|

Étude sur l’environnement et
le développement durable dans les pays islamiques
(Le développement durable d’un point de vue islamique)
Introduction
Dans la région islamique, les problèmes d’environnement
connaissent une nette accélération. Leur origine est en fait
multiple :
- Des problèmes sont liés au besoin, à la pauvreté et au
sous-développement en général et au caractère excessif des
prélèvements sur les ressources, pour satisfaire des
besoins essentiels en énergie ou en nourriture ; ainsi la
forêt, ressource fondamentale pour de nombreuses
communautés, souffre des problèmes de surconsommation, de
prélèvements illicites, en plus de l’inadaptation des
législations aux conditions sociales variées, etc.) ; sa
rentabilité est de plus en plus incertaine. La solution de
ces problèmes s'intègre dans l'action globale pour
l'amélioration du niveau de vie, l'éducation et la
promotion sociale.
- Des problèmes sont liés à un dérèglement dans la
production, la consommation ou la gestion de l'espace et
se manifestent par un modèle de consommation ignorant
le coût écologique des produits.
* Ainsi, l’extension de la surface agricole ne peut être
conçue comme étant illimitée. Les extensions récentes
importantes se sont souvent faites sur des terres
marginales, donc plus fragiles.
* La zone littorale particulièrement fragile est sensible et
très convoitée ; elle subit de nombreuses agressions par des
pollutions diverses. Leur origine première réside dans la
littoralisation excessive démographique et économique.
C’est là un problème fondamental d’aménagement du territoire
et de distribution des activités. En effet, sur le trait de
côte, se concentre la majorité de la population, l’essentiel
des grandes villes, les grandes industries, et la majeure
partie de la capacité touristique.
- Des dégâts sont dus à l'effacement des institutions
traditionnelles de contrôle, sans qu'aient été mises en
place des institutions modernes suffisamment efficaces,
basées sur la participation des citoyens et leur
association à la prise de décision en ce qui concerne les
projets d'exploitation des ressources ou d'aménagement
régional. C’est le cas des parcours de montagne au Maghreb,
ou de l’eau dans les zones d’oasis, traditionnellement gérés
dans un contexte d’effort collectif. Dans ces milieux
difficiles, l’organisation sociale vise à gérer efficacement
des ressources qui ont tendance à être rares, alors que la
population continue de croître. Ceci sous-entend un
dispositif de régularisation et de surveillance, de
protection et un arsenal juridique, pour une utilisation
plus économique des ressources et contre l'occupation ou la
sur-utilisation des sites menacés.
- Les déficiences dans la maîtrise de la technologie et les
insuffisances sur le plan de l'équipement socio-sanitaire
sont responsables de nuisances préjudiciables pour le
confort et la santé des citoyens. La pollution représente
une menace sérieuse pour les ressources hydriques aussi bien
superficielles que souterraines. Une bonne partie de cette
pollution atteint finalement le domaine littoral.
L’accroissement démographique, l’urbanisation accélérée,
l’industrialisation et les transformations techniques dans
l’agriculture génèrent des rejets de matières polluantes qui
dégradent la qualité de l’eau. L’absence d’équipements de
dépollution, souvent même le manque d’infrastructures
d’assainissement expliquent l’apparition de cas graves
d’environnement malsain qui menacent la santé des
populations et la qualité globale du milieu.
La dégradation de la qualité de l’air et son impact sur la
santé des populations sont des problèmes majeurs de
l’environnement en milieu urbain. Elle s’explique par
l’intensité du trafic routier et le vieillissement accentué
des parcs automobiles. Les sources fixes sont les
installations industrielles polluantes à cause de l’absence
de contrôle des émissions et de l’utilisation de
combustibles à forte teneur en soufre (fuel et charbon).
- D’autres dégradations s’expliquent par l'absence d'un
sentiment d'identification du citoyen à un espace donné ou à
une ressource ; c’est le cas des comportements des émigrés
ruraux récemment urbanisés, vis-à-vis des quartiers qu’ils
habitent, notamment ceux qui représentent des valeurs
réelles de patrimoine (médinas anciennes par exemple).
- Certains problèmes sont simplement dus au manque
d'information, à l'absence de campagnes de
sensibilisation, suffisamment bien menées pour toucher
la majorité des citoyens, et pour convaincre de la
nécessité de modifier les comportements vis à vis des
ressources, des biens publics, du cadre bâti...
L'environnement est de ce fait à la fois un problème
d'éducation, de développement, de modèle de croissance et
d'information. Pour tous ces problèmes, la solution passe
par une réadaptation de la législation, par une
amélioration des méthodes et institutions de gestion,
c'est à dire par un effort d'assainissement de la
situation, écartant tout système de croissance
disproportionnée et inégale, souvent responsable de tensions
sociales mais aussi de dommages écologiques.
Dans le monde musulman, les spécificités relatives à la
problématique environnement / développement durable sont de
deux ordres :
- la religion musulmane aborde cette problématique dans ses
enseignements fondamentaux, que l’on peut considérer
précurseurs en la matière ;
- le monde musulman est formé en majorité de pays en
développement, à la recherche de voies originales mais
efficientes pour assurer un développement durable ; le fait
de s’inspirer des enseignements et recommandations des
textes saints présente une opportunité dans cette
perspective.
I. Les perspectives mondiales et les fondements islamiques
1- Les perspectives globales socio-économiques
Le troisième millénaire enregistre dès à présent de grandes
tendances :
- Le système socio-économique est menacé de graves
déséquilibres de la productivité et de la distribution des
richesses et services ; une bonne part de l’humanité vit
dans la pauvreté, la majorité des pays islamiques notamment
; à l’intérieur des pays, le fossé se creuse entre ceux qui
bénéficient de la croissance et ceux qui n’en bénéficient
pas. Ce fossé extrême en terme de bien–être, d’accès aux
ressources, de santé, menace la stabilité du milieu humain
et de l’environnement global.
- Les changements planétaires sont de plus en plus accélérés
; mais la technologie en pleine révolution, les choix
politiques générant des gains environnementaux et sociaux,
n’arrivent pas à combler le fossé que crée la croissance
démographique et la pauvreté, même si la révolution de la
communication et la libre circulation de l’information
semblent gommer les divisions du Monde.
Ainsi donc, le processus de globalisation, à la base d’une
évolution sociale manifeste, n’est toujours pas dirigé
contre les grands déséquilibres qui divisent le monde. Les
défis économiques, sociaux et environnementaux empêchent
d’envisager un futur durable pour la planète et la société
humaine.
Depuis 1950, l’économie mondiale a plus que quadruplé et
continue de croître, à un taux de 4% par an, malgré la crise
asiatique. La moyenne annuelle de revenu est supérieure à
5000 $ par habitant, soit 2,6 fois celle de 1950 ; mais plus
de 1300 Millions d’habitants vivent avec un revenu inférieur
à 1 $ / j (365 $/an) ; et les pays développés n’hébergent
que 1/5 de la population, alors qu’ils consomment 60 % de
l’énergie. Le quart de la population mondiale vit dans une
pauvreté sévère. Alors que la croissance annuelle du PIB a
été de 1,17 % entre 1975 et 1995, le taux africain était de
– 0,2 % celui de la région est-asiatique de 3 % et celui des
pays de la Péninsule arabique a chuté (-2,9 %, soit un PIB
per capita, passé de 6500 $ en 1975 à 3800 en 1995).
Dans les pays du Nord, la consommation et les rejets sont
massifs et excessifs, causant des dommages à grande échelle,
alors que la pollution de proximité est de mieux en mieux
contrôlée. L’aspect environnement est mieux appréhendé, à
cause des progrès technologiques, des avancées en matière de
contrôle et de juridiction, mais encore plus à cause des
efforts des media et de la société civile, dénonçant les
projets pouvant générer des impacts négatifs pour
l’environnement et la santé. Il reste le problème des
impacts méconnus ou volontairement cachés au public et que
l’on ne découvre qu’après qu’ils aient provoqué des dommages
importants (exemple des aliments de bétail à base de
produits animaux).
Dans les pays en développement, la pauvreté et la croissance
démographique conduisent à une dégradation de plus en plus
importante des ressources naturelles. Les alternatives à
cette sur-utilisation sont faibles. En effet 1/3 de la
population mondiale vit directement des ressources
naturelles ; la dégradation de celles – ci réduit le niveau
de vie de ces populations et les perspectives de leur
développement. Dans ces pays, l’urbanisation non contrôlée
et l’industrialisation génèrent de hauts niveaux de
pollution, affectant l’environnement immédiat et le cadre de
vie des populations et par là, leur santé. L’état de
pauvreté ne permet pas de pallier aux nuisances de ce cadre
de vie défectueux, ce qui affecte d’autant la santé.
Les perspectives futures sont loin d’être tranquillisantes.
Le PIB mondial continuant de croître, les besoins
alimentaires, la consommation d’eau et d’énergie aussi, les
inégalités n’en seront que plus importantes, la faim, les
maladies et la mortalité qui s’en suivent, se renforçant
même dans certaines régions du Monde. Le stress
environnemental sera pourtant plus important, dû au
changement global, ou à la pollution de l’environnement
immédiat. Mais l’impact sera de toutes façons plus sérieux
pour les pays pauvres et pour les populations vulnérables.
Pourtant, des interventions politiques volontaires peuvent
corriger ces tendances, en influant sur les choix de
consommation, sur les modèles de développement. Des valeurs
humaines plus en relation avec l’Ethique universelle, et
auxquelles l’islam recommande de se rattacher, peuvent
permettre de réguler les comportements individuels, comme
les choix de société, aboutissant ainsi à une correction des
tendances évolutives actuelles.
Les forces orientant l’évolution environnementale sont les
suivantes :
a- Démographie
La croissance démographique signifie :
- un besoin en ressources supplémentaires, pour répondre aux
besoins essentiels des populations,
- des efforts supplémentaires pour absorber les déchets
produits en plus.
La baisse de la mortalité depuis le début du siècle répond à
une certaine amélioration de l’environnement sanitaire. Mais
d’autres indicateurs permettent de différencier les pays
avancés et les pays en développement (mortalité infantile,
mortalité à l’accouchement, cas de diarrhées infantiles
etc.). La chute de fertilité est corrélée avec les progrès
dans les revenus et l’amélioration de la santé. Or, ces
progrès ne peuvent être garantis sans croissance économique,
sans amélioration du système éducatif et du système de
couverture sociale.
Parmi les changements démographiques fondamentaux, il faut
citer l’urbanisation ; le nombre d’urbains est passé de 750
M en 1950 à plus de 2500 M aujourd’hui et il prévu 500 M en
plus en 2025. 90 % de cette croissance sont réalisés en pays
en développement, avec tout ce qui s’ensuit comme problèmes
environnementaux et sanitaires.
b- Economie
Les pays en développement sont dans une courbe croissante de
production (fertilisation de l’agriculture,
industrialisation, construction de métropoles urbaines, de
réseaux de transport et de distribution) mais aussi de
pollution et, l’environnement est parfois considéré comme un
luxe. Par ailleurs, les transformations économiques et les
délocalisations, si elles favorisent la croissance,
augmentent aussi les nuisances dans les pays où les
investissements en industries polluantes sont réalisés.
L’innovation technologique, due à l’augmentation du nombre
d’ingénieurs et de scientifiques et aux progrès de la
communication au sein de la communauté scientifique améliore
l’efficience du processus de production, de l’énergie et des
matériaux. Le recyclage est de plus en plus utilisé. Des
substitutions de produits amènent un développement, sans
augmentation des matériaux nécessaires. Mais parmi les pays
en développement, seuls certains pays asiatiques sont
efficients en terme d’énergie et de contrôle de la
pollution.
Dans le domaine des transports, la mobilité et les loisirs
ont imposé de profonds changements, avec notamment
l’augmentation du nombre de véhicules (passage de 40 M à 680
M de 1945 à 2000). Le transport consomme le 1/4 de l’énergie
et la 1/2 du pétrole produit. Ce secteur contribue donc
fortement à la pollution atmosphérique. Les améliorations
techniques permettant les réductions de consommation à
l’unité sont dépassées par la croissance du nombre de
véhicules. L’effet sur la santé, ajouté à celui des
accidents corporels représente un coût élevé pour la
société.
c- Politique
Sous la Colonisation, que la majorité des pays en
développement ont connue, comme après la décolonisation,
l’objectif économique a primé sur l’objectif social ou
environnemental. Aujourd’hui, la libéralisation est un
processus généralisé, dans lequel le coût environnemental
est souvent exclu de la décision. Avec la globalisation, les
gouvernements, censés être les protecteurs des biens
publics, sont de plus en plus déchargés de ce pouvoir et
sont entrain de perdre de cette influence, au bénéfice de
multi-nationales qui ont le profit immédiat comme premier
objectif.
Heureusement, des organisations multiples accordent à la
dimension sociale et environnementale une valeur
supplémentaire ou la placent même comme priorité. Un certain
équilibre est en voie d’établissement. Il reste dans les
pays en développement à mettre en place une coordination et
des structures de gouvernance et de contrôle, à même de
protéger les biens publics et le bien–être des populations.
Pour atteindre ce but, des financements doivent être mis en
place. C’est ce qu’ont pu assurer les pays développés, grâce
au transfert de 20 à 45 % du PIB, aux gouvernements sous
forme de taxes, prévues pour améliorer la qualité de la vie.
La globalisation comporte des dimensions environnementales
importantes, le trou d’ozone, le changement climatique,
l’extension de polluants et d’organismes agressifs… La
croissance des investissements privés étrangers directs (25
000 M $), au détriment de l’aide au développement (< 50 000
M $) explique le recul de la capacité du secteur étatique à
fournir des biens publics et des offres de prise en charge
de l’environnement. Or, ces investissements directs issus de
corporations globalisant la technologie, ne couvrent pas les
coûts environnementaux et de santé.
Les coûts environnementaux et les frais de protection sont
donc de plus en plus envisagés comme des barrières à la
liberté des échanges, alors que le défi est de mener la
libéralisation en concomitance avec une réelle amélioration
du bien–être et de la qualité de la vie.
La dette accumulée par les pays du S vient pour compliquer
la situation. La détérioration des termes de l’échange rend
plus difficile le remboursement et les politiques
d’ajustement structurel, en réduisant les dépenses
gouvernementales, ramènent l’environnement à des niveaux
très bas de priorité.
Parmi les choix politiques, on peut aussi prendre en
considération celui pour la paix, devenue condition première
pour la stabilité environnementale et le bien–être des
populations. En plus des pertes brutales en vies humaines,
la guerre et l’insécurité occasionnent une chute des
systèmes de production, affectent l’environnement, par des
pollutions accidentelles majeures et des phénomènes de
surexploitation de ressources et la santé, par l’utilisation
d’armements aux effets encore inconnus.
d- Valeurs et styles de vie
Les modes de consommation et les styles de vie ont tendance
à s’homogénéiser, au détriment des cultures locales. Ces
nouvelles habitudes produisent un excès de déchets, tout en
augmentant le besoin en ressources (eau, énergie). La
rationalisation de la consommation, mais surtout la
renaissance de cultures locales fondées sur une éthique de
consommation et de respect de l’environnement et de l’homme,
constituent un objectif nécessaire. La référence à la
culture islamique peut représenter une chance à saisir pour
toutes les communautés musulmanes.
e- Lois, Institutions et outils économiques
- Le concept de développement des années 50 – 60 était basé
sur l’idée que la richesse améliorerait forcément le bien –
être. Depuis, le développement humain est devenu au centre
du développement, avec la mise en place de critères
mesurables, comme l’espérance de vie, l’analphabétisme, le
PIB per capita. Depuis 1992, le développement est conçu
comme un processus complexe impliquant des aspects
d’environnement et de culture sociale.
- Des outils de mesure globaux, intégrant des indicateurs
environnementaux, économiques sanitaires et sociaux sont
proposés pour l’évaluation des nouveaux produits mis sur le
marché et les comparer avec les produits habituels.
- Information et conscientisation des consommateurs pour des
produits et services plus durables, en les informant sur le
coût environnemental et sanitaire (prix spéciaux pour
produits écologiques).
La régulation est l’instrument clé de la politique
environnementale. Depuis 1990, l’approche devient intégrée,
avec spécification de normes et standards. Mais cet effort
sous–entend un suivi et des inspections, en plus d’agences
de contrainte, ce qui signifie des dépenses en fort
accroissement. Dans les pays en développement, les lois
adéquates sont proposées en retard, et surtout non mises en
application. Les capacités de régulation sont limitées. Dans
les pays du N, la politique environnementale est de plus en
plus intégrée dans la sphère du développement durable,
notamment avec l’implication forte de la société civile.
Les lois et institutions environnementales ont été fortement
développées durant les 30 dernières années dans la plupart
des pays. Les politiques de gouvernance et de contrôle, par
une régulation directe représentent l’instrument le plus
adéquat. Mais l’efficience de ces politiques dépend des
méthodes de mise en place, du niveau de coordination
institutionnelle et du degré d’intégration politique. Car,
souvent ces politiques sont organisées sur un plan
sectoriel, même si la planification des projets et les
études d’impact sont devenues, partout la règle.
De nombreuses régions ont vu leurs institutions renforcées.
Mais d’autres sont en voie de dérégulation, avec tendance à
utiliser plus, les instruments économiques, et à donner plus
d’importance aux initiatives privées. Cette tendance est
renforcée par le constat de la complexité de la régulation,
des coûts élevés du contrôle.
Les accords multilatéraux créent des instruments forts pour
faire face aux problèmes environnementaux. C’est le cas des
accords au sujet de l’eau, dans le cadre des grands bassins.
C’est aussi le cas des conventions universelles, sur le
changement climatique, la biodiversité.
2- Mondialisation et identité islamique
La mondialisation s’impose à tous. Aussi faut-il en
identifier les aspects positifs et en tirer profit au
service du développement humain. C’est pourquoi il convient
d’adopter une approche permettant d’en prendre le contrôle,
afin de participer pleinement à l’édification de la
civilisation humaine, tout en puisant dans l’authenticité et
l’identité islamiques.
Cela suppose la capacité de notre système économique, social
et politique, d’être compétitif, grâce à un effort continu
en vue du développement et de la modernisation de
l’économie, de la société et de la culture.
Or, selon l’étude sur la "Mondialisation et la vie
culturelle dans le Monde islamique" du Dr A. D. Altwijri
(2001), seulement 15 % de la population mondiale produit
l’essentiel des inventions technologiques modernes. Le reste
de la population, dont celle du monde musulman, se répartit
entre une fraction, capable d’accéder à ces technologies et
une part qui n’y a aucun accès.
La moitié de la population mondiale vit une situation
économique et sociale précaire :
-une croissance démographique excessive : 90 % de la
croissance mondiale a lieu dans des pays en développement,
dont les pays islamiques ;
-un tiers de la population est en dessous du seuil de
pauvreté ;
-La mortalité infantile et la malnutrition concerne un grand
nombre de PED ;
-Les effets des guerres et de l’insécurité, notamment les
violences et déplacements de population ;
-L’engagement politique des PED dans les programmes
d’ajustement structurel, délaissant ainsi l’objectif de
l’équité sociale.
Seules des réformes allant dans le sens de la réalisation de
l’essor des sociétés islamiques peuvent permettre de
dépasser l’état de sous – développement et d’accéder au
progrès.
Cela suppose de "mettre en marche l’action islamique à tous
les niveaux, afin de renforcer la solidarité islamique et
d’en faire le pivot de la coopération entre les membres de
la communauté islamique, dans tous les domaines, l’objectif
ultime étant d’asseoir un développement global, de rehausser
le niveau de vie au moyen de la lutte contre les injustices,
la pauvreté, l’ignorance et les maladies et de faire régner
l’esprit civique"*.
En ce début de millénaire, un nouvel ordre mondial prend
place, dans lequel l’élément prédominant va être la
globalisation des phénomènes et leurs inter-connections.
Ce nouvel ordre de globalisation n’échappe pas à la menace
des effets possibles du système en place et de ses tendances
évolutives, sur la vie de l’homme, notamment avec la
persistance de la pauvreté, de la famine, de
l’analphabétisme. Cette sensation de menace s’accompagne de
plus en plus de la conscience de l’interdépendance entre
développement économique, social, gestion des ressources et
protection de l’environnement.
En fait, cette prise de conscience doit s’accompagner d’une
réelle compréhension de ces inter-relations entre la
connaissance scientifique, l’action environnementale, et le
bien – être de la population.
De la situation actuelle de globalisation et d’inter-relations
complexes, une nouvelle vision émerge. L’homme devient au
centre de la politique mondiale, l’objet fondamental de la
recherche et le centre d’intérêt des décideurs. Ce qui se
rapporte aux problèmes purement matériels est de plus en
plus envisagé à travers ses impacts et effets sur l’homme.
Le système actuel base son discours sur ces principes, même
si dans les faits, ce discours est loin de constituer un
principe universel, applicable à tous ; dans les faits, une
cassure nord-sud s’étend et s’exagère, compliquée par des
déséquilibres sociaux manifestes. Mais si l’on se réfère au
patrimoine islamique, on découvre que ce principe de fonder
toute la dynamique évolutive sur l’Homme, son action et son
intelligence, représente un fondement premier de la pensée
musulmane.
3-Les fondements islamiques
Les enseignements de la religion islamique ont très tôt
considéré les problématiques complexes du développement et
de l’action menée par l’homme dans cette perspective.
En effet, les principes de la religion musulmane sont fondés
sur une vision globale et profonde, celle que l’homme doit
interférer avec son environnement, dans le sens où ce
dernier est une richesse publique, à protéger pour la
durabilité du Monde et de l’être humain sur terre. Cet
environnement n’est pas uniquement conçu dans sa dimension
spatiale ; il est aussi perçu dans sa dimension temporelle,
puisque l’homme est prié d’analyser la conception de
l’Univers, et de remonter le temps pour comprendre sa
genèse.
L’homme doit mener sa courte vie, dans une symbiose avec les
écosystèmes, conçus comme représentant une ressource
inégalable pour l’homme et profiter des ressources, en
réfléchissant à la diversité et à la complexité des
créatures, base même de la foi en Dieu et en sa puissance
créatrice.
La région islamique a mis en place les bases d’un système
juste et équilibré. L’homme se doit selon les textes sacrés,
d’organiser sa vie sociale sur les fondements de la morale
coranique et notamment : "ordonner le convenable et réprimer
le blâmable". L’effort collectif est le moyen d’atteindre
ce but, par l’entr’aide, pour le bien de tous.
L’Univers a été créé par Dieu, au service des humains, mais
dans une optique de respect de la vie, de l’homme et de tous
les êtres vivants. Dieu a honoré l’homme en lui octroyant
cette faculté de créativité, de construction et
d’innovation, afin de s’adapter aux problèmes qu’il
rencontre (contraintes de la nature), tous en ayant une
vision lointaine de planification de l’avenir.
Le musulman croyant est conscient qu’il fait partie du
groupe et que son destin est lié à celui de ce groupe. La
responsabilité est donc collective, car chacun doit chercher
à s’améliorer et à œuvrer avec les autres pour orienter
l’action dans le bons sens.
Dans cette perspective, il est recommandé de réfléchir et
d’utiliser sa raison, pour faire évoluer son environnement
social et naturel.
Dieu a tout créé dans ce Monde selon des normes bien
précises. Ces standards voulus, sont seuls capables
d’assurer à ces ressources à la fois la durabilité et le bon
fonctionnement, pour que chaque élément joue son rôle plein
et entier, avec une infinie précision. Tout ce qui vit entre
dans le cadre d’un cycle déterminé par le Créateur, pour un
rôle que seul Dieu connaît – mais que nous somme priés de
chercher à comprendre – et qui en constitue la fonction, car
nulle créature n’est superflue, même pas celles qui nous
paraissent nuisibles à première vue.
C’est pourquoi toute perturbation dans ces systèmes si
parfaits, introduite par l’homme, a des impacts sur la
totalité des écosystèmes, à travers des interactions souvent
inattendues. Ces impacts ont des effets sur l’environnement,
sur les ressources exploitées par l’homme, sur son cadre de
vie, mais aussi plus directement sur son bien-être.
La religion islamique intègre donc dans ses principes,
énoncés dans le Livre sacré et dans la Sunna, le devoir de
l’homme de protéger l’environnement, de gérer au mieux les
ressources, de perturber le moins possible les écosystèmes
et à travers cela, de se protéger soi-même contre tout
effet, direct ou indirect, lié à ces perturbations
introduites par lui, afin de vivre dans un cadre adéquat et
sain.
C’est pourquoi aussi, dans la pratique quotidienne, la
religion musulmane insiste sur l’hygiène, la propreté
corporelle, de l’habit et du lieu ou cadre de vie.
L’ablution, directement liée à la prière, l’un des cinq
piliers de l’Islam, réalisée plusieurs fois par jours, avec
de l’eau propre, a plusieurs significations.
- Elle suppose d’abord l’accès à une eau de bonne qualité,
non souillée, provenant d’un environnement sain. Cette
pureté nécessaire de l’eau d’ablution signifie donc
l’interdiction des rejets directs d’eau souillée ou de
détritus solides, dans l’eau, ou dans l’amont immédiat
alimentant cette eau courante ou de nappe phréatique. La
pollution générée par l’homme et ses activités est donc
visée, que le rejet soit individuel ou groupé (égouts
urbains). L’épuration des rejets liquides et le contrôle des
décharges est donc obligatoire, si l’on veut garder à l’eau
d’ablution sa qualité de pureté.
- Elle signifie par ailleurs, en raison de sa répétition
quotidienne, une hygiène corporelle et une propreté de
l’habit, fondamentales pour prévenir les infections, dans un
environnement où l’homme est forcément agressé par
différents types d’organismes et vecteurs nuisibles pour la
santé.
La prière n’est valable que dans des lieux propres, ce qui a
la signification d’assainissement de l’entourage, en
empêchant l’accumulation de déchets, c’est à dire
l’acquisition d’un comportement citoyen et respectueux.
Mais plus globalement, on trouve parmi les principes
fondamentaux que la religion musulmane inculque à ses
adeptes, celui de la primauté de la prévention sur la
correction. Ce principe signifie que tout musulman est tenu
d’œuvrer à protéger son environnement contre toute
agression, susceptible d’effets négatifs, qu’ils s’agisse
d’impacts directs ou indirects. L’étude d’impact sur
l’environnement et la société, découle de ce principe.
L’autre principe à retenir est que tout ce qui a un effet
nuisible doit être considéré comme lui-même nuisible et donc
interdit.
La morale islamique, dans ses principes fondamentaux, comme
dans les pratiques qu’elle inculque, insiste donc fortement
sur les liens et interrelations qui les unissent.
II. Environnement et développement durable, Les principes
généraux
La prise en compte de la dimension Environnement –
Développement durable date des années 1970, avec :
* La conférence de Stockholm de 1972.
* Le rapport Bruntdland: rapport de la commission mondiale
sur l’environnement et le développement, publié sous le
titre "Notre avenir à tous". Il a introduit la notion de
développement durable.
* L’Agenda 21: plan d’action pour le 21ème siècle adopté à
la Conférence de Rio en 1992 et destiné à mettre en place
le concept de développement durable.
* la Conférence mondiale pour la Science de 1999.
Ces étapes montrent que les préoccupations d’environnement
et de développement durable sont liées. Les principes et
processus de planification émanant de l’Agenda 21 montrent
une remarquable intégration.
1- Les modèles de croissance, l’environnement et le
développement durable
Le Monde connaît des problèmes environnementaux qui
représentent des menaces croissantes, dues à la
surpopulation, à la sur-expansion de l’industrialisation, à
la fois dans les pays développés ou en développement. Ces
problèmes environnementaux affectent le milieu, la
disponibilité des ressources, la santé humaine, du fait de
la pollution, des changements dans les écosystèmes, de
l’extension du trou d’ozone.
Le besoin en conscientisation et en information est connu de
la communauté internationale, depuis la conférence de
Stockholm de 1972. De nombreuses initiatives ont suivi et
confirmé ce constat, avec l’appui de nombreuses
organisations et agences. En 1999, la Conférence mondiale
pour la Science a déclaré la nécessité d’un pacte entre
Science et Société en vue d’un futur durable et sain.
La première exigence formulée vise la prévention de
l’exposition humaine à tout risque environnemental ou
hygiénique, grâce à un changement fondamental de
comportement environnemental. La seconde exigence, à mener
en parallèle, consiste dans une implication plus directe des
décideurs à ce sujet.
Ainsi, une nouvelle vision comportant la sensibilisation, la
formation de capacités, la durabilité de l’action, doit
prendre racine dans l’esprit des décideurs et politiciens
qui doivent être capables, à la fois de prévenir les impacts
négatifs de leurs choix et de réagir positivement pour
corriger les effets imprévus ou incontrôlables.
De plus en plus, l’état de notre environnement est déterminé
par les activités économiques et les installations humaines.
L’impact est devenu tellement profond, qu’il est en passe de
transformer la chimie de l’atmosphère et par là, la
dynamique météorologique suscitant ainsi un changement
global dont les répercussions sont parfois inattendues.
Quant à la qualité des milieux, à la diversité des
écosystèmes, l’artificialisation est déjà fortement avancée,
avec sans doute de nombreuses dégradations mais aussi des
améliorations certaines touchant la qualité de la vie.
Il est clair que le modèle de croissance actuel, de par le
monde, ne mène pas vers le développement durable.
Globalement les équilibres macro-écologiques sont rompus et
peu d’efforts, peu de volonté sont déployés pour y remédier,
même si le discours semble l’exprimer. Même là où la
réussite économique est réelle, les impacts sociaux et
écologiques sont importants à des échelles diverses (Masood,
1998). Là où la réussite économique est moins réelle, les
problèmes sont accrus et notamment les risques d’implosion
sociale et les risques de santé ou de catastrophes
écologiques irréparables.
Le développement des pays du Nord comme du Sud génère des
nuisances portant préjudice aux pays eux - mêmes et plus
globalement au milieu marin et à l’atmosphère terrestre. Les
perspectives de développement et les stratégies sectorielles
ont un impact fondamental sur l'environnement et
conditionnent la disponibilité future des ressources et la
qualité de la vie. C'est pourquoi les choix de développement
doivent être soucieux de la composante écologique, à
concevoir de plus en plus comme base de développement,
soutien du développement et non plus comme entrave au
développement.
Si on replace les perspectives de l’environnement dans un
cadre global, celui des pays industrialisés et des pays en
développement, on remarque une nette opposition :
- d’un côté des pays industrialisés, équipés, où les
problèmes d’environnement sont l’expression de cet état
avancé de l’économie, avec en particulier des taux élevés
d’émissions gazeuses, affectant la totalité de la planète,
une dégradation de l’atmosphère dans les agglomérations
urbaines, en liaison avec le développement industriel et la
primauté des transports individuels, une artificialisation
extrême de l’espace, des nuisances diverses liées à
l’extension des villes et une marginalisation de l’espace
rural, transformé avant tout en espace de loisirs; ces pays
ont ainsi une production massive de polluants qui ont un
impact global sur le système terrestre; par contre, à
l’échelle locale, la maîtrise du milieu est beaucoup plus
avancée, et l’environnement beaucoup plus sain, du moins en
apparence (hygiène du milieu aquatique, efforts de salubrité
des villes); mais il persiste de nombreuses inconnues et de
nombreuses informations cachées (ex des maladies
pernicieuses de l’environnement ou du mal développement,
nouveaux problèmes de santé liés à des choix technologiques
dictés par le productivisme, dans le domaine de
l’alimentation entre autres…) ;
- de l’autre côté des pays en développement
sous-industrialisés, sous-équipés, où les problèmes
d’environnement sont d’une part, liés à la pauvreté et au
besoin et se concrétisent par un sur-prélèvement de
ressources, générateur de dégradation des terres, d’autre
part des problèmes dûs au dérèglement des systèmes de
production, de consommation et de gestion de l’espace, en
l’absence d’un équipement satisfaisant et d’institutions de
gestion efficaces ; ces pays ont une production mineure de
nuisances à l’échelle globale et n’influencent que très
secondairement les systèmes planétaires ; mais le cadre de
vie est insalubre et inadéquat ; la pollution est
directement visible et a un impact immédiat sur la santé
(exemple des maladies hydriques).
Dans le cadre de ces pays en développement, aux moyens
limités et en l’absence de moyens matériels suffisants, le
développement durable signifie donc,
– d’abord la nécessité d’avantager la ressource humaine,
l’ingéniosité, comme élément moteur de la conception à
l’application des solutions, plutôt que la technologie mal
maîtrisée ;
– ensuite, l’avantage donné aux recettes alternatives
proposant des solutions au moindre coût, plutôt que des
projets lourds en financement.
Le développement économique et l'amélioration du niveau de
vie sont des conditions nécessaires pour garantir une
protection efficace de l'environnement. C'est pourquoi la
perspective d'ouverture sur le monde, porteuse d'espoir de
développement, doit être saisie comme une chance pour
l'environnement.
Car, sans ressources financières supplémentaires, les pays
du S ne peuvent placer l’environnement au premier plan de
leurs préoccupations et sans appui technologique, et sans
soutien au transfert avec maîtrise de cette technologie,
l’écologie ne pourra être que négligée.
La coopération internationale et régionale est donc
indispensable pour assurer la sauvegarde des écosystèmes,
ainsi que pour l'instauration ou le maintien de conditions
de salubrité du milieu et de qualité de la vie
satisfaisante.
Les conventions internationales en matière d'environnement
délimitent les responsabilités partagées en terme de
transformation des systèmes climatiques globaux, de
dégradation de la diversité biologique, de désertification.
Les pays du sud ont fait le choix d'adhérer à ces
conventions pour montrer leur bonne volonté à collaborer en
vue de minimiser les processus globaux de dégradation. Ils
attendent en retour un soutien technologique, financier pour
l'application de pratiques énergétiques et industrielles
moins polluantes.
Le monde actuel connaît deux tendances opposées, la liberté
des échanges des biens et services et la globalisation d’une
part, la montée des particularismes culturels et l’appel à
la sauvegarde de l’environnement et du patrimoine, pris dans
son sens le plus large, d’autre part. Par ailleurs, la
fracture entre un monde développé et riche et tout un
ensemble de régions et de couches sociales marginalisées et
appauvries rend illusoire l’accomplissement d’un
développement réel, tant que perdurent les conditions
actuelles en terme de système économique, de choix
fondamentaux, de comportement et d’état d’esprit.
Cela mène à se poser la question : le système économique
mondial actuel, fondé sur la liberté des échanges, la
réduction de barrières face à la circulation des biens et
services, la sur-puissance des multinationales et la
globalisation, en même temps qu’il laisse planer des
craintes pour les économies locales des pays du Sud, qu’il
génère des situations sociales de marginalisation, ne
représente-t-il pas en outre un système aux coûts et impacts
environnementaux et culturels démesurés ?
Même dans les pays du Nord, la conscience est générale que
la mondialisation, malgré la croissance économique générée,
comporte toute une série de coûts sociaux et
environnementaux. Mais, on se rabat toujours sur l’assurance
que les bénéfices escomptés dépassent les impacts négatifs ;
par exemple, certains théoriciens économistes avancent
qu’une partie des gains tirés de l’expansion économique
suffira pour rabaisser le taux de pollution. Ceci est vrai
déjà pour les nuisances de proximité, générées par les
villes et les industries (pollution des grands cours d’eau
d’Europe par exemple), mais néglige les accidents inattendus
et surtout on ne tient pas compte de la pollution globale
(émissions dans l’atmosphère) qui continue de menacer les
grands équilibres du globe.
Pour les pays du Sud, la globalisation pose des problèmes
autrement plus ardus. Le souhait de profiter de
l’investissement étranger est en concurrence avec la crainte
de l’impact économique sur les petites entreprises locales.
En même temps, les modèles de croissance véhiculés ne sont
nullement en faveur du règlement du problème du chômage. La
globalisation est aussi perçue comme ayant des impacts
culturels, puisqu’il s’agit aussi d’un marché libre d’idées
; enfin, elle a un coût environnemental sérieux :
- d’abord du fait que les multinationales, dans leur désir
d’accroître leur profit, chercheront à s’implanter avant
tout là où les normes d’environnement sont les moins
contraignantes – au même titre qu’elles préfèrent les plus
faibles exigences salariales ;
- par ailleurs, les pays récepteurs d’investissements, ne
peuvent plus les canaliser vers les secteurs dont ils ont
besoin ou les dévier des secteurs qu’ils jugent nuisibles
pour leur environnement ;
- ensuite du fait que certaines règles de l’OMC sont en
conflit avec la politique de santé et avec les conventions
des Nations Unies sur l’environnement ; ainsi, il est devenu
impossible d’empêcher l’introduction sur le marché national
d’un produit jugé nuisible (exemple des produits
génétiquement modifiés, produits par les USA, dès lors
qu’ils ont été certifiés sains par les services de contrôle
du pays exportateur) ; d’un autre côté, la convention sur la
biodiversité stipule que les pays ont la possibilité de
réguler l’accès à leurs ressources génétiques, par exemple
en leur donnant le droit de valoriser leurs produits
naturels – médicaments et cosmétiques entre autres – et de
profiter équitablement de leur transformation, alors que les
règles de l’OMC ne reconnaissent pas la contribution des
guérisseurs locaux dans la recherche des produits et la
proposition de recettes pharmaceutiques.
La richesse actuelle du monde n’a pas de précédent, puisque
le PIB mondial s’est multiplié par 7 en 20 ans, le revenu
per capita par 3 et la consommation de biens et services par
2. Mais les inégalités se sont creusées, entre pays, entre
régions dans un même pays et entre classes sociales, de
telle sorte que les disparités sont devenues réellement
inhumaines. Ainsi les ruraux qui représentent les 2/3 de la
population mondiale ne profitent que d’1/4 des services
offerts. Ces disparités ont d’ailleurs tendance à s’accuser
et l’état de pauvreté touche maintenant 90 % de la
population mondiale (Spire, 1999).
Le développement prôné aujourd’hui - avec des
multinationales bénéficiaires et envahissantes, des états
qui se débarrassent à la fois de leur patrimoine économique
(souvent le plus profitable) et de leurs responsabilités
sociales, des inégalités qui aboutissent à un état de
coupure réel - ne peut contribuer au développement
véritable, mais juste à des situations de croissance, à
faible création d’emploi, à mauvaise distribution des
revenus et à faible participation des plus démunis à la
démocratie effective ; il conduit enfin à la négation des
identités et à la viabilité non assurée du fait de la
dilapidation des ressources.
La recherche des seuls équilibres macro-économiques a eu des
effets économiques et sociaux très lourds. Ainsi, dans
beaucoup de campagnes l’arrêt des subventions aux intrants a
relevé le coût de production et bloqué l’amélioration des
techniques, alors que le maintien de prix de vente trop bas
a aussi empêché le réinvestissement. Le développement rural
s’en est ressenti, d’autant plus que les villes ont une
préférence pour les produits importés (farines de luxe,
fruits secs …). Le développement globalisant marginalise
donc les économies locales (Griffon, 1999).
L’espoir provient d’une prise de conscience que l’accent a
été mis sur le quantitatif aux dépens de la qualité. D’où
l’apparition de nouveaux critères pour juger du
développement d’un pays, en mesurant les performances en
terme de qualité de vie. Les inégalités sociales, pourtant
faussement justifiées dans de nombreux cas par l’exigence
d’efficience, sont de moins en moins acceptées, alors que le
développement est de plus en plus perçu comme un processus
global, intégrant l’économique, le social et l’écologique et
mettant la personne humaine au premier plan.
Ainsi le développement durable réel comporte toute une série
de principes :
- d’abord il a une finalité sociale, ce qui suppose une
conception culturelle dont le fondement est le partage des
richesses et des droits ;
- c’est un processus écologiquement prudent, pour éviter
tous les dommages que l’homme peut maîtriser, tout en étant
d’une réelle efficacité économique ;
- c’est un processus qui s’assure des bases issues du
patrimoine culturel local ;
- c’est enfin un développement équilibré sur le plan spatial
et qui répond équitablement aux besoins des différents
territoires du pays.
Cette conception suppose l’ingéniosité et l’innovation (Brodhag,
1999) ; ainsi, il ne suffit pas de critiquer les options
économiques productives de dommages écologiques ; il faut
prospecter les situations positives pour les deux objectifs,
comme les gains économiques et écologiques que l’on peut
retirer du recyclage des déchets ou de la recherche
énergétique alternative, capable de réduire à la fois le
prix de revient de l’énergie et les émissions de gaz
polluants (Griffon, 1999).
Actuellement, sur le plan des relations de l’économique et
du social, deux situations prédominent de par le monde :
- celle où le marasme économique entraîne une dégradation
sociale et environnementale prononcée ; c’est le cas de
nombreux pays en développement ;
- celle où les choix de croissance économique ne génèrent
pas de développement social parfait et où l’environnement ne
progresse que par certaines de ses facettes.
Par contre une réelle tendance positive sur tous les plans
est rarement enregistrée. Or, la seule croissance que l’on
peut qualifier de développement est celle qui enregistre des
progrès sur les trois tableaux, c’est à dire une croissance
économique et un développement à la fois social et durable.
Pour atteindre ces buts, il faut agir sur le plan
institutionnel, par le maintien d’un rôle fort de l’Etat,
dans le domaine de la régulation du marché, par l’extension
de l’exercice des droits politiques et économiques à tous
les citoyens, le droit à une vie digne, par l’insertion
productive et la promotion de l’homme, et par le
renforcement de la capacité des populations à prendre en
charge des décisions relatives à leur territoire (Morata,
1999). La gestion de l’environnement ne peut se résoudre par
une politique libérale sauvage, non accompagnée d’une
intervention importante de l’Etat et des Collectivités
locales, mais par des incitations, des investissements
publics dans le cadre notamment de la lutte contre la
pauvreté et le besoin, en vue d’un développement social
réel, une juridiction adaptée, une éducation, une
information plus ambitieuse visant la dissémination
d’habitudes de production et de consommation raisonnables.
La perspective d’ouverture ne doit nullement signifier
l’uniformisation. La société des pays du Sud se doit
d’encourager les modes de vie et de gestion de l’espace,
porteurs d’une charge culturelle et d’une diversité car ces
modes impliquent des pratiques de protection et
d’aménagement adéquat des ressources du terroir, des
ressources auxquelles ces populations s’identifient et
qu’elles s’approprient.
2- Environnement, Activités économiques et options de
développement
2-1- L’Industrie
L’industrie est l’exemple même d’activité en forte
compétition avec la salubrité de l’environnement. Mais cette
inadéquation peut s’estomper à la mesure des progrès
technologiques et des avancées dans la normalisation. De ce
point de vue, l’opposition entre pays du N et du S est
manifeste. Dans les pays du Nord, l’industrie traditionnelle
a fortement décliné, au profit des technologies de pointe.
La réduction des pollutions de proximité s’en est suivie
avec une réelle amélioration de la qualité de la vie. Par
contre, la responsabilité de ces pays dans le changement
global, dû aux émissions de gaz à effet de serre, est
évidente. Par ailleurs on ne peut exclure la possibilité de
risques inattendus qui peuvent générer des catastrophes
(exemple des accidents nucléaires) ; on ignore aussi parfois
certains risques sanitaires, liés à l’utilisation de
biotechnologies, en l’absence du respect du principe de
précaution. Sur le plan spatial, l’industrie lourde reste
fortement dépendante des transports maritimes ce qui
explique sa concentration sur le littoral, à l’origine de
conflits entre activités, notamment avec le tourisme
balnéaire.
Les pays du S connaissent un important développement
industriel qui profite des investissements étrangers, dans
le cadre global de la délocalisation, prônée par les
Multinationales. Ce transfert de branches industrielles vers
les pays du S, s’opère plus facilement du fait du caractère
moins contraignant des régulations et donc de la possibilité
pour les investisseurs d’obtenir un prix de revient plus bas
des produits manufacturés, grâce à l’utilisation de
technologies moins sophistiquées et donc moins coûteuses.
Mais, dans les pays d’accueil, la non-maîtrise technologique
et l’encadrement moins suffisant font craindre le risque
d’accidents exagérés, plus difficiles à contenir. Enfin, le
processus de littoralisation est encore plus affirmé que
dans les pays du Nord. Sur les deux plans quantitatif et
qualitatif, les rejets sont donc fortement dommageables pour
l’environnement et risquent d’interdire d’autres activités
sur les mêmes espaces.
Le souhait des pays du S de profiter d’investissements
productifs est donc en contradiction avec le souci de
préservation de l’environnement et des équilibres sur le
plan spatial. Ainsi, dans beaucoup de pays, les lois
fondamentales sur l’Environnement tardent à être
promulguées, car une normalisation plus restrictive est
perçue par certains investisseurs comme une entrave au
développement.
Il y a pourtant des chances importantes que les pays du Sud
se doivent de saisir, dans le cadre de la globalisation :
- d’abord le caractère d’industries d’exportation, impose de
plus en plus à certaines branches délocalisées, des normes
et des régulations qui soient conformes à celles des pays
importateurs, soucieux de ne recevoir que des produits de
qualité ; il faut néanmoins ajouter que ce sont la Société
Civile et les médias des pays du Nord qui jouent un rôle
fondamental dans la promotion de la qualité et dans la
recommandation d’un traitement égal ;
- ensuite, pour adopter les principes et recommandations des
conventions des Nations Unies sur les grands équilibres de
la Planète, les pays du S monnaient leur disponibilité à
participer à l’effort général, en exigeant des soutiens
matériels, une coopération plus soutenue et des transferts
de technologie sophistiquée, notamment dans des domaines où
la technologie traditionnelle induit une pollution excessive
(domaine de l’énergie, de la combustion etc.).
2- 2- L’agriculture, la pêche et les nouvelles technologies
La croissance, dans plusieurs domaines, celui de
l’agriculture notamment consiste dans la réalisation de
gains de productivité (intensification, baisse des coûts de
revient, diminution de la pénibilité du travail) grâce à la
combinaison d’une exploitation efficace des ressources, et
d’innovations technologiques soutenues. Pourtant des risques
existent, en terme de renouvellement des ressources, mais
aussi de maîtrise des technologies. Ces risques sont classés
en risques de santé, d’environnement ou de qualité de la
vie.
Le système économique actuel s’est accommodé en partie des
phénomènes de dégradation, tant que ceux-ci n’atteignaient
pas des seuils critiques. Puis différents événements ont été
à l’origine de la remise en cause de cette situation. Ainsi
dans l’halieutique, on a toujours distingué les modèles de
l’optimum biologique et de l’optimum économique, jusqu’au
moment où des espèces ont déserté certains espaces de pêche.
Les conventions des Nations Unies (changements climatiques,
désertification, biodiversité) viennent en réponse à des
problèmes réels, liés à des modèles de développement non
adéquats.
La référence au développement durable est ainsi devenue
constante, mais avec des interprétations très nuancées en ce
qui concerne les ressources agraires. La position des "
productivistes " est que le capital naturel de l’agriculture
peut être remplacé grâce au progrès technique; pour les
teneurs de la durabilité, la gestion doit être
conservatrice, dès le moment où on a des doutes sur la
fragilité de la ressource ; enfin, des "écologistes" plus
extrémistes parlent d’une approche de prudence ou de
précaution, signifiant ainsi leur volonté de ne pas prendre
de risque, en exploitant certaines ressources ou en
appliquant des techniques jugées encore à l’état
expérimental...
La notion de viabilité est appliquée aux systèmes agricoles
(Griffon, 1999) : elle signifie la capacité qu’ont les
écosystèmes de se renouveler et de continuer à fonctionner,
sans dégradation ; cela suppose une bonne gestion des flux -
d’eau, de minéraux, de crédits - et des stocks (taux de
matière organique, réserve en eau du sol…). Elle signifie
aussi une capacité de résistance du système aux chocs,
exemple d’une phase de stress hydrique. Elle signifie enfin
l’absence d’effets externes négatifs, comme une pollution
hors-site, dommageable pour d’autres ressources ou d’autres
milieux. Dans les trois ordres d’idées, la viabilité a une
acception avant tout économique. C’est la menace qui plane
sur la ressource ou sur la poursuite de l’activité.
La garantie de viabilité des systèmes d’exploitation suppose
une gestion intégrée des divers constituants de ces
systèmes. Ainsi, la terre agricole est source de production
alimentaire, énergétique (bois de feu), textile (coton,
laine …). Mais elle est aussi la source de plusieurs impacts
externes, puisque les pratiques agricoles (effet sur
l’érosion des sols) et les produits phyto-sanitaires (effet
de pollution) influencent l’environnement et le cadre de vie
en aval. Les choix actuels, s’ils sont abusifs, peuvent
interdire une utilisation future.
Certains des impacts externes de la même activité sont par
contre bénéfiques, en sus de la production. On peut citer la
valorisation du terroir local, grâce à l’entretien des
aménagements (entretien des équipements hydro-agricoles ou
de conservation des eaux et des sols) ; à la conservation de
cultures et de savoir-faire ; à la mise sur le marché de
produits "labellisés" ; à la limitation de l’exode rural…
C’est pourquoi, l’activité agricole doit être estimée en
fonction de ses effets environnementaux. Les critères de
bénéfices écologiques sont positifs et méritent d’être
encouragés : bénéfices escomptés pour la faune, pour la
qualité de l’eau, pour la réduction de l’érosion éolienne,
etc.
La comparaison des deux pays du Nord et du Sud, est
édifiante en ce qui concerne le binôme agriculture /
environnement. Dans les pays du Nord, l’évolution agricole
se base sur l’intégration amont – aval, de la production des
intrants à la commercialisation des aliments et sur la
reconversion des espaces marginaux à faible productivité,
vers de nouvelles activités. L’agriculture ne représente
plus qu’une partie de toute une chaîne productive et de
services.
Dans les pays du Sud, la surface agricole continue de
s’étendre aux dépens de la forêt et des parcours steppiques,
alors que la pression sur la terre s’exagère, avec tous les
risques de dégradation que cela induit. Le dualisme de deux
secteurs agricoles (grande agriculture moderne et petite
agriculture traditionnelle) se creuse, avec une
marginalisation accentuée du deuxième secteur, alors qu’au
premier est liée toute une série de risques (sur-consommation
d’eau et pénurie ; pollution des sols et des nappes, liée à
l’utilisation non maîtrisée d’intrants, salinisation des
secteurs d’irrigation …).
Les options, en vue d’une gestion agricole plus équilibrée,
avec moins d’impacts négatifs, sont multiples :
- le principe de la différenciation spatiale des politiques
agricoles, c’est à dire une utilisation modulée des outils
dont peuvent disposer les responsables du secteur agricole -
les incitations, les allègements fiscaux, les subventions -
en fonction des vocations des terres, conduisant ainsi à une
meilleure distribution des spéculations agricoles selon les
potentiels des terrains et leurs contraintes ; ainsi les
facteurs de dégradation pourront-ils être minimisés,
d’autant plus que dans la mise en place des outils
d’incitation, on aura tenu compte de la contrainte fragilité
des terres ;
- le principe du ciblage des actions à entreprendre, en
fonction des objectifs à atteindre, en évitant le flou qui
consiste à poursuivre plusieurs buts à la fois, avec le
risque de n’en atteindre aucun, du fait de l’antinomie
possible entre certains de ces objectifs ; chacun des
objectifs spécifiques sous-entend le recours à une batterie
de techniques, la recherche pour l’adaptation de ces
techniques au contexte local et un effort réel en terme
d’innovation.
3- Les grands phénomènes environnementaux et leur impact sur
le développement
Les qualités physiques, chimiques et biologiques du milieu
peuvent être facilement objectivées et quantifiées. Une
difficulté surgit, qui tient au fait que la diversité des
modes de vie peut faire porter, sur elles, des jugements de
valeur différents, voire contradictoires.
1– Le changement climatique : A la fin du 20e s, les
émissions de CO2 sont plus de 4 fois celles de 1950.
L’évidence de l’influence humaine sur le climat est
démontrée par l’IPCC. Le résultat en est un réchauffement
global et une recrudescence des évènements extrêmes. Des
efforts sont déployés pour contrôler les émissions de GES.
Mais les conventions, protocoles et plans d’action, plus ou
moins mis en application, restent insuffisants pour
stabiliser l’évolution en cours, d’autant plus que les Etats
Unis d’Amérique ont refusé de ratifier le Protocole de
Kyoto.. Les pays en développement sont les plus vulnérables
; c’est là que des mesures d’adaptation doivent être
proposées.
2– L’altération de la couche d’ozone : Ce grave problème
environnemental est en voie de règlement. Depuis le
Protocole de Montréal, l’humanité a fortement réduit sa
consommation de CFCs. Le taux de substances responsables de
l’altération de la couche d’ozone, a effectivement commencé
à baisser. Mais on n’espère pas revenir à la situation de
1980 avant 2050, avec tous les problèmes qui s’en suivent
(maladies des yeux, de la peau et du système immunitaire).
3– L’accumulation d’azote : L’activité humaine perturbe le
cycle d’azote à travers la fertilisation accentuée de
l’agriculture, la combustion des fuels fossiles et
l’extension des cultures de plantes fixatrices d’azote
(légumes, légumineuses). L’accumulation de nitrates dans
l’eau, au delà des limites permises pour la santé et
l’eutrophisation des lacs et des côtes, avec l’apparition de
concentrations toxiques sont les conséquences majeures. La
combustion produit par ailleurs des oxydes d’azote,
dangereux pour la santé.
4– Les risques chimiques. Avec l’extension de l’usage de
produits chimiques divers, l’exposition aux pesticides,
métaux lourds, particules et autres substances, crée une
menace grandissante pour l’environnement. Des poisons
violents sont encore utilisés dans plusieurs régions du
Monde, malgré la conscience prouvée de leur danger. Pour
d’autres produits mis en circulation, l’effet est encore
inconnu ou non divulgué. Il faut par ailleurs évoquer le
transport et le dépôt de déchets dangereux, produits par les
pays du Nord et qu’on tend à conserver dans des pays en
développement, à normes non définies, avec tout ce que cela
signifie comme risques dans l’avenir.
5– Les catastrophes naturelles : C’est une cause de
destructions, de mortalité qui tend à prendre de plus en
plus d’importance, du fait d’une augmentation de fréquence
d’une part, de la densification humaine et de la
transgression des normes d’établissements humains (lieux de
construction) d’autre part. En tout cas, ce sont les
pauvres qui en souffrent le plus.
6– Les feux de forêts et de biomasse sont un important
facteur de dégradation des terres.
7– Le problème de la dégradation des terres et leur effet
alimentaire n’est perçu comme sérieux que là où la
production alimentaire ne peut plus subvenir aux besoins de
la population. La pression oblige à des comportements
inadéquats, exagérant la dégradation, mais approfondissant
aussi la pauvreté. En Afrique, 500 M ha ont été affectés par
la dégradation depuis 1950. Si le rythme de dégradation se
maintient, la production pourrait être réduite de moitié.
Les problèmes sont concentrés notamment en Afrique et en
Asie du SE et des problèmes de sous-nutrition peuvent
affecter jusqu’à 630 Mh dès 2010. Dès 2000, 64 pays
connaissent des moments de situations critiques et 38 parmi
eux ne subviennent même pas aux besoins de la 1/2 de leur
population.
8– Eau douce : La consommation d’eau a progressé de 6 fois
durant le 20e siècle, soit deux fois la croissance
démographique. 1/3 de la population vit dans une situation
de stress hydrique. La consommation est déjà supérieure de
10 % au volume d’eau renouvelable. Les problèmes les plus
ardus concernent l’Afrique, le Moyen orient et curieusement
des pays tropicaux comme l’Indonésie. En Afrique, 14 pays
sont en situation de stress ; en 2025 ils seront 25 pays.
C’est donc là un problème fondamental du développement
futur.
La pollution urbaine et industrielle complique cet état de
choses, puisque les rivières, à l’aval des villes peuvent
souvent ressembler à des canaux d’égouts. La charge en
matières solides est élevée elle aussi et avec elle le degré
de pollution biologique.
La sécurité hydrique devient ainsi un problème tout aussi
important que la sécurité alimentaire.
9– Milieu marin et côtier. Les zones côtières se dégradent
fortement du fait de l’urbanisation, du développement
industriel, du tourisme, de l’aquaculture et des rejets en
mer. Là se concentre le 1/3 de la population mondiale et une
majorité des activités humaines. Les problèmes s’exagèrent
du fait de cette concentration. On peut ainsi évoquer
l’impact de la pollution sur des organismes marins, menaçant
ainsi la santé des hommes qui les consomment. Le
sur-prélèvement de produits de pêche est un autre problème,
puisqu’il aboutit à la réduction des prises à longue
échéance ; or les produits de la mer constituent la base
alimentaire mondiale, ce qui aura pour effets, de gros
problèmes de sous-alimentation.
10– L’atmosphère : La pollution urbaine indique de très
grosses différences de tendance entre pays développés et
pays en développement. La pollution urbaine a pris une
dimension de crise dans les villes des PED, notamment en
Asie du Sud-Est, alors que de gros efforts ont été entrepris
pour rabattre cette pollution dans les pays du Nord. Mais ce
sont les perspectives de croissance qui inquiètent dans les
PED. La croissance urbaine et le développement industriel
menacent les villes d’une qualité atmosphérique très
dégradée. La demande en énergie va tripler dans le monde
d’ici 2050 et avec elle la pollution urbaine (menaces
sanitaires multiples) et l’émission de GES, responsable du
changement climatique. Les villes influencent leur espace
immédiat et même de larges espaces périphériques. Avec le
transport de polluants sur de grands distances, la
globalisation des phénomènes est réelle. Avec les défauts
d’infrastructure et les déficits juridiques et d’éducation,
les PED sont en passe de connaître de gros problèmes
environnementaux.
11- Aspects humains et démographiques.
La densité du peuplement, est un facteur fort controversé de
l’environnement physique de l’homme.
Une pathologie sociale se développe qui se manifeste par des
comportements sociaux, agressifs par exemple. Le concept
physique de densité s’exprime sous la forme d’un rapport du
nombre d’individus à l’unité de surface. L’expérience
psychologique du vécu se traduit alors par la notion
d’entassement. C’est la perception de l’aspect restrictif de
ces limites qui engendre l’état de surpeuplement qui peut
être en soi un facteur de stress susceptible d’affecter le
comportement humain.
Conclusion : Les perspectives pour les 21e siècle
Elles sont de 3 types :
- la poursuite des tendances anciennes, pour lesquelles les
réponses actuelles sont insuffisantes ou inappropriées ;
- des évolutions soudaines dans ces tendances, selon des
rythmes et des modes inattendus,
- des nouveaux évènements, non encore expérimentés.
Le plus grave sera la poursuite, sinon l’aggravation des
problèmes actuels n’ayant pas débouché sur des solutions
satisfaisantes, notamment le changement climatique, la
dégradation en quantité et en qualité de l’eau,
l’accentuation des nuisances liées à la concentration
humaine et des activités, les problèmes liés au déficit en
gouvernance et ceux liés aux changements dans les valeurs
socio – culturelles.
Les interventions sectorielles ont prouvé leur inefficience
à produire les effets désirés, du fait de la solution
apportée à un problème, pouvant en aggraver plusieurs
autres.
La connaissance et les bases technologiques pour résoudre de
nombreux problèmes existent. Si des politiques alternatives
sont immédiatement mises en places et poursuivies avec
rigueur, il est possible d’atteindre une situation de mieux
– être grâce à:
- des politiques mieux intégrées,
- des incitations mieux ciblées et la recherche de solutions
plus efficaces,
- une réforme des mécanismes institutionnels,
- des moyens financiers plus conséquents.
III. Analyse diagnostique environnementale et Perspectives
de développement durable dans le monde musulman : Etude
régionale
1- La région du Proche Orient et de la Péninsule arabique
Cette région est centrale dans le monde musulman, entre
l’Afrique et le Monde asiatique; elle s’étend sur 4 M km2,
en grande partie désertique, sauf sur ses bordures nord et
sud.
Cette région a connu des transformations économiques
rapides, une forte urbanisation, une industrialisation en
progrès et de gros changements en terme de style de vie ;
elle reçoit un flux d’émigrés d’autres régions musulmanes.
Le PIB de cette région s’élève à 275 milliards de $ en 1995
; mais avec de grosses inégalités (les pays du Golfe
possédant 85 % de ce produit, pour 30 % de la population de
la région). Ce phénomène est illustré par la valeur du PIB
per capita qui varie d’une moyenne de 670 $/an pour le
Machrek à 8500 $/an pour les pays du golfe. Pourtant, la
pression sur les ressources est partout forte et la
dégradation de l’environnement avancée, notamment sur les
ressources en eau. La population, en effet, augmente vite
puisqu’elle a été multipliée par 5 en 50 ans (elle est
passée de 20 Mh en 1980 à plus de 92 Mh aujourd’hui, à
raison d’un croit annuel de 3 %).
Cette population jeune est concentrée en ville (66% en
1995). Les problèmes de chômage et de pauvreté existent dans
tous les pays, mais concernent des taux variables. Les
conditions d’habitat se détériorent dans un certain nombre
de pays, alors que la pollution est généralisée.
La prise en compte du phénomène environnemental est récente
; le manque de cadres empêche la conception de solutions
intégrées ; mais des ONG sont sur le terrain.
1- Diagnostic
1-1- La région a connu l’introduction d’une agriculture
moderne, pour accroître la production alimentaire. Le recul
de la végétation, par effet de défrichement a fortement
réduit les terres de parcours et initié des processus de
dégradation. Les vents de sable et la désertification
s’accentuent et concernent le 1/3 de la surface. Par
ailleurs, l’irrigation mal contrôlée cause des problèmes de
salinisation des terres et des eaux. Malgré ces efforts,
l’agriculture est menacée par l’urbanisation et l’extension
des villes, ce qui accentue d’autant le déficit en terme de
production alimentaire et la forte dépendance vis à vis de
l’extérieur.
1-2- En ce qui concerne les ressources végétales et animales
(biodiversité), la région s’appauvrit fortement :
dégradation des mangroves du golfe, du fait de la pollution
et de l’urbanisation, besoins en bois dans la région Machrek,
excès de chasse et de prélèvements, destruction de la faune
côtière et marine en relation avec la pollution, elle-même
liée à l’insécurité (guerres du golfe) et des manœuvres
militaires.
1-3- L’eau est sans doute la denrée la plus précieuse de la
région car la plus limitée. En 1950, la région était
auto-suffisante. Depuis, et avec l’augmentation de la
pression et les problèmes politiques, de gros problèmes sont
enregistrés. Dans la région, l’eau renouvelable par habitant
et par an est de 1300 m3 en moyenne, mais cette valeur se
réduit à 200 m3 dans un pays comme le Bahrain. La situation
des eaux souterraines devient critique, d’autant plus que
les eaux de surface se raréfient. Dès 2005, la demande sera
supérieure à l’offre ; de nombreux canaux et de multiples
sources s’assèchent ou fournissent une eau de moindre
qualité. Les intrusions marines sont la règle dans la région
du golfe. Dans le Machrek, les cours d’eau sont pollués et
posent de gros problèmes sanitaires. Pour répondre au besoin
croissant, il a fallu utiliser des ressources en eau non
conventionnelles ; notamment épurer des eaux d’égouts pour
l’irrigation et dessaler l’eau de mer (50 usines
aujourd’hui, pour une production de 1700 Mm3/an). L’effet
environnemental du dessalement est en voie d’étude car on
suspecte des phénomènes de contamination indirecte, en plus
du coût économique très élevé. Malgré les efforts, les
possibilités de développement de l’eau par tête d’habitant
sont minimes. Dans la région, 8 pays disposent de < de 1000
m3/h/an et 4 pays de moins de 500. Des problèmes
environnementaux et sanitaires sérieux sont à prévoir pour
le futur.
1-4- Les ressources maritimes et littorales ont toujours
joué un rôle fondamental dans la région. Avec l’accentuation
de la production pétrolière et l’urbanisation, ces activités
connaissent le déséquilibre, accompagné de l’altération de
la côte et de la pollution de la mer. Les guerres ont un
effet dévastateur sur ce milieu. Dans le Machrek et au
Yémen, les effluents agricoles urbains et industriels sont
responsables de phénomènes d’eutrophisation. La mer rouge et
le golfe sont des espaces menacés dans leur biodiversité et
la qualité de leurs ressources.
1-5- En ce qui concerne l’atmosphère, la poussière était la
seule source de pollution jusque dans les années 50. Avec le
développement économique et pétrolier, certains pays sont
devenus de gros consommateurs d’énergie, du fait du nombre
de véhicules, de la croissance industrielle, de la forte
production et consommation d’électricité, des besoins en
ciment et des nouvelles habitudes de sur-consommation. Des
situations de pollution forte sont enregistrées dans
l’atmosphère urbaine lors des heures de pointe. Dans les
villes du Machrek, les niveaux de contamination de l’air
sont encore plus alarmants. Par ailleurs, la pollution par
le plomb est un problème majeur. Ajoutée à la chaleur et à
la stabilité atmosphérique, cette pollution engendre
l’apparition de polluants secondaires, tels l’ozone et les
sulfates, encore plus dangereux pour la santé. Les orages de
poussière amènent des particules qui exagèrent les problèmes
de pollution, vu le mélange avec les particules émises par
l’industrie. Dans celle – ci, des efforts sont pourtant
entrepris pour réduire la pollution (exemple de l’usine
d’aluminium de Bahraïn et de raffineries au Koweït, en
Arabie Saoudite et aux Emirats Arabes Unis).
1-6- Dans la région, les zones urbaines sont les plus
fortement menacées du fait de la concentration d’activités
polluantes. Mais de grosses différences sont enregistrées
entre Machrek et péninsule arabique. Dans le Machrek,
l’exode rural est important vers des villes anciennes ;
alors que dans le golfe, l’urbanisation date de 40 ans,
parallèlement avec la croissance du PIB et des revenus ;
C’est ce qui explique, dans ce cas, la mise en place
d’infrastructures modernes, d’un habitat nouveau et de
services d’éducation et de santé. Les problèmes
environnementaux s’expliquent dans plusieurs pays par la
sur-extension des villes principales, où sont concentrés les
investissements, les emplois et la pollution. Les règles
d’urbanisme strict ne sont observées que dans certains pays
du golfe ; ce qui n’empêche pas des cas de croissance
anarchique, notamment le développement de zones
résidentielles à proximité de zones industrielles à danger
potentiel et le développement de quartiers périphériques
dans des zones non équipées. Ces villes sont de grosse
productrices de déchets, notamment dans les pays où le
système de consommation occidental s’installe (750 kg de
déchets par an et par personne à Dubaï). Avec la chaleur et
la décomposition rapide, ces déchets représentent un risque
de santé élevé.
2- Réponses et Mesures
Depuis 20 ans, on estime que les pays de la région ont
adopté des politiques en vue de répondre aux problèmes
posés. Auparavant, les approches étaient sectorielles ;
depuis quelques années, de nombreuses régulations intégrées
ont été introduites, avec notamment l’instauration des
études d’impact. L’environnement devient peu à peu partie de
la planification.
Les questions clés posées pour la région sont :
- la production d’eau saine en quantité suffisante,
- l’aménagement adéquat des déchets,
- la qualité de l’air urbain,
- la protection des ressources et des habitats contre la
dégradation.
L’obstacle majeur que rencontrent ces politiques réside dans
le manque en ressources humaines ; alors que les ressources
matérielles sont disponibles, au moins dans les pays du
golfe.
2- 1- Les conventions multilatérales
Les pays de la région ont ratifié de nombreuses conventions
; mais l’observance des textes est limitée, car les
campagnes d’information restent rares et n’ont pas touché
les décideurs. Les instruments pour la mise en application
de ces conventions ne sont pas bien développés (subventions,
taxes différenciées, stratégies de prix). Le protocole de
Montréal est bien suivi grâce à la mise en place de lois
contraignantes. En ce qui concerne la convention sur la
biodiversité, des projets pilotes ont été initiés en vue de
la protection d’espèces et de sites particuliers. Pour la
Convention contre la désertification, des plans nationaux
sont en préparation, mais le respect des termes et des
recommandations n’est pas renforcé. Concernant les
changements climatiques, la responsabilité de la région est
limitée et l’emploi du gaz naturel pourrait réduire encore
plus les émissions de GES et la pollution.
D’un pays à l’autre la sensibilisation du public varie,
selon l’importance jouée par les médias, mais encore plus le
degré d’organisation des ONG.
2- 2- Les conventions régionales et les initiatives
nationales.
Les pays de la région ont adopté plusieurs accords
régionaux, pour la protection de l’environnement marin
contre la pollution, dans le golfe, dans la mer rouge et le
golfe d’Aden. En ce qui concerne ces accords régionaux, le
niveau de respect est plus élevé que celui qui concerne les
conventions internationales. De nombreuses institutions ont
été mises en place à l’échelle arabe, comme le Jcedar et
Cedare, en plus du travail fourni par les bureaux régionaux
des organismes internationaux, comme l’UNEP. Pourtant, ces
plans régionaux sont beaucoup plus des listes d’actions
désirables que de véritables stratégies fondées et dont la
faisabilité est assurée. Cela s’explique par le fait que
l’information disponible est souvent limitée, parfois
douteuse, que les estimations de coûts sont très imprécises,
que les actions ne sont pas planifiées dans le temps et les
responsabilités non partagées. De gros efforts restent donc
à faire, nécessitant l’identification et le classement par
priorités des questions clés et la planification dans le
temps de leur réalisation.
2- 3- Les lois environnementales
Elles ont été réformées dans de nombreux pays et sont
souvent récentes. Il y a pourtant une faible capacité
institutionnelle et humaine et un besoin réel de
rationaliser les normes et standards.
2- 4- Les instruments économiques
Ces instruments sont rarement appliqués. En majorité, on
continue à s’appuyer beaucoup plus sur la réglementation et
la régulation que sur le marché. Le principe du pollueur –
payeur est appliqué ; par exemple la pollution de l’air est
taxée ; les structures de prix sont appliquées pour les
ressources rares, comme l’eau. Les pratiques de subventions
étatiques sont abandonnées progressivement et la tendance à
la libéralisation effective. Mais le domaine public reste
dominant et il n’existe pas encore d’indicateurs sur la
façon avec laquelle la politique va s’attaquer aux problèmes
du secteur privé.
2- 5- Les nouvelles technologies dans le secteur industriel.
Dans les pays du golfe, l’industrie se modernise très
rapidement, aussi bien dans le domaine de la pétrochimie que
dans les autres secteurs d’activités. L’abondance du capital
permet de financer une production propre et le contrôle de
la pollution ; La haute technologie est le domaine
d’investissement prioritaire. On essaie à la fois dans les
nouveaux projets de sauvegarder les ressources, minimiser
les déchets et veiller à recycler les produits.
Dans les pays d’économie moins développée, on en est encore
aux technologies utilisatrices de main d’œuvre et lourdement
polluantes. Les infrastructures sont défaillantes et les
moyens de contrôle de la pollution inexistants.
2- Les pays musulmans d’Afrique
1- Diagnostic
L’Afrique a une grande richesse en ressources naturelles,
malheureusement non exploitées avec efficience, ce qui ne
reflète pas cette richesse en terme de bien-être des
populations, et ceci pour des raisons socio-économiques et
historiques.
La région est diversifiée puisqu’elle part de milieux
méditerranéens au N, à des milieux désertiques, pour aller
jusqu’aux forêts tropicales et équatoriales.
Les événements qui ont déterminé le développement politique,
socio-économique et environnemental, durant le 19e – 20e s
sont à relier à la colonisation, lorsque s’est fait le
partage du continent entre puissances coloniales. Au 20e s,
ces autorités coloniales ont importé en Afrique des
politiques et des modèles qui ont négligé les impacts des
choix sur l’environnement, les populations pauvres et leur
bien-être. A la décolonisation, les pays Africains ont
hérité et maintenu des économies centralisées, des
institutions bâties sur le modèle sectoriel et des
politiques focalisées sur la croissance, avec
l’encouragement des agences internationales. Ce qui, avec la
croissance démographique rapide a mené à des effets
environnementaux globaux, ayant des répercussions sur la
qualité de la vie des populations.
Dans beaucoup de pays, l’environnement est menacé de manière
croissante, du fait de pressions liées à l’extension
démographique, urbaine et industrielle. Mais d’autres
problèmes s’expliquent par les troubles civils et les
guerres. Aussi, aujourd’hui, le problème majeur de ces pays
est devenu la lutte contre la pauvreté. Celle-ci est à la
fois cause et conséquence de la dégradation
environnementale, et menace de ce fait le développement
durable.
La croissance démographique au 20e siècle constitue
l’élément majeur d’évolution. Dans la première moitié, les
taux élevés de fécondité étaient annulés par les taux de
mortalité, en relation avec les mauvaises conditions
sanitaires, les maladies infectieuses, les guerres civiles
et le combat anti-colonial. A partir 1950, les taux de
mortalité ont commencé à diminuer, en relation avec
l’amélioration des conditions sanitaires et le développement
économique. Une croissance démographique rapide s’en est
suivie.
Malgré cela, de nombreux pays sont encore sous-peuplés. La
densité est souvent inférieure à la moyenne mondiale et
encore plus aux chiffres asiatiques. Les taux de fécondité
ont entamé leur baisse dans plusieurs pays (6,5 en 1975, 5,3
en 1995). Sur le plan de la mortalité, les épidémies ont un
impact important sur la population.
La pauvreté, les comportements de prélèvements excessifs sur
les ressources et la dégradation de l’environnement sont
liés. Dans certains pays sub-sahariens, 40 % de la
population vit en dessous du niveau de pauvreté. Cette
pauvreté est estimée en progrès dans de nombreux pays. Les
indicateurs de développement humains sont au plus bas.
Pourtant, depuis la moitié des années 90, certains signes de
relance économique apparaissent. Le taux de croissance a été
supérieur à 3 % pour la majorité des pays. Les réformes
économiques ont été lancées, avec notamment les programmes
d’ajustement structurel et le processus de libéralisation.
Mais cette relance s’est souvent faite aux dépens de
l’environnement et de la Société. Le fardeau de la dette est
une contrainte majeure. La part de l’Afrique dans le
commerce mondiale est faible, à cause de la concurrence des
autres régions en développement.
Les problèmes de sécurité jouent un rôle principal pour
garantir un développement socio-économique et une
répartition équitable des revenus. Il existe aujourd’hui des
signes certains de retour à la paix et des progrès vers une
meilleure gouvernance. Mais très récemment, de véritables
massacres ont été enregistrés, avec leurs conséquences
environnementales durables.
a- Problèmes alimentaires :
La terre constitue une base de survie en Afrique.
L’agriculture a une contribution importante du BIP de 20 à
60 % et emploie un contingent important de ruraux. La
dégradation des terres est un problème sérieux qui menace
l’économie des pays (érosion, déclin de fertilité,
salinisation, pollution chimique des eaux et
désertification). La disponibilité des eaux et des aliments
est affectée (diminution des rendements) ; la malnutrition
en est la conséquence directe. Les sécheresse fréquentes
(Sahel, Maghreb) aggravent cette problématique de production
alimentaire. L’excès de charge animale est aussi responsable
de la dégradation des terres.
La combinaison du croît démographique, des méthodes
agricoles inappropriées (comme la suppression de la jachère
en milieu tropical), des sécheresses récurrentes et de la
dégradation des terres aboutit à créer des problèmes
alimentaires dont l’effet sur la santé est de plus en plus
réel (malnutritions, famines, épidémies). La dépendance
alimentaire vis-à-vis de l’importation est de plus en plus
grande, avec tout ce que cela comporte comme charge pour
l’économie. Les projections indiquent que la région ne
pourra plus être auto suffisante et qu’en 2025 elle ne
pourra pas nourrir plus de 40 % de sa population.
b- Forêts et biodiversité :
La forêt joue un rôle principal dans l’économie de plusieurs
pays d’Afrique occidentale et centrale. La demande en bois
de feu et en bois d’œuvre augmente rapidement et avec elle
la pression sur les forêts qui se dégradent fortement (une
moyenne de 90 % des la population dépend de la forêt pour
ses besoins énergétiques) ; L’héritage floral et faunistique
est très varié, mais il s’appauvrit rapidement pour
plusieurs raisons. L’une des plus importantes réside dans
l’usage de pesticides qui appauvrit l’avifaune, mais affecte
aussi la santé humaine.
c- L’eau douce :
Globalement, l’Afrique n’utilise que 4 % des ressources en
eau renouvelables qu’elle possède. Pourtant, la
problématique de l’eau est en train de devenir pressante,
avec des cas multiples de déficit. Les volumes d’eau des
grandes rivières et des lacs est énorme, mais il existe de
grandes disparités en terme de disponibilité et de
distribution. Par ailleurs, les formes d’exploitation, les
infrastructures mises en place et les institutions en charge
du secteur de l’eau sont souvent inadaptées.
Le volume de précipitations varie fortement d’une zone à
l’autre au sein de la sous – région islamique du continent
africain. Les volumes les plus importants sont enregistrés
dans la zone équatoriale (Cameroun, Gabon, Sud Soudan). La
zone méditerranéenne ne reçoit des pluies importantes que
dans sa partie nord, notamment en montagne. Du S de l’Atlas
et jusqu’à la zone sahélienne, les apports d’eau sont
négligeables.
Les ressources en eau souterraines jouent un rôle crucial,
notamment en saison sèche (Lybie par exemple).
La demande en eau augmente rapidement, en relation avec la
croissance démographique et le développement économique. La
plupart des pays vont avoir à faire face à des problèmes de
stress ou même de rareté. Cette rareté risque de toucher 16
% de la population africaine en 2025, alors que les
problèmes de stress concernent le 1/3 de la population.
Le problème est plus épineux pour les pays partageant une
même ressource, un bassin versant hydrographique, par
exemple (le Nil, le Niger).
La pêche en eau douce est une source alimentaire principale
dans beaucoup de pays africains. Mais la construction de
barrages et la contamination des eaux par de multiples
polluants réduit le nombre d’espèces et menace les
possibilités d’exploitation des produits de la pêche.
Les autres menaces sur les ressources en eau sont la
pollution, l’eutrophisation et l’invasion par des plantes
aquatiques nuisibles. Les déchets industriels sont déversés
sans traitement.
Les pays africains paient un coût élevé pour la
disponibilité de l’eau. La pollution vient compliquer le
problème. L’effort nécessaire pour se procurer de l’eau
saine est donc de plus en plus élevé (recherche lointaine
d’eau, par des communautés humaines appauvries, notamment
des femmes et des enfants). Le manque d’eau saine s’exagère
avec l’urbanisation et l’industrialisation, en raison du
déficit en régulations. Ce sont en fait les populations
rurales, dans les pays pauvres qui souffrent le plus de
cette situation.
d- Les milieux littoraux et maritimes :
Ce sont des milieux qui contribuent fortement au
développement, à travers la pêche et le tourisme. Ces
activités sont aujourd’hui menacées par la dégradation des
côtes, la pollution de la mer et la surexploitation des
ressources (déclin des captures, problèmes d’assainissement
des zones touristiques). La compétition entre activités est
à l’origine de ces problèmes (concentration sur la côte des
grandes villes, des industries polluantes, des ports, de la
pêche et du tourisme balnéaire). La pollution de ces aires
de concentration atteint des niveaux élevés qu’il est
difficile de corriger dans l’état actuel des choses ; Des
substances dangereuses sont directement rejetées en mer. En
plus des phénomènes de dégradation de la biodiversité
(mangroves, habitats précieux des zones humides), les
problèmes sanitaires directs (eaux de baignade) et indirects
(contamination des ressources halieutiques) deviennent très
graves.
e- Atmosphère :
La pollution atmosphérique est devenue inquiétante dans les
villes, depuis seulement quelques décennies. Sa gravité est
encore ignorée du fait de la rareté des mesures et
observations. En plus des émissions classiques industrielles
et de transport, l’Afrique connaît l’effet des incendies de
brousse. L’utilisation d’essence à plomb pose un problème
majeur, d’autant plus que les véhicules sont vétustes et en
mauvais état.
Cette pollution s’exagère dans les villes les plus grandes
et les plus industrialisées. S’y ajoute la pollution interne
des logements, du fait de l’usage de charbon de bois qui
cause de nombreux accident sanitaires. La charge éolienne en
poussière exagère la pollution atmosphérique, notamment dans
les pays du pourtour saharien.
La vulnérabilité au changement climatique est maximale,
notamment aux évènements extrêmes (crues) qui causent de
gros problèmes aux établissements humains et exagèrent les
phénomènes d’extension des épidémies, du fait de
l’élargissement des milieux humides infestés.
f- Les espaces urbains :
Au début du 20e s, la majorité de la population vivait en
zone rurale. Dans les années 60, l’Afrique était encore le
continent le moins urbanisé. Depuis, la progression des
villes est fulgurante.
Les taux d’urbanisation sont devenus les plus élevés du
Monde (4 % et plus). En Afrique du N, plus de la _ de la
population vit en ville. En Afrique de l’W et du Centre, les
taux tournent encore autour de 30 – 37 %. L’Afrique
orientale est la moins urbanisée.
L’extension des villes, notamment des grandes cités, est
manifeste (Lagos, Le Caire, Casablanca). Ces populations
urbaines ont une pression forte sur l’environnement et
consomment beaucoup plus que les ruraux (eau, bois, produits
agricoles et l’élevage). En même temps elles rejettent de
grosses quantités de déchets et d’eaux usées (Lagos rejette
en 1990, 3,7 Mt de déchets et _ million de déchets
industriels). L’absence de décharges contrôlées et de
dispositifs d’assainissement et d’épuration explique les
problèmes sanitaires, avec même des cas d’épidémies graves
(choléra, dysenteries). Les difficultés de drainage des eaux
rejetées accentue l’extension du paludisme, qui tue plus de
1,5 M de personnes en Afrique, par an. Les taux d’habitants
qui ont accès à l’assainissement ne dépasse pas 65 %.
2- Mesures et Réponses :
Dans les sociétés africaines traditionnelles, d’avant la
colonisation européenne, l’aménagement des ressources
naturelles relevait de la responsabilité commune.
L’adaptation aux conditions environnementales se faisait
progressivement, même si des crises provoquaient famines,
épidémies et des pics de mortalité.
Avec la colonisation, des frontières ont été mises en place
qui ont divisé des peuples et des groupes culturels. De
nouveaux systèmes législatifs ont été imposés et ont
remplacé les coutumes et leur approche de conservation. Les
communautés perdirent leur accès à des ressources et à des
espaces riches occupés par les autorités coloniales.
Avec la décolonisation, ce système bureaucratique et
centralisé de gestion des ressources a été perpétué. Ce
n’est qu’à la fin du 20e siècle que des réformes ont
commencé à être apportées à la politique environnementale,
dans certains pays, avec à nouveau l’idée de redonner le
pouvoir de participation et d’initiative aux communautés de
base.
La tendance était devenue de centrer la vision sur la
croissance par l’exportation de produits naturels. Mais la
fragilité de ce système s’est confirmée avec la
détérioration progressive des termes de l’échange.
Dans les années 70, et à la conférence de Stockholm,
notamment, les pays en développement ont considéré
l’environnement comme étant une affaire du Nord et que les
mesures environnementales pourraient limiter leur
développement. Pourtant des agences d’environnement ont été
créées, des lois ont été adoptées et des bureaux
d’environnement greffés sur les départements ministériels.
Des stratégies nouvelles de développement et de protection
ont été mises en place. Mais les moyens et l’autorité ont
manqué pour imposer cette nouvelle vision. La première
conférence des Ministres de l’environnement a été organisée
au Caire en 1985. Petit à petit, la pauvreté a été reconnue
comme facteur principal des problèmes d’environnement dans
la région. L’action, après le sommet de Rio n’est pourtant
pas allée forcément dans les sens du soutien au
développement, en vue de l’éradication de la pauvreté. Les
termes de l’Agenda 21 ont été suivis dans de nombreux pays
pour réformer leur politique environnementale et leur
planification d’action.
La conclusion que certains pays africains en ont tirée est
que la croissance équitable et le développement durable
doivent combiner un croît économique rapide et une
amélioration des conditions de vie en plus de la garantie de
gérer les ressources de manière durable, pour les
générations actuelle et futures. La globalité de cette
vision s’explique par la liaison objective entre ses
différentes composantes.
a- Les conventions multilatérales :
A la suite de Rio, et dans un contexte d’enthousiasme, les
pays africains mirent en place des programmes pour
l’application des principales conventions. Les réformes des
lois furent entamées. Mais l’application reste le problème
de fond.
L’Afrique, dont la contribution aux émissions de GES est
limitée à 3,5 %, mais dont la vulnérabilité est grande
(relèvement du littoral, désertification, accentuation des
problèmes sanitaires) s’investit largement dans la
convention sur les changements climatiques et dans les
projets de maîtrise de l’énergie notamment.
La Convention
de Bâle sur le contrôle des mouvements transfrontaliers des
déchets dangereux est d’une grande importance pour l’Afrique
qui risquait de se transformer en décharge pour les produits
non désirés par les pays du Nord. La Convention a conduit à
la création d’un Comité d’éveil concernant les pays
d’Afrique occidentale et centrale, comportant des
représentations diplomatiques dans les pays d’Europe, afin
que ces derniers, en coordination avec les ONG et les
institutions de coopération fournissent des informations sur
le mouvement des déchets dangereux.
De nombreux pays africains ont ratifié le Protocole de
Montréal et les standards qui en découlent, en vue de
réduire le trou d’ozone.
b- Les conventions régionales :
De multiples conventions régionales et sub-régionales ont
été signées par les Ministres de l’environnement africains.
Mais de multiples contraintes empêchent le fonctionnement
efficace et l’application adéquate des résolutions,
notamment des contraintes financières et l’échec de ces
conventions à refléter correctement les priorités dégagées à
l’échelle nationale.
c- Lois et Institutions :
Plusieurs pays ont incorporé le droit environnemental et les
responsabilités des citoyens dans leurs constitutions ;
l’environnement sain est aussi déclaré comme un droit des
peuples dans les résolutions des organisations régionales,
comme l’OUA. Des codes environnementaux et des régulations
ont été introduites. Mais souvent, a subsisté le caractère
fragmentaire des responsabilités. C’est pourquoi des pays
sont entrain de revoir leur cadre légal, dans le but de
consolider et de renforcer leurs lois environnementales,
avec en priorité l’idée de mettre à jour la législation en
fonction de l’avancement de la connaissance scientifique et
de mettre en plus des systèmes d’observance pour le respect
des obligations.
L’agenda 21 comporte des recommandations pour l’intégration
des études d’impact dans les projets et programmes
économiques et sectoriels. Des lois et des procédures ont
été mises en place à cet effet ; pourtant, ces dispositifs
ne peuvent pas seuls garantir un développement durable et un
environnement sain. Il est nécessaire que ces dispositifs
soient une part intégrale des décisions dans les domaines
clés que sont le suivi des impacts environnementaux des
politiques économiques, celui des impacts économiques des
mesures environnementales et enfin celui de la traduction
sociale des politiques économiques et environnementales.
L’intégration de ces trois dimensions est obligatoire pour
un réel développement durable, même si la poursuite de ces
trois objectifs comporte d’énormes difficultés. Car cette
intégration offrira aux décideurs la possibilité de faire
des choix raisonnés.
d- Les instruments économiques :
Confrontés au défi d’accélérer la croissance économique et
de réduire la pauvreté, les pays africains sont tentés par
des politiques de croissance à court terme, comportant des
coûts reportés sur l’avenir (coûts économiques, et
écologiques). Mais il est reconnu que la dégradation
environnementale est une cause principale de la situation
sociale, mais aussi une conséquence. Les coûts de toute
négligence environnementale sont donc substantiels,
notamment pour les dégradations irréversibles (exemple de la
pollution des eaux phréatiques, de l’extinction de certaines
espèces).
C’est pourquoi le choix est de plus en plus de mêler les
mesures de régulation et les instruments économiques pour
accélérer la transition vers la durabilité.
e- Industries et nouvelles technologies :
Des centres nationaux pour une production propre ont été mis
en place dans quelques pays, mais plus généralement,
l’industrie est peu soucieuse des bénéfices potentiels de
l’utilisation de procédés et de techniques propres. Au
contraire, les pays essaient d’attirer le maximum
d’investissement en réduisant au minimum leurs restrictions.
f- Le financement de l’action environnementale :
L’agenda 21 reconnaît que les pays en développement,
notamment les pays les moins avancés ont besoin de fonds de
soutien pour mettre en place des politiques de développement
durable. Mais l’aide au développement connaît depuis 1990 un
déclin réel.
Par contre le flux de capitaux privés a beaucoup augmenté en
direction des pays en développement. Le poids de la dette a
néanmoins un effet négatif.
g- Information et éducation :
De multiples programmes de sensibilisation et d’éducation
sont lancés à travers la région. L’éducation
environnementale est incluse dans les programmes scolaires
dans la majorité des pays. La sensibilisation informelle par
les ONG progresse très rapidement, même si ces projets
dépendent pour beaucoup du soutien financier gouvernemental.
h- Politique sociale :
Il n’en reste pas moins que l’éradication de la pauvreté
reste l’objectif prioritaire, avec comme composantes
l’amélioration des revenus, du niveau d’éducation et des
conditions de vie des populations. L’équité est une
dimension fondamentale à relier avec l’environnement et le
développement. Jusqu’à présent, trop peu de programmes
bénéficient à la grosse majorité de la population.
3- Les pays islamiques d’Asie du SE
Les transformations économiques et politiques ont été
importantes au 20e s, mais ont été très différentes d’un
pays à l’autre. Cette région se caractérise par sa
diversité, en terme d’évolution récente, malgré la proximité
géographique et l’histoire coloniale quasi-générale. Les
pays les plus développés dans la région ont à la fois
intensifié les systèmes agricoles et mis en place une
industrialisation orientée vers l’exportation. Malgré cela,
la qualité de la vie reste caractérisée par l’importance de
la pauvreté. L’accès à l’eau saine reste déficient ; la
moyenne de consommation alimentaire reste en moyenne en deçà
des normes; les taux d’alphabétisme sont assez bas,
notamment chez les femmes.
L’industrialisation et le développement agricole ont prélevé
un fort tribut sur les conditions environnementales. La
dégradation de celles-ci s’expliquait auparavant par les
faibles moyens d’exploitation d’une part et l’extension des
prélèvements coloniaux d’autre part. Ce n’est que dans les
années 80 que le développement du SE asiatique s’est
renforcé. Il est encore plus tardif pour les pays musulmans
du sub-continent indien, alors que l’Afghanistan reste à la
traîne. Les pays les plus développés du SE asiatique ont par
ailleurs fortement enregistré la crise asiatique récente.
La croissance économique a été accompagnée par une certaine
amélioration en terme de niveau de vie, de santé,
d’éducation, d’espérance de vie, de mortalité infantile même
si de grosses disparités existent entre pays. Pourtant ces
avantages n’ont pas concerné toutes les couches de la
société dans le SE asiatique ; 39 % de la population est en
dessous du seuil de pauvreté. L’exode rural a accentué ces
problèmes, du fait de la très forte densité humaine (au
Bengladesh, 922 h/km_ en 1995). Aujourd’hui le taux de
croissance démographique a baissé ; il de 1,9 % au Pakistan
et au Bengladesh et de 1,7 % dans le SE asiatique. La forte
densité humaine, en plus de la croissance économique
explique la dégradation du milieu et la forte pollution. Le
coût économique de la dégradation environnementale varie de
1 à 9 % du BNP. Les catastrophes naturelles exagèrent ces
problèmes.
Les experts ne sont pas d’accord sur les causes de la
dégradation de l’environnement en Asie du SE. Certains
l’expliquent par la pression démographique, mais celle-ci
n’est pas générale. D’autres la relient à la croissance
économique alors qu’une augmentation des revenus devrait
inciter à améliorer la qualité de l’environnement.
La région est en voie d’intégration à l’économie mondiale.
La globalisation donne accès à l’information, aux
technologies. Les marchés sont susceptibles de réagir plus
rapidement aux changements de politiques fiscales ou
monétaires.
La tendance est à plus de croissance, plus
d’industrialisation et à plus de dommages environnementaux.
Le style d’urbanisation à mégacités va exacerber les
problèmes environnementaux et sociaux.
1- Diagnostic
a- Terre et Aliments :
Tous les pays islamiques d’Asie basaient leur économie sur
l’agriculture traditionnelle de subsistance. La croissance
démographique a entraîné le besoin d’intensification.
L’espace cultivé a été multiplié par 2 ; les spéculations
ont changé (cultures commerciales) et la jachère abandonnée
(Malaisie, Indonésie).
Le déficit en terre agricole a été corrigé par
l’intensification de la production (variétés à fort
rendement, irrigation, usage de fertilisants). De 1980 à
1990, la production alimentaire de l’Asie du SE a augmenté à
une vitesse plus rapide que n’importe où dans le Monde. Mais
cette croissance a atteint ses limites, du fait des
possibilités en eau, de la salinisation des terres et de la
conscience des problèmes de pollution qu’une telle
croissance peut générer. La région va donc devoir importer
des céréales pour répondre aux besoins de sa population.
b- Forêts et Biodiversité :
Les forêts primaires de la région ont été profondément
transformées, du fait de la surexploitation et du
défrichement. Les pays de la région possèdent une faune
particulière (indo-malaisienne) ; ils sont par ailleurs
bordés par la chaîne de montagne la plus élevée de la
planète, l’Himalaya et par de larges espaces littoraux
coralliens. L’Indonésie et la Malaisie possèdent une très
large diversité biologique. Cette diversité a été fortement
exploitée et indique des signes forts de dégradation.
c- Eau douce :
L’exploitation des différentes ressources hydriques a
beaucoup augmenté en Asie du S et du SE. L’extension des
périmètres irrigués, puis la croissance urbaine et
l’industrialisation sont à l’origine de cela. Le cycle
hydrique est perturbé dans de nombreuses régions. Le
développement de programmes hydro-électriques et la
déforestation ont réduit le débit des cours d’eau et asséché
certaines zones humides. L’exploitation des nappes
souterraines est allée dans le même sens.
La qualité de l’eau s’est fortement dégradée, réduisant
d’autant les volumes d’eau saine disponible. Le volume per
capita a ainsi baissé de 10 000 à 4 200 m3 (10 000 dans le
SE asiatique et seulement 2 845 dans les pays de la
Péninsule indienne). A l’intérieur d’une même région, les
variations spatiales sont très importantes : 172 m3/h/an à
Singapour, d’eau renouvelable, contre plus de 21000 en
Malaisie proche, ce qui impose à Singapour d’importer de
l’eau. En Iran et au Pakistan, les volumes disponibles ne
dépassent pas 1400 à 1900 m3.
La pression sur l’eau augmente partout, soit en relation
avec le croît démographique, soit avec le développement
économique. Certains pays comme l’Iran et l’Afghanistan
enregistrent déjà des déficits importants. Les pays
développés de la région connaissent en plus de la rareté,
des phénomènes de dégradation de qualité. Plusieurs facteurs
concourent à cela : les effluents urbains et industriels, la
pollution agricole, la salinisation. Il faut aussi évoquer
la charge en suspensions des rivières qui a beaucoup
augmenté du fait de l’érosion des sols. La pollution de
l’eau par la matière organique, les agents pathogènes et les
déchets toxiques constitue un autre problème sérieux dans la
région. Le déficit en oxygène de l’eau est élevé du fait de
la contamination organique (les eaux des rivières asiatiques
sont 3 fois plus chargées en coliformes fécaux que la
moyenne mondiale et plus de 10 fois la norme OCDE). Le SE
asiatique présente la situation la plus grave. 1/3 des
asiatiques n’ont pas accès à de l’eau saine, à moins de 200
m de leur logement. La _ n’ont pas accès à l’assainissement
; seulement 10 % des effluents sont traités à un niveau
primaire.
La mortalité infantile et juvénile est aussi directement
corrélée à cet état d’assainissement défectueux ; il en est
de même pour de nombreuses maladies. Les diarrhées associées
aux eaux contaminées sont le problème le plus sérieux,
notamment pour les enfants de < de 5 ans.
D’autres polluants toxiques contribuent à la dégradation du
milieu dans la région. Les eaux de surface contiennent 20
fois plus de plomb que dans les pays de l’OCDE. Le
Bengladesh souffre en plus de la contamination des eaux de
nappe par l’arsenic.
Du fait de la croissance agricole, les produits
agro-chimiques et les déchets de l’élevage animal sont une
source importante pour la pollution des eaux. Les excès de
nitrates dans l’eau des nappes et d’autres fertilisants dans
les eaux de lacs sont généralisés à la région (problèmes
d’eutrophisation, de plus en plus graves dans l’Asie du SE).
Mais le secteur industriel a tendance à devenir le facteur
premier de pollution ; même si cela ne réduit en rien le
poids des autres facteurs, presque tout aussi importants.
Comme la demande en eau augmente, et comme les villes
s’étendent, alors que la demande agricole reste
prépondérante, seul un aménagement scrupuleux permettra
l’allocation équilibrée de cette ressource précieuse, entre
secteurs en compétition. La qualité future des eaux
représente néanmoins un sujet pressant, à la fois pour
l’environnement et la société, du fait de son impact direct
sur la santé des populations.
d- Les milieux côtiers et marins :
La zone côtière joue un rôle fondamental dans la région,
notamment dans les îles d’Insulinde, avec des ressources
variées, base centrale du développement (source de
protéines, d’échanges extérieurs…). Ceci explique
l’installation côtière de grandes villes et la dégradation
de l’environnement littoral (effluents domestiques et
industriels). Le tourisme côtier est une autre cause de
cette dégradation.
L’aquaculture a affecté le milieu à travers l’uniformisation
des espèces et l’introduction massive de produits chimiques
(pesticides, antibiotiques, hormones).
Mais les dommages qu’enregistrent les pêcheries s’expliquent
aussi par l’apport très important de vases continentales
(transports en suspension), en liaison avec l’érosion
hydrique. Ces apports contiennent des taux élevés de
nutrients qui causent des problèmes d’eutrophisation
(contaminations toxiques, marées rouges, mortalités massives
d’organismes massives, menaces d’empoisonnements des
consommateurs).
e- Atmosphère :
La pollution atmosphérique s’est beaucoup aggravée dans les
pays de la région, en relation avec le développement
économique et des transports, dans un contexte de retard des
infrastructures, de vétusté du parc automobile et de
mauvaise qualité des fuels utilisés. Dans les quartiers
pauvres, l’usage du bois et des résidus de culture dégrade
fortement la qualité de l’air. Les feux de forêt sont une
autre cause de la pollution de l’air.
Les villes de la région, notamment les plus grandes d’entre
elles dépassent les normes en terme d’émissions de SO2 et de
particules. Les maladies respiratoires se développent de
manière exagérée (pneumonies au Bengladesh et en Indonésie).
f- Les espaces urbains :
Le développement urbain et aujourd’hui très rapide (7,5 % de
croissance annuelle en Afghanistan, 4,2 % à Karachi). Les
déchets urbains étaient souvent rejetés sans traitement.
Mais de gros progrès sont aujourd’hui réalisés (traitement
des eaux en Malaisie par exemple).
2- Réponses politiques :
Dans plusieurs pays de la région, la protection de
l’environnement est fortement intégrée aux plans de
développement. Les stratégies et la législation ont connu
les nécessaires évolutions pour leur mise en place
effective. Avec la libéralisation, les instruments
économiques ont tendance à devenir les plus importants,
notamment puisque le secteur privé montre sa disposition à
participer dans ce sens. Les associations de producteurs
s’impliquent pour soutenir la politique environnementale.
Les ONG sont actives dans ce domaine.
Les conventions multilatérales ont reçu l’adhésion des pays
de la région qui ont même parfois joué un rôle important
pour leur adoption. Mais les progrès dans l’application sont
lents, à cause du manque en institutions efficientes et en
moyens financiers. Les ONG exercent une forte pression pour
la mise en place de plans d’application. Leur rôle éducatif
est important, dans un but d’acquisition d’approches plus
participatives.
Les conventions régionales cherchent à faciliter le partage
des rôles et la gestion plus rationnelle des ressources
locales. De plus en plus, l’intérêt est porté vers les
problèmes de l’atmosphère, de l’eau et des catastrophes
naturelles. Par exemple, le traité de partage des eaux du
Gange et le traité de l’Indus cherchent à résoudre les
problèmes entre l’Inde d’une part, le Bengladesh et le
Pakistan d’autre part (commissions conjointes des eaux).
Lois et institutions. Plusieurs pays ont développé dès les
années 70 des codes environnementaux assez évolués. Les plus
précoces ont concerné les émissions de polluants à large
extension. Ces codes ont souvent été révisés et mis à jour,
avec une insistance forte sur l’observance et les sanctions.
Instruments économiques. Les stimulants économiques sont
conçus pour aider à l’application rapide de nouveaux
comportements, dans le but de promouvoir la protection de
l’environnement (taxes, rabattements, crédits). La Malaise a
par exemple institué des exemptions de taxes pour les
actions à effet environnemental certain ; des mesures de
découragement comme le principe du pollueur-payeur sont
aussi pratiqués (suppléments de taxes par exemple en
Malaisie dès 1978 pour les pollutions rejetées par les
usines d’huile de palme). Ces mesures ont eu un effet très
important. A Singapour, le principe de taxation de la
circulation en centre-ville dans les heures de pointe a
permis de réduire l’engorgement du trafic et par là la
pollution de l’air urbain.
Industrie et nouvelles technologies. L’industrie est entrain
de devenir très sensible aux problèmes environnementaux. La
minimisation des déchets et des effluents est l’un des buts
essentiels du développement technologique. Des compagnies
ont tendance à développer une image verte de leurs produits,
se basant sur les technologies " propres " qu’elles
utilisent, ou sur la proportion de leurs bénéfices qu’elles
affectent pour la protection de l’environnement, et
l’amélioration de la qualité de la vie. De nouveaux
standards de process ont été promulgués en Malaisie et à
Singapour, après l’adoption de ISO 14000. A Singapour, 26
catégories de produits ont obtenu le label vert.
Des formes de partenariat se développent entre gouvernements
et secteur privé, pour mettre en place des services et des
équipements favorables pour l’environnement. Au Pakistan, la
fédération des chambres de commerce et d’Industrie a œuvré
aux côtés des services gouvernementaux, pour améliorer le
système de suivi de la pollution et le système de gestion
des déchets urbains et industriels. En Indonésie, le
gouvernement offre son assistance aux compagnies en vue de
développer des systèmes de production plus propres.
Le financement de l’action environnementale.
L’investissement national dans l’environnement s’accroît
dans la majorité des pays. Des fonds spéciaux sont aussi
développés dans ce sens. L’aide bilatérale intervient aussi,
en terme de soutien à l’action ou à l’expertise. Le fond de
croissance durable asiatique a l’ambition d’investir dans ce
champ de grosses sommes d’argent. Mais le secteur privé est
de plus en plus concerné par le financement d’actions jugés
favorables sur les plans de la productivité et de
l’environnement.
La participation : Les ONG ont émergé comme partenaires dans
le développement d’actions à retombées environnementales.
Elles jouent de nombreux rôles, dont celui d’éducation et de
conscientisation du public, à travers des campagnes
multiples. La collaboration avec les gouvernements nationaux
et locaux est souvent réussie.
Cependant, les bases d’information sont souvent faibles dans
ces pays, ce qui réduit d’autant les possibilités d’action.
Le manque de données empêche de concevoir des stratégies
précises et même de fournir au public des informations sur
les risques et les bienfaits directs d’un changement de
comportement, dans tel ou tel secteur. La planification ne
peut non plus être bien conçue, dans l’absence de telles
données. Ainsi de vieilles données, imprécises et non
scientifiquement prouvées, sont souvent recyclées et
fournies à nouveau, sans moyen de contrôle.
Des développements nouveaux ont lieu en ce sens, avec la
mise en place de systèmes de collecte de données et de
traitement des informations. Le rôle joué par les organismes
internationaux (UNEP) et les organes régionaux est
primordial dans ce sens.
4- L’Asie centrale
La région est restée marquée par l’influence de l’économie
de planification centralisée jusqu’à la fin des années 80.
Le développement était envisagé en terme de croissance de la
production, dans l’industrie et le secteur énergétique. Une
exploitation sévère des ressources, même les non
renouvelables, s’en est suivie. L’industrie lourde,
l’extraction de ressources, la production énergétique et
l’effort militaire ont tous été associés à de hauts niveaux
de pollution. Il y eut cependant des éléments positifs pour
l’environnement, comme le choix pour le transport public,
des systèmes étatiques de protection de la nature, la
collecte par tri des ordures, en vue d’une réutilisation, le
choix pour s’investir dans l’éducation, la prise en charge
sanitaire des populations.
La croissance démographique dépasse toujours 1 % / an, mais
est nettement plus faible que dans les autres sous - régions
islamiques. L’émigration est néanmoins importante en
direction de l’Europe. Le BIP est en décroissance nette
depuis 1990 (autour de 40 % de réduction en 10 ans) et
s’allie à d’autres phénomènes économiques (inflation,
pauvreté). L’espérance de vie s’est relevée de 63 ans en
1970 à 69 en 1995, mais reste en deçà de celle enregistrée
dans les pays développés. Le secteur industriel est en
déclin depuis l’indépendance des pays d’Asie centrale et de
nombreux problèmes économiques se posent avec acuité.
a- Agriculture :
L’agriculture collective dominait largement, avec des taux
élevés de subventions. Pourtant la production n’a jamais
atteint des niveaux satisfaisants. L’échec de l’économie
centralisée et l’arrêt des subventions ont été à l’origine
du recul de l’utilisation des produits phyto-sanitaires, de
l’abandon de multiples projets d’irrigation, de la
diminution en nombre des troupeaux et, à travers tout cela,
une baisse de la production globale.
La salinisation et la pollution des eaux étaient devenues
des problématiques majeures de la région où de larges
projets d’irrigation avaient été mis en place, mais avec une
gestion déficiente. Le problème de la mer d’Aral est sans
doute la crise environnementale la plus grave que la région
a connu, du fait de gros projets d’irrigation non durables.
Mais il faut aussi évoquer les multiples formes de pollution
des eaux et des sols, la présence excessive de métaux lourds
autour des centres urbains et les problèmes sanitaires que
cela pose pour les populations. La pollution par les
hydrocarbures est un autre phénomène que connaissent ces
pays producteurs.
La forêt de ces régions est largement affectée par le
phénomène d’acidification.
b- Eau douce :
L’influence des activités humaines est profonde dans ce
domaine. Les aspects d’utilisation excessive, d’épuisement
et de pollution sont généralisés, et deviennent à la base de
graves conflits entre usagers.
La consommation de l’eau a connu un certain déclin lors de
la dernière décennie, du fait de la restructuration
économique ; moins d’eau est utilisée dans l’industrie ;
mais la demande urbaine continue de croître, du fait de
l’urbanisation et d’une certaine amélioration du niveau de
vie.
Les effets de la pollution sont multiples, d’autant plus que
les ressources sont limitées : la plupart des puits ne
peuvent plus être utilisés pour l’eau potable. Il faut y
ajouter la qualité rudimentaire et vétuste des réseaux et la
très forte déperdition, jointe aux menaces de contamination.
De graves conflits apparaissent entre les régions amont
productrices d’eau et les région consommatrices d’aval.
c- Les milieux marins :
Les mers fermées (Caspienne et Aral) sont fortement menacées
par la pollution continentale et les hydrocarbures. Les
réseaux d’irrigation et les barrages ont asséché la mer
d’Aral, suite à la réduction des ruissellements qui
l’alimentaient. La Caspienne possède 85 % du stock mondial
d’esturgeon. La pollution a de ce fait un impact très
sérieux sur l’économie.
d- Atmosphère :
Le développement énergétique s’est basé sur le pétrole, le
gaz et l’énergie nucléaire. Ceci explique la relative
moindre pollution atmosphérique de cette région. Mais c’est
le déclin économique depuis les années 80 qui explique la
réduction importante des émissions gazeuses.
e- Zones urbaines :
Les espaces construits se sont fortement élargis durant le
20e siècle. L’urbanisation a atteint un taux de croissance
de 3 % / an dans les années soixante, pour se stabiliser à 2
% dans les années 80 et chuter à 1,2 % depuis.
Les perspectives : Dans les pays d’Asie centrale, encore
marqués par l’influence du passé soviétique, les
perspectives d’évolution sont déjà perceptibles. La
privatisation des terres agricoles et libéralisme dans le
choix des spéculations agricoles vont bon train et
permettent d’envisager une réell diversification dans la
production. Dans le domaine de l’énergie et de la production
industrielle, les changements technologiques et la
transformation des établissements vétustes actuels offrent
une chance pour l’amélioration environnementale. L’usage
progressif du gaz, énergie moins polluante constitue une
perspective pour le futur. Mais l’essentiel réside dans une
meilleure application des plans de développement et
d’aménagement spatial des villes et des zones industrielles
et dans la modernisation des moyens de transport.
IV. Les avancées dans le domaine environnemental,
Réalisations et contraintes
La Conférence
de Rio de Janeiro en 1992 avait été organisée dans un
contexte d’évolutions positives du système international, du
fait de la fin de la guerre froide et de la reconnaissance
de la nécessité de répondre aux besoins des pays en
développement.
Aujourd’hui l’atmosphère est beaucoup moins sereine, du fait
des difficultés politiques, des difficultés que les pays
développés ont eu à tenir leurs engagements, du nouveau
système économique mondial, de l’intensification des
conflits entre les pays développés et les pays en
développement.
L’atmosphère est encore plus lourde depuis le 11 septembre
2001, lorsque des accusations graves ont été portées à
l’Islam, considéré par certains comme " terreau fertile "
pour le terrorisme. Le travail de fond mené par l’OCI et
l’ISESCO sont à même de renverser cette tendance accusatrice
non fondée. Ce travail de fond peut même, s’il est mené avec
persévérance, à l’échelle de la région, ancrer dans les
esprits le rôle d’avant-garde que la religion musulmane et
les valeurs qu’elle préconise peuvent jouer pour garantir le
développement durable des pays musulmans eux-mêmes et même
contribuer au développement de la planète, étant donné le
caractère trans-frontières de la pollution et des problèmes
d’environnement.
Dans la région islamique, la conscience de l’importance de
l’environnement est réelle ; elle s’accompagne de la
reconnaissance des liens entre développement économique
niveau social et environnement. Les déclarations
ministérielles le montrent parfaitement, notamment :
- la résolution 6/28-E de l’OMC sur l’éradication de la
pauvreté ;
- la résolution 40/28 E sur les problèmes de l’environnement
;
- la résolution 45/28 E sur l’environnement, le
développement durable et les voies et moyens permettant de
résoudre les problèmes relatifs à l’environnement et à la
santé.
Cette dernière résolution réaffirme la nécessité de la
poursuite de la croissance économique, tout en veillant à la
sauvegarde de l’environnement et au bien-être des
populations. Elle insiste aussi sur l’idée que
l’accomplissement de ces objectifs requiert une coopération
internationale et le respect des engagements que les pays
développés ont souscrits lors de l’adoption de l’agenda 21.
Les principes de développement durable et de protection de
l’environnement sont des fondements que nous héritons de la
civilisation islamique et du développement historique de
notre région. Les pratiques économiques inspirées de notre
religion, les attitudes culturelles et les comportements en
terme de consommation envers l’environnement sont en cas
d’application effective, réellement positives.
Cependant, historiquement, il faut bien dire que la région,
à cause de son caractère attractif (position géographique,
richesse en ressources diverses) a été l’objet de multiples
formes de colonisation qui ont empêché les pays de prendre
en charge leurs problèmes de développement de manière
autonome.
La colonisation a joué un double rôle négatif :
- le détournement de quantité de ressources que les pays
musulmans auraient pu mettre à profit pour assurer leur
développement ;
- la surimposition de nouvelles valeurs à celles qui étaient
inspirées de la culture islamique et ainsi l’apparition de
contradictions et de dysharmonies que les sociétés
d’aujourd’hui reflètent sous la forme d’un laisser-aller et
d’une certaine inconscience des menaces que présentent les
problèmes de pollution et de gaspillage ou de dégradation
des ressources.
Avec les indépendances, la transition en vue d’un
développement endogène a permis de changer les données. Des
programmes ont été mis en place, visant l’aménagement et la
conservation des ressources, l’amélioration du contexte
social et du niveau de vie des populations.
La priorité a pourtant été souvent placée au niveau
productif (industries, agriculture, expansion du tourisme),
mais beaucoup moins au niveau de la qualité de la vie. Ce
n’est qu’au milieu des années 80 que l’environnement figure
parmi les domaines d’intérêts gouvernementaux.
Avec la tenue du sommet de la terre, en 1992, les actions en
vue de réduire la pollution, dans le cadre d’une politique
bien établie, d’institutions intégrant les principes de
l’agenda 21, sont devenues de plus en plus fréquentes.
Enfin, la dernière décennie du 20e siècle a vu l’éclosion
des programmes bâtis sur l’approche participative, en
adaptant des méthodes d’intervention découlant plus des
communautés de base et de leurs stratégies.
1- Les défis
On peut les regrouper en un certain nombre de défis majeurs
que les pays musulmans se doivent d’affronter avec ténacité
pour assurer un réel développement durable.
Le chapitre démographique est fondamental puisque le taux de
2% d’accroissement est suffisamment important pour
constituer un défi majeur, parce qu’il impose un taux de
croissance économique élevé pour satisfaire les besoins en
aliments, en infrastructures de l’eau pour répondre à la
demande agricole et urbaine, ainsi que pour assurer
l’hygiène, en urbanisme pour empêcher le développement
anarchique des quartiers urbains mal assainis, en ramassage
d’ordures, pour empêcher la prolifération des maladies, etc.
Le chapitre pauvreté d’une bonne partie de la population
constitue un défi social majeur, car elle est à la base de
multiples formes de dégradation de l’environnement. Les
risques sanitaires liés aux problèmes d’environnement
s’accentuent d’ailleurs dans les régions défavorisées parmi
les couches sociales les plus démunies. Les actions
entreprises jusque là pour réduire la pauvreté n’ont pas eu
le degré d’efficacité nécessaire. C’est que les politiques
d’emploi sont souvent restées timides, malgré les discours
en la matière. A cause des taux démographiques élevés, il
arrive chaque année sur le marché du travail, un nombre
élevé de demandeurs d’emploi que le progrès économique
n’arrive pas à résorber. Cela crée des situations de
marginalisation qui touchent actuellement aussi les jeunes
ayant reçu un certain niveau d’instruction et même des
diplômés. Le résultat est encore plus grave, puisqu’à la
pauvreté qui en découle s’ajoutent des situations de
désespoir psychique qui annihilent les efforts de
développement.
Le défi de la mondialisation intervient, alors que la
majorité des pays de la région n’ont pas encore opéré les
conversions nécessaires, en terme de compétitivité
technologique, de réforme des institutions et des
juridictions, de gouvernance et de garanties de gestion. Par
ailleurs, au sein du monde islamique, les échanges
horizontaux sont encore trop rares pour créer des
opportunités de coopération internes. Le développement de
cette coopération régionale doit devenir un but primordial
si l’on veut atteindre des niveaux d’échange d’expériences,
de marchandises et de technologies, capables de garantir un
renforcement des capacités de chacun des pays de la région,
dans un contexte de compétition avec les autres ensembles
régionaux.
2- Réalisations dans le domaine environnemental
Les progrès économiques, sociaux et environnementaux de la
région islamique sont remarquables. Les pays producteurs de
pétrole (pays du golfe, Lybie, Algérie) ont sans doute
bénéficié de potentiels plus importants, comparés aux autres
pays de la région. Mais c’est sans doute dans les pays qui
ont investi dans les ressources humaines (Indonésie,
Singapour, Tunisie, Turquie) que les progrès sont les plus
manifestes.
Depuis la Conférence de Rio, certains progrès économiques et
sociaux ont été accélérés. Mais dans d’autres domaines, des
contraintes ont empêché le développement attendu.
Il est clair que sur le front de la démographie, les
avancées sont réelles, puisque la moyenne des taux de
croissance approche ou dépasse les 2% (ce qui reste quand
même supérieur à la moyenne mondiale de 1,5%). Dans certains
pays de la région, notamment en Afrique subsaharienne, ce
taux reste parmi les plus élevés du Monde. C’est là un défi
majeur pour l’économie et le développement social de ces
pays.
Sur le plan de certains indicateurs sociaux, des progrès
sont réalisés. C’est ainsi que l’espérance de vie est passée
de 51 à 65 ans, signe d’avancées dans le domaine sanitaire.
Le taux de mortalité infantile a été réduit de moitié. Le
degré d’alphabétisation a largement progressé, notamment
dans l’éducation des femmes. Or, les liaisons entre ces
indicateurs et l’amélioration de la conscience
environnementale sont évidents.
Par contre, les efforts sur le front de la lutte contre la
pauvreté paraissent avoir moins d’effet dans la dernière
décennie, alors que les résultats étaient plus importants
dans les années 80. Le gros problème réside toujours dans le
fossé qui sépare les riches et les pauvres, les urbains et
les ruraux. Chez les plus démunis, notamment ceux qui vivent
à la campagne, l’accès à l’eau potable saine est très en
retard. L’accès à l’assainissement est encore plus
problématique et ne concerne aujourd’hui que le 1/3 de la
population. Un vrai problème d’équité dans la distribution
spatiale des équipements se pose avec acuité.
Les dépenses gouvernementales dans les domaines de
l’éducation et de la santé ont tendance à baisser
relativement et par habitant dans tous les pays, même si les
sommes globales dépensées sont très élevées. C’est aussi le
cas en ce qui concerne les dépenses publiques dans le
domaine de l’environnement. Ces états de fait s’expliquent
sans doute par les choix en terme de politique économique,
pour l’ajustement structurel et le libéralisme.
Les pays de la région étaient confrontés à l’enjeu du
redressement économique, pour résoudre les gros problèmes
sociaux, notamment celui de l’emploi. En effet, avec les
efforts d’ajustement, de réduction de l’inflation, les
économies de nombreux pays de la région se sont améliorées
dans la dernière décennie. Pourtant, le PIB par habitant ne
s’est pas redressé dans tous les pays, notamment dans les
pays d’Afrique.
Les réformes économiques et la restructuration sont partout
effectives, avec la promotion de l’économie de marché,
l’effort de décentralisation et la privatisation. Le secteur
de l’énergie a fortement progressé (consommation électrique
notamment). Celui des télécommunications a connu un réel
bond en avant, avec la densification des réseaux
téléphoniques. L’industrialisation a largement progressé,
accompagnée d’une diversification de ses produits
manufacturés.
Ces progrès économiques cachent pourtant le retard pris dans
le domaine de l’environnement. Les problèmes urgents qui se
posent aux pays sont ceux qui émergeaient déjà dans les
dernières décennies du 20e siècle ; ils ont même augmenté
d’intensité. L’accélération de l’industrialisation et de
l’urbanisation ont eu des impacts négatifs très importants.
L’état des équipements a connu une certaine détérioration,
qui a eu comme effets l’apparition de niveaux de pollution
exagérés, fortement dommageables pour le bien–être et l’état
sanitaire, dans de nombreux pays.
Dans le domaine de l’eau, malgré les progrès accomplis, la
situation reste loin de l’idéal. Des plans nationaux ont été
mis au point, notamment dans le domaine de l’irrigation et
dans celui de la prévention de la pollution. Des essais de
partenariat public / privé ont été tentés, dans les deux
domaines de l’accès à l’eau (associations locales,
entreprises de gestion de l’eau à l’échelle urbaine) et de
l’assainissement. La législation a été améliorée avec
l’adoption par plusieurs pays de lois sur l’eau.
L’application du principe des études d’évaluation des
impacts de projets joue un rôle fondamental dans le suivi de
l’état de l’environnement. Dans le domaine urbain, des
programmes de gestion des déchets ont été établis ainsi que
des systèmes de contrôle de la pollution de l’air.
Des actions de régulation sont donc en place pour renforcer
les politiques nationales, depuis la mise en place des
agendas 21 aux échelles nationales et locales. Les
institutions environnementales sont en progrès depuis le
début des années 1990. Les entités chargées de ce secteur
ont plus de poids et plus de pouvoir et sont soutenues en
cela par des conseils supérieurs de l’environnement et des
conseils de développement durable.
L’observance de l’action environnementale et le respect de
la législation reposent sur les mécanismes de contrôle que
la loi envisage. Un système de taxation et des instruments
d’imposition financière sont utilisés pour contrôler
l’application de la législation et prévenir les pollutions
dommageables pour le milieu ou la santé.
Mais l’idée progresse d’utiliser plus des instruments
économiques de primes à l’effort plutôt que le seul système
de "commande et contrôle". De nombreuses subventions sont en
voie d’être abolies, depuis l’instauration des programmes
d’ajustement structurel. Certaines de ces subventions
avaient justement accru la pression sur les ressources (eau,
énergie, matériaux de construction) et permis leur
exploitation excessive et sans efficience en terme de
rendement.
Depuis le sommet de Rio, l’implication des ONG, des femmes,
des jeunes et de diverses organisations corporatistes est
devenue réelle, contribuant ainsi à une meilleure gestion de
l’environnement. Cette implication reste néanmoins à une
échelle nettement plus réduite que dans les pays du Nord.
En ce qui concerne la signature et la ratification des
conventions internationales, les pays du Monde musulman se
placent à un niveau honorable, comparable à celui des pays
développés, ce qui signifie qu’il existe une réelle volonté
de contribuer à l’action mondiale pour la protection de
l’environnement. Cela ne signifie pas que tous les pays
observent strictement les recommandations et les engagements
pris dans le cadre de ces traités.
L’application du protocole de Montréal est très avancée,
dans la réduction de production des substances détruisant
l’ozone stratosphérique. Cette implication s’explique par la
forte pression internationale et notamment les financements
obtenues pour une application avancée.
Les protocoles régionaux, notamment les traités maritimes
ont un intérêt immédiat pour les différents pays et sont de
ce fait largement appliqués. Ils permettent ainsi de
promouvoir la coopération à l’échelle régionale.
3- Les contraintes
Plusieurs contraintes font face à la réalisation du
développement durable dans la région et notamment à
l’application des objectifs en terme d’amélioration des
conditions d’environnement et de qualité de la vie. Des
efforts multiples ont pourtant été déployés pour surmonter
ces obstacles. Certains de ces efforts ont réussi et ont
donné lieu aux réalisations déjà décrites. D’autres n’ont
pas été suffisants pour une réussite réelle ou n’ont pas été
adéquats et spécifiques vis à vis des problèmes rencontrés.
Une démarche innovante est donc nécessaire pour transformer
les échecs du passé en réussites.
Le problème de fond réside dans la distribution très inégale
des ressources, notamment la ressource hydrique. Certains
pays de la région vivent une situation de stress avancée ;
c’est le cas de pays comme l’Algérie, la Jordanie la
Palestine, les pays du Golfe. D’autres sont dans une
situation beaucoup plus avantagée (Egypte, Irak, Bengladesh,
Indonésie). Mais la disponibilité naturelle de la ressource
ne suffit pas pour définir une situation de confort en terme
d’accès à l’eau et de profit que l’on peut en tirer pour
améliorer la qualité de la vie et assurer un développement
durable.
La situation est très différente entre les pays à stress
hydrique et faibles moyens matériels pour y remédier et les
pays où abondent les moyens financiers pour obtenir de l’eau
non conventionnelle ou pour intensifier la recherche de
l’eau profonde, malgré le coût élevé des forages.
Par contre, la situation n’est pas moins variée, dans les
pays disposant de l’eau en abondance, entre ceux où le
drainage est correct et ceux où l’accumulation des eaux de
surface induit des phénomènes de propagation de maladies
(Bengladesh, Egypte, Chatt el Arab, Soudan).
Ces différences en terme de disponibilité de la ressource et
d’accès à la ressource expliquent les inégalités importantes
dans la qualité environnementale des milieux. L’inadéquation
entre une demande partout en augmentation et des ressources
plus ou moins disponibles constitue un obstacle majeur au
développement. Cela requiert avant tout, dans les pays à
stress hydrique, des réformes profondes sur le plan
institutionnel, en terme de gestion et des changements de
comportement.
Le second problème est un problème de compréhension,
d’information et de conscientisation. L’agenda 21 et la
notion de développement durable, ainsi que la relation avec
la protection de l’environnement, tous ces concepts restent
l’apanage d’une minorité. La participation aux mécanismes et
aux actions de développement reste faible. Cela s’explique
sans doute par le niveau faible d’alphabétisation, par le
faible impact des médias, la rareté des messages
éducationnels et l’inadéquation des programmes de formation
par rapport aux besoins des populations.
Le développement économique et urbanistique du Monde
musulman a été accompagné par l’acquisition de modes de
consommation et de styles de vie, générant de grandes
quantités de déchets, dont les coûts de gestion et de
traitement sont trop élevés pour être couverts par les
bénéfices du développement atteint.
Ce niveau de développement n’a malheureusement pas concerné
le domaine de l’information. En effet le déficit en
information est réel, ce qui empêche la population de
prendre conscience de la gravité des menaces
environnementales qui la guettent.
Une bonne gestion des secteurs économiques et sociaux est à
la base du développement durable. Or les modes actuels de
gestion sont souvent inadéquats. La centralisation excessive
est encore souvent la règle, avec peu de responsabilisation
et peu de liberté laissées aux acteurs locaux. La société
civile, quoiqu’en plein développement, reste trop peu
impliquée. Le secteur privé est souvent freiné dans son
action par une bureaucratie trop pesante. Le clientélisme et
la corruption empêchent le traitement des dossiers dans la
transparence, l’équité et la responsabilité, nécessaires
pour l’efficacité et le rendement des actions en cours. Les
réalisations positives sont de ce fait souvent retardées
sinon annulées.
Le caractère sectoriel des institutions est un autre frein à
l’accomplissement du développement durable. L’absence
d’institutions de coordination empêche la synergie entre
secteurs et réduit donc l’efficience des actions. Il y a
même des cas de projets contradictoires, développés par des
départements sensés travailler de manière coordonnée.
Il y a enfin des contraintes d’ordre général que les pays
connaissent avec plus ou moins d’intensité, selon leur
niveau de développement et leurs ressources financières. Il
s’agit d’abord du poids de la dette qui alourdit les budgets
de nombreux pays. Ensuite de la tendance à la fuite des
cerveaux vers les pays du Nord. Il y a enfin le problème
d’instabilité politique et d’insécurité, que certaines
régions enregistrent dramatiquement et de manière
malheureusement durable.
V. Stratégie de développement durable
1- Objectifs stratégiques
- Placer la région islamique dans une perspective de
croissance durable, ce qui signifie d’abord d’atteindre un
taux de croissance qui lui permet de surmonter son handicap
par rapport au Monde développé. Cela signifie aussi la
transformation des pays de la région en des acteurs
incontournables sur la scène mondiale, grâce à la conscience
qu’ils auront acquis qu’ils peuvent mobiliser leurs
énergies, en les fondant sur le patrimoine et l’héritage que
représentent leurs valeurs, celles de leur histoire commune,
mais surtout celles que leur inspire leur religion et les
textes sacrés, le Saint Coran et la Sunna.
- Développer une technologie propre à la région, capable à
la fois d’assurer une production satisfaisante sur les deux
plans quantitatif et qualitatif et de répondre aux défis
environnementaux posés.
- Adopter pleinement une stratégie de prévention et
appliquer le principe de précaution, chaque fois qu’il
s’agit de risques pouvant avoir un impact sur le
développement global. Cela signifie la nécessité de ne pas
se contenter de traiter les problèmes environnementaux
posés, mais se préoccuper des risques pouvant émerger de
toute conduite environnementale négative. Cela signifie par
ailleurs un effort inlassable de recherche en vue de
prévenir les impacts, grâce à des travaux de prospective,
fondés sur des analyses précises et des investigations de
terrain. Cela signifie aussi d’œuvrer sur le front social,
afin de réduire les inégalités, corriger les cas de
marginalité, grâce à une approche participative, intégrant
les stratégies des acteurs locaux et se fondant sur leur
savoir-faire, sans exclusion, dans un contexte de promotion
de la personne humaine, comme s’est souligné dans la
tradition islamique et enseigné par les valeurs de notre
religion.
2- Plan d’action
2-1 – Axe économique
La croissance économique est une base de la stratégie de
développement durable et de l’action environnementale.
L’accélération de la croissance, grâce à la multiplication
des investissements est à la base de la satisfaction des
besoins croissants de la population.
Cette croissance est à même de fournir les ressources pour
éradiquer la pauvreté, financer l’effort de protection
environnementale, celui de reconversion des activités en vue
de réduire les pollutions, celui de l’aménagement spatial et
de l’urbanisme, en vue de mieux séparer les espaces
productifs et ceux de l’habitat et des loisirs, celui de la
réalisation de cadres de vie adéquats et prospères.
Cette croissance économique accélérée suppose bien sûr toute
une série de réformes politiques, juridiques et sociales,
notamment le rétablissement de la confiance pour les
investisseurs, la sécurité, l’état de droit, mais aussi la
primauté donnée aux ressources humaines et au renforcement
des capacités, à l’équité sociale et la réponse adéquate des
Etats aux besoins des populations.
2-2 – Axe social
Le développement social est à la fois une conséquence de la
croissance économique (réduction du chômage, renforcement du
pouvoir d’achat) et une condition nécessaire pour
l’installation dans la durée de cette croissance.
L’éradication de la pauvreté ne découle pas systématiquement
de la croissance économique. D’une part, parce que les
besoins sont énormes, à cause du poids démographique et de
la pression humaine. Mais aussi à cause des inégalités
sociales, des phénomènes de marginalisation et d’exclusion.
Or pauvreté et dégradation de l’environnement sont liées.
Une action spécifique, basée sur une approche nouvelle, se
doit d’affronter la problématique de la pauvreté et de la
marginalité, avec de nouveaux outils. L’octroi de
subventions a prouvé ses limites et même ses effets pervers.
Une réelle prise en charge de la problématique de la
pauvreté, par les couches sociales défavorisées elles-mêmes,
grâce au renforcement de leurs capacités, représente la
seule voie possible, dans un contexte de participation
effective.
Une première condition doit être réalisée : la gestion de la
population, grâce à des actions dans le domaine de la
démographie, par la conscientisation, l’information et
l’éducation. Car la détérioration de la situation sociale
s’explique en partie par la multiplication des besoins (en
eau, en alimentation, en habitat salubre, en assainissement
…) du fait du croît démographique excessif. Ce croît exige
des efforts supplémentaires et des moyens matériels
supplémentaires pour satisfaire les besoins. Les moyens
expérimentés de limitation des naissances ont prouvé leur
incapacité à résoudre cette situation. Seule l’éducation et
la conscientisation peuvent amener les sociétés à se prendre
en charge et à se mobiliser, en vue d’une situation
d’équilibre.
Une seconde condition consiste dans l’investissement dans le
capital humain et le renforcement des capacités, notamment
celles des jeunes générations. Une éducation améliorée et
plus efficace, grâce à une réforme profonde des systèmes
actuels, peut seule permettre de former les cadres, à même
de prendre en charge les problèmes de l’environnement, de
l’économie et de la société. Une volonté politique est à la
base de la réforme des systèmes en place.
2-3 – Axe politique
Il s’agit d’une série de choix politiques, à même de
garantir les conditions pour le développement durable. Ces
choix tiennent dans la réforme politique, juridique et
administrative que l’on peut résumer dans la mise en place
d’un système de gouvernance adéquat.
Sur le plan politique, l’adoption d’un système décentralisé
et de la démocratie permet la responsabilisation des acteurs
à tous les niveaux et la garantie de l’implication de tous
dans le processus de développement, de protection de
l’environnement et d’amélioration du cadre de vie des
citoyens. La latitude donnée à la société civile de se
prendre en charge constitue une autre garantie de contrôle.
Le renforcement du rôle du secteur privé, crée les
conditions de marché et de compétition à même de permettre
aux projets les plus novateurs de réussir, alors que les
activités nuisibles sont condamnées à disparaître. Dans ce
contexte, le renforcement du contrôle juridique, dans un
contexte de liberté absolue du pouvoir judiciaire, prend un
rôle d’appui, les critères économiques permettant par
eux-mêmes d’orienter les mécanismes productifs vers le
positif et les services publics de distribution d’eau,
d’assainissement et de traitement des déchets, vers la
rationalisation. L’hygiène peut ainsi s’améliorer d’elle
même, sous l’effet composite de la régulation juridique, du
contrôle de la société civile et des citoyens et des
mécanismes du marché.
L’encouragement de la recherche-développement vient en appui
à ces efforts visant la gouvernance. Car la recherche
fournit des standards et des modèles, une innovation
technologique, une connaissance que l’éducation répercute et
généralise. Tout cela permet d’accroître le niveau de
conscience et donc de responsabilité.
2-4- Axe environnemental et gestion des ressources
naturelles
Les ressources naturelles et écologiques constituent une
richesse à exploiter de manière rationnelle et ne doivent
pas être considérés comme une contrainte au développement.
Le discours des écologistes a été à la base d’une prise de
conscience du caractère "épuisable" des ressources et de la
menace de dégradation, source d’appauvrissement à la fois
économique et écologique.
Mais la recherche doit être orientée vers l’analyse des
secteurs porteurs d’une nouvelle dynamique de développement,
en étudiant la contribution possible de la valorisation du
patrimoine naturel, dans l’effort de développement. Ainsi,
la protection des ressources naturelles et de la
biodiversité doit aller de pair avec la valorisation des
sites d’intérêt écologique par diverses activités comme
l’écotourisme, la production agricole biologique et
labellisée dans des espaces circonscrits hautement
productifs.
La composante gestion des ressources naturelles doit donc
être conçue comme base de développement, soutien du
développement et non plus comme entrave au développement.
La disparition physique des écosystèmes constitue une perte
grave ; il faut y ajouter la destruction "interne" des
écosystèmes, où l'appauvrissement des cortèges floristique
et faunistique, l'absence de régénération, le déséquilibre
des peuplements, conduisent à un dysfonctionnement majeur,
avec arrêt de la dynamique écologique (désertification).
Cette évolution altère profondément la qualité des milieux
et ne leur permet plus d'assumer pleinement leur rôle
écologique, ce qui aboutit à la destruction à terme, du
patrimoine naturel.
Les milieux naturels sont fortement soumis à la pression
anthropique. La très forte occupation de l'espace et
l'exploitation soutenue des ressources cantonne les milieux
naturels réellement intacts sur des superficies
excessivement réduites. L'espace naturel est souvent un
espace plus ou moins utilisé par les populations rurales et
de plus en plus par les touristes. Il est donc très
difficile d'envisager la création de réserves naturelles en
dehors de toute présence humaine. Le statut doit autoriser
certaines activités d'exploitation de la ressource, dans le
cadre d'un contrôle strict, selon un plan de gestion et
d’aménagement sur le long terme.
La responsabilité internationale et régionale de ce
patrimoine impose d’assurer la pérennisation des richesses
pour le bénéfice des générations futures, en en valorisant
les composantes principales. C’est pourquoi la politique de
protection doit s'appuyer sur la structuration de l’espace,
en fonction d'une "zonation par objectifs" distribuant
rationnellement les vocations dégagées, en fonction des
contraintes locales et du contexte écologique, humain et
économique. La prise en compte des avis des populations
locales est nécessaire ; il s’agit de "créer un espace de
dialogue et de négociation" et non pas d’imposer une vision
technocratique.
La protection du patrimoine naturel est à envisager d’un
point de vue intégré ; en ciblant les espèces menacées et
les habitats précieux, on prend aussi en considération les
grands bassins hydrographiques, les systèmes hydrologiques,
les milieux côtiers, les forêts, le sol, les nappes
phréatiques et le sous-sol, autant de maillons d'une chaîne
indispensable au maintien des grands équilibres écologiques
planétaires et bases vitales pour le développement durable
de la communauté humaine.
En effet, l'exploitation des ressources naturelles assure
une large part de l'économie et conditionne le développement
du monde rural. L'érosion des sols est réelle et coûte très
cher à la collectivité. La lutte anti-érosive n’est
réellement efficace que par le développement des espaces
ruraux et la gestion patrimoniale des forêts et des bassins
versants. Les parcours d’élevage représentent un bien
inestimable. La surexploitation actuelle de cette ressource
essentielle ne peut que conduire à une crise économique et
sociale à brève échéance. Il est donc nécessaire de
sauvegarder ces ressources par une politique d’aménagement
spatial où l’espèce précieuse et le milieu protégé sont à
intégrer en tant qu’éléments dynamiseurs de la conception
globale, car la mobilisation de moyens humains et matériels
à l’occasion d’une action de conservation crée une dynamique
locale qui influe sur l'ensemble des secteurs.
La programmation des aménagements de protection et de
réhabilitation des habitats, de repeuplement faunistique
s’articule nécessairement avec une politique de valorisation
écotouristique. Même si la protection de la nature n'est pas
affaire de "rentabilité" car son impact économique n'est
perceptible que sur le long terme. L'approche purement
sentimentale a par contre prouvé son inefficacité. Il s’agit
en fait de préconiser une voie médiane avec à la fois une
ferme volonté de protéger le patrimoine, quel qu’en soit le
coût et d’en valoriser rationnellement certaines
composantes, apportant ainsi une certaine intégration au
sein du tissu social et économique.
En ce qui concerne les forêts, les fortes densités rurales
expliquent le caractère excessif des prélèvements et de ce
fait, la réduction de la forêt à des taches résiduelles,
avec toutes les conséquences que cela induit en terme de
recul de la biodiversité, de déséquilibre du cycle de l’eau,
d’accentuation des pointes de crues, d’érosion des sols et
d’envasement des retenues. Les options pour remédier à cette
situation sont d’abord basées sur l’application de la loi,
pour tous les prélèvements irréguliers, non dictés par le
besoin. Pour les prélèvements considérés comme sociaux, il
est nécessaire de trouver des solutions à la marginalité en
prônant un développement rural intégré. Sur le plan spatial,
les forêts et leurs espaces limitrophes doivent être traités
de manière globale, valorisant de nouvelles activités,
productrices de revenus, afin de limiter la pression
actuellement exercée.
L'intervention répressive ne peut régler le problème de la
dégradation des ressources naturelles, tant que les
problèmes économiques des populations n'ont pas été
correctement posés et tant que des compensations équitables
n'ont pas été proposées. La protection des espaces
sensibles, comme la montagne, les steppes pré-désertiques,
les oasis, ne peut être envisagée sans l'effort constant des
humains des milieux, sans leur ingéniosité, leur
connaissance des spécificités de ces domaine difficiles. La
participation de ces populations, la prise en compte des
stratégies paysannes, l'appui sur les organisations
villageoises et la mise en place de contrats définissant les
responsabilités constituent une réelle garantie pour une
gestion convenable des ressources.
Le littoral est un domaine d’implantations humaines et
économiques variées, souvent fondamentales, mais c’est
aussi un patrimoine culturel et historique inégalable avec
des paysages précieux, des sites d’intérêt biologique, des
sites d’intérêt archéologique.
Deux composantes principales constituent ce patrimoine :
- Le littoral comporte des richesses naturelles physiques et
biologiques, dont certaines sont à conserver d’urgence, car
irremplaçables, certaines espèces rares par exemple,
d’autres à gérer, dans un but de durabilité, exemple des
plages, des marais, des coraux (mer rouge, par exemple).
- Le littoral compte des secteurs d’activités humaines et
économiques qui recherchent la localisation littorale, comme
site préférentiel ou nécessaire : Ports maritimes, Pêche
maritime, Aquaculture marine, Industrie de raffinage et
pétrochimie, Centrales thermiques modernes, tourisme
balnéaire et ports de plaisance.
Le littoral tend à devenir un espace sur-occupé et
sur-utilisé par l’urbanisation, les activités industrielles,
portuaires, halieutiques et de loisirs. Souvent excessive,
cette occupation aboutit à la dégradation du milieu
physique et à hypothéquer toute possibilité de gestion
meilleure de l’espace côtier et marin dans l’avenir.
Le processus de littoralisation de la population et des
activités est déjà très avancé et aboutit aussi à un
déséquilibre flagrant en terme d’aménagement du territoire.
Jusqu’à maintenant, l’approche n’a pas pu générer un effet
de durabilité. Les rejets urbains et industriels dans le
milieu marin, la sur-occupation du trait de côte,
l’épuisement de certaines ressources halieutiques et
l’érosion des rivages sableux - ressource à la base du
développement touristique – tout cela conduit à poser la
problématique du milieu marin en terme de choix fondamentaux
pour la mise en place d’une politique de gestion efficace de
cet espace précieux.
Les actions de sauvegarde, de réhabilitation, de gestion ne
peuvent se concevoir que dans le cadre d’une conception
intégrée, énonçant des principes clairs et bien définis,
dans un environnement juridique de droit et d’équité et
grâce à l’acquisition par tous d’une sensibilité écologique
et d’un comportement éthique.
L’action sur les facteurs de risques affectant le milieu ne
doit pas être guidée par les seules considérations
économiques. L’approche efficiente situe l’individu et son
environnement au centre des préoccupations et associe le
citoyen à la gestion de son espace, par la promotion d’un
cadre de vie et d’un mode de vie plus favorable à tous. Car
un état environnemental satisfaisant est une condition de
base pour un développement économique et social harmonieux.
Car il ne faut pas oublier que la vie dans un environnement
sain représente l’un des droits humain fondamentaux.
Conclusion
Ce rapport a visé à proposer une définition du concept de
développement durable, adaptée au contexte des pays
islamiques en voie de développement ; ces pays connaissent
l’effet de contraintes divers, comme la démographie,
l’urbanisation, la marginalisation de larges portions des
territoires.
Le développement durable signifie d’abord sans doute, la
mise à niveau de l’appareil productif, de l’Administration,
de la gestion de la chose publique, des comportements. Mais
la durabilité signifie aussi que ce premier objectif doit
être concilié à celui d’une valorisation et d’un
développement du patrimoine écologique et culturel.
Le développement dans un cadre d’ouverture est devenu le
seul modèle envisageable, les autres alternatives ayant
démontré leur incompatibilité - avec même la nature humaine.
Mais sans coopération régionale et internationale, la seule
ouverture commerciale risque de mener à des impasses.
La spécificité des territoires et des pays constitue une
richesse à cultiver, ce qui signifie que la mondialisation
ne doit pas imposer la banalisation. Plusieurs types de
modernités sont concevables. La recherche et l’innovation
dans le domaine des techniques, comme dans celui des idées
est aussi une assurance de progrès. C’est dans cette
perspective que nous devons fonder notre objectif de
développement durable sur les fondements mêmes de notre
culture islamique.
La volonté de tous et la ferme décision de s’orienter vers
un développement durable constitue un principe de base, un
projet de société et non pas un simple discours. Ce qui
signifie une stratégie claire et des actions précises, en
rupture avec les tendances actuelles. L’un des principes
fondamentaux est d’appliquer la recommandation principale de
l’agenda 21, c’est à dire une responsabilisation plus
effective au niveau des territoires et des collectivités
locales, l’État étant le coordinateur des acteurs ; mais
avec une participation plus effective et avec de nouveaux
rapports entre État, élus et citoyens et une réelle culture
de la durabilité imprégnant tous les programmes et toutes
les actions.
La gestion de la dégradation de l’environnement est une
priorité pour les pays musulmans qui se fixent comme
objectif de renverser la tendance installée, laquelle
aboutirait à des catastrophes écologiques, économiques et
sanitaires et plus globalement à une qualité de la vie
fortement détériorée. Il est important de viser le long
terme et le bien-être des générations actuelles et futures.
Des études doivent être menées dans le but de préciser les
impacts environnementaux possibles, de tout projet de
développement.
Mais il est surtout nécessaire de mettre en place les
réformes économiques, juridiques et sociales, à même de
garantir la mobilisation de tous en vue d’atteindre ces
buts. Dans ce contexte, la culture islamique et ses
enseignements doivent constituer une référence à laquelle la
formation des jeunes, le système d’éducation dans son
ensemble, mais aussi le système économique et la législation
doivent rester attachés.
|