Islamic Educational, Scientific and Cultural Organization - ISESCO -

 

Le Monde islamique et les défis du développement durable

Introduction

Les problèmes écologiques qui accompagnent le progrès technologique se posent et se poseront avec une acuité de plus en plus croissante tant que le progrès technologique n’accorde pas l’importance qu’elles méritent aux questions de l’environnement. Dans ce sens, l’islam à travers le Coran et la Sunna apporte les réponses qu’il faut à toutes les questions qui se rapportent à la gestion de l’environnement car Dieu a tout prévu pour le bien de ses créatures. Le tout Puissant dit : "Nous n’avons rien négligé dans le Livre".

I- L’environnement et ses composantes d’un point de vue islamique

a- Notion d’environnement

L’environnement est le milieu où l’Homme interagit avec la nature afin d’y puiser ses moyens de subsistance. Il est déterminé par un ensemble de conditions naturelles, de matières et d’interactions. Ces conditions sont matérialisées par le climat, l’humidité et autres phénomènes physiques comme la pesanteur. Les matières sont représentées par les reliefs, les cours d’eau, les étendues océaniques, la flore et autres composantes terrestres ; quant aux interactions, elles sont soit physiques soit biologiques. L’interaction peut être directe (action de l’Homme sur son environnement immédiat) comme elle peut être indirecte (cycles naturels de l’eau ou les mouvements des vents). Sur une plus grande échelle, l’environnement dépend de l’atmosphère, de l’hydrosphère et de la lithosphère. Par ailleurs, les spécialistes s’accordent à dire que l’environnement se présente sous trois dimensions: écologique, socio-économique, et socio-culturelle.

L’Homme interagit ainsi avec trois sortes d’environnements : l’environnement naturel ou originel, l’environnement artificiel (créé par l’Homme) et l’environnement social.

L’environnement obéit à un système fonctionnel qui assure la complémentarité des composantes biologiques et non-biologiques . Grâce à ce système, l’environnement recèle les ressources naturelles et fournit les ressources et les matières premières dont l’Homme a besoin. L’environnement préserve un équilibre entre ce qu’il reçoit et ce qu’il fournit malgré tous les dysfonctionnements provoqués par l’Homme. De là, on peut affirmer que l’environnement se présente sous deux aspects un aspect naturel et un autre civilisationnel.

Par environnement naturel, on entend l’ensemble des éléments et des réactions qui définissent la vie de l’Homme et sa relation avec la nature. Quant à l’environnement civilisationnel, il correspond aux modes d’existence établis par l’homme pour organiser sa vie sur terre et leur influence sur le milieu naturel.

b- Les composantes de l’environnement

En tant que système global, la Terre se subdivise en quatre sous-systèmes : le système terrestre, le système atmosphérique, le système hydrique et le système biologique.

1- Le système terrestre correspond à la couche supérieure de la terre, dont l’épaisseur atteint plusieurs mètres. L’homme vit sur cette couche et exploite les ressources qu’elle renferme à l’exception de certains puits pétroliers et de certains minerais. Dieu a préparé et rendu cette terre habitable et mis à la disposition de ses créatures tout ce dont ils ont besoin pour y vivre : "N’avons-nous pas disposés la terre comme un lit de repos, et les montagnes comme des piliers de tente ? Nous vous avons créés par couples. Nous avons fait de votre sommeil un repos. Nous avons fait de la nuit un voile. Nous avons fait du jour le moment de la vie". Dans le même temps, Dieu a prévenu les hommes contre la destruction de la nature : " Ne semez pas le désordre sur la terre après qu’elle a été reformée." ou encore "Seriez-vous capables, si vous tourniez le dos, de semer la corruption sur la terre et de rompre vos liens de parenté ? Voilà ceux que Dieu maudit".

2- Le système hydrique concerne les trois états physiques de l’eau : l’état gazeux, liquide et solide. Dans ce contexte, il convient de rappeler que l’eau est mentionnée dans le Coran à soixante trois reprises sous les aspects suivants :

L’eau, première matière sur terre : "C’est Lui qui a créé les cieux et la terre en six jours, Son Trône était alors sur l’eau" ;

L’eau, matière vitale à tous les êtres vivants : "Et Nous avons créés à partir de l’eau toute chose vivante. Ne croient-il pas ?" ;

L’eau, matière indispensable à la végétation : "C’est Lui qui du ciel fait descendre l’eau avec laquelle nous faisons croître la végétation de toute plante" ;

L’eau, source de diversité végétale : "Ne vois-tu pas que Dieu fait descendre du ciel l’eau dont nous faisons ensuite sortir des fruits diapré" ;

L’eau, source de subsistance : "Il fait descendre du ciel une eau grâce à laquelle il fait surgir des fruits pour assurer votre subsistance" ;

L’eau, liquide à boire : "Avez-vous considéré l’eau que vous buvez, est-ce vous qui l’avez fait descendre des nuages ? ou bien sommes-nous ceux qui la faisons descendre. Si nous voulions, nous la rendrions saumâtre. Si seulement vous étiez reconnaissants." ;

L’eau, symbole de l’invocation de Dieu : "La véritable invocation s’adresse à Lui. Ceux que les hommes invoquent en dehors de Lui ne leur répondent d’aucune façon ; pas plus que l’eau ne parvient à la bouche de celui qui tend ses deux paumes vers elle pour qu’elle y parvienne." ;

L’eau, moyen de pression : "Nous avons fait descendre l’eau du ciel, avec mesure, Nous l’avons maintenue sur la terre, alors que nous pourrions la faire disparaître" ;

L’eau, source de crainte et d’espérance : "C’est Lui qui vous a fait voir l’éclair - sujet de crainte et d’espoir- c’est Lui qui fait naître les lourds nuages." ;

L’eau, puissance destructrice : "Nous avons fait jaillir les sources de la terre ; les eaux se mêlèrent d’après un ordre décrété." ;

L’eau, source de châtiment le Jour du Jugement : "Il est tiré vers la Géhenne où il sera abreuvé d’une eau fétide" ;

L’eau, facteur de reproduction et de continuité : "Que l’Homme considère donc ce avec quoi il a été créé. Il a été créé d’une goutte d’eau répandue sortie d’entre les lombes et les côtes." ;

L’eau, voie de transport : "Dieu est Celui qui a mis la mer à votre service afin que le navire y vogue sur son ordre et que vous recherchiez ses bienfaits. Peut-être serez-vous reconnaissant."

L’eau, source de nourriture : "le gibier de la mer et la nourriture qui s’y trouve vous sont permis : c’est une jouissance pour vous et pour les voyageurs" :

L’eau, signe de miséricorde, de pureté et de vie :"C’est Lui qui déchaîne les vents comme une annonce de sa miséricorde. Nous faisons descendre du ciel une eau pure pour rendre la vie à une contrée morte et pour abreuver la multitude des troupeaux et des humains que nous avons créés." :

L’eau, source d’expiation : (cf- hadiths du Prophète)

3- Le système atmosphérique

Le globe terrestre est entouré d’une couche atmosphérique qui se compose d’oxygène et d’azote. Elle s’étend sur plusieurs centaines de kilomètres à partir de la surface de la Terre. L’atmosphère se constitue de treize couches principales :

La troposphère : couche inférieure de l'atmosphère terrestre, comprise entre la surface de la Terre et la stratosphère. C'est dans la troposphère que se manifestent les phénomènes météorologiques. Cette couche s'élève à une altitude d'environ 11 km au-dessus de la surface de la terre.

La stratosphère : couche supérieure de l'atmosphère, qui commence à une altitude de 13 à 19 km et s'étend jusqu'à presque 80 km. La stratosphère contient la couche d’ozone qui protège la terre des rayons ultraviolets. La stratosphère est pratiquement dépourvue de nuages ou d'autres phénomènes météorologiques.

L’ionosphère :située au dessus de la stratosphère à une distance qui peut atteindre 360 kms. L’ionosphère contient des gaz légers comme l’hydrogène et l’hélium. Dieu dit à ce propos : " il a établi sept cieux en deux jours. Il a révélé à chaque ciel tout ce qui le concerne. ".

Les principaux constituants de l’atmosphère terrestre sont l’azote  et l’oxygène. Les autres gaz atmosphériques sont l’argon, le dioxyde de carbone, la vapeur d’eau en quantité variable et des traces d’hydrogène, d’ozone, de méthane, de monoxyde de carbone, d’hélium, de néon, de krypton et de xénon.

Malgré les différentes activités biologiques des êtres vivants, la composition chimique de l’atmosphère n’a pas connu de changement. La consommation massive de l’oxygène engendre une forte présence de dioxyde de carbone, mais celui-ci est récupéré par la flore à travers la photosynthèse. De plus, l’excédent en gaz carbonique est absorbé par les océans et les mers où il entre en réaction avec le calcium pour donner le carbonate de calcium. C’est ainsi que ces cycles dit géo-chimiques maintiennent un certain équilibre de la nature. Dieu dit  dans son Livre Sacré : "Nous n’avons pas créé par jeu le ciel, la terre et ce qui se trouve entre les deux".

Mais la découverte des différentes sources d’énergie et l’entrée dans l’ère de l’industrialisation ont gravement bousculé l’équilibre naturel que Dieu a instauré.

4- le système biologique

Le système biologique est déterminé par les différentes formes de vie terrestre et marine. Le climat, l’eau et le sol donnent naissance à des écosystèmes où s’organisent la vie humaine, animale et végétale. La vie humaine dépend de la faune et de la flore car ce sont des sources de nourriture : "Grâce à elle (l’eau).Il fait encore pousser pour vous les céréales, les oliviers, les palmiers, les vignes et toutes sortes de fruits.".

L’Homme exploite également les ressources naturelles pour se réchauffer, s’éclairer et se développer sur le plan industriel et social. A cet égard, les forêts constitue une source de vie incontournable dans la mesure où elles conservent le taux normal des gaz dans l’atmosphère et favorise les précipitations. Il est donc clair que la déforestation peut avoir des retombées catastrophiques sur l’équilibre des écosystèmes.

Les éléments de l’environnement entretiennent une relation d’interdépendance. Il suffit qu’un seul élément change pour que tout le système suive. Ainsi, le système hydrique se règle en fonction de la température. C’est pour cette raison que les forêts tropicales foisonnent dans les régions chaudes.

c- Les composantes de l’environnement civilisationnel

L’environnement civilisationnel se compose de cinq éléments fondamentaux :

1- le système technologique ;

2- le système social ;

3- le système économique ;

4- le système culturel ;

5- le système politique ;

1- Le système technologique

La science et la technologie permettent d’exploiter les ressources naturelles, mais elles doivent en même temps aider l’homme à régler les problèmes environnementaux qu’elles engendrent. La science et la technologie entretiennent une relation dialectique car plus la science avance, plus la technologie évolue. On constate que la durée entre la conception scientifique et l’application technologique n’a cessé de se réduire à travers l’histoire de la science. L’on doit donc s’intéresser à l’Homme en tant que producteur de cette technologie mais aussi en tant que victime de sa propre science. Etant donné que l’homme moderne a atteint un point de non retour en matière de développement technologique et que la technologie s’est irréversiblement impliquée dans sa vie, il faut impérativement trouver des solutions originales qui ne se basent pas forcément sur la technologie.

2- Le système social

Le système social est défini par l’ensemble des individus et des collectivités qui vivent dans une région donnée, qui entretiennent des relations sociales bien déterminées et véhiculent un système de valeurs, des us et coutumes et une manière bien définie de gérer leurs ressources naturelles. A cet égard, la mise en œuvre des projets environnementaux doit prendre en considération les modes sociaux et les relations sociales. A ce titre, l’islam exhorte à la solidarité sociale et au travail productif. Dieu dit : "Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle. Nous vous avons constitués en peuples et en tribus pour que vous vous connaissiez. Le plus noble d’entre vous auprès de Dieu est le plus pieux d’entre vous.". Aussi, la connaissance de la structure et des retombées sociales des projets environnementaux permettront de mieux déterminer les besoins et de prévenir contre quelques mauvais usages tels  les gaspillages, la pollution et la gestion défectueuse des ressources naturelles.

3- Le système économique

Il détermine l’état de santé des ressources naturelles. Une économie basée sur l’agriculture provoque moins de pollution ; par contre, les économies industrialisées y sont pour beaucoup dans la dégradation de l’environnement. En effet, elles produisent toutes sortes de gaz polluants et de déchets solides qui corrompent l’eau, le sol et l’air. Sur ce chapitre l’islam réglemente de manière on ne peut plus claire les activités de l’Homme sur la Terre : "Au milieu des biens que Dieu t’a accordés, recherche la demeure dernière. Ne néglige pas ta part de la vie de ce monde. Sois bon comme Dieu est bon pour toi. Ne recherche pas la corruption sur la terre. Dieu n’aime pas ceux qui sèment la corruption."

4- Le système culturel

Il fait partie des systèmes créés par l’Homme (non naturels) pour s’aider à vivre. La culture est faite d’un ensemble de connaissances, de croyances, d’arts, de principes moraux et de bien d’autres pratiques qui diffèrent d’une société à une autre. Les croyances jouent un rôle décisif dans le développement et partant dans la gestion des ressources naturelles et dans le succès ou l’échec des projets environnementaux. Ainsi, la sacralisation ou la damnation de quelques animaux ou encore la réaction épidermique à la mécanisation de l’agriculture peuvent entraver le développement économique tout autant que l’équilibre écologique. Et de la même manière que les croyances sociales sont déterminantes, le système des valeurs morales en cours dans une société est important. Une société qui ne sauvegarde pas les biens publics et qui ne respecte pas la femme par exemple entrave sérieusement son progrès.

C’est pour cela qu’il est nécessaire de mettre la culture populaire au diapason du développement. Car sans cette mise à niveau, beaucoup de problèmes environnementaux resteront sans solution. Pour sa part, l’islam appelle au renouvellement de l’environnement culturel, refuse les schémas sclérosés et lutte contre l’analphabétisme. Dieu dit : "Lorsqu’on leur dit : "venez à ce que dieu a révélé au Prophète, ils répondent : l’exemple que nous trouvons chez nos pères nous suffit. Et si leurs pères ne savaient rien" 

d- Le système politique

Il est déterminé par le mode de gouvernance. Autrement dit, c’est la relation qui existe, selon les régimes politiques, entre gouvernants et gouvernés. Le système politique influe grandement sur le système environnemental car il suffit qu’un régime belliqueux fasse éclater une guerre pour que la zone de conflit soit écologiquement ravagée et qu’un régime politique permette l’enfouissement des déchets toxiques dans les territoires de son pays pour qu’une catastrophe environnementale ait lieu. A ce titre, l’islam prône la consultation et accule les gouvernants à rendre compte de la manière dont ils gouvernent.

e- Les problèmes environnementaux 

Tant que l’Homme n’intervient pas sur le système écologique, l’équilibre de l’environnement est maintenu dès lors que chaque élément naturel s’acquitte de sa fonction. Mais l’Homme, pour des raisons de développement, a perturbé cet équilibre. Du coup, on assiste à l’augmentation de quelques espèces animales et végétales au détriment d’autres et à une exploitation irrationnelle des ressources naturelles. Le développement technologique a par exemple favorisé la déforestation dont l’intérêt platement économique a poussé l’Homme a déboiser davantage pour commercialiser le bois et s’assurer plus de surfaces cultivables. Les effets néfastes de cette opération sont l’érosion du sol, l’aggravation du phénomène de sédimentation au niveau des rivières, l’eutrophisation, l’aggravation des inondations, les glissements de terrain, la recrudescence de l’érosion marine.

La mauvaise planification du déboisement coûte ainsi très cher à l’environnement, bien plus cher que les dividendes générées par la vente du bois. Une politique de déboisement est de mise, qui consiste en un plan de reboisement. Le problème de la déforestation n’est qu’un exemple car il existe d’autres problèmes environnementaux aussi graves qu’il faut régler de manière sérieuse et rationnelle comme l’usage des CFC qui détruisent la couche d’ozone.

Les problèmes environnementaux se compliquent de jour en jour et mettent en équation plusieurs inconnues qui préoccupent les spécialistes.

II- Développement durable : critères et normes

1- Le contexte qui a donné lieu à la notion de développement durable

Pour améliorer son existence, l’Homme s’est lancé dans une série de projets économiques qui, pour avoir contribué au bien-être de l’humanité, n’ont pas été sans avoir des retombées néfastes sur l’environnement : déboisement, dégradation des sols, désertification, déséquilibre de la biodiversité, destruction de la couche d’ozone, changement climatique, augmentation du volume des déchets toxiques, épuisement des ressources naturelles, mauvaise gestion des ressources en eau. C’est ainsi qu’en juin 1992, une conférence des Nations unies sur l’environnement et le développement, appelée "Sommet de la Terre", a réuni les représentants de plusieurs pays à Rio de Janeiro, au Brésil. Les principaux sujets abordés furent les changements climatiques, la biodiversité et la protection des forêts. Un calendrier de protection de l’environnement  baptisé "Agenda 21" fut adopté et ses conséquences politiques et économiques furent envisagées. De là est né la notion de "développement durable".

2- Le développement durable

L’idée qui a régné jusqu’aux années soixante-dix est que le développement économique ne peut se faire qu’au détriment de l’environnement et qu’il est hors de question de concilier les deux. Mais à partir de cette date, une nouvelle approche voit le jour, qui essaie de combiner développement et environnement. Plusieurs définitions ont été données à la notion de développement durable. D’aucuns la considèrent comme la composante morale du Nouvel Ordre Mondial, d’autres comme une alternative au système capitaliste, d’autres encore comme une méthode de gestion nouvelle mais incontournable pour la survie de l’Homme. La notion de développement durable peut se définir des points de vue économique, écologique, social et humain, technique et administratif.

Economiquement, les pays industrialisés définissent le développement comme étant une méthode à suivre pour réduire la consommation des ressources naturelles et adopter un nouveau mode de vie et de consommation. Pour les pays pauvres, elle signifie l’exploitation des ressources dans le but d’élever le niveau de vie des populations du Sud.

Sur les plans humain et social, le développement durable signifie la stabilisation de la croissance démographique, la lutte contre l’exode rural et l’amélioration des services médicaux et éducatifs et la participation des populations aux politiques environnementales.

Sur le plan de l’environnement, le développement durable signifie l’utilisation rationnelle des terres cultivables et la bonne gestion des ressources naturelles.

D’un point de vue administratif et technique, le développement durable vise à créer une industrie propre qui réduit au possible les gaz polluants.

Il ressort de ce qui précède que le développement durable doit respecter certaines normes écologiques, bien gérer les ressources naturelles, promouvoir l’Homme et apporter des changements aux modes de production actuels. 

3-Atouts et fondements du développement durable

a- L’Homme

En tant qu’acteur principal du développement, l’Homme doit être au centre des débats. Les stratégies environnementales doivent apporter des solutions à des problèmes aussi épineux que la croissance démographique, la lutte contre la pauvreté, la garantie d’une certaine qualité de vie, l’amélioration de la situation de la femme, la sécurité alimentaire, les soins médicaux, l’alphabétisation, l’emploi ... etc.

b- La nature

La nature renferme des ressources renouvelables (pêcheries, terres, océans…) et non renouvelables qui se sont conservées depuis des millions d’années au cœur de la terre mais qui s’épuisent à mesure qu’on les extrait. Il s’agit des énergies fossiles et des eaux souterraines.

c- La technologie

Le paradoxe réside dans le fait que les problèmes engendrés par la technologie sont traités par la recherche d’autres solutions technologiques. Or, il est maintenant prouvé que bon nombre de technologies ont des effets très néfastes sur l’environnement (exemples des CFC). Les bonnes solutions consistent à repenser la relation qui existe entre l’Homme et son environnement et à réaliser un équilibre entre le technique, l’économique et le social, sans oublier le volet juridique.

4-Les normes écologiques du développement durable

Trois objectifs essentiels ont été développés par les instances internationales en ce qui concerne les écosystèmes:

a- la sauvegarde des principaux  processus environnementaux.

b- la conservation des patrimoines génétiques des êtres vivants.

c- la sauvegarde des cycles de reproduction des êtres vivants.

5- Le développement humain durable

Elle repose sur quatre éléments : la productivité, l’équité et la justice sociales, la durabilité et la participation active. Par ailleurs, le développement humain durable requiert ce qui suit :

d- les politiques de développement doivent prendre en considération les populations

e- l’enseignement et la formation doivent avoir pour objectif le développement des ressources humaines

f- les plans de développement des ressources naturelles renouvelables et non renouvelables doivent être programmés de manière à profiter aux générations actuelles

g- le développement durable doit viser la bonne utilisations des terres

h- les institutions chargées du développement durable doivent être dotées d’un service pour la gestion des risques écologiques

i- les institutions nationales doivent promouvoir la coopération régionale dans le but de développer les ressources communes.

III- Fondements et atouts du développement durable du point de vue islamique

1-Fondements et atouts du développement durable

- La notion de développement renvoie à celle de l’établissement sur terre. Dieu dit : "Il vous a créés de cette terre et il vous a établis." Cela signifie que Dieu nous incite à nous établir sur terre et à maîtriser notre environnement.

- La conception islamique veut que l’Homme soit le maître à qui Dieu confia cette terre pour qu’il s’y établisse et la travaille. En effet, Dieu a préféré l’Homme à tous les autres vivants et l’a incité à produire en le dotant de la force nécessaire.

- Dieu a mis tout ce qui existe sur terre au service de l’Homme : "Ne voyez-vous pas que Dieu a mis à votre service ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre ? Il a répandu sur vous des bienfaits apparents et cachés." A l’Homme revient alors la tâche de prendre soin de cette planète et d’être responsable de son équilibre.

- Toutefois, l’Homme ne doit pas abuser du pouvoir que Dieu lui a légué car les ressources naturelles ne lui appartiennent pas. Au contraire, il est de son devoir de les protéger tant qu’il existe sur terre : "Vous trouverez sur la terre un lieu de séjour et de jouissance éphémère."

- L’islam défend l’idée des ressources humaines communes. Dieu dit: "Annonce-leur que l’eau doit être partagée entre eux et qu’il appartient à chacun de boire à son tour."

- Étant donné que l’eau est une ressource commune, il convient de la développer et la conserver.

- L’islam prévient contre l’utilisation irrationnelle des ressources naturelles afin de sauvegarder l’équilibre écologique de la planète.

- L’islam appelle à faire preuve de modération quant à l’exploitation des ressources naturelles. Le tout Puissant dit : "Nous avons fait de vous une communauté loin des extrêmes pour que vous soyez témoins contre les hommes et que le Prophète soit témoin contre vous."

- L’islam proscrit le gaspillage des ressources : "Ô fils d’Adam, portez vos parures en tout lieu de prière. Mangez et buvez ; ne commettez pas d’excès. Dieu n’aime pas ceux qui commettent les excès."

- L’islam recommande de se référer à la Sharia et d’appliquer les principes de justice et de consultation.

- La sacralisation des biens publics.

- La protection des réserves naturelles

- Le waqf caritatif

- Le principe des deux Lieux Saints (protection de quelques endroits spécifiques)

- Les règles du fiqh qui servent de base à la législation en matière de développement durable : règle du juste milieu, règle de la préséance de la conjuration du mal sur la recherche de l’intérêt, précellence de l’intérêt public sur l’intérêt privé, l’extirpation de la source du mal, l’intérêt de la majorité,...

2- Définition du développement durable d’un point de vue islamique

D’un point de vue islamique, le développement durable repose sur l’équilibre qui doit exister entre le développement économique et social d’une part et le développement environnemental de l’autre. Il vise la bonne gestion des ressources humaines dans le sens où l’Homme a parfaitement le droit d’exploiter les ressources naturelles léguées par Dieu sans prétendre à se les approprier. L’Homme doit veiller à répondre aux besoins du présent et à ne pas négliger ceux des générations futures. D’après cette définition, il ressort que le développement durable est un processus qui contient trois dimensions, qu’il est basé sur une bonne gestion des ressources et qu’il prend en considération les générations à venir.

IV- Les principaux obstacles qui entravent le développement continu et les doléances des pays islamiques qui seront soumises au Sommet de Johannesburg

1-Les entraves au développement durable dans le Monde islamique

a- La pauvreté et l’accumulation de la dette

En plus de la pauvreté matérielle, il s’agit de l’indigence des structures éducatives, sanitaires, alimentaires, démographiques et autres.

La pauvreté est due à la répartition inéquitable des richesses de la planète

Pour déterminer le degré de pauvreté dans un pays, on se sert du PIB par habitant comme indicateur économique. Or les pays islamiques se divisent comme suit :

- Les pays dont le PNB par habitant dépasse 9000$

- Les pays dont le PNB par habitant se situe entre 9266 et 756$

- Les pays dont le PNB est inférieur ou égal à 700$

La pauvreté pousse les populations à abuser du peu de ressources naturelles dont elles disposent. Ce qui diminue d’autant leur capacité productive et provoque des problèmes environnementaux graves.

Le service de la dette représente un taux important du PIB des pays pauvres, ce qui entrave leur marche vers le développement.

L’islam a toujours lutté contre la pauvreté en garantissant un revenu minimum à chaque individu afin qu’il prenne en charge sa famille. Si pour des raisons de santé ou de mobilité réduite, il ne peut y arriver, un fonds de ‘’zakat’’ est prévu pour lui venir en aide.

2- Guerre, instabilité et insécurité

Au cours du vingtième siècle, la plupart des pays islamiques se sont engagés dans un certain nombre de conflits armés pour le contrôle de territoires ou de ressources naturelles. Ces conflits ont immanquablement porté préjudice à leur environnement naturel et donné lieu à des mouvements de réfugiés et de déplacés qui souffrent de pauvreté, voire de famine.

3- Insuffisance des moyens technologique et du savoir-faire technique

Comparés aux pays du Nord, la plupart des pays islamiques souffrent d’un manque chronique de ressources financières. Cela transparaît nettement à travers les faibles dépenses allouées à l’enseignement et à l’éducation et à la fuite des cerveaux. La différence de qualité entre les pays du Sud en général et les pays du Nord ne cesse de s’élargir quand on sait que ces derniers dépensent à peu près 50 fois ce que dépensent la plupart des pays islamiques dans le domaine de l’éducation.

4- La dégradation de la situation économique :

 La réalisation des projets du développement durable se trouvent compromis par une série de problèmes économiques dont souffrent les pays islamiques (faibles revenus individuels, capitaux insuffisants, chômage, faible industrialisation, forte croissance démographique, analphabétisme, exode rural, etc…)

5- Inadéquation entre la croissance démographique et les ressources naturelles disponibles

Les ressources naturelles sont très limitées par rapport aux besoins économiques des pays islamiques. La superficie des terres cultivables représente un faible pourcentage dans la plupart des territoires islamiques. Du coup, on tend à surexploiter les pâturages et les zones marginales à cause de l’augmentation du cheptel et du manque de terres arables. Par ailleurs, les pays islamiques souffrent particulièrement du manque d’eau. Pour pallier ce manque, ils proposent d’exploiter d’autres ressources en eau renouvelables telles le dessalement, la construction de barrages, l’exploitation des eaux souterraines… 

6- Aides financières

Hormis quelques pays scandinaves, aucun pays du Nord n’a honoré son engagement à allouer un taux infime de son PNB aux pays du Sud afin de mettre en œuvre leurs projets de développement durable. Or, il est de notoriété publique que les pays industrialisés sont responsables de 80% des émanations de gaz polluants. A ce titre, les pays musulmans voudraient que le service de la dette soit converti en aide financière dans le cadre du développement durable.

I- Qu’attendent les pays islamiques du Sommet de Johannesburg ?

1- Paix et sécurité

a-  Le règlement du conflit israélo-arabe et le retrait d’Israël de tous les territoires occupés conformément aux résolutions des Nations unies afin de garantir la stabilité de la région et d’assurer le développement durable.

b- Inciter la communauté internationale à donner une définition conventionnelle au mot "terrorisme" et ne pas considérer la résistance à l’occupant comme un acte terroriste et ce, conformément à la Charte des Nations unies.

c-  Etablir la responsabilité des pays qui ont provoqué la dégradation des ressources naturelles.

d- Intensifier les efforts afin de lutter contre la possession et l’utilisation de l’arme nucléaire et des armes de destruction massive.

e- Règlement des conflits entre les pays musulmans conformément aux résolutions des Nations unies.

2- La lutte contre la pauvreté

a- Soutenir les efforts des pays en développement en matière de lutte contre la pauvreté.

b- Inciter les différentes organisations internationales à faire de la lutte contre la pauvreté l’un de leurs axes majeurs et à pratiquer des prêts flexibles.

c- Proscrire toute forme d’embargo économique et inciter à lever l’embargo qui frappe certains pays arabes car le niveau de vie de leur population ne fait qu’empirer

3- Le fardeau de la dette

Les pays islamiques réclament l’annulation des dettes contractées et leur conversion en aides financières qui seront réinjectées dans le développement durable et la lutte contre la pauvreté.

4- Le commerce international

a- Inciter l’Organisation mondiale du Commerce à honorer ses engagements envers les pays développés et les pays en voie de développement, de libérer le commerce, d’ouvrir les marchés devant les exportations des pays islamiques et renvoyer les questions environnementales aux instances spécialisées.

b- Transférer la technologie et le savoir-faire aux pays en développement pour une production compétitive qui respecte les normes environnementales.

5- La mondialisation

a. Aider les pays en développement à faire face aux effets de la mondialisation afin d’atteindre un niveau de productivité qui puisse améliorer le niveau de vie de leur population.

b. Faire profiter tous les pays de la mondialisation par le transfert des ressources humaines, des technologies, des capitaux, des produits et des services.

6- Promotion la recherche et transfert de la technologie

a. Inciter les pays développés et les pays donateurs à soutenir le secteur de la recherche dans les pays en développement et ce, dans les domaines aussi importants que le dessalement, les biotechnologies, les énergies nouvelles et renouvelables etc… dans le but de rationaliser les ressources naturelles.

b. Soutenir le secteur privé en vue d’atteindre un mode de production écologique et par, conséquent, mettre en application les conventions internationales en matière d’environnement.

c. Changer les modes de production et de consommation actuels et éviter autant que possible les modes de production qui conduisent directement à l’épuisement des ressources naturelles.

d. Utiliser la technologie informatique et de télécommunication moderne afin de rationaliser la gestion des ressources.

7- Participation à la prise de décision

Renforcer le rôle des Nations unies et de ses agences spécialisées en vue de développer les stratégies et les programmes relatifs au développement durable et promouvoir la coopération avec la Ligue des Pays arabes et l’Organisation de la Conférence islamique.

8- Population, développement urbain, santé et environnement

a- Mettre en place une politique démographique pertinente.

b- Soutenir les initiatives des pays arabes qui veulent assurer une certaine complémentarité entre la santé et l’environnement (production de l’eau potable, traitement des déchets solides, maîtrise de la pollution et de la production des organismes génétiquement modifiés) et assurer la sécurité nucléaire.

9- Gestion harmonieuse des ressources naturelles

a- Assister les pays arabes en vue de mettre en œuvre des programmes de lutte contre la dégradation des ressources naturelles.

b- Établir la grande responsabilité des pays développés dans la pollution planétaire, les changements climatiques et la destruction de la couche d’ozone.

c- Inciter les pays développés à se détourner des modes de production non durables en engageant des programmes clairs dans ce sens.

10- Tourisme et industrie

a- Soutenir les efforts des pays en développement en vue d’acquérir les nouvelles technologies et les mettre en application dans le cadre du développement durable.

b- Promouvoir un tourisme écologique fondé sur l’exploitation rationnelle des ressources naturelles.

11- Patrimoine civilisationnel et naturel

a- Convier à un partenariat mondial entre les pays musulmans et le reste du monde pour mettre en relief le patrimoine culturel de la civilisation arabo-islamique, le but final étant d’encourager le dialogue des civilisations, des cultures et des religions.

b- Soutenir les pays islamiques sur les plans technique et matériel afin de sauvegarder le patrimoine civilisationnel et naturel du Monde islamique.

12- Financement

a- Soutenir les institutions internationales spécialisées dans l’environnement afin d’activer la mise en application des conventions internationales en matière d’environnement.

b- Inciter les pays développés à honorer leur engagement à soutenir les pays en développement, conformément aux recommandations du Sommet de Rio et d’autres résolutions internationales.

c- Assurer le suivi des résultats du Sommet du Développement durable. 

13- Promotion du rôle des associations nationales et de la société civile dans le domaine du développement durable

Force est de soutenir les associations nationales et la société civile dans le domaine du développement durable et ce, aux niveaux national, arabe et international. De même qu’il faut encourager les efforts déployés dans le but d’établir un partenariat entre les organisations internationales et les organisations non gouvernementales en assurant le financement des plans de développement durable mis en œuvre par ces institutions.

 

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