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Chapitre VI
Entre les deux religions … des différences
Notre respect de la vérité nous dicte de dire qu’entre les
deux religions chrétienne et musulmane il y a des
différences qui, de prime abord, paraissent essentielles,
alors que, dans leur réalité, elles ne le sont pas.
Ci-dessous, nous en résumons les plus importantes :
- L’Islam est la religion de l’unicité absolue : “Il n’y a
de Dieu qu’Allah (que Dieu)". Ici point de place pour une
Sainte Trinité, comme dans le christianisme.
- Dans l’Islam : le Christ est un prophète qui n’a point de
père selon la chair, conçu par Marie, de l’Esprit Saint. Né
et créé. Il est le Verbe de Dieu.
- Dans le christianisme, le Christ est la seconde personne
de la Sainte Trinité. C’est un dieu en qui les deux natures
humaine et divine se sont unies. Il est consubstantiel au
Père. Né et incréé.
Dans l’Islam, point de mystère de Rédemption : “Quiconque
fait un bien du poids d’un atome le verra. Et quiconque fait
du mal du poids d’un atome le verra”, [La Secousse : 7-8].
- Dans le christianisme, le Christ fut crucifié pour sauver
le genre humain. Rien de cela dans l’Islam. Le Christ ne fut
point crucifié(1), et n’est pas mort pour sauver
l’humanité.
- D’une manière générale, point d’intercession dans l’Islam.
Point de saints, ni de lieux de prière et de pèlerinage
élevés à leur intention. Le Musulman s’adresse à Dieu
directement, sans intermédiaire. Alors que la Chrétienté est
un monde de saints auxquels s’adressent les intermédiaires,
les fidèles afin qu’ils intercèdent en leur faveur auprès de
Dieu. … Nonobstant ce qui précède les versets coraniques
illustrant la tolérance de l’Islam sont nombreux et
magnifiques. Il en est de même du comportement du Prophète
et des Califes Al Rachidines.
Vis-à-vis des chrétiens particulièrement, nous avons dans la
sourate Al Bourouj (les Constellations) - dont il sera
question en détails au Chapitre VI - pour ne citer qu’elle,
une preuve que Dieu, le Tout Puissant, considère les
chrétiens comme des croyants; Il maudit les Juifs, “ceux
d’al oukhdoud”, à cause des injustices et des oppressions
qu’ils ont fait subir aux chrétiens de Najrane, les jetant
dans un large fossé et les y brûlant vifs.
… Si l’Islam ne reconnaît pas la déicité du Christ, ce n’est
nullement dans l’intention de dénigrer le fils de Marie,
mais pour magnifier Dieu, l’Unique, que nul ne peut être
comparé à Lui, ni l’égaler. Il est inconcevable que l’Islam
refuse la déicité de Mohammad, et qu’il reconnaisse celle du
Christ.
Ainsi Dieu, dans son Livre, ordonne à Mohammad de lever,
dans ce contexte précis, toute ambiguité, et de trancher la
question d’une manière nette, claire et précise : “Dis : Je
suis un homme comme vous …"
Aux yeux de l’Islam, le Christ - comme nous l’avons déjà
signalé - est un prophète émérite, conçu par Marie de
l’Esprit de Dieu; il n’a point de père selon la chair; il a
parlé, encore nouveau-né, et a accompli des miracles. Dans
le Coran, il est invariablement et constamment appelé Issa,
fils de Marie, la femme que Dieu a purifiée et élue
au-dessus des femmes des mondes.
Ces exceptions prises en considération, il serait possible
de dire que l’Islam considère l’Evangile, au même titre que
le Coran, révélé par Dieu : “Il a peu à peu fait descendre
sur toi le Livre, avec vérité, comme confirmateur de ce qui
était avant lui. Et Il a fait descendre en bloc la Thora et
l’Evangile”. Nous avons déjà cité ces deux versets.
Toutefois, nous nous mentirons à nous-mêmes, et nous
induirons le lecteur en erreur, si nous ne signalions pas
que le Coran attribue aux chrétiens d’avoir oublié une
partie de ce que Dieu a révélé, c’est-à-dire une partie de
l’Evangile : “Et de ceux qui dirent : Nous sommes chrétiens,
nous avons pris l’engagement; mais ils oublièrent une partie
de ce qui leur fut rappelé; Nous avons, donc, suscité entre
eux l’inimitié et la haine …", [Table Servie : 14].
En fait, les quatre Evangiles - connus sous l’appellation
d’Evangiles canoniques - qui, par ordre chronologique, sont
ceux de Mathieu, de Marc, de Luc et de Jean, dont l’Eglise a
reconnu l’authenticité, sont, selon le dogme chrétien, des
livres révélés, c’est-à-dire que les quatre évangélistes
susmentionnés les ont écrits sous l’inspiration. En plus de
ces quatre évangiles, il y en a un certain nombre appelés
apocryphes dont l’Eglise ne reconnaît pas l’authenticité.
L’Islam considère qu’il y a un seul et unique Evangile
révélé (descendu) par Dieu au Christ, Issa fils de Marie,
son Messager et son Prophète, et qui ne correspond pas
rigoureusement aux évangiles qui parurent après lui.
A cet Evangile - l’unique, révélé au Christ - fait allusion
le verset suivant : “Et sur leurs traces Nous avons envoyé
Jésus, fils de Marie, comme confirmateur de ce qu’il détient
de la Thora; et Nous lui avons donné l’Evangile, comme
guidée et lumière”, [Table Servie : 46].
De même, aussi, les versets 3 et 4 de la sourate Al Imrâne,
que nous venons de reproduire.
Du point de vue de l’Islam, l’Evangile, l’unique, révélé au
Christ, ne contient pas ce que contiennent les quatre
Evangiles canoniques, relativement à la déité du Christ, et
à sa qualité de Fils de Dieu : “Sont des mécréants ceux qui
dirent : Dieu est le Christ, fils de Marie”, [Table Servie :
72].
De même : “… et ne dites pas Trois, cessez, c’est mieux pour
vous; Dieu est UN et Unique. Loué soit-Il, Il ne peut avoir
d’enfant”, [Les Femmes : 171].
De même aussi : “Et quand Dieu dit : O ! Issa, fils de Marie
! Est-ce toi qui as dit aux gens : Prenez-moi, ainsi que ma
mère, pour deux dieux en dehors de Dieu ? Il répondit : Loué
sois-tu ! Il ne m’est point possible de dire ce dont je n’ai
pas droit”, [Table Servie : 116].
Ce qui précède n’est qu’un coup d’oeil rapide basé sur les
textes, qui nous permet de nous faire une idée générale sur
l’attitude de l’Islam vis-à-vis de la religion chrétienne,
ainsi que des chrétiens, des moines, du Christ lui-même et
de Marie, sa mère.
Il y a, donc, entre les deux religions chrétienne et
musulmane des différences qui, cependant, ne sont pas aussi
fondamentales qu’on le pense au premier abord.
C’est que le Christianisme et l’Islam considèrent que le
Christ est le Verbe de Dieu : “Quand les anges dirent : O
Marie ! Dieu t’annonce un Verbe de Lui, qui s’appelle Issa,
fils de Marie …", [Famille d’Imrâne : 45].
De même : “Le Christ, Issa fils de Marie est le messager de
Dieu et Son Verbe qu’Il déposa en Marie, et un Esprit de
Lui; Croyez, donc, en Dieu et en Ses messagers”, [Les Femmes
: 171].
Quant à l’Evangile de Jean, qui est “l’Evangile de
l’Esprit”, il débute comme suit : “Au commencement était le
Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était
Dieu”.
Bien entendu, nous ne prétendons pas, ici, procéder à une
analyse théologique, laquelle, en tout cas, se situe bien au
dessus de nos capacités professionnelles en un tel domaine.
Toutefois, dans notre désir de rapprochement des idées, des
cœurs et des consciences,
nous nous permettons de dire ce qui suit :
Dans l’Islam, Dieu a révélé (descendu) Sa Parole à un homme.
Dans le Christianisme, Dieu a fait d’un homme Sa Parole (ou
Son Verbe).
Ce qui signifie que le Christ est, par rapport aux
Chrétiens, ce qu’est le Coran par rapport aux Musulmans.
Le Christ, au même titre que le Coran, est donc la Parole
(le Verbe) de Dieu. C’est un Livre Vivant, Parlant. Et quand
nous disons qu’il est le Fils de Dieu, cela signifie qu’il
est Son Verbe. Car le Verbe, ou la Parole, est de la même
substance que celui qui le (ou la) prononce.
Quant à la Trinité, elle ne mène pas à “l’Association”, car
dans le dogme chrétien Dieu est Un en trois personnes : “Au
nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, le Dieu Unique,
Amen”. Telle est “l’Ouverture” de la prière du Chrétien
oriental. Elle diffère de celle qu’utilise les Occidentaux :
“Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, Amen”.
Comment trois peuvent-ils être Un, ou dans Un ? Voici, à
l’adresse du lecteur quelque peu incrédule, un essai de
réponse :
Le soleil, le rayon et la lumière sont trois. Mais, dans
leur essence, ou substance, ils sont Un. Est-il possible à
quiconque de dissocier soleil et rayon ? d’isoler celui-ci
de celui-là ? Est-il possible d’avoir recours à des ciseaux,
de couper un rayon et de le déposer dans une bouteille ? Le
rayon ne peut s’isoler du soleil parce qu’il fait partie
intégrante du soleil : lui et le soleil sont deux en un. Et
quand disparaît le rayon, il ne reste plus de lumière, parce
que la lumière fait partie intégrante du rayon; elle et le
rayon sont un, à tel point qu’il devient impossible de dire
où finit le rayon et où commence la lumière. Ainsi, il est
clair que le soleil, le rayon et la lumière sont trois;
mais, dans leur essence et dans leur réalité, ils sont un.
Le Christianisme déclare que le Christ est consubstantiel à
Dieu, qu’il est de la même substance que Dieu. Ceci est tout
à fait naturel, car le rayon est de la même substance que le
soleil; mais il n’est pas le soleil, et n’est pas égal au
soleil, en dimensions et en ordre de grandeur, ni en
capacité de rayonnement et de source de vie. Le
Christianisme n’a jamais déclaré que le Christ est le
Créateur du ciel et de la terre; mais le Christianisme croit
en un seul Dieu, Père Tout Puissant, Créateur du Ciel et de
la Terre … et en un seul Seigneur, Jésus-Christ …
Quant à la doctrine chrétienne qui dit que le Christ est
enfanté et non créé (ou incréé), elle s’explique par le fait
que le Christ est le “Verbe de Dieu” et l’”Esprit de Dieu”.
Ainsi, lorsque Dieu décida d’exprimer à l’humanité son Amour
et son Pardon, Il envoya sur terre Son Verbe et Son Esprit
en lui donnant la forme d’un être humain, comme Il le fera,
six siècles plus tard, en faisant “descendre” sur cette même
terre, le Coran, Son Livre, Sa Parole, (Son Verbe) lequel,
depuis l’éternité, se trouve dans le Livre-Mère, auprès de
Dieu, le Vénéré, le Sage, et dans un “tableau conservé”.
Le Coran étant la Parole (le Verbe) de Dieu, descendu (ou
révélé) à Mohammad, il en résulte, ipso facto, que le Coran
est éternel - sans commencement ni fin -, comme Dieu
Lui-même. Car la Parole est de la même susbtance (ou
essence) de Celui duquel elle émane.
Le Chrétien - et cela est important - n’adore que Dieu(2)
qui est Un en trois. Sans Dieu le Christ n’a pas
d’existence, ni le Saint-Esprit. En définitive, il nous faut
reconnaître, avec courage et sincérité, que les dogmes du
Christianisme et ses mystères dépassent les limites de
l’entendement humain, lequel, assez souvent, s’est heurté à
ces dogmes et mystères, s’égarant dans leur dédale obscur.
C’est ce qui explique que toutes les hérésies - qui, dans
leur fondement, ne sont que des combats théologiques et
intellectuels engagés par la pensée chrétienne contre ces
dogmes et ces mystères - sont apparus à partir du IVè
siècle, c.à.d. à partir de la reconnaissance, par l’Empire
Romain, du Christianisme, comme une religion parmi d’autres.
L’arianisme, le nestorianisme et le monophysisme - les plus
importantes et les plus dangereuses hérésies de l’histoire
du Christianisme - qui s’attaquèrent à la personne du
Christ, dans son essence divine en laquelle s’unissent les
deux natures, prouvent que le mystère de l’Incarnation fut,
durant les IVe, Ve, et VIe siècles, comme un marteau de fer
qui, sans cesse, tapait fort sur les cerveaux chrétiens, et
finit par les déstabiliser.
Quoiqu’il en soit, il n’est pas impératif et obligatoire que
ces deux religions soient identiques et qu’elles s’accordent
en tous points, dans la lettre et l’esprit, pour qu’elles
puissent coexister et s’entraider.
La splendeur du monde réside dans sa diversité. Ce monde est
créé par Dieu. “Est si ton Dieu l’avait voulu, Il aurait
fait des gens une seule nation”.
Mais les deux religions chrétienne et musulmane appellent à
l’adoration de Dieu. Elles ordonnent de faire le bien, et de
s’abstenir de faire le mal, et croient, toutes deux, au
Jugement Dernier.
Dieu est Un dans le Christianisme et dans l’Islam. Mais les
chemins qui mènent à Lui son nombreux.
La mosquée, comme l’Eglise, est un lieu d’adoration, de
prière et de recueillement.
Que le musulman vive son Islam; et que le chrétien vive son
Christianisme. Dans un tel cas le monde deviendra un
avant-goût du Ciel, et le Liban deviendra le Paradis de Dieu
sur terre.
Les malheurs du Liban viennent de ce que le chrétien ne se
comporte pas selon les recommandations et les enseignements
du Christ; et de ce que le musulman ne se comporte pas selon
les enseignements du Coran et les recommandations du
Prophète.
D’une manière générale, le musulman ignore l’Islam. Il en
est de même du chrétien : il ignore le Christianisme.
De même, le musulman ignore le Christianisme; et le chrétien
ignore l’Islam.
Nous sommes, tous les victimes de l’ignorance.
Et “l’ignorance - comme dit le poète - détruit la maison
puissante et noble”. Et c’est pour cette raison que nous
avons détruit le Liban.
(1)
Le Coran considère que le Christ est bien
au-dessus d’un tel châtiment dégradant et infâmant réservé
aux criminels de basse extraction; et que les Juifs
résolurent de tuer le Christ et de le crucifier, mais ne
réussirent pas dans leur perfide besogne : “…Et leur dire :
“Nous avons tué le Christ, fils de Marie, Messager de Dieu”.
Ils ne l’ont ni tué ni crucifié; mais ce ne fut qu’un
leurre”, [Les Femmes : 157].
(2) Point de place pour le Christ dans une
religion qui ne croit pas en un Seul Dieu Tout Puissant,
Créateur des Cieux et de la terre … |