Islamic Educational, Scientific and Cultural Organization - ISESCO -

 

Étude sur l’environnement et le développement durable dans les pays islamiques
(Le développement durable d’un point de vue islamique)

 

Introduction

Dans la région islamique, les problèmes d’environnement connaissent une nette accélération. Leur origine est en fait multiple :

- Des problèmes sont liés au besoin, à la pauvreté et au sous-développement en général et au caractère excessif des prélèvements sur  les ressources,  pour  satisfaire  des besoins essentiels en  énergie  ou  en nourriture ; ainsi la forêt, ressource fondamentale pour de nombreuses communautés, souffre des problèmes de surconsommation, de prélèvements illicites, en plus de l’inadaptation des législations aux conditions sociales variées, etc.) ; sa rentabilité est de plus en plus incertaine. La solution de ces problèmes s'intègre dans l'action globale pour l'amélioration du  niveau de vie, l'éducation et la promotion sociale.

- Des  problèmes sont liés à  un  dérèglement  dans  la production,  la  consommation ou la gestion de l'espace et se manifestent  par  un  modèle de consommation ignorant  le  coût  écologique des produits.

* Ainsi, l’extension de la surface agricole ne peut être conçue comme étant illimitée. Les extensions récentes importantes se sont souvent faites sur des terres marginales, donc plus fragiles.

* La zone littorale particulièrement fragile est sensible et très convoitée ; elle subit de nombreuses agressions par des pollutions diverses. Leur origine première réside dans la littoralisation excessive démographique et économique.

C’est là un problème fondamental d’aménagement du territoire et de distribution des activités. En effet, sur le trait de côte, se concentre la majorité de la population, l’essentiel des grandes villes, les grandes industries, et la majeure partie de la capacité touristique.

- Des dégâts sont dus à l'effacement des institutions traditionnelles de contrôle, sans  qu'aient  été mises en place des institutions modernes suffisamment efficaces, basées sur  la  participation des citoyens et leur association à la  prise de décision en ce qui concerne les  projets d'exploitation des ressources ou d'aménagement régional. C’est le cas des parcours de montagne au Maghreb, ou de l’eau dans les zones d’oasis, traditionnellement gérés dans un contexte d’effort collectif. Dans ces milieux difficiles, l’organisation sociale vise à gérer efficacement des ressources qui ont tendance à être rares, alors que la population continue de croître. Ceci sous-entend un dispositif de régularisation et de surveillance, de protection et un arsenal juridique, pour une utilisation plus économique des ressources et contre l'occupation ou la sur-utilisation des sites menacés.

- Les déficiences dans la maîtrise de la technologie et les insuffisances sur  le  plan  de l'équipement socio-sanitaire sont responsables de nuisances préjudiciables pour le confort et la santé des citoyens. La pollution représente une menace sérieuse pour les ressources hydriques aussi bien superficielles que souterraines. Une bonne partie de cette pollution atteint finalement le domaine littoral. L’accroissement démographique, l’urbanisation accélérée, l’industrialisation et les transformations techniques dans l’agriculture génèrent des rejets de matières polluantes qui dégradent la qualité de l’eau. L’absence d’équipements de dépollution, souvent même le manque d’infrastructures d’assainissement expliquent l’apparition de cas graves d’environnement malsain qui menacent la santé des populations et la qualité globale du milieu.

La dégradation de la qualité de l’air et son impact sur la santé des populations sont des problèmes majeurs de l’environnement en milieu urbain. Elle s’explique par  l’intensité du trafic routier et le vieillissement accentué des parcs automobiles. Les sources fixes sont les installations industrielles polluantes à cause de l’absence de contrôle des émissions et de l’utilisation de combustibles à forte teneur en soufre (fuel et charbon).

- D’autres dégradations s’expliquent  par  l'absence d'un sentiment d'identification du citoyen à un espace donné ou à une  ressource ; c’est le cas des comportements des émigrés ruraux récemment urbanisés, vis-à-vis des quartiers qu’ils habitent, notamment ceux qui représentent des valeurs réelles de patrimoine (médinas anciennes par exemple).

- Certains problèmes sont simplement dus au manque d'information,  à  l'absence de campagnes de sensibilisation, suffisamment  bien  menées  pour  toucher  la  majorité   des  citoyens, et pour convaincre de  la nécessité de modifier les comportements vis à vis des ressources,  des biens publics, du cadre bâti...

L'environnement est de ce fait à la fois un problème d'éducation, de développement, de modèle de croissance et d'information.  Pour tous  ces problèmes,  la solution passe par  une réadaptation  de  la  législation,  par  une  amélioration des méthodes  et  institutions de gestion,  c'est à  dire  par  un effort d'assainissement de la situation, écartant tout système de croissance disproportionnée et inégale, souvent responsable de tensions sociales mais aussi de dommages écologiques.

Dans le monde musulman, les spécificités relatives à la problématique environnement / développement durable sont de deux ordres :

- la religion musulmane aborde cette problématique dans ses enseignements fondamentaux, que l’on peut considérer précurseurs en la matière ;

- le monde musulman est formé en majorité de pays en développement, à la recherche de voies originales mais efficientes pour assurer un développement durable ; le fait de s’inspirer des enseignements et recommandations des textes saints présente une opportunité dans cette perspective.

I. Les perspectives mondiales et les fondements islamiques

1- Les perspectives globales socio-économiques

Le troisième millénaire enregistre dès à présent de grandes tendances :

- Le système socio-économique est menacé de graves déséquilibres de la productivité et de la distribution des richesses et services ; une bonne part de l’humanité vit dans la pauvreté, la majorité des pays islamiques notamment ; à l’intérieur des pays, le fossé se creuse entre ceux qui bénéficient de la croissance et ceux qui n’en bénéficient pas. Ce fossé extrême en terme de bien–être, d’accès aux ressources, de santé, menace la stabilité du milieu humain et de l’environnement global.

- Les changements planétaires sont de plus en plus accélérés ; mais la technologie en pleine révolution, les choix politiques générant des gains environnementaux et sociaux, n’arrivent pas à combler le fossé que crée la croissance démographique et la pauvreté, même si la révolution de la communication et la libre circulation de l’information semblent gommer les divisions du Monde.

Ainsi donc, le processus de globalisation, à la base d’une évolution sociale manifeste, n’est toujours pas dirigé contre les grands déséquilibres qui divisent le monde. Les défis économiques, sociaux et environnementaux empêchent d’envisager un futur durable pour la planète et la société humaine.

Depuis 1950, l’économie mondiale a plus que quadruplé et continue de croître, à un taux de 4% par an, malgré la crise asiatique. La moyenne annuelle de revenu est supérieure à 5000 $ par habitant, soit 2,6 fois celle de 1950 ; mais plus de 1300 Millions d’habitants vivent avec un revenu inférieur à 1 $ / j (365 $/an) ; et les pays développés n’hébergent que 1/5 de la population, alors qu’ils consomment 60 % de l’énergie. Le quart de la population mondiale vit dans une pauvreté sévère. Alors que la croissance annuelle du PIB a été de 1,17 % entre 1975 et 1995, le taux africain était de – 0,2 % celui de la région est-asiatique de 3 % et celui des pays de la Péninsule arabique a chuté (-2,9 %, soit un PIB per capita, passé de 6500 $ en 1975 à 3800 en 1995).

Dans les pays du Nord, la consommation et les rejets sont massifs et excessifs, causant des dommages à grande échelle, alors que la pollution de proximité est de mieux en mieux contrôlée. L’aspect environnement est mieux appréhendé, à cause des progrès technologiques, des avancées en matière de contrôle et de juridiction, mais encore plus à cause des efforts des media et de la société civile, dénonçant les projets pouvant générer des impacts négatifs pour l’environnement et la santé. Il reste le problème des impacts méconnus ou volontairement cachés au public et que l’on ne découvre qu’après qu’ils aient provoqué des dommages importants (exemple des aliments de bétail à base de produits animaux).

Dans les pays en développement, la pauvreté et la croissance démographique conduisent à une dégradation de plus en plus importante des ressources naturelles. Les alternatives à cette sur-utilisation sont faibles. En effet 1/3 de la population mondiale vit directement des ressources naturelles ; la dégradation de celles – ci réduit le niveau de vie de ces populations et les perspectives de leur développement. Dans ces pays, l’urbanisation non contrôlée et l’industrialisation génèrent de hauts niveaux de pollution, affectant l’environnement immédiat et le cadre de vie des populations et par là, leur santé. L’état de pauvreté ne permet pas de pallier aux nuisances de ce cadre de vie défectueux, ce qui affecte d’autant la santé.

Les perspectives futures sont loin d’être tranquillisantes. Le PIB mondial continuant de croître, les besoins alimentaires, la consommation d’eau et d’énergie aussi, les inégalités n’en seront que plus importantes, la faim, les maladies et la mortalité qui s’en suivent, se renforçant même dans certaines régions du Monde. Le stress environnemental sera pourtant plus important, dû au changement global, ou à la pollution de l’environnement immédiat. Mais l’impact sera de toutes façons plus sérieux pour les pays pauvres et pour les populations vulnérables.

Pourtant, des interventions politiques volontaires peuvent corriger ces tendances, en influant sur les choix de consommation, sur les modèles de développement. Des valeurs humaines plus en relation avec l’Ethique universelle, et auxquelles l’islam recommande de se rattacher, peuvent permettre de réguler les comportements individuels, comme les choix de société, aboutissant ainsi à une correction des tendances évolutives actuelles.

Les forces orientant l’évolution environnementale sont les suivantes :

a- Démographie

La croissance démographique signifie :

- un besoin en ressources supplémentaires, pour répondre aux besoins essentiels des populations,

- des efforts supplémentaires pour absorber les déchets produits en plus.

La baisse de la mortalité depuis le début du siècle répond à une certaine amélioration de l’environnement sanitaire. Mais d’autres indicateurs permettent de différencier les pays avancés et les pays en développement (mortalité infantile, mortalité à l’accouchement, cas de diarrhées infantiles etc.). La chute de fertilité est corrélée avec les progrès dans les revenus et l’amélioration de la santé. Or, ces progrès ne peuvent être garantis sans croissance économique, sans amélioration du système éducatif et du système de couverture sociale.

Parmi les changements démographiques fondamentaux, il faut citer l’urbanisation ; le nombre d’urbains est passé de 750 M en 1950 à plus de 2500 M aujourd’hui et il prévu 500 M en plus en 2025. 90 % de cette croissance sont réalisés en pays en développement, avec tout ce qui s’ensuit comme problèmes environnementaux et sanitaires.

b- Economie

Les pays en développement sont dans une courbe croissante de production (fertilisation de l’agriculture, industrialisation, construction de métropoles urbaines, de réseaux de transport et de distribution) mais aussi de pollution et, l’environnement est parfois considéré comme un luxe. Par ailleurs, les transformations économiques et les délocalisations, si elles favorisent la croissance, augmentent aussi les nuisances dans les pays où les investissements en industries polluantes sont réalisés.

L’innovation technologique, due à l’augmentation du nombre d’ingénieurs et de scientifiques et aux progrès de la communication au sein de la communauté scientifique améliore l’efficience du processus de production, de l’énergie et des matériaux. Le recyclage est de plus en plus utilisé. Des substitutions de produits amènent un développement, sans augmentation des matériaux nécessaires. Mais parmi les pays en développement, seuls certains pays asiatiques sont efficients en terme d’énergie et de contrôle de la pollution.

Dans le domaine des transports, la mobilité et les loisirs ont imposé de profonds changements, avec notamment l’augmentation du nombre de véhicules (passage de 40 M à 680 M de 1945 à 2000). Le transport consomme le 1/4 de l’énergie et la 1/2 du pétrole produit. Ce secteur contribue donc fortement à la pollution atmosphérique. Les améliorations techniques permettant les réductions de consommation à l’unité sont dépassées par la croissance du nombre de véhicules. L’effet sur la santé, ajouté à celui des accidents corporels représente un coût élevé pour la société.

c- Politique 

Sous la Colonisation, que la majorité des pays en développement ont connue, comme après la décolonisation, l’objectif économique a primé sur l’objectif social ou environnemental. Aujourd’hui, la libéralisation est un processus généralisé, dans lequel le coût environnemental est souvent exclu de la décision. Avec la globalisation, les gouvernements, censés être les protecteurs des biens publics, sont de plus en plus déchargés de ce pouvoir et sont entrain de perdre de cette influence, au bénéfice de multi-nationales qui ont le profit immédiat comme premier objectif.

Heureusement, des organisations multiples accordent à la dimension sociale et environnementale une valeur supplémentaire ou la placent même comme priorité. Un certain équilibre est en voie d’établissement. Il reste dans les pays en développement à mettre en place une coordination et des structures de gouvernance et de contrôle, à même de protéger les biens publics et le bien–être des populations. Pour atteindre ce but, des financements doivent être mis en place. C’est ce qu’ont pu assurer les pays développés, grâce au transfert de 20 à 45 % du PIB, aux gouvernements sous forme de taxes, prévues pour améliorer la qualité de la vie.

La globalisation comporte des dimensions environnementales importantes, le trou d’ozone, le changement climatique, l’extension de polluants et d’organismes agressifs… La croissance des investissements privés étrangers directs (25 000 M $), au détriment de l’aide au développement (< 50 000 M $) explique le recul de la capacité du secteur étatique à fournir des biens publics et des offres de prise en charge de l’environnement. Or, ces investissements directs issus de corporations globalisant la technologie, ne couvrent pas les coûts environnementaux et de santé.

Les coûts environnementaux et les frais de protection sont donc de plus en plus envisagés comme des barrières à la liberté des échanges, alors que le défi est de mener la libéralisation en concomitance avec une réelle amélioration du bien–être et de la qualité de la vie.

La dette accumulée par les pays du S vient pour compliquer la situation. La détérioration des termes de l’échange rend plus difficile le remboursement et les politiques d’ajustement structurel, en réduisant les dépenses gouvernementales, ramènent l’environnement à des niveaux très bas de priorité.

Parmi les choix politiques, on peut aussi prendre en considération celui pour la paix, devenue condition première pour la stabilité environnementale et le bien–être des populations. En plus des pertes brutales en vies humaines, la guerre et l’insécurité occasionnent une chute des systèmes de production, affectent l’environnement, par des pollutions accidentelles majeures et des phénomènes de surexploitation de ressources et la santé, par l’utilisation d’armements aux effets encore inconnus.

d- Valeurs et styles de vie

Les modes de consommation et les styles de vie ont tendance à s’homogénéiser, au détriment des cultures locales. Ces nouvelles habitudes produisent un excès de déchets, tout en augmentant le besoin en ressources (eau, énergie). La rationalisation de la consommation, mais surtout la renaissance de cultures locales fondées sur une éthique de consommation et de respect de l’environnement et de l’homme, constituent un objectif nécessaire. La référence à la culture islamique peut représenter une chance à saisir pour toutes les communautés musulmanes.

e- Lois, Institutions et outils économiques

- Le concept de développement des années 50 – 60 était basé sur l’idée que la richesse améliorerait forcément  le bien – être. Depuis, le développement humain est devenu au centre du développement, avec la mise en place de critères mesurables, comme l’espérance de vie, l’analphabétisme, le PIB per capita. Depuis 1992, le développement est conçu comme un processus complexe impliquant des aspects d’environnement et de culture sociale.

- Des outils de mesure globaux, intégrant des indicateurs environnementaux, économiques sanitaires et sociaux sont proposés pour l’évaluation des nouveaux produits mis sur le marché et les comparer avec les produits habituels.

- Information et conscientisation des consommateurs pour des produits et services plus durables, en les informant sur le coût environnemental et sanitaire (prix spéciaux pour produits écologiques).

La régulation est l’instrument clé de la politique environnementale. Depuis 1990, l’approche devient intégrée, avec spécification de normes et standards. Mais cet effort sous–entend un suivi et des inspections, en plus d’agences de contrainte, ce qui signifie des dépenses en fort accroissement. Dans les pays en développement, les lois adéquates sont proposées en retard, et surtout non mises en application. Les capacités de régulation sont limitées. Dans les pays du N, la politique environnementale est de plus en plus intégrée dans la sphère du développement durable, notamment avec l’implication forte de la société civile.

Les lois et institutions environnementales ont été fortement développées durant les 30 dernières années dans la plupart des pays. Les politiques de gouvernance et de contrôle, par une régulation directe représentent l’instrument le plus adéquat. Mais l’efficience de ces politiques dépend des méthodes de mise en place, du niveau de coordination institutionnelle et du degré d’intégration politique. Car, souvent ces politiques sont organisées sur un plan sectoriel, même si la planification des projets et les études d’impact sont devenues, partout la règle.

De nombreuses régions ont vu leurs institutions renforcées. Mais d’autres sont en voie de dérégulation, avec tendance à utiliser plus, les instruments économiques, et à donner plus d’importance aux initiatives privées. Cette tendance est renforcée par le constat de la complexité de la régulation, des coûts élevés du contrôle.

Les accords multilatéraux créent des instruments forts pour faire face aux problèmes environnementaux. C’est le cas des accords au sujet de l’eau, dans le cadre des grands bassins. C’est aussi le cas des conventions universelles, sur le changement climatique, la biodiversité.

 

2- Mondialisation et identité islamique

La mondialisation s’impose à tous. Aussi faut-il en identifier les aspects positifs et en tirer profit au service du développement humain. C’est pourquoi il convient d’adopter une approche permettant d’en prendre le contrôle, afin de participer pleinement à l’édification de la civilisation humaine, tout en puisant dans l’authenticité et l’identité islamiques.

Cela suppose la capacité de notre système économique, social et politique, d’être compétitif, grâce à un effort continu en vue du développement et de la modernisation de l’économie, de la société et de la culture.

Or, selon l’étude sur la "Mondialisation et la vie culturelle dans le Monde islamique" du Dr A. D. Altwijri (2001), seulement 15 % de la population mondiale produit l’essentiel des inventions technologiques modernes. Le reste de la population, dont celle du monde musulman,  se répartit entre une fraction, capable d’accéder à ces technologies et une part qui n’y a aucun accès.

La moitié de la population mondiale vit une situation économique et sociale précaire :

-une croissance démographique excessive : 90 % de la croissance mondiale a lieu dans des pays en développement, dont les pays islamiques ;

-un tiers de la population est en dessous du seuil de pauvreté ;

-La mortalité infantile et la malnutrition concerne un grand nombre de PED ;

-Les effets des guerres et de l’insécurité, notamment les violences et déplacements de population ;

-L’engagement politique des PED dans les programmes d’ajustement structurel, délaissant ainsi l’objectif de l’équité sociale.

Seules des réformes allant dans le sens de la réalisation de l’essor des sociétés islamiques peuvent  permettre de dépasser l’état de sous – développement et d’accéder au progrès.

Cela suppose de "mettre en marche l’action islamique à tous les niveaux, afin de renforcer la solidarité islamique et d’en faire le pivot de la coopération entre les membres de la communauté islamique, dans tous les domaines, l’objectif ultime étant d’asseoir un développement global, de rehausser le niveau de vie au moyen de la lutte contre les injustices, la pauvreté, l’ignorance et les maladies et de faire régner l’esprit civique"*.

En ce début de millénaire, un nouvel ordre mondial prend place, dans lequel l’élément prédominant va être la globalisation des phénomènes et leurs inter-connections.

Ce nouvel ordre de globalisation n’échappe pas à la menace des effets possibles du système en place et de ses tendances évolutives, sur la vie de l’homme, notamment avec la persistance de la pauvreté, de la famine, de l’analphabétisme. Cette sensation de menace s’accompagne de plus en plus de la conscience de l’interdépendance entre développement économique, social, gestion des ressources et protection de l’environnement.

En fait, cette prise de conscience doit s’accompagner d’une réelle compréhension de ces inter-relations entre la connaissance scientifique, l’action environnementale, et le bien – être de la population.

De la situation actuelle de globalisation et d’inter-relations complexes, une nouvelle vision émerge. L’homme devient au centre de la politique mondiale, l’objet fondamental de la recherche et le centre d’intérêt des décideurs. Ce qui se rapporte aux problèmes purement matériels est de plus en plus envisagé à travers ses impacts et effets sur l’homme. Le système actuel base son discours sur ces principes, même si  dans les faits, ce discours est loin de constituer un principe universel, applicable à tous ; dans les faits, une cassure nord-sud s’étend et s’exagère, compliquée par des déséquilibres sociaux manifestes.  Mais si l’on se réfère au patrimoine islamique, on découvre que ce principe de fonder toute la dynamique évolutive sur l’Homme, son action et son intelligence, représente un fondement premier de la pensée musulmane.

 

3-Les fondements islamiques

Les enseignements de la religion islamique ont très tôt considéré les problématiques complexes du développement et de l’action menée par l’homme dans cette perspective.

En effet, les principes de la religion musulmane sont fondés sur une vision globale et profonde, celle que l’homme doit interférer avec son environnement, dans le sens où ce dernier est une richesse publique, à protéger pour la durabilité du Monde et de l’être humain sur terre. Cet environnement n’est pas uniquement conçu dans sa dimension spatiale ; il est aussi perçu dans sa dimension temporelle, puisque l’homme est prié d’analyser la conception de l’Univers, et de remonter le temps pour comprendre sa genèse.

L’homme doit mener sa courte vie, dans une symbiose avec les écosystèmes, conçus comme représentant une ressource inégalable pour l’homme et profiter des ressources, en réfléchissant à la diversité et à la complexité des créatures, base même de la foi en Dieu et en sa puissance créatrice.

La région islamique a mis en place les bases d’un système juste et équilibré. L’homme se doit selon les textes sacrés, d’organiser sa vie sociale sur les fondements de la morale coranique et notamment : "ordonner le convenable et réprimer le blâmable".  L’effort collectif  est le moyen d’atteindre ce but, par l’entr’aide, pour le bien de tous.

L’Univers a été créé par Dieu, au service des humains, mais dans une optique de respect de la vie, de l’homme et de tous les êtres vivants. Dieu a honoré l’homme en lui octroyant cette faculté de créativité, de construction et d’innovation, afin de s’adapter aux problèmes qu’il rencontre (contraintes de la nature), tous en ayant une vision lointaine de planification de l’avenir.

Le musulman croyant est conscient qu’il fait partie du groupe et que son destin est lié à celui de ce groupe. La responsabilité est donc collective, car chacun doit chercher à s’améliorer et à œuvrer avec les autres pour orienter l’action dans le bons sens.

Dans cette perspective, il est recommandé de réfléchir et d’utiliser sa raison, pour faire évoluer son environnement social et naturel.

Dieu a tout créé dans ce Monde selon des normes bien précises. Ces standards voulus, sont seuls capables d’assurer à ces ressources à la fois la durabilité et le bon fonctionnement, pour que chaque élément joue son rôle plein et entier, avec une infinie précision. Tout ce qui vit entre dans le cadre d’un cycle déterminé par le Créateur, pour un rôle que seul  Dieu connaît – mais que nous somme priés de chercher à comprendre – et qui en constitue la fonction, car nulle créature n’est superflue, même pas celles qui nous paraissent nuisibles à première vue.

C’est pourquoi toute perturbation dans ces systèmes si parfaits, introduite par l’homme, a des impacts sur la totalité des écosystèmes, à travers des interactions souvent inattendues. Ces impacts ont des effets sur l’environnement, sur les ressources exploitées par l’homme, sur son cadre de vie, mais aussi plus directement sur son bien-être.

La religion islamique intègre donc dans ses principes, énoncés dans le Livre sacré et dans la Sunna, le devoir de l’homme de protéger l’environnement, de gérer au mieux les ressources, de perturber le moins possible les écosystèmes et à travers cela, de se protéger soi-même contre tout effet, direct ou indirect, lié à ces perturbations introduites par lui, afin de vivre dans un cadre adéquat et sain.

C’est pourquoi aussi, dans la pratique quotidienne, la religion musulmane insiste sur l’hygiène, la propreté corporelle, de l’habit et du lieu ou cadre de vie.

L’ablution, directement liée à la prière, l’un des cinq piliers de l’Islam, réalisée plusieurs fois par jours, avec de l’eau propre, a plusieurs significations.

- Elle suppose d’abord l’accès à une eau de bonne qualité, non souillée, provenant d’un environnement sain. Cette pureté nécessaire de l’eau d’ablution signifie donc l’interdiction des rejets directs d’eau souillée ou de détritus solides, dans l’eau, ou dans l’amont immédiat alimentant cette eau courante ou de nappe phréatique. La pollution générée par l’homme et ses activités est donc visée, que le rejet soit individuel ou groupé (égouts urbains). L’épuration des rejets liquides et le contrôle des décharges est donc obligatoire, si l’on veut garder à l’eau d’ablution sa qualité de pureté.

- Elle signifie par ailleurs, en raison de sa répétition quotidienne, une hygiène corporelle et une propreté de l’habit, fondamentales pour prévenir les infections, dans un environnement où l’homme est forcément agressé par différents types d’organismes et vecteurs nuisibles pour la santé.

La prière n’est valable que dans des lieux propres, ce qui a la signification d’assainissement de l’entourage, en empêchant l’accumulation de déchets, c’est à dire l’acquisition d’un comportement citoyen et respectueux.

Mais plus globalement, on trouve parmi les principes fondamentaux que la religion musulmane inculque à ses adeptes, celui de la primauté de la prévention sur la correction. Ce principe signifie que tout musulman est tenu d’œuvrer à protéger son environnement contre toute agression, susceptible d’effets négatifs, qu’ils s’agisse d’impacts directs ou indirects. L’étude d’impact sur l’environnement et la société, découle de ce principe. L’autre principe à retenir est que tout ce qui a un effet nuisible doit être considéré comme lui-même nuisible et donc interdit.

La morale islamique, dans ses principes fondamentaux, comme dans les pratiques qu’elle inculque, insiste donc fortement sur les liens et interrelations qui les unissent.

 

II. Environnement et développement durable, Les principes généraux

La prise en compte de la dimension Environnement – Développement durable date des années 1970, avec :

* La conférence de Stockholm de 1972.

* Le rapport Bruntdland: rapport de la commission mondiale sur  l’environnement et le développement, publié sous le titre "Notre avenir à tous". Il a introduit la notion de développement durable.

* L’Agenda 21: plan d’action pour le 21ème siècle adopté à la Conférence de   Rio en 1992  et destiné à mettre en place le concept de développement durable.

* la Conférence mondiale pour la Science de 1999.

Ces étapes montrent que les préoccupations d’environnement et de développement durable sont liées. Les principes et processus de planification émanant de l’Agenda 21 montrent une remarquable intégration.

1- Les modèles de croissance, l’environnement et le développement durable

Le Monde connaît des problèmes environnementaux qui représentent des menaces croissantes, dues à la surpopulation, à la sur-expansion de l’industrialisation, à la fois dans les pays développés ou en développement. Ces problèmes environnementaux affectent le milieu, la disponibilité des ressources, la santé humaine, du fait de la pollution, des changements dans les écosystèmes, de l’extension du trou d’ozone. 

Le besoin en conscientisation et en information est connu de la communauté internationale, depuis la conférence de Stockholm de 1972. De nombreuses initiatives ont suivi et confirmé ce constat, avec l’appui de nombreuses organisations et agences. En 1999, la Conférence mondiale pour la Science a déclaré la nécessité d’un pacte entre Science et Société en vue d’un futur durable et sain.

La première exigence formulée vise la prévention de l’exposition humaine à tout risque environnemental ou hygiénique, grâce à un changement fondamental de comportement environnemental. La seconde exigence, à mener en parallèle, consiste dans une implication plus directe des décideurs à ce sujet.

Ainsi, une nouvelle vision comportant la sensibilisation, la formation de capacités, la durabilité de l’action, doit prendre racine dans l’esprit des décideurs et politiciens qui doivent être capables, à la fois de prévenir les impacts négatifs de leurs choix et de réagir positivement pour corriger les effets imprévus ou incontrôlables.

De plus en plus, l’état de notre environnement est déterminé par les activités économiques et les installations humaines. L’impact est devenu tellement profond, qu’il est en passe de transformer la chimie de l’atmosphère et par là,  la dynamique météorologique suscitant ainsi un changement global dont les répercussions sont parfois inattendues. Quant à la qualité des milieux, à la diversité des écosystèmes, l’artificialisation est déjà fortement avancée, avec sans doute de nombreuses dégradations mais aussi des améliorations certaines touchant la qualité de la vie.

Il est clair que le modèle de croissance actuel, de par le monde, ne mène pas vers le développement durable. Globalement les équilibres macro-écologiques sont rompus et peu d’efforts, peu de volonté sont déployés pour y remédier, même si le discours semble l’exprimer. Même là où la réussite économique est réelle, les impacts sociaux et écologiques sont importants à des échelles diverses (Masood, 1998). Là où la réussite économique est moins réelle, les problèmes sont accrus et notamment les risques d’implosion sociale et les risques de santé ou de catastrophes écologiques irréparables.

Le développement des pays du Nord comme du Sud génère des nuisances portant  préjudice aux pays eux - mêmes et plus globalement au milieu marin et à l’atmosphère terrestre. Les perspectives de développement et les stratégies sectorielles ont un impact fondamental sur l'environnement et conditionnent la disponibilité future des ressources et la qualité de la vie. C'est pourquoi les choix de développement doivent être soucieux de la composante écologique, à concevoir de plus en plus comme base de développement, soutien du développement et non plus comme entrave au développement.

Si on replace les perspectives de l’environnement dans un cadre global, celui des pays industrialisés et des pays en développement, on remarque une nette opposition :

- d’un côté des pays industrialisés, équipés, où les problèmes d’environnement sont l’expression de cet état avancé de l’économie, avec en particulier des taux élevés d’émissions gazeuses, affectant la totalité de la planète, une dégradation de l’atmosphère dans les agglomérations urbaines, en liaison avec le développement industriel et la primauté des transports individuels, une artificialisation extrême de l’espace, des nuisances diverses liées à l’extension des villes et une marginalisation de l’espace rural, transformé avant tout en espace de loisirs; ces pays ont ainsi une production massive de polluants qui ont un impact global sur le système terrestre; par contre, à l’échelle locale, la maîtrise du milieu est beaucoup plus avancée, et l’environnement beaucoup plus sain, du moins en apparence (hygiène du milieu aquatique, efforts de salubrité des villes); mais il persiste de nombreuses inconnues et de nombreuses informations cachées (ex des maladies pernicieuses de l’environnement ou du mal développement, nouveaux problèmes de santé liés à des choix technologiques dictés par le productivisme, dans le domaine de l’alimentation entre autres…) ;

- de l’autre côté des pays en développement sous-industrialisés, sous-équipés, où les problèmes d’environnement sont d’une part, liés à la pauvreté et au besoin et se concrétisent par un sur-prélèvement de ressources, générateur de dégradation des terres, d’autre part des problèmes dûs au dérèglement des systèmes de production, de consommation et de gestion de l’espace, en l’absence d’un équipement satisfaisant et d’institutions de gestion efficaces ; ces pays ont une production mineure de nuisances à l’échelle globale et n’influencent que très secondairement les systèmes planétaires ; mais le cadre de vie est insalubre et inadéquat ; la pollution est directement visible et a un impact immédiat sur la santé (exemple des maladies hydriques). 

Dans le cadre de ces pays en développement, aux moyens limités et en l’absence de moyens matériels suffisants, le développement durable signifie donc,

– d’abord la nécessité d’avantager la ressource humaine, l’ingéniosité, comme élément moteur de la conception à l’application des solutions, plutôt que la technologie mal maîtrisée ;

– ensuite, l’avantage donné aux recettes alternatives proposant des solutions au moindre coût, plutôt que des projets lourds en financement.

Le développement économique et l'amélioration du niveau de vie sont des conditions nécessaires pour garantir une protection efficace de l'environnement. C'est pourquoi la perspective d'ouverture sur le monde, porteuse d'espoir de développement, doit être saisie comme une chance pour l'environnement.

Car, sans ressources financières supplémentaires, les pays du S ne peuvent placer l’environnement au premier plan de leurs préoccupations et sans appui technologique, et sans soutien au transfert avec maîtrise de cette technologie, l’écologie ne pourra être que négligée.

La coopération internationale et régionale est donc indispensable pour assurer la sauvegarde des écosystèmes, ainsi que pour l'instauration ou le maintien de conditions de salubrité du milieu et de qualité de la vie satisfaisante.

Les conventions internationales en matière d'environnement délimitent les responsabilités partagées en terme de transformation des systèmes climatiques globaux, de dégradation de la diversité biologique, de désertification. Les pays du sud ont fait le choix d'adhérer à ces conventions pour montrer leur bonne volonté à collaborer en vue de minimiser les processus globaux de dégradation. Ils attendent en retour un soutien technologique, financier pour l'application de pratiques énergétiques et industrielles moins polluantes.

Le monde actuel connaît deux tendances opposées, la liberté des échanges des biens et services et la globalisation d’une part, la montée des particularismes culturels et l’appel à la sauvegarde de l’environnement et du patrimoine, pris dans son sens le plus large, d’autre part. Par ailleurs, la fracture entre un monde développé et riche et tout un ensemble de régions et de couches sociales marginalisées et appauvries rend illusoire l’accomplissement d’un développement réel, tant que perdurent les conditions actuelles en terme de système économique, de choix fondamentaux, de comportement et d’état d’esprit.

Cela mène à se poser la question : le système économique mondial actuel, fondé sur la liberté des échanges, la réduction de barrières face à la circulation des biens et services, la sur-puissance des multinationales et la globalisation, en même temps qu’il laisse planer des craintes pour les économies locales des pays du Sud, qu’il génère des situations sociales de marginalisation, ne représente-t-il pas en outre un système aux coûts et impacts environnementaux et culturels démesurés ?

Même dans les pays du Nord, la conscience est générale que la mondialisation, malgré la croissance économique générée, comporte toute une série de coûts sociaux et environnementaux. Mais, on se rabat toujours sur l’assurance que les bénéfices escomptés dépassent les impacts négatifs ; par exemple, certains théoriciens économistes avancent qu’une partie des gains tirés de l’expansion économique suffira pour rabaisser le taux de pollution. Ceci est vrai déjà pour les nuisances de proximité, générées par les villes et les industries (pollution des grands cours d’eau d’Europe par exemple), mais néglige les accidents inattendus et surtout on ne tient pas compte de la pollution globale (émissions dans l’atmosphère) qui continue de menacer les grands équilibres du globe.

Pour les pays du Sud, la globalisation pose des problèmes autrement plus ardus. Le souhait de profiter de l’investissement étranger est en concurrence avec la crainte de l’impact économique sur les petites entreprises locales. En même temps, les modèles de croissance véhiculés ne sont nullement en faveur du règlement du problème du chômage. La globalisation est aussi perçue comme ayant des impacts culturels, puisqu’il s’agit aussi d’un marché libre d’idées ; enfin, elle a un coût environnemental sérieux :

- d’abord du fait que les multinationales, dans leur désir d’accroître leur profit, chercheront à s’implanter avant tout là où les normes d’environnement sont les moins contraignantes – au même titre qu’elles préfèrent les plus faibles exigences salariales ;

- par ailleurs, les pays récepteurs d’investissements, ne peuvent plus les canaliser vers les secteurs dont ils ont besoin ou les dévier des secteurs qu’ils jugent nuisibles pour leur environnement ;

- ensuite du fait que certaines règles de l’OMC sont en conflit avec la politique de santé et avec les conventions des Nations Unies sur l’environnement ; ainsi, il est devenu impossible d’empêcher l’introduction sur le marché national d’un produit jugé nuisible (exemple des produits génétiquement modifiés, produits par les USA, dès lors qu’ils ont été certifiés sains par les services de contrôle du pays exportateur) ; d’un autre côté, la convention sur la biodiversité stipule que les pays ont la possibilité de réguler l’accès à leurs ressources génétiques, par exemple en leur donnant le droit de valoriser leurs produits naturels – médicaments et cosmétiques entre autres –  et de profiter équitablement de leur transformation, alors que les règles de l’OMC ne reconnaissent pas la contribution des guérisseurs locaux dans la recherche des produits et la proposition de recettes pharmaceutiques.

La richesse actuelle du monde n’a pas de précédent, puisque le PIB mondial s’est multiplié par 7 en 20 ans, le revenu per capita par 3 et la consommation de biens et services par 2. Mais les inégalités se sont creusées, entre pays, entre régions dans un même pays et entre classes sociales, de telle sorte que les disparités sont devenues réellement inhumaines. Ainsi les ruraux qui représentent les 2/3 de la population mondiale ne profitent que d’1/4 des services offerts. Ces disparités ont d’ailleurs tendance à s’accuser et l’état de pauvreté touche maintenant 90 % de la population mondiale (Spire, 1999).

Le développement prôné aujourd’hui - avec des multinationales bénéficiaires et envahissantes, des états qui se débarrassent à la fois de leur patrimoine économique (souvent le plus profitable) et de leurs responsabilités sociales, des inégalités qui aboutissent à un état de coupure réel - ne peut contribuer au développement véritable, mais juste à des situations de croissance, à faible création d’emploi, à mauvaise distribution des revenus et à faible participation des plus démunis à la démocratie effective ; il conduit enfin à la négation des identités et à la viabilité non assurée du fait de la dilapidation des ressources.

La recherche des seuls équilibres macro-économiques a eu des effets économiques et sociaux très lourds. Ainsi, dans beaucoup de campagnes l’arrêt des subventions aux intrants a relevé le coût de production et bloqué l’amélioration des techniques, alors que le maintien de prix de vente trop bas a aussi empêché le réinvestissement. Le développement rural s’en est ressenti, d’autant plus que les villes ont une préférence pour les produits importés (farines de luxe, fruits secs …). Le développement globalisant marginalise donc les économies locales (Griffon, 1999).

L’espoir provient d’une prise de conscience que l’accent a été mis sur le quantitatif aux dépens de la qualité. D’où l’apparition de nouveaux critères pour juger du développement d’un pays, en mesurant les performances en terme de qualité de vie. Les inégalités sociales, pourtant faussement justifiées dans de nombreux cas par l’exigence d’efficience, sont de moins en moins acceptées, alors que le développement est de plus en plus perçu comme un processus global, intégrant l’économique, le social et l’écologique et mettant la personne humaine au premier plan.

Ainsi le développement durable réel comporte toute une série de principes :

- d’abord il a une finalité sociale, ce qui suppose  une conception culturelle dont le fondement est le partage des richesses et des droits ;

- c’est un processus écologiquement prudent, pour éviter tous les dommages que l’homme peut maîtriser, tout en étant d’une réelle efficacité économique ;

- c’est un processus qui s’assure des bases issues du patrimoine culturel local ;

- c’est enfin un développement équilibré sur le plan spatial et qui répond équitablement aux besoins des différents territoires du pays.

Cette conception suppose l’ingéniosité et l’innovation (Brodhag, 1999) ; ainsi, il ne suffit pas de critiquer les options économiques productives de dommages écologiques ; il faut prospecter les situations positives pour les deux objectifs, comme les gains économiques et écologiques que l’on peut retirer du recyclage des déchets ou de la recherche énergétique alternative, capable de réduire à la fois le prix de revient de l’énergie et les émissions de gaz polluants (Griffon, 1999).

Actuellement, sur le plan des relations de l’économique et du social, deux situations prédominent de par le monde :

- celle où le marasme économique entraîne une dégradation sociale et environnementale prononcée ; c’est le cas de nombreux pays en développement ;

- celle où les choix de croissance économique ne génèrent pas de développement social parfait et où l’environnement ne progresse que par certaines de ses facettes.

Par contre une réelle tendance positive sur tous les plans est rarement enregistrée. Or, la seule croissance que l’on peut qualifier de développement est celle qui enregistre des progrès sur les trois tableaux, c’est à dire une croissance économique et un développement à la fois social et durable.

Pour atteindre ces buts, il faut agir sur le plan institutionnel, par le maintien d’un rôle fort de l’Etat, dans le domaine de la régulation du marché, par l’extension de l’exercice des droits politiques et économiques à tous les citoyens, le droit à une vie digne, par l’insertion productive et la promotion de l’homme, et par le renforcement de la capacité des populations à prendre en charge des décisions relatives à leur territoire (Morata, 1999). La gestion de l’environnement ne peut se résoudre par une politique libérale sauvage, non accompagnée d’une intervention importante de l’Etat et des Collectivités locales, mais par des incitations, des investissements publics dans le cadre notamment de la lutte contre la pauvreté et le besoin, en vue d’un développement social réel, une juridiction adaptée, une éducation, une information plus ambitieuse visant la dissémination d’habitudes de production et de consommation raisonnables.

La perspective d’ouverture ne doit nullement signifier l’uniformisation. La société des pays du Sud se doit d’encourager les modes de vie et de gestion de l’espace, porteurs d’une charge culturelle et d’une diversité car ces modes impliquent des pratiques de protection et d’aménagement adéquat des ressources du terroir, des ressources auxquelles ces populations s’identifient et qu’elles s’approprient.

 

2- Environnement, Activités économiques et options de développement

2-1- L’Industrie

L’industrie est l’exemple même d’activité en forte compétition avec la salubrité de l’environnement. Mais cette inadéquation peut s’estomper à la mesure des progrès technologiques et des avancées dans la normalisation. De ce point de vue, l’opposition entre pays du N et du S est manifeste. Dans les pays du Nord, l’industrie traditionnelle a fortement décliné, au profit des technologies de pointe. La réduction des pollutions de proximité s’en est suivie avec une réelle amélioration de la qualité de la vie. Par contre, la responsabilité de ces pays dans le changement global, dû aux émissions de gaz à effet de serre, est évidente. Par ailleurs on ne peut exclure la possibilité de risques inattendus qui peuvent générer des catastrophes (exemple des accidents nucléaires) ; on ignore aussi parfois certains risques sanitaires, liés à l’utilisation de biotechnologies, en l’absence du respect du principe de précaution. Sur le plan spatial, l’industrie lourde reste fortement dépendante des transports maritimes ce qui explique sa concentration sur le littoral, à l’origine de conflits entre activités, notamment avec le tourisme balnéaire.

Les pays du S connaissent un important développement industriel qui profite des investissements étrangers, dans le cadre global de la délocalisation, prônée par les Multinationales. Ce transfert de branches industrielles vers les pays du S, s’opère plus facilement du fait du caractère moins contraignant des régulations et donc de la possibilité pour les investisseurs d’obtenir un prix de revient plus bas des produits manufacturés, grâce à l’utilisation de technologies moins sophistiquées et donc moins coûteuses. Mais, dans les pays d’accueil, la non-maîtrise technologique et l’encadrement moins suffisant font craindre le risque d’accidents exagérés, plus difficiles à contenir. Enfin, le processus de littoralisation est encore plus affirmé que dans les pays du Nord. Sur les deux plans quantitatif et qualitatif, les rejets sont donc fortement dommageables pour l’environnement et risquent d’interdire d’autres activités sur les mêmes espaces.

Le souhait des pays du S de profiter d’investissements productifs est donc en contradiction avec le souci de préservation de l’environnement et des équilibres sur le plan spatial. Ainsi, dans beaucoup de pays, les lois fondamentales sur l’Environnement tardent à être promulguées, car une normalisation plus restrictive est perçue par certains investisseurs comme une entrave au développement.

Il y a pourtant des chances importantes que les pays du Sud se doivent de saisir, dans le cadre de la globalisation :

- d’abord le caractère d’industries d’exportation, impose de plus en plus à certaines branches délocalisées, des normes et des  régulations qui soient conformes à celles des pays importateurs, soucieux de ne recevoir que des produits de qualité ; il faut néanmoins ajouter que ce sont la Société Civile et les médias des pays du Nord qui jouent un rôle fondamental dans la promotion de la qualité et dans la recommandation d’un traitement égal ;

- ensuite, pour adopter les principes et recommandations des conventions des Nations Unies sur les grands équilibres de la Planète, les pays du S monnaient leur disponibilité à participer à l’effort général, en exigeant des soutiens matériels, une coopération plus soutenue et des transferts de technologie sophistiquée, notamment dans des domaines où la technologie traditionnelle induit une pollution excessive (domaine de l’énergie, de la combustion etc.).

2- 2- L’agriculture, la pêche et les nouvelles technologies

La croissance, dans plusieurs domaines, celui de l’agriculture notamment consiste dans la réalisation de gains de productivité (intensification, baisse des coûts de revient, diminution de la pénibilité du travail) grâce à la combinaison d’une exploitation efficace des ressources, et d’innovations technologiques soutenues. Pourtant des risques existent, en terme de renouvellement des ressources, mais aussi de maîtrise des technologies. Ces risques sont classés en risques de santé, d’environnement ou de qualité de la vie.

Le système économique actuel s’est accommodé en partie des phénomènes de dégradation, tant que ceux-ci n’atteignaient pas des seuils critiques. Puis différents événements ont été à l’origine de la remise en cause de cette situation. Ainsi dans l’halieutique, on a toujours distingué les modèles de l’optimum biologique et de l’optimum économique, jusqu’au moment où des espèces ont déserté certains espaces de pêche. Les conventions des Nations Unies (changements climatiques, désertification, biodiversité) viennent en réponse à des problèmes réels, liés à des modèles de développement non adéquats.

La référence au développement durable est ainsi devenue constante, mais avec des interprétations très nuancées en ce qui concerne les ressources agraires. La position des " productivistes " est que le capital naturel de l’agriculture peut être remplacé grâce au progrès technique; pour les teneurs de la durabilité, la gestion doit être conservatrice, dès le moment où on a des doutes sur la fragilité de la ressource ; enfin, des "écologistes" plus extrémistes parlent d’une approche de prudence ou de précaution, signifiant ainsi leur volonté de ne pas prendre de risque, en exploitant certaines ressources ou en appliquant des techniques jugées encore à l’état expérimental...

La notion de viabilité est appliquée aux systèmes agricoles (Griffon, 1999) : elle signifie la capacité qu’ont les écosystèmes de se renouveler et de continuer à fonctionner, sans dégradation ; cela suppose une bonne gestion des flux - d’eau, de minéraux, de crédits - et des stocks (taux de matière organique, réserve en eau du sol…). Elle signifie aussi une capacité de résistance du système aux chocs, exemple d’une phase de stress hydrique. Elle signifie enfin l’absence d’effets externes négatifs, comme une pollution hors-site, dommageable pour d’autres ressources ou d’autres milieux. Dans les trois ordres d’idées, la viabilité a une acception avant tout économique. C’est la menace qui plane sur la ressource ou sur la poursuite de l’activité.

La garantie de viabilité des systèmes d’exploitation suppose une gestion intégrée des divers constituants de ces systèmes. Ainsi, la terre agricole est source de production alimentaire, énergétique (bois de feu), textile (coton, laine …). Mais elle est aussi la source de plusieurs impacts externes, puisque les pratiques agricoles (effet sur l’érosion des sols) et les produits phyto-sanitaires (effet de pollution) influencent l’environnement et le cadre de vie en aval. Les choix actuels, s’ils sont abusifs, peuvent interdire une utilisation future.

Certains des impacts externes de la même activité sont par contre bénéfiques, en sus de la production. On peut citer la valorisation du terroir local, grâce à l’entretien des aménagements (entretien des équipements hydro-agricoles ou de conservation des eaux et des sols) ; à la conservation de cultures et de savoir-faire ; à la mise sur le marché de produits "labellisés" ; à la limitation de l’exode rural…

C’est pourquoi, l’activité agricole doit être estimée en fonction de ses effets environnementaux. Les critères de bénéfices écologiques sont positifs et méritent d’être encouragés : bénéfices escomptés pour la faune, pour la qualité de l’eau, pour la réduction de l’érosion éolienne, etc.

La comparaison des deux pays du Nord et du Sud, est édifiante en ce qui concerne le binôme agriculture / environnement. Dans les pays du Nord, l’évolution agricole se base sur l’intégration amont – aval, de la production des intrants à la commercialisation des aliments et sur la reconversion des espaces marginaux à faible productivité, vers de nouvelles activités. L’agriculture ne représente plus qu’une partie de toute une chaîne productive et de services.

Dans les pays du Sud, la surface agricole continue de s’étendre aux dépens de la forêt et des parcours steppiques, alors que la pression sur la terre s’exagère, avec tous les risques de dégradation que cela induit. Le dualisme de deux secteurs agricoles (grande agriculture moderne et petite agriculture traditionnelle) se creuse, avec une marginalisation accentuée du deuxième secteur, alors qu’au premier est liée toute une série de risques (sur-consommation d’eau et pénurie ; pollution des sols et des nappes, liée à l’utilisation non maîtrisée d’intrants, salinisation des secteurs d’irrigation …).

Les options, en vue d’une gestion agricole plus équilibrée, avec moins d’impacts négatifs, sont multiples :

- le principe de la différenciation spatiale des politiques agricoles, c’est à dire une utilisation modulée des outils dont peuvent disposer les responsables du secteur agricole - les incitations, les allègements fiscaux, les subventions - en fonction des vocations des terres, conduisant ainsi à une meilleure distribution des spéculations agricoles selon les potentiels des terrains et leurs contraintes ; ainsi les facteurs de dégradation pourront-ils être minimisés, d’autant plus que dans la mise en place des outils d’incitation, on aura tenu compte de la contrainte fragilité des terres ;

- le principe du ciblage des actions à entreprendre, en fonction des objectifs à atteindre, en évitant le flou qui consiste à poursuivre plusieurs buts à la fois, avec le risque de n’en atteindre aucun, du fait de l’antinomie possible entre certains de ces objectifs ; chacun des objectifs spécifiques sous-entend le recours à une batterie de techniques, la recherche pour l’adaptation de ces techniques au contexte local et un effort réel en terme d’innovation.

 

3- Les grands phénomènes environnementaux et leur impact sur le développement

Les qualités physiques, chimiques et biologiques du milieu peuvent être facilement objectivées et quantifiées. Une difficulté surgit, qui tient au fait que la diversité des modes de vie peut faire porter, sur elles, des jugements de valeur différents, voire contradictoires.

1– Le changement climatique : A la fin du 20e s, les émissions de CO2 sont plus de 4 fois celles de 1950. L’évidence de l’influence humaine sur le climat est démontrée par l’IPCC. Le résultat en est un réchauffement global et une recrudescence des évènements extrêmes. Des efforts sont déployés pour contrôler les émissions de GES. Mais les conventions, protocoles et plans d’action, plus ou moins mis en application, restent insuffisants pour stabiliser l’évolution en cours, d’autant plus que les Etats Unis d’Amérique ont refusé de ratifier le Protocole de Kyoto.. Les pays en développement sont les plus vulnérables ; c’est là que des mesures d’adaptation doivent être proposées.

 

2– L’altération de la couche d’ozone : Ce grave problème environnemental est en voie de règlement. Depuis le Protocole de Montréal, l’humanité a fortement réduit sa consommation de CFCs. Le taux de substances responsables de l’altération de la couche d’ozone, a effectivement commencé à baisser. Mais on n’espère pas revenir à la situation de 1980 avant 2050, avec tous les problèmes qui s’en suivent (maladies des yeux, de la peau et du système immunitaire).

 

3– L’accumulation d’azote : L’activité humaine perturbe le cycle d’azote à travers la fertilisation accentuée de l’agriculture, la combustion des fuels fossiles et l’extension des cultures de plantes fixatrices d’azote (légumes, légumineuses). L’accumulation de nitrates dans l’eau, au delà des limites permises pour la santé et l’eutrophisation des lacs et des côtes, avec l’apparition de concentrations toxiques sont les conséquences majeures. La combustion produit par ailleurs des oxydes d’azote, dangereux pour la santé.

 

4– Les risques chimiques. Avec l’extension de l’usage de produits chimiques divers, l’exposition aux pesticides, métaux lourds, particules et autres substances, crée une menace grandissante pour l’environnement. Des poisons violents sont encore utilisés dans plusieurs régions du Monde, malgré la conscience prouvée de leur danger. Pour d’autres produits mis en circulation, l’effet est encore inconnu ou non divulgué. Il faut par ailleurs évoquer le transport et le dépôt de déchets dangereux, produits par les pays du Nord et qu’on tend à conserver dans des pays en développement, à normes non définies, avec tout ce que cela signifie comme risques dans l’avenir.

 

5– Les catastrophes naturelles : C’est une cause de destructions, de mortalité qui tend à prendre de plus en plus d’importance, du fait d’une augmentation de fréquence d’une part, de la densification humaine et de la transgression des normes d’établissements humains (lieux de construction) d’autre part. En tout cas, ce sont  les  pauvres qui en souffrent le plus.

 

6– Les feux de forêts et de biomasse sont un important facteur de dégradation des terres.

 

7– Le problème de la dégradation des terres et leur effet alimentaire n’est perçu comme sérieux que là où la production alimentaire ne peut plus subvenir aux besoins de la population. La pression oblige à des comportements inadéquats, exagérant la dégradation, mais approfondissant aussi la pauvreté. En Afrique, 500 M ha ont été affectés par la dégradation depuis 1950. Si le rythme de dégradation se maintient, la production pourrait être réduite de moitié. Les problèmes sont concentrés notamment en Afrique et en Asie du SE et des problèmes de sous-nutrition peuvent affecter jusqu’à 630 Mh dès 2010. Dès 2000, 64 pays connaissent des moments de situations critiques et 38 parmi eux ne subviennent même pas aux besoins de la 1/2 de leur population.

8– Eau douce : La consommation d’eau a progressé de 6 fois durant le 20e siècle, soit deux fois la croissance démographique. 1/3 de la population vit dans une situation de stress hydrique. La consommation est déjà supérieure de 10 % au volume d’eau renouvelable. Les problèmes les plus ardus concernent l’Afrique, le Moyen orient et curieusement des pays tropicaux comme l’Indonésie. En Afrique, 14 pays sont en situation de stress ; en 2025 ils seront 25 pays. C’est donc là un problème fondamental du développement futur.

La pollution urbaine et industrielle complique cet état de choses, puisque les rivières, à l’aval des villes peuvent souvent ressembler à des canaux d’égouts. La charge en matières solides est élevée elle aussi et avec elle le degré de pollution biologique.

La sécurité hydrique devient ainsi un problème tout aussi important que la sécurité alimentaire.

 

9– Milieu marin et côtier. Les zones côtières se dégradent fortement du fait de l’urbanisation, du développement industriel, du tourisme, de l’aquaculture et des rejets en mer. Là se concentre le 1/3 de la population mondiale et une majorité des activités humaines. Les problèmes s’exagèrent du fait de cette concentration. On peut ainsi évoquer l’impact de la pollution sur des organismes marins, menaçant ainsi la santé des hommes qui les consomment. Le sur-prélèvement de produits de pêche est un autre problème, puisqu’il aboutit à la réduction des prises à longue échéance ; or les produits de la mer constituent la base alimentaire mondiale, ce qui aura pour effets, de gros problèmes de sous-alimentation.

 

10– L’atmosphère : La pollution urbaine indique de très grosses différences de tendance entre pays développés et pays en développement. La pollution urbaine a pris une dimension de crise dans les villes des PED, notamment en Asie du Sud-Est, alors que de gros efforts ont été entrepris pour rabattre cette pollution dans les pays du Nord. Mais ce sont les perspectives de croissance qui inquiètent dans les PED. La croissance urbaine et le développement industriel menacent les villes d’une qualité atmosphérique très dégradée. La demande en énergie va tripler dans le monde d’ici 2050 et avec elle la pollution urbaine (menaces sanitaires multiples) et l’émission de GES, responsable du changement climatique. Les villes influencent leur espace immédiat et même de larges espaces périphériques. Avec le transport de polluants sur de grands distances, la globalisation des phénomènes est réelle. Avec les défauts d’infrastructure et les déficits juridiques et d’éducation, les PED sont en passe de connaître de gros problèmes environnementaux.

 

11- Aspects humains et démographiques.

La densité du peuplement, est un facteur fort controversé de l’environnement physique de l’homme.

Une pathologie sociale se développe qui se manifeste par des comportements sociaux, agressifs par exemple. Le concept physique de densité s’exprime sous la forme d’un rapport du nombre d’individus à l’unité de surface. L’expérience psychologique du vécu se traduit alors par la notion d’entassement. C’est la perception de l’aspect restrictif de ces limites qui engendre l’état de surpeuplement qui peut être en soi un facteur de stress susceptible d’affecter le comportement humain.

Conclusion : Les perspectives pour les 21e siècle

Elles sont de 3 types :

- la poursuite des tendances anciennes, pour lesquelles les réponses actuelles sont insuffisantes ou inappropriées ;

- des évolutions soudaines dans ces tendances, selon des rythmes et des modes  inattendus,

- des nouveaux évènements, non encore expérimentés.

Le plus grave sera la poursuite, sinon l’aggravation des problèmes actuels n’ayant pas débouché sur des solutions satisfaisantes, notamment le changement climatique, la dégradation en quantité et en qualité de l’eau, l’accentuation des nuisances liées à la concentration humaine et des activités, les problèmes liés au déficit en gouvernance et ceux liés aux changements dans les valeurs socio – culturelles.

Les interventions sectorielles ont prouvé leur inefficience à produire les effets désirés, du fait de la solution apportée à un problème, pouvant en aggraver plusieurs autres.

La connaissance et les bases technologiques pour résoudre de nombreux problèmes existent. Si des politiques alternatives sont immédiatement mises en places et poursuivies avec rigueur, il est possible d’atteindre une situation de mieux – être grâce à:

- des politiques mieux intégrées,

- des incitations mieux ciblées et la recherche de solutions plus efficaces,

- une réforme des mécanismes institutionnels,

- des moyens financiers plus conséquents.

 

III. Analyse diagnostique environnementale et Perspectives de développement durable dans le monde musulman : Etude régionale

1- La région du Proche Orient et de la Péninsule arabique

Cette région est centrale dans le monde musulman, entre l’Afrique et le Monde asiatique; elle s’étend sur 4 M km2, en grande partie désertique, sauf sur ses bordures nord et sud.

Cette région a connu des transformations économiques rapides, une forte urbanisation, une industrialisation en progrès et de gros changements en terme de style de vie ; elle reçoit un flux d’émigrés d’autres régions musulmanes.

Le PIB de cette région s’élève à 275 milliards de $ en 1995 ; mais avec de grosses inégalités (les pays du Golfe possédant 85 % de ce produit, pour 30 % de la population de la région). Ce phénomène est illustré par la valeur du PIB per capita qui varie d’une moyenne de 670 $/an pour le Machrek à 8500 $/an pour les pays du golfe. Pourtant, la pression sur les ressources est partout forte et la dégradation de l’environnement avancée, notamment sur les ressources en eau. La population, en effet, augmente vite puisqu’elle a été multipliée par 5 en 50 ans (elle est passée de 20 Mh en 1980 à plus de 92 Mh aujourd’hui, à raison d’un croit annuel de 3 %).

Cette population jeune est concentrée en ville (66% en 1995). Les problèmes de chômage et de pauvreté existent dans tous les pays, mais concernent des taux variables. Les conditions d’habitat se détériorent dans un certain nombre de pays, alors que la pollution est généralisée.

La prise en compte du phénomène environnemental est récente ; le manque de cadres empêche la conception de solutions intégrées ;  mais des ONG sont sur le terrain.

 

1- Diagnostic

 

1-1- La région a connu l’introduction d’une agriculture moderne, pour accroître la production alimentaire. Le recul de la végétation, par effet de défrichement a fortement réduit les terres de parcours et initié des processus de dégradation. Les vents de sable et la désertification s’accentuent et concernent le 1/3 de la surface. Par ailleurs, l’irrigation mal contrôlée cause des problèmes de salinisation des terres et des eaux. Malgré ces efforts, l’agriculture est menacée par l’urbanisation et l’extension des villes, ce qui accentue d’autant le déficit en terme de production alimentaire et la forte dépendance vis à vis de l’extérieur.

 

1-2- En ce qui concerne les ressources végétales et animales (biodiversité), la région s’appauvrit fortement : dégradation des mangroves du golfe, du fait de la pollution et de l’urbanisation, besoins en bois dans la région Machrek, excès de chasse et de prélèvements, destruction de la faune côtière et marine en relation avec la pollution, elle-même liée à l’insécurité (guerres du golfe) et des manœuvres militaires.

 

1-3- L’eau est sans doute la denrée la plus précieuse de la région car la plus limitée. En 1950, la région était auto-suffisante. Depuis, et avec l’augmentation de la pression et les problèmes politiques, de gros problèmes sont enregistrés. Dans la région, l’eau renouvelable par habitant et par an est de 1300 m3 en moyenne, mais cette valeur se réduit à 200 m3 dans un pays comme le Bahrain. La situation des eaux souterraines devient critique, d’autant plus que les eaux de surface se raréfient. Dès 2005, la demande sera supérieure à l’offre ; de nombreux canaux et de multiples sources s’assèchent ou fournissent une eau de moindre qualité. Les intrusions marines sont la règle dans la région du golfe. Dans le Machrek, les cours d’eau sont pollués et posent de gros problèmes sanitaires. Pour répondre au besoin croissant, il a fallu utiliser des ressources en eau non conventionnelles ; notamment épurer des eaux d’égouts pour l’irrigation et dessaler l’eau de mer (50 usines aujourd’hui, pour une production de 1700 Mm3/an). L’effet environnemental du dessalement est en voie d’étude car on suspecte des phénomènes de contamination indirecte, en plus du coût économique très élevé. Malgré les efforts, les possibilités de développement de l’eau par tête d’habitant sont minimes. Dans la région, 8 pays disposent de < de 1000 m3/h/an et 4 pays de moins de 500. Des problèmes environnementaux et sanitaires sérieux sont à prévoir pour le futur.

 

1-4- Les ressources maritimes et littorales ont toujours joué un rôle fondamental dans la région. Avec l’accentuation de la production pétrolière et l’urbanisation, ces activités connaissent le déséquilibre, accompagné de l’altération de la côte et de la pollution de la mer. Les guerres ont un effet dévastateur sur ce milieu. Dans le Machrek et au Yémen, les effluents agricoles urbains et industriels sont responsables de phénomènes d’eutrophisation. La mer rouge et le golfe sont des espaces menacés dans leur biodiversité et la qualité de leurs ressources.

 

1-5- En ce qui concerne l’atmosphère, la poussière était la seule source de pollution jusque dans les années 50. Avec le développement économique et pétrolier, certains pays sont devenus de gros consommateurs d’énergie, du fait du nombre de véhicules, de la croissance industrielle, de la forte production et consommation d’électricité, des besoins en ciment et des nouvelles habitudes de sur-consommation. Des situations de pollution forte sont enregistrées dans l’atmosphère urbaine lors des heures de pointe. Dans les villes du Machrek, les niveaux de contamination de l’air sont encore plus alarmants. Par ailleurs, la pollution par le plomb est un problème majeur. Ajoutée à la chaleur et à la stabilité atmosphérique, cette pollution engendre l’apparition de polluants secondaires, tels l’ozone et les sulfates, encore plus dangereux pour la santé. Les orages de poussière amènent des particules qui exagèrent les problèmes de pollution, vu le mélange avec les particules émises par l’industrie. Dans celle – ci, des efforts sont pourtant entrepris pour réduire la pollution (exemple de l’usine d’aluminium de Bahraïn et de raffineries au Koweït, en Arabie Saoudite et aux Emirats Arabes Unis).

 

1-6- Dans la région, les zones urbaines sont les plus fortement menacées du fait de la concentration d’activités polluantes. Mais de grosses différences sont enregistrées entre Machrek et péninsule arabique. Dans le Machrek, l’exode rural est important vers des villes anciennes ; alors que dans le golfe, l’urbanisation date de 40 ans, parallèlement avec la croissance du PIB et des revenus ; C’est ce qui explique, dans ce cas, la mise en place d’infrastructures modernes, d’un habitat nouveau et de services d’éducation et de santé. Les problèmes environnementaux s’expliquent dans plusieurs pays par la sur-extension des villes principales, où sont concentrés les investissements, les emplois et la pollution. Les règles d’urbanisme strict ne sont observées que dans certains pays du golfe ; ce qui n’empêche pas des cas de croissance anarchique, notamment le développement de zones résidentielles à proximité de zones industrielles à danger potentiel et le développement de quartiers périphériques dans des zones non équipées. Ces villes sont de grosse productrices de déchets, notamment dans les pays où le système de consommation occidental s’installe (750 kg de déchets par an et par personne à Dubaï). Avec la chaleur et la décomposition rapide, ces déchets représentent un risque de santé élevé.

 

2- Réponses et Mesures

Depuis 20 ans, on estime que les pays de la région ont adopté des politiques en vue de répondre aux problèmes posés. Auparavant, les approches étaient sectorielles ; depuis quelques années, de nombreuses régulations intégrées ont été introduites, avec notamment l’instauration des études d’impact. L’environnement devient peu à peu partie de la planification.

Les questions clés posées pour la région sont :

- la production d’eau saine en quantité suffisante,

- l’aménagement adéquat des déchets,

- la qualité de l’air urbain,

- la protection des ressources et des habitats contre la dégradation.

L’obstacle majeur que rencontrent ces politiques réside dans le manque en ressources humaines ; alors que les ressources matérielles sont disponibles, au moins dans les pays du golfe.

 

2- 1- Les conventions multilatérales

Les pays de la région ont ratifié de nombreuses conventions ; mais l’observance des textes est limitée, car les campagnes d’information restent rares et n’ont pas touché les décideurs. Les instruments pour la mise en application de ces conventions ne sont pas bien développés (subventions, taxes différenciées, stratégies de prix). Le protocole de Montréal est bien suivi grâce à la mise en place de lois contraignantes. En ce qui concerne la convention sur la biodiversité, des projets pilotes ont été initiés en vue de la protection d’espèces et de sites particuliers. Pour la Convention contre la désertification, des plans nationaux sont en préparation, mais le respect des termes et des recommandations n’est pas renforcé. Concernant les changements climatiques, la responsabilité de la région est limitée et l’emploi du gaz naturel pourrait réduire encore plus les émissions de GES et la pollution.

D’un pays à l’autre la sensibilisation du public varie, selon l’importance jouée par les médias, mais encore plus le degré d’organisation des ONG.

 

2- 2- Les conventions régionales et les initiatives nationales.

Les pays de la région ont adopté plusieurs accords régionaux, pour la protection de l’environnement marin contre la pollution, dans le golfe, dans la mer rouge et le golfe d’Aden. En ce qui concerne ces accords régionaux, le niveau de respect est plus élevé que celui qui concerne les conventions internationales. De nombreuses institutions ont été mises en place à l’échelle arabe, comme le Jcedar et Cedare, en plus du travail fourni par les bureaux régionaux des organismes internationaux, comme l’UNEP. Pourtant, ces plans régionaux sont beaucoup plus des listes d’actions désirables que de véritables stratégies fondées et dont la faisabilité est assurée. Cela s’explique par le fait que l’information disponible est souvent limitée, parfois douteuse, que les estimations de coûts sont très imprécises, que les actions ne sont pas planifiées dans le temps et les responsabilités non partagées. De gros efforts restent donc à faire, nécessitant l’identification et le classement par priorités des questions clés et la planification dans le temps de leur réalisation.

 

2- 3- Les lois environnementales

Elles ont été réformées dans de nombreux pays et sont souvent récentes. Il y a pourtant une faible capacité institutionnelle et humaine et un besoin réel de rationaliser les normes et standards.

 

2- 4- Les instruments économiques

Ces instruments sont rarement appliqués. En majorité, on continue à s’appuyer beaucoup plus sur la réglementation et la régulation que sur le marché. Le principe du pollueur – payeur est appliqué ; par exemple la pollution de l’air est taxée ; les structures de prix sont appliquées pour les ressources rares, comme l’eau. Les pratiques de subventions étatiques sont abandonnées progressivement et la tendance à la libéralisation effective. Mais le domaine public reste dominant et il n’existe pas encore d’indicateurs sur la façon avec laquelle la politique va s’attaquer aux problèmes du secteur privé.

 

2- 5- Les nouvelles technologies dans le secteur industriel.

Dans les pays du golfe, l’industrie se modernise très rapidement, aussi bien dans le domaine de la pétrochimie que dans les autres secteurs d’activités. L’abondance du capital permet de financer une production propre et le contrôle de la pollution ; La haute technologie est le domaine d’investissement prioritaire. On essaie à la fois dans les nouveaux projets de sauvegarder les ressources, minimiser les déchets et veiller à recycler les produits.

Dans les pays d’économie moins développée, on en est encore aux technologies utilisatrices de main d’œuvre et lourdement polluantes. Les infrastructures sont défaillantes et les moyens de contrôle de la pollution inexistants.

 

2- Les pays musulmans d’Afrique

 1- Diagnostic

L’Afrique a une grande richesse en ressources naturelles, malheureusement  non exploitées avec efficience, ce qui ne reflète pas cette richesse en terme de bien-être des populations, et ceci pour des raisons socio-économiques et historiques.

La région est diversifiée puisqu’elle part de milieux méditerranéens au N, à des milieux désertiques, pour aller jusqu’aux forêts tropicales et équatoriales.

Les événements qui ont déterminé le développement politique, socio-économique et environnemental, durant le 19e – 20e s sont à relier à la colonisation, lorsque s’est fait le partage du continent entre puissances coloniales. Au 20e s, ces autorités coloniales ont importé en Afrique des politiques et des modèles qui ont négligé les impacts des choix sur l’environnement, les populations pauvres et leur bien-être. A la décolonisation, les pays Africains ont hérité et maintenu des économies centralisées, des institutions bâties sur le modèle sectoriel et des politiques focalisées sur la croissance, avec l’encouragement des agences internationales. Ce qui, avec la croissance démographique rapide a mené à des effets environnementaux globaux, ayant des répercussions sur la qualité de la vie des populations.

Dans beaucoup de pays, l’environnement est menacé de manière croissante, du fait de pressions liées à l’extension démographique, urbaine et industrielle. Mais d’autres problèmes s’expliquent par les troubles civils et les guerres. Aussi, aujourd’hui, le problème majeur de ces pays est devenu la lutte contre la pauvreté. Celle-ci est à la fois cause et conséquence de la dégradation environnementale, et menace de ce fait le développement durable.

La croissance démographique au 20e siècle constitue l’élément majeur d’évolution. Dans la première moitié, les taux élevés de fécondité étaient annulés par les taux de mortalité, en relation avec les mauvaises conditions sanitaires, les maladies infectieuses, les guerres civiles et le combat anti-colonial. A partir 1950, les taux de mortalité ont commencé à diminuer, en relation avec l’amélioration des conditions sanitaires et le développement économique. Une croissance démographique rapide s’en est suivie.

Malgré cela, de nombreux pays sont encore sous-peuplés. La densité est souvent inférieure à la moyenne mondiale et encore plus aux chiffres asiatiques. Les taux de fécondité ont entamé leur baisse dans plusieurs pays (6,5 en 1975, 5,3 en 1995). Sur le plan de la mortalité, les épidémies ont un impact important sur la population.

La pauvreté, les comportements de prélèvements excessifs sur les ressources et la dégradation de l’environnement sont liés. Dans certains pays sub-sahariens, 40 % de la population vit en dessous du niveau de pauvreté. Cette pauvreté est estimée en progrès dans de nombreux pays. Les indicateurs de développement humains sont au plus bas. Pourtant, depuis la moitié des années 90, certains signes de relance économique apparaissent. Le taux de croissance a été supérieur à 3 % pour la majorité des pays. Les réformes économiques ont été lancées, avec notamment les programmes d’ajustement structurel et le processus de libéralisation. Mais cette relance s’est souvent faite aux dépens de l’environnement et de la Société. Le fardeau de la dette est une contrainte majeure. La part de l’Afrique dans le commerce mondiale est faible, à cause de la concurrence des autres régions en développement.

Les problèmes de sécurité jouent un rôle principal  pour garantir un développement socio-économique et une répartition équitable des revenus. Il existe aujourd’hui des signes certains de retour à la paix et des progrès vers une meilleure gouvernance. Mais très récemment, de véritables massacres ont été enregistrés, avec leurs conséquences environnementales durables.

 

a- Problèmes alimentaires :

La terre constitue une base de survie en Afrique. L’agriculture a une contribution importante du BIP de 20 à 60 % et emploie un contingent important de ruraux. La dégradation des terres est un problème sérieux qui menace l’économie des pays (érosion, déclin de fertilité, salinisation, pollution chimique des eaux et désertification). La disponibilité des eaux et des aliments est affectée (diminution des rendements) ; la malnutrition en est la conséquence directe. Les sécheresse fréquentes (Sahel, Maghreb) aggravent cette problématique de production alimentaire. L’excès de charge animale est aussi responsable de la dégradation des terres.

La combinaison du croît démographique, des méthodes agricoles inappropriées (comme la suppression de la jachère en milieu tropical), des sécheresses récurrentes et de la dégradation des terres aboutit à créer des problèmes alimentaires dont l’effet sur la santé est de plus en plus réel (malnutritions, famines, épidémies). La dépendance alimentaire vis-à-vis de l’importation est de plus en plus grande, avec tout ce que cela comporte comme charge pour l’économie. Les projections indiquent que la région ne pourra plus être auto suffisante et qu’en 2025 elle ne pourra pas nourrir plus de 40 % de sa population.

 

b- Forêts et biodiversité :

La forêt joue un rôle principal dans l’économie de plusieurs pays d’Afrique occidentale et centrale. La demande en bois de feu et en bois d’œuvre augmente rapidement et avec elle la pression sur les forêts qui se dégradent fortement (une moyenne de 90 % des la population dépend de la forêt pour ses besoins énergétiques) ; L’héritage floral et faunistique est très varié, mais il s’appauvrit rapidement pour plusieurs raisons. L’une des plus importantes réside dans l’usage de pesticides qui appauvrit l’avifaune, mais affecte aussi la santé humaine.

 

c- L’eau douce :

Globalement, l’Afrique n’utilise que 4 % des ressources en eau renouvelables qu’elle possède. Pourtant, la problématique de l’eau est en train de devenir pressante, avec des cas multiples de déficit. Les volumes d’eau des grandes rivières et des lacs est énorme, mais il existe de grandes disparités en terme de disponibilité et de distribution. Par ailleurs, les formes d’exploitation, les infrastructures mises en place et les institutions en charge du secteur de l’eau sont souvent inadaptées.

Le volume de précipitations varie fortement d’une zone à l’autre au sein de la sous – région islamique du continent africain. Les volumes les plus importants sont enregistrés dans la zone équatoriale (Cameroun, Gabon, Sud Soudan). La zone méditerranéenne ne reçoit des pluies importantes que dans sa partie nord, notamment en montagne. Du S de l’Atlas et jusqu’à la zone sahélienne, les apports d’eau sont négligeables.

Les ressources en eau souterraines jouent un rôle crucial, notamment en saison sèche (Lybie par exemple).

La demande en eau augmente rapidement, en relation avec la croissance démographique et le développement économique. La plupart des pays vont avoir à faire face à des problèmes de stress ou même de rareté. Cette rareté risque de toucher 16 % de la population africaine en 2025, alors que les problèmes de stress concernent le 1/3 de la population.

Le problème est plus épineux pour les pays partageant une même ressource, un bassin versant hydrographique, par exemple (le Nil, le Niger).

La pêche en eau douce est une source alimentaire principale dans beaucoup de pays africains. Mais la construction de barrages et la contamination des eaux par de multiples polluants réduit le nombre d’espèces et menace les possibilités d’exploitation des produits de la pêche.

Les autres menaces sur les ressources en eau sont la pollution, l’eutrophisation et l’invasion par des plantes aquatiques nuisibles. Les déchets industriels sont déversés sans traitement.

Les pays africains paient un coût élevé pour la disponibilité de l’eau. La pollution vient compliquer le problème. L’effort nécessaire pour se procurer de l’eau saine est donc de plus en plus élevé (recherche lointaine d’eau, par des communautés humaines appauvries, notamment des femmes et des enfants). Le manque d’eau saine s’exagère avec l’urbanisation et l’industrialisation, en raison du déficit en régulations. Ce sont en fait les populations rurales, dans les pays pauvres qui souffrent le plus de cette situation.

 

d- Les milieux littoraux et maritimes :

Ce sont des milieux qui contribuent fortement au développement, à travers la pêche et le tourisme. Ces activités sont aujourd’hui menacées par la dégradation des côtes, la pollution de la mer et la surexploitation des ressources (déclin des captures, problèmes d’assainissement des zones touristiques). La compétition entre activités est à l’origine de ces problèmes (concentration sur la côte des grandes villes, des industries polluantes, des ports, de la pêche et du tourisme balnéaire). La pollution de ces aires de concentration atteint des niveaux élevés qu’il est difficile de corriger dans l’état actuel des choses ; Des substances dangereuses sont directement rejetées en mer. En plus des phénomènes de dégradation de la biodiversité (mangroves, habitats précieux des zones humides), les problèmes sanitaires directs (eaux de baignade) et indirects (contamination des ressources halieutiques) deviennent très graves.

 

e- Atmosphère :

La pollution atmosphérique est devenue inquiétante dans les villes, depuis seulement quelques décennies. Sa gravité est encore ignorée du fait de la rareté des mesures et observations. En plus des émissions classiques industrielles et de transport, l’Afrique connaît l’effet des incendies de brousse. L’utilisation d’essence à plomb pose un problème majeur, d’autant plus que les véhicules sont vétustes et en mauvais état.

Cette pollution s’exagère dans les villes les plus grandes et les plus industrialisées. S’y ajoute la pollution interne des logements, du fait de l’usage de charbon de bois qui cause de nombreux accident sanitaires. La charge éolienne en poussière exagère la pollution atmosphérique, notamment dans les pays du pourtour saharien.

La vulnérabilité au changement climatique est maximale, notamment aux évènements extrêmes (crues) qui causent de gros problèmes aux établissements humains et exagèrent les phénomènes d’extension des épidémies, du fait de l’élargissement des milieux humides infestés.

 

f- Les espaces urbains :

Au début du 20e s, la majorité de la population vivait en zone rurale. Dans les années 60, l’Afrique était encore le continent le moins urbanisé. Depuis, la progression des villes est fulgurante.

Les taux d’urbanisation sont devenus les plus élevés du Monde (4 % et plus). En Afrique du N, plus de la _ de la population vit en ville. En Afrique de l’W et du Centre, les taux tournent encore autour de 30 – 37 %. L’Afrique orientale est la moins urbanisée.

L’extension des villes, notamment des grandes cités, est manifeste (Lagos, Le Caire, Casablanca). Ces populations urbaines ont une pression forte sur l’environnement et consomment beaucoup plus que les ruraux (eau, bois, produits agricoles et l’élevage). En même temps elles rejettent de grosses quantités de déchets et d’eaux usées (Lagos rejette en 1990, 3,7 Mt de déchets et _ million de déchets industriels). L’absence de décharges contrôlées et de dispositifs d’assainissement et d’épuration explique les problèmes sanitaires, avec même des cas d’épidémies graves (choléra, dysenteries). Les difficultés de drainage des eaux rejetées accentue l’extension du paludisme, qui tue plus de 1,5 M de personnes en Afrique, par an. Les taux d’habitants qui ont accès à l’assainissement ne dépasse pas 65 %.

 

2- Mesures et Réponses :

Dans les sociétés africaines traditionnelles, d’avant la colonisation européenne, l’aménagement des ressources naturelles relevait de la responsabilité commune. L’adaptation aux conditions environnementales se faisait progressivement, même si des crises provoquaient famines, épidémies et des pics de mortalité.

Avec la colonisation, des frontières ont été mises en place qui ont divisé des peuples et des groupes culturels. De nouveaux systèmes législatifs ont été imposés et ont remplacé les coutumes et leur approche de conservation. Les communautés perdirent leur accès à des ressources et à des espaces riches occupés par les autorités coloniales.

Avec la décolonisation, ce système bureaucratique et centralisé de gestion des ressources a été perpétué. Ce n’est qu’à la fin du 20e siècle que des réformes ont commencé à être apportées à la politique environnementale, dans certains pays, avec à nouveau l’idée de redonner le pouvoir de participation et d’initiative aux communautés de base.

La tendance était devenue de centrer la vision sur la croissance par l’exportation de produits naturels. Mais la fragilité de ce système s’est confirmée avec la détérioration progressive des termes de l’échange.

Dans les années 70, et à la conférence de Stockholm, notamment, les pays en développement ont considéré l’environnement comme étant une affaire du Nord et que les mesures environnementales pourraient limiter leur développement. Pourtant des agences d’environnement ont été créées, des lois ont été adoptées et des bureaux d’environnement greffés sur les départements ministériels. Des stratégies nouvelles de développement et de protection ont été mises en place. Mais les moyens et l’autorité ont manqué pour imposer cette nouvelle vision. La première conférence des Ministres de l’environnement a été organisée au Caire en 1985. Petit à petit, la pauvreté a été reconnue comme facteur principal des problèmes d’environnement dans la région. L’action, après le sommet de Rio n’est pourtant pas allée forcément dans les sens du soutien au développement, en vue de l’éradication de la pauvreté. Les termes de l’Agenda 21 ont été suivis dans de nombreux pays pour réformer leur politique environnementale et leur planification d’action.

La conclusion que certains pays africains en ont tirée est que la croissance équitable et le développement durable doivent combiner un croît économique rapide et une amélioration des conditions de vie en plus de la garantie de gérer les ressources de manière durable, pour les générations actuelle et futures. La globalité de cette vision s’explique par la liaison objective entre ses différentes composantes.

 

a- Les conventions multilatérales :

A la suite de Rio, et dans un contexte d’enthousiasme, les pays africains mirent en place des programmes pour l’application des principales conventions. Les réformes des lois furent entamées. Mais l’application reste le problème de fond.

L’Afrique, dont la contribution aux émissions de GES est limitée à 3,5 %, mais dont la vulnérabilité est grande (relèvement du littoral, désertification, accentuation des problèmes sanitaires) s’investit largement dans la convention sur les changements climatiques et dans les projets de maîtrise de l’énergie notamment.

La Convention de Bâle sur le contrôle des mouvements transfrontaliers des déchets dangereux est d’une grande importance pour l’Afrique qui risquait de se transformer en décharge pour les produits non désirés par les pays du Nord. La Convention a conduit à la création d’un Comité d’éveil concernant les pays d’Afrique occidentale et centrale, comportant des représentations diplomatiques dans les pays d’Europe, afin que ces derniers, en coordination avec les ONG et les institutions de coopération fournissent des informations sur le mouvement des déchets dangereux.

De nombreux pays africains ont ratifié le Protocole de Montréal et les standards qui en découlent, en vue de réduire le trou d’ozone.

 

b- Les conventions régionales :

De multiples conventions régionales et sub-régionales ont été signées par les Ministres de l’environnement africains. Mais de multiples contraintes empêchent le fonctionnement efficace et l’application adéquate des résolutions, notamment des contraintes financières et l’échec de ces conventions à refléter correctement les priorités dégagées à l’échelle nationale.

 

c- Lois et Institutions :

Plusieurs pays ont incorporé le droit environnemental et les responsabilités des citoyens dans leurs constitutions ; l’environnement sain est aussi déclaré comme un droit des peuples dans les résolutions des organisations régionales, comme l’OUA. Des codes environnementaux et des régulations ont été introduites. Mais souvent, a subsisté le caractère fragmentaire des responsabilités. C’est pourquoi des pays sont entrain de revoir leur cadre légal, dans le but de consolider et de renforcer leurs lois environnementales, avec en priorité l’idée de mettre à jour la législation en fonction de l’avancement de la connaissance scientifique et de mettre en plus des systèmes d’observance pour le respect des obligations.

L’agenda 21 comporte des recommandations pour l’intégration des études d’impact dans les projets et programmes économiques et sectoriels. Des lois et des procédures ont été mises en place à cet effet ; pourtant, ces dispositifs ne peuvent pas seuls garantir un développement durable et un environnement sain. Il est nécessaire que ces dispositifs soient une part intégrale des décisions dans les domaines clés que sont le suivi des impacts environnementaux des politiques économiques, celui des impacts économiques des mesures environnementales et enfin celui de la traduction sociale des politiques économiques et environnementales. L’intégration de ces trois dimensions est obligatoire pour un réel développement durable, même si la poursuite de ces trois objectifs comporte d’énormes difficultés. Car cette intégration offrira aux décideurs la possibilité de faire des choix raisonnés.

 

d- Les instruments économiques :

Confrontés au défi d’accélérer la croissance économique et de réduire la pauvreté, les pays africains sont tentés par des politiques de croissance à court terme, comportant des coûts reportés sur l’avenir (coûts économiques, et écologiques). Mais il est reconnu que la dégradation environnementale est une cause principale de la situation sociale, mais aussi une conséquence. Les coûts de toute négligence environnementale sont donc substantiels, notamment pour les dégradations irréversibles (exemple de la pollution des eaux phréatiques, de l’extinction de certaines espèces).

C’est pourquoi le choix est de plus en plus de mêler les mesures de régulation et les instruments économiques pour accélérer la transition vers la durabilité.

 

e- Industries et nouvelles technologies :

Des centres nationaux pour une production propre ont été mis en place dans quelques pays, mais plus généralement, l’industrie est peu soucieuse des bénéfices potentiels de l’utilisation de procédés et de techniques propres. Au contraire, les pays essaient d’attirer le maximum d’investissement en réduisant au minimum leurs restrictions.

 

f- Le financement de l’action environnementale :

L’agenda 21 reconnaît que les pays en développement, notamment les pays les moins avancés ont besoin de fonds de soutien pour mettre en place des politiques de développement durable. Mais l’aide au développement connaît depuis 1990 un déclin réel.

Par contre le flux de capitaux privés a beaucoup augmenté en direction des pays en développement. Le poids de la dette a néanmoins un effet négatif.

g- Information et éducation :

De multiples programmes de sensibilisation et d’éducation sont lancés à travers la région. L’éducation environnementale est incluse dans les programmes scolaires dans la majorité des pays. La sensibilisation informelle par les ONG progresse très rapidement, même si ces projets dépendent pour beaucoup du soutien financier gouvernemental.

 

h- Politique sociale :

Il  n’en reste pas moins que l’éradication de la pauvreté reste l’objectif prioritaire, avec comme composantes l’amélioration des revenus, du niveau d’éducation et des conditions de vie des populations. L’équité est une dimension fondamentale à relier avec l’environnement et le développement. Jusqu’à présent, trop peu de programmes bénéficient à la grosse majorité de la population.

 

3- Les pays islamiques d’Asie du SE

Les transformations économiques et politiques ont été importantes au 20e  s, mais ont été très différentes d’un pays à l’autre. Cette région se caractérise par sa diversité, en terme d’évolution récente, malgré la proximité géographique et l’histoire coloniale quasi-générale. Les pays les plus développés dans la région ont à la fois intensifié les systèmes agricoles et mis en place une industrialisation orientée vers l’exportation. Malgré cela, la qualité de la vie reste caractérisée par l’importance de la pauvreté. L’accès à l’eau saine reste déficient ; la moyenne de consommation alimentaire reste en moyenne en deçà des normes; les taux d’alphabétisme sont assez bas, notamment chez les femmes.

L’industrialisation et le développement agricole ont prélevé un fort tribut sur les conditions environnementales. La dégradation de celles-ci s’expliquait auparavant par les faibles moyens d’exploitation d’une part et l’extension des prélèvements coloniaux d’autre part.  Ce n’est que dans les années 80 que le développement du SE asiatique s’est renforcé. Il est encore plus tardif pour les pays musulmans du sub-continent indien, alors que l’Afghanistan reste à la traîne. Les pays les plus développés du SE asiatique ont par ailleurs fortement enregistré la crise asiatique récente.

La croissance économique a été accompagnée par une certaine amélioration en terme de niveau de vie, de santé, d’éducation, d’espérance de vie, de mortalité infantile même si de grosses disparités existent entre pays. Pourtant ces avantages n’ont pas concerné toutes les couches de la société dans le SE asiatique ; 39 % de la population est en dessous du seuil de pauvreté. L’exode rural a accentué ces problèmes, du fait de la très forte densité humaine (au Bengladesh, 922 h/km_ en 1995). Aujourd’hui le taux de croissance démographique a baissé ; il de 1,9 % au Pakistan et au Bengladesh et de 1,7 % dans le SE asiatique. La forte densité humaine, en plus de la croissance économique explique la dégradation du milieu et la forte pollution. Le coût économique de la dégradation environnementale varie de 1 à 9 % du BNP. Les catastrophes naturelles exagèrent ces problèmes.

Les experts ne sont pas d’accord sur les causes de la dégradation de l’environnement en Asie du SE. Certains l’expliquent par la pression démographique, mais celle-ci n’est pas générale. D’autres la relient à la croissance économique alors qu’une augmentation des revenus devrait inciter à améliorer la qualité de l’environnement.

La région est en voie d’intégration à l’économie mondiale. La globalisation donne accès à l’information, aux technologies. Les marchés sont susceptibles de réagir plus rapidement aux changements de politiques fiscales ou monétaires.

La tendance est à plus de croissance, plus d’industrialisation et à plus de dommages environnementaux. Le style d’urbanisation à mégacités va exacerber les problèmes environnementaux et sociaux.

 

1- Diagnostic

a- Terre et Aliments  :

Tous les pays islamiques d’Asie basaient leur économie sur l’agriculture traditionnelle de subsistance. La croissance démographique a entraîné  le besoin d’intensification. L’espace cultivé a été multiplié par 2 ; les spéculations ont changé (cultures commerciales) et la jachère abandonnée (Malaisie, Indonésie).

Le déficit en terre agricole a été corrigé par l’intensification de la production (variétés à fort rendement, irrigation, usage de fertilisants). De 1980 à 1990, la production alimentaire de l’Asie du SE a augmenté à une vitesse plus rapide que n’importe où dans le Monde. Mais cette croissance a atteint ses limites, du fait des possibilités en eau, de la salinisation des terres et de la conscience des problèmes de pollution qu’une telle croissance peut générer. La région va donc devoir importer des céréales pour répondre aux besoins de sa population.

 

b- Forêts et Biodiversité  :

Les forêts primaires de la région ont été profondément transformées, du fait de la surexploitation et du défrichement. Les pays de la région possèdent une faune particulière (indo-malaisienne) ; ils sont par ailleurs bordés par la chaîne de montagne la plus élevée de la planète, l’Himalaya et par de larges espaces littoraux coralliens. L’Indonésie et la Malaisie possèdent une très large diversité biologique. Cette diversité a été fortement exploitée et indique des signes forts de dégradation.

 

c- Eau douce  :

L’exploitation des différentes ressources hydriques a beaucoup augmenté en Asie du S et du SE. L’extension des périmètres irrigués, puis la croissance urbaine et l’industrialisation sont à l’origine de cela. Le cycle hydrique est perturbé dans de nombreuses régions. Le développement de programmes hydro-électriques et la déforestation ont réduit le débit des cours d’eau et asséché certaines zones humides. L’exploitation des nappes souterraines est allée dans le même sens.

La qualité de l’eau s’est fortement dégradée, réduisant d’autant les volumes d’eau saine disponible. Le volume per capita a ainsi baissé de 10 000 à 4 200 m3 (10 000 dans le SE asiatique et seulement 2 845 dans les pays de la Péninsule indienne). A l’intérieur d’une même région, les variations spatiales sont très importantes : 172 m3/h/an à Singapour, d’eau renouvelable, contre plus de 21000 en Malaisie proche, ce qui impose à Singapour d’importer de l’eau. En Iran et au Pakistan, les volumes disponibles ne dépassent pas 1400 à 1900 m3.

La pression sur l’eau augmente partout, soit en relation avec le croît démographique, soit avec le développement économique. Certains pays comme l’Iran et l’Afghanistan enregistrent déjà des déficits importants. Les pays développés de la région connaissent en plus de la rareté, des phénomènes de dégradation de qualité. Plusieurs facteurs concourent à cela : les effluents urbains et industriels, la pollution agricole, la salinisation. Il faut aussi évoquer  la charge en suspensions des rivières qui a beaucoup augmenté du fait de l’érosion des sols. La pollution de l’eau par la matière organique, les agents pathogènes et les déchets toxiques constitue un autre problème sérieux dans la région. Le déficit en oxygène de l’eau est élevé du fait de la contamination organique (les eaux des rivières asiatiques sont 3 fois plus chargées en coliformes fécaux que la moyenne mondiale et plus de 10 fois la norme OCDE). Le SE asiatique présente la situation la plus grave. 1/3 des asiatiques n’ont pas accès à de l’eau saine, à moins de 200 m de leur logement. La _ n’ont pas accès à l’assainissement ; seulement 10 % des effluents sont traités à un niveau primaire.

La mortalité infantile et juvénile est aussi directement corrélée à cet état d’assainissement défectueux ; il en est de même pour de nombreuses maladies. Les diarrhées associées aux eaux contaminées sont le problème le plus sérieux, notamment pour les enfants de < de 5 ans.

D’autres polluants toxiques contribuent à la dégradation du milieu dans la région. Les eaux de surface contiennent 20 fois plus de plomb que dans les pays de l’OCDE. Le Bengladesh souffre en plus de la contamination des eaux de nappe par l’arsenic.

Du fait de la croissance agricole, les produits agro-chimiques et les déchets de l’élevage animal sont une source importante pour la pollution des eaux. Les excès de nitrates dans l’eau des nappes et d’autres fertilisants dans les eaux de lacs sont généralisés à la région (problèmes d’eutrophisation, de plus en plus graves dans l’Asie du SE).

Mais le secteur industriel a tendance à devenir le facteur premier de pollution ; même si cela ne réduit en rien le poids des autres facteurs, presque tout aussi importants.

Comme la demande en eau augmente, et comme les villes s’étendent, alors que la demande agricole reste prépondérante, seul un aménagement scrupuleux permettra l’allocation équilibrée de cette ressource précieuse, entre secteurs en compétition. La qualité future des eaux représente néanmoins un sujet pressant, à la fois pour l’environnement et la société, du fait de son impact direct sur la santé des populations.

 

d- Les milieux côtiers et marins :

La zone côtière joue un rôle fondamental dans la région, notamment dans les îles d’Insulinde, avec des ressources variées, base centrale du développement (source de protéines, d’échanges extérieurs…). Ceci explique l’installation côtière de grandes villes et la dégradation de l’environnement littoral (effluents domestiques et industriels). Le tourisme côtier est une autre cause de cette dégradation.

L’aquaculture a affecté le milieu à travers l’uniformisation des espèces et l’introduction massive de produits chimiques (pesticides, antibiotiques, hormones).

Mais les dommages qu’enregistrent les pêcheries s’expliquent aussi par l’apport très important de vases continentales (transports en suspension), en liaison avec l’érosion hydrique. Ces apports contiennent des taux élevés de nutrients qui causent des problèmes d’eutrophisation (contaminations toxiques, marées rouges, mortalités massives d’organismes massives, menaces d’empoisonnements des consommateurs).

e- Atmosphère :

La pollution atmosphérique s’est beaucoup aggravée dans les pays de la région, en relation avec le développement économique et des transports, dans un contexte de retard des infrastructures,  de vétusté du parc automobile et de mauvaise qualité des fuels utilisés. Dans les quartiers pauvres, l’usage du bois et des résidus de culture dégrade fortement la qualité de l’air. Les feux de forêt sont une autre cause de la pollution de l’air.

Les villes de la région, notamment les plus grandes d’entre elles dépassent les normes en terme d’émissions de SO2 et de particules. Les maladies respiratoires se développent de manière exagérée (pneumonies au Bengladesh et en Indonésie).

 

f- Les espaces urbains :

Le développement urbain et aujourd’hui très rapide (7,5 % de croissance annuelle en Afghanistan, 4,2 % à Karachi). Les déchets urbains étaient souvent rejetés sans traitement. Mais de gros progrès sont aujourd’hui réalisés (traitement des eaux en Malaisie par exemple).

 

2- Réponses politiques :

Dans plusieurs pays de la région, la protection de l’environnement est fortement intégrée aux plans de développement. Les stratégies et la législation ont connu les nécessaires évolutions pour leur mise en place effective. Avec la libéralisation, les instruments économiques ont tendance à devenir les plus importants, notamment puisque le secteur privé montre sa disposition à participer dans ce sens. Les associations de producteurs s’impliquent pour soutenir la politique environnementale. Les ONG sont actives dans ce domaine.

Les conventions multilatérales ont reçu l’adhésion des pays de la région qui ont même parfois joué un rôle important pour leur adoption. Mais les progrès dans l’application sont lents, à cause du manque en institutions efficientes et en moyens financiers. Les ONG exercent une forte pression pour la mise en place de plans d’application. Leur rôle éducatif est important, dans un but d’acquisition d’approches plus participatives.

Les conventions régionales cherchent à faciliter le partage des rôles et la gestion plus rationnelle des ressources locales. De plus en plus, l’intérêt est  porté vers les problèmes de l’atmosphère, de l’eau et des catastrophes naturelles. Par exemple, le traité de partage des eaux du Gange et le traité de l’Indus cherchent à résoudre les problèmes entre l’Inde d’une part, le Bengladesh et le Pakistan d’autre part (commissions conjointes des eaux).

 

Lois et institutions. Plusieurs pays ont développé dès les années 70 des codes environnementaux assez évolués. Les plus précoces ont concerné les émissions de polluants à large extension. Ces codes ont souvent été révisés et mis à jour,  avec une insistance forte sur l’observance et les sanctions.

Instruments économiques. Les stimulants économiques sont conçus pour aider à l’application rapide de nouveaux comportements, dans le but de promouvoir la protection de l’environnement (taxes, rabattements, crédits). La Malaise a par exemple institué des exemptions de taxes pour les actions à effet environnemental certain ; des mesures de découragement comme le principe du pollueur-payeur sont aussi pratiqués (suppléments de taxes par exemple en Malaisie dès 1978 pour les pollutions rejetées par les usines d’huile de palme). Ces mesures ont eu un effet très important. A Singapour, le principe de taxation de la circulation en centre-ville dans les heures de pointe a permis de réduire l’engorgement du trafic et par là la pollution de l’air urbain.

Industrie et nouvelles technologies. L’industrie est entrain de devenir très sensible aux problèmes environnementaux. La minimisation des déchets et des  effluents est l’un des buts essentiels du développement technologique. Des compagnies ont tendance à développer une image verte de leurs produits, se basant sur les technologies " propres " qu’elles utilisent, ou sur la proportion de leurs bénéfices qu’elles affectent pour la protection de l’environnement, et l’amélioration de la qualité de la vie. De nouveaux standards de process ont été promulgués en Malaisie et à Singapour, après l’adoption de ISO 14000. A Singapour, 26 catégories de produits ont obtenu le label vert.

Des formes de partenariat se développent entre gouvernements et secteur privé, pour mettre en place des services et des équipements favorables pour l’environnement. Au Pakistan, la fédération des chambres de commerce et d’Industrie a œuvré aux côtés des services gouvernementaux, pour améliorer le système de suivi de la pollution et le système de gestion des déchets urbains et industriels.  En Indonésie, le gouvernement offre son assistance aux compagnies en vue de développer des systèmes de production plus propres.

Le financement de l’action environnementale. L’investissement national dans l’environnement s’accroît dans la majorité des pays. Des fonds spéciaux sont aussi développés dans ce sens. L’aide bilatérale intervient aussi, en terme de soutien à l’action ou à l’expertise. Le fond de croissance durable asiatique a l’ambition d’investir dans ce champ de grosses sommes d’argent. Mais le secteur privé est de plus en plus concerné par le financement d’actions jugés favorables sur les plans de la productivité et de l’environnement.

 

 

La participation : Les ONG ont émergé comme partenaires dans le développement d’actions à retombées environnementales. Elles jouent de nombreux rôles, dont celui d’éducation et de conscientisation du public, à travers des campagnes multiples. La collaboration avec les gouvernements nationaux et locaux est souvent réussie.

Cependant, les bases d’information sont souvent faibles dans ces pays, ce qui réduit d’autant les possibilités d’action. Le manque de données empêche de concevoir des stratégies précises et même de fournir au public des informations sur les risques et les bienfaits directs d’un changement de comportement, dans tel ou tel secteur. La planification ne peut non plus être bien conçue, dans l’absence de telles données. Ainsi de vieilles données, imprécises et non scientifiquement prouvées, sont souvent recyclées et fournies à nouveau, sans moyen de contrôle.

Des développements nouveaux ont lieu en ce sens, avec la mise en place de systèmes de collecte de données et de traitement des informations. Le rôle joué par les organismes internationaux (UNEP) et les organes régionaux est primordial dans ce sens.

 

 4- L’Asie centrale

La région est restée marquée par l’influence de l’économie de planification centralisée jusqu’à la fin des années 80. Le développement était envisagé en terme de croissance de la production, dans l’industrie et le secteur énergétique. Une exploitation sévère des ressources, même les non renouvelables, s’en est suivie. L’industrie lourde, l’extraction de ressources, la production énergétique et l’effort militaire ont tous été associés à de hauts niveaux de pollution. Il y eut cependant des éléments positifs pour l’environnement, comme le choix pour le transport public, des systèmes étatiques de protection de la nature, la collecte par tri des ordures, en vue d’une réutilisation, le choix pour s’investir dans l’éducation, la prise en charge sanitaire des populations.

La croissance démographique dépasse toujours 1 % / an, mais est nettement plus faible que dans les autres sous - régions islamiques. L’émigration est néanmoins importante en direction de l’Europe. Le BIP est en décroissance nette depuis 1990 (autour de 40 % de réduction en 10 ans) et s’allie à d’autres phénomènes économiques (inflation, pauvreté). L’espérance de vie s’est relevée de 63 ans en 1970 à 69 en 1995, mais reste en deçà de celle enregistrée dans les pays développés. Le secteur industriel est en déclin depuis l’indépendance des pays d’Asie centrale et de nombreux problèmes économiques se posent avec acuité.

 

a- Agriculture :

L’agriculture collective dominait largement, avec des taux élevés de subventions. Pourtant la production n’a jamais atteint des niveaux satisfaisants. L’échec de l’économie centralisée et l’arrêt des subventions ont été à l’origine du recul de l’utilisation des produits phyto-sanitaires, de l’abandon de multiples projets d’irrigation, de la diminution en nombre des troupeaux et, à travers tout cela, une baisse de la production globale.

La salinisation et la pollution des eaux étaient devenues des problématiques majeures de la région où de larges projets d’irrigation avaient été mis en place, mais avec une gestion déficiente. Le problème de la mer d’Aral est sans doute la crise environnementale la plus grave que la région a connu, du fait de gros projets d’irrigation non durables. Mais il faut aussi évoquer les multiples formes de pollution des eaux et des sols, la présence excessive de métaux lourds autour des centres urbains et les problèmes sanitaires que cela pose pour les populations. La pollution par les hydrocarbures est un autre phénomène que connaissent ces pays producteurs.

La forêt de ces régions est largement affectée par le phénomène d’acidification.

 

b- Eau douce :

L’influence des activités humaines est profonde dans ce domaine. Les aspects d’utilisation excessive, d’épuisement et de pollution sont généralisés, et deviennent à la base de graves conflits entre usagers.

La consommation de l’eau a connu un certain déclin lors de la dernière décennie, du fait de la restructuration économique ; moins d’eau est utilisée dans l’industrie ; mais la demande urbaine continue de croître, du fait de l’urbanisation et d’une certaine amélioration du niveau de vie.

Les effets de la pollution sont multiples, d’autant plus que les ressources sont limitées : la plupart des puits ne peuvent plus être utilisés pour l’eau potable. Il faut y ajouter la qualité rudimentaire et vétuste des réseaux et la très forte déperdition, jointe aux menaces de contamination. De graves conflits apparaissent entre les régions amont productrices d’eau et les région consommatrices d’aval.

 

c- Les milieux marins :

Les mers fermées (Caspienne et Aral) sont fortement menacées par la pollution continentale et les hydrocarbures. Les réseaux d’irrigation et les barrages ont asséché la mer d’Aral, suite à la réduction des ruissellements qui l’alimentaient. La Caspienne possède 85 % du stock mondial d’esturgeon. La pollution a de ce fait un impact très sérieux sur l’économie.

 

d- Atmosphère :

Le développement énergétique s’est basé sur le pétrole, le gaz et l’énergie nucléaire. Ceci explique la relative moindre pollution atmosphérique de cette région. Mais c’est le déclin économique depuis les années 80 qui explique la réduction importante des émissions gazeuses.

e- Zones urbaines :

Les espaces construits se sont fortement élargis durant le 20e siècle. L’urbanisation a atteint un taux de croissance de 3 % / an dans les années soixante, pour se stabiliser à 2 % dans les années 80 et chuter à 1,2 % depuis.

Les perspectives : Dans les pays d’Asie centrale, encore marqués par l’influence du passé soviétique, les perspectives d’évolution sont déjà perceptibles. La privatisation des terres agricoles et libéralisme dans le choix des spéculations agricoles vont bon train et permettent d’envisager une réell diversification dans la production. Dans le domaine de l’énergie et de la production industrielle, les changements technologiques et la transformation des établissements vétustes actuels offrent une chance pour l’amélioration environnementale. L’usage progressif du gaz, énergie moins polluante constitue une perspective pour le futur. Mais l’essentiel réside dans une meilleure application des plans de développement et d’aménagement spatial des villes et des zones industrielles et dans la modernisation des moyens de transport.

 

IV. Les avancées dans le domaine environnemental, Réalisations et contraintes

La Conférence de Rio de Janeiro en 1992 avait été organisée dans un contexte d’évolutions positives du système international, du fait de la fin de la guerre froide et de la reconnaissance de la nécessité de répondre aux besoins des pays en développement.

Aujourd’hui l’atmosphère est beaucoup moins sereine, du fait des difficultés politiques, des difficultés que les pays développés ont eu à tenir leurs engagements, du nouveau système économique mondial, de l’intensification des conflits entre les pays développés et les pays en développement.

L’atmosphère est encore plus lourde depuis le 11 septembre 2001, lorsque des accusations graves ont été portées à l’Islam, considéré par certains comme " terreau fertile " pour le terrorisme. Le travail de fond mené par l’OCI et l’ISESCO sont à même de renverser cette tendance accusatrice non fondée. Ce travail de fond peut même, s’il est mené avec persévérance, à l’échelle de la région, ancrer dans les esprits le rôle d’avant-garde que la religion musulmane et les valeurs qu’elle préconise peuvent jouer pour garantir le développement durable des pays musulmans eux-mêmes et même contribuer au développement de la planète, étant donné le caractère trans-frontières de la pollution et des problèmes d’environnement.

Dans la région islamique, la conscience de l’importance de l’environnement est réelle ; elle s’accompagne de la reconnaissance des liens entre développement économique niveau social et environnement. Les déclarations ministérielles le montrent parfaitement, notamment :

- la résolution 6/28-E de l’OMC sur l’éradication de la pauvreté ;

- la résolution 40/28 E sur les problèmes de l’environnement ;

- la résolution 45/28 E sur l’environnement, le développement durable et les voies et moyens permettant de résoudre les problèmes relatifs à l’environnement et à la santé.

Cette dernière résolution réaffirme la nécessité de la poursuite de la croissance économique, tout en veillant à la sauvegarde de l’environnement et au bien-être des populations. Elle insiste aussi sur l’idée que l’accomplissement de ces objectifs requiert une coopération internationale et le respect des engagements que les pays développés ont souscrits lors de l’adoption de l’agenda 21.

Les principes de développement durable et de protection de l’environnement sont des fondements que nous héritons de la civilisation islamique et du développement historique de notre région. Les pratiques économiques inspirées de notre religion, les attitudes culturelles et les comportements en terme de consommation envers l’environnement sont en cas d’application effective, réellement positives.

Cependant, historiquement, il faut bien dire que la région, à cause de son caractère attractif (position géographique, richesse en ressources diverses) a été l’objet de multiples formes de colonisation qui ont empêché les pays de prendre en charge leurs problèmes de développement de manière autonome.

La colonisation a joué un double rôle négatif :

- le détournement de quantité de ressources que les pays musulmans auraient pu mettre à profit pour assurer leur développement ;

- la surimposition de nouvelles valeurs à celles qui étaient inspirées de la culture islamique et ainsi l’apparition de contradictions et de dysharmonies que les sociétés d’aujourd’hui reflètent sous la forme d’un laisser-aller et d’une certaine inconscience des menaces que présentent les problèmes de pollution et de gaspillage ou de dégradation des ressources. 

Avec les indépendances, la transition en vue d’un développement endogène a permis de changer les données. Des programmes ont été mis en place, visant l’aménagement et la conservation des ressources, l’amélioration du contexte social et du niveau de vie des populations.

La priorité a pourtant été souvent placée au niveau productif (industries, agriculture, expansion du tourisme), mais beaucoup moins au niveau de la qualité de la vie. Ce n’est qu’au milieu des années 80 que l’environnement figure parmi les domaines d’intérêts gouvernementaux.

Avec la tenue du sommet de la terre, en 1992, les actions en vue de réduire la pollution, dans le cadre d’une politique bien établie, d’institutions intégrant les principes de l’agenda 21, sont devenues de plus en plus fréquentes.

Enfin, la dernière décennie du 20e siècle a vu l’éclosion des programmes bâtis sur l’approche participative, en adaptant des méthodes d’intervention découlant plus des communautés de base et de leurs stratégies.

1- Les défis

On peut les regrouper en un certain nombre de défis majeurs que les pays musulmans se doivent d’affronter avec ténacité pour assurer un réel développement durable.

Le chapitre démographique est fondamental puisque le taux de 2% d’accroissement est suffisamment important pour constituer un défi majeur, parce qu’il impose un taux de croissance économique élevé pour satisfaire les besoins en aliments, en infrastructures de l’eau pour répondre à la demande agricole et urbaine, ainsi que pour assurer l’hygiène, en urbanisme pour empêcher le développement anarchique des quartiers urbains mal assainis, en ramassage d’ordures, pour empêcher la prolifération des maladies, etc.

Le chapitre pauvreté d’une bonne partie de la population constitue un défi social majeur, car elle est à la base de multiples formes de dégradation de l’environnement. Les risques sanitaires liés aux problèmes d’environnement s’accentuent d’ailleurs dans les régions défavorisées parmi les couches sociales les plus démunies. Les actions entreprises jusque là pour réduire la pauvreté n’ont pas eu le degré d’efficacité nécessaire. C’est que les politiques d’emploi sont souvent restées timides, malgré les discours en la matière. A cause des taux démographiques élevés, il arrive chaque année sur le marché du travail, un nombre élevé de demandeurs d’emploi que le progrès économique n’arrive pas à résorber. Cela crée des situations de marginalisation qui touchent actuellement aussi les jeunes ayant reçu un certain niveau d’instruction et même des diplômés. Le résultat est encore plus grave, puisqu’à la pauvreté qui en découle s’ajoutent des situations de désespoir psychique qui annihilent les efforts de développement.

Le défi de la mondialisation intervient, alors que la majorité des pays de la région n’ont pas encore opéré les conversions nécessaires, en terme de compétitivité technologique, de réforme des institutions et des juridictions, de gouvernance et de garanties de gestion. Par ailleurs, au sein du monde islamique, les échanges horizontaux sont encore trop rares pour créer des opportunités de coopération internes. Le développement de cette coopération régionale doit devenir un but primordial si l’on veut atteindre des niveaux d’échange d’expériences, de marchandises et de technologies, capables de garantir un renforcement des capacités de chacun des pays de la région, dans un contexte de compétition avec les autres ensembles régionaux.

 

2- Réalisations dans le domaine environnemental

Les progrès économiques, sociaux et environnementaux de la région islamique sont remarquables. Les pays producteurs de pétrole (pays du golfe, Lybie, Algérie) ont sans doute bénéficié de potentiels plus importants, comparés aux autres pays de la région. Mais c’est sans doute dans les pays qui ont investi dans les ressources humaines (Indonésie, Singapour, Tunisie, Turquie) que les progrès sont les plus manifestes.

Depuis la Conférence de Rio, certains progrès économiques et sociaux ont été accélérés. Mais dans d’autres domaines, des contraintes ont empêché le développement attendu.

Il est clair que sur le front de la démographie, les avancées sont réelles, puisque la moyenne des taux de croissance approche ou dépasse les 2% (ce qui reste quand même supérieur à la moyenne mondiale de 1,5%). Dans certains pays de la région, notamment en Afrique subsaharienne, ce taux reste parmi les plus élevés du Monde. C’est là un défi majeur pour l’économie et le développement social de ces pays.

Sur le plan de certains indicateurs sociaux, des progrès sont réalisés. C’est ainsi que l’espérance de vie est passée de 51 à 65 ans, signe d’avancées dans le domaine sanitaire. Le taux de mortalité infantile a été réduit de moitié. Le degré d’alphabétisation a largement progressé, notamment dans l’éducation des femmes. Or, les liaisons entre ces indicateurs et l’amélioration de la conscience environnementale sont évidents.

Par contre, les efforts sur le front de la lutte contre la pauvreté paraissent avoir moins d’effet dans la dernière décennie, alors que les résultats étaient plus importants dans les années 80. Le gros problème réside toujours dans le fossé qui sépare les riches et les pauvres, les urbains et les ruraux. Chez les plus démunis, notamment ceux qui vivent à la campagne, l’accès à l’eau potable saine est très en retard. L’accès à l’assainissement est encore plus problématique et ne concerne aujourd’hui que le 1/3 de la population. Un vrai problème d’équité dans la distribution spatiale des équipements se pose avec acuité.

Les dépenses gouvernementales dans les domaines de l’éducation et de la santé ont tendance à baisser relativement et par habitant dans tous les pays, même si les sommes globales dépensées sont très élevées. C’est aussi le cas en ce qui concerne les dépenses publiques dans le domaine de l’environnement. Ces états de fait s’expliquent sans doute par les choix en terme de politique économique, pour l’ajustement structurel et le libéralisme.

Les pays de la région étaient confrontés à l’enjeu du redressement économique, pour résoudre les gros problèmes sociaux, notamment celui de l’emploi. En effet, avec les efforts d’ajustement, de réduction de l’inflation, les économies de nombreux pays de la région se sont améliorées dans la dernière décennie. Pourtant, le PIB par habitant ne s’est pas redressé dans tous les pays, notamment dans les pays d’Afrique.

Les réformes économiques et la restructuration sont partout effectives, avec la promotion de l’économie de marché, l’effort de décentralisation et la privatisation. Le secteur de l’énergie a fortement progressé (consommation électrique notamment). Celui des télécommunications a connu un réel bond en avant, avec la densification des réseaux téléphoniques. L’industrialisation a largement progressé, accompagnée d’une diversification de ses produits manufacturés.

Ces progrès économiques cachent pourtant le retard pris dans le domaine de l’environnement. Les problèmes urgents qui se posent aux pays sont ceux qui émergeaient déjà dans les dernières décennies du 20e siècle ; ils ont même augmenté d’intensité. L’accélération de l’industrialisation et de l’urbanisation ont eu des impacts négatifs très importants. L’état des équipements a connu une certaine détérioration, qui a eu comme effets l’apparition de niveaux de pollution exagérés, fortement dommageables pour le bien–être et l’état sanitaire, dans de nombreux pays.

Dans le domaine de l’eau, malgré les progrès accomplis, la situation reste loin de l’idéal. Des plans nationaux ont été mis au point, notamment dans le domaine de l’irrigation et dans celui de la prévention de la pollution. Des essais de partenariat public / privé ont été tentés, dans les deux domaines de l’accès à l’eau (associations locales, entreprises de gestion de l’eau à l’échelle urbaine) et de l’assainissement. La législation a été améliorée avec l’adoption par plusieurs pays de lois sur l’eau. L’application du principe des études d’évaluation des impacts de projets joue un rôle fondamental dans le suivi de l’état de l’environnement. Dans le domaine urbain, des programmes de gestion des déchets ont été établis ainsi que des systèmes de contrôle de la pollution de l’air.

Des actions de régulation sont donc en place pour renforcer les politiques nationales, depuis la mise en place des agendas 21 aux échelles nationales et locales. Les institutions environnementales sont en progrès depuis le début des années 1990. Les entités chargées de ce secteur ont plus de poids et plus de pouvoir et sont soutenues en cela par des conseils supérieurs de l’environnement et des conseils de développement durable.

L’observance de l’action environnementale et le respect de la législation reposent sur les mécanismes de contrôle que la loi envisage. Un système de taxation et des instruments d’imposition financière sont utilisés pour contrôler l’application de la législation et prévenir les pollutions dommageables pour le milieu ou la santé.

Mais l’idée progresse d’utiliser plus des instruments économiques de primes à l’effort plutôt que le seul système de "commande et contrôle". De nombreuses subventions sont en voie d’être abolies, depuis l’instauration des programmes d’ajustement structurel. Certaines de ces subventions avaient justement accru la pression sur les ressources (eau, énergie, matériaux de construction) et permis leur exploitation excessive et sans efficience en terme de rendement.

Depuis le sommet de Rio, l’implication des ONG, des femmes, des jeunes et de diverses organisations corporatistes est devenue réelle, contribuant ainsi à une meilleure gestion de l’environnement. Cette implication reste néanmoins à une échelle nettement plus réduite que dans les pays du Nord.

En ce qui concerne la signature et la ratification des conventions internationales, les pays du Monde musulman se placent à un niveau honorable, comparable à celui des pays développés, ce qui signifie qu’il existe une réelle volonté de contribuer à l’action mondiale pour la protection de l’environnement. Cela ne signifie pas que tous les pays observent strictement les recommandations et les engagements pris dans le cadre de ces traités.

L’application du protocole de Montréal est très avancée, dans la réduction de production des substances détruisant l’ozone stratosphérique. Cette implication s’explique par la forte pression internationale et notamment les financements obtenues pour une application avancée.

Les protocoles régionaux, notamment les traités maritimes ont un intérêt immédiat pour les différents pays et sont de ce fait largement appliqués. Ils permettent ainsi de promouvoir la coopération à l’échelle régionale.

 

3- Les contraintes

Plusieurs contraintes font face à la réalisation du développement durable dans la région et notamment à l’application des objectifs en terme d’amélioration des conditions d’environnement et de qualité de la vie. Des efforts multiples ont pourtant été déployés pour surmonter ces obstacles. Certains de ces efforts ont réussi et ont donné lieu aux réalisations déjà décrites. D’autres n’ont pas été suffisants pour une réussite réelle ou n’ont pas été adéquats et spécifiques vis à vis des problèmes rencontrés. Une démarche innovante est donc nécessaire pour transformer les échecs du passé en réussites.

Le problème de fond réside dans la distribution très inégale des ressources, notamment la ressource hydrique. Certains pays de la région vivent une situation de stress avancée ; c’est le cas de pays comme l’Algérie, la Jordanie la Palestine, les pays du Golfe. D’autres sont dans une situation beaucoup plus avantagée (Egypte, Irak, Bengladesh, Indonésie). Mais la disponibilité naturelle de la ressource ne suffit pas pour définir une situation de confort en terme d’accès à l’eau et de profit que l’on peut en tirer pour améliorer la qualité de la vie et assurer un développement durable.

La situation est très différente entre les pays à stress hydrique et faibles moyens matériels pour y remédier et les pays où abondent les moyens financiers pour obtenir de l’eau non conventionnelle ou pour intensifier la recherche de l’eau profonde, malgré le coût élevé des forages.

Par contre, la situation n’est pas moins variée, dans les pays disposant de l’eau en abondance, entre ceux où le drainage est correct et ceux où l’accumulation des eaux de surface induit des phénomènes de propagation de maladies (Bengladesh, Egypte, Chatt el Arab, Soudan).

Ces différences en terme de disponibilité de la ressource et d’accès à la ressource expliquent les inégalités importantes dans la qualité environnementale des milieux. L’inadéquation entre une demande partout en augmentation et des ressources plus ou moins disponibles constitue un obstacle majeur au développement. Cela requiert avant tout, dans les pays à stress hydrique, des réformes profondes sur le plan institutionnel, en terme de gestion et des changements de comportement.

Le second problème est un problème de compréhension, d’information et de conscientisation. L’agenda 21 et la notion de développement durable, ainsi que la relation avec la protection de l’environnement, tous ces concepts restent l’apanage d’une minorité. La participation aux mécanismes et aux actions de développement reste faible. Cela s’explique sans doute par le niveau faible d’alphabétisation, par le faible impact des médias, la rareté des messages éducationnels et l’inadéquation des programmes de formation par rapport aux besoins des populations.

Le développement économique et urbanistique du Monde musulman a été accompagné par l’acquisition de modes de consommation et de styles de vie, générant de grandes quantités de déchets, dont les coûts de gestion et de traitement sont trop élevés pour être couverts par les bénéfices du développement atteint.

Ce niveau de développement n’a malheureusement pas concerné le domaine de l’information. En effet le déficit en information est réel, ce qui empêche la population de prendre conscience de la gravité des menaces environnementales qui la guettent.

Une bonne gestion des secteurs économiques et sociaux est à la base du développement durable. Or les modes actuels de gestion sont souvent inadéquats. La centralisation excessive est encore souvent la règle, avec peu de responsabilisation et peu de liberté laissées aux acteurs locaux. La société civile, quoiqu’en plein développement, reste trop peu impliquée. Le secteur privé est souvent freiné dans son action par une bureaucratie trop pesante. Le clientélisme et la corruption empêchent le traitement des dossiers dans la transparence, l’équité et la responsabilité, nécessaires pour l’efficacité et le rendement des actions en cours. Les réalisations positives sont de ce fait souvent retardées sinon annulées.

Le caractère sectoriel des institutions est un autre frein à l’accomplissement du développement durable. L’absence d’institutions de coordination empêche la synergie entre secteurs et réduit donc l’efficience des actions. Il y a même des cas de projets contradictoires, développés par des départements sensés travailler de manière coordonnée.

Il y a enfin des contraintes d’ordre général que les pays connaissent avec plus ou moins d’intensité, selon leur niveau de développement et leurs ressources financières. Il s’agit d’abord du poids de la dette qui alourdit les budgets de nombreux pays. Ensuite de la tendance à la fuite des cerveaux vers les pays du Nord. Il y a enfin le problème d’instabilité politique et d’insécurité, que certaines régions enregistrent dramatiquement et de manière malheureusement durable.

V. Stratégie de développement durable

1- Objectifs stratégiques

- Placer la région islamique dans une perspective de croissance durable, ce qui signifie d’abord d’atteindre un taux de croissance qui lui permet de surmonter son handicap par rapport au Monde développé. Cela signifie aussi la transformation des pays de la région en des acteurs incontournables sur la scène mondiale, grâce à la conscience qu’ils auront acquis qu’ils peuvent mobiliser leurs énergies, en les fondant sur le patrimoine et l’héritage que représentent leurs valeurs, celles de leur histoire commune, mais surtout celles que leur inspire leur religion et les textes sacrés, le Saint Coran et la Sunna.

- Développer une technologie propre à la région, capable à la fois d’assurer une production satisfaisante sur les deux plans  quantitatif et qualitatif  et de répondre aux défis environnementaux posés.

- Adopter pleinement une stratégie de prévention et appliquer le principe de précaution, chaque fois qu’il s’agit de risques pouvant avoir un impact sur le développement global. Cela signifie la nécessité de ne pas se contenter de traiter les problèmes environnementaux posés, mais se préoccuper des risques pouvant émerger de toute conduite environnementale négative. Cela signifie par ailleurs un effort inlassable de recherche en vue de prévenir les impacts, grâce à des travaux de prospective, fondés sur des analyses précises et des investigations de terrain. Cela signifie aussi d’œuvrer sur le front social, afin de réduire les inégalités, corriger les cas de marginalité, grâce à une approche participative, intégrant les stratégies des acteurs locaux et se fondant sur leur savoir-faire, sans exclusion, dans un contexte de promotion de la personne humaine, comme s’est souligné dans la tradition islamique et enseigné par les valeurs de notre religion.

 

2- Plan d’action

2-1 – Axe économique

La croissance économique est une base de la stratégie de développement durable et de l’action environnementale. L’accélération de la croissance, grâce à la multiplication des investissements est à la base de la satisfaction des besoins croissants de la population.

Cette croissance est à même de fournir les ressources pour éradiquer la pauvreté, financer l’effort de protection environnementale, celui de reconversion des activités en vue de réduire les pollutions, celui de l’aménagement spatial et de l’urbanisme, en vue de mieux séparer les espaces productifs et ceux de l’habitat et des loisirs, celui de la réalisation de cadres de vie adéquats et prospères.

Cette croissance économique accélérée suppose bien sûr toute une série de réformes politiques, juridiques et sociales, notamment le rétablissement de la   confiance pour les investisseurs, la sécurité, l’état de droit, mais aussi la primauté donnée aux ressources humaines et au renforcement des capacités, à l’équité sociale et la réponse adéquate des Etats aux besoins des populations.

 

2-2 – Axe social

Le développement social est à la fois une conséquence de la croissance économique (réduction du chômage, renforcement du pouvoir d’achat) et une condition nécessaire pour l’installation dans la durée de cette croissance.

L’éradication de la pauvreté ne découle pas systématiquement de la croissance économique. D’une part, parce que les besoins sont énormes, à cause du poids démographique et de la pression humaine. Mais aussi à cause des inégalités sociales, des phénomènes de marginalisation et d’exclusion.

Or pauvreté et dégradation de l’environnement sont liées. Une action spécifique, basée sur une approche nouvelle, se doit d’affronter la problématique de la pauvreté et de la marginalité, avec de nouveaux outils. L’octroi de subventions a prouvé ses limites et même ses effets pervers. Une réelle prise en charge de la problématique de la pauvreté, par les couches sociales défavorisées elles-mêmes, grâce au renforcement de leurs capacités, représente la seule voie possible, dans un contexte de participation effective.

Une première condition doit être réalisée : la gestion de la population, grâce à des actions dans le domaine de la démographie, par la conscientisation, l’information et l’éducation. Car la détérioration de la situation sociale s’explique en partie par la multiplication des besoins (en eau, en alimentation, en habitat salubre, en assainissement …) du fait du croît démographique excessif. Ce croît exige des efforts supplémentaires et des moyens matériels supplémentaires pour satisfaire les besoins. Les moyens expérimentés de limitation des naissances ont prouvé leur incapacité à résoudre cette situation. Seule l’éducation et la conscientisation peuvent amener les sociétés à se prendre en charge et à se mobiliser, en vue d’une situation d’équilibre.

Une seconde condition consiste dans l’investissement dans le capital humain et le renforcement des capacités, notamment celles des jeunes générations. Une éducation améliorée et plus efficace, grâce à une réforme profonde des systèmes actuels, peut seule permettre de former les cadres, à même de prendre en charge les problèmes de l’environnement, de l’économie et de la société. Une volonté politique est à la base de la réforme des systèmes en place.

 

2-3 – Axe politique

Il s’agit d’une série de choix politiques, à même de garantir les conditions pour le développement durable. Ces choix tiennent dans la réforme politique, juridique et administrative que l’on peut résumer dans la mise en place d’un système de gouvernance adéquat.

Sur le plan politique, l’adoption d’un système décentralisé et de la démocratie permet la responsabilisation des acteurs à tous les niveaux et la garantie de l’implication de tous dans le processus de développement, de protection de l’environnement et d’amélioration du cadre de vie des citoyens. La latitude donnée à la société civile de se prendre en charge constitue une autre garantie de contrôle.

Le renforcement du rôle du secteur privé, crée les conditions de marché et de compétition à même de permettre aux projets les plus novateurs de réussir, alors que les activités nuisibles sont condamnées à disparaître. Dans ce contexte, le renforcement du contrôle juridique, dans un contexte de liberté absolue du pouvoir judiciaire, prend un rôle d’appui, les critères économiques permettant par eux-mêmes d’orienter les mécanismes productifs vers le positif et les services publics de distribution d’eau, d’assainissement et de traitement des déchets, vers la rationalisation. L’hygiène peut ainsi s’améliorer d’elle même, sous l’effet composite de la régulation juridique, du contrôle de la société civile et des citoyens et des mécanismes du marché.

L’encouragement de la recherche-développement vient en appui à ces efforts visant la gouvernance. Car la recherche fournit des standards et des modèles, une innovation technologique, une connaissance que l’éducation répercute et généralise. Tout cela permet d’accroître le niveau de conscience et donc de responsabilité.

 

2-4- Axe environnemental et gestion des ressources naturelles

Les ressources naturelles et écologiques constituent une richesse à exploiter de manière rationnelle et ne doivent pas être considérés comme une contrainte au développement. Le discours des écologistes a été à la base d’une prise de conscience du caractère "épuisable" des ressources et de la menace de dégradation, source d’appauvrissement à la fois économique et écologique.

Mais la recherche doit être orientée vers l’analyse des secteurs porteurs d’une nouvelle dynamique de développement, en étudiant la contribution possible de la valorisation du patrimoine naturel, dans l’effort de développement. Ainsi, la protection des ressources naturelles et de la biodiversité doit aller de pair avec la valorisation des sites d’intérêt écologique par diverses activités comme l’écotourisme, la production agricole biologique et labellisée dans des espaces circonscrits hautement productifs.

La composante gestion des ressources naturelles doit donc être conçue comme base de développement, soutien du développement et non plus comme entrave au développement.

La disparition physique des écosystèmes constitue une perte grave ; il faut y ajouter la destruction "interne" des écosystèmes, où l'appauvrissement des cortèges floristique et faunistique, l'absence de régénération, le déséquilibre des peuplements, conduisent à un dysfonctionnement majeur, avec arrêt de la dynamique écologique (désertification). Cette évolution altère profondément la qualité des milieux et ne leur permet plus d'assumer pleinement leur rôle écologique, ce qui aboutit à la destruction à terme, du patrimoine naturel.

Les milieux naturels sont fortement soumis à la pression anthropique. La très forte occupation de l'espace et l'exploitation soutenue des ressources cantonne les milieux naturels réellement intacts sur des superficies excessivement réduites. L'espace naturel est souvent un espace plus ou moins utilisé par les populations rurales et de plus en plus par les touristes. Il est donc très difficile d'envisager la création de réserves naturelles en dehors de toute présence humaine. Le statut doit autoriser certaines activités d'exploitation de la ressource, dans le cadre d'un contrôle strict,  selon un plan de gestion et d’aménagement sur le long terme.

La responsabilité internationale et régionale de ce patrimoine impose d’assurer la pérennisation des richesses pour le bénéfice des générations futures, en en valorisant les composantes principales. C’est pourquoi la politique de protection doit s'appuyer sur la structuration de l’espace, en fonction d'une "zonation par objectifs" distribuant rationnellement les vocations dégagées, en fonction des contraintes locales et du contexte écologique, humain et économique. La prise en compte des avis des populations locales est nécessaire ; il s’agit de "créer un espace de dialogue et de négociation" et non pas d’imposer une vision technocratique. 

La protection du patrimoine naturel est à envisager d’un point de vue intégré ; en ciblant les espèces menacées et les habitats précieux, on prend aussi  en considération les grands bassins hydrographiques, les systèmes hydrologiques, les milieux côtiers, les forêts, le sol, les nappes phréatiques et le sous-sol, autant de maillons d'une chaîne indispensable au maintien des grands équilibres écologiques planétaires et bases vitales pour le développement durable de la communauté humaine.

En effet, l'exploitation des ressources naturelles assure une large part de l'économie et conditionne le développement du monde rural.  L'érosion des sols est réelle et coûte très cher à la collectivité. La lutte anti-érosive n’est réellement efficace que par le développement des espaces ruraux et la gestion patrimoniale des forêts et des bassins versants. Les parcours d’élevage représentent un bien inestimable. La surexploitation actuelle de cette ressource essentielle ne peut que conduire à une crise économique et sociale à brève échéance. Il est donc nécessaire de sauvegarder ces ressources par une politique d’aménagement spatial où l’espèce précieuse et le milieu protégé sont à intégrer en tant qu’éléments dynamiseurs de la conception globale, car la mobilisation de moyens humains et matériels à l’occasion d’une action de conservation crée une dynamique locale qui influe sur l'ensemble des secteurs.

La programmation des aménagements de protection et de réhabilitation des habitats, de repeuplement faunistique s’articule nécessairement avec une politique de valorisation écotouristique. Même si la protection de la nature n'est pas affaire de "rentabilité"  car son impact économique n'est perceptible que sur le long terme. L'approche purement sentimentale a par contre prouvé son inefficacité. Il s’agit en fait de préconiser une voie médiane avec à la fois une ferme volonté de protéger le patrimoine, quel qu’en soit le coût et d’en valoriser rationnellement certaines composantes, apportant ainsi une certaine intégration au sein du tissu social et économique.

En ce qui concerne les forêts, les fortes densités rurales expliquent le caractère excessif des prélèvements et de ce fait, la réduction de la forêt à des taches résiduelles, avec toutes les conséquences que cela induit en terme de recul de la biodiversité, de déséquilibre du cycle de l’eau, d’accentuation des pointes de crues, d’érosion des sols et d’envasement des retenues. Les options pour remédier à cette situation sont d’abord basées sur l’application de la loi, pour tous  les prélèvements irréguliers, non dictés par le besoin. Pour les prélèvements considérés comme sociaux, il est nécessaire de trouver des solutions à la marginalité en prônant un développement rural intégré. Sur le plan spatial, les forêts et leurs espaces limitrophes doivent être traités de manière globale, valorisant de nouvelles activités, productrices de revenus, afin de limiter la pression actuellement exercée.

L'intervention répressive ne peut régler le problème de la dégradation des ressources naturelles, tant que les problèmes économiques des populations n'ont pas été correctement  posés et tant que des compensations équitables n'ont pas été proposées. La protection des espaces sensibles, comme la montagne, les steppes pré-désertiques, les oasis, ne peut être envisagée sans l'effort constant des humains des milieux, sans leur ingéniosité, leur connaissance des spécificités de ces domaine difficiles. La participation de ces populations, la prise en compte des stratégies paysannes, l'appui sur les organisations villageoises et la mise en place de contrats définissant les responsabilités constituent une réelle garantie pour une gestion convenable des ressources.

Le littoral est un domaine d’implantations humaines et économiques variées, souvent  fondamentales, mais c’est aussi un patrimoine culturel et historique inégalable avec des paysages précieux, des sites d’intérêt biologique, des sites d’intérêt archéologique.

Deux composantes principales constituent ce patrimoine :

- Le littoral comporte des richesses naturelles physiques et biologiques, dont certaines sont à conserver d’urgence, car irremplaçables, certaines espèces rares par exemple, d’autres à gérer, dans un but de durabilité, exemple des plages, des marais, des coraux (mer rouge, par exemple).

- Le littoral compte des secteurs d’activités humaines et économiques qui recherchent la localisation littorale, comme site préférentiel ou nécessaire : Ports maritimes, Pêche maritime, Aquaculture marine,  Industrie de raffinage et pétrochimie, Centrales thermiques modernes, tourisme balnéaire et ports de plaisance.

Le littoral tend à devenir un espace sur-occupé et sur-utilisé par l’urbanisation, les activités industrielles, portuaires, halieutiques et de loisirs. Souvent excessive, cette occupation  aboutit à la dégradation du milieu physique et à hypothéquer toute possibilité de gestion meilleure de l’espace côtier et marin dans l’avenir.

Le processus de littoralisation de la population et des activités est déjà très avancé et aboutit aussi à un déséquilibre flagrant en terme d’aménagement du territoire. Jusqu’à maintenant, l’approche n’a pas pu générer un effet de durabilité. Les rejets urbains et industriels dans le milieu marin, la sur-occupation du trait de côte, l’épuisement de certaines ressources halieutiques et l’érosion des rivages sableux - ressource à la base du développement touristique – tout cela conduit à poser la problématique du milieu marin en terme de choix fondamentaux pour la mise en place d’une politique de gestion efficace de cet espace précieux.

Les actions de sauvegarde, de réhabilitation, de gestion ne peuvent se concevoir que dans le cadre d’une conception intégrée, énonçant des principes clairs et bien définis, dans un environnement juridique de droit et d’équité et grâce à l’acquisition par tous d’une sensibilité écologique et d’un comportement éthique.

L’action sur les facteurs de risques affectant le milieu ne doit pas être guidée par les seules considérations économiques. L’approche efficiente situe l’individu et son environnement au centre des préoccupations et associe le citoyen à la gestion de son espace, par la promotion d’un cadre de vie et d’un mode de vie plus favorable à tous. Car un état environnemental satisfaisant est une condition de base pour un développement économique et social harmonieux. Car il ne faut pas oublier que la vie dans un environnement sain représente l’un des droits humain fondamentaux.

 

Conclusion

Ce rapport a visé à proposer une définition du concept de développement durable, adaptée au contexte des pays islamiques en voie  de développement ; ces pays connaissent l’effet de contraintes divers, comme la démographie, l’urbanisation, la marginalisation de larges portions des territoires.

Le développement durable signifie d’abord sans doute, la mise à niveau de l’appareil productif, de l’Administration, de la gestion de la chose publique, des comportements. Mais la durabilité signifie aussi que ce premier objectif doit être concilié à celui d’une valorisation et d’un développement du patrimoine écologique et culturel.

Le développement dans un cadre d’ouverture est devenu le seul modèle envisageable, les autres alternatives ayant démontré leur incompatibilité - avec même la nature humaine. Mais sans coopération régionale et internationale, la seule ouverture commerciale risque de mener à des impasses.

La spécificité des territoires et des pays constitue une richesse à cultiver, ce qui signifie que la mondialisation ne doit pas imposer la banalisation. Plusieurs types de modernités sont concevables. La recherche et l’innovation dans le domaine des techniques, comme dans celui des idées est aussi une assurance de progrès. C’est dans cette perspective que nous devons fonder notre objectif de développement durable sur les fondements mêmes de notre culture islamique.

La volonté de tous et la ferme décision de s’orienter vers un développement durable constitue un principe de base, un projet de société et non pas un simple discours. Ce qui signifie une stratégie claire et des actions précises, en rupture avec les tendances actuelles. L’un des principes fondamentaux est d’appliquer la recommandation principale de l’agenda 21, c’est à dire une responsabilisation plus effective au niveau des territoires et des collectivités locales, l’État étant le coordinateur des acteurs ; mais avec une participation plus effective et avec de nouveaux rapports entre État, élus et citoyens et une réelle culture de la durabilité imprégnant tous les programmes et toutes les actions.

La gestion de la dégradation de l’environnement est une priorité pour les pays musulmans qui se fixent comme objectif de renverser la tendance installée, laquelle aboutirait à des catastrophes écologiques, économiques et sanitaires et plus globalement à une qualité de la vie fortement détériorée. Il est important de viser le long terme et le bien-être des générations actuelles et futures. 

Des études doivent être menées dans le but de préciser les impacts environnementaux possibles, de tout projet de développement.

Mais il est surtout nécessaire de mettre en place les réformes économiques, juridiques et sociales, à même de garantir la mobilisation de tous en vue d’atteindre ces buts. Dans ce contexte, la culture islamique et ses enseignements doivent constituer une référence à laquelle la formation des jeunes, le système d’éducation dans son ensemble, mais aussi le système économique et la législation doivent rester attachés.

 

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