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Chapitre X
L’être humain est fait de corps et d’esprit

Ce que j’apprécie beaucoup dans l’Islam et m’attire à lui c’est l’équilibre qu’il préconise entre l’esprit et la matière, ou entre l’âme et le corps : entre ce dont l’âme a besoin en sa qualité d’émanation de Dieu auquel, en fin de périple, elle reviendra, et entre ce dont le corps, de son côté, a besoin.

L'homme est fait de corps et d’âme, de matière et d’esprit, deux éléments interdépendants, qui se complètent et s’aident mutuellement, dans un équilibre indispensable à son épanouissement.

Si l'un des deux l’emporte sur l’autre, l’équilibre, dans l’être humain, est rompu.

Dieu, qui créa les mondes, tous les êtres et toutes les choses, a créé pour l’âme un corps qu’elle habite pour un temps. Il n’est point permis à l’homme de mépriser son corps et de le négliger, car le contenant doit être digne du contenu.

Pour cette raison, nous constatons que la plupart des églises possèdent les plus beaux calices faits en or massif et sertis de pierres précieuses, ou en vermeil émaillé de couleurs, afin de s’en servir dans ce que les Chrétiens appellent le “Sacrifice divin”.

De même, nous constatons que l’art musulman resplendit et atteint le summum de la beauté et de la créativité dans les mosquées, chefs-d’œuvre d’architecture, de gravure, de calligraphie, de dessins abstraits, de marbre, de mosaïques, baignant, tous, dans l’or et l’argent, et sertis de pierres précieuses, car ces mosquées sont des lieux où on invoque le nom de Dieu, et on lui adresse les louanges et les prières, et vers Lui se dirigent les regards et les consciences.

Et parce que la mosquée est la maison de Dieu, rien n’a été épargné pour que la résidence soit digne du Résident.

Telle fut, avant l’Islam et après lui, la conception de la chrétienté qui, dans ce contexte, nous légua des églises et des cathédrales qui représentent des chefs-d’œuvre uniques dans les domaines de l’architecture et des arts mineurs qui lui sont associés, et auxquels nous avons fait allusion ci-dessus, car l’église, comme la mosquée, est la maison de Dieu.

Le corps est la maison de l’âme; il doit en être digne.

Dieu, cependant, dans Son Livre, a tenu à faire comprendre aux Croyants que l’au-delà est préférable à notre monde. Celui-ci disparaîtra un jour, alors que l’autre - le Royaume de Dieu - est voué à l’immortalité. Et si l’équilibre entre les besoins du corps et ceux de l’âme est indispensable à la stabilité de l’homme et à son épanouissement, l’âme toutefois, dans son essence, est plus digne du corps et supérieure à lui. Le corps fait partie des créatures de Dieu, alors que l’âme fait partie intégrante du Créateur; elle participe de son essence; elle émane de Lui, et à Lui elle revient, après la dissolution du corps.

L’objectif fondamental et ultime que le Croyant aspire à atteindre c’est l’au-delà, à travers une vie qu’il aurait vécu ici-bas, dans la modération et dont il aurait joui décemment. Se priver des beautés du monde et de ses merveilles n’est guère une condition pour gagner l’au-delà.

Meurtrir son corps n'est pas une condition à l’épanouissement de l’âme :

- “Et recherche, en ce que Dieu t’a apporté, la Demeure dernière, et n’oublie pas ton lot dans le monde, et fais le bien, comme Dieu a été bienfaisant envers toi”, [Le Récit : 77].

- “L’au-delà est meilleur pour toi que la vie d’ici-bas”, [Le pré-crépuscule (Al Doha) : 4].

Et si “l’argent et les enfants sont l’ornement de la vie ici-bas”, il y en a, cependant, de plus digne et de plus noble : “Les justes actions durables sont plus rétribuées par Dieu, et l’objet de plus d’espérance”, [La Grotte : 46].

De même : “Et cette vie ici-bas n’est qu’amusement et jeu; et la Dernière demeure dispense la vie, s’ils le savaient”, [L’araignée : 64].

De même aussi : “Et il fut dit à ceux qui pratiquèrent la piété : “Qu’est-ce que votre Seigneur a fait descendre ?” Ils dirent : “Le bien pour ceux qui ont fait le bien dans cette vie”. Et l’au-delà est meilleur; et qu’elle est agréable la demeure des pieux!”, [Les Abeilles : 30].

De même encore et encore : “Et la miséricorde de Ton Seigneur est meilleure que tout ce qu’ils amassent”, [L’Ornement : 32].

A travers ces versets et d’autres nous constatons qu’il y a un rappel permanent des Croyants que l’au-delà est, pour eux, meilleur que ce monde, et qu’on peut atteindre l’autre monde (l’au-delà) par la pratique du bien et de l’aumône, et par l’aide que l’on accorde à ceux qui en ont besoin; en un mot, par la bonne action : “Que celui qui espère rencontrer son Seigneur-Dieu fasse une bonne action”, [La Grotte : 110].

L’Islam est la religion du réalisme et du possible : il impose à l’être humain ce que sa nature peut endurer, dans des limites que Dieu a fixées depuis la Création.

Dieu - qui sait tout - connaît les possibilités de l’homme et sa capacité d’endurance. A partir de là, Il juge l’homme, lui faisant assumer la responsabilité de ses actes.

Il serait utile, ici, de faire une rapide comparaison entre les obligations que l’Islam et le Christianisme, chacun de son côté, imposent au croyant.

Le Christ, paix et prière sur lui, a édicté des principes et des enseignements moraux tellement rigoureux et idéalistes que le Croyant, humainement incapable de mettre en pratique, se voit plier sous leur poids.

De ces enseignements nous choisissons quelques-uns qui prouvent la véracité de ce que nous venons de dire :

- “Aimez vos ennemis. Bénissez ceux qui vous maudissent. Priez pour ceux qui vous persécutent”, [Matt., V : 44].

- “Quelqu’un te donne-t-il un coup sur la joue droite, tends-lui encore l’autre”, [ibid : 39].

- “Tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà, dans son cœur, commis l’adultère”, [Ibid : 28].

- “A qui veut te citer en justice et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau”, [Ibid : 40].

- “Quelqu’un te requiert-il pour un mille, fais-en deux avec lui”, [Ibid : 41].

Les Chrétiens sont actuellement plus d’un milliard. Nous ne pensons pas que, parmi eux, se trouverait un seul qui, frappé sur la joue droite, tendrait l’autre joue à celui qui l’aurait frappé, afin qu’il en reçoive encore une gifle!

Quant à l’amour des ennemis et à la bénédiction des “maudisseurs”, et à la prière pour les persécuteurs, ce sont là des enseignements sublimes et admirables mais dont la teneur idéaliste dépasse les limites de la capacité humaine.

L’amour des amis n’est pas sûr et garanti. Que serait-il de celui des ennemis!

Ce que nous avons vu, et que nous voyons sur les deux scènes internationale et arabe, ainsi que les événements qui se sont succédés, à l’échelle internationale, depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours, nous portent à dire que l’histoire des peuples et des nations - spécialement en Europe d’avant la seconde guerre mondiale - n’est en réalité que l’histoire de leurs guerres.

En effet, jusqu’à 1940, les guerres en Europe chrétienne, plus particulièrement entre la France et l’Allemagne, ou entre l’Espagne et la France, ou entre l’Autriche et l’Italie, ou entre la Russie et la Pologne, n’ont pas cessé …

Nul ne se hasarderait à dire que les guerres sont l’expression de l’amour et du pardon.

Dans ce contexte prennent place les “guerres de religion” qui enflammèrent l’Europe durant des siècles.

En France même, qu’il nous suffise de rappeler le massacre de la Saint Barthélémy - redevable de son appellation à l’un des douze apôtres du Christ, car il eut lieu le jour de sa fête - ce jour noir au cours duquel les Chrétiens catholiques se ruèrent sur les Chrétiens protestants et en tuèrent, à Paris en une seule nuit, près de trois mille, pendant que les cloches de Saint-Germain sonnaient le glas qui rappelait les lamentations des mères meurtries par la perte de leurs enfants massacrés.

Quant aux guerres menées ou bénies par les papes, au fil des ans, contre les Ottomans musulmans, elles n’ont guère besoin d’être citées nommément, parce que notoires.

Si le pape, tête de l’Eglise et son pasteur, n’a pu aimer ses ennemis, comment la masse des chrétiens, gens communs et ordinaires, le pourraient-ils ?

Ces enseignements, magnifiques dans leur idéalisme, restèrent, dès leur annonce, de “l’encre sur du papier”, une encre rouge, assez souvent teintée du sang de ces “ennemis, maudisseurs et persécuteurs”.

De l’amour, passons à un autre sujet : à l’adultère.

Le Christ, paix sur lui, dit - nous l’avons déjà rapporté - que “tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà dans son cœur commis l’adultère”.

Ainsi, nous constatons que l’homme, qui regarde une femme et la désire, est assimilé à un homme qui, effectivement, a commis l’adultère. De là, il nous est possible d’évaluer le nombre des adultères.

… Ces exemples donnent au lecteur une idée des enseignements du Christ, qui dépassent l’endurance des hommes et leur capacité de s’y conformer : la nature humaine a des limites que Dieu connaît. Pour ces motifs, il impose à l’homme - dans la religion islamique - un poids que ce dernier serait humainement capable de porter.

D’un autre côté, nous constatons que l’Islam permet au Croyant de favoriser son corps, en mangeant les bonnes choses accordées par Dieu, et en n’oubliant pas sa part dans ce monde, à condition de ne pas exagérer et de rester dans les limites du raisonnable, faisant preuve de modération, afin que ses actes n’enfreignent pas les règles des bonnes mœurs et de la morale publique.

- “O les Croyants! N’interdisez pas les bonnes choses que Dieu a rendues licites pour vous; et ne soyez pas malveillants; Dieu n’aime pas les oppresseurs. Et mangez de ce que Dieu vous a procurés de licite et de bon; et craignez Dieu en qui vous croyez”, [Table servie : 87-88].

 


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