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Chapitre XXI
Le Paradis en Islam
On a trop écrit et dit - dans le contexte du dénigrement de
l’Islam - sur les “houris”(1), les éphèbes
éternellement jeunes, le lait, le miel, et les “délices du
corps”, ainsi que sur tout ce qui a trait au paradis des
sens et de la matière, autant de choses étrangères à la
béatitude spirituelle qui, dans la religion chrétienne, est
le symbole du Ciel.
En fait, le Paradis, ou “jardin d’Eden” - al Janna - en
Islam, est tout le contraire de ce que l’on a répandu et
continué de répandre. Revenons au Coran et passons
successivement en revue ce qu’il dit à ce propos,
précisément :
- “Entrez au Paradis, vous et vos épouses, et
réjouissez-vous. Des plats d’or et des coupes leur seront
présentés à la ronde, qui contiennent ce que désirent les
âmes et ce qui fait les délices des yeux; et vous restez là
éternellement. Et ce Paradis qui vous a été donné en
héritage, en récompense de vos (bonnes) actions, vous y
trouverez beaucoup de fruits dont vous mangerez”, [L’Ornement
: 70-73].
- De même :
“Exemple du Paradis qui a été promis aux pieux : Des fleuves
d’une eau non fétide, et des fleuves d’un lait dont la
saveur n’a point changé, et des fleuves de vin, délices des
buveurs, et des fleuves de miel limpide; et ils y ont de
tous les fruits, et pardon de leur Seigneur”, [Mohammad :
15].
- De même aussi :
“Ceux-là ont pour eux les Jardins d’Eden sous lesquels
coulent les fleuves; ils s’y pareront de bracelets d’or, et
revêtiront des habits verts en soie fine et en brocart; ils
y reposeront sur des trônes; belle récompense, et belle
commodité!”, [La Caverne : 31].
Faisons remarquer, de prime abord, que, contrairement à ce
que l’on répand, le Coran ne cite pas les femmes de petite
vertu, ni les prostituées, ni aucune créature humaine
féminine chez lesquelles les hommes, depuis la nuit des
temps jusqu’à nos jours, ont pris l’habitude de rechercher
une source susceptible d’étancher leur soif corporelle, et
leurs appétits sexuels.
Comme on l’a constaté, le Coran cite les épouses et les
compagnes légitimes (azwajoukoums - vos épouses), avec, ici,
une remarque qui s’avère nécessaire : les épouses visées ne
sont pas celles qui, sur terre, vivaient avec leurs maris,
mais des épouses nouvelles et jeunes : “Nous les avons
créées, et Nous les avons faites vierges, de même âge (ou de
même charme), et de race arabe”, [L’Evènement : 35-37].
Quant aux “houris” et aux éphèbes (éternellement jeunes),
voici ce qu’il en est dit :
“Dans les jardins des délices (le Paradis) se trouveront de
nombreux anciens (premiers) et un petit nombre des autres
(derniers ou nouveaux) sur des lits (ou trônes) ornés de
pierreries, accoudés dessus, les uns face aux autres, et
parmi eux circuleront des éphèbes (éternellement jeunes)
leur offrant des coupes, des aiguières et un verre d’eau de
source dont ils ne seront point séparés, et qui ne seront
point taris; et des fruits qu’ils choisiront, et de la
viande d’oiseaux qu’ils désireront, et des “houris” aux
grands yeux, pareilles aux perles bien serties, tout cela en
récompense des œuvres pies qu’ils accomplissaient”, [L’Evènement
: 12-34].
- De même :
“Les pieux auront pour récompense des jardins, des vignes,
et des vierges aux seins arrondis, de même âge (qu’eux) et
des coupes remplies”, [La Nouvelle : 31-34].
Ce paradis sensuel indique-t-il, peut-il indiquer une
réalité palpable et perceptible par les sens, tels la vue,
l’ouïe, l’odorat, le goût et le toucher ? L’âme, après la
mort, et après s’être libérée du corps, et retournée à son
Créateur et être entrée dans Son Paradis, peut-elle goûter
et ressentir des choses matérielles qui, dans leur essence,
constituent une nourriture physiologique, corporelle, voire
terrestre, consubstantielle au corps ?
Il n’est point difficile de répondre à cette question.
L’âme, dans son essence, est une. Elle est la même dans
toutes les religions. Elle est une émanation de Dieu. De
Lui, elle puise son éternité. Sa nature est celle de Dieu,
telle une goutte d’eau par rapport à la source.
La béatitude de l’âme est spirituelle, parce que l’âme est
esprit. Toutefois, Dieu, le Puissant, le Sage, a eu recours
à l’image et la métaphore, en citant des choses tant
convoitées par les habitants de la presqu’île arabique et
d’autres : Tels l’eau limpide et pure, l’air revigorant, les
fleuves bordés d’arbres et de verdure, le lait frais, le
miel filtré, les coupes, les aiguières et les plats en or,
les oiseaux, les perles, les éphèbes et les “houris”, tout
en spécifiant, en tout cas, que ces derniers sont un plaisir
des yeux, et pas davantage.
Toutefois, on ne devrait perdre de vue que tout cela n’avait
qu’un seul et unique but : déterminer les Croyants à marcher
dans le droit chemin, à faire le bien, à accomplir les
œuvres pies, à s’éloigner du mal, à interdire tout ce qui
déplait à Dieu, afin de gagner, en récompense, le Ciel, le
Paradis où l’âme connaîtra une grande béatitude spirituelle
qui rappelle ce que le corps ressent lorsqu’il lui est donné
de boire l’eau pure et fraîche, le lait doux; de manger du
miel filtré, et des fruits exquis; de s’adosser sur des
coussins du meilleur tissu, portant des habits verts tissés
dans la soie fine et le brocart; de porter des bracelets
d’or, et d’être servi par des éphèbes à l’éternelle
jeunesse, et des “houris” … autant de choses convoitées par
les humains, en tous temps et en tous lieux.
Si la religion chrétienne, par exemple, a représenté l’enfer
en un feu incondescent, éternel, consumant et brûlant, elle
ne voulait point, en cela, dire que l’être humain, après sa
mort, allait, à travers son corps, souffrir et se tordre de
douleur physique, en punition des crimes et des péchés qu’il
a commis, et du mal qu’il a fait.
Le corps, comme cela est connu, se réduit, après la mort, en
poussière; il n’en subsiste que les os oubliés dans
l'obscurité du tombeau; tel est son ultime destin, qu’il
soit le corps d’un Chrétien, d’un Musulman, d’un Juif, d’un
Hindou ou d’un Bouddhiste, sans la moindre différence entre
celui-ci et celui-là.
Le Christianisme a cherché, et cherche à dire que l’âme,
après s’être libérée du corps, souffrira spirituellement et
moralement; elle ressentira les douleurs que l’homme, encore
vivant, ressent à la suite d’un malheur qu’il aurait subi :
un feu intérieur lui brûle le cœur et la conscience;
il criera de douleur, bien que celle-ci ne soit pas une
douleur corporelle et physique, mais psychologique et
morale.
La Géhenne de l’Islam, comme celle du Christianisme, est un
feu qui brûle l’âme, comme la brûle la douleur morale et
physique, et comme le remords brûle la conscience,
et comme les malheurs brûlent le cœur. Ce sont, tous, des
feux spirituels, psychologiques, moraux, sentimentaux et
affectifs …
Quoiqu’il en soit, l’Islam affirme et réitère des fois et
des fois que la Grande Récompense c’est la rencontre de
Dieu, et que le Paradis, dont nous venons de citer quelques
aspects, n’est, dans sa réalité, qu’un miroir qui, à travers
les détails, réfléchit le Tout Indivisible : le retour de
l’âme à Dieu, c’est-à-dire le retour de la goutte à la
source, du détail à l’ensemble, de la partie au Tout :
- “Et Dieu appelle au Séjour de la Paix (au Paradis), et
guide qui Il veut dans le droit chemin; à ceux qui ont fait
le bien, et encore davantage; ni la poussière qui souille,
ni la honte ne couvriront leurs visages; ce sont eux qui
demeureront au Paradis éternellement”, [Jonas, : 25-26].
Dans ce verset, le mot “davantage” indique “la contemplation
du visage de Dieu”.
Quant au verset 72 de la sourate “Le Repentir”, il est plus
expressif et plus révélateur :
- “Dieu a promis aux Croyants et aux Croyantes des jardins
sous lesquels coulent des rivières; ils y demeureront
éternellement; ils auront d’excellentes places aux jardins
d’Eden; mais la satisfaction (l’agrément) de Dieu est plus
grand que tout. Telle est la grande victoire”.
Ainsi, il apparaît clairement que la satisfaction de Dieu,
c’est-à-dire le fait que Dieu soit satisfait de nous, de nos
comportements et de notre conduite, et nous comble de Sa
Miséricorde et de Son Pardon, est plus grand et plus
important que tous ces paradis et jardins et de tout ce
qu’ils contiennent. C’est Lui, donc, que devront satisfaire
les Croyants.
La bonne action, l’œuvre pie, à laquelle l’Islam exhorte
continuellement, a une récompense supérieure à toute autre
absolument : la rencontre de Dieu :
- “Quiconque aspire à rencontrer son Seigneur-Dieu, qu’il
fasse le bien …", [La Grotte : 110].
De même :
- “Dieu est le patron de ceux qui ont cru; Il les fait
sortir des ténèbres à la lumière …", (La Vache : 257].
- “O les Croyants! Invoquez souvent le nom de Dieu, et
chantez ses louanges matin et soir; c’est Lui - et Ses Anges
- qui vous bénissent et prient sur vous afin de vous faire
sortir des ténèbres à la lumière; et c’est Lui, le
Miséricordieux pour les Croyants”, [Les Coalisés : 41-43].
- “Nous laissons ceux qui n’espèrent pas Nous rencontrer,
s’aveugler dans leur rébellion”, [Jonas : 11].
- “Ceux qui n’aspirent pas à Notre rencontre, et se sont
contentés de la vie d’ici-bas, et s’en sont réjouis, et qui
ignorent Nos signes, ceux-là finiront dans le feu en échange
de ce qu’ils ont gagné”, [Jonas : 7-8].
- “Et il en est qui disent : O Notre Seigneur! Donne-nous
des biens dans ce monde et des biens dans l’autre, et
préserve-nous du châtiment du feu; ceux-là auront la part
qu’ils ont méritée; Dieu est rapide dans le réglement des
comptes”, [La Vache : 201-202].
- “Et craignez Dieu et sachez que par Lui vous serez jugés”,
[Ib. 203].
… Dans son essence et son fondement, l’Islam est, avant
tout, la religion de l’au-delà où l’âme du Croyant rencontre
le visage de son Dieu et sera, pour l’éternité, dans son
Paradis spirituel.
Pour cette raison, l’Islam sublime “les œuvres justes et
bonnes, les valeurs célestes et les spiritualités”, et
minimise les “matérialités” et les biens temporels, voire
même il les interdit la plupart du temps :
- “Des gens que ni commerce, ni trafic, ne distraient de
l’invocation du nom de Dieu, ni de l’observance de la prière
et de l’acquittement de la dîme …", [La Lumière : 37].
De ce verset, il ressort, indirectement mais clairement, que
l’Islam n’encourage guère “l’amassement” des fortunes, mais
l’évocation du nom de Dieu, la prière et la dîme, qui sont
plus importants et plus sublimes.
Quant à la corruption sur terre, voici ce qui est dit à son
sujet :
- “Parmi les générations qui vous ont précédés, il y eut
quelques personnes qui combattaient et interdisaient la
corruption sur terre; ce sont celles que Nous avons sauvées,
mais ceux qui pratiquaient l’injustice et jouissaient
exagérément et abusivement de leurs richesses, suivirent
leurs méfaits; ce sont des criminels”, [Houd : 116].
Il est clair que Dieu traite de criminels ceux qui jouissent
exagérément de leurs richesses.
- De même : “Et lorsque Nous avons voulu détruire une cité,
Nous avons ordonné à ses habitants exagérément riches : ils
y commirent des actes impis et immoraux; alors la sentence
contre elle fut prononcée; et Nous la détruisimes
complètement”, [Le Voyage Nocturne : 16].
Ainsi, l’impiété (l’immoralité, la vie licencieuse …) et la
richesse exagérée sont synonymes (sœurs jumelles). La
richesse, donc, ou l’exagération dans la richesse, entraîne
à la perdition - la perdition de l’âme - et suscite la
colère de Dieu; alors que la miséricorde de Dieu est la
sublime richesse : “Et la miséricorde de ton Dieu est
meilleure que tout ce qu’ils amassent”, [L’Ornement : 32].
La richesse peut éloigner de Dieu : “Ce n’est point par vos
richesses, ni par vos enfants que vous serez proches de
Nous, (Sera proche de Nous) celui qui croit et fera le bien;
ceux-là auront pour récompense le double de ce qu’ils
auraient entrepris, et seront en sécurité au Paradis”, [Saba
: 37].
Ainsi, la foi et la bonne action sont préférables (chez
Dieu) à l’argent et aux enfants. Celui qui espère de Dieu
une récompense, qu’il fasse le bien et s’éloigne du mal, et
ne perde pas son temps à amasser des fortunes; car les
fortunes peuvent ne pas rapprocher de Dieu, et ne réservent
pas à leurs possesseurs une place au Paradis. Tandis que les
Croyants qui font œuvre pie sont en sécurité au Paradis.
Voici, dans le même contexte, certains versets plus clairs
et plus décisifs :
- “L’amour des désirs, tels que les femmes, les enfants, les
trésors entassés d’or et d’argent, les chevaux superbes, les
troupeaux, les campagnes, tout cela paraît beau aux hommes;
mais ce ne sont là que des jouissances temporaires de ce
monde; mais la plus belle retraite est auprès de Dieu”, [Al
Imrâne : 14].
Cela signifie, sans ambage, que “les trésors d’or et
d’argent” ne sont que des biens de ce monde voué, un jour, à
une disparition fatale; ils n’ouvrent pas à leurs détenteurs
les portes du Paradis. La fortune inusable, éternelle, c’est
la miséricorde de Dieu, c’est le retour à Lui, c’est
l’éternité dans Son Eternité.
De même : “Dis : Vous annoncerais-je meilleur que cela ? A
ceux qui ont craint leur Dieu seront dévolus des jardins
sous lesquels coulent des rivières; ils y demeureront
éternellement; de même que des femmes purifiées, et la
satisfaction de Dieu. Dieu connaît bien ses adorateurs”, [Al
Imrâne : 15].
La piété - la crainte de Dieu - est meilleure que tout cela
: que l’or, l’argent, les chevaux … elle est plus précieuse
que les biens de ce monde. Celui qui espère et désire le
Paradis pour ultime repos se doit de ne point amasser l’or,
l’argent, les chevaux … mais d’être pieux, de craindre Dieu,
de faire le bien, d’accomplir les œuvres pies, de prier, de
payer la dîme, de ne point repousser un mendiant, de ne
point maltraiter un orphelin, mais de toujours louer son
Seigneur, et parler de Ses Grâces et de Ses bienfaits.
Pour cette raison, Dieu rappelle aux Croyants que tout dans
ce monde disparaîtra et qu’à leur Dieu ils retourneront : “A
ton Seigneur est le retour”, [La Sangsue : 8].
- “Et à ceux qui ont craint (Dieu) on demanda : “Que fit
descendre votre Seigneur ?” Ils répondirent : “le bien à
ceux qui, dans ce monde, ont fait une bonne action”. Mais la
demeure de l’au-delà est meilleure; Combien est agréable la
demeure des pieux!”, [Les Abeilles : 30].
De sa première page à la dernière, le Coran appelle
continuellement les Croyants à la piété, au bien, à tel
point qu’il nous est permis de dire que les “œuvres pies”,
le bien, est la condition fondamentale d’obtenir la
miséricorde de Dieu et de gagner Son Paradis. Que le lecteur
médite :
- “Ceux qui ont cru et fait œuvres pies. Nous ne négligerons
jamais la récompense de quiconque fait le bien”, [La Grotte
: 30].
- “Et adorez votre Seigneur, et faites le bien. Vous aurez
tout espoir de réussir”, [Le Pélerinage : 77].
- “Quant à ceux qui ont cru et fait œuvres pies, ils seront
heureux dans un parc (Paradis)", [Les Byzantins : 15].
- “Ceux qui ont cru et fait œuvres pies auront les jardins
du Paradis”, [Louqmane : 8].
- “Et quant à ceux qui ont cru et fait œuvres pies, ils
auront les jardins du Paradis (Refuge)", [Le Prosternement :
19].
-
“Quant à ceux qui ont cru et fait œuvres pies, Dieu les fera
entrer dans Sa Miséricorde”, [L’Agenouillée : 30].
- “Et qui croit en Dieu et fait le bien, Dieu le fera entrer
dans des jardins sous lesquels coulent des rivières”, [Le
Divorce : 11].
Les versets ci-dessus reproduits sont un bouquet qui exhale
le parfum du bien. Le Coran contient de nombreux bouquets
pareils à ceux-ci. L’Islam est la religion de la piété et du
bien; de la richesse spirituelle et non matérielle :
- “Il en est de ceux qui dépensent leur argent, et font
largesse de leurs biens dans le sentier de Dieu, comme d’un
grain qui a produit sept épis, et dans chaque épis cent
grains; et Dieu donne le double à qui Il veut …", [La Vache
: 261].
Il est difficile, et peut-être même impossible de trouver
dans une religion, révélée ou non, une telle fixation sur la
piété, les œuvres pies, le mépris des biens de ce monde,
comme l’ont exprimé les versets que nous venons de
reproduire, et qui ne sont qu’une goutte dans une mer.
Une religion comme celle-ci, ayant atteint une telle
dimension spirituelle, il est inconcevable de la considérer
comme la religion des “houris”, des éphèbes, du lait et du
miel, lesquels, tous, sont, comme nous l’avons déjà dit, des
métaphores et des images figurées.
(1) “L’idéal féminin du Paradis; être sans péché, perfection
de beauté physique et morale”, ("Le Coran”, Edward Montet,
Payot 1998, T. II, p. 304).
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