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L’Education parentale dans le monde musulman |
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1- Les caractéristiques et les
constituants Il est généralement admis que chaque
éducation, quel que soit sa forme ou son type, a un certain nombre de
constituants et de caractéristiques qui l'aident à accomplir sa
mission. Ces constituants et caractéristiques sont souvent fondés sur
des bases et des principes qui les gouvernent, sur des objectifs et des
buts qui les influencent, sur des déterminants et des facteurs qui les
conditionnent, et sur des mécanismes et des méthodes qui les dirigent.
Si l'éducation parentale pratiquée dans les pays musulmans ne se situe
pas en dehors de cette définition, notre attention sera consacrée ici
à l'analyse des principes, des objectifs, des déterminants et
des méthodes majeurs, liés à cette éducation. 1.1 Les principes et les bases Les principes d'avoir confiance en
l'enfant, de l'éduquer selon des méthodes flexibles et exactes, de le
contrôler pour le protéger des mauvaises fréquentations, de l'aider
à agir d'une façon morale selon les normes de la vie sociale
correcte, qui se reflètent dans la justice, la vérité, la
droiture, l'équité et la distinction entre ce qui est nuisible et ce
qui est avantageux, entre le bien et le mal, entre le licite et
l’illicite ; lui apprendre les rites et les conventions de
l'interaction sociale - particulièrement, l’art de se
comporter avec autrui, les règles du dialogue, le savoir - vivre;
sans oublier de l'aider à la représentation de soi et de forger
son identité sur des bases solides, tous constituent les bases
fondamentales sur lesquelles toute éducation parentale modèle
doit se fonder. La majorité des études psychologiques modernes
insistent sur ce point (Allès-Jardel 1997, Kellerhals et
Mantandon 1990-91, Lautrey 1989). Mais en vérité, ces principes et ces
bases, ne sont pas un événement nouveau à notre éducation
parentale qui s'inspire beaucoup des préceptes de l'Islam. Eduquer un
enfant, le former et le guider, le préparer à accomplir ses
devoirs et à jouer son rôle, prendre grand soin des différents
aspects moraux, émotionnels et mentaux de sa personnalité, et,
finalement, lui fournir les conditions favorables à son épanouissement,
sont autant de principes et d’enseignements, sur lesquels le
patrimoine éducatif musulman insiste. En plus des tendances et théories
que ce patrimoine renferme en abondance, et qui mettent l'accent sur
l'importance d'élever un enfant, de l'éduquer et de le préparer
pour l'avenir, comme le démontre si bien la série de recherches sur l'éducation,
réalisées par des savants musulmans, parmi lesquels nous citons Ibn
Sahnoun, Ibn Hazm, Abi Hâmid Al-Ghazâli, Ibn Sinâ, Nâssir Ad-Dîne
Toussi, Ibn Jamâ'a et As-Sam'âni* (Ahrchaou 1998) ; On doit insister
sur le fait que depuis l'avènement du Prophète (Que la
paix et la bénédiction de Dieu soient sur Lui) ce patrimoine a conservé
les enseignements de l'Islam concernant la façon d'éduquer un enfant,
de prendre grand soin de lui et de lui prêter beaucoup
d'attention. Ceci est un fait réel corroboré
par un grand nombre de versets du Coran, parmi lesquels on peut
mentionner les suivants à titre d'exemple : "Les richesses
et les fils sont la parure de la vie ici-bas et les choses durables et
bonnes sont auprès de ton Seigneur bien meilleures en tant que récompenses,
et bien meilleures à espérer" (Coran 18, La Grotte. 46).
"Ne tuez point vos enfants par crainte de la misère, Nous
subvenons à leurs besoins en même temps qu'aux vôtres.
Leur assassinat est une faute énorme" (Coran 17, le voyage
nocturne, 31). Les Hadiths du Prophète (Que la paix et la bénédiction
de Dieu soient sur Lui) sont pleins de recommandations et d'indications
qui insistent sur le fait que "l'enfant a des droits sur ses
parents qui doivent bien le traiter, bien l'éduquer et lui donner un
bon nom"(Aouisse 1977, p.126) comme les Hadiths suivants le
confirment : "Soyez généreux envers vos enfants et éduquez-les
bien" (Ibn Mâjja, "Kitab Al-Adab", n° 3661), "Un
des droits de l'enfant que le père doit respecter est de lui
donner un bon nom et une bonne éducation" et
"Le meilleur cadeau qu'un père puisse offrir à
son enfant est de bien l'éduquer" (At-Tirmidî, "Al-Bir Wa
Sila", n° 1875, Ahmed, Mosnad Al-Makiyyine, n° 14856). 1.2 Les buts et les objectifs S'il y a un consensus sur l'importance
de l'éducation parentale dans les sociétés musulmanes, et le rôle
essentiel qu'elle occupe dans l'apprentissage des principes et des bases
fondamentales de la vie, le but essentiel de cette éducation doit se
manifester dans les deux aspects suivants : 1.2.1 L'épanouissement personnel La première chose qu'un enfant
désire dans la première période de sa vie, est la sécurité,
qui est la condition préalable de tout développement émotionnel.
L'enfant vit dans un processus d'évolution où il se plonge complètement,
ce qui le fait assaillir par des instincts internes et des influences
extérieures variés. Ceci l'empêche d'avoir confiance, ni en soi,
ni en son environnement humain et physique. C'est pourquoi, sans
l'intervention des parents pour le rassurer et l'aider, il risque de
succomber à la peur et à l'inquiétude, surtout qu'il est
tout à fait conscient du fait qu'il ne peut pas faire face
à la vie tout seul. C'est de ce sentiment de sécurité, qui naît
chez l'enfant au moment où sa mère satisfait ses premiers
désirs, et se développe selon le rythme des situations et
circonstances fréquentes, qui contribue largement à l’éclosion
de ses premières impressions. Selon certains chercheurs, ce
sentiment se base sur quatre composantes fondamentales (Hassan 1970,
Wery 1974) : a) La satisfaction des désirs
fondamentaux de l'enfant, qui diffère selon l'entourage familial
et la situation financière des parents, parce que ces désirs
sont d'origine biologique. Cela signifie que l'assurance d'un équilibre
sur le plan de la santé de l'enfant, est un objectif primordial, du
fait qu'on ne peut pas ignorer l'importance d'une bonne nutrition, d'un
logement propre, d'une prévention obligatoire, et d'un traitement médical
adéquat pour le développement de l'enfant. b) La protection contre toutes les
agressions extérieures, parce que les parents jouent dans les
conditions normales un rôle disciplinaire dans deux directions opposées
: D'une part, les parents sont
responsables de réduire l'acuité des chocs et troubles que l'enfant reçoit
de son entourage extérieur, d'autre part, ils doivent l'aider à
communiquer avec le monde et à apprendre à vivre selon un
rythme évolutif. Si le double rôle des parents diminue avec le développement
de l'enfant, jusqu'à ce qu'il disparaisse vers l'adolescence, il
est fort probable qu’ils commettent des erreurs d'évaluation,
soit par manque de soins, ou par exagération dans sa protection (négligence
contre protection excessive). c) Assurer au développement de
l'enfant, un cadre cohérent et stable en l'orientant, le conseillant,
en contrôlant sa conduite et en lui fournissant un système de référence
clair, pour qu'il puisse distinguer le vrai du faux, le positif du négatif,
le licite de l’illicite, etc. d) Montrer à l'enfant qu'il est
aimé de ses parents, en répondant à ses besoins émotionnels,
au lieu de se maintenir au seul niveau biologique. L'enfant a besoin de
ces pratiques pour se sentir désiré par ses parents. Mais, dans
l'autre sens, il a un grand besoin d'avoir une marge de liberté, pour
qu'il puisse réaliser son indépendance, dans l'avenir. Donc c'est par la concentration de l'éducation
parentale sur ces quatre composantes, que l'enfant pourra acquérir ce
sentiment de sécurité, qui est considéré comme la condition préalable
à son équilibre psychologique - la vraie garantie qui lui évitera
toutes sortes de troubles dans l'avenir. 1.2.2 L'adaptation sociale Sûrement, la famille ne
constitue pas seulement cet entourage émotionnel, qui assure
l'ouverture psychologique et l'épanouissement personnel de l'enfant,
mais aussi cet entourage social où un grand nombre de relations
et de pratiques s’interpénétrent. C'est à l'aide de cette
deuxième dimension de l'entourage familial que l'enfant découvre
les règles de communication avec autrui, devient conscient de sa
liberté et de ses limites, distingue les droits et les devoirs, les
choses permises et les choses interdites, et comprend l'esprit de compétition
et de solidarité, ainsi que la nature des valeurs particulières
à son groupe social. Ainsi, le mécanisme de l'aptitude à
l'adaptation sociale naît aussi d'une évaluation proportionnelle de
deux forces opposées. D'une part, il y a la valeur vitale exclusive du
Moi qui grandit, et s'étend vers la suppression de toutes les barrières;
d'autre part, il y a la force oppressive du Sur-Moi, qui pousse les
parents à résister à cette expansion, plus ou moins
consciemment. C'est cet équilibre entre les deux forces, un équilibre
qui constitue la base fondamentale de n'importe quelle éducation
parentale, qui donne sa forme finale à la conduite de l'enfant.
Cette conduite permet à l'enfant de devenir un être social,
tant que ses parents lui fournissent "un entourage social sain où
la stabilité règne et qui permet d'enseigner à l'enfant
l'amour des autres et beaucoup de valeurs, traditions et positions qui
signifient, soit la tolérance, soit le fanatisme." (Hassan 1970,
p.144). De toute façon, une distinction peut
être faite ici, entre quatre formulations typiques quant à
l'intervention des parents, pour assurer l'intégration sociale de
l'enfant. - La discipline personnelle, ce qui
signifie d'aider l'enfant à être capable de déterminer ses
buts. - Se conformer aux conventions et lois
sociales. - Coopération avec les autres. - Sensibilité. Pour que ces quatre formulations
deviennent des buts sociaux, les parents doivent prendre les quatre
mesures suivantes de motivation et de stimulation pédagogiques: contrôle
et encouragement, moralisation et relation émotionnelle, qui peuvent
être observées dans quatre secteurs essentiels de l'éducation de
l'enfant et de son intégration sociale : Le premier secteur concerne
l'apprentissage par l'enfant des techniques de lecture, d'écriture, de
dessin, etc. Le deuxième secteur concerne
l'enseignement à l'enfant des valeurs morales et les normes
requises nécessaires à la gestion de sa vie, parmi lesquelles
nous citons : la justice, la vérité, l'honnêteté, l'équité,
le bien, le mal, le licite, l'illicite, etc. Le troisième secteur est celui
de l'apprentissage par l'enfant des valeurs et coutumes d'interaction
sociale, et toutes les techniques d'avoir des relations avec les autres,
les règles du dialogue et d'éthique, et, finalement, l'art de
vivre. Le quatrième secteur est celui
d'enseigner à l'enfant les méthodes de la représentation de soi
et la constitution de son identité sociale, particulièrement au
niveau de l'image du corps et des habits (Allès-Jardel 1997). La vérité est que l'adaptation
sociale de l'enfant selon ces formulations et formes, est encore dans le
monde musulman, un domaine où les études et recherches humaines
en général, et les études psychologiques en particulier, ne sont pas
encore intervenues, malgré leur importance scientifique et leur valeur
pratique. 1.3 Les facteurs et les déterminants La pratique éducative des parents est
le résultat de leurs tendances et conceptions dans le domaine de l'éducation.
Ces tendances et conceptions sont elles-mêmes influencées par le
niveau social et culturel des parents au point que leur personnalité et
intelligence dépendent de l'histoire, et des changements sociaux de
leur famille (Pourtois 1989). La majorité des relations qui ont une
influence sur le développement de l'enfant, sur son équilibre
psychique, sur son adaptation sociale et sur sa performance scolaire,
viennent de son environnement social et de ses réalités familiales,
particulièrement en ce qui concerne
"la personnalité et les caractéristiques des parents, leur
adaptation sociale et tendances éducatives" (Pourtois 1979,
pp.29-30). Selon les résultats
de la plupart des études musulmanes et occidentales sur les
pratiques éducatives des parents, on peut mentionner quatre types
majeurs de déterminants : 1.3.1 Les déterminants psychologiques La majorité des études (Allès-Jardel
1997, Andrey 1954, Mohammad (sans date), Fahmi 1963, Ismaïl 1974)
affirment que les principales variables qui influencent les pratiques éducatives
des parents envers leurs enfants sont : les compétences des parents et
leurs expériences, le rythme des relations parents-enfants, la cohésion
de la famille, l'organisation physique de l'environnement de l'enfant,
les tendances psychologiques des parents, leurs attentes concernant
l'avenir de leurs enfants, leurs notions et visions du développement de
l'enfant, et, finalement, les moyens nécessaires pour la satisfaction
des désirs et besoins de l'enfant. Au niveau du monde musulman, les
indicateurs majeurs, qui montrent l'influence de ces variables sur ces
pratiques et leur impact sur le développement de l'enfant et sur son
adaptation, sont comme suit : a) La rigueur du père à
l'égard de son enfant provient, dans la plupart des cas, dans le monde
musulman du mauvais traitement subi par le père durant son
enfance; c'est-à-dire que le père fait revivre à
son enfant, le même traitement qu'il a vécu lui même
(Hassan 1970, Ismaïl 1974).
b) Quelques tendances négatives des
parents comme le rejet, la protection excessive, et la pression sur les
enfants pour que ces derniers atteignent un niveau supérieur
d'instruction "sont rencontrées plus chez le père que chez
la mère" (Al Korchi 1986, p.15). c) Si les pères les plus âgés
sont plus enclins que les jeunes pères à la protection
excessive et à mettre l'accent sur les valeurs de l’autorité,
les mères moins âgées sont plus disposées que les mères
les plus âgées à insister sur les valeurs de l’autorité
dans le domaine de l'éducation des enfants. En plus, les approches éducatives
des mères sont particulièrement influencées par leur âge.
Tandis que les jeunes mères attachent beaucoup d'importance aux
valeurs classiques, comme l'obéissance, les mères plus âgées
donnent plus d'importance à l'indépendance et à la liberté
de l'enfant (Al Korchi, 1986). 1.3.2 Les déterminants sociaux En réalité, la pratique éducative
des parents, comme conduite et traitement de l'enfant, est déterminée
par leur environnement social, surtout que cette pratique a lieu
à l'intérieur de la famille, qui est la plus importante
composante de l'environnement social. Le rôle de la famille est
primordial, parce qu'elle est le premier théâtre des premières
expériences et relations de l'enfant. On a observé dans la majorité
des études entreprises dans le monde musulman qu'il existe une relation
inhérente entre les constituants de l'entourage familial : (le nombre
d'enfants, leur sexe, leur âge, les objectifs, les valeurs et les
relations familiales, ainsi que la répartition des tâches et des
devoirs), et les pratiques éducatives des parents. Cette relation inhérente
est illustrée par les faits suivants :
a) Malgré l'accent que les études
occidentales mettent sur l'existence d'une relation entre la taille de
la famille, son type et la nature de ses rôles, d'une part, et le type
de pratiques éducatives adoptées par les parents, d'autre part, la
majorité des études islamiques qui ont traité cette relation (Barakat
1977, Alaoui 1986, Guessous 1982) considère que le changement de
la plupart des familles musulmanes d'un type de famille étendue
à un type de famille nucléaire, ne détermine pas souvent le modèle
de pratiques éducatives qu'elles adoptent."Il y a des familles qui
ont opté pour le modèle nucléaire seulement au niveau de la
forme, mais le contenu n'a pas changé vers des idées rationnelles et démocratiques.
Mais il y a des familles qui ont réussi à joindre la forme au
contenu." (Radi 1977, p.36).
Il apparaît donc que, d'une part, il
y a un modèle familial variable avec des modes différents et,
d'autre part, la taille de ce modèle ne reflète pas nécessairement
la qualité du traitement. b) La majorité des études (Pourtois
1979, Mahan 1981) affirme l'existence d'un lien obligatoire et
significatif entre le nombre d'enfants dans une famille et la croyance
des mères en l'utilisation des méthodes qui favorisent la
punition et une discipline sévère, parce que le fait de donner
naissance à un grand nombre d'enfants dans une période courte
constitue un fardeau pour les jeunes mères, en particulier, et mène
à des attitudes négatives envers les enfants. c) Un des facteurs déterminants de l'éducation
parentale dans le monde musulman, est le sexe de l'enfant, qui influence
la relation parent-enfant dans la première période de la vie. En
essayant d'élever son enfant selon les valeurs, les coutumes et les
conventions de la société, la famille commence par voir si l'enfant
est mâle ou femelle. Elle distribue, à travers les parents, les
compétences et les aptitudes particulières à chaque sexe.
Ainsi son traitement des enfants, varie selon leur sexe, quel que soit
le groupe social ou culturel auquel ils appartiennent. C'est à
travers le moyen des valeurs culturelles et sociales que la famille détermine
"les modes de conduite pour la fille, qui diffèrent de ceux
réservés au garçon, dans les différents domaines d'activité, selon
ce qui est courant dans l'entourage social et la société en général"
(Mubarak 1993, p.198)
Dans la plupart des cas, les filles sont généralement
soumises à des pratiques éducatives caractérisées par la
contrainte, l'obligation et l'interdiction plus que les garçons, parce
que les parents attendent des filles qu'elles soient plus émotionnelles,
et des garçons qu'ils soient plus pratiques. (Abdelmajid 1984, Hatb et Makki 1988). 1.3.3 Les déterminants économiques Le grand nombre d'études sur la
relation entre les pratiques éducatives des parents et leur niveau
socio-économique affirment le fait que, quand ce niveau est élevé, le
traitement des enfants par leurs parents incline vers la flexibilité et
la démocratie, parce qu'il y a une abondance de moyens matériels et de
conditions nécessaires pour la satisfaction des désirs de l'enfant
(Lautrey 1989, Pourtois 1989, Plasio-Quintin 1990, Allès-Jardel
1997). Les résultats des études islamiques qui ont traité de cette
relation sont en accord avec cette thèse et mettent l'accent sur
les faits suivants : a) Il y a un lien obligatoire et
significatif entre le haut niveau de vie des parents, et le degré de
leur flexibilité et de leur tolérance. b) Les classes pauvres sont plus sévères,
conservatrices et obéissantes aux règles sociales courantes.
C'est pourquoi les pratiques éducatives des parents appartenant
à ces classes sont généralement caractérisées par la rigueur
et la punition sévère. Ces parents abusent de leur autorité en
essayant de dissuader l'enfant et de le punir d'une manière sévère
pour les fautes les plus banales, pour la désobéissance aux ordres les
plus insignifiants, ou pour une réaction qui ne coïncide pas avec
ce qui est courant et habituel. La plupart du temps, ces parents ont
recours au châtiment corporel, ou menacent de l'utiliser. c) Les méthodes utilisées pour contrôler
les comportements des enfants varient selon les valeurs des parents dans
chaque groupe social. Tandis que les parents qui appartiennent aux
couches sociales défavorisées, ont tendance à faire soumettre
leur enfant aux valeurs imposées de l'extérieur (comme l'hygiène,
l'obéissance et le respect des vieux), à avoir recours au châtiment
corporel, et à donner beaucoup d'importance aux conséquences
financières de son comportement;
par contre, les parents appartenant à la classe moyenne,
ont tendance à valoriser le dynamisme interne de l'enfant,
les demandes nécessaires pour son développement, comme sa soif
pour l'éducation, l'amour des parents, les qualités de coopération et
de la bonne conduite ; ils inclinent vers des méthodes éducatives de
dialogue, de persuasion, d'orientation et de conseil. 1.3.4 Les déterminants culturels Le niveau culturel en général et le
niveau de scolarité, en particulier, sont considérés comme
l'indicateur principal qui détermine les compétences intellectuelles
et comportementales des parents; celles-ci jouent, à leur tour,
un rôle majeur dans la formation des tendances des parents relatives
à l'éducation de leurs enfants. Les résultats de la plupart des
études étrangères et islamiques (Pourtois 1979, Mohan 1981,
Najati 1974, Al Korchi 1986, At-Tayib 1990) montrent que le niveau de
scolarité des parents est le facteur qui détermine le plus les
pratiques éducatives en comparaison avec les autres variables,
particulièrement la profession, le revenu, le sexe et l'âge des
parents, ainsi que le nombre d'enfants. Ce même niveau est considéré
comme le facteur le plus important qui influence les attitudes des
parents envers leurs enfants; quand il est élevé, les parents
inclinent dans la plupart des cas vers la tolérance et la flexibilité
dans leur traitement de leurs enfants, mais quand il est bas, la rigueur
et la punition sont courantes. 1.4 Les méthodes et les mécanismes Si la pratique éducative signifie
l'existence d'une relation éducationnelle, principalement entre
l'enfant et ses parents, comme éducateurs, la forme qu'elle prend est
considérée comme une méthode de traitement. On doit mettre l'accent
ici, sur le fait que les pratiques éducatives ne se basent pas sur une
seule dimension de la méthode utilisée avec l'enfant. Au contraire, la
plupart des études occidentales et islamiques, sont d'accord sur
l'existence d'un nombre de dimensions qui gouvernent ces méthodes
particulièrement représentées par le contrôle, la
communication facile, et la nécessité de la maturité des parents et
de leur affection. Ces études affirment qu'il y a un grand nombre de
types et formes variés de méthodes pédagogiques qui ne peuvent pas
être énumérés à cause des considérations suivantes : - Le grand nombre et la diversité de ces méthodes sont
tels qu'il est difficile de les classifier ou de les définir d'une manière
exacte. Ces études vont de la concentration sur les modèles de
pratiques autoritaires, démocratiques et permissives (Baurvind, Allès-Jardel
1997), à la spécification des modèles de pratiques
à structures faibles, fermes ou flexibles (Kellerhals, Montandon
1990-91), à la concentration sur des méthodes pratiques tolérantes,
disciplinaires, rationnelles et anarchiques (Kellerhals, Montandon
1990-91) et, finalement, à insister sur des modèles de
rejet contre acceptation, négligence contre soin, privation contre
satisfaction, oppression contre compréhension, rigueur contre laxisme,
discipline contre tolérance, rigidité contre flexibilité, etc. (Hassan 1979, At-Tayib 1990). - Il y a des disparités entre les modèles
et les méthodes de ces pratiques dans des études diverses au point
qu'il est difficile de parler d'elles d'une façon uniforme, parce que
les pratiques éducatives sont elles-mêmes un processus plein
d'interactions à qui les parents et leurs enfants prennent part.
Les parents sont plus ou moins conscients du fait qu'ils adaptent les méthodes
de leur intervention envers cet enfant ou celui-là, selon son
sexe et son âge. La diversité de ces pratiques ou méthodes
qui dépendent du niveau socio-économique et culturel des parents, mais
aussi du sexe, de l'âge de l'enfant, de la personnalité du père
ou de la mère, ont un impact sur les conceptions des parents,
qui, à leur tour, sont derrière leurs pratiques éducatives.
Leurs attentes peuvent varier selon leur statut social, parce que quand
celui-ci est élevé, leurs pratiques éducatives ont tendance à
être libérales, et quand par contre, il est bas, elles ont
tendance à être autoritaires ou anarchiques. Donc, malgré le grand nombre et la
diversité des pratiques éducatives des parents, et les disparités de
leurs méthodes, on peut se concentrer sur trois modèles
essentiels, dans lesquels on trouve le spécimen convenable à
exprimer les types variés de méthodes de pratiques éducatives
parentales dans les pays musulmans. 1.4.1 Le modèle de la pratique
faible Ceci est un modèle de pratiques
éducatives qui ne sont gouvernées par aucune conduite consistante, ou
des règles générales fixes, qui guident les comportements et
les activités de l'enfant. Il ne sait pas, par exemple, quand aller au
lit. Rien ne l'empêche de regarder la télévision ou de faire
quoi que ce soit, quand il le veut. Il a la liberté totale de faire
n'importe quoi quand il veut, et à n'importe quelle heure. En
fait, ce modèle, qui est considéré comme le moins approprié et
le plus nuisible pour l'éducation de l'enfant, parce qu'il crée un déséquilibre
dans le développement, l'éducation et l'adaptation de ce dernier, est
celui qui comprend souvent les pratiques éducatives des parents
appartenant à des couches sociales inférieures - surtout du
point de vue du niveau culturel et socio-économique. A cause de leurs
conditions matérielles précaires, et de leurs compétences culturelles
limitées ou inexistantes, ces parents traitent leurs enfants soit avec
une sorte d'hésitation qui va par moments jusqu'à avoir des
attitudes contradictoires envers une même situation; soit avec une
sorte de changement d'humeur dans lequel l'état psychologique des
parents joue un rôle décisif; ou encore, avec une sorte de négligence
complète de la réalité de l'enfant et de ses besoins corporels,
émotionnels et intellectuels. Un enfant qui grandit sous les conditions
d'une pratique éducative négligente au niveau affectif, et négligente
aussi au niveau de la satisfaction de ses besoins biologiques et de
l'encadrement pédagogique, n'aura pas les composantes d'une personnalité
bien équilibrée, capable de bien s'adapter ou de confronter les problèmes
de la vie sous tous leurs aspects, ou de relever ses défis divers.
1.4.2 Le modèle de la pratique
rigoureuse Ce modèle se base sur une
conduite permanente qui est gouvernée par des règles fixes et
immuables. Ainsi, l'enfant doit aller au lit à une heure précise
; il ne peut regarder la télévision, sauf avec la permission de ses
parents, ni avoir une activité quelconque sauf celles approuvées par
ses parents. Ce modèle comprend les pratiques éducatives des
parents appartenant à des groupes sociaux d'un niveau culturel et
socio-économique très bas ou inexistant. Cela signifie que ces méthodes
éducatives sont adoptées par des parents dont le statut financier et
culturel n'est pas en mesure de satisfaire aux besoins de l'enfant, ni
d'assurer son adaptation et son développement. Ces pratiques sont,
selon certains chercheurs (Hassan 1970, At-Tayib 1990), généralement
caractérisées, soit par l'autorité et la domination des parents, et
leur cortège de mesures, comme la privation, la rigueur, la dureté
et la punition ; soit par exagération au niveau du soin et de la
protection et tout ce qui va de pair avec, comme par exemple s'occuper
excessivement de la santé et de l'éducation de l'enfant, et être
alarmé par l'influence que ses camarades ont sur lui; ou bien par
domination et manque de cohérence, de clarté, et tout système
de référence bien établi, et tout ce qui l'accompagne, comme la
limitation des mouvements de l'enfant et entraver sa liberté. En réalité,
l'enfant qui subit ce modèle va sûrement avoir une faible
personnalité caractérisée principalement par un sentiment d'infériorité,
un manque de confiance en soi, par
la peur et l'impuissance, d'où son échec à s'adapter et
à s'intégrer à son environnement social, à acquérir
des connaissances, et à affronter les problèmes de la vie.
Ceci le poussera à des comportements asociaux qui prennent la
forme de réactions déviantes, comme le vol, le vandalisme, l'agression
et le vagabondage. 1.4.3 Le modèle de la pratique
flexible Ce modèle est constitué de
conduites et de règles générales qui sont adoptées par
certains parents, mais celles-ci peuvent être changées selon les
circonstances. Ainsi, par exemple, un enfant doit aller au lit à
une heure fixe, mais si le lendemain est un jour de vacances, il peut
rester tard. Il regarde la télévision quand il veut, mais il doit
respecter certaines conditions, comme le genre de programmes, le temps
et la durée de la diffusion. Il peut aussi avoir les activités qu'il
préfère, mais sous conditions. Cela signifie que les règles
ne sont pas rigides; au contraire, elles peuvent être modelées
selon les circonstances et les événements. Si ce modèle joint
les caractéristiques des deux autres - le rigoureux et le faible, il
est le plus convenable pour une éducation adéquate. On le trouve chez
les parents issus de classes nanties. Il comprend les pratiques éducatives
des parents appartenant à des niveaux culturels et socio-économiques
aisés, ou à des niveaux moyens à la rigueur, parce que
"ces groupes sociaux peuvent subvenir à tous les besoins de
leurs enfants qui ont, dans la plupart des cas, la chance de recevoir
une meilleure éducation" (At-Tayib 1990, p.21). En effet, ce modèle de pratique
flexible, a les conditions nécessaires pour être une pratique éducative
parentale appropriée, qui assure à l'enfant une satisfaction réglementée
de ses besoins. Elle se reflète, selon la majorité des
chercheurs (Bandura 1973, Lautrey 1989, Kafani 1989, Abdelfattah 1992,
At-Tayib 1990), dans les qualités suivantes : la flexibilité, la
liberté, l'acceptation, la tolérance, la justice, le dialogue,
l'engagement, le rationalisme, l'encadrement et la chaleur affective des
parents. L'enfant qui évolue dans le contexte de cette pratique éducative
flexible, est généralement distingué par les caractéristiques
suivantes : une personnalité qui se manifeste par la confiance en soi,
l'amour-propre, par la capacité à assumer la responsabilité,
par le sentiment de sécurité, par la compétence d'acquérir des
connaissances et de communiquer, et par la capacité à résoudre
les problèmes et à confronter des situations diverses dans
la vie.
C'est sur la base de ces précisions
par lesquelles on a voulu faire remarquer les principaux modèles
de pratiques éducatives, qui influencent l'éducation des enfants dans
les sociétés musulmanes, qu'on doit mettre l'accent sur les trois
conclusions suivantes (At-Tayib 1990, pp.24-30) : a) Les résultats de la majorité des
études psychologiques occidentales et musulmanes affirment que le modèle
des pratiques éducatives flexibles se distingue par un effet plus
positif que les deux modèles de pratiques faibles et
rigoureuses. b) Puisque le type de modèle de
pratiques choisi par les parents joue un rôle positif ou négatif selon
leur niveau socio-économique et culturel, ceci implique que les parents
qui vivent sous un régime autoritaire, vont sûrement avoir
recours à une sorte de dureté et de rigueur dans le traitement
de leurs enfants; tandis que les parents qui vivent dans une société démocratique
et ouverte vont certainement avoir recours à une certaine clémence
et tolérance. c) Si l'autoritarisme et la dureté sont des caractéristiques du modèle éducatif rigide, tandis que la démocratie et la tolérance sont des caractéristiques du modèle flexible, la dureté et la rigueur ne sont pas tellement des caractéristiques inhérentes aux groupes sociaux inférieurs que deux moyens utilisés pour conserver un certain équilibre parmi les membres de la famille, quand les conditions de vie sont très difficiles. De la même manière, la flexibilité et la tolérance sont parmi les types de pratiques éducatives employées dans une famille, quand les parents ont beaucoup de possibilités de choix dans leurs tentatives d'atteindre un objectif particulier, ou de satisfaire un certain désir. |
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