Islamic Educational, Scientific and Cultural Organization - ISESCO -


L’Education parentale dans le monde musulman
 

2.  Les problèmes et les handicaps

Dans la partie précédente de cette étude, nous avons essayé de mettre l'accent sur le fait que l'éducation parentale dans le monde musulman, et dans d'autres pays, se compose de pratiques et de conduites quotidiennes qui peuvent prendre des formes diverses et apparaître sous des couleurs variées, qui oscillent entre le vrai et le faux, le positif et le négatif, entre ce qui est pratique et ce qui ne l'est pas, selon la nature des principes et des objectifs, et selon le type de déterminants et de méthodes en jeu. Quand les objectifs sont guidés par des principes appropriés et les méthodes conditionnées par des déterminants adéquats, ces pratiques vont sûrement avoir des effets positifs sur l'éducation de l'enfant. Quand les principes et les objectifs sont contradictoires d'une part,  et les déterminants et les méthodes sont disparates, d'autre part, les résultats de ces pratiques sont désastreux,  en ce qui concerne l'adaptation et l'éducation de l'enfant. Nous soutenons ce point de vue parce que nous sommes tout à fait conscients du fait que, dans le monde musulman, le problème de l'éducation parentale se perçoit dans la disparité évidente entre ses composantes théoriques, qui sont dans la plupart des cas utilisés comme des slogans grandiloquents, célébrés pendant quelques occasions, brandis durant certaines discussions, et évoqués quand il se présente des problèmes ou des crises sérieuses. Même si ses qualités scientifiques peuvent être d'une grande importance pour quelques groupes sociaux, qui sont culturellement et économiquement privilégiés, l'éducation parentale demeure encore pour la majorité des classes, un domaine à efficacité et résultats limités, et une initiative futile. Certainement, la société musulmane, comme toutes les autres sociétés, espère avoir une pratique éducative flexible, ouverte, et avec des objectifs qui consistent à aider l'enfant à avoir une personnalité non perturbée, bien équilibrée, compétente, capable de s'adapter, de communiquer, d'assumer la responsabilité, et de préserver l'enfant de tout dangers et défis possibles. Malgré les ruées successives vers la réalisation de cette aspiration, et l'impatience de surmonter toutes les difficultés et les problèmes possibles, la majorité des classes de la société musulmane semble trébucher dans ses déplacements, et a des objectifs et des désirs limités. Cette réalité a des effets négatifs sur l'éducation parentale pratiquée dans le monde musulman, parce que cette dernière est, la plupart du temps, confrontée à des problèmes  et handicaps qui "entravent son progrès, paralysent son mouvement et la tirent vers l'arrière à un tel point que les efforts de quelques parents qui connaissent les éléments d'une éducation appropriée, deviennent stériles et des illusions trompeuses." (Ahrchaou 1998, pp.17-18).

Donc, quels sont les principaux point faibles de l'éducation parentale dans les pays musulmans? Et quelles sont les conditions multiples qui entravent l'efficacité de cette éducation, créant ainsi des handicaps et des obstacles qui l'empêchent de jouer pleinement son rôle demandé, particulièrement au niveau de la préparation d'un être humain compétent, capable d'affronter les écueils de la vie et les défis contemporains? Est-ce que la réalité des sociétés musulmanes aide à motiver la famille et à travers elle, les parents, à jouer leur rôle éducatif dans le domaine du développement des capacités émotionnelles et psychiques de l'enfant et ses compétences en matière de connaissances?

Pour répondre à ces questions, on doit se fonder sur deux types d'aspects et de qualités qui incarnent, d'une part, la profondeur de ces grands problèmes et défis, qui s'opposent à l'éducation parentale dans les pays musulmans, et, d'autre part, la teneur d'une série de points faibles et d'inconvénients, que l'état de ces pratiques ne peut que dégénérer.

Malgré l'interférence de ces problèmes et lacunes, et leur interaction organique, nous avons choisi de les traiter d'une façon séparée afin de, premièrement, spécifier la nature de leurs déterminants et le degré de leur effet sur les pratiques éducatives parentales et, deuxièmement, de préserver la perspective psychologique qui façonne le contenu de cette étude. En donnant plus de priorité à cette dernière considération, nous allons nous concentrer principalement sur les aspects du deuxième type (particulièrement les points faibles et les inconvénients), parce qu'il représente la dimension spécifique qui accompagne notre perspective psychologique. En ce qui concerne le premier type incarné par les grands problèmes et défis, nous n'allons pas l'examiner, sauf à un certain degré qui sera avantageux aux buts de cette étude; on laissera ainsi le champs libre aux chercheurs en sociologie et en économie, parce que c'est un sujet qui les concerne plus que nous.

2.1 Les grands problèmes et défis

En nous appuyant sur notre analyse des déterminants et modèles de l'éducation parentale dans les pays musulmans, nous pouvons retenir trois problèmes fondamentaux, qui présentent les qualités de grands défis qui gênent le progrès de cette éducation et demandent ainsi, à être examinés d'une façon attentive :

2.1.1 Le problème de la pauvreté et du sous-développement

En réalité, le manque de moyens financiers ou de leur inexistence, et la précarité du niveau de vie de la majorité des couches sociales dans le monde musulman, sont tous des facteurs qui gênent l'éducation parentale, et la rendent médiocre, avec des buts et des objectifs instables, des résultats et des conséquences limités. Comme nous l'avons déjà mentionné, il y a un lien très fort entre le niveau économique des parents, et leurs pratiques éducatives. Quand ce niveau est supérieur, il y a une grande marge de flexibilité, de tolérance et de démocratie de la part des parents dans leurs pratiques éducatives. Mais quand ce niveau est ou a tendance à être inférieur, les parents tendent vers des méthodes strictes et dures, caractérisées soit par des punitions sévères, soit par une grande négligence dans leurs pratiques éducatives. Sur la base de ceci, nous pourrions avancer, que les différents aspects de la pauvreté et du sous-développement dont souffre la majorité des couches sociales du monde musulman, auront certainement des effets négatifs sur les pratiques éducatives des parents issus de ces couches. Ces effets négatifs peuvent, d'une part, prendre la forme de modèles et de méthodes éducatives, qui varient chez certains parents, de l'autoritarisme à l'anarchie, ou oscillent entre ces deux extrêmes; d'autre part, elles peuvent se manifester chez l'enfant par des résultats qui varient du complexe d'infériorité, à la révolte, ou qui oscillent entre les deux. C'est ce facteur qui fait de ces effets, un des grands défis auxquels les pays musulmans ne pourront faire face, sauf s'ils éradiquent l'une des causes majeures, c'est-à-dire la pauvreté et les mauvaises conditions de vie de la majorité des couches sociales qui composent la société musulmane.

2.1.2 Le problème de l'analphabétisme et de l'ignorance

Certainement, les pratiques éducatives parentales sont influencées par le niveau intellectuel et culturel qui prévaut dans leur environnement social. L'ignorance limite sûrement l'efficacité de ces pratiques, et réduit le nombre d'interventions des parents, mais surtout, elle empêche les parents de suivre le développement et le progrès de la société. Comme nous l'avons déjà mentionné, le niveau culturel en général, et le niveau scolaire en particulier, sont considérés comme les facteurs qui influencent le plus les pratiques éducatives parentales, parce que quand ces niveaux sont supérieurs ou moyens au maximum, les pratiques ont tendance à déboucher sur des attitudes parentales plus démocratiques, flexibles et tolérantes envers les enfants. Mais par contre, quand ces niveaux sont inférieurs, ces pratiques mènent soit à l'autoritarisme, à la sévérité et à la dureté ; ou bien à l'anarchie, à la négligence et au laisser-aller. Si tout le monde est conscient du fait qu'un grand nombre de couches et groupes sociaux dans les pays musulmans est encore  victime d'un analphabétisme qui fait des ravages, et d'une ignorance honteuse, à tel point qu'il n'est même pas nécessaire de donner une statistique précise, dans cette étude ; ceci implique que l'éducation parentale pratiquée dans ces environnements, va sûrement "être influencée négativement par ce fléau qui, malgré tous les efforts fournis pour l'éliminer, soit par une scolarisation obligatoire, soit par des programmes parallèles d'alphabétisation dans les pays musulmans (mais non dans leur totalité), son ampleur va, selon certaines prévisions, doubler à l'aube de l'an 2000" (Le Bureau de l'UNESCO 1988, p.24).

Donc, l'expansion de ce fléau aura pour conséquences l'augmentation du nombre de pratiques fausses et l'élargissement de leur base. Ces pratiques varient de modèles de pratiques faibles, caractérisées par la négligence, l'anarchie et la permissivité, à des modèles de pratiques rigoureuses, qui tendent vers la dureté, la sévérité et la punition. Ces modèles ont un impact négatif sur le développement et l'adaptation de l'enfant, qui est reflété, d'une part, par le fait qu'il n'a pas les composantes d'une personnalité équilibrée, capable de bien s'intégrer, et de confronter les problèmes de la vie, et, d'autre part,  par une faible personnalité, qui manque de confiance et qui s'avère incapable de s'adapter, ou d'acquérir les connaissances, et de confronter les problèmes de la vie.

En réalité, l'éradication de l'analphabétisme et de l'ignorance qui l'accompagne, et qui sont la cause principale de ces pratiques et de leurs effets négatifs, constitue, de notre point de vue, le deuxième grand défi qu’affrontent les pays musulmans. C'est en mettant fin à ce fléau par divers moyens et projets, que l'on pourra orienter les groupes et les couches mentionnés ci-dessus, vers des pratiques éducatives flexibles, caractérisées par l'acceptation, au lieu du refoulement, le soin au lieu de la négligence, la flexibilité au lieu de la rigidité, à savoir les pratiques gouvernées par des méthodes de contrôle, de communication et d'encadrement.

2.1.3 Le problème du rétrécissement du rôle de la famille

Il est évident que l'éducation parentale dans les pays musulmans, comme d'ailleurs à travers le monde entier, est influencée par son entourage social, dans lequel la famille constitue le contexte le plus important et le plus significatif, car son rôle est très sensible, puisque, comme l'école, elle est le domaine le plus propice à l’enracinement des approches éducatives et de leurs valeurs essentielles. Mais de quel type de famille parlons-nous? Et quelle mentalité avons-nous à l'esprit? Bien sûr, nous trouvons dans le monde musulman des familles avec des caractéristiques et des structures différentes, variant de familles traditionnelles étendues, aux familles nucléaires modernes. Mais est-ce que ces familles constituent effectivement des groupes humains gouvernés par une logique éducative, avec des mesures réglementées, et des méthodes exactes? En réalité, la famille qui doit favoriser la propagation de l'éducation parentale et la pratique de ces méthodes efficaces est essentiellement "une institution culturelle et sociale, caractérisée par une logique éducative particulière, qui l'aide à remplir sa fonction éducative d'une façon meilleure. Elle est un groupe d'individus qui ne consomment pas seulement les idées, ou les produits et obéit aux ordres; mais contribuent aussi à la bonne préparation d'un être humain compétent, qui est la source de toute création et de toute production. La famille est une cellule humaine qui est loin d'être une simple façade pour l'économie, ou une autorité parentale, ou une simple influence religieuse. Mais une question  s'impose :  est-ce que la famille actuelle dans le monde musulman, appartient à cette catégorie de familles, qui ont la qualité d'une institution sociale, qui assume une responsabilité culturelle très importante? Si nous voulons être réalistes et objectifs, nous pouvons dire que la famille dans la plupart des pays musulmans,  n'entre pas dans cette catégorie, parce que la réalité est ainsi faite. Malgré tous les efforts qui ont été fournis jusqu'à présent, il est évident que les méthodes éducatives pratiquées dans ces milieux familiaux, manquent encore de mesures et de conditions les plus élémentaires, parce que, dans la plupart des familles, ces pratiques ne vont pas au delà de l'intimidation et de la terreur durant certaines occasions ; ou de la distraction et de l'amusement des fois, et de la vantardise et de l'ostentation, d'autres fois." (Ahrchaou 1998, p.18). Mais en plus, ces familles ont vécu des changements évidents dans leurs fonctions et rôles, à cause des transformations dans leurs modes structurels et les systèmes de leur composition qui ont été le résultat des développements économiques, sociaux et culturels des sociétés musulmanes. Ces changements et développements ont transformé la fonction de ces familles d'une grande fonction avec plusieurs rôles, à une petite fonction avec des rôles limités. Ces familles ont ainsi légué à l'école, une grande partie de leur fonction, qui consiste en leur rôle éducatif et intellectuel, comme nous le verrons plus tard.

C'est pourquoi, dans le monde musulman, les familles peuvent sûrement s'élargir et s'accroître (familles étendues), ou rétrécir et diminuer (les familles nucléaires), sans que la plupart d'entre elles ait des pratiques éducatives à bases et objectifs évidents, et des fonctions et rôles exacts, tant qu'elles ne sont pas conscientes du fait que leur fonction éducative est stratégique et décisive, soit parce qu'elles ignorent ceci totalement, ou bien, parce qu'elles ont un niveau économique et culturel très bas. L'ignorance par les familles de leur fonction éducative fondamentale, constitue le troisième défi que les pays musulmans doivent relever, parce que comment peut-on accepter que le devoir d'éduquer bien des générations soit dévolu à une institution sociale du calibre de la famille, alors que cette institution ignore complètement les exigences et les conditions nécessaires pour accomplir ce devoir d'une manière satisfaisante? Ceci est paradoxal, mais c'est la réalité. On doit donner à ce problème toute l'attention qu'il mérite.

 

2.2 Les faiblesses et les lacunes

Dans la partie précédente de cette étude, notre but était d'examiner les grands problèmes et défis qui bloquent les pratiques éducatives parentales dans les pays musulmans, et d'attirer l'attention sur une série d'handicaps, particulièrement la pauvreté, l'ignorance et le rétrécissement du rôle de la famille ; ces derniers ne dépendent pas nécessairement de l'individu et de ses choix, car ils dépendent des structures et des orientations de la société elle-même. Notre analyse se concentrera sur une série de points faibles et d'inconvénients, qui sont aussi des facteurs qui gênent l'efficacité de ces pratiques, dont les parents sont en majeure partie responsables :

2.2.1 Le manque d'une éducation pédagogique

Comme toute pratique éducative, l'éducation parentale authentique, est celle guidée par une pratique éducative pédagogique. Sans cet encadrement pédagogique, il est impossible que n'importe quelle éducation parentale atteigne ses objectifs, sur le plan de la pratique. Plus exactement, elle ne pourra, comme c'est le cas pour la plupart des pratiques éducatives dans les pays musulmans, aller au delà des attitudes oscillantes et capricieuses, des comportements instables et fortuits, et des traitements extrêmes et contradictoires. Les indications suivantes peuvent servir d'exemples ici :

a)  L'oscillation entre l'autoritarisme et le laxisme

L'acceptation de l'enfant par ses parents est la première norme qu'on utilise pour mesurer le succès de leur méthode éducative. Cette attitude à elle seule peut créer une atmosphère de sécurité qui est nécessaire au développement de la personnalité de l'enfant, et l'achèvement de son intégration sociale. Mais cette dimension éducative primordiale est souvent vidée de son sens réel, chez nous les musulmans, quand on l'examine dans le cadre des déterminants de l'autoritarisme ou du laxisme dans le processus de la relation des parents à leurs enfants. D'une part, on remarque qu'un enfant qui évolue, dans notre milieu, dans une atmosphère de domination, se sent rarement en sécurité, ou apprend ce que les parents attendent de lui, parce que l'éducation comme pratique, est réduite ici, aux ordres et à la coercition, au lieu de l'orientation et des conseils, à la pression, la rigueur et la domination, au lieu de la compréhension, de la tolérance et de la liberté de temps en temps. Donc ce type de pratiques est contraire à l'esprit de toute éducation parentale basée sur des degrés raisonnables d'autorité saine et de vraie liberté. D'autre part, tout enfant qui vit dans une atmosphère laxiste, où la liberté excessive domine, trouve rarement le climat adéquat pour l'émancipation de sa personnalité et pour le développement de ses compétences, parce que le laxisme comme approche éducative signifie pour nous la négligence et le laisser-aller, au lieu d'une orientation raisonnable et d'encadrement contrôlé. Puisque les vraies potentialités de l'enfant ne sont pas prises en considération dans ce contexte empreint de laxisme, les parents ne découvrent que plus tard ses conséquences négatives sur l'avenir de l'enfant, de la famille et de la société.

Dans le cadre de cette définition de l'attitude des parents, en ce qui concerne l'acceptation de l'enfant, on doit mentionner que le dualisme autorité-indulgence, qui s'impose au niveau de l'équilibre instable entre les principes contradictoires de l'autorité et la soumission, constitue apparemment l'un des problèmes majeurs de notre éducation parentale. Si "la tendresse, l'affection et l'amour maternels sont quelques uns des éléments essentiels qui contribuent au développement de la personnalité de l'enfant, de son affection, de ses relations sociales et de son acquisition des connaissances, l'autorité du père est la base qui complète la tendresse maternelle, et, assure ainsi, une éducation équilibrée de l'enfant, parce qu'elle le rend conscient de son individualité et de l'existence de l'autre et de la nécessité d'être ouvert à la société " (Wery, 1974, p.51). On doit mentionner ici que le rôle du père, apparaît être plus important, parce qu'on exige de lui plusieurs choses, la première d'entre elles est le fait qu'il doit éviter la dualité de l'excès dans des pratiques éducatives qui sont guidées par la tendance, soit vers l'autorité excessive, soit vers l'indulgence négative, pour qu'il puisse rester fidèle à une activité éducative équilibrée. Celle-ci constitue la base ferme de toute personnalité forte et flexible, capable de s'adapter et d'assumer la responsabilité. Il doit aussi être conscient, comme nous allons le voir par la suite, de la manière dont il doit pratiquer son activité éducative, pour qu'il puisse préparer l'intégration de ses enfants dans un monde caractérisé par des développements et des transformations continus. Sûrement, c'est un rôle majeur et décisif, mais il est difficile et ardu.

b) L'oscillation entre l'exclusion et la protection excessive

Comme nous l'avons déjà mentionné, l'acceptation de l'enfant par ses parents est la première condition  pour l'épanouissement de sa personnalité et la réalisation de son adaptation. Mais il y a beaucoup de cas, où les parents ne jouent pas leur rôle en matière de protection de l'enfant et ne lui fournissent aucune aide. Ils le négligent et ne donnent aucune importance à ses potentialités pratiques et à ses moyens réels. Cette pratique éducative négative se traduit généralement dans les sociétés musulmanes sous forme de deux attitudes principales :

D'une part, on a l'attitude de rejet ou d'exclusion, qui apparaît sous sa forme autoritaire, comme le désir de dominer l'enfant, l'avilir, le rendre incapable et inapte à se débarrasser de sa mauvaise conduite, et les problèmes qui en découlent. En ce qui concerne son apparence sous sa forme indulgente et tolérante, cette attitude varie de l'indulgence simple, au laisser-aller pour s'achever en négligence complète.

D'autre part, il y a l'attitude de la protection excessive représentée par une pratique éducative gouvernée par le soin excessif que les parents prennent de la santé de l'enfant, de sa protection et de son éducation, ils le poussent à vivre  ainsi dans un monde faux et artificiellement embelli. En réalité, la même dualité, déjà mentionnée, liée à l'attitude de rejet, se trouve aussi avec toutes ses composantes, reflétées principalement par la domination ou la soumission. Si cette attitude, sous sa forme de domination excessive, en protection a pour but essentiel de rendre l'enfant convenable à un modèle défini, soit arbitrairement ou par force, elle est toujours sous sa forme d'indulgence excessive en négligence plus réformatrice que le nécessaire, elle s'ouvre ainsi sur une sorte d'exhibition, de gâterie intense et d'inquiétude.

Quoi qu'il arrive, l'attitude négative des parents envers l'enfant a des conséquences néfastes sur son éducation et son avenir, parce qu'il devient une victime d'apparences, à savoir le négativisme, le laisser-aller, les mensonges et l'agressivité dont on souffre, et dans laquelle on vit quotidiennement dans la plupart des contextes et familles dans le monde musulman. Ceux-ci sont, à mon avis, des aspects qui sont dûs au manque de confiance en soi, et de l'amélioration personnelle de l'enfant, c'est pourquoi (selon la majorité des gens), il subit l'échec à l'école, devient un vagabond en société, et devient criminel dans son comportement.

c) L'oscillation entre des attitudes contradictoires

Un des aspects majeurs de l'éducation parentale, qui est pratiquée dans plusieurs milieux sociaux dans le monde musulman, et qui démontre le manque de toute pédagogie dans ses pratiques, est l'attitude oscillante que certains parents adoptent comme méthode éducative. Celle-ci est inconsistante, hésitante et ne tient pas à une conduite ferme, ou à des règles fixes dans l'éducation de l'enfant. Ces parents ne traitent pas leur enfant de la même façon dans des situations similaires; au contraire, il y a une oscillation qui peut atteindre un degré de contradiction dans leurs attitudes. Car on les trouve souvent en train d'osciller entre l'autorité et la faiblesse, entre l'acceptation et le rejet, entre la négligence complète et la protection excessive. Cette ambiguïté dans leurs attitudes, qui est gouvernée par le tempérament personnel des parents, jette souvent l'enfant dans un climat de terreur et de peur et s’avère être dénuée de toute valeur éducative.

2.2.2 Le manque d'un système de référence psychologique

En se basant sur les aspects et les caractéristiques des pratiques éducatives parentales dans les pays musulmans, particulièrement celles qu'on a décrites comme négatives, on peut affirmer que la majorité de ces pratiques ont un manque de tout système de référence psychologique, essentiellement, la psychologie de l'enfant, qui est l'un des grands piliers de toute éducation parentale. Puisque c'est la théorie que chaque père ou mère a de la psychologie de ses enfants, qui fournit le système de référence principal, pour le type de traitements et pratiques éducatives qu'il / elle réserve à ses enfants, ces méthodes et pratiques peuvent varier entre correctes et fausses, entre efficaces et inefficaces, entre positives et négatives, selon la nature de cette théorie. Tant que celle-ci est scientifique, ou semi-scientifique, pour qu'elle puisse être basée sur des connaissances et données pédagogiques et psychologiques exactes, elle mène son adepte à s'appuyer dans son traitement de ses enfants sur des méthodes dont les résultats sont sûrs et positifs, grâce notamment à sa flexibilité, à son  engagement, à sa rationalité, à sa chaleur et à son bon encadrement. Tant que cette théorie est superstitieuse et naïve, comme c'est malheureusement le cas avec la majorité des parents dans le monde musulman, puisqu'elle se base sur des idées et des événements, qui sont soit imaginaires soit inexacts, elle mène son adepte à des pratiques éducatives inutiles, dont les résultats sont limités, à cause de son oscillation, son caractère fortuit et sa nature contradictoire.

2.2.3 Le manque d'une stratégie éducative

Le manque d'une stratégie éducative, avec des objectifs définis, et des mesures fermes, est l'un des points faibles de l'éducation parentale dans le monde musulman. Ceci est un fait qu'on ne peut nier, ni négliger, parce que la réalité de cette éducation le confirme dans la plupart de ses aspects, parmi lesquels, on va citer les plus importants :

a)  Le manque d'encadrement et d'orientation

L'absence de la tendresse maternelle et de l'autorité paternelle est un désastre total, en ce qui concerne l'éducation de l'enfant et la réalisation de son intégration psychique et sociale. Si le manque de tendresse maternelle dans nos sociétés musulmanes est le résultat de plusieurs facteurs, parmi lesquels, je cite l'absence de la mère du foyer, à cause de ses occupations professionnelles, et au laisser-aller d'autres mères, dû à leur égoïsme, ou à leur manque de maturité, ou à leurs conditions matérielles et psychologiques précaires ; le manque de l'autorité paternelle est souvent le résultat de l'absence effective du père, soit à cause de  son travail continu, ou sa conduite déviante, soit à cause de son inclination exclusive, au sein du foyer, à la satisfaction de ses désirs et à la recherche de ses loisirs préférés, à tel point que sa présence ne diffère pas tellement de son absence ; ou finalement, à cause du décès, ou de la maladie d'un des parents, etc. Dans ce contexte, on doit mentionner que le degré de connaissance qu'un enfant a de ses parents, et son affection pour eux ne dépendent pas, comme il est généralement admis, du nombre d'heures que ses parents passent avec lui ; mais dépendent essentiellement de la nature de cette paternité, ou maternité, et de tous les différents traitements et méthodes éducatives auxquelles elle a recours. Une paternité et maternité sages, comme nous allons le voir ensuite, ne sont pas évalués par le nombre d'heures passées à la maison; mais dépendent, d'une part, de la quantité d'amour, de tendresse et de soins qu'on donne à l'enfant, et, d'autre part, de ce que les parents lui offrent en matière de types de motivation et de stimulation pédagogiques, qui se reflètent particulièrement, dans le contrôle de ses comportements, de la moralisation de sa conduite, et du développement de ses relations, en lui inculquant les valeurs morales, et les règles de l'interaction, et de la communication, et en l'aidant à acquérir les connaissances et les conceptions qui concernent l'identité. Cela signifie qu'il est faux de considérer l'absence du père, ou de la mère, du foyer, du point de vue d'une situation seulement, qui privera la famille d'une importante source de revenu, qui satisfait tous les besoins et les demandes. Au contraire, il y a un autre argument qui est plus fort que celui-ci, à savoir que cette absence ou privation, fait en sorte que l'enfant et la famille, perdent tous deux les éléments du contact psychologique, de l'encadrement éducatif et de l'orientation pédagogique, qui tous constituent les composants essentiels de l'éducation parentale, à laquelle on aspire dans le monde musulman. En d'autres mots, une éducation qui accomplira le développement de l'enfant et son intégration sociale à travers une série de stratégies, qui consistent principalement en la discipline personnelle, en l'adaptation et la coopération.

b)  Une compétence parentale limitée

Si on prend en considération les conceptions éducatives des parents, leur représentation de leur rôle et les compétences parentales dans le monde musulman, on peut arriver à une conclusion très importante, à savoir que ces conceptions et représentations n'inspirent pas généralement dans le cas de la majorité des couches sociales, la confiance et la satisfaction, parce que le concept de la compétence parentale, qui est définie par la plupart des études occidentales (Terrise et Dansereau 1990, Allès-Jardel 1997, Massé 1991, Gibaud-Watson 1977) comme un concept à dimensions multiples, est souvent réduit par un grand nombre de parents dans les pays musulmans, aux qualités personnelles, et surtout à la dimension émotionnelle. C'est pourquoi, ce type de parents, donne rarement de l'importance à leur rôle d'éducateurs, et ainsi, ne valorisent pas vraiment le concept de la compétence parentale et le rôle éducatif efficace qu'elle exige, en matière de rentabilité et de satisfaction. C'est un concept dont la signification peut être exprimée par trois groupes de caractéristiques nécessaires à toute pratique efficace, de compétence parentale.

- Le premier groupe est celui des qualités humaines convenables comme : la disponibilité, la présence, l'attention, la chaleur affective, la responsabilité, la patience et la capacité de s'adapter, que les parents doivent posséder.

- Le deuxième groupe se compose des qualités suivantes : une bonne satisfaction de tous les besoins de l'enfant et la capacité de l'écouter et de lui fournir de la tendresse et de l'affection, que les parents doivent aussi avoir.

- Le troisième groupe est celui de la capacité des parents à réunir les conditions favorables au développement de l’enfant comme : la stabilité, la discipline, la formation, l'éducation, l'encadrement et la capacité de rendre le développement de l'enfant plus effectif, en ce qui concerne beaucoup les qualités humaines comme : l'indépendance, la débrouillardise, l'équilibre, le respect des valeurs, la responsabilité et l'amour de la vie.

c) La priorité est donnée à l'éducation émotionnelle sur l'éducation cognitive

Comme il y a un consensus à peu près total sur l'importance de l'éducation parentale et son rôle dans la constitution de la  personnalité de l'enfant, la réalisation de son équilibre psychologique et le façonnement de sa conscience morale par le biais de méthodes éducatives variées, il y a un autre consensus qui n'est pas moins important que le précédent sur le rôle vital que les premières expériences de l'enfant et l'efficacité de son apprentissage naturel et spontané des connaissances, jouent dans la constitution des bases réelles du développement des capacités mentales de l'enfant et de ses compétences intellectuelles. La différence entre les deux consensus, est, que le premier est accepté par tout le monde - les gens ordinaires et les scientifiques, tandis que le deuxième est un fait dont l'importance est comprise seulement par les spécialistes dans les domaines de la psychologie, de l'éducation et de la sociologie.

Ceux qui acceptent le premier consensus, soutiennent que l'éducation parentale dans les pays musulmans a subi des changements considérables, parce que sa fonction a changé d'une fonction large, avec des rôles divers, à une fonction réduite, avec des rôles limités. Par conséquent, elle a renoncé à une très grande partie de sa fonction, à savoir son rôle de transmetteur de connaissances à l'école. La plupart des discussions arabo-islamiques qui ont recours aux thèses simplistes sur l'éducation de l'enfant, qui prévalaient aux années cinquante, ont joué un rôle dans la validation de l'opinion de ceux qui supportent la réduction de la fonction des parents au niveau de l'éducation émotionnelle, morale et comportementale ; l'enfant devient, ainsi, un être faible, incapable et sans intelligence ; il n'exige rien de plus que la satisfaction de ses besoins matériels et ses désirs émotionnels. C'est pourquoi, il rejette et néglige tout ce qui a trait aux aspects intellectuels, jusqu'à ce qu'il commence sa scolarisation. Ceci a rendu le rôle des parents dans l'éducation de leur enfant en général, et l'amélioration de ses compétences cognitives, en particulier, moins important - un rôle limité dans le temps et dans l'espace. Leurs interventions, qui prennent place seulement à la maison, ne vont pas au delà des quatre premières années de la vie de l'enfant, laissant ainsi la place ensuite, et une fois pour toute, à l'école. Mais la question qu'on doit se poser est : est-ce correct de réduire la fonction éducative des parents à ce rôle psychologique et social, qui la qualifie de fonction spécialisée uniquement en émotions et morales? A quel point l'éducation parentale dans les pays musulmans est logique dans son adoption d'une méthode qui donne plus d'importance aux valeurs et à la morale, et néglige l'aspect intellectuel, surtout que la société a aujourd'hui besoin d'individus qui ont des compétences de première classe, les connaissances et le savoir-faire? En plus, à quel point pourrons-nous dire que l'éducation parentale enseigne, non pas seulement la morale et la conduite, mais aussi les connaissances et les capacités productives?

En nous basant sur la réalité de l'éducation parentale, comme elle apparaît dans les résultats et les conclusions de la plupart des études psychologiques, et le rôle qu'elle joue dans le développement de l'enfant  et dans son adaptation par le moyen de méthodes de traitement, nous voyons clairement que l'attitude précédente reste, malgré son importance, limitée, parce que le but de toute éducation parentale (même si une partie de ce but est incarnée par tout ce qui est psychologique et social) est considéré dans son autre partie par tout ce qui est éducatif et intellectuel. C'est ainsi qu'apparaît l'importance de la deuxième attitude ; même s'il y a un consensus sur cette attitude depuis le début du siècle, particulièrement, au niveau de la considé- ration de l'être humain, comme un phénomène de progrès et de développement, et comme un système d'apprentissage et d'acquisition, ses justifications scienti- fiques et dimensions pratiques, n'ont pas encore traversé les limites des systèmes de l'éducation parentale pratiquée dans le monde musulman, et a rarement touché les méthodes de traitement de cette éducation. Après tout, ceci est naturel, car ces justifications et dimensions n'étaient pas mûres et disponibles jusqu'aux années quatre vingt, et surtout, quand il était pratique-ment évident que le processus de l'acquisition des connaissances, du développement des compétences et de l'apprentissage des techniques, ne doivent pas être limités seulement à l'école. Même si cette dernière est la seule institution qui fait concurrence aux parents, au niveau de la nature compréhensive de leur rôle, les parents, à leur tour, doivent contribuer à ce processus d'acquisition pour des raisons scientifiques, parmi lesquelles, nous citons :

- La considération de l'enfant comme un être intellectuel, de même qu'un être biologique et psychologique. Dès son premier âge, l'enfant possède des compétences cognitives au niveau de la langue, de la compréhension, de la réflexion et du calcul.

- L'importance et l'efficacité des connaissances simples (pas celles obtenues à l'école) que l'enfant acquiert d'une manière spontanée et naturelle, et leur rôle dans son adaptation, et sa capacité à résoudre les problèmes.

- Donner la prédominance à l'importance des interactions sociales, pour le développement de l'enfant et son apprentissage par le biais des rôles de médiateur et de conseiller, que l'autre peut jouer, particulièrement les parents, dans le processus d'acquisition des connaissances.

- Mettre l'accent sur l'importance des activités éducatives partagées par les parents et l'école, pour l'adaptation de l'enfant, dans son acquisition des connaissances, et la détermination de son parcours scolaire.

- En nous basant sur ces considérations, nous attirons l'attention au fait que l'éducation parentale que nous devons exiger et encourager à travers le monde musulman, est celle qui doit cumuler deux rôles complémentaires : l'un est psychosocial, et l'autre éducatif-intellectuel. C'est-à-dire, une éducation qui doit remplir son rôle vital à qui elle a renoncé pendant longtemps, en faveur de l'école, soit sous prétexte que l'acquisition des connaissances et le développement des compétences est le domaine de l'école, soit en prétendant que son rôle a rétréci en raison des changements sociaux et culturels, qui ont un impact sur les milieux sociaux de ses membres actifs.

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