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Chapitre XI
La polygamie

J’ai maintes fois entendu et lu des critiques, quelquefois franches et directes, d’autres fois, feutrées et tacites, émanant de milieux Chrétiens occidentaux non dénués de science et de connaissance. Ces critiques se résument en ce que la religion islamique, prêchée et répandue après le judaïsme et le christianisme, c’est-à-dire en des temps relativement modernes, autorise la polygamie qui , comme on le sait, permet légalement à l’homme d’épouser plus d’une femme à la fois, jusqu’à quatre.

L'Islam est, donc, dans ce contexte, “régressif et rétrograde” et ramène l’homme aux sociétés et aux temps primaires.

C’est, pour moi, l’occasion d’attirer l’attention sur le verset coranique qui autorise la polygamie jusqu’à quatre : le verset 3 de la sourate “les Femmes”.

Ce verset est toujours cité, amputé de sa première phrase. Cettte amputation le rend mal compris par les Croyants qui, induits, ainsi, en erreur, lui donnent un sens différent de son sens réel et véritable. Voici ce verset dans son intégralité :

“Et si vous craignez de ne pas être équitables envers les orphelins, épousez des femmes, autant que cela vous est agréable, deux, trois et quatre. Mais si vous craignez de ne pas les traiter égalitairement, alors n’en épousez qu’une, ou ce que vous possédez (comme esclaves); cela vous impose moins de charges familiales”.

De ce texte, il ressort clairement que la polygamie (quadrilitère) a un but défini par Dieu : assurer l’équité et l’aide aux orphelins que Dieu, dans plus d’un verset du Coran, a privilégiés de sa miséricorde et de sa bienveillance, exhortant les Croyants à les traiter avec mansuétude, bonté et générosité.

Il serait d’un grand intérêt de souligner que le verset susmentionné fut “descendu” (révélé) au lendemain de la bataille d’Ohod au cours de laquelle, comme nous le savons, tombèrent de nombreux Croyants, martyrs de leur foi, qui laissèrent des veuves et des orphelins, dont la plupart étaient sans ressources.

Pour cette raison, Dieu a permis aux Croyants aisés désireux de faire du bien et de pratiquer la justice et l’équité - au cas où ils redouteraient de ne pas être justes et équitables - d’épouser les veuves, mères des enfants orphelins, afin d’empêcher que ces derniers ne soient réduits à la mendicité et ne point s’exposer aux avanies et à la déchéance qui l’accompagnent.

De là, il ressort clairement que la polygamie, à son origine, est un acte d’abnégation et de sacrifice, et non point un désir charnel et une course aux plaisirs et à l’assouvissement de l’instinct animal de l’homme.

Tel est le verset, dans son esprit et dans sa lettre. Comme tous les versets du Coran, il est constitué de phrases et de mots interdépendants, soudés les uns aux autres, et qu’il n’est point permis de dissocier ni de fractionner ni, surtout, de s’éloigner - dans sa mise en application - des causes originelles de sa révélation.

Observons, aussi, que Dieu, dans ce même verset, a prévu une autre condition, en disant : “Mais si vous craignez de ne pas les traiter égalitairement, alors n’en épousez qu’une”.

Ainsi, s’il apparaît à l’homme - qui connaît ses propres possibilités mieux que quiconque - qu’il lui est impossible d’instaurer l’équité et la stricte égalité entre ses épouses, il est de son devoir de s’abstenir (de la polygamie) et de n’épouser qu’une seule femme.

Du moment que le but fondamental de la polygamie est l’équité, ce but s’annule de lui-même si cette équité n’est pas assurée.

Il nous semble, sur la base du texte du verset en question, que la polygamie dans l’Islam, est une exception imposée, à l’origine, par des circonstances exceptionnelles inhérentes aux séquelles de la bataille d’Ohod, comme nous l’avons déjà signalé.

La règle, donc, est l’unicité des épouses et non leur multiplicité, la monogamie et non la polygamie.

… Les auteurs musulmans, dans leur quasi totalité, pensent que “l’Islam a prôné le principe de la pluralité (des épouses) parce qu’il tend vers un but d’une portée profonde dans la réforme sociale : aux hommes qui s’avèrent incapables d’assouvir leurs appétits sexuels, il a permis la pluralité, non seulement pour leur assurer un échappatoire, mais aussi pour défendre les femmes contre un mal extrêmement grave.

“Dans les sociétés occidentales chrétiennes, où la pluralité (des épouses) est interdite, de tels hommes prennent des maîtresses privées de tous les droits matrimoniaux.

“Le tort subi par la femme, du fait de cet engagement coutumier, n’a point de limites. Le but de l’Islam est d’empêcher la femme de tomber dans un état de pauvreté qui la prive de toutes les garanties sociales et l’entraîne vers la déchéance. Il veut que la femme soit traitée, dans tous les cas de figure, comme une épouse légale jouissant des droits légitimes. Laquelle de ces deux situations est plus utile à la femme, et plus garante de sa dignité ? Qu’elle devienne la seconde épouse d’un homme duquel elle peut, éventuellement, réclamer sa pension alimentaire et celle de ses enfants et - au cas où il mourrait avant elle - d’en hériter, ainsi que ses enfants qu’elle eut de lui ? Ou bien de faire partie des personnes banalisées privées de tout droit, ne pouvant, juridiquement et légalement, rien réclamer de son amant, ni en hériter, ainsi que les enfants qu’elle eut de lui, et d’être ainsi, réduite à un état de misère qui fait d’elle un fardeau social ?”(1)

Avec toute notre estime pour l’auteur qui a écrit ces lignes, ainsi que pour sa science, nous nous devons de signaler que le verset 3 de la sourate “Les Femmes” ne contient, ni expressément, ni tacitement, ni de près ni de loin, des considérations de ce genre. L’auteur les a formulées, non point pour expliquer les causes pour lesquelles la polygamie fut autorisée, mais pour la motiver et en faire apparaître les bienfaits et les côtés positifs.

Du reste, par la suite, l’auteur, prenant en compte l’esprit du verset en question, déclare : “De là, il ressort clairement, et sans abus d’interprétation, que le texte coranique rétrécit, à l’extrême, le cercle d’autorisation de la pluralité, parce qu’il fait de la simple peur de l’injustice, une cause d’interdiction de la pluralité, et une obligation de se limiter à une seule épouse”, (Ibid, p. 375).

… L’Islam n’autorise la pluralité qu’exceptionnellement, et dans le but de pratiquer le bien et de faire des œuvres pies.


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