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LA LUTTE CONTRE L’ENSABLEMENT ET POUR LA STABILISATION DES DUNES |
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MAHAMAT MOUKHTAR DJIBRINE* Université de N’Djaména Faculté des Lettres et Sciences Humaines N’Djaména, Tchad Résumé : Le Tchad est l’un des pays du Sahel qui est aussi menacé par les processus de la désertification. Les causes sont surtout d’origine anthropogène même si elles sont parfois amplifiées par des facteurs naturels comme la sécheresse. Les facteurs essentiels sont généralement dus aux mauvaises pratiques culturales, au surpâturage, à la surexploitation des produits ligneux pour les besoins énergétiques et l’urbanisation. Afin de remédier à ces phénomènes, le gouvernement a d’abord pris plusieurs actions parmi lesquelles des axes stratégiques de lutte contre la désertification. Ces mesures concernent : - la protection et la regénération des ressources écologiques; - l’élaboration d’un schéma national d’aménagement du territoire; - le renforcement du cadre institutionnel; - l’amélioration des systèmes de production. Un projet pilote réalisé dans la Préfecture du Kanem, dont les sites sont Mao, Noukou, Rig-Rig et Tarfey, est un exemple de lutte contre les processus d’ensablement, et peut servir d’exemple pour des actions qu’on peut mener dans les zones arides et semi-arides menacées par l’érosion éolienne. Une approche complexe et pluridisciplinaire aux niveaux local, national, régional et international s’avère indispensable pour lutter contre ses fléaux. 1. Généralités La République du Tchad est située au cœur de l’Afrique. Elle est limitée au nord par la Libye, à l’est par le Soudan, à l’ouest par le Niger, le Nigéria et le Cameroun et au Sud par la Centrafrique. Elle a une superficie de 1.284.000 Km2. Du point de vue climatique et de la végétation, le Tchad est subdivisé en 3 zones écologiques, à savoir la zone soudanienne au sud du pays, la zone sahélienne au centre et la zone saharienne au nord. La population qui est de 6.288.261 habitants est inégalement répartie à cause de l’aridité du climat dans certaines régions (annexe 1). Cette aridité du climat est une conséquence de la désertification progressive du pays depuis plusieurs décennies. La désertification couvre aujourd’hui plus des 2/3 du territoire national et s’accompagne toujours de l’ensablement qui se caractérise au nord du pays par la formation de dunes de sable. Ce phénomène constitue aujourd’hui un véritable fléau car il est synonyme de la dégradation du milieu naturel, en d’autres termes, de la végétation et du sol. Le Tchad, comme les autres pays du Sahel, a profondément subi les effets des sécheresses successives qui ont sévit sur la sous-région depuis les années soixante. Les conséquences de ces sécheresses sont aussi bien écologiques que socio-économiques : - appauvrissement de vastes étendues de terre; - mise en jachère de plusieurs superficies de terre; - défrichage de grandes surfaces de terre, même dans les forêts classées et réserves naturelles; - destruction des ressources halieutiques, due à la dimunition des cours d’eau, etc … Devant la persistance de la sécheresse, le Tchad a entrepris depuis 1972 un certain nombre d’actions en vue de juguler le fléau et ses conséquences. 2. Politique et programme de lutte contre la désertification - institution en 1972 de la semaine nationale de l’arbre; - création en 1973 du Comité inter-Etats de lutte contre la sécheresse au Sahel (CILSS); - publication en 1976 du Manifeste de N’Djaména pour la protection de l’héritage écologique du Tchad; - souscription du Tchad aux orientations de la Conférence des Ministres africains de l’Environnement, tenue au Caire en 1986; - insertion de la nécessité de protéger et de sauvegarder l’environnement dans les Constitutions de 1989 à 1996; - souscription à la stratégie, dite révisée, de lutte contre la désertification, adoptée en 1985 à Nouakchott par les pays membres du CILSS. Dans le cadre de cette stratégie, il a été recommandé que chaque pays se dote d’un plan directeur de lutte contre la désertification. A cause de son instabilité sur le plan politique, le Tchad n’a pu disposer d’un plan directeur que depuis le 10 février 1989. Il faut également noter que la lutte contre la désertification est désormais intégrée dans les plans de développement; il en est ainsi du plan intérimaire de développement, ainsi que du plan d’orientation. Par ailleurs, il faut relever que le Tchad a signé la plupart des Conventions internationales sur la question de l’environnement (CITES, RAMSAR, etc …). 2.1 Stratégie de lutte Après avoir étudié les causes du phénomène de désertification, le plan propose une stratégie de lutte contre ce fléau, stratégie qui s’appuie sur un certain nombre de principes de base, à savoir : 1. la prise en compte de la sécheresse comme une donnée de base; 2. la nécessité d’impliquer toutes les forces vives de la Nation dans cette lutte dont dépend la survie du pays; 3. la nécessité, compte tenu de l’ampleur et de la gravité du phénomène, de faire appel à la solidarité internationale pour soutenir l’effort national; 4. la nécessité d’élaborer un schéma national d’aménagement du territoire applicable à partir du démarrage du plan de développement prévu pour 1990; Pour assurer la pérennité de la lutte contre la désertification, l’implication des populations concernées devra être recherchée. Ces principes de base ci-dessus guident la stratégie qui vise la conservation des écosystèmes et l’exploitation des ressources naturelles. Les axes stratégiques portent sur : - la protection et régénération des ressources écologiques; - l’élaboration d’un schéma national d’aménagement du territoire; - le renforcement du cadre institutionnel; - l’amélioration des systèmes de production. C’est dans le cadre de cette stratégie que le Tchad a programmé le Projet CHD/897/016 “Développement des Projets Forestiers au Tchad”, formulation d’une stratégie de lutte contre l’ensablement dans la Préfecture du Kanem située au centre ouest du Tchad. Le Projet a retenu dans son plan d’opération quatre sites à protéger considérés comme sinistrés à haut risques : il s’agit de Terfey, Nokou, Rig-Rig et Mao. Les tableaux donnés dans l’annexe 2 reflètent la nature des actions et le coût total en (F CFA). Nous décrivons ci-dessous les techniques utilisées pour le site de Mao, puisque les autres sites sont presque les mêmes. 2.2 Problème d’ensablement dans le Kanem Dans la Préfecture du Kanem, les sites choisis et les Ouaddis qui les entourent sont menacés par l’ensablement dont les causes sont la culture vivrière sur les pentes et le surpâturage excessif. Dans ces endroits, généralement, le sable arrive sous l’action du vent N-E-S-W. 2.3 Techniques utilisées 2.3.1 Fixation mécanique : Elle consiste en un système de quadrillage couvrant toute la surface des dunes. Elle est un peu modifiée afin de réduire le volume des travaux avec la même efficacité. C’est dans une bande de quadrillage constituée d’une ou plusieurs séries de carreaux installés sur la crête des dunes. En plus, on a ajouté à la bande de quadrillage une petite zone de mise en défens délimitée par des palissades en palmes et placée sur la côte exposée au vent. Les résultats ont montré que pour plus d’efficacité il fallait qu’elle soit placée à l’inverse de la direction du vent. Le projet a utilisé les matériaux locaux disponibles : palmes et coroles de raphia, tiges des leptadenia, pyrotechnica ou des branches d’épineux. L’utilisation des matériaux locaux permet aux paysans de réaliser eux-mêmes des travaux dans les zones menacées. 2.3.2 Fixation biologique : Elle consiste à planter à l’intérieur des carreaux du quadrillage des plants de plusieurs espèces telles que : Parkinsonia acculenta, Prosopis juliflora et Panicum turgifum. Les plants des espèces arborées ont été mis en terre à deux niveaux différents : le premier de 40 à 50 cm; le deuxième de 10 à 20 cm. Après observations, il a été constaté que les espèces herbacées sont plus efficaces que les espèces arborées. L’entretien est réalisé à l’aide d’un véhicule Pick-up équipé d’un réservoir de 1000 l. Pour la lutte biologique, deux types de mise en défens sont appliqués. - mise en défens délimitée et formée par des palissades à palmes; - mise en défens bornée par des poteaux en tiges de doumier. Les résultats ont montré que cette action pour la lutte contre l’ensablement est la seule pour le moment, à condition qu’elle soit entreprise et respectée par les populations. Des stages pratiques et de formation, ainsi que la sensibilisation reçue ont permis aux agents d’exécution d’appliquer sur le terrain toutes les techniques de fixation mécanique et biologique. En conclusion, il est à noter que toutes les interventions de lutte contre l’ensablement et la protection de l’environnement seront compromises si les populations concernées ne sont pas impliquées. 2.4 Forces et faiblesses 2.4.1 Forces Il y a dans cette région des atouts favorables à la lutte contre l’ensablement, parmi lesquels on peut citer : - la prise de conscience du phénomène par les populations autochtones et leur bonne connaissance du milieu; - la présence des matériaux destinés à l’édification des palissades; - la présence d’eau à faible profondeur. 2.4.2 Faiblesses - le concept de lutte contre l’ensablement est peu propagé; - l’enclavement de la région et l’etat des voies de communications constituent un handicap; - l’insuffisance et même l’absence des moyens d’interventions du service forestier (institutionnels, logistiques, humains et financiers); - l’insuffisance actuelle des cadres spécialisés; - pratique ancestrale de mise en valeur non compatible avec l’état actuel des écosystèmes; - concentration des populations autour des Ouaddis. 2.5 Impact socio-économique Les actions projetées permettront l’emploi d’une main-d’œuvre déshéritée importante tout en limitant des phénomènes de l’exode rural. Ces actions permettront en outre d’assurer une production ligneuse “bois de chauffage, bois de service” non négligeable et dont la région a grandement besoin. 2.6 Conclusion Le plan directeur de lutte contre la désertification, ses principes et ses grands axes, ainsi que les Projets pilotes déjà réalisés constituent un point de repère pour une nouvelle stratégie complexe et dynamique. La lutte contre la désertification nécessite l’élaboration d’une nouvelle stratégie basée sur une étude pluridisciplinaire pouvant classifier et évaluer les écosystèmes nationaux, déterminer leur élasticité par rapport aux différents impacts externes et définir une approche optimale de conservation et d’utilisation rationnelle de nos ressources. 2.7 Recommandations Pour que la lutte contre la désertification soit plus efficace, il est vivement recommandé ce qui suit : 2.7.1 En général 1. la lutte permanente contre la désertification même en période de bonne pluviométrie; 2. l’implication de toute la population particulièrement les femmes dans la lutte contre la désertification; 3. l’appel à la solidarité internationale eu égard à l’ampleur et à la gravité de la désertification; 4. la mise en place d’un schéma national d’aménagement du territoire; 5. la formation et le recyclage des personnes directement impliquées dans la lutte contre la désertification et la sensibilisation permanente par des spécialistes de toutes les populations et les autorités administratives; 6. l’intégration, dans le programme scolaire, de l’éducation environnementale. 2.7.2 En particulier En ce qui concerne la lutte contre l’ensablement dans le Kanem et les régions écologiquement similaires il conviendrait : 1. d’arrêter complètement le défrichement de peuplement naturel fait pour préparer le champ de mil, ainsi que l’exploitation abusive du bois; 2. de supprimer la culture du mil dans les champs linéaires, particulièrement sur les flancs des dunes proches des Ouaddis; 3. d’interdire la pâture aux environs des Ouaddis et des villages menacés, sur un rayon minimum de 1 km; 4. d’éviter la concentration de toutes les activités agricoles et pastorales dans les Ouaddis pour permettre la régénération de la végétation; 5. de renforcer la structure d’administration forestière et de la lutte contre la désertification.
BIBLIOGRAPHIE MAHAMAT ALI HASSAN (1995), L’Environnement, enjeux et perspectives. N’Djaména, Mars. F.A.O. (1993), Lutte contre l’érosion éolienne et fixation des dunes dans la Kanem. Rome. T. JALEL (1988), Formulation d’une stratégie de lutte contre l’ensablement dans le Département de Kanem. N’Djaména. MAHAMAT MOUKHTAR DJIBRINE (1987), Thèse de doct. d’Etat. Kharkov. |
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