Etat, aussi bien que des particuliers.

Il suffit de se référer à l’article Ier, alinéas 2 et 3, et à l’article 4, alinéa 2 de la constitution américaine promulguée en 1787, pour constater, clairement, que l’esclavage était légal et autorisé. Le 13ème amendement de cette constitution - adopté le 31/1/1865, à la suite de la Guerre de Sécession déjà évoquée - décida l’interdiction de l’esclavage dans tous les Etats américains. L’esclavage est aboli légalement, mais dans les faits la ségrégation raciale resta en vigueur, notamment au Sud où les Blancs recouraient à des procédés qui répugnent à l’homme issu des révolutions de 1789, de 1840 et des autres.

Qu’il nous suffise, dans ce domaine, de nous remémorer les événements de Los Angeles survenus en 1992, avec la dimension qu’ils ont atteinte, et les abus qui les ont accompagnés, afin de nous faire une idée de ce que l’âme américaine emmagasine comme instincts et penchants vers la cruauté.

La conscience internationale n’a, sans doute, pas oublié l’événement qui a engendré tant de mal et de honte et que les stations de télévision du monde entier ont reproduit : quatre policiers blancs vidant leur haine raciale, à travers leurs gourdes, sur un homme noir étendu par terre, le sang coulant de sa tête et de son visage, et cherchant, de ses deux mains, à se protéger contre leur furie.

Ces quatre policiers furent déférés devant la justice. Les jurés, tous blancs (!), ne trouvèrent pas mieux que de les acquitter tous les quatre, bien que le film, si éloquent, fût projeté devant eux lors de l’audience, et qu’ils y aient vu la flagrante vérité(1).

Cet acquittement - qui n’avait d’autre mobile que la haine raciale - mit Los Angeles à feu et à sang, et faillit embraser toute l’Amérique. Il prouve, en tout état de cause, qu’une grande proportion du peuple américain est toujours raciste, nonobstant les belles paroles, les devises et les statues …

Un tel racisme, ainsi que d’autres, on n’en trouve pas trace dans l’Islam; on y trouve tout à fait son contraire, ou son antidote, depuis le Prophète, en passant par les Rachidines, ses successeurs directs, jusqu’à nos jours.

Du reste, depuis ses premiers pas à la Mecque, l’Islam fut le principal appui des pauvres et des faibles face aux puissants et riches seigneurs de Qoraïche. Ainsi, dès son éclosion, il se présente comme la religion de l’égalité entre les hommes, défenseur du droit et de la liberté, élevant les humbles, sans pour autant abaisser les puissants, sauf dans les limites permises par Dieu.

Et lorsque le Prophète prononça ses paroles célèbres : “Les gens sont égaux comme les dents d’un peigne”, ainsi que : “Le fils d’une blanche n’a aucun pouvoir sur le fils d’une noire que dans la justice et l’équité” - deux hadiths que nous avons déjà reproduits - il a, à travers elles, annoncé une révolution, dans le plein sens du terme, contre les conditions sociales qui prévalaient, en ces temps-là, dans la presqu’île, notamment à la Mecque où Qoraïche trônait superbement, détenant tous les leviers du pouvoir, et regardant, du haut de son pinacle, toutes les autres tribus avec mépris et orgueil.

Le Prophète était doté d’un réel et grand courage, d’une inébranlable foi en sa mission, pour oser dire ce qu’il a dit, et faire de Bilal, l’esclave noir abyssin, l’égal d’Abou Soufiane, leader de Qoraïche, sans autre mérite de l’un ou de l’autre que celui de la piété.

Onze siècles avant la Révolution française, l’Islam annonça entre les hommes cette égalité dont s’énorgueillissent les “Révolutionnaires” qui ne cessent d’en chanter les mérites et les louanges, oubliant, ou feignant d’oublier que la Révolution, la vraie, l’originelle, ce fut l’Islam qui l’alluma, l’érigeant sur des bases éternelles et immortelles qui puisent leurs sources dans les principes du Ciel et de la Terre simultanément.

Quant aux Américains - ceux de la “révolution” et de la constitution de 1787 - ils ne s’embarassèrent guère de l’égalité; ils l’ignorèrent complètement, allant jusqu’à consacrer les différences raciales et sociales dans des textes constitutionnels.

Les faits qui prouvent et illustrent le respect par l’Islam de ce principe - celui de l’égalité - sont nombreux. Qu’il nous suffise de citer le fait suivant riche d’enseignements :

Lorsque Omar Ibn al Khattab, le second Khalife Rachidine, vint à Jérusalem afin de recevoir les clés de la Ville Sainte des mains du patriarche Sophrone, à la demande de celui-ci, il marchait, lui, le successeur du Prophète et l’Emir des Croyants, alors que son serviteur “trônait” sur le dos de la chamelle. Voyant cela, Abou Oubaïda Ibn al Jarrah (l’un des illustres chefs des armées musulmanes), fit tout, mais sans réussir, afin de convaincre le Khalife de monter lui-même la chamelle et de laisser son serviteur l’accompagner à pied; de cette manière les habitants de la Ville Sainte ne verraient pas le grand Khalife, commandant en chef des armées, dans une position d’infériorité par rapport à son serviteur.

C’est que, depuis leur départ de la Mecque, le Khalife avait décidé de se partager l’usage de l’unique chamelle avec son serviteur : chacun des deux la monterait durant une étape - la même pour les deux - au cours de laquelle l’autre l’accompagnait à pied. Le hasard voulut que, dans la dernière étape - celle qui devait aboutir aux portes de la Ville Sainte - le serviteur fût sur le dos de la chamelle; et, par la volonté d’Omar, il y resta.

Ainsi, les habitants de Jérusalem, du haut des murs de la ville, furent les témoins d’un spectacle unique, qu’ils n’avaient jamais vu et qu’ils ne verront, sans doute, jamais tout au long de leur vie : Ils virent Omar, le Khalife, successeur du Prophète et commandant en chef des armées musulmanes, marchant devant la chamelle, la guidant par ses rênes, alors que son serviteur était tout bonnement assis sur son dos !

Du reste, c’est Omar lui-même qui dit ces sublimes paroles qui résonnèrent aux oreilles du monde, 1100 ans avant la Révolution française : “Depuis quand asservez-vous les gens, alors que leurs mères les enfantèrent libres ?”.

Il advint, en effet, que l’un des fils de Amr ibn al ‘Ass(2) frappa un enfant copte. Celui-ci le menaça de porter plainte contre lui auprès du Calife, Emir des Croyants. Le fils d’Amr lui répliqua : “Ta plainte contre moi n’aura aucun effet, je suis le fils des nobles”.

Les jours passèrent. Omar et Ibn al ‘Ass, accompagné de son fils, se trouvaient en pélerinage, à la Mecque. L’enfant copte vint à leur rencontre et dit à Omar : “O Emir des Croyants, celui-ci m’a frappé injustement, se faisant fort d’être “le fils des nobles”. Omar regarda Amr et lui dit : “Depuis quand asservez-vous les gens, alors que leurs mères les enfantèrent libres ?”. Puis il donna son bâton à l’enfant copte et lui dit : “Frappe le fils des nobles, avec, comme il t’a frappé”.

Quant à Ali(3), grâce de Dieu sur lui, des chroniqueurs rapportent qu’un Juif l’accusa auprès du même Calife. Lorsqu’ils se présentèrent devant celui-ci, il dit à Ali : “Lève-toi, Abou al Hassane, et assied-toi face à ton rival”. Ali s’exécuta, sans pouvoir cacher son irritation. Après la fin du procès, Omar lui dit : “Cela t’a-t-il contrarié, O Ali, de te tenir face à ton accusateur ?” Ali lui répondit : “Non. Mais cela m’a gêné que tu aies, toi-même, marqué ta préférence pour moi, en m’appelant par mon surnom d’Abou al Hassane”. Par ces mots, Ali a voulu dire que le fait d’être appelé par son surnom constitue une sorte d’intimité qui lui accorde une préférence sur son rival.

Ces faits et d’autres semblables - dont le mérite revient à la source - furent, restent et resteront, avec l’aide de Dieu, parmi les causes qui me firent aimer l’Islam et lui ouvrir mon cœur et ma conscience.

(1) La question fut rejugée, par la suite, avec des jurés blancs et noirs. Trois des policiers furent condamnés à des peines de prison; le quatrième fut acquitté.

     (2)    Le conquérant de l’Egypte. (Note du traducteur)

    (3) Ali ben Abi Taleb, dernier Calife Rachidine. Cousin du Prophète, et son gendre (époux de Fatima, fille du Prophète). Son fils aîné s’appelant Hassan. (Note du traducteur).

 


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