Islamic Educational, Scientific and Cultural Organization - ISESCO -

Chapitre XV
La guerre sainte (al jihad)

“Al Jihad”, ou guerre sainte, c’est le combat dans le sentier de Dieu, c’est-à-dire la défense de la religion de Dieu et ce qu’elle représente comme valeurs, spécialement la justice entre les hommes. La défense de la justice implique la répression de l’injustice et l’oppression.

La guerre sainte n’a pas pour objectif d’imposer l’Islam par la force et la contrainte, mais de défendre l’Islam et les Musulmans contre l’injustice et l’oppression :

- “Et combattez dans le sentier de Dieu ceux qui vous combattent, et n’agressez point; Dieu n’aime pas les agresseurs” - verset que nous avons déjà reproduit.

De là, nous constatons que le combat dans le sentier de Dieu n'est guère une attaque, ou une agression, mais un moyen de repousser cette attaque, ou cette agression; ce combat n’est point offensif, mais défensif.

L’Islam autorise la guerre, voire il l’ordonne : “Combattez dans le sentier de Dieu, et sachez que Dieu entend tout, et sait tout”, [La Vache : 244].

De même

 “Combattez pour Dieu avec force et conviction”, [Le Pélerinage : 78].

Ce jihad - cette guerre sainte - a un seul et unique but : exhausser la parole de Dieu, c’est-à-dire secourir le droit et repousser l’injustice.

Les versets qui appellent au combat dans le sentier de Dieu et pour l’au-delà, sans le moindre objectif terrestre, sont nombreux. Nous en citerons quelques-uns :

- “Que ceux qui combattent dans le sentier de Dieu vendent la vie de ce monde (d’ici-bas) pour l’au-delà; et si celui qui combat dans le sentier de Dieu est tué, ou est victorieux, Nous lui accorderons une magnifique récompense”, [Les Femmes : 74].

 D’un autre côté, l’Islam interdit le combat pour aider l’injustice et la tyrannie :

- “Les Croyants combattent dans le sentier de Dieu, et ceux qui mécroient combattent dans le sentier du Taghout (Démon, fausse divinité, tyran). Combattez (donc) les suppots de Satan; les ruses de Satan sont faibles”, [Les Femmes : 76].

Le Taghout, littéralement cité ci-haut, représente la tyrannie. La tyrannie (toughyane) c’est le dépassement des limites, dans le mal, la corruption et l’injustice.

Nous avons déjà dit que le Prophète a envoyé aux rois, princes et gouverneurs, des lettres les exhortant à embrasser l’Islam, considérant que, ce faisant, il exécute l’ordre de Dieu qui lui a ordonné de répandre et communiquer ce qui lui a été descendu (révélé). Il choisit les méthodes pacifiques.

La guerre dans la chrétienté

Les experts en religion et les commentateurs sont unanimes à dire que la religion chrétienne n’autorise pas la guerre, mais l’interdit catégoriquement. Ils se basent, en cela, sur certains propos du Christ, ainsi que sur ses recommandations aux Apôtres et aux disciples et aux foules.

En fait, le christianisme n’a interdit ni permis la guerre; il n’en parle point, ni dans un sens ni dans l’autre.

Il est de commune renommée que le Fils de Marie fut l’apôtre de la charité, de la bonté et du pardon.

De ses paroles, répandues et connues, dans le contexte qui nous intéresse, nous citerons ce qui suit, afin d’éclairer le lecteur. (La plupart de ces propos christologiques ont été reproduits dans des chapitres précédents de notre présent ouvrage) :

- S’adressant à Pierre, Prince des Apôtres, il lui dit :

“Remets ton glaive à sa place, car tous ceux qui prennent le glaive périront par le glaive”, [Mat. XXVI].

- De même : S’adressant, cette fois, aux Apôtres et aux disciples :

“Moi je vous dis de ne pas tenir tête au méchant. Au contraire, quelqu’un te donne-t-il un coup sur la joue droite, tends-lui encore l’autre. A qui veut te citer en justice et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau”.

- De même aussi :

“Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent”, “et bénissez ceux qui vous maudissent”, [Ibid : V].

Dans ces propos, nous observons que le Christ a traité les relations des hommes entre eux, en tant qu’individus composant une société d’humains, chacun d’eux étant responsable de ce qui le concerne personnellement, et non point en ce qui concerne la société, dans son ensemble, ou le peuple, ou la nation à laquelle appartient chacun de ces individus.

L’individu frappé sur sa joue droite est personnellement atteint par un tel acte. Il lui appartient de répondre au mal par le mal, ou de pardonner à celui qui l’a offensé : de même, il lui appartient d’aller plus loin dans son pardon, du moment que la question le concerne personnellement, et n’a aucun rapport avec sa foi et sa religion et ses dogmes, qui, tous, appartiennent à sa nation et non point à lui-même exclusivement.

Telle est, aussi, la situation de l’individu par rapport à sa tunique et à son manteau. De tels objets et d’autres du même genre n’ont aucune relation avec la religion, la foi et les dogmes.

Quant à Pierre et à son épée, il est nécessaire que le lecteur sache que le Christ était décidé, de sa propre initiative et de son propre gré, à se livrer à ceux qui étaient venus pour l’arrêter; et que toute résistance - indépendamment de son ampleur et de son origine - aboutirait à l’inverse de ce qu’il avait, lui-même, résolu de faire

La preuve de la véracité de ce que nous avançons, nous la trouvons dans les propos du Christ lui-même : “Comment, donc, s’accompliraient les Ecritures selon lesquelles il doit en advenir ainsi ?” c’est-à-dire selon lesquelles il doit être arrêté et conduit au Tribunal et à la mort.

Le Christ, en tout cas, eut d’autres attitudes différentes, dans leur essence, de l’attitude ci-haut mentionnée, toutes les fois que la question concernait la foi, les mœurs et les valeurs spirituelles qui embrassent et régissent la société dans son ensemble.

Au lecteur quelques exemples : La veille de Pâques (La Pâque Juive), le Christ entre au Temple, à Jérusalem Al-Qods. Il fut consterné par ce qu’il entendit et vit : des cris, des marchandages et des discussions entre les pélerins, d’une part, et, d’autre part, les agents de change, les commerçants et les vendeurs, entourés de vaches, de moutons, de pigeons et de tables sur lesquelles étaient étalées les diverses monnaies. Entre ceux qui voulaient vendre aux plus hauts prix, et ceux qui voulaient acheter aux plus bas, les discussions allaient crescendo, à tel point que le Temple avait l’allure et l’aspect d’un bazar, un “souk” à la criée, où la vente, l’achat et les transactions allaient bon train.

Face à ce spectacle, aussi honteux que scandaleux, la colère du Fils de Marie explosa. “Se faisant un fouet avec des cordes, il les chassa tous du Temple, ainsi que les brebis et les bœufs, envoya promener la monnaie des changeurs et renversa leurs tables. Et à ceux qui vendaient les colombes, il dit : Enlevez ça d’ici; cessez de faire de la Maison de mon Père, une maison de commerce”, [Jean, II, 11-16].

- Le Christ observa que les Scribes et les Pharisiens allaient trop loin dans le chemin de l’hypocrisie et du mensonge : “Ils disent et ne font pas. Ils lient de pesants fardeaux et les mettent sur les épaules des gens, alors qu’eux-mêmes se refusent à les remuer du doigt” … Il ne leur pardonna point leur persistance à égarer le peuple et à porter atteinte à l’esprit de la religion et aux traditions reçues en héritage, et à déformer les vérités, les valeurs et les mœurs. Il en fut très contrarié et s’abattit sur ces hypocrites par des invectives et des malédictions que le temps nous a conservées et dont ne jaillit aucun rayon de pardon, de mansuétude et de paix, mais qui exhalent l’odeur de la colère, de la vengeance et des menaces des pires châtiments :

“Malheur à vous scribes et Pharisiens hypocrites, qui fermez le Royaume des Cieux devant les hommes; vous-mêmes n’y entrez pas, et ceux qui voudraient y entrer, vous les empêchez d’entrer!”(1)

“Malheur à vous, qui courez mers et continents pour gagner ne fut-ce qu’un prosélyte et, quand il l’est devenu, vous en faites un fils de géhenne deux fois plus que vous!”

“Malheur à vous, qui acquittez la dîme de la menthe, du fenouil et du cumin, et vous avez laissé de côté les points les plus graves de la Loi : la justice, la miséricorde et la bonne foi! Guides aveugles qui filtrez le moucheron et avalez le chameau!”

“Malheur à vous qui purifiez l’extérieur de la coupe et du plat, alors que l’intérieur est plein de rapines et d’intempérance!”

“Malheur à vous qui ressemblez à des sépulcres blanchis : au dehors ils paraissent beaux, mais au dedans ils sont pleins d’ossements de morts et d’impuretés!”

“Serpents, engeance de vipères, comment pourriez-vous vous soustraire au châtiment de la géhenne ?”

… En fait, le Christ a déclaré une guerre sans merci aux scribes et aux Pharisiens, et à leurs homologues, les menteurs et les hypocrites. Que l’arme utilisée dans cette guerre fût l’épée, comme celle de Pierre, ou des paroles dures et tranchantes, telles les malédictions ci-dessus reproduites, ce qui est important ce ne sont pas les moyens mais les intentions et les objectifs, ainsi que l’esprit qui s’est manifesté dans ces moyens qui constituent l’expression criante de la colère du Fils de Marie contre ceux-là qui portèrent atteinte à la religion, à la foi et aux valeurs de justice, de vérité et de bien …

- Dans une autre occasion, s’adressant aux Apôtres et aux foules, le Christ dit : “Je suis venu jeter un feu sur la terre, et comme je voudrais que déjà il fût allumé! … Pensez-vous que je sois apparu pour établir la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais la division”.(2)

La vie du Christ, comme celle de Mohammad, après lui, - paix et prière de Dieu sur eux - fut une lutte dans le sentier de Dieu, c’est-à-dire une guerre contre le mal, sous ses divers aspects, comme le mensonge, l’hypocrisie, la tyrannie, l’exploitation des faibles, des déshérités et des pauvres, ainsi que la négation de la foi et des valeurs qu’elle personnifie, les abus des orgueilleux outranciers, dont le souci permanent est d’asséner au droit, à la justice et à la vérité des coups meurtriers.

Et si, comme nous l’avons dit, le Christ recommande le pardon, l’Islam, de son côté, dans le Coran et la Sunna, en fait de même, encourageant les Croyants, dans maints versets et Hadiths, à le pratiquer; ce que, du reste, nous avons déjà rapporté.

… Les guerres - les guerres de la foi, ou “les guerres de religion”, comme les historiens les appellent - que mena le christianisme offensivement, furent nombreuses, tout au long de l’Histoire.

Dès leurs premiers pas, les Croisades (guerres de la Croix) furent offensives, en ce sens que la première d’entre elles (1095-1099) s’ébranla de l’Europe à la suite de l’appel du pape Urbain II, depuis la ville de Clermont, en 1095.

La défense des Lieux Saints de Palestine, et dont le plus illustre fut le Saint Sépulcre situé à Jérusalem-al Qods, était l’objectif principal de ces “guerres offensives”. L’Islam, depuis son apparition, jusqu’à nos jours, n’a point entrepris des guerres aussi importantes, dans leurs dimensions, leur genre, leur envergure et leurs prolongements dans le temps.

Et si les Croisades furent dirigées contre l’Islam, ou contre les responsables musulmans - Fatimites, Seldjoukistes, et Ayyoubites … - qui gouvernèrent successivement ces régions, d’autres guerres religieuses furent menées par des Chrétiens contre des Chrétiens, et dont les plus célèbres furent les guerres françaises qui eurent lieu au cours du XVIe siècle (1562-1598) entre les Catholiques et les Protestants, connues par les “guerres de religion” et qui atteignirent, un degré de violence défiant toute imagination :

“… Jamais, au cours de toute son histoire, cette nation (la France), qui, volontiers, se tient pour sage et modérée, ne donna pareil exemple de violence déchaînée et de férocité inhumaine. Assassinats, achèvement des blessés, massacres des populations après la prise des villes, de part et d’autre … Là où le Huguenot est maître, il détruit toutes les images, démolit les sépulcres et les tombeaux, pille tous les biens sacrés. En contrepartie, le Catholique tue, meurtrit, noie tous ceux qu’il connaît de cette secte, à tel point que les rivières en regorgent”. (Daniel-Rops, “L’histoire de l’Eglise”, T. VI, pp. 161-162).

Et si l’Evangile ne contient pas de texte autorisant la guerre ou l’interdisant, l’Eglise, de son côté, ne prit aucune décision interdisant les guerres; bien au contraire, nous la voyons, assez souvent, encourager les guerres et, dans certains cas, présider à leur organisation, patronnant les Accords (ou Ententes, ou Ligues) conclus dans l’intention de les déclencher contre l’Islam et les Musulmans, ou, certaines fois, contre des Etats chrétiens.

Le Pape Jules II (1503-1515) présida la Ligue de Cambrai contre Venise, en 1508, puis la Sainte Ligue contre le France (1511-1512).

Quant à Pie V (1566-1572), il bénit et patronna la guerre contre l’Empire Ottoman, qui prit fin avec la bataille navale de Lépante le 7 octobre 1571, où la flotte alliée remporta une victoire décisive sur la flotte ottomane.

Une pléiade d’historiens affirment qu’à la suite du décès de Pie V, le Sultan ottoman décrèta trois jours de réjouissances!

Ainsi, le combat dans le sentier de Dieu n’est pas l’apanage de l’Islam; de son côté, la Chrétienté, l’a, assez souvent, pratiqué, aussi bien contre les Musulmans que contre les Chrétiens eux-mêmes.

Et si la Chrétienté engagea les Croisades contre l’Islam, ou contre les gouvernants musulmans, il y a, au moins, deux guerres qu’elle engagea  contre des Chrétiens, avec une violence rare dans les annales de l'Histoire.

La première de ces guerres eut lieu en 1204, lorsque les Croisés prirent d’assaut Byzance, la capitale de l’Empire d’Orient, et y commirent destructions et rapines; ils pénétrèrent dans Sainte-Sophie, l’une des plus illustres églises de la Chrétienté en ces temps-là, et peut-être même, la plus illustre absolument, la saccagèrent, la profanèrent, déstruisirent ses autels, ses icônes, ses crucifix et ses reliques, et volèrent ses trésors inestimables, y commettant l’abomination avec les filles de joie, tuant, enlevant et déportant, tout ceci parce que les Croisés, du point de vue de la foi et des dogmes, appartenaient à l'Eglise romaine et latine, et que, de leur côté, l’empereur de Byzance, ainsi que le patriarche, les évêques, le clergé et le peuple se réclamaient de l’Eglise grecque orthodoxe “séparée” de Rome.

La deuxième “Croisade” fut celle menée, en 1209, par la chrétienté occidentale sur l’ordre du pape Innocent III (1198-1216) contre une secte chrétienne - les Cathares, ou Albigeois - que l’Eglise de Rome considérait comme hérétiques. Partant de là, elle décida de les anéantir. Il fut fait selon sa volonté.

Si, dans ce domaine précis, celui de la guerre sainte, ou “al jihad”, nous procédions à un parallèle entre le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam, nous constaterions que l’Islam, dans la réalité, dans les faits et dans les textes, est plus modéré, plus tolérant et plus miséricordieux que les deux autres religions.

Qu’il nous suffise ici de rappeler l’opinion d’un illustre et célèbre historien chrétien, que nous avons déjà reproduite dans un précédent chapitre de notre présent ouvrage, et à laquelle nous prions le lecteur d’y revenir. (Chap. IX, p. 70).

Si nous scrutions attentivement les événements de l’Andalousie, nous y découvrirons, dans son éclat, la vérité suivante, reconnue par tous les historiens, quelle que soit leur nationalité, leur religion et leur confession :

Quand l’Andalousie était gouvernée par les Arabes Musulmans, un climat de tolérance, de liberté et de justice y régnait, qui en fit le paradis de Dieu sur la terre de Dieu.

Au lendemain de l’effondrement définitif de l’autorité musulmane, à la suite de la chute de Grenade en 1492, la situation se renversa de pied en cap : le fanatisme aveugle s’abattit sur la population. Le Christianisme - à l’origine, religion de la charité, de la miséricorde et de l’amour des ennemis - joua le rôle le plus abominable de toute son histoire.

Si dans ces circonstances déterminées, l’Islam a autorisé la guerre, ou l’a recommandée, ou ordonnée, ce ne fut point dans l’intention de contraindre les peuples vaincus à embrasser la religion islamique, ni d’empêcher ces peuples de pratiquer leur religion et leur foi. Nous en avons pour preuve ce qu’écrit Philippe Hitti dans son “Histoire détaillée des Arabes” (Edition de 1949, T. II, p. 96) : “La plupart des peuples de Syrie, d’Irak et de Perse n’ont adopté la religion islamique qu’à partir des IIe et IIIème siècles de l’Hégire. Le nombre des Musulmans en Syrie, lors du premier siècle qui suivit la conquête, ne dépassait probablement pas deux cent mille sur un total évalué à trois millions et demi d’habitants”.

D’un autre côté, comment pourrait-on accuser les Musulmans d’avoir voulu imposer l’Islam par l’épée, quand nous nous rappelons qu'Omar ibn Al Khattab, après que Jérusalem-al Qods lui ouvrit ses portes, accorda à ses habitants chrétiens une Charte leur garantissant la sauvegarde de leurs églises, et leurs libertés de culte et de prière … et quand nous nous rappelons que Khaled ibn al Walid fit la même chose avec les habitants des villes syriennes qu’il conquit, et quand nous nous rappelons l’accord que conclut Amr ibn al ‘Ass, à la suite de la conquête de l’Egypte, avec le patriarche d’Alexandrie Benjamin, qui stipulait que les propriétés de l’Eglise copte confisquées par les Byzantins lui seront rendues et que, de son côté, le patriarche s’engagea à soutenir, lui-même, ainsi que sa communauté, l’autorité des Musulmans. (Daniel-Rops, op. cité, III, 284).

En fait, une grande partie des peuples syrien et égyptien, notamment les Jacobites de Syrie, trouvèrent dans les conquérants arabes des sauveteurs (ou sauveurs) qui les libérèrent de la tyrannie byzantine. C’est ce que, à titre d’exemple, déclare Bar Hébraüs, leur porte-parole : “Le Dieu de la Vengeance nous a envoyé les Arabes pour nous sauver des Romains”, (propos que nous avons déjà rapportés au Chapitre IX, page 68).

Nous devrions, toutefois, reconnaître que certains gouvernants musulmans, tout au long des siècles, se distinguèrent par un fanatisme en contradiction avec l’esprit de l’Islam et des commandements du Coran, ainsi que des recommandations du Prophète et de ses successeurs directs, Al Rachidines.

Ces gouvernants, ceux de la dynastie abasside, et le fatimite Al Hakem bi Amr Illah, se comportèrent contrairement à l’esprit de l’Islam et à la Sunna du Prophète, exactement comme ce fut le cas de quelques rois et princes chrétiens qui oublièrent, ou feignirent même d’oublier les recommandations du Christ qui, maintes et maintes fois, prêcha la charité, le pardon et la miséricorde, recommandant aux Apôtres et aux foules d’aimer leurs ennemis, de bénir leurs “maudisseurs” et de prier pour leurs persécuteurs.

Il est difficile, voire impossible, de trouver dans l’histoire des Musulmans, un événement qui donne les frissons comme celui qui eut lieu lors de la première Croisade, dans la Mosquée Lointaine (Al Masjid Al Aqssa) au lendemain de la prise de Jérusalem-al Qods, en 1099, et que nous avons évoqué dans un précédent chapitre (Chap. IX).

Les historiens et les chroniqueurs chrétiens eux-mêmes n’ont pu retenir leur indignation et leur condamnation de ce carnage que commirent, au nom de la Croix, voire au nom du Christ, ces Croisés déchaînés, à l’intérieur d’un lieu de prière et de culte dans lequel se réfugièrent les Musulmans, vieillards, femmes et enfants, et combattants sans armes.

Les Croisés, brandissant leurs épées et leurs poignards, s’abattirent sur ces pauvres réfugiés, les égorgèrent et les anéantirent jusqu’au dernier. Il n’en resta pas âme qui vive. Les chroniqueurs chrétiens, témoins occulaires, affirment que le sang couvrit la grande salle de la Mosquée, arrivant jusqu’aux chevilles!

Et quand nous nous rappelons que la mosquée Lointaine n’est pas éloignée de l’église du Saint Spulcre, où le Calife Omar ibn al Khattab refusa de prier afin que les Musulmans, après lui, ne la transforment en Mosquée, nous constaterons la grande différence entre les deux comportements musulman et chrétien.

D’un autre côté, cependant, quand nous nous rappelons ce que commirent les Croisés, en 1204, dans l’église de Sainte-Sophie de Byzance - et nous avons déjà évoqué ce terrible événement - force pour nous sera de constater que le fanatisme chrétien, en ce temps-là, ne fut pas exclusivement dirigé contre l’Islam et les Musulmans, mais aussi contre les Chrétiens eux-mêmes lorsque leurs thèses, dans le domaine dogmatique et doctrinal, se trouvent être en contradiction avec celles de leurs adversaires.

Telle, exactement, sera notre réaction quand nous nous rappelons la guerre qu’engagea l’Eglise (romaine) contre les Chrétiens-Cathares dans le Sud de la France, et que nous avons déjà évoquée.

De nombreuses guerres eurent lieu aussi entre les Musulmans, ainsi que des événements douleureux dont nous citerons, à titre d’exemples, les guerres entre l’Imam Ali et Mouawiyah, ainsi qu’entre le quatrième Calife (Ali) et les Khawarejs; de même Karbala, la page rouge dans le Livre noir.

Citons, aussi, avec peine et affliction, les guerres de Tal’at et d’Al Zoubair, ainsi que l’invasion de la Mecque, de la “Mosquée Sacrée” et de la Kaaba, dont la sainteté fut profanée et souillée par des Musulmans agresseurs.

L’histoire de l’Europe chrétienne, pendant de nombreux siècles, ne fut que l’histoire de ses guerres qui opposèrent des Chrétiens de toutes tendances et de toutes confessions.

Le monde musulman, dans le dernier quart du XXe siècle connut des secousses et des séismes.

Tout cela - qui eut lieu dans les deux mondes chrétien et musulman - est rejeté et désapprouvé aussi bien par la religion chrétienne que par la religion musulmane.

Toutefois, l’équité et le respect de la vérité et du droit nous dictent de condamner et de réprouver ce que des plumes chrétiennes et sionistes attribuent, de bonne ou de mauvaise foi, à l’Islam, déclarant qu’il est la religion de la violence, de l’épée et de la contrainte, et qu’il a cherché et cherche toujours à s’imposer au monde par la force des armes.

Nous réprouvons cela et nous le condamnons, parce qu’il est contraire à la vérité, laquelle, d’une manière générale, est le contraire de ce que déclarent et ont déclaré les plumes sus-visées.

Dans son esprit et son essence, l’Islam est la religion de la miséricorde et du pardon. Comme tel, il se manifeste et s’exprime tous les jours dans les termes par lesquels le Musulman salue les gens à quelque religion qu’ils appartiennent, en disant : “La paix soit sur vous”; ou, répondant à leur salut, il leur dit : “Et sur vous, la paix, la miséricorde de Dieu et ses bénédictions”.

(1) Il serait utile de signaler ici les paroles de Dieu (dans le Coran) adressées aux enfants d’Israël (Bani Isra’il) : “N’habillez pas la vérité avec la fausseté, et ne cachez pas la vérité, quand vous la connaissez … Ordonnerez-vous aux hommes d’être pieux et vous oublierez-vous vous-mêmes ? Vous lisez le Livre; ne le comprenez-vous pas ?”, [La Vache : 42-44].

(2) Luc, XII, 49-51.


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