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LA LUTTE CONTRE L’ENSABLEMENT ET POUR LA STABILISATION DES DUNES |
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Commissariat à la Sécurité Alimentaire Nouakchott, Mauritanie Résumé : Suite à la sécheresse éprouvante des années 70 et 80, le gouvernement mauritanien a mis en place un programme de lutte contre l’ensablement qui en résultait. L’ampleur du phénomène était telle que les moyens énormes mobilisés par le gouvernement ne permettaient pas la protection si urgente des infrastructures les plus précieuses (routes butinées, villages habités, puits pastoraux …). En effet, plusieurs structures étatiques ont intervenu dans ce domaine, mais leurs actions non coordonnées et non concertées conjuguées à un retard des textes juridiques par rapport aux orientations du gouvernement et à un manque de prise de conscience des populations vis à vis de la gravité du problème, ont entravé la réussite de ce programme ou tout au moins à des pourcentages proportionnels aux moyens mis en œuvre. Actuellement, dans beaucoup de sites, la lutte a bien donné des résultats encourageants mais l’ensablement est loin d’être éradiqué et gagne de plus en plus de terrain. - Proposition : coordination et concertation en matière de recherche. - Concevoir une structure commune aux états membres de l’ISESCO qui puisse canaliser et chercher des solutions aux différentes entraves à la lutte contre l’ensablement. 1. Introduction La sécheresse persistante durant les deux dernières décennies est un évènement récent qui a marqué le plus profondément la vie économique et sociale en Mauritanie. La désertification qui s’en est suivie a modifié l’écosystème naturel : il y a eu baisse de la production agricole, perte de pâturages, perte du cheptel et un ensablement qui s’accélère, rendant inutilisable les ressources et les infrastructures de base du pays. Devant cette situation, la Mauritanie a révisé en août 1986 son plan directeur pour la lutte contre la désertification (PDLCD) qui a appelé dans sa conclusion à l’élaboration de programmes concrets pour son exécution. D’autre part, l’Assemblée générale des Nations Unies, dans sa 100ème session tenue en décembre 1986, ayant pris acte du rapport du Secrétaire général sur la Mauritanie, a invité les organisations internationales à aider le gouvernement mauritanien à monter un plan d’action multisectoriel de lutte contre la désertification qui puisse être examiné par la communauté internationale des donateurs. Par ailleurs, la Mauritanie a été choisie parmi les premiers pays à bénéficier d’une mission de programmation dans le cadre du plan d’action forestier tropical. Ce train de mesures au niveau national et international a concouru pour donner naissance au programme multisectoriel de lutte contre la désertification qui constitue actuellement le cadre de conception dans lequel opèrent tous les intervenants ayant pour objet l’éradication de ce phénomène. 2. Problématique de l’ensablement en Mauritanie L’ensablement qui se généralise en Mauritanie est le stade ultime de la dégradation de l’environnement; toute l’infrastructure économique du pays est envahie par le sable ou est en danger de l’être. En l’absence d’une vue globale (images landsat, spot) sur les mouvements des sables et sur l’état des ressources forestières et pastorales, la gravité du problème de l’ensablement ne peut être illustrée que par des exemples comparatifs qui démontrent l’urgence de l’intervention. En 1984, il y avait moins de 10 points d’ensablement sur la route de l’espoir, unique tronçon bitumé qui relie la capitale Nouakchott à l’est du pays (long de 1.100 km), cette année on en dénombre plus de 300 points; plus de 85 % du budget national destiné à l’entretien du réseau routier, est dépensé pour désensabler cette route. En janvier 1985, un reboisement de 5 ha avec mise en défens de la végétation naturelle, avait été estimé suffisant pour protéger un village situé sur la route Aleg-Boghé longue de 70 km (Azlat). En mai 1988, la surface nécessaire à stabiliser et reboiser pour protéger ce village était estimée à 100 ha, plusieurs maisons sont déjà ensevelies sous les sables et abandonnées par leurs habitants. La disparition de la végétation herbacée et arbustive, sur un rayon de 50 km autour de Nouakchott, a largement contribué à augmenter la fréquence des vents de sable à Nouakchott au milieu des années 80 de 2 jours par an avant 1970 à 70 jours/an. La cuvette cultivable en décrue derrière le barrage de Maghtaa Lahjar (Brakna) a été réduite par l’ensablement de 1.500 ha en 1980 à 900 ha en 1985; une intervention du projet “lutte contre l’ensablement” a pu sécuriser cette cuvette à partir de 1985. Les oasis ont souffert de la diminution des eaux de pluies ou de ruissellement. L’érosion éolienne est active sur les sables dépourvus de végétation, elle est potentielle partout ailleurs. 3. Organisation des moyens 3.1 Cadre juridique La nécessité d’un cadre juridique qui puisse orienter l’action sociale dans le domaine de la lutte contre l’ensablement, a été mis en évidence par le premier plan directeur de lutte contre la désertification. Néanmoins, il existe encore certaines lacunes sur le plan des règles juridiques applicables, dues en grande partie au retard des textes législatifs par rapport aux orientations proclamées par l’Etat, au manque d’harmonie de leurs dispositions, qui souvent se chevauchent et se contredisent. L’absence d’un code des pâturages et des textes d’application incitatifs aux plantations forestières de la loi foncière viennent s’ajouter pour donner un rôle très marginal au droit dans la lutte contre l’ensablement. D’autre part, la reconstitution du cheptel et l’amélioration de l’élevage figurent dans les priorités du Développement rural en Mauritanie. Toutefois, aucune direction du Ministère du Développement rural n’a même pas entamé les préparatifs d’un aménagement des pâturages. Néanmoins, ces dernières années ont vu naître certaines associations et groupements des éleveurs et agriculteurs qui contribueront à améliorer la protection des pâturages et des cultures. 3.2 Structures ayant charge la lutte contre l’ensablement Pour l’exécution du programme multisectoriel de lutte contre la désertification, quatre structures différentes, dont trois ont la même tutelle, entrent en jeu. 3.2.1 Le projet de lutte contre l’ensablement et de la mise en valeur agro-sylvo-pastorale développe aussi bien une action de reboisement de certains sites dans les régions agro-pastorales et une action de fixation des populations dans leurs terroirs par le financement de petites activités rentables au projet des comités de gestion des sites de reboisement. Ce projet doit prendre fin en décembre 1996 et aucune structure n’est encore définie pour prendre la relève en matière de reboisement et fixation des dunes bien que le phénomène est loin d’être éradiqué. Ce projet qui est un financement PNUD/FAO et a pour tutelle le Ministère du Développement rural et de l’Environnement. Il était prévu que les populations des sites de reboisement devraient pouvoir prendre en charge la continuité du travail de reboisement à la fin du projet alors qu’on observe actuellement certains abandons dans les sites chaque fois que cessent les rémunérations allouées à la main d’œuvre du site. Est-ce que la sensibilisation et l’animation ont été insuffisantes ? 3.2.2 Le Programme alimentaire mondial (PAM) dans le cadre du projet à objectifs multiples a prévu aussi un volet protection de la nature. Par ce volet, le PAM apporte une rémunération en vivres aux ouvriers et aux gardiens des sites de reboisement créés par les projets du Ministère du Développement rural et de l’Environement. 3.2.3 Le Projet oasis du Ministère du Développement rural et de l’Environnement s’occupe de la protection des oasis par un système de crédit au profit des propriétaires des oasis dans 5 régions où elles existent. Le projet est actuellement dans sa 2ème phase et le recouvrement des crédits de la 1ère phase ne peuvent pas reconstituer les fonds nécessaires pour une 3ème phase. Cela est dû essentiellement au fait que les oasis en Mauritanie ne constituent pas un créneau porteur et leurs propriétaires ne sont pas des promoteurs, mais ils en font un luxe pour la consommation des dattes. 3.2.4 Enfin, le projet GIRNEM, gestion des infrastructures et des ressources naturelles en Mauritanie opère dans trois régions (Hodh Charhgi, Assadba et Hodh El Gharbi). Ce projet est un financement de la République d’Allemagne et a pour tutelle le Ministère du Développement rural et de l’Environnement. Il procède à une fixation mécanique, puis biologique, des dunes de sable et finance des micro-réalisation pour les populations des sites où des fixations de dunes ont été efféctuées. D’autre part, il faut noter que le Département du Développement rural s’est vu accordé une part importante du budget de l’Etat après la mise en application du programme d’ajustement structurel (35 % environ du budget de l’Etat). Actuellement aussi, le Ministère est en train de concevoir et exécuter un projet dénommé “Projet de gestion des ressources naturelles”. La phase pilote de ce projet n’a pas encore commencé mais certaines études sont déjà menées pour la faisabilité de ce projet et les séminaires de conception doivent se tenir sous peu de temps. Deux constats se dégagent de ce qui précède : - Malgré les moyens mobilisés par la Mauritanie depuis le début des années 80 pour faire face à l’ensablement, ce phénomène persiste et prend de l’ampleur. - L’ensemble des structures qui opèrent pour lutter contre l’ensablement travaillent de façon non concertée et font parfois même des doubles emplois, au moment où aucun moyen de lutte contre l’ensablement pouvant être mobilisé ne doit être oublié et aucune erreur pouvant être évitée ne doit être commise. Ce manque de coordination, ce cloisonnement entre les structures conçues pour le même but et ayant la même tutelle ne peut que se solder par des insuffisances qui se répercutent négativement sur les résultats escomptés. 4. Quelques exemples de coûts de lutte contre l’ensablement en Mauritanie Même en admettant que la lutte contre l’ensablement en Mauritanie n’a jusqu’à présent pas été menée dans un cadre de concertation et de coordination des opérations, il y a lieu de reconnaître que les résultats obtenus sont encourageants, malgré le degré de prise de conscience des populations vis-à-vis du problème de l’ensablement encore faible. En effet, l’approche des coûts de cette lutte montre que la composante la plus importante est la main d’œuvre locale payée à titre d’encouragement. Le payement de cette main d’œuvre en vivres limite les frais en devises. Concrètement, l’estimation des coûts de la lutte contre l’ensablement varie suivant le type d’action et sur la base des paramètres suivants :
N.B : 1 US $ = 140 UM Les coûts moyens sont inversement proportionnels à la dimension de la surface à protéger. En guise de conclusion, il faut retenir que, du fait que le phénomène de l’ensablement est un phénomène continu, la lutte pour atténuer ses effets doit être conçue pour le long terme, avec une harmonie totale de la conception et de l’exécution. La lutte contre le phénomène doit être aussi réglementée en favorisant par exemple la plantation ou le reboisement. Enfin, la complexité dans la conception de l’action et la multiplication des structures d’exécution ne peuvent aboutir qu’à des résultats présentant certaines insuffisances. Pour ce qui est des techniques utilisées, elles sont presque semblables à celles développées par les collègues. Mais il faut noter que depuis 3 ans la Direction de l’environnement a entamé une méthode aérienne d’ensemencement dans les zones au cours des périodes de pluie. |
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