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LA LUTTE CONTRE L’ENSABLEMENT ET POUR LA STABILISATION DES DUNES
 



ACTIVITES DE LUTTE CONTRE L’ENSABLEMENT DANS LE GOUVERNORAT DE MEDENINE (SUD TUNISIEN)

 ZOUHAIR MHIRI
Chef d’Arrondissement des Forêts
Centre Régional de Développement Agricole (CRDA)
Médenine, Tunisie

  

Résumé : Les activités du service forestier dans le gouvernorat s’inscrivent dans le cadre de la stratégie nationale de reboisement, de lutte contre la désertification et d’amélioration des parcours qui vise à ramener le couvert forestier de 8 à 15%.

Les techniques de fixation de dunes consistent à la création de palissades surmontées de tôles ondulées en fibrociment ou de palmes tressées.

Les plantations se font de plus en plus avec des espèces autochtones dont les semences sont récoltées dans le parc national créé dans la région.

Les travaux entrepris jusqu’ici ont touché le tiers de la stratégie et les techniques entreprises sont réajustées au fur et à mesure, en fonction des résultats de la recherche en la matière.

1. Présentation générale

Le gouvernorat de Médenine est situé au sud-est de la Tunisie. Il subit un climat aride saharien avec une pluviométrie annuelle moyenne ne dépassant pas 160 mm. Elle varie de 50 mm à 200 mm/an.

Le phénomène d’ensablement est dû à une éradication du couvert végétal naturel suite à une surexploitation des terrains de parcours ou à l’utilisation d’outillage de travail de sol non approprié. Les sables sont donc autochtones.

2. Stratégie nationale de lutte contre la désertification

Consciente de la gravité du phénomène de désertification, la Tunisie a mis au point une stratégie dite de reboisement, d’amélioration des parcours et de lutte contre la désertification. Cette stratégie, qui a débuté en 1990, a pour objectifs :

- le reboisement sur une superficie de 320.000 ha dont 20.000 ha sous forme de bandes forestières le long des voies d’accès;

- la plantation d’espèces pastorales sur 600.000 ha;

- l’aménagement de 2,2 millions d’ha de parcours naturels;

- la confection de 4.000 km de palissades dont 1.000 km réservés à la protection des oasis.

L’objectif essentiel de cette stratégie est de ramener le couvert forestier de 7% en 1990 à 15%.

3. Réalisations dans le gouvernorat de Médenine

Les activités forestières dans le gouvernorat de Médenine s’inscrivent dans le cadre de la stratégie nationale de reboisement, d’amélioration des parcours et de lutte contre la désertification. L’objectif essentiel de ces activités est la lutte contre la désertification, soit d’une façon préventive, soit d’une façon curative.

Les objectifs à atteindre dans le cadre de la stratégie pour le gouvernorat de Médenine sont :

- le reboisement de 5.300 ha;

- la plantation pastorale sur 17.500 ha;

- l’aménagement des parcours naturels sur 290.000 ha;

- la confection et l’entretien de 500 km de palissades.

3.1. Lutte préventive

Il s’agit de mener des actions qui freinent le processus de la dégradation de la végétation et du sol.

3.1.1. Amélioration des parcours

Etant donné que la principale activité agricole de la région est l’élevage, et compte tenu du déficit fourrager qui est évalué à 67 millions d’unités fourragères soit 56% des besoins du cheptel, cela a entraîné une forte pression sur les parcours naturels et par conséquent la dégradation de ces parcours et le déclenchement du processus d’ensablement. Les autorités forestières se sont penchées sur l’augmentation des ressources pastorales en assurant l’aménagement et l’amélioration des parcours naturels et la plantation de réserves fourragères sur pieds.

Pour l’aménagement des parcours, la technique utilisée est la mise en place d’un système de rotation dans ces parcours tout en procédant à un simple crochetage et parfois à un ensemencement d’espèces autochtones de la région même et un apport d’engrais (N P K), dans les parcelles mises en repos.

La mise en repos ne dépasse guère 3 ans. Durant cette période, la production fourragère passe du simple au triple.

La création de réserve sur pieds se fait par la plantation d’espèces pastorales type Atriplex sp, Acacia cyanophylla, Prosopis sp, Calligonum sp, Periploca laevigata, avec une densité de 660 pieds à l’ha.

Ces réserves sont ouvertes au pacage pendant les périodes de calamité.

3.1.2.  Reboisement

C’est la plantation d’espèces forestières telles que : Eucalyptus, Casuarina, Acacia sp etc..,soit sous forme de bandes forestières le long des voies d’accès, soit pour fixer les berges d’oueds ou sous forme de brise-vent autour des exploitations agricoles.

3.1.3. Création d’un parc national

Pour conserver la diversité biologique, un parc national a été créé en 1990 dans une zone pré-saharienne. Ce parc nous a permis de conserver certaines espèces végétales en voie de disparition afin de les multiplier et les utiliser dans nos programmes de plantations (l’exemple du Periploca laevigata).

3.2. Lutte active ou curative

Au début des années 1960, les efforts ont été concentrés sur la protection des voies d’accès. C’est ainsi que toutes les voies d’accès qui étaient perpétuellement menacées par l’ensablement sont actuellement protégées.

A partir des  années 1980, les forestiers se sont occupés de la fixation des dunes qui apparaissent dans l’ensemble du gouvernorat.

3.2.1. Fixation physique

La technique utilisée est la confection de palissades en fixant des tôles ondulées en fibrociment au sommet d’un bourrelet confectionné à cet effet.

Le bourrelet est confectionné en déblayant la terre pour créer une banquette haute d’un mètre du niveau du sol avec une largeur basale de 160 cm, et une largeur sommitale de la banquette de 60 cm de part et d’autre de l’axe de la banquette.

Ce déblayage se fait mécaniquement avec des engins puissants. La terre qui servira pour la confection des tabias (Levée en terre) doit être indemne des résidus végétaux et bien tassée afin d’éviter les affaissements.

Les tabias doivent être rectilignes, ne présentant pas de sinuosités et perpendiculaires à la direction du vent dominant.

Les tôles ondulées utilisées sont d’une longueur de 0,76 cm et d’une largeur de 46 cm. Elles sont fixées au milieu et sur le sommet des tabias. Elles doivent être enfoncées à 36 cm avec 40 cm apparente.

Un  intervalle de 2 à 4 cm est laissé entre les tôles ainsi posées pour assurer une perméabilité à l’air de la palissade.

Il y a lieu de veiller à n’utiliser que des plaques entières et ne présentant pas des angles cassés.

Les plaques, après installation, doivent présenter une rectitude longitudinale et un niveau standard.

L’espacement entre les palissades est variable en fonction de l’intensité du déplacement des sables. Il varie de 25 à 100 m.

Généralement, quand la vitesse de déplacement est élevée, les palissades sont disposées sous forme de carreaux de 25 à 40 m. Quand cette vitesse est faible, les palissades sont linéaires et espacées de 40 à 100 m.

Le coût de la confection de ce type de palissades est évalué à 4500 Dinars au km. Le rehaussement est estimé à 1.200 Dinars par km.

Ayant constaté que ces prix sont assez élevés, nous sommes en train d’essayer l’utilisation des palmes à la place des tôles.

Ce matériau n’était pas utilisé auparavant dans la région à cause de sa rareté.

Après une large consultation des fournisseurs, on a constaté qu’il est possible d’utiliser les palmes en confiant les travaux à des entrepreneurs.

La confection des palissades se fait sur un bourrelet préparé de la même façon que celui préparé pour les tôles. La mise en place de la palissade se fait de la manière suivante :

Les palmes de la palissade doivent être de bonne qualité, avec un diamètre au milieu égal ou supérieur à 2 cm et une hauteur de 120 cm.

Les opérations suivantes sont à exécuter :

- creusage d’une tranchée de 40 cm de largeur et 40 cm de profondeur sur la crête du tabia;

- sectionnement du bout des palmes pour obtenir des tiges droites nécessaires à la verticalité de la palissade;

- pose dans la tranchée des palmes, à raison de 35 palmes minimum au mètre linéaire. La hauteur de la palissade ainsi obtenue doit être de 80 cm au-dessus du tabia,

- comblement de la tranchée et tassement pour la fixation de la palissade;

- mise en place sur chaque côté de la palissade, de 2 traverses (la première à 20 cm et la deuxième à 50 cm du pied de la palissade) constituées de palmes posées horizontalement, jointes grand bout - petit bout avec un recouvrement minimum de 20 cm. Les traverses interne et externe de chaque rangée doivent être liées entre elles et à la palissade par un nœud en fil de fer confectionné tous les 50 cm;

- renforcement de la base de la palissade par des déchets de bout de palmes.

La palissade doit être bien rectiligne et avoir une hauteur homogène.

3.2.2  Fixation biologique

En général, les travaux de fixation biologique commencent une année après la mise en place du réseau de palissades.

Les espèces utilisées sont les Eucalyptus sp., le Calligonum azel, Retama  raetam, Periploca laevigata, Acacia  sp,Tamarix... La densité utilisée est de 700 plants/ha.

4. Coût de la fixation des sables

Dans les deux cas de matériaux utilisés, le prix de la fixation biologique est le même soit 1.000 Dinars / ha de reboisement et 900 Dinars pour des entretiens pendant trois ans. Un ha de reboisement revient alors à 1.900 Dinars.

Les coûts de la fixation biologique varient en fonction du matériau utilisé pour la confection de la palissade.

Ces coûts sont les suivants :
 

 * Les coûts sont exprimés en Dinar tunisien dont la valeur est proche du Dollar américain.

La différence de prix incite les forestiers à utiliser les palmes pour la confection des palissades et chercher d’autres techniques qui sont en mesure de réduire les frais de lutte contre l'ensablement.


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