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Chapitre VI
Sourate Al Bourouj(1)
- Zou Nou’ass
“Tués, les gens de l’Oukhdoud (fossé). Le feu en combustion.
Alors qu’ils s’en occupent. Et sont témoins de ce qu’ils
font subir aux croyants. A qui ils ne reprochaient que
d’avoir cru en Dieu, le Puissant, le Vénéré …".
Cette sourate, Al Bourouj, fut descendue, particulièrement à
l’adresse des Chrétiens de Najrane, et généralement à
l’adresse des Croyants exposés aux supplices et à la mort, à
cause de leur attachement à leur foi, et leur persévérance
dans leur religion, notamment les premiers Musulmans qui
endurèrent les supplices, les avanies et la mort à la
Mecque, par le fait des “associateurs”.
Zou Nou’ass, roi de Hymyar, était juif. De son temps - VIè
siècle chrétien - le Christianisme se répandit à Najrane et
y acquit une grande envergure. Ce qui contraria le roi et
mit le comble à sa colère, et à son fanatisme. Il réunit une
armée composée des Hymyarites et des tribus du Yémen, et
partit à leur tête à Najrane. Là il réunit les Chrétiens et
les somma de choisir : Mourir, massacrés, ou embrasser la
religion judaïque. Ils choisirent de persévérer dans leur
foi chrétienne, préférant la mort au reniement, par la force
et la contrainte, de leur foi et de celle de leurs ancêtres.
La réaction du roi juif fut terrible. Il ordonna à ses
soldats de creuser un long et large fossé (oukhdoud)(2)
dans lequel ils précipitèrent des milliers de ces chrétiens,
puis y mirent le feu. Ils en tuèrent d’autres milliers par
l’épée et les charcutèrent de pire manière. Le total des
victimes atteignit près de vingt mille.
Ces chrétiens qui choisirent et subirent la mort, martyrs de
leur foi, Dieu, dans Son Livre, leur destina la sourate Al
Bourouj, louant et magnifiant leur comportement et leur
martyre, et les supplices qu’ils endurèrent pour la
sauvegarde de leur foi. En même temps, et dans la même
sourate, Dieu maudit ceux qui les ont persécutés et
suppliciés afin de les contraindre à renier leur religion.
L’unique “crime” attribué à ces persécutés fut leur foi en
Dieu, le Puissant, le Vénéré, qui, dans les versets suivants
de la même sourate, avertit leurs persécuteurs - qui leur
infligèrent les supplices et la mort - que l’Enfer sera le
terme de leur existence; il les brûlera de ses feux, comme
châtiment de leur fanatisme et de leur tyrannie.
Quant aux croyants, persécutés, tués et brûlés par ces
tyrans fanatiques, ils seront récompensés : leur séjour
dernier sera le Paradis, “jardins où couleront les fleuves
rafraîchissants”.
… Cette sourate - Al Bourouj - nous intéresse pour deux
raisons :
1- Parce qu’elle constitue une nette condamnation de toute
contrainte en religion, et une sentence sans appel prononcée
par l’Islam contre tous les oppresseurs fanatiques qui ont
recours à la force brutale afin de contraindre les Croyants
à renier leur foi.
2- Parce qu’elle vante les mérites des chrétiens, et loue
leur fermeté et leur attachement à leur foi face aux tyrans
persécuteurs qui ont eu recours aux moyens de contrainte et
à la torture afin de répandre la foi et la religion.
S’il n’y avait dans le Coran - dans le contexte qui nous
intéresse - que cette sourate (Al Bourouj), elle aurait
suffi, à elle seule, à prouver, d’une manière catégorique,
que l’Islam condamne, sans possibilité de recours, la
contrainte en religion, et loue la persévérance des Croyants
et leur attachement à leur foi, et leur refus d’obéir à la
force brutale, en avertissant les persécuteurs fanatiques
que l’Enfer les brûlera de ses feux, et en promettant aux
persécutés de les récompenser au Paradis et ses fleuves … Il
est tout à fait naturel que, dans ce cas précis, l’Islam
adopte une telle attitude.
Car la persécution brutale a accompagné, dès ses débuts, la
mission religieuse du Prophète. En furent victimes les
premiers musulmans, tels que Bilal ibn Rabah, ainsi que
Ammar ben Yaser et de nombreux autres.
Bilal - qui, par la suite, devint le premier “mou’azzin” de
l’Islam, et qui compte parmi les êtres les plus chers au
cœur du Prophète - était, à l’origine, l'esclave d’Oumayya
ben Khalf, l’un des mouchrikines. Celui-ci fut très
contrarié en apprenant que son propre esclave embrassa
l’Islam, reconnaissant, par le fait même, la mission divine
de Mohammad. Il recourut aux supplices : Il étendait Bilal
sur le dos, dans le désert de la Mecque, à midi, alors que
le soleil est au zénith et brûlait tel un feu d’Enfer; puis
il faisait placer sur la poitrine du pauvre escalve une
grosse pierre qui faillit l’étouffer, en lui disant : “Tu
resteras dans cette position jusqu’à ce que tu meures, ou
que tu renies Mohammad et tu reviennes à l’adoration d’Al
Lath et d’Al Ouzza”. Bilal, exposé ainsi à la douleur, aux
brûlures du soleil, à la soif et à la faim, lui répondait :
“Ouhoud, … Ouhoud …", affirmant ainsi l’Unicité de Dieu, le
Tout Puissant, l’Omnipotent. De leur côté, Ammar ben Yasser,
son père, ainsi que sa mère furent victimes de la
persécution des Bani Makhzoum qui leur infligèrent sévices
et durs châtiments. Ils persistèrent dans leur foi. La mère
en mourut.
La caravane des Croyants qui souffrirent les supplices, les
avanies et les privations de la part des mouchirikines était
longue. Ces Croyants avaient un pressant besoin d’un soutien
moral qui les aide et les encourage à persévérer dans leur
foi.
De leur côté, et simultanément, les mouchrikines devront
être sommés et menacés d’un châtiment dans l’au-delà afin
que, dans le monde d’ici-bas, ils cessent leurs abus et leur
tyrannie.
Cette double initiative vint de Dieu qui veille sur la
destinée de ses créatures : aux opprimés Il dispense Sa
miséricorde, et aux oppresseurs, la menace de son châtiment.
A l’adresse de ceux-ci et de ceux-là il révéla (descendit)
la sourate Al Bourouj qui relate la persécution des
chrétiens de Najrane par Zi-Nou’ass, le roi juif de Hymyar,
promettant le Paradis aux Croyants, et menaçant du feu de
l’Enfer le roi tyran et fanatique :
- “Ceux qui poussèrent les Croyants et les Croyantes à la
sédition et ne sont point repentis, à eux le châtiment de la
Géhenne et du feu brûlant” (ceci par rapport à Zi-Nou’ass et
aux mouchrikines, après lui).
- “Ceux qui ont cru et fait œuvres pies, à eux les jardins
où coulent les fleuves. Tel est le grand triomphe” (ceci par
rapport aux chrétiens de Najrane et, après eux, à Ammar ben
Yasser, sa mère et son père, à Bilal et les premiers
Croyants).
Et dans sa détermination à récompenser et à punir :
“La violence de ton Seigneur est forte(3). C’est
Lui qui crée et qui recidive. Il est le Pardonneur,
l’Affectueux. Au trône majestueux. Faiseur de ce qu’Il
veut”.
La sourate “Al Bourouj” a une portée humaniste et
universaliste qui dépasse les Chrétiens de Najrane et les
Musulmans de la Mecque, pour embrasser l’homme, en tous
lieux en tous temps, indépendamment de sa religion, de son
origine et de sa couleur.
Elle prend pour point de départ un fait déterminé afin
d’ériger un principe général conforme à l’esprit de l’Islam
: “Point de contrainte en religion”. Tout homme, dans
l’acception absolue du terme, a le droit de vivre sa foi en
toute liberté, et de pratiquer les rites de sa religion dans
un climat de sérénité et de quiétude.
La grandeur de l’Islam, dans ce contexte précis, est qu’il
garantit au Musulman et au non Musulman sa liberté de
croyance et de culte, laissant à l’homme (ou à la femme)
toute liberté d’embrasser l’Islam, s’il se sent convaincu
par ses préceptes et ses commandements, et les trouve
conformes à sa propre conviction, et répondant à ses
aspirations et à ses espérances.
La foi est une conviction intime : elle prend sa source dans
la conscience
de l’homme, dans son for intérieur, et rayonne à
l’extérieur. Si elle est imposée par la force, de
l’extérieur de l’homme à son intérieur, c’est-à-dire à sa
conscience
et à son cœur, elle est refusée par Dieu, exactement comme
fut refusée l’initiative de Zou-Nou’ass à Najrane, et des
mouchrikines à la Mecque.
L’Islam cherche à se répandre et à convaincre le plus grand
nombre d’êtres humains à embrasser ses préceptes et ses lois
que Dieu a répandus dans le Coran, en ordonnant au Prophète
de les diffuser le plus largement possible.
Mais, en même temps, l’Islam refuse d’être imposé par la
contrainte ou par d’autres moyens similaires, ou par toute
tentative susceptible d’altérer et d’annihiler la volonté de
l’homme et sa conviction. L’Islam, dans son Coran et la
Sunna de son Prophète, est une collection de joyaux rares,
attirants, étincelants.
Il suffit à son détenteur de l’exposer aux gens afin qu’ils
la contemplent dans son rayonnement et sa rutilance, et de
leur expliquer, dans la simplicité, sa nature, son essence
et ce qu’elle représente comme valeurs et dimensions, ainsi
que le bonheur et la félicité qu’elle procure à celui qui la
détient et se pare d’elle.
Les joyaux qui ont atteint un si haut niveau vont tous seuls
- si une telle expression est permise - vers les gens; ils
n’ont pas besoin d’être imposés.
L’Islam a seulement besoin d’être porté à la connaissance
des gens. Cette obligation incombe à tout Musulman
responsable.
C’est que Dieu - béni soit Son nom - a tenu, dès l’origine,
à informer Mohammad, prière et salut sur lui, qu’il est
envoyé à tous les peuples et à toutes les nations, et non
point seulement à Qoraïche, aux Mecquites, à la Presqu’île
arabique et aux Arabes.
Les versets, dans ce sens, sont nombreux, disséminés dans de
nombreuses sourates du Coran. Nous en citerons ci-dessous
quelques-un :
- “Et Nous ne t’avons envoyé que comme Porteur de bonne
nouvelle et Apôtre pour tous les gens”, [Saba : 28].
- “Béni soit Celui qui descendit le Discernement (le Coran)
sur Son escalave, afin qu’il soit Apôtre (Avertisseur) pour
les mondes”, [Le Discernement : 1].
- “Dis : O les gens ! Je suis l’Envoyé de Dieu à vous tous”,
[Les Limbes : 158].
Ces versets - que nous avons déjà reproduits dans un
précédent chapitre de notre ouvrage, et dans d’autres, dans
le même contexte - engagent tout Musulman, surtout s’il est
en charge des questions de la foi, à répandre l’Islam sur
tous les gens.
Depuis le début de la Révélation jusqu’au dernier jour de sa
vie, Mohammad a cherché à exécuter les ordres de Dieu : “O
Prophète! Fais parvenir ce qui a été descendu sur toi de ton
Seigneur”. Ainsi son rayonnement a dépassé les limites de la
Presqu’île à travers les ambassadeurs qu’il dépêcha, munis
de ses lettres, aux rois de Perse, de Byzance et
d’Abyssinie, ainsi qu’aux gouverneurs de l’Egypte, de
Bahraïn, du pays de Yamama et des Ghassanides, les exhortant
à embrasser l’Islam.
Tel ne fut pas le comportement des tous les prophètes et
Envoyés qui l’ont précédé.
Un retour à l’Evangile nous permet de constater que le
Christ, prière et paix sur lui, a réduit sa propre mission
aux “enfants d’Israël”, c’est-à-dire aux Juifs qui, de son
temps, étaient concentrés en Judée et, en moindre
proportion, en Galilée, en Samarie et en Idumée. Toutes ces
régions formèrent, par la suite, la Palestine.
Dans l’Evangile de Matthieu, nous lisons ce qui suit : “Je
n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison
d’Israël”, [XV : 24].
Il est clair, sur la base de ces propos, que le Christ
lui-même a réduit sa mission aux Juifs.
Quant aux Douze - les Apôtres, “al Hawariyyines” - la
situation est différente, car le Christ leur recommanda de
répandre ses enseignements sur toutes les nations : “Allez
donc; de toutes les nations faites des disciples, les
baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, leur
apprenant à garder tout ce que je vous ai recommandé”,
[Matthieu, XXVIII, 18-19]. De même : “Allez, donc, dans le
monde entier, proclamer l'Evangile à toute la création”,
[Marc : XVI : 15].
(1) Mecquite. 22 versets.
(2) Une version dit que “Oukhdoud” est le nom d’un endroit
situé sur la frontière du Yémen et de l’Arabie Saoudite.
Ceci n’empêche pas que Zou Nou’ass y ait fait creuser un
fossé … (l’auteur-traducteur).
(3) La vengeance divine est terrible.
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