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Chapitre XVII
Al Amâne (la sécurité-protection)

Ce mot “al amâne”, est typiquement musulman, et très certainement d’origine arabe, c’est-à-dire préislamique. Il serait utile, dans le contexte qui nous préoccupe, celui de la guerre, d’en dire un mot.

“Al Amâne” connut un grand rayonnement dans les sociétés musulmanes, comme dans les sociétés chrétiennes qui cohabitaient avec l’Islam, ou qui, durant certaines périodes de leur histoire, se sont trouvées gouvernées par lui.

Dans divers récits d’origine arabe ou islamique, nous entendons un homme s’adresser à un roi musulman et lui dire : “Donnez-moi l’amâne, sire”. Quand le roi lui répondait par ces trois mots : “Vous avez l’amâne”, cela signifiait que l’homme en question est garanti de ne plus être inquiété dans sa vie, sa liberté et ses biens. Ni le roi ni aucune autre personne dépendant du roi ne lui portera le moindre préjudice.

L’origine de l’amâne nous la trouvons dans le verset coranique suivant : “Si l'un des “mouchrikines” (associateurs) te demande asile, accorde-le lui afin (ou jusqu’à ce) qu’il entende la parole de Dieu, pui fais-le parvenir à son lieu de sécurité”, [Le Repentir : 6].

Comme il apparaît clairement, Dieu s’adresse au Prophète en personne. Ce qu’Il lui dit est sans la moindre équivoque : Si l’un des mouchrikines a recours au Prophète, lui demandant de le défendre et de lui garantir sa sécurité (ou son immunité), le Prophète se doit de l’aider et de le secourir, c’est-à-dire d’empêcher qu’on lui porte préjudice, ou qu’on attente à sa vie ou à ses biens. Par la même occasion, le Prophète se doit de lui faire entendre la Parole de Dieu, de lui expliquer la nouvelle religion et d’éclairer sa conscience par la lumière de la Vérité. Si ce mouchrik (cet associateur) est édifié et marche dans le droit chemin (celui de l’Islam), ce serait très bien; mais s’il n’est point convaincu, il est du devoir du Prophète de l’aider à atteindre le lieu où il se sentirait en sécurité.

Ces gens qui sollicitent le secours des Croyants deviennent, de ce fait, sous la protection de l’Islam. Les Musulmans seront dans l’obligation de les protéger, de leur garantir leur sécurité, tant qu'ils se trouvent sur la “Terre de l’Islam”.

… Les années passent. L’amâne s’inscrit dans les traditions de l’Islam qui ouvre sa porte à deux battants afin qu’y pénètrent les chercheurs d’asile, (ou les solliciteurs de protection). De cette manière, les Musulmans auront l’occasion de leur prêcher la nouvelle religion, dans le calme et la sérénité, loin de toute contrainte, selon l’esprit de l’Islam exprimé par les paroles divines suivantes adressées à Mohammad lui-même : “Appelle dans la voie (ou le sentier) de Ton Seigneur-Dieu par la sagesse et les bons sermons”.

Avec le temps, chaque Musulman acquit le droit d’accorder son secours et son “amâne” à celui qui les sollicite. Sa propre parole, son propre engagement devenait obligatoire pour les Musulmans, car “la caution (le pacte, la protection) des Musulmans est une, et s’en acquitte le plus humble d’entre eux”, comme dit le Prophète.

En Islam, la promesse, ou l’engagement, revêt un caractère sacro-saint, abondamment loué par les Occidentaux qui ne cachaient pas leur admiration et leur considération pour cette valeur rare parmi les hommes, surtout dans la société chrétienne errant dans l’obscurantisme du Moyen-Age.

L’amâne est une promesse, un engagement. Dieu ordonne aux Musulmans de s’en acquitter et de l’accomplir : “Et remplissez vos engagements; l’engagement est une responsabilité (dont on devra se rendre compte),” [Voyage Nocturne : 36].

Le Musulman ne serait pas un homme de vérité s’il ne remplissait pas l’engagement pris : “… et ceux qui remplissent leurs engagements … ceux-là sont les héritiers, qui hériteront du Paradis …", [Les Croyants : 8-9].

Plus que cela : Ceux qui ne respectent pas leurs engagements sont assimilés aux méchants et aux infidèles (renégats) :

- “Les pires des bêtes, aux yeux de Dieu, sont ceux qui … lorsque tu as conclu un pacte avec eux, rompent chaque fois leurs engagements, et ne craignent pas Dieu”, [Les Butins : 55-56].

Le respect de l’engagement, de la parole donnée, atteint, en Islam, une sainteté qui le hisse au dessus de la solidarité musulmane elle-même. Bien que le Coran considère les Musulmans - quels que fussent leurs nationalités et leurs pays - comme une seule nation, et qu’une attaque contre une partie de cette nation est assimilée à une attaque contre la nation entière, il considère, d’un autre côté, que le respect de la parole donnée passe avant le devoir de solidarité et de secours.

- “Ceux qui croient (les Musulmans) et n’ont pas émigré (de la Mecque à Médine) n’auront aucune part à cette parenté, jusqu’au jour où ils émigreront. Et s'ils implorent votre aide (secours) pour cause de religion, venez à leur secours, à moins qu’il ne s’agisse d’un peuple entre lequel et vous il existe un pacte”, [Les butins : 72].

… Après les versets précédemment cités à titre d’exemples, les accusations portées contre l’Islam - par lesquelles leurs auteurs cherchent à le présenter comme la religion de la contrainte et de la coercition et, à partir de là, présenter les Musulmans comme des gens qui ont imposé la religion d’Allah par l’épée - tombent d’elles-mêmes.

Si l’historien passe des années entières à scruter l’histoire des Musulmans, il n’y trouvera pas des crimes contre l’humanité semblables à ceux que commirent les Espagnols du temps de Christophe Colomb, de Cortès, de Pizarro et des autres dans les pays d’Amérique qu’ils découvrirent, conquirent et exploitèrent et dont ils transportèrent en Espagne les trésors et les richesses, après s’être abattus, avec leurs canons et leurs armes à feu sur les peuples de ces régions armés de javelots et d’armes blanches primaires, en en tuant des dizaines de milliers, et capturant des milliers, et avilissant et humiliant d’autres milliers, les traitant comme des animaux auxquels ils reniaient la qualité d’êtres humains dotés d’une âme immortelle.

… Si de nombreux historiens et chercheurs se sont dépensés à calomnier l'Islam et à le présenter sous un faux visage qui n’est pas le sien, d’autres historiens, faisant partie de l’élite occidentale intellectuelle, lui ont rendu justice, en en disant les plus belles paroles. Concernant ces derniers, nous renvoyons aimablement le lecteur à notre ouvrage “Sur les pas de Mohammad”, (pp. 413-465).


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