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LA LUTTE CONTRE L’ENSABLEMENT ET POUR LA STABILISATION DES DUNES
 



INVENTAIRE ET EVALUATION TECHNIQUES DES ACTIONS DE LUTTE CONTRE L’ENSABLEMENT DANS LES SIX GOUVERNORATS DU SUD TUNISIEN

 KHATTELI HOUCINE
TAAMALLAH HOUCINE  

Institut des Régions Arides
Médenine, Tunisie

  Résumé : Le phénomène de la désertification touche à l’heure actuelle un territoire estimé à 64% de la superficie totale de la Tunisie soit près de 10 millions d’ha.

Il constitue un défi majeur auquel le gouvernement tunisien fait face depuis l’indépendance en allouant d’importants moyens humains et financiers pour l’exécution de différents programmes de lutte contre l’ensablement et la fixation des dunes.

Toutefois, des ajustements s’avèrent nécessaires pour améliorer l’efficacité des techniques utilisées.

Le travail suivant tente d’inventorier et d’évaluer l’efficacité des différentes techniques de lutte contre l’ensablement utilisées dans les 6 gouvernorats du sud tunisien.

1. Introduction

L’ensablement qui constitue l’une des manifestations les plus spectaculaires du phénomène de la désertification touche à l’heure actuelle un territoire qui couvre près de 64% de la superficie du pays soit près de 10 millions d’ha. Les dunes de sables y occupent déjà plus de 2 millions d’ha (CHAKROUN, 1991).

Plusieurs oasis, agglomérations, infrastructures routières et hydro-agricoles sont constamment menacées par l’ensablement. Il en est de même pour la voie ferrée Gafsa-Gabès qui se trouve coupée au niveau de Menzel Habib après chaque tempête de sable.

Face à cette situation, de gros efforts ont été déployés et d’importants travaux de lutte ont été entrepris depuis longtemps. En effet, les premiers travaux de protection contre l’ensablement ont été engagés depuis l’époque coloniale dans le sud tunisien et plus précisément en 1888 après la promulgation du décret du 30 octobre 1886 chargeant le service forestier d’entreprendre les premiers travaux de protection contre l’ensablement dans les oasis de Kébili, Tozeur et Nefta où furent d’ailleurs implantées en même temps les premières maisons forestières dans le sud du pays.

Depuis, les interventions sur le terrain se sont amplifiées et se sont étendues à d’autres oasis dans la zone. Toutefois, les réalisations accomplies pendant la période coloniale étaient pour plusieurs raisons modestes et très localisées.

Ce n’est qu’au lendemain de l’indépendance et surtout depuis 1962, date de la mise en œuvre du premier plan national du développement économique et social, que la gouvernement a attaché une importance particulière à la lutte contre l’ensablement. En effet, outre le côté social (populations de cette zone particulièrement défavorisées par la nature par rapport à celles du Nord) les prospections de nappes acquifères et/ou pétrolifères ont localisé un certain nombre de nappes qui ont permis la création de nombreux périmètres de mise en valeur qu’il fallait protéger contre l’ensablement.

Par ailleurs, la généralisation des chantiers nationaux destinés à résorber le chômage rural durant les premières années de l’indépendance a permis de relancer les actions de fixation des dunes dans les gouvernorats du sud tunisien.

2. Inventaire des techniques de lutte contre l’ensablement utilisées dans les six gouvernorats du sud tunisien

2.1 Approche méthodologique

Le présent travail a été réalisé grâce :

- à une série de tournées sur le terrain en vue d’inventorier et d’évaluer l’impact des travaux de lutte contre l’ensablement accomplis dans les différentes régions;

- à la consultation des rapports annuels d’activités des arrondissements forestiers de 6 gouvernorats du sud tunisien pour la période allant de 1991 à 1992, en plus des rapports d’activité 1990-1991 de l’Office de Développement de Rjim Maatoug;

- à des entretiens avec les responsables et les techniciens forestiers aux différents programmes de lutte contre l’ensablement dans la zone d’étude.

2.2  Présentation géographique de la zone d’étude

La zone faisant objet du présent rapport comprend les six gouvernorats du sud tunisien : Médenine, Tataouine, Gabès, Kébili, Tozeur et Gafsa.

Grosso-modo, elle est délimitée au Nord, sur le plan climatique par l’isohyète 200 mm et sur le plan morphologique par une grande chaîne montagneuse allant de Tamerza à l’Ouest jusqu’au Djebel Ennjilet à l’Est.

On y distingue 7 régions naturelles à savoir les basses plaines méridionales, les Chotts, les Matmatas, la Jeffara, l’Ouara, le Dahar et le Nefzaoua.

Celles-ci sont présentement le théâtre d’intenses processus d’érosion éolienne qui se manifestent par l’extension diffuse des zones dénudées,  là où s’exerce la déflation, et des zones ensablées là où s’effectue le dépôt.

Cette situation est due, outre le facteur anthropogène, à des conditions naturelles sévères telles que :

- une grande sensibilité des sols à l’érosion  (plus de 85% des sols sont soumis à l’érosion éolienne); en ce sens que les sols sont caractèrisés par :

* une faible stabilité structurale,

* une faible teneur en matière organique,

* une importante fraction de sable fin, d’où leur grande érodibilité.

- une grande fréquence des vents actifs (v>3m/s) c’est-à-dire ceux capables de provoquer la mise en mouvements des particules sableuses comme on le voit dans le tableau 1 (CHEHBANI 1990) :

Tableau 1 : Répartition en pourcentage des vents actifs

 2.3  Description des techniques utilisées

Plusieurs techniques de lutte contre l’ensablement sont utilisées. Elles peuvent être subdivisées en deux catégories :

- La fixation primaire qui a pour objectif soit de stabiliser, par des moyens mécaniques, les masses sableuses en mouvement quand elles menacent des infrastructures et des installations humaines, soit d’empêcher la formation et le déplacement des édifices dunaires.

- La fixation définitive ou reboisement qui s’acquiert par l’installation d’une couverture végétale durable et permanente.

2.3.1  Fixation primaire ou stabilisation mécanique

2.3.1.1 Réalisations accomplies

Compte tenu de plusieurs contraintes d’ordre matériel relatives à la lutte contre l’ensablement, on s’est contenté des réalisations accomplies durant les sixième et septième plan (période allant de 1982 à 1991). Les données concernant l’Office du Développement de Rjim Maatoug ne couvrent que les deux dernières années 1990-1991 (Office créé en 1990).

Les réalisations totales ont atteint 6942 km de tabia dont 2945 km de confection, (42%) et 3997 km de rehaussement et d’entretien (58%). Elles varient d’un gouvernorat à un autre comme le montre le tableau 2 :

Tableau 2 : Réalisations physiques en km et par arrondissement durant
les VIe et VIIe plan dans le domaine de la fixation mécanique 

 

  Les réalisations les plus importantes sont accomplies à Kébili (35% du total général) où l’on enregistre d’ailleurs le plus grand pourcentage d’entretien du réseau de stabilisation mécanique de tous les arrondissements concernés (52,6%). Ceci trouve son explication dans la vélocité du phénomène éolien et l’acuité de l’ensablement qui sévissent dans cette région désertique.

A Gafsa, par contre, où les processus d’ensablement sont relativement moins intenses, les travaux d’entretien ne représentent que 4,2% de ceux de la première pose, alors que partout ailleurs, le pourcentage de rehaussement est supérieur à 12%. En effet, il est de 12,6% à Rjim Maatoug, 48% à Tozeur, 64,3% à Kébili, 94,9% à Gabès, 145,8% à Tataouine et 163,5% à Médenine (rapports d’activité des arrondissements forestiers de 1982 à 1991).

2.3.1.2  Techniques utilisées

Deux techniques de stabilisation mécanique sont presqu’exclusivement utilisées par les techniciens forestiers dans la zone d’étude. Il s’agit de la contre dune et du carroyage.

La contre dune est un obstacle linéaire placé perpendiculairement aux vents dominants pour bloquer la progression des dunes de sable vers les infrastructures. Elle est érigée selon la consistance du terrain, soit directement à même le sol dans un fossé de 30 à 40 cm de profondeur, soit sur une levée de terre appelée localement tabia. Celle-ci est surmontée par une palissade en feuilles de palmes ou en plaques ondulées de fibrociment.

La tabia, qu’on confectionne, selon les régions, tantôt manuellement, tantôt mécaniquement, prend généralement la forme d’un trapèze dont la petite base est égale à 60 cm, la grande base à 150 cm et la hauteur à 120 cm.

Le carroyage est un quadrillage de dimensions variables des dunes mobiles à l’aide des brise-vent inertes faits selon la disponibilité des matériaux de clayonnage en feuilles de palmes ou en plaques de fibrociment et servant à fixer les dunes sur place.

i) Nature du matériau de stabilisation mécanique utilisé

Hormis une expérience très limitée d’utilisation des tiges de roseaux menée par l’arrondissement forestier de Gabès à Menzel Habib, deux types de matériau de stabilisation mécanique sont utilisés : les plaques en fibrociment et les feuilles de palmes comme le montre le tableau 3 :

Tableau 3 : Nature de matériau de fixation mécanique des dunes
utilisé par arrondissement forestier

     

Le recours à l’utilisation des feuilles de palmes est exclusif à Kébili, Tozeur et Rjim Maatoug en raison de la disponibilité de ce type de matériau sur place. Le prélèvement se fait à partir des oasis du Nefzaoua et du Djerid.

La tôle en fibrociment est par contre le seul matériau utilisé à Médenine et à Tataouine en raison de l’absence des palmes sur place, tandis qu’à Gabès et Gafsa, les deux types de matériau sont présents et sont utilisés dans des proportions très variables en fonction de la disponibilité de chaque matériau.

A Gabès, par exemple, la tôle est utilisée seulement par les militaires à Menzel Habib; par contre à Gafsa les plaques et les palmes sont souvent utilisées ensemble sur le même site : la tôle pour la protection d’ensemble et les palmes pour la protection rapprochée (autour des périmètres irrigués).

Les plaques utilisées sont fournies généralement par SICOAC (Tunis), El Mouassir (Jbel El Ouast) ou par El Kanawat dans le cadre d’un marché conclu entre les arrondissements forestiers et les différents fournisseurs qui les livrent sur place. Elle ne sont pas perforées et sont généralement de petite taille (0,76 m de long, 0,46 m de large et 0,006 m d’épaisseur) sauf à Menzel Habib où l’on a eu recours à des plaques de 1 m de long sur 0,92 m de large.

L’approvisionnement en feuilles de palmes fait également l’objet d’un appel d’offre, sauf à Gabès où parfois l’exploitation se fait par les chantiers de l’arrondissement (15 à 20% des besoins totaux).

ii) Schéma de protection contre l’ensablement

Le constat qui s’impose à la suite des différents entretiens qu’on a eus avec les responsables forestiers et après les visites effectuées sur quelques chantiers montre, de prime d’abord, qu’il n’y a pas un modèle type pré-établi de stabilisation mécanique correspondant à chaque type de modelé éolien.

En effet, les schémas diffèrent pour le même type de modelé éolien d’une région à une autre, voire d’un chantier à un autre. Ils sont dans la majeure partie des cas laissés à l’initiative personnelle du technicien encadreur, parfois même à celle du simple chef chantier.

Les contres dunes sont fréquentes à Kébili, Tataouine, Tozeur, Gabès, Médenine. Leur nombre varie en moyenne de 1 à 4 en fonction de l’intensité des processus éoliens, de la disponibilité du matériau de stabilisation mécanique et de celle de la main d’œuvre.

L’espacement entre les tabias est également variable d’une région à une autre, voire même d’un chantier à un autre. Il varie en moyenne de 50 à 500 mètres.

Il en est de même pour la distance séparant l’infrastructure à protéger et la première contre dune. Elle varie à Médenine de 50 à 100 m, à Gabès de 20 à 150 m et à Tozeur de 250 à 300 m. Le même constat s’applique à la densité du réseau de clayonnage; celle-ci est tantôt très dense 3m/3m, 2m/3m, 3m/4m le long de la route à Menzel Habib, et à Ghannouch tantôt, lâche à très lâche 50/50 et 100/100 à Médenine, 250/250 et 500/500 à Gafsa.

A Tozeur, le clayonnage est de 40m/40m là où il y a les dunes, puis il devient plus lâche quand on s’éloigne de celles-ci. A Rjim Maatoug, le schéma de protection comprend une première ceinture de protection de tout le projet appelée protection lointaine, une 2ème ceinture autour de chaque périmètre appelée protection externe et une 3ème ceinture délimitant chaque parcelle appelée protection rapprochée.

Ainsi et à la lumière de ce qui vient d’être décrit, on s’aperçoit de l’absence de critères objectifs et précis pour l’établissement de schémas de protection mécanique contre l’ensablement.

iii)  Densité et perméabilité du réseau de clayonnage

Le nombre des feuilles de palmes par mètre linéaire est très variable d’un arrondissement à un autre comme le montre le tableau 4 (rapports annuels d’activité des arrondissements forestiers 1982-1991) :

Tableau 4 : Nombre de feuilles de palmes utilisées

par mètre linéaire et par arrondissement

 

Selon la consistance du terrain, les palmes sont soit posées directement dans un fossé de 20 à 40 cm de profondeur (Rjim Maatoug, Gabès) soit, sur une levée de terre (Kébili). Elles sont parfois dressées verticalement l’une à côté de l’autre à l’extérieur du fossé (Tozeur), parfois inclinées à droite ou à gauche par rapport à la verticale et enchevêtrées les unes aux autres (Kébili). Souvent, les palmes sont fixées horizontalement de part et d’autre de celles posées verticalement avec 2 palmes au milieu ou au sommet de la palissade. Le tressage se fait généralement avec du fil de fer et rarement avec des nervures de palmes vertes.

Dans certaines régions, la palissade est renforcée par l’implantation de piquets de bois tous les 2 à 3 mètres rattachés aux palmes par du fil de fer et enfoncés sur 30 à 40 cm dans le fossé.

La pose des plaques s’effectue, comme pour les palmes, soit dans un fossé, soit sur une levée de terre. Chaque plaque est enfouie verticalement sur une longueur de 25 à 30 cm. Les plaques utilisées sont toutes pleines. Une tentative de perforation de celles-ci a été essayée et suivie au niveau expérimental à l’Institut des Régions Arides de Médenine,  mais l’expérience a été abandonnée parce que les premiers résultats n’étaient pas concluants.

Pour diminuer la pression du vent sur la palissade et permettre une certaine perméabilité, un espacement de 2 à 5 cm est souvent laissé, soit entre toutes les plaques, soit entre 2 à 3 plaques successives. Toutefois, sur certains chantiers, on a trouvé des plaques juxtaposées les unes aux autres parfois même légèrement chevauchantes et sans aucun espacement. Les travaux d’entretien du réseau de clayonnage sont généralement bien assurés.

Les plaques sont rehaussées dès que le sable arrive à environ 10 cm du bord supérieur de celles-ci par 2 ouvriers situés de part et d’autre de la palissade qui, par des mouvements successifs de bas en haut, arrivent à retirer progressivement la plaque de l’amas de sable où elle est enfouie. Toutefois, il arrive que quelques plaques soient abîmées au cours du rehaussement, d’où leur remplacement qui est estimé à 15% du total utilisé. Lorsque la palissade est constituée par des palmes, les manipulations de rehaussement sont très difficiles voire impossibles; on en érige alors une nouvelle identique à la première sur la crête de la 1ère palissade avec les mêmes matériaux sur la dune artificielle en voie de formation. Le rehaussement continue jusqu’à ce que la dune atteigne son profil d’équilibre. Le nombre de rehaussements varie d’un endroit à un autre en fonction de l’intensité de la dynamique éolienne. Dans les zones les plus ventées, il peut atteindre 4 à 5 rehaussements par an. Les palmes ensevelies confèrent à la dune artificielle une certaine ossature et une plus grande résistance comparativement aux plaques.

2.3.1.3 Conclusion

Les programmes de lutte contre l’ensablement entrepris dans les 6 gouvernorats du sud tunisien ont permis, certes, de récupérer plusieurs milliers d’ha des dunes mobiles. Toutefois,  des ajustements s’avèrent nécessaires tant sur le plan technique (adapter les schémas de clayonnage en fonction du modelé éolien, réviser les perméabilités des palissades, trouver d’autres matériaux de stabilisation mécanique …), que sur le plan de l’organisation et l’exécution des travaux (remplacer le travail en régie direct jugé très consommateur d’une main d’œuvre peu rentable par la formule de l’entreprise, opter progressivement pour un vaste programme de sensibilisation et de participation des populations aux programmes de fixation des dunes).

2.3.2  Fixation définitive ou reboisement

Cette opération a lieu une fois la stabilisation mécanique des dunes achevée. Elle passe par 3 étapes successives : la production des plants en pépinière, la plantation, l’entretien et la sauvegarde des plantations réalisées.

2.3.2.1 Pépinière

La production des plants forestiers se fait à l’heure actuelle au sein de 17 pépinières dont 16 permanentes et une volante (Zougrata-Gabès), en plus d’une pépinière en cours d’installation à Zarzis (Sidi Chammakh).

La répartition des pépinières par arrondissement est donnée au tableau 5 :

Tableau 5 : Répartition de pépinières par arrondissement

 

Les arrondissements de Gabès et de Gafsa sont bien pourvus en pépinière, (5 pépinières pour chaque arrondissement) alors que ceux de Tataouine, Kébili et Tozeur ne disposent que d’une seule pépinière pour couvrir les besoins de toute la région, d’où un transport des plants pendant la campagne de plantation sur de grandes distances. Il en résulte souvent des dégâts occasionnés par une mauvaise manipulation (chargement, transport, déchargement, exposition au soleil, secousse …).

Le manque d’eau constitue la plupart du temps un facteur limitant la création d’autres pépinières, surtout à Tataouine.

L’arrondissement de Médenine est en position intermédiaire avec 3 pépinières permanentes et une 4ème en cours d’installation.

La production des plants est très variable d’une région à une autre et d’une pépinière à une autre en fonction des prévisions de chaque arrondissement et des moyens humains et matériels disponibles.

La part des plants produits en pépinières et utilisés pour la lutte contre l’ensablement est relativement importante. La moyenne générale pour tous les arrondissements est de 78,54%. L’autre partie est utilisée pour des programmes d’amélioration pastorale et pour l’embellissement des villes, sauf à Rjim Maatoug où toute la production est destinée à la fixation des dunes.

Par arrondissement, le pourcentage de répartition des plants utilisés pour la lutte contre l’ensablement est donné au tableau  6:

Tableau 6 :  Pourcentage des plants en pépinière et utilisés pour

la lutte contre l’ensablement

 

Source : Rapports annuels d’activité des arrondissements forestiers - 1982-1991.

i) Espèces utilisées

Au total, 12 espèces sont utilisées pour la lutte contre l’ensablement; toutefois leur répartition est très variable d’une région à une autre comme le montre le tableau 7 :

Tableau 7: Répartition des espèces, en % et par arrondissement forestier, utilisées pour la lutte contre l’ensablement dans les six gouvernorats du sud tunisien

 

* Eucalyptus (occidentallis, Torquata, astringina), Acacia (cynophylla, Ligulata salicina) sont largement représentées tandis que d’autres espèces telles que Lycium arabicum, Acacia tortillis, Prosopis dulcis et cypres  sont peu répandues.

** Tamarix aphylla est utilisé sous forme de bouture.

Par région, le nombre d’espèces utilisées est variable. Il est de 7 à Médenine, 7 à Tozeur, 5 à Gabès, 5 à Gafsa, 6 à Kébili, 6 à Tataouine et 4 à Rjim Maatoug.

ii)  Techniques de pépinière

La protection des pépinières contre les vents et la divagation des animaux est dans l’ensemble bien assurée; toutefois l’installation des ombrières pour la protection des plants contre les chaleurs torrides est vivement souhaitée.

Les graines sont fournies annuellement aux différents arrondissements par le service des graines de la Direction générale des Forêts. Quelques problèmes de germination et de levée sont signalés surtout chez Casuarena, Eucalyptus et Cyprès …

Les plantes sont généralement en terre (Tataouine, Kébili, Médenine …), mais l’on commence déjà l’utilisation des planches en béton ou en briques cimentées (Gafsa, Rjim Maatoug, Gabès, Médenine).

Deux types de terreau sont utilisés :

- Un terreau comprenant 1/3 de fumier, 2/3 de sable à Médenine, Tataouine, Gabès, Kébili et Rjim Maatoug.

- Un terreau composé de terre forestière prélevée sous forêt de pin d’Alep dans la région de Châambi (gouvernorat de Kasserine).

Ce dernier type de terreau qui a l’avantage d’assurer une meilleure cohésion de la motte est utilisé en partie à Gafsa et à Tozeur. Le transport de celui-ci se fait par camion jusqu’aux pépinières concernées.

Les sachets en polyéthylène utilisés sont de couleur blanche. Ils sont acquis dans le cadre d’un marché conclu entre le fournisseur le plus offrant et les arrondissements forestiers.

Les dimensions les plus fréquentes sont les suivantes :

Longueur = 20 cm; largeur = 10 cm; diamètre = 8 cm; épaisseur : 0,04 cm; circonférence = 22 cm

Chaque sachet comporte 2 rangées de trous de 5 mm de diamètre chacun et distants les uns des autres de 10 mm (bord à bord). Ces rangées sont aménagées en 8 colonnes parallèles entre elles et espacées de 5 cm.

Si les dimensions des sachets utilisés sont convenables, la perforation nous semble excessive (100 trous par sachet), d’où un gaspillage énorme d’eau alors que celle ci n’est pas souvent disponible en quantités suffisantes.

La durée de vie des plants en pépinière varie généralement de 5 à 12 mois. Un séjour plus prolongé est parfois observé dans certaines pépinières par manque de nettoyage de celles-ci une fois la campagne de plantation achevée.

Le semis commence, grosso-modo, vers janvier-février pour les résineux et avril-mai pour les feuillus.

L’arrosage des plants en pépinière n’obéit pas à des fréquences précises; il est plutôt laissé à l’appréciation du pépiniériste responsable qui le fait en fonction de l’état apparent des plants et de la motte.

L’eau d’arrosage provient soit des puits de surface (Médenine, Menzel Habib), soit d’une source (Haddaj, Gafsa), soit des forages appartenant la plupart du temps à des A.I.C.* (Gabès, Tozeur, Gafsa, Kébili). La qualité chimique de l’eau est souvent médiocre (le résidu sec est de 9 g/l à Ben Gardane, 6 g/l à Médenine et à Menzel Habib).

Le déplacement des plants pendant leur séjour en pépinière et la section des racines latérales et des pivots ayant quitté les sachets ne sont pas pratiqués. Quant au démariage, il n’est pas pratique courante. En effet, il n’est pas rare de trouver au moment de la plantation 3 à 4 plants dans le même sachet. Ceci est très préjudiciable à une croissance normale des plants et à leur survie par la suite.

2.3.2.2  Plantation

i)  Réalisations accomplies

Les programmes de la lutte contre l’ensablement menés par les différents arrondissements forestiers ont, sans nul doute, abouti à la création de belles réalisations le long des routes et autour de plusieurs infrastructures. C’est ainsi qu’une superficie totale de 11.638 ha fut reboisée au cours de la dernière décennie 1982-1991 dans les six gouvernorats du sud tunisien.

Par région et pour la même période, on trouve la répartition suivante :

Tableau 8 : Superficie reboisée par gouvernorat

Les réalisations les plus importantes sont enregistrées dans le gouvernorat de Gafsa 5.278 ha (45,5 % du total) suivi par Médenine (19,57 %) et Gabès (14,4 %). Le faible taux de  réalisations accomplies par l’Office de Rjim Maatoug s’explique par sa création toute récente (1990).

Tous les travaux sont effectués en régie par des ouvriers organisés sous forme de chantier et payés, la plupart du temps, dans le cadre de différents programmes et/ou projets de l’Etat.

Il s’agit d’ouvriers occasionnels, mal payés (2.600 millimes la journée), donc peu motivés. Ils sont, la plupart du temps, âgés et peu ou pas qualifiés. Ceci constitue une contrainte majeure pour la réussite d’une campagne de plantation.

ii)  Techniques de plantation

a- Espèces utilisées

18 espèces forestières dont 5 locales et 13 introduites, sont utilisées par les différents arrondissements dans le cadre des programmes de lutte contre l’ensablement. Néanmoins, leur distribution est variable d’un arrondissement à un autre tant sur le plan nombre d’espèces que sur le plan importance relative de chaque espèce comme le montre le tableau 9.

Acacia cyanophylla, bien qu’elle vient d’être éliminée récemment des programmes de fixation des dunes à Tataouine, Gabès et Kébili parce que l’expérience a prouvé son échec dans les conditions d’aridité et de déficit pluviométrique, continue d’occuper une place de choix à Gafsa et à Médenine avec respectivement 55,7 % et 39,56 % du total des espèces plantées, tandis qu’à Tozeur (5,21 %) et à Rjim Maatoug (6,81 %), son utilisation est de plus en plus réduite et l’on envisage son abandon progressivement sauf là où les conditions locales d’humidité sont favorables.

Tamarix aphylla, plantée sous forme soit de petites boutures (20 à 30 cm), soit de grandes boutures (100 à 120 cm) est en expansion rapide à Gabès (51,44 %) à Kébili (40,20 %) et à Rjim Maatoug (59,07 %) compte tenu de sa croissance rapide et sa résistance surtout au sel. Par contre, elle est inexistante à Médenine et très peu utilisée à Gafsa (0,9 %).

Le recours aux espèces locales telles que Calligonum azel, Retama raetam, Lycium arabicum est très limité comparativement aux espèces introduites, sauf à Médenine où Calligonum azel représente déjà 12,99 % et Retama raetam 10,15 % du total planté.

Par ailleurs, Acacia ligulata considérée, sans nul doute, comme espèce psammophile par excellence, n’est que très peu représentée à Médenine (2,80 %), Gabès (7,72 %) et Gafsa (2,1 %). Elle est absente à Kébili, à Tozeur et à Rjim Maatoug.

Il apparaît que le choix des espèces ainsi que les proportions dans lesquelles elles sont utilisées varient d’une région à une autre, voire même d’un chantier à un autre, alors que les conditions du milieu sont souvent similaires.

b- Opération de plantation

Les dates de démarrage des opérations de plantation sont déterminées en fonction des premières pluies efficaces (octobre-novembre); toutefois, quand celles-ci font défaut, on fait recours à l’apport d’eau. La durée de la plantation varie de 4 à 7 mois en fonction des conditions climatiques, matérielles et humaines de chaque région. En général, elles est échelonnée entre octobre et avril, avec néanmoins un report en décembre-janvier en raison du froid.

Le transport des plants sur les lieux de plantation s’effectue selon les moyens de bord disponibles dans chaque région (camion, camionnette, tracteur …) et souvent dans des conditions précaires. En effet, outre, les maladresses de manipulation au moment du chargement et du déchargement et l’exposition aux intempéries  (soleil et vent) pendant le voyage, les plants sont très rarement rangés dans des caisses et ne sont pas suffisamment arrosés à leur départ des pépinières. Il en résulte ainsi des dégâts, parfois importants, qui s’ajoutent à ceux encourus par les mauvaises conditions de stockage des plants sur les chantiers et aux maladresses des ouvriers pendant la plantation.

La trouaison se fait selon la nature du sol, soit manuellement (sol sableux), soit mécaniquement sur les sols à croûte quand la logistique (tracteur, outils de travail du sol) le permet. Les dimensions des trous de plantation sont de 60 cm/60 cm/60 cm à Tataouine, 50 cm/50 cm/50 cm à Médenine, Gabès, Rjim Maatoug et 40cm / 40cm / 40 cm à Tozeur.

Aucun apport d’engrais organique ou minéral n’est signalé sauf localement à Tataouine (apport du fumier).

Les densités théoriques à l’hectare varie de 3 m/3 m à Tozeur, Gafsa, Kébili, à 5 m/5 m à Gabès, Rjim Maatoug. Toutefois, ces normes sont très rarement respectées sur le terrain en raison de l’absence d’un piquetage préalable et d’un encadrement rapproché des chantiers. Il en est de même pour le mélange des espèces sur le même chantier qui n’obéit pas à des critères précis. Le choix des associations est généralement laissé aux bons soins du chef de chantier.

Au moment de la plantation, chaque plant reçoit 15 à 20 l d’eau à l’exception des boutures de Tamarix (plantation sans apport d’eau).

2.3.3 Sauvegarde des plantations

Les plantations réalisées sont systématiquement mises en défens. La protection est assurée tant bien que mal par des gardiens dont le nombre varie en fonction de la taille des périmètres.

La protection individuelle des plants contre le vent et le froid avec des feuilles de palmes ou toute autre sorte de branchage disponible sur place n’est que très localement pratiquée à Rjim Maatoug, Tataouine et Gafsa.

L’arrosage à raison de 15 à 20 l par plant se fait soit avec des citernes à traction animale (500 litres), ou mécanique (3000 à 5000 litres) (Médenine, Gabès, Tataouine, Tozeur, Gafsa, Kébili), soit avec un système de conduite d’eau en P.V.C. enterré et muni des bornes jaillissantes à Rjim Maatoug ou tout simplement à l’aide d’une tyauterie en plastique reliée à des bassins en pierres cimentées (à Tataouine sur les djebels). Dans ce cas, l’écoulement de l’eau se fait par gravité.

La disponibilité de l’eau en quantité suffisante et ses qualités chimiques relativement médiocres (résidu sec souvent > 3 g/l), constituent partout une contrainte majeure pour la sauvegarde des plantations sauf à Rjim Maatoug où les forages qui existent en nombre suffisant sont la propriété du projet.

La fréquence d’arrosage, bien que théoriquement prévue une fois tous les quinze jours, n’est que très rarement respectée en raison des problèmes inhérents à l’encadrement, à l’éloignement des chantiers, à la logistique et à la disponibilité de l’eau qu’il faut d’ailleurs acheter à la SONEDE* (Médenine, Tataouine), les AICI (Gabès, Kébili, Tozeur, Gafsa), voire même chez les particuliers possédant des puits de surface. La technique d’arrosage par cuvette, qui a l’inconvénient d’être moins économique (gaspillage de l’eau par évaporation et salinisation progressive de la surface du sol), est une pratique courante dans toutes les régions.

La sauvegarde des plantations (arrosage, regarnis, désherbage et binage) est théoriquement assurée pendant une période allant de 3 à 5 ans, mais il n’est pas rare de rencontrer des arbres sevrés à l’âge de 3 ans, voire même avant pour des raisons déjà citées plus haut.

Le pourcentage de réussite des plantations est très variable d’une région à une autre et d’un chantier à un autre et est fonction des conditions locales du milieu (pluviométrie, nature du sol …) et de l’importance de l’encadrement.

La moyenne générale oscille entre 40 et 60 % mais des taux inférieurs à 30 % sont observés dans des sites tels que ceux du Dahar ou d’El Ouara (conditions d’enclavement et d’extrême aridité).

3. Evaluation de l’efficacité des techniques utilisées

Depuis l’indépendance, le gouvernement tunisien ne cesse d’allouer d’importants moyens humains et financiers pour l’exécution de différents programmes de lutte contre l’ensablement et pour la fixation des dunes. A cet égard, une somme estimée à 18..968.855 Dinars a été dépensée au cours de la décennie 1982-1991 dans les six gouvernorats du sud tunisien. Elle a permis la création de 6.942 km de palissade et le reboisement de 11.639 ha de dunes mobiles.

Par gouvernorat, les investissements consentis durant la même période et pour le même objectif s’établissent comme suit :

Médenine : 3. 479. 255 Dinars; Kébili : 3 .475. 426 Dinars;

Tataouine : 877. 988,2 Dinars; Tozeur : 1.884. 215,5 Dinars;

Gabès : 3. 913.569,9 Dinars; Gafsa : 5. 338. 373,9 Dinars.

Source : Rapports annuels d’activité des arrondissements forestiers 1982-1991.

Toutefois, et en dépit des efforts déployés et de grands travaux de fixation des dunes et de protection contre l’ensablement réalisés, des ajustements s’avèrent nécessaires pour améliorer l’efficacité des techniques utilisées.

3.1 Au niveau de la stabilisation mécanique des dunes

3.1.1 Schémas de stabilisation mécanique

Les schémas de stabilisation mécanique établis à l’aide des dunes artificielles ou carroyage ne sont pas déterminés en fonction des différents types de modelé éolien rencontrés (érosion en nappe, barkhanes isolées, barkhanes coalescentes). En effet, il n’est pas rare de trouver pour le même type de modelé éolien et très souvent dans des conditions écologiques similaires, des densités de clayonnage différentes, des espacements entre les dunes artificielles successives et des distances séparant l’infrastructure à protéger et la 1ère contre dune très variables allant parfois du simple ou quintuple, d’où de mauvaises répercussions sur l’efficacité des techniques utilisées et sur leurs coûts.

3.1.2  Orientation des palissades

L’orientation des palissades par rapport aux vents dominants actifs (v>3 m/s) n’est pas souvent appropriée. Elle est généralement déterminée en fonction de l’expérience qu’on a du terrain et rarement sur la base des données anémométriques précises. A ce propos, il faut signaler que les arrondissements ne disposent pas de stations climatiques. Or, celles-ci auraient pu rendre beaucoup de services aux techniciens travaillant dans le cadre des programmes de lutte contre l’ensablement en leur fournissant des données sur les vents (vitesse et direction) et sur la pluviométrie. Par ailleurs, si beaucoup de ces palissades sont nécessaires pour freiner les mouvements dunaires et faciliter l’installation du couvert végétal, certaines d’entre elles n’étaient pas indispensables à l’instar des tabias confectionnées à grande échelle par les militaires à Menzel Habib sur des parcours non dégradés où une opération de mise en défens aurait été largement suffisante et donc beaucoup moins coûteuse.

3.1.3  Perméabilité

Le nombre de feuilles de palmes utilisé par mètre linéaire est souvent élevé (en moyenne 30 à 40 unités/ml) par rapport à la norme recommandée de 20 unités/ml. Il s’ensuit une faible perméabilité (une résistance moindre) et un coût plus important.

3.1.4  Espacement entre les plaques

Les espacements de 2 à 4 cm qui doivent être laissés entre les plaques non perforées pour faciliter l’écoulement de l’air sont rarement respectés. On les a observées localement jointives, voire même chevauchantes à Tataouine, Médenine et Gabès (Menzel El Habib).

3.1.5 Dimensions des plaques

L’utilisation des plaques de grande dimension 1m long/0,92m de large (fréquentes à Menzel El Habib) doit être abandonnée au profit de celles qui sont plus petites (0,7 m/0,46 m). Celles-ci ont l’avantage d’être plus légères, donc facilement manipulables. En outre, les dégâts sont moins importants et, quand ils se produisent, ils sont moins coûteux.

3.2  Sur le plan de la fixation biologique

3.2.1 Au niveau de la pépinière

3.2.1.1  Perforation des sachets

Si la qualité et les dimensions des sachets sont convenables, leur perforation mérite d’être reconsidérée. En effet, le nombre des trous par sachet est excessivement élevé (100 trous par sachet), d’où un excès de gaspillage d’eau d’arrosage alors que celle-ci n’est souvent pas disponible en quantités suffisantes. A cet égard, les perforations suivantes peuvent être recommandées (résultats des essais entrepris en Mauritanie, dans le cadre d’un projet FAO/PNUD, sur la fixation des dunes).

a) 2 x 3 = 6 trous pour la terre sableuse (2 faces x 1 rangée x 3 trous).

b) 2 x 2 x 2 = 8 trous pour la terre moyennement sableuse (2 faces x 2 rangées x 2 trous).

c) 2 x 2 x 3 = 12 trous pour la terre argileuse (2 faces x 2 rangées x 3 trous).

2.1.2  Déplacement des sachets

Cette opération qui consiste à couper les racines ayant déjà traversé le sachet en déplaçant périodiquement les plants dans chaque planche n’est malheureusement pas pratiquée alors qu’elle est nécessaire pour avoir, au moment de la plantation, un plant ayant une chevelure racinaire active et bien développée dans la motte et à l’intérieur du sachet car les racines des plants quittent la motte soit par les trous de drainage soit en perçant le sachet, environ un mois après la germination. Les racines qui dépassent ainsi le sachet continuent leur pénétration dans le sol de la pépinière et assurent rapidement le monopole de l’alimentation du plant. Les racines restées dans les sachets deviennent alors inactives.

3.2.2  Au niveau de la plantation

3.2.2.1 Transport des plants

Compte tenu du nombre réduit des pépinières par région et de leur mauvaise répartition géographique, le transport des plants jusqu’aux lieux de plantation se fait la plupart du temps sur des grandes distances et dans des conditions qui ne sont pas toujours appropriées (absence de caisses prévues à cet effet …).

En outre, le déchargement des plants et leur stockage sur les lieux de plantation ne sont pas toujours contrôlés. Il en résulte des dégâts parfois importants et des taux de réussite relativement faibles.

2.2.2  Techniques de plantation

Le piquetage n’est pas généralisé sur l’ensemble des chantiers et les densités à l’hectare ne sont pas fixes.

Les sachets sont, généralement, enlevés au moment de la plantation. Toutefois, aucun fond de sachet coupé selon les normes couramment admises n’a été signalé. Cette pratique, pourtant, vivement recommandée, permet de débarrasser le plant des chignons qui se forment au fond du sachet pendant sa croissance en pépinière (on coupe le fond du sachet avec un couteau bien aiguisé à une hauteur de 1 à 2 cm).

3.2.2.3  Techniques d’irrigation pour la sauvegarde des plantations

La technique de la cuvette pour l’irrigation des plants au cours de la période de sauvegarde est pratiquement généralisée sur l’ensemble des chantiers forestiers dans les six gouvernorats du sud tunisien. Or cette technique qui consiste à verser l’eau dans un bassin délimité par une levée en terre de 5 à 15 cm de hauteur et de 0,20 à 0,25 m2 de superficie, présente l’inconvénient d’être moins économique en eau. En effet, une bonne partie de l’eau donnée au plant par submersion se perd par évaporation (25 à 50 %), entraînant dans le cas de l’irrigation avec des eaux chargées, une salinisation progressive des sols. En outre, les arrosages effectués pendant la sauvegarde (3 à 5 ans) avec une périodicité de 15 à 25 jours paraissent insuffisants (10 à 15 l/plant/passage) parce qu’ils ne permettent d’humecter qu’une partie superficielle du profil, favorisant ainsi le développement des racines à la surface du sol au lieu de les orienter vers les horizons les plus profonds (possibilités de rencontrer soit une nappe soit une humidité résiduelle permettant au plant de se passer des irrigations de sauvegarde).

3.2.2.4 Choix des espèces

Les choix des espèces utilisées pour la lutte contre l’ensablement, leur affectation par chantier ainsi que leur mélange sur la même parcelle (association), n’obéissent généralement pas à des critères précis (la plantation du Cyprès ou du pin d’Alep en milieux sableux, sous une pluviométrie < 100 mm). L’importance relative de chaque espèce utilisée peut également varier dans des fortes proportions d’une région à une autre, voire même d’un chantier à un autre alors que les conditions écologiques sont souvent similaires.

En outre, l’usage des espèces autochtones, est très limité par rapport aux espèces introduites. Celles-ci sont d’ailleurs par endroits, les seules espèces plantées.

3.3 Sur le plan de l’encadrement technique

L’encadrement technique des programmes de lutte contre l’ensablement dans les six gouvernorats du sud tunisien se pose avec acuité tant au niveau de l’exécution des travaux de stabilisation mécanique, de pépinière et de plantation qu’au niveau de l’évaluation des actions réalisées.

Il constitue, certainement, un handicap majeur pour lequel des solutions urgentes doivent être trouvées afin d’améliorer la rentabilité des chantiers et d’utiliser à bon escient les moyens alloués.

Cette défaillance s’explique d’une part, par un personnel d’encadrement réduit et, d’autre part, par des moyens logistiques limités (véhicules, tracteurs, camions …) et échappant la plupart du temps au contrôle direct des chefs d’arrondissements. En effet, il n’est pas rare de trouver des équipements acquis dans le cadre des programmes forestiers mais affectés à des services autres que les arrondissements (CRDA*, Gouvernorat, Délégation, etc …). Il s’ensuit des perturbations énormes pour le déroulement normal des actions prévues.

Le tableau 10 qui esquisse la répartition du personnel technique affecté totalement ou partiellement à la lutte contre l’ensablement dans les six gouvernorats du sud tunisien met en exergue les moyens humains limités, aussi bien quantitativement que qualitativement, eu égard aux besoins formulés et compte tenu de la dispersion géographique des chantiers.

Tableau 10 : Répartition du personnel technique affecté à la lutte contre l’ensablement par arrondissement

 

Source : Communication verbale des Chefs d’arrondissement forestiers

                                 * Payés sur les chantiers

3.4 Conclusion

Prétendre à une valorisation judicieuse des moyens et fonds alloués par l’Etat pour les programmes de lutte contre l’ensablement et à une meilleure réussite des plantations réalisées, impose de recourir à des mesures rapides telles que :

- Le renforcement de l’encadrement des travaux des pépinières et des plantations.

- L’adoption d’une stratégie claire de reboisement en milieu dunaire pour les gouvernorats du sud tunisien en déterminant, entre autres, une liste des espèces forestières à utiliser par les différents arrondissements dans le cadre des programmes de lutte contre l’ensablement. Ceci éviterait le tâtonnement et le recours à des espèces tout venant dans chaque région.

- La nécessité d’entreprendre des recherches sur les irrigations localisées et les techniques d’économie d’eau pour pallier  la rareté de celle-ci et pour diminuer les risques de salinisation des sols.

- La recherche des voies et moyens qui contribueraient à améliorer les rendements somme toute, très bas des chantiers qui sont d’ailleurs très lourds à gérer. Le travail à l’entreprise à la place de la régie directe et la sensibilisation des populations concernées en vue de leur participation réelle aux travaux devraient être sérieusement envisagés.

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