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Chapitre XIII
L’Islam est une école de charité

Ce qui m’a, aussi, fait aimer l’Islam c’est le fait d’être une école de charité qui encourage au bien, dans son sens universaliste et humaniste, et qui ordonne, entre autres, de pratiquer la charité aux multiples faces et aux objectifs divers, et fait de cette vertu la merveille des merveilles.

La charité, dans le sens large du terme, c’est la bonne action. Toutefois, à travers la coutume et l’entendement des hommes, elle acquit le sens strict de l’aumône, c’est-à-dire l’obole que l’homme donne aux pauvres, aux démunis, aux déshérités, afin d’alléger leurs souffrances et le poids de leur pauvreté.

Dans son essence et sa finalité, la charité c’est l’allègement, par le donneur, de la souffrance du pauvre, de ses avanies et de sa misère.

C’est, aussi, l’expression, de la part de l’homme, de sa solidarité humaine envers l’homme, son frère qui, de ce fait, ne se sent plus seul au monde, et qu’il y compte des frères qui partagent sa peine et sa joie.

La charité fait du musulman, qui se comporte selon les commandements de sa religion, l’associé de tout miséreux dans ce monde.

Le plus grand Bienfaiteur c’est Dieu. Vers Lui - béni soit son nom - se dirigent les cœurs et les consciences, toutes les fois que la misère et la souffrance s’abattent sur les gens, et que l’injustice et la tyrannie s’acharnent sur eux.

Dieu a ordonné la charité non seulement dans l’intérêt de celui qui reçoit, mais aussi dans celui du bienfaiteur, de celui qui donne :

- “Et sois charitable (bienfaisant) comme Dieu a été charitable avec toi”, [Le Récit : 77].

- “Si vous faites le bien (la charité) c’est envers vous-même que vous la faites. Et si vous faites le mal, c’est envers vous-même aussi”, [Le Voyage nocturne : 7].

- “Dieu ordonne la justice et la charité et l’aide aux parents, et il interdit la turpitude, le péché et l’injustice”, [Les Abeilles : 90].

Signalons que le Coran fait de la charité la plus grande des vertus dont peut s’orner l’âme humaine :

“Et qui, en religion, est meilleur que celui qui se soumet à Dieu et fait la charité”, [Les Femmes : 125].

Le Musulman bienfaiteur (charitable) est placé au plus haut degré de l’échelle qui rapproche de Dieu et de la porte du Ciel.

Le verset qui suit confirme le précédent : “Et celui qui se soumet à Dieu et fait la charité détient l’anse la plus solide”, [Louqmane : 22].

L’anse la plus solide - “al ourwat al wouçqa” - c’est celle qui lie fortement le Créateur à la créature qui jouit, ainsi, de Sa miséricorde et de Sa bénédiction.

Afin d’encourager les Croyants à faire la charité, Dieu dit : “Celui qui fera la charité en sera récompensé au décuple”, [Les Bestiaux : 160].

Il va - beni soit son nom - plus loin et dit : “Quiconque fait la charité recevra mieux qu’elle, et ils seront garantis contre toute crainte”, [Les Fourmis : 89].

Dix fois le montant de leur bienfait sur terre, et quiétude et récompense au Ciel, telle est la récompense des bienfaiteurs. Quel est, après cette promesse venant de Dieu Lui-même, le Musulman qui ne se sent pas porté à pratiquer la charité ?

A cela s’ajoute que le Coran, en magnifiant les bienfaiteurs et en énumérant leurs qualités, en fait l’élite des gens justes et pieux :

- “Les pieux sont parmi les jardins et les sources, prenant ce que leur donne leur Seigneur; ils étaient, auparavant, des bienfaiteurs; ils dormaient peu la nuit; et à chaque aube ils demandaient pardon; et dans leurs biens le mendiant et le déshétité avaient un droit”, [Les Eparpilleuses : 15-19].

Comme nous l’avons déjà dit au début du présent chapitre, la charité a une portée bien plus large et plus profonde que celle qu’on lui attribue dans la pratique quotidienne.

Ainsi, à titre d’exemple, la lutte dans le sentier de Dieu est une charité :

- “Et ceux qui ont lutté pour Nous (c’est Dieu qui parle) Nous les guiderons dans Notre sentier, et Dieu est avec les bienfaiteurs”, [L’Araignée : 69].

Ainsi, celui qui lutte pour la gloire de Dieu et le triomphe de la Foi, pour répandre le bien, la justice, le droit et la miséricorde, est recencé parmi les bienfaiteurs et reçoit de Dieu ce qu’Il a promis à ces derniers dans ce monde et dans l’au-delà.

Telle est aussi la condition de ceux qui marchent dans le chemin tracé par le Prophète de Dieu et son Messager. Ce sont des bienfaiteurs :

- “Et celui qui a apporté la vérité (càd. Mohammad), et y a cru (càd. les Musulmans qui l’ont suivi), ceux-là sont les pieux. Ils ont de leur Seigneur ce qu'ils désirent; telle est la récompense des bienfaiteurs”, [Les Groupes : 33-34].

Le pardon aussi est charité :

- “Et pardonnes-leur, Dieu aime les bienfaiteurs”, [Table servie : 13].

Il en est de même de la patience :

- “Et sois patient; Dieu n’omet pas la récompense des bienfaiteurs”, [Houd : 115].

Cette répétition de la bénédiction de Dieu pour les bienfaiteurs - “Ils ont de leur Seigneur ce qu’ils désirent”, “Dieu n’omet pas la récompense des bienfaiteurs” - est, sans nul doute, le mobile fondamental qui encourage les Croyants à pratiquer la charité, étant convaincus que, en échange d’elle, ils obtiendront la bénédiction de Dieu, c’est-à-dire la plus grande récompense rêvée par les Croyants.

La bénédiction - ou l’agrément - de Dieu, comme il ressort clairement des versets, englobe le monde d’ici-bas, et l’au-delà. Car Dieu, béni soit son nom! est le Seigneur des mondes, Détenteur du Jour du Jugement, et vers Lui le retour.

Le Coran a choisi des catégories de gens qui, mieux et plus que les autres, méritent la charité, et les recommande particulièrement aux Croyants.

Les parents - père et mère - viennent en premier. Ils sont le tronc, et leurs enfants, des branches qui s’alimentent de ce tronc et en sucent la sève, puis croissent et grandissent, donnant des feuilles et des fruits, puisant leur force du tronc enfoui sous terre, y enfonçant ses racines profondes. Sans le tronc, point de branches; et sans les sacrifices des parents, les enfants ne pourront pas croître et grandir : les parents sont la source, la cuirasse et la lumière.

Dieu dit dans Son Livre : “Et ton Seigneur a décidé de n’adorer que Lui, et de bien traiter les parents (père et mère); si l’un d’eux, ou les deux, atteignent la vieillesse, chez toi, ne leur dis pas le moindre mot blessant, et ne les réprimande pas, et dis-leur des mots affectueux et généreux; et baisse, pour eux, l’aile de la miséricorde, et dis : O mon Dieu, sois miséricordieux avec eux, comme ils m’ont élevé, depuis ma tendre enfance”, [Voyage nocturne : 23-24].

Ainsi, nous constatons que la charité faite aux parents - c’est-à-dire le fait de les traiter avec amour et déférence - vient juste après l’adoration de Dieu, et peut-être même vient-elle en même temps que cette adoration.

Nous ne pensons pas que, dans le monde actuel, se trouve un Etat ou une nation qui, dans le domaine de “l’honoration” des parents, ait préconisé plus beau et plus sublime que ce que l’Islam a préconisé depuis plus de 1.300 ans.

Dans les Dix Commandements révélés par Dieu à Moïse, paix sur lui!, sur le Mont Sinaï, se trouve un - le 4ème ou le 5ème dans l’ordre énumératif - qui dit textuellement : “Honore ton père et ta mère, afin que tu aies une longue vie sur la terre que te donne le Seigneur, ton Dieu”, [L’Exode, XX, 13].

Relevons la brièveté de ce commandement, c’est-à-dire le fait d’être vide de toute explication et de tout commentaire; et remarquons qu’il parle “d’honorer” les parents et non point de les traiter charitablement et généreusement.

Le Coran a humanisé “l’honoration”, en en faisant un acte de charité et d’amour prenant sa source dans le cœur et la conscience simultanément, ainsi que de la foi du Croyant assoiffé de miséricorde divine et inquiet sur son sort, après sa mort.

La récompense dans la Bible se limite à ce monde d’ici-bas : la longue vie sur terre …

Dans le Coran, cette récompense est octroyée sur terre et dans le Ciel; la bénédiction de Dieu y occupe une large place.

Quant aux détails - que l’on observe dans le Coran, et qui sont absents de la Bible - qu’il nous suffise de signaler ce qui suit :

- Il est interdit au Musulman un mot dont pourrait émaner le moindre relent de plainte. Même le mot “ouf” - qui se situe au bas de l’échelle des plaintes - lui est interdit, comme lui est interdit, naturellement, de heurter ses parents par la moindre parole; bien au contraire, Dieu lui ordonne de leur dire des mots généreux et affectueux.

Quant au summum de la beauté et de l’humanisme, on le trouve dans les mots suivants : “… et baisse, pour eux, l’aile de la miséricorde et dis : O mon Dieu! Sois miséricordieux avec eux, comme ils m’ont élevé depuis ma tendre enfance”.

Tout commentaire de ces mots, si éloquent soit-il, leur fera perdre la beauté qui les auréole, ainsi que le scintillement qui en jaillit. L’avilissement, en Islam n’est permis, ou toléré, que pour un fils envers ses parents, parce que, dans un tel cas, il atteint le paroxysme de la miséricorde.

A mesure qu’un enfant s’avilit et s’humilie, par miséricorde pour ses parents, à mesure qu’il s’élève dans l’échelle de la fierté et de la grandeur.

… Dans la caravane des personnes auxquelles Dieu a ordonné de faire la charité viennent - après les parents - les parents, dans le sens large du terme, “les orphelins, les miséreux, le voisin-apparenté, et le voisin-étranger, le proche-compagnon, l’enfant de la route, et tout ce que possèdent (comme esclaves) les Croyants”, [Les Femmes : 39]

Dans cette caravane arrêtons-nous chez les orphelins, les miséreux, “l’enfant de la route”, et les esclaves.

Les orphelins

En Islam - Coran et Sunna - les orphelins occupent une place privilégiée.

Faire le bien à un orphelin, le prendre en affection et le traiter avec miséricorde, ce sont là des obligations qui font presque partie des piliers de l’Islam.

C’est que l’Islam, dans son esprit et sa lettre, est la religion de la miséricorde émanant de Dieu, le Miséricordieux.

L’orphelin c’est l’enfant qui a perdu son père, et dont la mère, devenue responsable de lui, assume l’éducation et assure la subsistance. Si la mère ne dispose pas des moyens matériels susceptibles de l’aider à s’acquitter de ses obligations envers ses enfants orphelins; et si, dans les domaines éducatif et social, elle n’est pas capable d’assumer de telles responsabilités, la charité envers ses enfants devient du devoir des Musulmans.

La charité, ici, ne se limite pas au secours matériel; elle le dépasse pour englober la bonne action - ou l’œuvre pie - dans tous les domaines, afin que le poids de la douleur des orphelins devienne de moins en moins lourd; ainsi ils trouvent leur consolation dans la tendresse que leur manifestent les Croyants et dans le secours que ces derniers leur fournissent dans les domaines matériel, moral, social et autres.

Cela évite aux orphelins de s’éloigner du droit chemin et de patauger dans la boue de l’ignorance, et de se noyer dans les marécages des vices. Ainsi, ils ne seront pas, pour la société, un poids mort, ni des éléments de tumulte, de corruption et d’atteinte à l’ordre public.

Les versets qui ordonnent de faire le bien aux orphelins sont nombreux. Nous en citerons, ci-dessous, quelques-uns :

- “Et donnez aux orphelins leurs biens, et ne remplacez pas le bon par le mauvais, et n’ajoutez point leurs biens à vos biens”, [Les Femmes : 2].

- “Ceux qui volent (mangent) injustement les biens des orphelins, ne font que manger du feu dans leurs ventres, et seront brûlés par le feu de l’enfer”, [Les Femmes : 10].

- “Ne vous a-t-il pas trouvé orphelin et vous a abrité … Quant à l’orphelin, jamais tu n’opprimeras …", [Les Soleil levé : 6 et 9].

Les miséreux et les passants ("enfant de la route”)

Quant aux miséreux, victimes de l’injustice du destin et de la cruauté des hommes, ils méritent, comme les orphelins, la commisération des Croyants et leur aide.

Leur faire l’aumône est un devoir qui prend sa source dans la substance de l’Islam et dans son esprit, au même titre que le passant et l’esclave.

Le passant c’est l’étranger en voyage, qui retourne dans son pays, ou qui en vient vers un autre pays et qui, en chemin, a perdu tout son argent avant d’atteindre son but.

Cet étranger, appelé “enfant, ou fils de la route”, parce que la route est devenue son refuge et sa patrie - est assimilé aux parents, lorsqu’il perd son argent. Son secours par les Croyants devient une obligation dictée par la religion elle-même.

Lorsque “l’enfant de la route” trouve, auprès des gens, affection et secours, il s’abstiendra, pour avoir l’argent dont il a besoin, de tout acte interdit par Dieu, comme le vol, l’escroquerie ou l’atteinte aux propriétés des gens, ou à leur vie. Bien au contraire, il remerciera ses bienfaiteurs et poursuivra “sa route” en louant Dieu et ses créatures.

Quant à l’esclave, le meilleur bien qu’on puisse lui faire c’est de l’affranchir, c’est-à-dire de lui rendre sa liberté.

Dans le contexte de l’esclavage, la bonne action est à multiples degrés qui, cependant, tournent autour d’un même axe : Bien traiter l’esclave et respecter son “humanité” - sa qualité d’être humain - de laquelle il est redevable à Dieu seul, le Miséricordieux, et non à quiconque d’autre, si haut placé et si puissant soit-il.

Si le Coran ne contient pas de textes prohibant expressément l’esclavage, les dispositions dont il est jalonné, relatives aux esclaves et à l’obligation de les traiter convenablement et dignement, de les prendre en affection et de les affranchir, nous autorisent à affirmer que, dans l’Islam, il n’y pas de seigneur et de manant, mais des Croyants, frères entre eux et égaux, “le plus proche d’entre eux de Dieu est le plus pieux”.

Quant au Prophète, le seul mot d’esclave le faisait souffrir. Pour cette raison, ses comportements, ainsi que ses paroles - ses faits et gestes - tendaient nettement vers l’affranchissement et la libération : “Celui qui frappe son esclave peut se faire pardonner en l’affranchissant”. “Craignez Dieu dans ce que vous possédez. Donnez-leur de votre nourriture, habillez-les de ce que vous vous habillez, et ne les grevez pas de travaux dont ils seraient incapables … Ne faites pas souffrir les créatures de Dieu. C’est Dieu qui vous en a rendus maîtres. Et s’Il l’eût voulu, ils eussent été, eux-mêmes, vos propres maîtres”.

Ce sont là des mots qui ploient sous le poids de la miséricorde, et qui sont empreints d’une forte dose de sagesse : “Et s’Il l’eût voulu, ils eussent été, eux-mêmes, vos propres maîtres”.

Un jour, un Croyant vint trouver le Prophète et lui dit : “O Messager de Dieu! indique-moi une œuvre qui me rapproche de Dieu et qui m’éloigne de l’Enfer”. Le Prophète lui répondit : “Libère le souffle (de la vie) et affranchis le cou”.

Un tel Hadith souffre-t-il de commentaire ?

Quant aux versets qui conseillent de bien traiter l’esclave et de l’affranchir, ils sont nombreux. Citons-en quelques-uns :

- “Dieu ne vous tiendra pas rigueur de la futilité de vos engagements (serments), mais il vous tiendra responsables de vos serments contractés délibérément. L’expiation en sera de nourrir dix pauvres de ce dont vous nourrissez habituellement vos parents, ou de les habiller ou de libérer un esclave”, [Plateau servi : 89].

- “Quiconque tue un Croyant par erreur devra (comme châtiment) affranchir un esclave croyant, et payer à ses parents le prix du sang”, [Les Femmes : 92].

… Oussama bnou (ben) Zaïd était l’esclave du Prophète. Décelant en lui des qualités et des capacités de commandement, il en fit le commandant de l’une des armées musulmanes dans les rangs de laquelle se trouvaient Abou Bakr et Omar (futurs Califes) en simples soldats, sous les ordres d’Oussama!

Tel est l’Islam, dans son esprit.


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