"La religion est mère de
tous les conseils"
Louanges à
Allah le Très Clément et Miséricordieux ;
"Ne causez pas
de désordre sur la terre après qu'elle ait été réformée et
invoquez Allah avec crainte et espérance car Allah accorde
Sa bienveillance aux bienfaiteurs. C'est Lui qui vous
envoie les vents annonciateurs de Sa Miséricorde, et quand
ces vents sont chargés de lourds nuages, Nous les
dirigeons au profit d'une contrée aride, puis Nous en
faisons descendre l'eau et pousser toutes sortes de
fruits. C'est ainsi que Nous ferons aussi sortir les
morts; peut-être vous en rappellerez-vous."
Nous nous en
remettons à la Compassion d'Allah Tout Puissant. (Sourate
"El Aaraf" ["Les Limbes"] versets 56-57)
L'HOMME ET SES RAPPORTS AVEC L'ENVIRONNEMENT: LE POINT DE
VUE ISLAMIQUE
Dr Farouk Hamada
(Professeur, chef de
Département d’Études Islamiques. Faculté des Lettres,
Université Mohammed V, Rabat.)
Louanges à
Allah Qui a indiqué à Ses serviteurs la voie du Bien et a
promis aux fidèles et aux vertueux la postérité et le
succès sur terre. Prières et Saluts à notre Sidi Mohamed
Ben Abdallah, Imam de ceux qui ont été guidés sur le bon
chemin, puissent-ils pleinement connaître bonheur et
succès. Prières et Saluts aux fidèles Compagnons renommés
pour leurs grandes vertus.
Allah le Très
Haut a mis à la disposition de Ses créatures les éléments
des cieux et de la terre. Il a permis à Ses fidèles de
profiter de leurs ressources et d'en tirer ce qu'ils
peuvent afin de satisfaire leurs besoins. Les cieux et
tout ce qu'ils contiennent, et la terre avec tous ses
continents et ses mers sont au service permanent de
l'Homme, par la grâce d'Allah le Noble et Généreux. Allah
le Très Haut a dit: "Ne voyez-vous pas qu'Allah a
assujetti pour vous tout ce qui est dans les cieux et sur
la terre, et qu'Il vous inonde de Ses bienfaits aussi bien
visibles que cachés? Or, parmi les gens, il s'en trouve
qui polémiquent au sujet d'Allah alors qu'ils n'ont de Lui
aucune science, qu'ils n'ont pas été guidés sur la bonne
voie, ni été éclairés par un texte sacré" (sourate
"Luqman", verset 20.)
Allah a dit
d'autre part: "Il a assujetti pour vous tout ce qui est
dans les cieux et sur la terre, toutes ces choses qui Lui
appartiennent. Voilà bien des signes pour les gens qui
réfléchissent" (sourate "El Jathia" ["S'Agenouiller"],
verset 13.)
"A assujetti
pour vous" veut dire ici "a mis à votre disposition," et
l'assujettissement signifie le fait de montrer et de
faciliter, ou, comme l'a expliqué Erraghib El Asbahani,
"le fait de mener par la force au but visé."
Et quand Allah
le Très Haut dit, "Ne voyez-vous pas," Il s'adresse à
l'humanité entière.
Tout ce que
renferme le ciel, à savoir le soleil et la lune, les vents
et les pluies, les constellations et les sphères célestes,
représente des avantages qui donnent à l'homme les moyens
d'entretenir et de régler son existence, et finalement de
perpétuer son espèce.
Allah le Très
Haut a dit: "C'est Allah Qui a créé les cieux et la terre
et Qui, du ciel, a fait descendre l'eau, puis, par elle,
Il a fait pousser toutes sortes de fruits qui vous sont
précieux. Pour vous, Il a ordonné au bateau de glisser
sur la mer. Pour vous, Il a créé les fleuves et assujetti
le soleil et la lune à leur cycle régulier, à la
révolution permanente du jour et de la nuit. Il vous donne
tout ce que vous Lui demandez, et si vous essayez de
compter Ses bienfaits, vous ne saurez les dénombrer.
Vraiment, l'homme est mauvais et mécréant!" (Sourate
"Abraham", versets 32-34.)
Allah a dit
également : "Il a assujetti pour vous la nuit et le jour,
le soleil, la lune et les étoiles aussi; voilà bien là des
signes pour les êtres doués de sagesse. Et quelle variété
de couleurs dans ce qu'Il a créé pour vous sur terre!
Voilà bien là un signe pour les gens qui comprennent.
C'est Lui qui a dompté la mer afin que vous en retiriez de
la chair fraîche pour vous nourrir et des parures pour
vous revêtir. Regardez les bateaux glisser sur l'eau. Il a
créé tout cela afin que vous vous mettiez en quête de Sa
Grâce et que vous L'en remerciez" (sourate "An-nahl" ["Les
Abeilles"], versets 12-14.) De nombreux versets parlent de
ces diverses richesses et les rappellent aux gens de bon
sens.
L'homme est la
quintessence du cosmos qui a été ordonné, dans l'ensemble,
pour assurer sa tranquillité et son bonheur.
L'homme est
limité dans ce cosmos par deux facteurs : le temps et
l'espace qui concourent à déterminer son existence. Il
n'y a pas lieu ici de parler du facteur temps qui ne fait
pas l'objet de cette réflexion. Quant à l'espace, Allah le
Très Haut a agencé la terre de telle sorte qu'elle puisse
être à la fois la demeure de l'Homme et sa tombe, son lieu
de naissance et d'enterrement, et son capital qu'il lègue
après sa mort. La terre a donc été conçue dans les
meilleures et les plus simples conditions, comme le
précise le Coran sacré : "La terre est votre demeure de
séjour et de jouissance pour un temps limité "(sourate "El
Aaraf" ["Les Limbes"], verset 24.)
Et dans la
sourate "Ghafir" ("Le Miséricordieux"), verset 64: "C'est
Allah Qui vous a assigné la terre comme demeure, et le
ciel comme toit..."
Sourate "En-naml"
("Les Fourmis"), verset 61 : "Et Qui donc a créé pour vous
la terre comme demeure, et l'a dotée de rivières?"
Autrement dit, la terre est un abri qui nous a été offert,
qui a été aménagé pour notre confort.
La
bienveillance d'Allah le Très Haut et Loué envers Sa
créature, manifeste dans la conception de la vie sur
terre, se retrouve dans sourate "El Baqara" ("La Vache"),
verset 22 : "Celui Qui vous a donné la terre comme lit et
le ciel comme toit." Cela revient à dire que la terre est
comme un lit dans lequel nous pouvons nous mettre à
l'aise.
"C'est Lui Qui
a créé la terre et y a fait naître des montagnes et des
fleuves" (Sourate "Er-râad" ["Le Tonnerre"], verset 3.)"
C'est Lui Qui vous a assigné la terre comme berceau et
vous y a frayé des chemins" (sourate "Taha", verset 53.)
Le berceau est
cette couche confortable prévue pour le nourrisson, et la
terre a été créée pour les créatures d'Allah avec le même
soin qu'on met à préparer un lit de bébé.
"Nous avons
créé la terre et y avons fait pousser des montagnes, et
Nous l'avons fertilisée par de belles unions" (sourate "QAF",
verset 7.)
Et dans
sourate "El Hijr", verset 19 : "Et nous avons créé la
terre ; Nous y avons fait pousser des montagnes et se
reproduire en son sein toute chose équilibrée."
Sourate "El
Moursalate" ("Les Envoyés"), versets 25-27: "N'avons-Nous
pas désigné la terre comme la demeure des vivants et des
morts, et n'y avons-Nous pas créé de hautes montagnes? Ne
vous avons-Nous pas abreuvés d'eau douce?"
Sourate "El
Aaraf" (Les Limbes"), verset 10 : "Certes, Nous t'avons
fait locataire de la terre que Nous avons remplie de
vivres pour toi..."
L'image de la
location suggère que l'homme dispose d'un pouvoir de
gestion des choses de la terre et des créatures qu'elle
abrite ; de ce fait, il devient responsable de ce monde,
de tout ce que le Seigneur y a créé et lui a dévoilé.
Par
conséquent, le respect de l'équilibre de la nature et des
lois qui régissent la terre et l'environnement de l'homme
est la garantie de la protection de l'espèce humaine et de
sa survie. Toute négligence constitue donc une nuisance et
un danger pour l'être humain.
Dans le but de
protéger la terre et l'environnement de l'homme, la
“Charia” a institué deux principes de base. Le premier
considère comme un délit la dégradation de l'environnement
et condamne toute personne jugée responsable à recevoir un
châtiment rigoureux. Quant au deuxième, il traite de la
réparation des dégâts, et vise à la promotion et
l'amélioration des structures de base de l'environnement
humain.
Quant à
l’interdiction de semer le désordre sur la terre, cela
apparaît dans des textes formels, catégoriques et dans les
principes de la charia, et qui s'appuient sur l'injonction
d'Allah le Très Haut : "N'endommagez pas la terre comme
des vandales." Ces paroles divines apparaissent dans
plusieurs sourates du Coran sacré : "El Baqara" ("La
Vache"), verset 60 ; "El Aaraf" ("Les Limbes"), verset 74
; "Houd", verset 85 ; "Ech-chouâraa" ("Les Poètes"),
verset 183 ; et "El Ankaboute" ("L'Araignée"), verset 36.
"N'endommagez
pas la terre," c'est-à-dire, ne la dégradez pas
volontairement et sciemment.
Nous trouvons
la même injonction divine dans le verset 56 de la sourate
"El Aaraf" ("Les Limbes") : "Ne semez pas le désordre sur
terre après qu'elle ait été réformée."
Un individu,
ou un groupe de personnes qui s'adonnent à la dégradation
de l'environnement attirent donc sur eux la malédiction
divine dont les manifestations sont multiples. Allah le
Très Haut a dit à ce sujet : " Ceux qui ont renoncé à la
foi vont sûrement causer des dommages à la terre et trahir
les liens du sang. Allah maudit ceux-là, et Il les rend
sourds et aveugles" (sourate "Mohammed", verset
22.)
Allah a ajouté
: "Et ceux qui rompent leur pacte avec Allah, désagrègent
ce qu'Allah a voulu uni, et détruisent la terre, à eux la
malédiction et la mauvaise demeure" (sourate "Er-râad"
["Le Tonnerre"], verset 25.)
Puis, dans la
sourate "El Baqara" ("La Vache"), verset 27 : "Ceux qui
rompent le pacte qu'ils ont fait avec Allah et désagrègent
ce qu'Allah a voulu uni, et détruisent la terre, ceux-là
sont vraiment de grands perdants."
Et dans la
sourate "El Fajr" ("L'Aube"), versets 12-14 : "Ceux qui
s'étaient rebellés à travers le pays et y avaient semé le
désordre, sur ceux-là, la colère d'Allah s'est abattue ;
car ton Seigneur surveille tout."
Dans le
contexte du Coran et de la Sunna, le mot 'désordre'
signifie dépassement des limites et déséquilibre, que ce
soit par excès ou par défaut. Dans le texte coranique, il
y a un passage qui parle des formes de désordre les plus
dangereuses, qualifiées de ravageuses pour les cultures et
le bétail, autrement dit, destructrices pour les espèces
végétales et animales. Allah le Tout Puissant et Grand a
dit à ce sujet : "Parmi les gens, il y en a dont le
discours sur la vie présente est plaisant et qui prennent
Allah à témoin de ce qu'ils ont dans le coeur alors qu'ils
sont vos pires ennemis qui, dès qu'ils tournent le dos,
parcourent la terre pour y semer le désordre, saccager les
cultures et détruire le bétail. Pourtant, Allah n'aime
pas le désordre!" (Sourate "El Baqara" ("La Vache"),
verset 204.)
Le fait de
saccager les cultures et de détruire le bétail représente
la ruine de l'avenir de l'humanité, laquelle ruine s'étend
proportionnellement aux dégâts occasionnés. Peut-il y
avoir crime plus grave que cela?
Il est
clairement établi dans le Coran sacré que le meurtre d'une
seule personne ouvre la voie au meurtre de l'humanité
entière. Allah nous a dit à ce sujet : " Quiconque tue une
personne, à moins que ce ne soit pour punir le meurtre
d'une autre personne ou tout autre crime odieux, peut être
considéré comme ayant tué tous les êtres humains. Et
quiconque sauve une vie a sauvé l'humanité entière"
(sourate "El Maïda" ["La Table servie"], verset 32.)
De cette
sourate, on en déduit que saccager l'environnement revient
à tuer toute l'humanité, d'où l'insistance sur la
nécessité pour tous de s'opposer aux fauteurs de troubles
sur terre et de les neutraliser, chacun selon sa situation
et ses moyens.
Il existe dans
le Coran sacré des passages qui indiquent clairement, sans
aucune ambiguïté possible, le châtiment réservé aux
semeurs de désordre. Allah Tout Puissant a dit : "Il faut
punir ceux qui font la guerre à Allah et à Son Messager et
s'efforcent de semer le désordre sur la terre, soit en les
exécutant, soit en les crucifiant, soit en leur coupant la
main et la jambe du côté opposé, soit en les expulsant du
pays. Ainsi connaîtront-ils l'humiliation ici-bas et un
énorme châtiment dans l'au-delà" (sourate "El Maïda" ["La
Table"], verset 33.)
Pour confirmer
la mise d’un terme à la dépravation en punissant les
personnes nuisibles, la charia prévoit aussi de tuer tout
animal ou insecte dépravateur. Selon le noble hadith de
Aïcha (ALB), le Messager d'Allah (PBAL) a dit : "Il n'est
point illicite de tuer le serpent, le corbeau blanc et
noir, la souris, le chien qui mord, et le milan." ((1)
Al Boukhari, As-sayd 4/34. Mouslim 1198. An-Nissaï 5/188.
Ibn Maja 3087)
"Le chien qui
mord" représente toute bête féroce qui bondit sur les gens
et les blesse, telle que le lion, le tigre, le renard, la
panthère.
Celui qui
réfléchit aux problèmes de l'environnement dans le monde
moderne et leurs répercussions sur la santé ne peut que
constater que ces insectes et ces rongeurs nuisibles
menacent l'homme, son bien-être, sa santé, sa nourriture.
Ils transmettent la peste, le choléra, les maladies
d'origine bactérienne, sans parler de la fièvre jaune, la
malaria et autres, et ils contaminent une bonne partie de
la nourriture humaine et détruisent les récoltes, dans les
champs et les dépôts, etc.
La répression
de la dépravation d’où qu’elle vienne, son éradication
totale, surtout quand il s'agit de protéger les récoltes,
est une noble nécessité et un des principes de base de la
Sunna.
Quant au
deuxième principe fondamental, qui est le maintien de la
propreté de l'environnement et son renforcement permanent,
il est également établi dans la charia et il fait partie
de la finalité de l'ensemble des messages divins et de la
révélation éternelle du Coran pour tous les êtres sensés.
Allah le Très Haut a fait dire à Son prophète Chouaïb: "Je
ne désire qu'une chose : que vous vous réformiez, et je
lutterai dans ce but de tout mon pouvoir avec l'aide
d'Allah. Je m'en remets à Lui, et devant Lui: je me
repents et me prosterne" (sourate "Houd", verset 88.)
D'autre part,
Allah a dit, dans la sourate "El Aaraf" ("Les Limbes"),
verset 56 : "Ne semez pas le désordre sur la terre après
qu'elle ait été réformée," et, dans le verset 85 de la
même sourate: "Ne semez pas le désordre sur terre après
qu'elle ait été réformée; vous en serez récompensés si
vous êtes croyants."
"Après qu'elle
ait été réformée" : la réforme en question remonte à la
nuit des temps. En effet, depuis le début, la terre a été
conçue dans un état harmonieux, c'est-à-dire, sur la base
d'une organisation appropriée pour tout ce qu'elle
renferme et surtout pour l'homme qui est la plus noble
créature qu'Allah ait installée sur terre et pour lequel
Il a créé ce que la terre renferme. Allah le Très Haut a
consolidé cet ordre des choses au moyen de lois révélées
par la voix des Messagers, des vertueux, et des sages
parmi Ses sujets auxquels Il a apporté la force de Ses
révélations et Ses prédications. Il a donné inspiration et
réussite à Ses sujets qui ont appris aux autres comment
utiliser ce que renferme la terre, et ce, dans le respect
d'un ordre d'où découle le plus grand bien et qui protège
de tout préjudice. Cet ordre naturel et les lois qui le
protègent garantissent à eux deux l'harmonie sur terre
car, dans l'ordre naturel, nous trouvons l'équilibre des
choses, tandis que les lois prévoient des sanctions pour
celui qui menace cet équilibre.
La référence
au fait que cet équilibre naturel remonte à des temps
immémoriaux souligne le caractère particulièrement ignoble
de tout acte polluant, de toute détérioration de ce qui
est beau et utile. Il n'y a aucune excuse pour les
responsables de tels actes, aucun droit qui permette aux
gens de commettre de tels actes sur terre.
(1) Sheikh Mohammed At-Taher
Ben Achour, in At-Tahrir Wat-Tanwir 8/174.
De ce fait, le
croyant passera sa vie dans ce monde-ci à oeuvrer pour
l'embellissement et la promotion de l'environnement.
Cette idée se retrouve dans de nombreux passages du Coran
qui parlent "des croyants et des bienfaiteurs." Pris au
sens large, le mot "bienfait" revient dans plus de
soixante versets du Coran où il prend une acception à
chaque fois nuancée (ainsi que le mot "réforme") selon
l'époque et le contexte géographique auxquels il
s'applique. Allah nous a assuré que les actions
entreprises par les bienfaiteurs en leurs temps et lieux
ne seront pas vaines. Il a également promis de ne pas
abandonner les nations vertueuses et bienfaitrices,
c'est-à-dire celles qui remédient aux dommages causés en
leur sein et se rebâtissent. A celui qui oeuvre pour
l'amélioration de son existence et soigne ses actes, Allah
assure la pérennité. A celui qui oeuvre pour l'au-delà,
Allah garantit La Récompense. Quant à celui qui oeuvre
pour les deux mondes, comme l'enjoint de le faire le
Coran, Allah lui accordera le meilleur des deux et lui
assurera la pérennité tant qu'il restera sur la voie de la
réforme perpétuelle. Allah a dit à ce sujet : "Nous ne
léserons pas de leur salaire ceux qui se sont réformés "
(sourate "El Aaraf" ["Les Limbes"], verset 170.)
Et dans la
sourate "Houd", verset 117, Allah a dit : "Ton Seigneur
n'aurait pas détruit à tort ces cités si leurs habitants
avaient suivi le droit chemin."
L'interdiction
de nuire à l'environnement naturel et humain, et la
persévérance dans le sens de son embellissement et son
amélioration, forment un principe qui découle du point de
vue islamique et s'en nourrit. L'idée de base de ce point
de vue est que l'être humain fait partie intégrante de ce
tout, qu'Allah l'a créé à partir de la terre : "C'est
d'elle que Nous vous avons créés, et à elle Nous vous
ferons retourner, et d'elle Nous vous ressusciterons" ("Taha",
verset 55.) La terre est notre mère qui nous rassemble et
dont nous dépendons pour notre existence et notre survie.
Les textes de la loi musulmane dans la tradition sunnite
et autres se basent sur ce principe pour insister sur la
nécessité de coopérer et de vivre en harmonie avec
l'environnement. Nous sommes liés aux éléments de la
nature tels que les fleuves, les arbres, les vallées,
l'horizon, les vents, les cols des montagnes, etc. par un
pacte de coopération et d'amitié visant à la réussite de
la mission que l'homme a été créé pour mener à bien.
En levant la
tête vers le ciel et en observant l'immensité et
l'éloignement de ses espaces, son horizon infini, les
mouvements de ses astres, l'alternance de ses nuits et de
ses jours, et le changement de ses saisons et de ses
climats, le musulman s'exclame : "Ô Allah qui gère les
coeurs, confirme le mien dans Ta religion."
Et lorsqu'il
voit apparaître la lune dans le ciel, il s'écrie :"Ô mon
Dieu, fais que cette nouvelle lune soit annonciatrice de
sécurité, de foi et de santé que ce soit une nouvelle lune
qui renforce l'Islam, le bien et la droiture. Allah est
mon Seigneur et le tien."
Lorsque le
jour fait place à la nuit, le musulman dit : "Ô mon Dieu,
Créateur des cieux et de la terre, Connaisseur des choses
cachées et apparentes, Maître de toute chose, j'implore Ta
protection contre ma propre méchanceté et celle de Satan."
Quand la
lumière du jour disparaît, le musulman accompagne la
tombée de la nuit de ces paroles : "Ô mon Dieu, Tu m'as
envoyé la nuit, et fait disparaître le jour ; j'entends
Tes appels, pardonne mes péchés. Ô Allah, donne-moi les
bienfaits de cette nuit, et protège-moi contre le mal de
cette nuit et de celles qui la suivront; protège-moi
contre la fainéantise."
Et lorsqu'il
fait jour, il dit : "Voici le matin venu, dont le pouvoir
appartient à Allah, Louanges à Lui. Allah n'a pas
d'associé; il n'y a pas d'autre Seigneur que Lui, et Lui
seul a le pouvoir de faire ressusciter." "Ô mon Dieu, je
Te demande les bienfaits de ce jour, son épanouissement,
sa gloire, sa lumière, sa bénédiction, et son salut. Et
j'implore Ta protection contre le mal que ce jour et ceux
qui suivront peuvent porter."
Et lorsqu'il
entreprend un voyage, le musulman dit : "Gloire à Allah
Qui nous a facilité ce voyage; c'est à Lui que nous
retournons. Ô Allah, fais que la piété, la foi, et les
bonnes oeuvres pour Te contenter nous accompagnent sur
notre chemin. Facilite-nous le voyage en nous faisant
supporter les distances et l'éloignement. Ô Allah,
puisses-Tu nous accompagner tout au long de ce voyage et
veiller sur nos familles; protège-nous contre la fatigue
du voyage, la désolation du paysage, et les malheurs qui
pourraient s'attaquer à notre fortune, nos familles et nos
enfants."
Lorsqu'il
s'arrête quelque part à la tombée de la nuit, le musulman
s'adresse ainsi à la terre sur laquelle il dépose ses
bagages : "Ô terre, mon Seigneur et le tien, c'est Allah.
J'implore la protection d'Allah contre le mal que toi et
les créatures que tu abrites renferment, celui qu'Il a
créé dans tes entrailles et celui qui rampe sur ta
surface. J'implore la protection d'Allah contre l'attaque
du lion, du serpent et du scorpion, de l'habitant de ces
lieux, et de ceux qui procréent et sont procréés."
Et lorsque le
vent souffle avec violence, il dit : "Ô Allah, nous
sollicitons les bienfaits de ce vent, de ce qu'il contient
et transmet, et implorons Ta protection contre son mal,
celui qu'il contient et transmet."
Et lorsqu'il
voit venir les nuages, il dit: "Ô Allah, fais qu'ils
soient porteurs de miséricorde, et non de malheur. Ô mon
Dieu, nous Te demandons protection contre le mal qu'ils
véhiculent."
Et lorsqu'il
voit un village ou une ville où il aimerait s'arrêter, le
musulman dit aussitôt après les avoir aperçus: "Ô Allah,
Maître des sept cieux et de ce qu'ils recouvrent, de la
terre et de ce qu'elle abrite, Seigneur des diables et de
leurs méfaits, Maître des vents et de ce qu'ils emportent,
nous Te prions de nous accorder l'hospitalité de ce
village et la bonté de tous ses habitants, et nous
implorons Ta protection contre la malfaisance de ses
habitants et de tout ce qu'il contient."
Et lorsqu'il
goûte une datte pour la première fois, il dit : "Ô Allah,
bénis nos dattes, bénis notre cité," et il offre la datte
au plus jeune enfant qu'il aperçoit
(Extraits de quelques hadiths)..
Et lorsqu'il prend un repas ou une boisson, lorsqu'il se
met au lit,... et lorsque, et lorsque, ... : dans tout ce
qu'il fait, le musulman s'unit à la terre, à
l'environnement et à toute la création.
Tous ces
exemples, parmi tant d'autres, nous montrent qu'à chaque
fois qu'il contemple la nature, le musulman manifeste un
peu de cette sagesse que lui ont transmise le Coran et la
Sunna, et qui lui permet de s'intégrer et de participer de
façon harmonieuse aux vastes espérances et aux larges
horizons de la terre et de la vie.
Le Coran sacré
ordonne ainsi à tous les êtres humains de méditer le sens
de toutes les voies qui s'ouvrent dans l'existence, de
toutes les formes de vie sur terre, afin d'en tirer le
meilleur profit en coopérant avec elles, en considérant et
en prenant soin de leur beauté et leur perfection. Allah a
dit à cet effet : "Dans la création des cieux et de la
terre, et dans l'alternance de la nuit et du jour, il y a
vraiment des signes pour les êtres doués de bon sens"
(sourate "El Imrane" ["La Famille d'Imrane"], verset 190.)
Allah a
également dit: "Loué soit Celui Qui a doté le ciel de
constellations, d'une lampe et d'une lune éclairante.
C'est Lui Qui a ordonné l'alternance de la nuit et du jour
pour que vous vous rappeliez et Lui soyez reconnaissants"
("El Furqane" ["Le Discernement"], versets 61-62.)
Et, dans la
sourate "El Anaam" ("Le Bétail"), verset 99 : "C'est Lui
Qui du ciel fait couler l'eau qui, par Sa volonté, fait
bourgeonner toute la nature. De ces bourgeons, Il fait
pousser la verdure de laquelle Il fait naître les grains
serrés les uns contre les autres, le dattier à la spathe
chargée de régimes de dattes ; et aussi des jardins où
vignes, oliviers et grenadiers se confondent mais ne se
ressemblent pas. Regardez-en les fruits, quand ils
apparaissent, et voyez comment ils mûrissent. Voilà bien
là des signes, vraiment, pour les croyants."
Dans la
sourate "El Ankaboute" ("L'Araignée"), verset 20, il est
dit : "Voyagez dans le monde, et admirez comment Il a
conçu la Création. Allah créera ensuite la dernière
Création."
Et, dans la
sourate "El Hijr", verset 16 : "Nous avons doté le ciel de
constellations et l'avons embelli pour celui qui sait
regarder."
Allah a
ajouté, dans la sourate "Abassa" ("Il s'est Renfrogné"),
versets 24-32 : "Pour que l'homme puisse contempler sa
nourriture, Nous faisons couler l'eau du ciel en abondance
; puis, Nous fendons la terre et, de ses fentes, Nous
faisons pousser grains, vignobles, herbes nutritives,
oliviers, dattiers, fourrés, arbres fruitiers et alpe
verte, dont Nous vous donnons l'usufruit, à vous et à
votre bétail."
Et, dans la
sourate "El Aaraf" ("Les Limbes"), verset 185 : "Ne
voient-ils pas le super-royaume des cieux et de la terre,
et toute chose qu'Allah a créée?"
Et aussi, dans
la sourate "Er-roum" ("Les Byzantins"), verset 50 : "Mais
regardez les signes de la miséricorde d'Allah, voyez
comment Il redonne vie à la terre mourante."
Et dans
plusieurs autres versets, Allah le Très Haut et Glorieux
dit : "Voyagez dans le monde et contemplez," ou "C'est
qu'ils voyagent dans le monde sans contempler."
Ces
enseignements coraniques et prophétiques nous éclairent
donc sur le dessein d'Allah le Très Haut, qui est que le
musulman s'attache à l'environnement immédiat dans lequel
son Créateur l'a placé. Un jour, alors qu'il revenait de
voyage et scrutait les environs du haut du Mont Ouhoud, le
Prophète aperçut El Madina, la Cité Illuminée, et s'écria:
"Voilà Taba , et voici Ouhoud, le mont qui nous aime et
que nous aimons". Taba ne représente que des maisons, des
pierrailles, des arbres, et du sable, mais il existe une
relation d'amour et d'union entre elle et le musulman,
représentative du sentiment qui unit l'homme à tout ce
qui l'entoure.
L'Émissaire
d'Allah (PBAL) a établi une correspondance entre l'homme
et les arbres de la terre, et il a fait des arbres les
plus utiles un symbole d'excellence pour le musulman. Ibn
Omar (DLB) raconte à ce sujet : "Un jour, nous nous
trouvions chez le Prophète -que la Paix et le Salut
d'Allah soient sur lui- quand il nous rejoigna, accompagné
d'un groupe de personnes, et nous dit : "Parmi les arbres,
il y en a un dont les feuilles ne tombent pas et qui
ressemble au musulman. Dites-moi quel est cet arbre?" Les
gens pensèrent aux arbres du désert, et Abdallah dit : "Je
pense qu'il s'agit du palmier, mais je n'ose pas le dire".
Les gens demandèrent au Messager d'Allah de quel arbre il
s'agissait, et il leur répondit: "C'est le palmier."(Al
Boukhari.
Fath Al Bari 1/145.)
Tout dans le
palmier est bénéfique. Le palmier n'est nocif pour aucune
autre plante, et il vit en se contentant de peu: il en va
de même pour le musulman.
Un jour,
l'Envoyé d'Allah (PBAL) s'est tourné vers ses compagnons
qui l'écoutèrent attentivement, et il leur demanda :
"Pensez-vous que si l’un d’entre vous avait à proximité de
chez lui une rivière où il se laverait cinq fois par jour,
est-ce qu’il lui resterait quelque chose de sa saleté? Non
répondirent-ils" (Le Hadith).
L'Envoyé
d'Allah (PBAL) a souligné la relation et la ressemblance
qui existent entre les révélations que son coeur a reçues
du Ciel et les réalités terrestres, tant sa conscience de
l'environnement et sa compréhension de l'importance de son
impact étaient profondes. Il a dit à cet effet: "Le savoir
dont Allah m'a investi et le chemin du salut qu'Il m'a
indiqué pour remplir ma mission sont aussi régénérateurs
qu'une pluie abondante pour la terre. Une partie de cette
terre absorbe l'eau pour donner naissance au fourrage et à
de nombreux pâturages. Une autre partie, stérile, retient
l’eau dont Allah fait don aux gens pour leur permettre de
boire, d'irriguer et de cultiver la terre. Mais une autre
partie de la terre arrosée est plate et imperméable : elle
ne retient pas l'eau, et ne produit rien du tout...."(Al
Boukhari, 1/175.
Mouslim, 2282.)
La relation du
musulman avec la terre, l'environnement et la vie, ne se
limite pas à quelques aspects seulement, mais elle englobe
la terre et la nature entières car, selon sa conception en
tant que serviteur d’Allah : "La terre appartient à Allah
Qui la lègue à Ses sujets et récompensera les croyants."
le musulman s'adresse ainsi à la terre : "Ô terre, Allah
est mon Seigneur et le tien."
La loi
musulmane considère la terre entière, dans ses moindres
recoins, comme un lieu de purification et de prières pour
le musulman. C'est ce qui ressort du noble hadith du
Prophète (PBAL) : "La terre m'a été créée comme un lieu de
prières et de purification."(Al
Boukhari.)
De ce fait, le musulman est porté à aimer tous les
habitants de la terre, ainsi que le souligne le noble
hadith du Prophète (PBAL) : "Ayez pitié de ceux qui sont
sur terre, et Celui Qui est au ciel vous aura en Sa
miséricorde."(Abou
Daoud dans son “Sunane”, 4941.)
Dans son
esprit, sa foi et sa loi, le musulman parcourt cette
grande mosquée qu’est la terre tout en supprimant le mal
et les dangers qui peuvent guetter les êtres humains. Il
sème le bien et s’active à tous les niveaux à préserver la
vie.
Je me propose
à présent d'aborder un aspect particulier de la relation
humaine avec l'environnement sur la base du Hadith du
Prophète (PBAL), à savoir la lutte contre la pollution et
les menaces qui pèsent sur l'environnement, ou la
promotion de ce qui est bon et utile.
En plus des
moyens de lutte contre le désordre dont nous avons
précédemment traité, tel que le redressement des fautifs,
le Messager d'Allah (PBAL) a attiré notre attention sur
des comportements qui continuent à représenter dans notre
vie contemporaine le grand danger qu'ils ont toujours été,
depuis la nuit des temps, et à causer d'importants dégâts.
Selon Abi
Hourayra, le Messager d'Allah a dit : "Les articles de foi
sont au nombre de soixante ou soixante-dix, dont le
premier est celui qui dit qu'il n'y a pas d'autre Seigneur
qu'Allah, et le dernier, celui qui interdit de souiller la
voie publique."( Al
Boukhari et Mouslim)
Par
"souiller", il faut entendre gêner le passant en
remplissant la voie de pierres, d'arbres, d'os, d'odeurs
nauséabondes, de saletés, etc.
Selon Abi
Dharr, le Prophète (PBAL) a dit : "Il m'a été exposé les
œuvres de ma communauté afin que j'examine leurs bons et
leurs mauvais côtés, et j'ai constaté parmi ses bonnes
actions le fait d’ôter de la voie publique tout ce qui
peut nuire aux gens. Parmi ses mauvaises actions, j’ai
constaté le fait de ne pas enterrer le crachat dans la
mosquée."(Mouslim
: n° 2618.
Ibn
Maja)
Abi Bourza
(ALB) raconte avoir dit au Prophète (PBAL) : "Ô Messager
d'Allah, je ne sais si je mourrai avant ou après toi ;
dicte-moi donc une action pour laquelle Allah me
récompensera". Et le Prophète (PBAL) de répondre : "Fais
ceci ou fais cela, mais surtout évite d'amonceler des
ordures sur la voie publique." Et dans un hadith, il est
dit : "Évite de souiller la route des musulmans."(Mouslim
n° 57)
Selon Abi
Hourayra, le Prophète (PBAL) a dit: "Pour chacun de ses os
l’homme doit une aumône chaque fois que le soleil se
lève..." Et de continuer : " Quand il retire un obstacle
de la voie publique, c’est pour lui une aumône" (Al
Boukhari et Mouslim)
Et d'après le
hadith d'Ibn Abbès, le fils de l'oncle du Messager d'Allah
(PBAL), il a ajouté : "Lorsque tu écartes un obstacle de
la voie publique c’est comme si tu as prié."(Ibn
Khouzaïma dans son Sahih)
Dans son
hadith sur l'Emissaire d'Allah, Abi Dharr dit :
" le fait que
tu écartes de la voie publique une pierre, une épine ou un
os gênant le passage des gens, c’est pour toi une
aumône."(Al
Bayhaqi)
Abou Hourayra
(ALB) rapporte l'histoire suivante racontée par le
Prophète : "Alors qu'il marchait sur une route, un homme
trouva une branche épineuse qu'il écarta ; Allah l'en a
récompensé et lui a pardonné tous ses péchés."(Al
Boukhari et Mouslim)
Dans un
hadith, il est dit : "J'ai vu un homme entrer au Paradis
après avoir débarrassé la route d'un arbre qui la coupait
et qui portait préjudice aux musulmans."(Mouslim)
Et, dans un
autre hadith: "Un homme passa à côté d'un arbre sur la
route et se dit : Par Allah, je vais enlever cet arbre
encombrant pour qu'il ne porte pas préjudice aux musulmans
; et il fut admis au Paradis."
Comme le
Messager d’Allah a voulu et insisté sur l'obligation
d'écarter tout mal de la route des gens et de leur vie en
général, il a insisté en particulier sur les endroits très
fréquentés par les gens et où la pollution affecte leur
vie et entraîne de graves conséquences. Dans son Hadith,
le Messager d'Allah (PBAL) a dit : " Craignez les deux
maudits ; et les gens de demander : "Et qui sont ces deux
maudits, Ô Émissaire d'Allah?" "Celui qui fait ses besoins
dans le chemin des gens ou leur abri."(Mouslim)
Dans un autre
hadith, l'Émissaire d'Allah a dit : "Gardez-vous des trois
sources de malédiction : la pollution excrémentielle des
points d’eau, de la voie publique et de l’ombre où
s’assoient les gens."(Abou
Daoud et Ibn Maja)
Ceci constitue
une sérieuse mise en garde contre la pollution des eaux
utilisables, en particulier celle des eaux potables. On
retrouve cette mise en garde dans le hadith de Jaber Ben
Abdallah qui confirme que : "Le Messager d'Allah a
interdit d'uriner dans les eaux dormantes."(Mouslim,
An-Nissaï et Ibn Maja)
Dans un récit,
il est dit que : "Le Prophète recommande de ne pas uriner
dans les eaux courantes."(At-Tabarani
dans son Awsat)
Celui qui
persiste dans le mauvais chemin, et refuse de faire le peu
de choses qu'on lui demande, sera encore plus imprévoyant
et plus éloigné d’œuvrer à éviter des dangers menaçant la
vie et aussi grands que les émissions toxiques des usines
ou autre phénomène nocif de quelle nature ou origine
soit-il.
L'Islam est
l'expression d'une volonté de propreté dans tous les
domaines, et il insiste sur la propreté des habitations
individuelles et collectives. Le Hadith sacré nous intime
aussi l'ordre de nettoyer les mosquées, de les encenser et
les purifier. Aïcha (ALB) rapporte que le Prophète (PBAL)
a ordonné que des mosquées soient construites dans les
villages, et maintenues propres et soignées.(Ahmed,
Abou Daoud, At-Tirmidhi, Ibn Khouzaïma, Ibn Hibbane, et
d’autres)
Selon le récit
de Samoura Ben Joundab, l'Emissaire d'Allah "nous enjoint
de bâtir des mosquées dans nos villages, en apportant un
soin particulier à leur construction et leur entretien."(Abou
Daoud et At-Tirmidhi)
Par "village",
il faut entendre tout groupement de demeures, tout îlot
d'habitations.
Suivant le
récit de Saad Ben Abi Ouakkas, le Prophète (PBAL) a dit :
"Allah est bon et Il aime la bonté ; Il est propre et Il
aime la propreté ; Généreux, Il aime la générosité, et
Bienveillant, Il aime la bienveillance. Ne faites pas
alors comme les juifs, et nettoyez vos saletés."(At-Tirmidhi
dans son Sunane, al-Adâb dans le chapitre relatif à la
propreté)
Le noble
compagnon du Prophète (PBAL), Abou Moussa El Achaâri,
s'adressa ainsi aux habitants de Bassora dont Omar Ben
Khattab le nomma gouverneur: "Omar Ben Khattab m'a nommé
auprès de vous afin que je vous apprenne le Livre d'Allah
et la Sunna du Prophète, et que je prenne soin de vos
rues." (Voir
Ad-Daremi : Sunane n° 566)
C'est ainsi
qu'il ordonna à ceux qui dégageaient des odeurs
désagréables de se tenir loin des rassemblements généraux
ou, s'ils en faisaient déjà partie, d'en sortir, et ce,
même s'ils se trouvaient dans une mosquée. De même, tout
fléau nuisible par son odeur, son aspect, et son pouvoir
de propagation devait être écarté afin d'améliorer la
qualité et l'hygiène de vie, et de préserver ainsi les
gens contre tous les maux.
Pour assurer
une couverture aussi large et aussi durable que possible
de la santé et du bien-être publics, la loi musulmane
ordonne de faire revivre la terre abandonnée et, par
mesure d'encouragement, elle en donne le droit de
propriété à celui qui la transforme en terre fertile.
Suivant le récit de Lalla Aïcha (ALB), le Prophète a dit :
"Quiconque exploite une terre sans propriétaire est en
droit de la posséder."(Al
Boukhari dans son Sahih)
D'après Jaber
ben Abdallah, le Messager d'Allah (PBAL) a dit: "Quiconque
fait ressusciter une terre morte mérite de la posséder."(Hadith
rapporté par les auteurs des sunanes)
Quiconque
retarde l'exploitation d'une terre fertile et prête à
produire, et ce, pour une durée qui dépasse l'entendement
et les usages établis, mérite que cette terre devienne la
propriété de celui qui vient l'occuper et la ressusciter.
Omar Ibn Khattab a écrit aux gouverneurs de toute la
contrée : "Celui qui retarde de trois ans l'exploitation
d'une terre met toute autre personne qui s'y installe pour
la faire fructifier en droit d'en devenir propriétaire."
Un jour, un
habitant de Bassora dit à Omar : "La terre de Bassora ne
nuit à aucun musulman, pas plus qu'elle ne lui est
rentable. Je vous prie de me donner le droit d’en devenir
propriétaire pour y cultiver oliviers et herbes vertes
nutritives." Omar écrivit alors à Abi Moussa et lui dit :
"S'il en est ainsi, transférez cette terre à cet
habitant."(Fath
Al Bari : 5/20)
Les herbes
vertes nutritives comprennent les légumes et toute herbe
fine propre à la consommation.
Les hadiths du
Prophète confirment l'obligation de cultiver la terre, de
semer et de planter tout ce qui est utile et bénéfique.
D'après le récit d'Anas Ben Malik, le Prophète (PBAL) a
dit à ce sujet : "Tout musulman qui plante un arbre ou
sème un champ et qu’un être humain, un oiseau ou une bête
en mangent, se voit inscrire autant d’aumônes."(Al
Boukhari et Mouslim)
D'après Jaber
Ben Abdallah, un jour où le Prophète (PBAL) se trouvait
sur les terres d'Oum Mouabid ou Oum Moubchar El Ansaria,
plantées de palmiers, il dit : "Toutes les fois qu’un
musulman plante un arbre ou sème un champ et qu’un être
humain, une bête ou une autre créature viennent en manger,
il lui sera compté comme aumône tout fruit qu’on en
mange."(Mouslim)
Et, dans un
autre hadith, le Messager d'Allah a dit : "Quiconque a
planté un arbre et veillé sur sa bonne conservation et son
entretien jusqu'à ce qu'il produise ses fruits, est
considéré comme ayant fait une aumône pour chacun de ses
fruits.(Ahmad,
3/376)
Les hadiths du
Prophète se rapportant à ce sujet sont très nombreux et
incitent les musulmans à sans cesse promouvoir
l'agriculture. Le Prophète (PBAL) a dit : "S'il arrive un
jour à l'un d'entre vous de se retrouver avec un rejeton
de palmier et qu'il n'a de cesse de le planter, alors
qu'il le fasse." Ce même conseil est rapporté dans un
récit : "Si le Jour du Jugement dernier arrive et que l’un
d’entre vous détient un rejeton de palmier, qu’il le
plante d’abord!"(Ahmad,
3/184-191. Al Bazzar)
Quant à l'eau,
qui constitue de nos jours l'une des grandes
préoccupations de l'humanité, elle occupe une place très
particulière dans la vie du musulman pour qui c'est une
richesse énorme dont Allah fait naître les créatures :
"Allah a créé d'eau tout animal" (sourate "An-nour", ["La
Lumière"], verset 45.)
C'est l'eau
qui entretient la vie : "A partir de l'eau, Nous avons
créé tout être vivant. N'ont-ils donc pas la foi?"
(Sourate "El Anbiyaâ" ["Les Prophètes"], verset 30.)
Et, dans
sourate "El Anaâm" ("Le Bétail"), verset 99 : "Et c'est
Lui Qui, du ciel, fait descendre l'eau dont Il fait germer
toute chose."
L'eau est un
moyen de propreté et de purification : "Et Nous faisons
descendre du ciel une eau pure" (sourate "El Furqane" ["Le
Discernement"], verset 48.)
Il faut
remercier Allah pour ce don inestimable qu'est l'eau en la
protégeant et en ne la gaspillant pas. L'économie, le non
gaspillage, constitue donc un principe général de base
dans la loi musulmane. En effet, Allah a dit à ce sujet :
"Mangez et buvez, mais ne gaspillez pas" (sourate "El
Aâraf" ["Les Limbes"], verset 31.)
Un jour, le
Prophète (PBAL) passa à côté de Saad Ben Abi Oukkas qui
faisait ses ablutions, et il lui dit : " Pourquoi ce
gaspillage? Y a-t-il gaspillage même dans les ablutions?
lui répondit Saad. Oui, ajouta le Prophète, et ce, même
avec l'eau courante d'une rivière."(Ahmad,
22112. Ibn Maja : n° 425)
En voyant un
homme faire ses ablutions, l'Émissaire d'Allah (PBAL) lui
dit : "Pas de gaspillage, pas de gaspillage."(Ibn
Maja : n° 424)
Suivant les
orientations du Coran et de la Sunna, les Compagnons du
Prophète (PBAL) et leurs disciples enseignèrent à des
générations entières que : "Il ne faut pas gaspiller
l'eau, même celle des ablutions, et même si vous vous
trouvez au bord d'une rivière."(Fath
Al Bari : 1/234)
L'économie et
la bonne conservation de l'eau font partie des plus grands
principes qui gèrent la relation des musulmans avec
l'environnement. Quant à l'usage monopolistique de l'eau,
il est honni d'Allah, surtout quand il met en danger la
survie comme c'est actuellement le cas dans certains pays
africains. Dans la Sunna, il est dit que : "Il y a trois
personnes auxquelles Allah n'adressera pas la parole, pas
plus qu'Il ne jettera le regard sur elles, le Jour du
Jugement Dernier: celui qui ment au sujet de sa
marchandise et jure, à tort, qu'il en a donné plus qu'il
ne l'a fait ; celui qui lève la main droite dans
l'après-midi et prête un faux serment pour s'emparer des
biens d'un autre musulman ; et celui qui refuse aux autres
l'accès à son eau."
Allah le Très
Haut a dit : "Je te refuse l'accès à mes biens tout comme
tu as refusé à autrui celui de ce que tu n'as pas créé de
tes propres mains."(Al
Boukhari, 5/43, Muslim, 1/103)
D'après Anas
Ben Malik (ALB), Saad Ben Oubada se rendit un jour chez le
Prophète (PBAL) et lui dit : " Ô Emissaire d'Allah, ma
mère est décédée sans laisser de consignes et je ne sais
s'il est dans son intérêt que je fasse l'aumône à sa
mémoire. Et le Prophète de répondre: Oui, et je te
recommande pour cela de donner de l'eau." (At-Tabarani,
in his Awsat 2/73)
Saad lui-même
raconte avoir demandé au Prophète : "Ô Messager d'Allah,
ma mère est morte ; quelle est la meilleure aumône à faire
à sa mémoire?" "L'eau, répondit le Prophète. Saad fit
creuser un puits et dit : " Ceci est pour la mère de Saad
"(Abou
Daoud, Ibn Maja, Ibn Khouzaïma, Al Hakem, Ibn Hibban)
El Berraa Ben
Azib raconte: "Un bédouin vint un jour trouver le Prophète
(PBAL) et lui dit : "Ô Messager d'Allah, montre-moi une
action qui m'ouvrirait la porte du Paradis." Et le
Prophète de répondre : "Si bref que soit ton discours, ta
requête est considérable : prête secours dans le besoin ou
rachète un captif. Mais si tu t'en sens incapable, alors,
il faut nourrir l'affamé et étancher la soif de
l'assoiffé."(Ahmed,
Ibn Hibbane et Al Bayhaqi)
La loi
musulmane ordonne d'étancher la soif non seulement d'un
être humain, mais aussi de toute bête de somme et de tout
animal capable d'affection. Selon un hadith authentifié du
Prophète (PBAL) : "Un homme marchait sur la route, sous
une chaleur étouffante ; il vit un puits et y descendit
pour étancher sa soif. Lorsqu'il en remonta, il aperçut
un chien tout haletant de soif et se dit : "La soif de ce
chien est aussi grande que l'était la mienne. Il
redescendit alors dans le puits, remplit sa chaussure
d'eau, et remonta, la tenant par les dents. Il en fit
boire le chien, et Allah l'en récompensa et lui pardonna
ses péchés. On posa alors la question suivante au Prophète
: "Ô Prophète, avons-nous une récompense si nous traitons
bien les animaux?" Et le Prophète répondit : "Tout bien
fait à toute créature vivante est récompensé"(Malik,
Al Boukhari, Mouslim, et d’autres)
Saraka Ben
Jaachem demanda au Prophète : "Ô Messager d'Allah, si une
bête égarée se désaltère dans mon abreuvoir; ferai-je une
bonne action en la laissant boire?" "Oui, répondit le
Prophète, celui qui entretient la flamme de la vie sera
récompensé." (Ibn
Hibbane, dans son Sahih)
Ben Abdallah
Ben Omar rapporte la même histoire.(Ahmad
qui s’est appuyé sur des témoins réputés pour leur probité)
On peut lire
dans le hadith sacré que : "Allah Tout Puissant et Grand a
dit :"Ô fils d'Adam, J'ai été malade et tu ne m'as pas
rendu visite." "Ô mon Dieu, comment Te rendre visite alors
que Tu es le Maître de l'Univers?" "Ô fils d'Adam, Je t'ai
demandé à boire, et tu ne m'as rien donné.""Ô mon Dieu,
comment t'arroser alors que Tu es le Maître de l'Univers?"
"Mon serviteur t'a demandé de l'abreuver, en vain ; si tu
l'avais fait, tu aurais reçu la même faveur de ma part."(Mouslim
dans son Sahih)
Creuser des
puits ou des canaux, et fournir de l'eau à ceux qui en
sont privés, sont parmi les bonnes oeuvres les plus bénies
d'Allah. Le croyant en sera récompensé éternellement,
aussi bien sur terre qu'après sa mort : en effet, ses
bonnes actions s'en trouvent valorisées, et ses mauvaises
diminuées.
D'après Abi
Hourayra, le Messager d'Allah (PBAL) a dit : "Le croyant
récoltera après sa mort les fruits de toutes les oeuvres
de piété, toutes les bonnes actions qu'il accomplit sur
terre, telles qu'enseigner et divulguer sa science, élever
des enfants dans la vertu, léguer un Livre Sacré,
construire une mosquée, bâtir un abri pour les voyageurs,
faire couler une rivière, ou prendre sur sa fortune
personnelle pour faire l'aumône à sa santé et à sa vie."(Ibn
Maja, Al Bayhaqi et Ibn Khouzaïma)
Comme le
confirment de nombreux hadiths du Prophète (PBAL), la loi
islamique veut que les hommes se partagent les produits de
première nécessité, à commencer par l'eau. Un Compagnon du
Prophète (PSL), qui faisait partie des immigrés, raconte :
"J'ai combattu auprès du Messager d'Allah que j'ai entendu
dire à trois reprises : Les êtres sont des associés en ce
qui concerne trois choses : le fourrage, l'eau et le
feu."(Ahmad
et Abou Daoud)
Selon Bahia,
son père a demandé au Prophète (PBAL) : "Ô Messager
d'Allah, quelle est la chose que l'on ne peut interdire?
L'eau, répondit le Prophète."(Abou
Daoud, Ibn Maja, d’après Aïcha (ALB) et Ibn Abbas)