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Étude sur le développement
durable du point de vue des valeurs islamiques
et des spécificités du Monde islamique
Introduction
Depuis que l’Homme a découvert l’importance du feu, de
l’agriculture et de certaines ressources naturelles comme
les minerais et depuis qu’il a appris à domestiquer et à
élever les animaux, ses relations avec l’environnement ont
connu une nette évolution. Du stade d’utilisateur des
ressources naturelles à l’état brut, il est passé à celui de
transformateur de ces ressources moyennant une consommation
d’énergie qu’il prélève de l’environnement.
Lorsque l’Homme est entré dans l’ère industrielle, ses
pressions sur l’environnement ont pris de l’ampleur du fait
de l’exploitation effrénée des ressources naturelles et en
particulier des ressources énergétiques.
La nature étant au départ au stade primitif, l’homme n’a
cessé depuis son existence d’agir sur son environnement
devenu par la suite un environnement né de la propre
invention de l’homme. En effet, celui-ci puise sans relâche
dans les ressources dont la terre recèle pour subvenir à ses
besoins en énergie et habitat et y jette ses déchets
domestiques et industriels. En d’autres termes, l’homme
pollue l’environnement.
Depuis, l’impact de l’Homme sur l’environnement a pris des
dimensions considérables et a engendré de nombreux problèmes
dont l’ampleur et l’impact varient selon le degré de
développement et d’évolution auxquels sont parvenus les
nations.
Il va sans dire que la majorité de ces problèmes a pour
origine la mauvaise gestion de l’environnement. Par
ailleurs, ces mêmes problèmes n’ont plus comme par le passé
un caractère local limité. Bien au contraire, ils ont pris
de l’ampleur pour devenir une préoccupation régionale et
mondiale. Autrement dit, les problèmes de l’environnement
concernent actuellement non seulement un nombre limité de
pays mais également toute la communauté internationale vu
leur impact négatif sur les différentes formes de vie. Si
les nations ont des frontières, les problèmes résultant de
l’agression de l’environnement par l’Homme franchissent ces
frontières et peuvent, d’une manière ou d’une autre,
affecter toutes les régions de la terre. A ce propos, il y a
lieu de signaler à titre d’exemple les problèmes engendrés
par la pollution des rivières et des cours d’eau communs à
plusieurs pays sachant que les effets de cette pollution
peuvent affecter une partie de ces pays ou leur totalité.
Si les pays ont des frontières, l’atmosphère surplombe tous
les continents et, par conséquent, si son équilibre est
perturbé, cette perturbation se répand sur une grande
échelle ignorant l’existence de ces frontières. L’Homme a
introduit de grands changements rapides dans les écosystèmes
qu’il a envahis par ses villes et ses différentes
industries, chose qui a conduit à la surexploitation des
ressources naturelles et à la destruction des milieux
propices à la vie.
En résumé, le monde vit actuellement sous la pression de
grands problèmes environnementaux à caractère universel avec
à leur tête les changements climatiques engendrés par le
phénomène d’effet de serre lui-même engendré par
l’accumulation du gaz carbonique dans l’atmosphère produit
par les différentes activités humaines, industrielles et
sociales.
Il n’est pas à démontrer que les problèmes de
l’environnement ont un coût et, chaque fois que ces
problèmes prennent de l’ampleur, ce coût devient
considérable et engendre des effets négatifs sur le
développement économique et social des pays touchés. Il n’y
a pas de doute que les pays en développement sont les plus
sensibles aux effets de ces problèmes sachant qu’ils n’ont
pas suffisamment de moyens pour y faire face, que ce soit
sur le plan de la prévention ou sur celui de la lutte.
Vu son appartenance à la communauté des pays en
développement, le monde islamique doit plus que jamais faire
face aux grands défis que lui impose la nécessité de
concilier le développement avec l’environnement.
1. Environnement et développement et le monde islamique -
situation actuelle et défis
1.1. Le concept d’environnement
L’acception du concept environnement a connu une évolution
parallèle au progrès de l’Homme et à la multiplication des
activités qu’il exerce sur terre.
Sur le plan historique, cette acception a connu une
évolution à la mesure de la complexité des relations que
l’Homme entretient avec le milieu dans lequel il vit. Ainsi,
l’environnement tel qu’il est perçu par l’Homme dont la vie
était basée essentiellement sur la cueillette des fruits et
sur la chasse n’a pas la même importance et la même
signification que celle que lui donne l’Homme qui a
découvert le feu, l’agriculture et les métaux ou l’Homme
pour qui la technologie constitue le principal moteur de la
vie quotidienne. L’environnement est devenu le reflet du
niveau social, économique, culturel, scientifique et
technologique auquel sont parvenues les nations.
Bref, si avant les conférences de Stockholm et Tbilissi,
l’environnement était défini comme l’ensemble des
composantes physiques, des composantes vivantes et des
relations qui les unissent, le même concept a connu une
nette évolution suite aux gigantesques changements que
l’Homme a introduits dans les équilibres écologiques.
Autrement dit, l’environnement ne peut être conçu en dehors
des pressions qu’il subit de la part de l’Homme comme il ne
peut être défini sur la base des simples bénéfices que ce
dernier tire des ressources naturelles.
Si cette vision devait être qualifiée, le moins qu’on puisse
dire c’est qu’elle est anthropocentrique, c’est-à-dire
égoïste plaçant l’Homme dans une position de maître dominant
et l’environnement dans une position de dominé.
En effet, le concept d’environnement n’a pas de sens s’il
est privé de l’une de ses dimensions essentielles, à savoir
la dimension humaine qui est d’ordre social, économique,
culturel, technologique, éthique, religieux, esthétique,
etc.
Compte tenu de son intelligence et de son aspiration
continue à des niveaux de vie de plus en plus satisfaisants
et surtout sur le plan matériel, l’exploitation de
l’environnement par l’Homme et les modifications qu’il a
apportées à ses composantes sont dépourvues de toute vision
prospective lui permettant de prévenir les problèmes et de
penser à leurs solutions.
Le concept d’environnement doit être perçu sous un angle où
l’environnement est considéré comme un tout global
indissociable et où chaque composante vivante, matérielle ou
humaine interagit avec les autres et joue un rôle primordial
dans l’équilibre de ce tout et surtout dans la compréhension
des problèmes environnementaux. Lorsqu’il est question de la
dimension humaine, il s’agit des pratiques et des activités
que l’Homme exerce à l’intérieur de l’environnement à des
fins de développement. La nature de ces pratiques et de ces
activités et leur compatibilité avec l’environnement sont
des facteurs essentiels dans la mesure où soit elles
conduisent à la destruction de ce dernier soit à sa
préservation et à la gestion rationnelle de ses ressources.
Autrement dit, l’intégrité de l’environnement et la
pérennité de son équilibre dépendent largement de la
capacité de l’Homme à concilier entre la nécessité de
protéger cet environnement et l’inévitable durabilité du
développement.
1.2. Le concept de développement
Sur le plan purement linguistique, "développement" signifie
essor, expansion, accroissement et prospérité. Cela dénote
une nuance de changement positif, d’évolution et de progrès.
Autrement dit, se développer pour une population ou un pays
donnés revient à dire aspirer à une situation et tendre vers
un lendemain meilleurs économiquement, socialement et
culturellement.
Sur le plan social, "se développer" signifie arriver à
satisfaire les besoins élémentaires des populations humaines
et, par la suite, relever continuellement leur niveau. Le
développement social vise donc le bien-être des individus et
l’amélioration de la qualité de leur vie qui se concrétisent
à travers un habitat salubre, une bonne alimentation, une
disponibilité de biens de consommation et de services tels
que l’énergie, l’eau, l’habillement, l’éducation, le
travail, etc.
Sur le plan culturel, "se développer" signifie améliorer et
relever le niveau intellectuel des populations par le biais
de la généralisation de l’enseignement de masse, la lutte
contre l’analphabétisme et la promotion des arts, des moyens
d’information et de communication.
D’une manière générale, "se développer" signifie tout
simplement accéder continuellement à un niveau de vie
meilleur matériellement et moralement. Cela signifie que le
développement ne peut être qu’un processus dynamique dont le
mouvement mène d’un état jugé non satisfaisant à un état
ultérieur répondant mieux aux besoins et aspirations de
l’individu et de la collectivité. Non seulement il est
dynamique mais il est aussi quantitatif et qualitatif car la
satisfaction des besoins matériels constitue en principe un
tremplin pour le bien-être sur le plan moral. Le
développement a donc pour but ultime l’épanouissement de la
personne, qui, à son tour, donne lieu au progrès de la
société.
Cependant, la réalisation des objectifs du développement est
tributaire des ressources de l’environnement de telle sorte
que le premier est irréalisable sans le second. Cela
signifie que la relation entre les deux est très forte et
que le maintien de son équilibre nécessite de la part de
l’Homme rationalité et perspicacité dans les pratiques et
les comportements.
1.3. La relation environnement-développement
Quels que soient la nature, l’orientation et le but du
développement et quelle que soit la région ou`il s’opère, ce
développement ne peut devenir une réalité que grâce aux
ressources de l’environnement. Autrement dit, l’Homme qui
veut "se développer" s’érige en mobilisateur de ces
ressources et crée ainsi un système de relations entre
l’environnement et le développement.
Il ressort de tout cela que le développement en général et
le développement économique et social en particulier
dépendent des ressources naturelles de l’environnement.
Ainsi, la relation environnement –développement est
évidente, mais il reste à savoir dans quel sens l’Homme
l’oriente pour satisfaire ses aspirations à ce
développement.
A cet effet, nul n’a besoin de démontrer que la relation qui
lie le développement à l’environnement est dans la plupart
des cas unilatérale, c’est-à-dire qu’elle fonctionne dans le
sens "environnement-homme" de telle sorte que le premier
"fournit" et "met à la disposition" alors que le second
"prend, prélève, exploite, transforme et bouleverse". Le
sens inverse est peu observé et, par conséquent, on assiste
à un développement qui devient à plus ou moins long terme
destructeur voire à effets irréversibles.
En d’autres termes, l’harmonie qui régnait entre les
sociétés primitives et l’écosystème dans lequel elles
vivaient n’est plus qu’un fait historique. A ce propos, il
est bon de noter que ces anciennes sociétés parvenaient
facilement à l’autosuffisance, âprement et vainement
recherchée par beaucoup de nations contemporaines, et ce, en
comptant uniquement sur les composantes naturelles de leur
écosystème à savoir la pluie et la lumière. Aujourd’hui de
telles sociétés ou bien elles ont disparu ou bien quand
elles existent, elles ont tendance à oublier ou sont en
train d’oublier les connaissances et les habiletés qui leur
permettaient autrefois de se perpétuer et de survivre.
L’Homme moderne, depuis la révolution industrielle, n’a
cessé de porter atteinte à cette harmonie tant sacrée par
ses prédécesseurs car, pour lui, le développement devient
souvent synonyme de consommation et croissance illimitées.
La course au profit immédiat et surtout l’égoïsme lui font
oublier qu’une bonne part de cette croissance et de cette
consommation se fait aux dépens des équilibres
environnementaux compromettant ainsi la capacité naturelle
des écosystèmes à subvenir aux besoins de l’Homme lui-même
et à ceux des autres espèces vivantes.
La relation "environnement-développement" devrait être, pour
la sauvegarde du premier et la durabilité du second,
réciproque. Cette réciprocité devrait se concrétiser à
travers la conciliation des objectifs du développement avec
les impératifs de la protection de l’environnement. Cela
revient à dire que l’Homme devrait revoir les modes de
développement qu’il a adoptés jusqu’à maintenant et qui sont
souvent incompatibles avec les équilibres écologiques de la
planète. Il est aujourd’hui bien clair que l’environnement
fait face au développement.
1.4. Environnement et développement dans le monde islamique
: situation actuelle
1.4.1. Effets de la pauvreté et de l’analphabétisme sur
l’environnement et le développement
Si le développement a contribué d’une manière irréfutable à
améliorer les conditions de vie des populations, il ne faut
pas oublier qu’à plus ou moins long terme, il porte atteinte
à l’environnement. Les exemples sont là, nombreux, pour le
démontrer. Ainsi, si l’excès de consommation constitue l’un
des facteurs de destruction de l’environnement et de
gaspillage de ses ressources dans les pays du nord, la
pauvreté et l’analphabétisme contribuent à leur tour à cette
destruction dans les pays en développement.
Vu leur appartenance au monde en développement, les pays
musulmans se rangent dans la deuxième catégorie et, par
conséquent, leur environnement est soumis aux effets de la
pauvreté et de l’analphabétisme.
En effet, le développement dans les pays musulmans est très
lent et, de ce fait, son impact sur les populations humaines
est très limité dans le temps et dans l’espace de telle
sorte qu’il ne permet même pas la satisfaction des besoins
les plus élémentaires et surtout en matière de nourriture et
d’énergie.
Devant cette situation, les populations humaines et surtout
en milieu rural se rabattent sur l’environnement naturel
pour essayer de subvenir à ces besoins. Cependant, les
activités exercées par ces populations sont souvent
inappropriées et incompatibles avec les équilibres
environnementaux et, par conséquent, finissent par détruire
l’environnement par :
- les feux de brousse
- le défrichement
- la déforestation
- le surpâturage
- l’érosion
- la désertification
- l’épuisement des sols par la monoculture et
l’exploitation des terres marginales, etc.
Ces problèmes sont aggravés par les mauvaises conditions
climatiques et par le fait que certains pays en
développement ont choisi des modèles d’industrialisation qui
ont fait leur preuve d’échec ailleurs. Alors, aux problèmes
déjà existants s’ajoutent quelques uns parmi ceux que
connaissent les pays du nord. L’environnement subit alors la
pression des populations humaines mais aussi celles dues à
des processus de développement qui reproduisent fidèlement
les erreurs commises il y a plusieurs années par les nations
industrialisées. Et comme la destruction de l’environnement
a un rapport étroit avec le phénomène démographique, c’est
de surcroît, dans ces pays, que l’on enregistre les plus
forts taux d’accroissement de la population.
1.4.2. Environnement et développement face à la
surexploitation des ressources
La destruction de l’environnement dans les pays en
développement n’est pas le fait des seules populations de
ces derniers. Le développement excessif et les modes de vie
qui en découlent dans les pays industrialisés portent
également atteinte à l’environnement dans les pays
musulmans. A titre d’exemple, si les forêts équatoriales se
trouvent dans quelques pays musulmans, une grande partie de
la responsabilité de leur destruction doit être supportée
par les pays industrialisés sachant que ces derniers sont à
l’origine de la disparition de ces forêts d’au moins 25
millions d’hectares par an pour satisfaire leurs besoins dus
à des modes de vie basés sur l’abondance, la pléthore et le
gaspillage.
Croyant par de telles actions rendre service à leur économie
nationale, les pays musulmans ne font que compromettre et
user leur patrimoine naturel très indispensable pour la
survie des générations présentes et futures. La réalité est
là pour le prouver puisque la balance commerciale de ces
pays est très souvent déficitaire et les devises rapportées
par leurs exportations sont masquées par leur besoins accrus
en produits finis et par leur dette excessive.
L’environnement dans les pays musulmans, en définitive,
n’est pas seulement victime du comportement fatal des
populations autochtones mais il l’est aussi indirectement
par le biais d’un développement incontrôlé, voulu et adopté
par les nations riches avides de matières premières que
seuls peuvent fournir les pays en développement y compris
les pays musulmans.
Autrement dit, l’environnement dans les pays musulmans est
au total victime du sous-développement in situ et du
développement à distance. In situ, ce sont la pauvreté,
l’ignorance, les mauvaises conditions économiques et
l’explosion démographique qui en sont les principaux
ennemis. A distance, c’est l’hégémonie économique des pays
riches, qui, très souvent, dicte insidieusement aux pays
pauvres la manière d’exploiter leur environnement.
1.4.3. Marginalisation de l’environnement
Les populations des pays musulmans sont souvent victimes de
préjugés laissant entendre que l’environnement n’a pas de
problèmes ou presque et qu’il est inutile de s’en préoccuper
actuellement. Ces préjugés qui sont, évidemment, non fondés,
constituent un danger dans la mesure où ils font l’objet
d’une crédibilité qui finit par favoriser un état
d’indifférence qui est préjudiciable à l’environnement et
conduira tôt ou tard sa marginalisation. Si ces préjugés
accaparent la crédibilité d’une partie non négligeable de la
population, cela n’est pas dû au simple hasard. Son effet
sur les individus peut être expliqué partiellement à travers
les facteurs suivants :
- le niveau d’instruction dans les pays musulmans où le taux
d’analphabétisme dépasse dans certains cas la barre de 50%,
- même chez l’autre partie instruite de la population, le
concept d’environnement reste souvent imprécis et, dans
plusieurs cas, confondu avec la notion de pollution, de
propreté et de plantation d’arbres,
- les causes des problèmes de l’environnement sont souvent
attribuées au seul développement économique et industriel
sachant que le sous-développement, comme cela a été signalé,
a un impact sur l’environnement dans les pays musulmans,
- pour la population analphabète, la notion de "problème
environnemental" ne signifie absolument rien et, de ce
fait, toute atteinte à la vie quotidienne, au lieu d’être
perçue comme le résultat d’une mauvaise gestion de
l’environnement, elle est attribuée à la fatalité,
- certains problèmes de l’environnement ne manifestent leurs
effets nuisibles qu’après l’écoulement d’une grande durée,
chose qui pousse certains individus à refuser tous les
appels visant la protection de l’environnement. Bien plus,
ils mettent ces appels sur le compte de l’alarmisme et de
l’inflation des événements,
- l’absence de normes environnementales dans beaucoup de
pays musulmans et l’absence de leur contrôle quand elles
existent, constituent un facteur d’amplification de
l’indifférence que nourrissent beaucoup d’individus à
l’égard de l’environnement,
- l’absence d’une législation globale participe, elle aussi,
au maintien de cette indifférence et, même quand cette
législation existe, elle est souvent dépassée et désuète et
ne répond pas à la situation actuelle et à l’évolution des
pays musulmans sur les plans économique et social.
1.5. Environnement et développement dans le monde islamique
: les défis
Si les pays musulmans ont à relever de grands défis sur le
plan intérieur pour combattre la pauvreté et
l’analphabétisme, ils sont appelés à relever d’autres défis
non moins importants. Ces défis consistent premièrement à
hausser le niveau du développement humain en vue de
l’amélioration de la qualité de la vie des populations.
Deuxièmement, il faut faire face aux grands problèmes
environnementaux à caractère universel comme les changements
climatiques et la régression de la diversité biologique.
Troisièmement, se préparer à faire face à la mondialisation
qui nécessite la libéralisation de l’économie et le
démantèlement des barrières douanières.
1.5.1. Le développement humain
Le développement économique et social n’a pas encore atteint
dans les pays musulmans la masse critique en mesure
d’assurer aux populations de ces pays des conditions de vie
convenables leur permettant de participer efficacement à la
réalisation de ce développement.
Ces pays doivent redoubler d’efforts pour assurer à leur
population des services sociaux en matière d’alimentation,
d’approvisionnement en eau et en énergie, d’habitat, de
santé, d’éducation, d’emplois, etc. Ils doivent également
renforcer leurs infrastructures et leurs établissements
économiques en vue de répondre aux aspirations des
populations et d’améliorer leur position au sein des nations
en développement et développées.
Quelque soient ces besoins, ils ne peuvent être satisfaits
qu’à travers l’exploitation des ressources naturelles, chose
qui ne manquera pas d’amplifier les pressions exercées sur
l’environnement et, par conséquent, augmenter l’acuité de
ses problèmes.
1.5.2. Les grands problèmes de l’environnement
Comme cela a été signalé, les problèmes de l’environnement
n’ont pas de frontières, chose qui signifie que ces
problèmes ou une partie de ces problèmes ont, sans
exception, directement ou indirectement, des effets sur tous
les pays. Parmi les problèmes qui ont le plus d’impact sur
l’environnement et le développement, il y a lieu de citer
les changements climatiques, la régression de la
biodiversité et la désertification. En témoigne l’initiative
prise par l’organisation des Nations Unies pour élaborer des
conventions internationales sur ces problèmes et
l’invitation des pays membres à leur ratification et à leur
mise en application.
S’agissant des changements climatiques, ce sont les pays
industrialisés qui endossent une bonne partie de la
responsabilité d’apparition de ces changements du fait des
émanations de leurs gigantesques industries qui perturbent
l’équilibre de l’atmosphère, provoquant ainsi une
augmentation de la température du globe terrestre. Il va
sans dire que ce sont les pays en développement y compris
les pays musulmans, et en particulier africains, qui seront
les plus sensibles aux effets des changements climatiques du
fait qu’ils ne possèdent pas les moyens qui leur permettent
de prévenir ou de lutter contre ces effets. A ce propos, il
faut signaler que l’un des plus grands effets dus aux
changements climatiques est celui qui est à l’origine du
déséquilibre des cycles de l’eau, qui, à son tour, est à
l’origine de la raréfaction de l’eau potable et de l’eau
destinée aux usages industriel, agricole et en général aux
activités économiques.
Par ailleurs, les pays musulmans font partie des pays où les
populations, l’environnement et l’économie souffrent le plus
des effets de la régression de la biodiversité et de la
désertification. La biodiversité, en plus d’être un facteur
déterminant pour la continuité des équilibres écologiques,
constitue également un facteur important pour la
dynamisation du développement économique et social. En
témoigne la régression des richesses halieutiques et
forestières.
Il en est de même pour la désertification qui exclue de
l’exploitation des terres immenses qui auraient pu être
utilisées à des fins de développement dans les domaines de
l’agriculture, du tourisme et des infrastructures.
Malgré tous ces inconvénients, et compte tenu de la
faiblesse de leur économie et de leur appartenance à la
communauté internationale, les pays musulmans doivent
adhérer à ces conventions haussant par là le niveau des
défis auxquels ils doivent faire face relativement à la
bonne gestion de l’environnement et à la conciliation entre
ce dernier et le développement.
1.5.3. La mondialisation de l’économie
En plus de la libéralisation de l’économie et le
démantèlement des barrières douanières, la mondialisation
aura un effet au niveau environnemental pour tous les pays.
Cet effet consiste dans le respect des normes de qualité
lors de la fabrication des produits industriels destinés à
l’exportation.
Parmi les normes que les pays seront obligés de respecter
lors des échanges commerciaux, il y a lieu de citer celles
qui ont une relation avec l’environnement. Cela signifie que
tout produit devant être exporté doit répondre à certaines
spécifications montrant qu’il a été fabriqué selon des
procédés prenant en ligne de compte la qualité du produit
lui-même et celle de l’environnement.
Cette situation n’est possible que si les pays musulmans
disposent de technologies récentes qui respectent
l’environnement. C’est ce qui est actuellement connu sous le
nom de technologies propres dont l’acquisition nécessite de
grands investissements.
2. Le monde islamique et les perspectives d’avenir : le
développement durable
Devant ces grands défis auxquels fait face ou fera face le
monde islamique en matière d’harmonisation entre
l’environnement et le développement, il est souhaitable que
ce dernier adhère au courant international dont les
premières tentatives d’émergence datent de 1987 juste après
la publication du rapport de la Commission mondiale sur
l’environnement et le développement. Cette notion a été
renforcée après la tenue de la Conférence de Rio en 1992
(Premier sommet de la terre), qui a recommandé à la
communauté internationale l’adoption du concept de
développement durable qui nécessite une remise en cause des
processus actuels de développement illimité sur lesquels est
basée l’économie contemporaine et qui sont à l’origine de la
destruction de l’environnement et des bases de la vie.
Lorsqu’il est question du développement durable, il s’agit
d’envisager la relation de l’Homme avec l’environnement dans
la perspective de satisfaire en même temps les besoins des
générations présentes et futures tout en assurant la
protection et la pérennité des sources de la vie et des
ressources naturelles. Autrement dit, le développement
durable a pour but la garantie de la qualité de la vie sans
provoquer des dommages à l’environnement naturel et
construit.
Partant de ces considérations, le développement durable
nécessite la remise en cause non seulement du concept
d’environnement mais également du concept de développement
qui, comme cela a été signalé, est défini comme un tout
indissociable nécessitant un changement au niveau de la
nature des relations que l’Homme entretient avec
l’environnement et ses ressources.
Ce changement constitue un défi car, avant d’être un
changement des pratiques et des comportements, il est en
premier lieu un changement au niveau de la pensée, des
attitudes et des valeurs.
Le monde musulman est appelé à relever ce défi car il s’agit
de la remise en cause d’un système de valeurs sur lequel
beaucoup de sociétés ont bâti le modèle de leur vie, de leur
développement, leur production et leur consommation. En
d’autres termes, le développement durable nécessite le rejet
d’un système social et culturel tout entier sachant que ce
rejet n’est réalisable que si le citoyen musulman prenne
l’initiative de reconsidérer les relations qu’il entretient
avec l’environnement.
Le concept de développement durable est porteur de toute une
philosophie dont le principal objectif est de combler le
gouffre qui ne cesse de s’élargir entre l’Homme et
l’environnement.
La société musulmane est bien placée et bien outillée pour
mener à bien cette révolution intellectuelle,
comportementale et de conscience. Elle possède suffisamment
de principes et de valeurs pour s’acquitter de cette mission
suprême.
En effet, la religion musulmane donne une grande importance
à l’environnement, à ses ressources, à leur exploitation,
aux équilibres écologiques, à la biodiversité, etc. en
particulier à travers de nombreux versets du Saint Coran. A
ce propos, il est à noter que ce dernier fait allusion,
d’une manière ou d’une autre, à travers ses versets, à la
plupart des principaux concepts environnementaux
contemporains tels que :
- le concept de globalité de l’environnement,
- le concept d’équilibre,
- le concept de limitation des ressources,
- le concept de diversité de la vie,
- le concept de téléologie,
- le concept de protection de l’environnement, etc.
3. Les préceptes de l’islam et les questions
environnementales contemporaines
3.1. Le concept de globalité de l’environnement
Ce concept a vu le jour durant les années soixante en même
temps que le concept d’environnement. Il est une conséquence
de la crise environnementale qu’a connu et que connaît le
monde contemporain où l’environnement est considéré comme un
ensemble de composantes destinées à la satisfaction pure et
simple des besoins de l’Homme.
Lorsqu’il est question de la globalité de l’environnement,
il s’agit d’une conception qui fait de l’environnement une
unité ou un tout dont les composantes sont intimement
interdépendantes selon un système de relations mutuelles où
la survie de chaque être vivant ou non vivant est tributaire
des autres composantes. En d’autres termes, la globalité de
l’environnement signifie que le tout tire son existence des
parties alors que les parties tirent leur existence du tout.
D’un point de vue théorique, le concept de globalité de
l’environnement est aujourd’hui largement utilisé dans les
milieux scientifiques et écologiques. A ce propos, il est à
noter que les propositions qui ont été avancées par les
philosophes environnementalistes pour formuler une nouvelle
vision de l’environnement sont toutes basées sur ce concept.
Ainsi, si ce concept est nouveau pour l’Homme, cette
nouveauté ne concerne que l’Homme lui-même. Le Saint Coran a
fait allusion à ce concept plusieurs fois dans de nombreux
versets où est évoquée l’unité de l’univers qui, elle-même,
est constamment illustrée par les grandes composantes de
l’environnement à savoir la terre, le ciel et l’eau qui,
selon la science écologique contemporaine, sont considérés
comme de vastes écosystèmes constituant ce qu’il est convenu
d’appeler l’écosphère.
Par ailleurs, de nombreux versets du Saint Coran établissent
un lien entre la terre et le ciel alors que d’autres font
allusion à l’espace qui les sépare. Il s’agit là
d’indications qui montrent que le concept de globalité est
bien véhiculé par le Saint Coran, chose à laquelle est
parvenue récemment la science en considérant la planète
terre et l’atmosphère qui l’entoure comme un gigantesque
écosystème à part entière et indissociable. A ce propos, il
est à noter que certains scientifiques et notamment des
écologistes sont allés jusqu’à comparer le globe terrestre
et son atmosphère à un être vivant pour faire ressortir
l’importance des interdépendances et interactions existant
entre les différentes composantes de l’environnement.
Les versets du Saint Coran qui font allusion, d’une manière
ou d’une autre, au concept de globalité de l’environnement
sont nombreux. Parmi ces versets, il y a lieu de citer ceux
qui établissent une relation entre la terre et le ciel et
parfois entre ces deux composantes et l’eau.
Dieu adit :
Celui-là qui vous a fait la terre comme un lit et le ciel
comme une tente ; et qui du ciel a fait descendre de l’eau ;
puis par elle Il a fait sortir des fruits, votre portion.
(La vache : verset 22)
C’est Lui qui a créé pour vous tout ce qui est sur la terre.
Puis Il s’est établi vers le ciel, et il en arrangé sept
cieux. Et Il connaît toute chose. (La vache : verset 29)
Inventeur des cieux et de la terre, lorsqu’Il décide une
chose, Il dit : Sois, et c’est ! (La vache : verset 117)
Oui, dans la création des cieux et de la terre, et dans
l’alternance de la nuit et du jour, et dans le navire qui
vogue en mer chargé de profits pour les gens, et dans l’eau
que Dieu fait descendre du ciel, par quoi Il rend la vie à
la terre une fois morte et y répand des bêtes de toutes
espèces, et dans la variation des vents, et dans le nuage
contraint de rester entre ciel et terre, il y a des signes,
certes, pour un peuple d’intelligents. (La vache : verset
164)
Son repose-pied est plus vaste que les cieux et la terre,
dont la garde ne lui coûte aucune peine. Et Il est, Lui, le
Très Haut, le Très Grand. (La vache : verset 255)
A Dieu le royaume des cieux et de la terre. Et Dieu est
capable de tout. (La famille d’Amran : verset 189)
Alors qu’à Dieu appartient la royauté des cieux et de la
terre et de ce qui est entre les deux ! Il crée ce qu’Il
veut. Et Dieu est capable de tout. (Le plateau servi :
verset 17)
Dieu, c’est lui qui a créé les cieux et la terre, et qui, du
ciel, a fait descendre de l’eau ; puis, d’elle Il a fait
sorti différents fruits, votre portion ; (Abraham : verset
32)
Les sept cieux et la terre, - et ceux qui s’y trouvent, -
chantent Pureté de Lui ! Et il n’est chose aucune qui ne
chante pureté en Le louant. Mais vous ne comprenez pas leur
chant. Il demeure patient, pardonneur, vraiment ! (Voyage
nocturne : verset 44)
A Lui appartient ce qui est dans les cieux, et ce qui est
dans la terre, et ce qui est entre les deux, et ce qui est
entre l’humide. (Ta Ha : verset 6)
Ce n’est pas en jouant que Nous avons créé le ciel et la
terre et ce qui est entre deux ! (Les prophètes : verset
16)
N’as-tu pas vu qu’en vérité c’est de Dieu que chantent
pureté tous ceux qui sont dans les cieux et la terre ; et
aussi les oiseaux, par volées : chacun, certes, a appris son
chant……(La lumière : verset 4)
Ne voyez-vous pas que Dieu vous a assujetti ce qui est dans
les cieux, oui, et ce qui sur la terre ? Et Il déverse sur
vous Ses bienfaits, apparents aussi bien que cachés.
(Lucmân: verset 20)
Il est connaisseur de l’invisible. Chose du poids d’un atome
ne Lui échappe, ni dans les cieux, ni sur la terre. Et rien,
de plus petit ni de plus grand, qui ne soit dans le Livre
évident. (Saba : verset 3)
Le concept de globalité de l’environnement ne peut être
saisi que si ce dernier constitue une unité ou un tout à
part entière. Cette unité ne peut être tangible que si une
interdépendance, une interconnexion et une harmonie règnent
entre ses composantes. C’est ce à quoi fait allusion le
Saint Coran à travers les versets qui font apparaître la
terre, le ciel et l’eau comme des éléments liés entre eux.
Il suffit de bien méditer les versets ci-dessus mentionnés
pour saisir que le concept de globalité est véhiculé par le
Saint Coran lorsque Dieu dit dans le verset 117 de la
Sourate de La vache : " Inventeur des cieux et de la terre
", c’est-à-dire le créateur des cieux et de la terre mais
cette création n’est pas fortuite, elle se fait selon une
organisation déterminée.
La même idée se dégage du verset 44 de la Sourate du Voyage
nocturne lorsque Dieu dit: " Les sept cieux et la terre, -
et ceux qui s’y trouvent - chantent Pureté de Lui ! " . A
savoir que "chantent" veut dire prosternation, soumission
et émerveillement devant Le Créateur, chose qui peut être
expliquée d’un point de vue environnemental par le système
de relations qui unit tous les êtres en vue de la continuité
de la vie qui est une création de Dieu.
La même idée peut être perçue à travers le verset 16 de la
Sourate des Prophètes lorsque Dieu dit : " Ce n’est pas en
jouant que Nous avons créé le ciel et la terre et ce qui est
entre deux ! ". Il ressort de ce verset que la création a
des fins précises, chose à laquelle fait allusion également
le verset 27 de la Sourate S’ad lorsque Dieu dit : " Ce
n’est pas par vanité que Nous avons créé le ciel et la terre
et ce qui est entre les deux " ou encore lorsqu’Il dit dans
le verset 5 de la Sourate des Groupes : "Avec vérité Il a
créé les cieux et la terre ". Et parmi les versets qui font
allusion à la globalité de l’environnement, il y a lieu de
citer le verset 27 de la Sourate de La vache où Dieu dit:
Qui brisent le pacte de Dieu après l’avoir ratifié et qui
coupent ce que Dieu a ordonné d’unir et qui commettent du
désordre sur la terre. Ceux-là sont les perdants. (Le
Tonnerre : verset 25)
Ce verset s’applique bien à la pensée environnementale
contemporaine qui morcelle l’environnement et crée des
cloisons entre ses composantes, chose qui est à l’origine de
l’apparition de perturbations dans le système de relations
qui est la base de la continuité de la vie. Les
perturbations engendrées par la pollution dans les milieux
naturels constituent à ce propos un exemple éloquent. La
pollution, lorsqu’elle dépasse un seuil déterminé, brise
l’équilibre qui existe entre les composantes de ces milieux
et, à plus ou moins long terme, finit par provoquer leur
mort et la disparition de la vie qu’ils abritaient. C’est
justement ce qui se produit dans les fleuves et les mers où
sont rejetés sans aucun traitement les déchets ménagers et
industriels. Il en est de même des espaces verts qui, dans
certains cas, sont exposés à l’effet des pluies acides.
Dieu n’a t-Il pas dit :
Le désordre est apparu sur la terre et dans la mer à cause
de ce que les mains des gens se sont acquis, afin que Dieu
leur fasse goûter partie de ce qu’ils ont œuvré. Peut-être
reviendront-ils ? (Les Byzantins : verset 41).
Quoi qu’il en soit, le concept de globalité de
l’environnement prôné par les scientifiques et les
écologistes à travers leurs écrits visant le changement de
la vision de l’Homme contemporain à l’égard de
l’environnement, n’est pas en réalité un concept nouveau.
Tout ce qui peut être avancé à ce propos, c’est que l’Homme
tente à nouveau un retour à la raison valorisée par le Saint
Coran il y a plusieurs siècles, raison qui postule la prise
en considération de la globalité de l’environnement avant
toute activité et comportement anthropiques en vue de la
conservation de l’unité de ce dernier et la continuité de la
vie qu’il abrite.
3.2. Le concept d’équilibre
Le concept d’équilibre est l’un des piliers sur lesquels se
base l’écologie contemporaine. L’équilibre ne doit pas être
entendu ou perçu comme un état statique durable et stable
régnant dans les écosystèmes. Lorsqu’il est question de
l’équilibre écologique ou environnemental, il faudrait
entendre par là un état dynamique continu résultant des
relations et interactions existant entre les composantes de
l’écosystème. Il n’est pas question d’écosystème sans
équilibre. L’écosystème équilibré est une portion de
l’environnement dont les composantes sont liées par des
relations mutuelles et harmonieuses constamment
renouvelables conduisant en fin de compte à la continuité de
la vie. Ainsi, lorsque l’écosystème est équilibré, ceci
signifie qu’il possède une capacité d’autorégulation
résultant de sa dynamique propre à laquelle participent
toutes ses composantes à savoir le sol, l’air, l’eau et les
différentes sortes d’animaux, de plantes et de
microorganismes. En d’autres termes, tout être vivant
soit-il ou non réalise un travail pour sa propre survie mais
en même temps, il constitue un élément ou un maillon dans la
chaîne des activités réalisées par les autres vivants.
S’il est possible intellectuellement de parler de plusieurs
sortes d’écosystèmes à savoir terrestre, marin, aquatique,
forestier, polaire, désertique, montagneux, etc., ces
écosystèmes n’ont pas en réalité de frontières et, par
conséquent, ils sont interdépendants pour constituer un seul
et unique écosystème composé du globe terrestre, de
l’atmosphère qui l’entoure, de l’eau continentale et des
océans, des continents et des différentes sortes de vie y
compris l’Homme.
C’est justement cet équilibre écologique global qui a été
perturbé par l’Homme, suite aux cloisons artificielles qu’il
a créées entre lui et l’environnement et à son aspiration à
la domination de ce dernier. Ces perturbations ont conduit à
l’apparition de problèmes environnementaux de grande
envergure qui ont eu un impact sur tous les océans, les
continents y compris les régions arctique et antarctique et
sur l’atmosphère. L’Homme, à cause de sa vision
anthropocentrique et égoïste de l’environnement, a porté
préjudice aux caractéristiques de l’équilibre et à
l’harmonie sur lesquelles Dieu a basé la création de
l’univers. En effet, Dieu a fait allusion à l’équilibre dans
de nombreux versets du Saint Coran, notamment :
"Mangez et buvez de la portion de Dieu ; et ne semez pas de
désordre sur la terre comme des fauteurs de désordre" (La
vache : verset 60)
Et ils s’essayent au désordre dans le pays, alors que Dieu
n’aime pas les semeurs de désordre. (Le plateau servi :
verset 64)
Et sur la terre après qu’elle a été réformée ne commettez
pas le désordre. Et invoquez-le avec crainte et convoitise.
Oui, la miséricorde de Dieu est proche des bienfaisants.
(Les limbes : verset 56)
Certes, une preuve vous est venue de votre Seigneur.
Remplissez donc la mesure et le poids, et ne faites pas
perdre aux gens leurs biens. Et ne commettez pas de désordre
sur la terre après qu’elle a été réformée: ce sera mieux
pour vous, si vous êtes croyants. (Les limbes : verset 85)
O mon peuple, remplissez la mesure et le poids, avec
justice, et ne faites pas perdre aux gens leurs biens, et ne
répandez pas le désordre sur terre comme des fauteurs de
désordre. (Houd : verset 85)
Dieu sait ce que chaque femelle porte, et ce que les
matrices absorbent, et aussi l’accroissement qu’elles ont.
Et chaque chose a été mesurée auprès de Lui. (Le tonnerre :
verset 8)
Et quant à la terre, Nous l’avons étalée et y avons jeté des
montagnes, et fait pousser dedans de toute chose équilibrée.
(Al-Hijr : verset 19)
Celui-là même à qui appartient la royauté des cieux et de la
terre, et qui n’a point adopté d’enfant, et à qui il n’est
point d’associé en la royauté, et qui a créé toute chose en
la mesurant avec mesure. (Le discernement : verset 2)
Le soleil et la lune sont d’après un calcul. Et l’étoile et
l’arbre tous deux se prosternent. Et quant au ciel, Il l’a
élevé bien haut. Et il a posé la balance ; - Afin que vous
ne soyez pas rebelles à la balance ; Etablissez le poids
avec justice, et ne faussez pas la balance ; - (Le Très
Miséricordieux : versets 5 à 8)
Chante pureté du nom de ton Seigneur le Très-Haut, Celui qui
crée, puis Il met bon ordre, Et qui détermine, puis Il
guide, (Le Très-Haut : versets 1 à 3)
Tous les versets ci-dessus mentionnés font allusion d’une
manière ou d’une autre au concept d’équilibre qui, comme
cela a été signalé, est à la base de l’écologie
contemporaine. Ainsi, cette allusion est faite à travers des
concepts tels que :
- le désordre
- la réforme
- la balance
- la mesure
- le calcul
- l’ordre.
Dieu n’aime pas le désordre dans toute chose. Ce désordre,
au sens environnemental du terme, c’est-à-dire la
perturbation, le déséquilibre, la destruction, le manque
d’harmonie, etc., peut être le résultat de la pollution, de
la surexploitation des ressources, de l’invasion et de la
conquête des milieux naturels. En d’autres termes, le
désordre découle des changements que l’Homme a introduits
sans mesure dans le système de relations qui est à la base
de la vie à l’intérieur de l’écosphère.
Quand à la réforme, elle peut être reliée au concept
d’autorégulation qui assure la continuité de l’équilibre à
l’intérieur des écosystèmes. Ceci signifie que Dieu a doté
les écosystèmes des conditions qui leur permettent de
s’autoréguler chaque fois que des perturbations y sont
introduites mais dans des limites bien déterminées. C’est
pourquoi Dieu invite l’humanité à ne pas semer le désordre
sur terre surtout que le désordre est plus facile à produire
que la réforme.
Quant aux concepts de balance, de mesure, de calcul et
d’ordre, ils font allusion à ce que Dieu a bien organisé les
choses lors de la création de l’univers. Lorsqu’il s’agit
d’organisation, d’harmonie et d’ordre, cela signifie que
chaque chose est calculée dans ses moindres détails. En
d’autres termes, les choses ne peuvent être organisées et
harmonieuses que si elles sont sujettes à des relations
équilibrées elles mêmes garantes de l’organisation et de
l’harmonie. Quand Dieu dit : "et fait pousser dedans de
toute chose équilibrée" (Al-Hijr : verset 19), cela signifie
que Dieu a doté la terre des conditions convenables au
développement de toutes sortes de plantes.
Il est bien connu actuellement en écologie que les plantes
ne peuvent coexister dans un même milieu que si un équilibre
s’établit, d’une part, entre elles et, d’autre part, entre
elles et le milieu dans lequel elles poussent. Dans le cas
où cet équilibre est perturbé, il se peut qu’une espèce
végétale prenne le dessus sur les autres espèces, chose qui
peut conduire à la régression de ces dernières et parfois à
leur disparition.
C’est ce qui se produit lorsque l’Homme introduit des
perturbations dans les milieux naturels et exploite leurs
ressources d’une manière irrationnelle. Le résultat est la
rupture des équilibres qui, à son tour, conduit à la
domination de composantes environnementales et la régression
voire la disparition d’autres.
Le meilleur exemple pour illustrer une telle situation c’est
l’utilisation des pesticides dans un but d’amélioration de
la productivité agricole. Nul n’a besoin de dire que ces
pesticides ont été à l’origine de nombreux dégâts au niveau
des équilibres naturels. Nul n’a besoin également de dire
que des tentatives ont eu lieu pour remédier à cette
situation qui représente une menace pour les équilibres
écologiques. Parmi ces tentatives, il y a lieu de citer le
recours à ce qui a été appelé la lutte biologique où des
moyens naturels sont utilisés pour rétablir un équilibre
entre, d’une part, ce qui est appelé plantes et insectes
nuisibles et, d’autre part, les plantes cultivées. Il est à
noter que le recours à la lutte biologique est une tentative
de la part de l’Homme pour retourner à ce qui est appelé
dans le Saint Coran Al fitra, c’est-à-dire le bon sens et
l’état de nature de la terre au moment de sa création. C’est
justement à cette fitra que Dieu a fait allusion lorsqu’il
dit : "et qui a créé toute chose en la mesurant avec
mesure" (Le discernement : verset 2) ou lorsqu’il dit:
"Celui qui crée, puis Il met bon ordre, Et qui détermine,
puis Il guide" (Le très-Haut : versets 2 et 3).
A ce propos, il y a lieu de signaler que bon nombre de
courants de pensée et de mouvements écologistes et surtout
dans les pays industrialisés où l’Homme a provoqué de grands
dégâts dans la nature, ont prôné le retour à la nature qui
signifie tout simplement le retour à la fitra. Ce retour a
été exprimé de différentes manières notamment par
l’austérité dans la consommation et surtout par la pratique
de ce qui est appelé la lutte biologique qui s’appuie sur le
sol, le soleil, l’eau et le travail manuel.
Le concept d’équilibre consacré par la science écologique
contemporaine que ce soit au niveau des écosystèmes ou à
l’échelle de l’environnement global, est un des concepts
environnementaux qui sont véhiculés par le Saint Coran
depuis plusieurs siècles. Dieu qui a créé l’univers
équilibré et avec équilibre, dit :
N’as-tu pas vu que c’est devant Dieu que se prosternent tous
ceux qui sont dans les cieux et tous ceux qui sont sur la
terre, et le soleil, et la lune, et les étoiles, et les
montagnes, et les arbres, et les animaux, ainsi que beaucoup
de gens ? (Le pèlerinage : verset 18)
Le fait pour les créatures de se prosterner devant le
Tout-Puissant signifie que l’unité de l’univers ne peut être
réalisée qu’au moyen de l’équilibre entre toutes ses
composantes.
3.3. Le concept de limitation des ressources
Depuis que le monde est entré dans l’ère industrielle au
cours du 19e siècle dont le début a été marqué par
l’invention du moteur à vapeur et la fin par la découverte
de l’électricité, du pétrole et par l’invention du moteur à
explosion, en même temps a commencé une course effrénée pour
l’exploitation des ressources naturelles surtout dans les
pays occidentaux qui redoublaient de concurrence d’abord
pour relever le niveau de leur production et de leur
consommation et, ensuite, pour envahir les marchés
extérieurs par leurs marchandises.
Ces inventions et ces découvertes ont permis le
développement de nombreuses industries avec à leur tête
l’industrie de l’acier et les industries chimiques. Les
industries de l’acier en particulier ont permis l’invention
de nombreux moyens de transport et engins surtout ceux qui
sont utilisés dans les domaines de l’agriculture et de
l’extraction des minerais. Quant à l’industrie chimique,
elle a aussi participé à l’évolution de l’agriculture en
fournissant à cette dernière les engrais et les pesticides
qui ont permis une amélioration des rendements.
D’une manière générale, le 19e siècle a vu l’apparition de
nombreuses activités économiques de grande envergure basées
sur l’exploitation des ressources de la terre et des sources
d’énergie et sur la transformation des matières premières en
produits manufacturés. Il va sans dire que les principales
industries sur lesquelles se base l’économie mondiale
aujourd’hui ont pris naissance à cette époque. Parmi ces
industries, on peut citer :
- l’industrie lourde qui transforme la matière première
minérale en métaux utilisés dans d’autres industries,
- l’industrie légère qui transforme les produits de
l’industrie lourde en produits manufacturés,
- l’industrie alimentaire qui fabrique et prépare les
aliments,
- l’industrie mécanique qui produit les engins, les
appareils, les outils et les instruments utilisés en
agriculture, dans le transport, etc.
Il est à noter que l’épanouissement de l’industrie au cours
du 19e siècle dans le monde occidental était basé sur une
compétitivité féroce entre les pays qui cherchent et
continent à chercher à occuper les premières places sur la
scène internationale, chose qui a conduit à une
surexploitation des ressources naturelles que ce soit dans
les pays industrialisés ou dans ce qu’il est convenu
d’appeler aujourd’hui les pays en développement.
En effet, le développement de l’industrie et son évolution
avaient besoin des matières premières pour assurer ses
activités d’une manière continue. Il n’est pas donc étonnant
que certains pays occidentaux ont eu recours à la
colonisation de l’Afrique et de certains pays de l’Amérique
latine en vue de l’exploitation de leurs ressources
naturelles.
Quelle que soit la situation, l’ère industrielle a constitué
le début d’une exploitation excessive, effrénée et
incontrôlée des ressources naturelles au niveau mondial. Et
même les pays non colonisés par les pays de l’occident,
leurs ressources sont exploitées moyennant un coût
dérisoire.
Les ressources naturelles étaient exploitées comme si elles
sont inépuisables, aucune différence n’étant faite entre
celles qui sont renouvelables et celles qui ne le son pas.
Le principal but poursuivi par les pays industrialisés était
la réalisation d’un haut niveau de développement même aux
dépens de l’environnement et de ses ressources.
Heureusement, la surexploitation qui a conduit à
l’épuisement de certaines ressources dans certaines contrées
du monde et à l’apparition de problèmes environnementaux, a
attiré l’attention de nombreux milieux dans les pays
industrialisés qui ont pris l’initiative d’organiser en 1913
la première réunion internationale consultative à Berne en
Suisse sur la protection de la nature et à la quelle ont
participé 19 pays. Cette réunion a été suivie en 1923 par la
première conférence tenue à Paris sur la protection de la
nature et les facteurs de destruction de ses ressources.
Elle a été suivie en 1932 par la deuxième conférence qui a
été consacrée à l’étude des technologies polluantes sur la
nature. Après cette conférence, l’UNESCO a organisé en
France en 1948 une réunion internationale où ont été
discutés les effets des activités humaines sur la nature,
suivie en 1968 par une conférence organisée également par
l’UNESCO en Afrique sur l’utilisation rationnelle des
ressources naturelles et où les participants ont mis
l’accent sur la fragilité des bases de renouvellement de ces
ressources et sur leur caractère limité. Cependant le
concept de limitation des ressources n’a été mis en exergue
d’une manière claire qu’après la publication du rapport du
Club de Rome en 1970. Ce rapport a attiré l’attention de la
communauté internationale et surtout dans les pays
industrialisés qui ont été invités à revoir leur mode de
développement économique, chose que la Commission mondiale
sur l’environnement et le développement a appuyée après la
publication de son rapport en 1987.
Le concept de limitation des ressources qui est apparu
durant les années soixante et a été validé durant les années
quatre vingt, a été derrière l’apparition du concept de
développement durable qui invite l’Homme à modeler ses
relations avec l’environnement et ses ressources en tenant
compte de ses propres besoins et de ceux des générations
futures.
Si l’Homme, grâce à la science que Dieu lui a octroyée, a pu
cerner cette vérité, le Saint Coran fait allusion au concept
de limitation des ressources à travers les versets suivants
:
Et auprès de Lui sont les clefs de l’invisible. Nul Ne les
connaît que Lui. Et Il connaît ce qui est dans la terre
ferme, comme dans la mer. Et pas une feuille ne tombe qu’il
ne le sache. Et pas une graine dans les ténèbres de la
terre, et rien de frais ou de sec, qui ne soit dans le Livre
évident. (Les bestiaux : verset 59)
Dieu sait ce que chaque femelle porte, et ce que les
matrices absorbent, et aussi l’accroissement qu’elles ont.
Et chaque chose a été mesurée, auprès de Lui. (Le tonnerre:
verset 8)
Et il n’est de chose dont Nous n’ayons des trésors, tandis
que Nous n’en faisons descendre que dans une mesure connue.
(Al-Hijr : verset 21)
Et Nous avons fait descendre du ciel de l’eau, avec mesure.
Puis Nous l’avons installée sur la terre, cependant que Nous
sommes capables de la faire disparaître. (Les croyants :
verset 18)
Celui-là même à qui appartient la royauté des cieux et de la
terre, et qui n’a point adopté d’enfant, et à qui il n’est
point d’associé en la royauté, et qui a créé toute chose en
la mesurant avec mesure. (Le discernement : verset 2)
Et Nous avons dénombré toute chose dans un directoire clair.
(Ya Sin : verset 12)
Il lui a assigné, d’en haut, des montagnes, et a mis en elle
plénitude de bénédiction, et mesuré en elle, en quatre
jours, ses nourritures, égales pour ceux qui demandent. (Les
détaillés : verset 10)
Si Dieu avait élargi la portion pour ses esclaves, ils se
seraient rebellés sur la terre ;mais Il fait descendre avec
la mesure qu’Il veut. De ses esclaves, il est bien informé,
vraiment, observateur. (La consultation : verset 27)
Oui, toute chose, Nous l’avons créée avec mesure, (La lune
: verset 49)
Et dénombre toute chose en comptant. (Les djinns : verset
28)
Dieu cependant a assigné une mesure à chaque chose. (Le
divorce : verset 3)
alors que toute chose Nous l’avons dénombré par écrit. (La
nouvelle: verset 29)
A travers les versets ci-dessus mentionnés, Dieu fait
allusion à la notion de limitation des ressources par
l’intermédiaire du concept de la mesure. Dieu dit : "Oui,
toute chose, Nous l’avons créée avec mesure," (La lune :
verset 49), c’est-à-dire que chaque être, vivant soit-il ou
non, obéit à une loi ou à des lois déterminées quant à la
quantité. A ce propos, la différence que l’homme établit
entre les ressources naturelles renouvelables et les
ressources non renouvelables a une relation avec le concept
de limitation des ressources auquel le Saint Coran fait
allusion.
S’agissant des ressources naturelles non renouvelables, la
science contemporaine a montré qu’elles sont effectivement
limitées quantitativement comme c’est le cas des ressources
énergétiques fossiles (charbon, pétrole, gaz naturel)
fissiles (uranium, plutonium, etc.), métalliques comme le
fer et le cuivre et non métalliques comme le phosphate, la
potasse, etc. Quant aux ressources naturelles renouvelables,
elles aussi se trouvent dans la nature en quantités limitées
mais elles se distinguent des ressources non renouvelables
par le fait qu’elles se renouvellent d’une manière naturelle
selon des cycles déterminés. C’est le cas de l’eau, des
plantes, des animaux et de l’énergie. Cependant, quand on
parle de renouvellement, il ne s’agit pas d’une augmentation
infinie de leur quantité. Bien au contraire, le
renouvellement signifie que l’environnement recèle des
quantités limitées d’éléments et de composés chimiques qui,
par le processus de l’alternance de la vie et de la mort,
entrent dans des cycles déterminés pour engendrer la vie et
de nouveau des éléments et composés chimiques. C’est ce qui
se passe par exemple pour les gaz qui composent l’atmosphère
comme l’oxygène, l’azote, le gaz carbonique, etc.
Dieu dit :
Et Nous avons fait descendre du ciel de l’eau, avec mesure.
Puis Nous l’avons installée sur la terre, cependant que Nous
sommes capables de la faire disparaître. (Les croyants :
verset 18)
Il est actuellement bien connu que la quantité d’eau qui
compose l’hydrosphère est limitée. Elle est estimée à 1350
km3 répartie de la manière suivante :
Eau liquide
- Océans : 97%
- Eaux souterraines : 0,62%
- Lacs d’eau douce : 0,009%
- Lacs salés et mers intérieures : 0,008%
- Eau du sol (humidité) : 0,005%
- Cours d’eau : 0,0001%
Eau solide
- Calottes glaciaires : 2,5%
- Glaciers des régions tempérées et équatoriales : 0,0001%
Vapeur
- Vapeur atmosphérique : 0,001%
Eau des êtres vivants : 0,00005%
Si la quantité des ressources naturelles est limitée, cela
signifie que la quantité des éléments chimiques qui entrent
dans la composition de ces ressources sont également
limitées.
En effet, quelle que soit la ressource, elle se compose de
molécules qui, à leur tour se composent d’atomes. L’eau par
exemple se compose de deux molécules d’hydrogène et une
molécule d’oxygène. Lorsqu’il est question de la limitation
de la quantité d’eau au niveau du globe terrestre, cela
signifie que cette quantité se compose à son tour d’un
nombre limité d’atomes d’hydrogène et d’oxygène.
Dieu dit dans le Saint Coran :
Et ceux qui mécroient disent : "L’Heure ne nous viendra pas"
- Dis : Mais par mon Seigneur, si ! Très certainement, elle
vous viendra : Il est connaisseur de l’invisible. Chose du
poids d’un atome ne Lui échappe, ni dans les cieux, ni sur
la terre. Et rien, de plus petit ni de plus grand, qui ne
soit dans le Livre évident. (Saba : verset 3)
A ce propos, lorsque les chimistes composent avec la
matière, ils savent que la quantité de cette matière reste
la même malgré son passage par différentes transformations.
C’est ce à quoi est parvenu le chimiste français Lavoisier
au 18e siècle et qu’il a exprimé par ses paroles célèbres :
"Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme".
C’est ce qui se passe dans l’environnement où la matière
entre dans de perpétuelles transformations pour prendre la
forme de matière vivante ou de matière inerte comme l’eau,
l’air et le sol. Dieu a fait allusion à ces transformations
en disant :
Il sait ce qui pénètre en terre et ce qui en sort, et aussi
ce qui descend du ciel et ce qui y remonte. Et c’est Lui le
miséricordieux, le pardonneur. (Saba : verset 2)
La science contemporaine a bien montré que la matière se
transforme continuellement à l’échelle de l’environnement
tout entier par le biais de ce qui est appelé les cycles
biogéochimiques, c’est-à-dire les cycles qui renouvellent
les composantes environnementales vivantes et non vivantes.
Parmi ces cycles, on peut citer :
- le cycle de l’eau,
- le cycle de l’oxygène,
- le cycle du carbone,
- le cycle de l’azote,
- le cycle du phosphore, etc.
Et comme le dit Dieu dans le verset précédent, les cycles
biogéochimiques pour se réaliser prennent la terre et
l’atmosphère comme support. L’eau par exemple descend du
ciel et se répand sur et dans la terre pour que les êtres
vivants en tirent profit. Sous l’effet de la chaleur, elle
s’évapore et remonte vers l’atmosphère pour tomber de
nouveau sur la terre. Ainsi, malgré la multitude de formes
que prend la matière à travers ce qui est vivant et ce qui
n’est pas vivant, la quantité des parties desquelles se
compose cette matière est limitée. Dieu dit : "Et dénombre
toute chose en comptant" (Les djinns : verset 28).
3.4. Le concept de diversité de la vie
Le concept de diversité de la vie ou ce qu’il est convenu
d’appeler aujourd’hui la biodiversité est un concept récent
puisqu’il est apparu durant les années quatre vingt et a été
consacré durant la première moitié des années quatre vingt
dix par la convention internationale issue du sommet de Rio
en 1992.
Lorsqu’il est question de biodiversité, il s’agit de la
caractéristique qui permet à la vie de prendre dans la
nature une multitude de formes différentes. Cette diversité
se manifeste au niveau de toute la hiérarchie biologique
commençant de la cellule et les organes et passant par les
organismes, les espèces et les populations.
La biodiversité est indispensable à la continuité de la vie
puisque c’est grâce à elle que les êtres vivants sont
capables de faire face aux changements qui se produisent
dans leurs milieux de vie. Ainsi, plus les écosystèmes sont
riches en espèces et en formes de vie, plus ils ont la
capacité et les moyens pour faire face à ces changements. A
ce propos, il est à noter que la biodiversité constitue l’un
des facteurs essentiels nécessaires à l’autorégulation des
écosystèmes qui, à son tour, est indispensable au maintien
de l’équilibre de ces écosystèmes et à la continuité de la
vie.
Les êtres vivants les plus diversifiés sont les insectes
suivis des plantes puis des invertébrés et des
microorganismes, ensuite des poissons, des reptiles, des
amphibiens et enfin des oiseaux. Le nombre de tous ces êtres
vivants a été estimé à 33500000 espèces sachant que l’Homme
n’a pu connaître que 1390000 espèces, soit 4% du nombre
total.
De nombreux versets du Saint Coran font allusion à la notion
de biodiversité. Parmi ces versets, on cite notamment:
Alors qu’à Dieu appartient la royauté des cieux et de la
terre et de ce qui est entre les deux ! Il crée ce qu’il
veut. Et Dieu est capable de tout. (Le plateau servi :
verset 17)
Et c’est Lui qui du ciel a fait descendre de l’eau. Puis par
elle Nous avons fait sortir la germination de toute chose,
de quoi Nous avons fait sortir une verdure d’où Nous faisons
sortir des grains qui chevauchent les uns sur les autres; et
du dattier, de sa spathe, des régimes de dattes qui se
tendent. Et aussi les jardins de raisins. Et l’olive et la
grenade qui se confondent mais ne se ressemblent pas.
Regardez-en le fruit quand il fructifie ! et son mûrissement
! Voilà bien là des signes, vraiment, pour ceux qui croient
! (Les bestiaux : verset 99)
Et c’est Lui qui a étendu la terre, et y a assigné montagnes
et fleuves. Et de tous les produits Il y a assigné les
couples par deux. (Le tonnerre : verset 3)
C’est Lui qui, du ciel, pour vous a fait descendre de l’eau.
D’où, boisson, et plantes où faire paître.
D’elle, Il fait germer pour vous la culture et l’olive et
les dattiers et les vignes et aussi toutes sortes de fruits.
Voilà bien là un signe, pour des gens qui réfléchissent !
(Les abeilles : versets 10 et 11)
Lui qui vous a assigné la terre comme berceau, et vous y a
acheminé des chemins ; et qui du ciel a fait descendre de
l’eau. - Puis, par elle, Nous avons fait sortir par couples
différentes plantes – (Tâ Hâ : verset 53)
De même, tu verras la terre éteinte : dès que Nous y faisons
descendre de l’eau, elle remue, et gonfle, et pousse toute
sorte de couple joli. (Le pèlerinage : verset 5)
Et Dieu a créé d’eau tout animal. En voici donc un qui
marche sur le ventre, et un qui marche sur les deux pattes,
et un qui marche sur quatre. Dieu a créé ce qu’Il veut. Oui,
Dieu est capable de tout. (La lumière : verset 45)
Quoi ! n’ont-ils pas vu la terre, combien de chaque noble
couple Nous y avons fait pousser ? (Les poètes : verset 7)
Pureté à Celui qui a créé, parmi ce que la terre a fait
pousser, ainsi que parmi eux-mêmes, et aussi parmi ce qu’ils
ne savent pas, des couples de toutes sortes. (Ya Sin :
verset 36)
Et la terre, que Nous avons étalée ! et Nous y avons lancé
des montagnes et y avons fait croître de tout couple joli !
(Câf : verset 7)
Le Saint Coran donne une grande importance à la diversité de
la vie puisqu’il fait allusion à toutes sortes d’animaux et
de plantes. Et même si la majorité des versets ci-dessus
mentionnés font allusion à la diversité végétale, il y a
lieu de signaler le verset 45 de la Sourate de la Lumière
qui met en exergue la diversité animale. Par ailleurs, si ce
verset fait allusion à quelques sortes d’animaux, Dieu dit à
la fin du même verset : "Dieu a créé ce qu’Il veut. Oui,
Dieu est capable de tout.". Cela a pour signification que
même si les versets ne font pas allusion à toutes les
espèces animales et végétales, on ne doit nullement
comprendre que la diversité biologique est limitée à ce qui
est cité par le Saint Coran.
Dieu dit : "Et si vous comptez les bienfaits de Dieu, vous
ne saurez les dénombrer" (Abraham : verset 34). Il dit
également : "Et les chevaux et les mulets et les ânes, pour
que vous les montiez, - pour la parade aussi. Et Il en a
créé que vous ne savez pas" (Les abeilles : verset 8). Ces
versets montrent bien que Dieu a diversifié les créatures
mais l’homme n’a pas pu en prendre connaissance dans leur
totalité. C’est justement ce qui a été démontré récemment
par la science. A titre d’exemple, le nombre estimé
d’espèces d’insectes est de 30000000 alors que les
scientifiques n’ont pu identifier que 750000 espèces. Quant
aux espèces d’invertébrés, ils ont été estimées à 3000000
alors que jusqu’à présent, seules 276500 espèces ont pu être
identifiées. Dieu dit : "Pureté à Celui qui a créé, parmi ce
que la terre a fait pousser, ainsi que parmi eux-mêmes, et
aussi parmi ce qu’ils ne savent pas, des couples de toutes
sortes." (Ya Sin : verset 36).
Le concept de biodiversité occupe aujourd’hui une place
importante dans la communauté scientifique qui s’intéresse
aux questions environnementales. Il va sans dire que cet
intérêt est le résultat de la prise de conscience par
l’Homme du rôle que joue la biodiversité dans le cycle de la
vie. A ce propos, il est bon de signaler que le concept de
biodiversité ne être dissocié des concepts de globalité de
l’environnement et d’équilibre. La biodiversité est l’un des
facteurs essentiels qui contribuent au maintien de la
continuité de l’équilibre de l’environnement qui se compose
de l’atmosphère, de la surface des continents, de l’eau des
océans et des mers en plus de la lumière du soleil et la
communauté des êtres vivants. Dieu dit :
Oui, dans la création des cieux et de la terre, et dans
l’alternance de la nuit et du jour, et dans le navire qui
vogue en mer chargé de profits pour les gens, et dans l’eau
que Dieu fait descendre du ciel, par quoi Il rend la vie à
la terre une fois morte et y répand des bêtes de toutes
espèces, et dans la variation des vents, et dans le nuage
contraint de rester entre ciel et terre, il y a des signes,
certes, pour un peuple d’intelligents. (La vache : verset
164)
Ce noble verset fait allusion à la globalité de
l’environnement qui a été précédemment évoquée. Dieu a cité
dans ce verset les composantes matérielles de
l’environnement à savoir l’atmosphère (ciel), la terre
(surface de la terre), l’eau et les êtres vivants. Quand
Dieu dit : "il y a des signes, certes, pour un peuple
d’intelligents.", Il invite ses esclaves à méditer les
composantes de cet univers et les relations qui les
unissent. Et quand Dieu dit dans le même verset : "et dans
l’eau que Dieu fait descendre du ciel, par quoi Il rend la
vie à la terre une fois morte et y répand des bêtes de
toutes espèces", il s’agit là d’une mise en évidence de la
biodiversité que l’Homme est appelé à méditer sachant
qu’elle est l’une des composantes de l’environnement,
garante de sa globalité.
3.5. Le concept de téléologie
Parmi les concepts qui ont été proposés par les penseurs
environnementalistes pour contribuer à la construction d’une
nouvelle vision de l’Homme vis-à-vis de l’environnement, il
y a lieu de citer le concept de téléologie. Ce dernier
s’explique par le fait que chaque être, vivant soit-il ou
non, est en réalité un centre de téléologie, c’est-à-dire
que cet être tend vers la réalisation d’un but bien
déterminé. Dans ce cas, si les êtres sont considérés comme
des centres téléologiques, cela signifie que ces êtres se
sont plus de simples composantes inconnues de
l’environnement mais des êtres ayant une valeur intrinsèque
et dont l’existence est justifiée dans la mesure où ils
constituent des lieux à travers lesquels se réalisent des
finalités déterminées.
Si le concept de téléologie est placé dans le contexte
environnemental, il sera probablement difficile d’imaginer
que chaque être parmi les milliards d’êtres qui composent
l’environnement (plus de 5 milliards d’êtres humains) est là
pour que se réalise à travers lui une finalité déterminée.
Cela ne doit pas étonner car toutes les sortes de
composantes de l’environnement sont des moyens et des canaux
à travers lesquels se réalisent une multitude de finalités.
Si nous considérons par exemple certaines espèces
d’insectes, en particulier les papillons et les fourmis, on
constatera que pendant que ces êtres vivants accomplissent
leur travail quotidien de recherche de nourriture en se
déplaçant d’une fleur à une autre, ils réalisent en même
temps la pollinisation de ces fleurs par l’intermédiaire du
pollen porté par les différentes parties de leur corps.
Ainsi, ces insectes, d’une manière instinctive, permettent à
de nombreuses plantes de se multiplier et, par conséquent,
de perpétuer la vie. Ce qui est valable pour les insectes et
les oiseaux l’est aussi pour quelques mammifères dont le
corps est couvert de laine ou de poil. Quand ces animaux
sont à la recherche de leur nourriture, une certaine
catégorie de graines, surtout celles qui sont munies
d’épines, se collent à leur poil ou laine. Cela a pour
résultat le transport de ces graines d’un endroit à un
autre, ce qui permet leur germination dans des milieux
éloignés des milieux d’origine. Comme c’est le cas pour les
insectes, les mammifères contribuent au déplacement de la
vie d’un endroit à un autre et à sa continuité.
Ce qui est valable pour les mammifères est aussi valable
pour certains genres de vers en particulier le lombric qui
vit dans les sols humides. Pour se nourrir, le lombric
ingurgite des particules fines de terre desquelles il retire
après digestion la nourriture dont il a besoin et rejette
les restes dans le sol. Ainsi, grâce à son activité, le
lombric remue d’abord le sol et, par conséquent, facilite la
pénétration de l’air dans ce sol. Par ailleurs, le lombric
enrichit le sol par des sels minéraux après passage de ce
sol dans son tube digestif. Il va sans dire que ce travail a
un effet positif sur le sol dans la mesure où il permet
l’augmentation de sa fertilité et l’amélioration de son
aération, chose qui facilite la germination des graines une
fois tombées sur le sol. Le lombric, comme c’est la cas des
autres animaux ci-dessus mentionnés, participe lui aussi à
la perpétuation de la vie.
Ce qui est valable pour les animaux est aussi valable pour
les plantes. A ce propos, il est bien connu que les plantes
vertes utilisent la lumière solaire et puisent le gaz
carbonique de l’atmosphère pour élaborer la matière
organique qui est indispensable à la vie. Il est également
bien connu que les animaux n’ont pas les moyens pour
fabriquer la matière organique en suivant le même processus
que les plantes vertes. Ces animaux, pour disposer de la
matière organique, doivent manger directement des plantes
vertes ou des animaux qui se nourrissent de plantes vertes.
Ainsi, ces dernières constituent une base essentielle pour
la continuité de la vie animale sous toutes ses espèces et
formes.
Cependant, cela ne doit pas signifier que la vie des plantes
vertes n’est pas assurée. Bien au contraire, les plantes
vertes à fleurs possèdent différents moyens qui leur
permettent de se perpétuer et, par conséquent, d’assurer la
continuité de leur vie. Parmi ces moyens, il y a lieu de
signaler que plusieurs espèces de plantes ont des fleurs de
couleur vive qui attire les insectes pour se nourrir de leur
nectar ou de leur pollen. Ce dernier, comme cela a été
signalé, se colle à leur corps pour être transporté d’un
endroit à un autre, chose qui facilite la pollinisation qui,
à son tour, permet la formation des graines qui sont les
moyens de perpétuation de la vie des plantes vertes.
Quel que soit le cas, les êtres vivants animaux ou végétaux
sont des lieux à travers lesquels se réalisent des finalités
bien déterminées. Si la recherche de nourriture constitue
pour l’être vivant une première finalité, ce travail sert
également comme un moyen pour la perpétuation de la vie
d’une manière générale. Ainsi, si les moyens et les
techniques qui permettent la réalisation de ce travail sont
différents, la finalité est la même et unique à savoir la
continuité de la vie.
Ce qui est valable pour les êtres vivants est aussi valable
pour les êtres non vivants ou inertes. Les exemples dans ce
cas sont nombreux. Si nous prenons l’exemple de l’eau, on
constatera qu’elle constitue non seulement un aliment pour
tous les êtres vivants mais elle est également un milieu de
vie, un élément entrant dans la composition de ces derniers,
un moyen de transport à l’intérieur des organismes, un
facteur de régulation de la température de ces organismes,
etc. Il en est de même pour l’air qui est composé
essentiellement d’oxygène, de gaz carbonique, d’azote,
d’oxyde de carbone, etc. qui sont utilisés comme aliments
par les animaux et les plantes. Ajouter à cela que ces
éléments entrent dans la composition de la matière organique
et minérale qui sont indispensables à la vie. Par ailleurs,
l’air sert de support aux animaux qui volent et de substrat
aux microorganismes et joue un rôle dans la stabilité de la
pression exercée sur les animaux et les plantes qui vivent
sur la surface de la terre.
Si l’eau et l’air sont des êtres inertes, les finalités qui
se réalisent à travers eux conduisent à la réalisation de la
finalité ultime à savoir la continuité de la vie. D’une
manière générale, les finalités qui se réalisent à travers
les êtres, vivants ou non, sont nombreuses, diverses et
interdépendantes. Malgré cette diversité et cette
interdépendance, le but est unique, c’est l’unité de
l’univers, le maintien de son équilibre et la continuité de
la vie qu’il abrite.
C’est justement ce à quoi fait allusion le Saint Coran à
travers ses nombreux versets, notamment :
Les sept cieux et la terre, - et ceux qui s’y trouvent, -
chantent pureté de Lui ! Et il n’est chose aucune qui ne
chante pureté en Le louant. Mais vous ne comprenez pas leur
chant. Il demeure patient, pardonneur, vraiment ! (Voyage
nocturne : verset 44)
A Lui appartiennent tous ceux qui sont dans les cieux et la
terre ! Ceux qui sont auprès de Lui ne se gonflent pas de
l’adorer et point ne cherchent à s’écarter.
Ils chantent pureté nuit et jour, et point ne
s’interrompent. (Les prophètes : versets 19 et 20)
N’as-tu pas vu que c’est devant Dieu que se prosternent tous
ceux qui sont dans les cieux et tous ceux qui sont dans la
terre, et le soleil, et la lune, et les étoiles, et les
montagnes, et les arbres, et les animaux, ainsi que beaucoup
de gens ? (Le pèlerinage : verset 18)
Ne vois-tu pas Sa transcendance célébrée de quiconque habite
la terre ou les cieux ? Les oiseaux éployés, chacun d’eux
sait bien Le prier, célébrer Sa transcendance. Dieu de tout
ce qu’ils font est Connaissant. (La lumière, verset 41).
Il fait que la nuit pénètre dans le jour et que le jour
pénètre dans la nuit. Et Il a assujetti le soleil et la lune
à glisser chacun vers un terme dénommé. (Le créateur :
verset 13)
Le soleil, de même, qui coule vers son gîte ; c’est là la
détermination du Puissant, du Savant. (Ya Sin : verset 38)
Ce n’est pas par vanité que Nous avons créé le ciel et la
terre et ce qui est entre les deux ! (S’âd : verset 27)
Et l’étoile et l’arbre tous deux se prosternent. (Le Très
Miséricordieux : verset 6)
Quelle est donc la relation de ces versets du Saint Coran
avec le concept de téléologie ? Cette relation est mise en
exergue par les versets où il est question de chant et de
prosternement qui signifient soumission à Dieu, créateur de
cet univers et obéissance de ses créatures à travers les
missions qui leur ont été assignées. Il a été déjà signalé
que les êtres vivants lorsqu’ils sont occupés à rechercher
leur nourriture, elles accomplissent en même temps un
travail qui contribue à la perpétuation de la vie. Il a été
également signalé que malgré la diversité de ces travaux,
cela conduit à la réalisation d’une finalité unique à savoir
l’unité de l’univers et le maintien de son équilibre. Dieu
dit :
Les sept cieux et la terre, - et ceux qui s’y trouvent, -
chantent pureté de Lui ! Et il n’est chose aucune qui ne
chante pureté en Le louant. Mais vous ne comprenez pas leur
chant. Il demeure patient, pardonneur, vraiment ! (Voyage
nocturne : verset 44)
Quand Dieu dit : "Et il n’est chose aucune qui ne chante
pureté en Le louant.", cela signifie que chaque être, vivant
ou non, a été investi par Dieu pour contribuer, d’une
manière ou d’une autre, à l’unité et à l’équilibre de
l’univers. Cependant, l’Homme, vu sa vision
anthropocentrique vis-à-vis de l’environnement, n’a pas
accordé l’importance qu’il faut aux notions suprêmes de
chant et de prosternement. Bien au contraire, il a concentré
tout son effort sur les bénéfices qu’il tire des composantes
de l’environnement, oubliant par là que derrière ce
prosternement, il y a une finalité noble qui consiste à
respecter les missions dont Dieu a chargé toutes ses
créatures. Dieu dit dans le même verset : "Mais vous ne
comprenez pas leur chant.", c’est-à-dire, au lieu que ses
créatures méditent l’unité et l’harmonie de l’univers, ils
sont aveuglés par leur désir de domination de
l’environnement pour tirer profit de ses biens matériels
mettant de côté la voie et l’organisation que Dieu a
insufflé dans son univers à travers ses créatures de toutes
sortes.
Dieu dit :
N’as-tu pas vu que c’est devant Dieu que se prosternent tous
ceux qui sont dans les cieux et tous ceux qui sont dans la
terre, et le soleil, et la lune, et les étoiles, et les
montagnes, et les arbres, et les animaux, ainsi que beaucoup
de gens ? Il en a aussi beaucoup contre qui le châtiment
s’avère. (Le pèlerinage : verset 18)
Ce verset montre qu’il y a deux sortes de gens. Une
catégorie qui respecte l’unité de l’univers et
l’organisation que Dieu y a assignée à travers les
créatures. Une deuxième catégorie qui transgresse la voie
divine et essaie de sévir même si cela conduit à la
destruction et au ravage. A l’encontre de cette deuxième
catégorie, Dieu dit : "Il en a aussi beaucoup contre qui le
châtiment s’avère".
Par ailleurs, quand Dieu dit : "et ne semez pas de désordre
sur la terre comme des fauteurs de désordre", Il invite ses
créatures à veiller sur l’équilibre de l’environnement ,et
ce, à travers le respect des composantes de cet
environnement afin que ces dernières puissent accomplir les
missions qui leur ont été confiées. Dieu dit : "Ce n’est pas
par vanité que Nous avons créé le ciel et la terre et ce qui
est entre les deux" (S’âd : verset 27), c’est que lorsque
Dieu a créé l’univers, il n’a laissé au hasard aucune place.
Bien au contraire, Dieu a tracé la voie à ses créatures pour
s’acquitter de leur devoir et remplir leurs missions. C’est
l’objet du verset 41 de la Sourate "La lumière" : "Le prier,
célébrer Sa transcendance. Dieu de tout ce qu’ils font est
Connaissant".
Le concept de téléologie auquel sont parvenus récemment les
penseurs environnementalistes n’apporte rien de nouveau. Il
a tout simplement confirmé ce que le Saint Coran a rapporté
depuis plusieurs siècles. Quand ces penseurs disent que
chaque être, vivant ou non, a une valeur intrinsèque, c’est
une reconnaissance que cet être n’est créé vainement et, par
conséquent, l’Homme est appelé à respecter cette valeur à
travers cet être, chose qui lui impose la nécessité de
revoir ses relations avec l’environnement.
Les concepts qui ont été élaborés par la pensée
contemporaine ont été confirmés récemment par la science par
l’intermédiaire de l’observation et de l’expérimentation.
Les exemples à ce propos sont nombreux et concernent les
criquets, les abeilles, les fourmis, les oiseaux, les
poissons, les mammifères, etc.
Il est bien connu que la plupart des animaux migrent d’un
endroit à un autre soit pour se reproduire soit pour
rechercher d’autres milieux riches en nourriture. Si la
cause apparente de la migration est la recherche de
nourriture ou la reproduction, il y a d’autres causes non
apparentes qui poussent ces êtres vivants à la migration.
S’il n’y avait pas d’autres causes à la migration, comment
expliquer le désir instinctif fort que manifestent ces
créatures lorsque vient le moment de cette migration.
Comment par ailleurs expliquer les difficultés et les périls
que ces êtres vivants affrontent au cours de la migration
conduisant parfois à la mort d’un bon nombre d’entre eux.
La recherche de la nourriture et d’endroits pour la
reproduction sont des causes instinctives indiscutables.
Cependant, il ne faut pas oublier que les oiseaux lorsqu’ils
migrent d’un continent à un autre, ils contribuent d’une
manière ou d’une autre à la continuité du cycle de la vie.
S’il est question par exemple des oiseaux, il est bien connu
que certains d’entre eux se nourrissent de graines et de
fruits, d’autres d’insectes, de grenouilles, de souris, de
poissons, etc. Si on sait que cette catégorie de nourriture
est abondante dans les lieux de migration, la présence des
oiseaux dans ces lieux peut être expliqué par la cause de
recherche de nourriture mais également par la participation
de ces oiseaux au maintien des équilibres naturels.
En effet, les insectes, les grenouilles, les souris, etc.
sont des animaux qui prolifèrent. Si aucun frein n’est mis à
cette prolifération, ces animaux envahissent les milieux et
mettent fin à une bonne partie de la vie qu’ils abritent,
chose qui peut conduire à des perturbations des équilibres
écologiques. Ainsi, la migration des oiseaux vers des
régions déterminées, contribue au maintien du nombre de
certaines espèces animales à des niveaux compatibles avec la
continuité des équilibres écologiques.
Quel que soit le cas, et tel qu’il est dit dans le Saint
Coran : chacun d’eux sait Le prier, célébrer sa
transcendance" (La lumière, 41), chaque être vivant existant
sur terre est investi d’une mission ou de plusieurs missions
et, chaque fois qu’il est en train d’accomplir cette
mission, il ne fait que suivre la voie que Dieu a tracé pour
ses créatures. C’est là le chant et le prosternement
auxquels Dieu a fait allusion dans le Saint Coran.
Cependant, il semble que l’Homme d’une manière générale et
l’Homme contemporain d’une manière particulière a oublié ou
fait semblant d’oublier qu’il doit, à l’instar de toutes les
autres créatures, se prosterner devant Dieu, et ce, en
accomplissant les missions qui lui ont été confiées en tant
que successeur de Dieu sur terre. Au lieu de suivre la voie
qui lui a été tracée par Dieu, il s’est séparé de
l’environnement en vue de le dominer. L’homme par ce
comportement porte atteinte à l’unité de l’environnement
laquelle est chantée par les créatures de l’univers.
Lorsque les philosophes, les penseurs environnementalistes
ont insisté sur le concept de téléologie, ils n’ont rien
apporté de nouveau sauf inviter l’homme à revenir à la voie
de la justesse bien précisée par Dieu dans le Saint Coran.
3.6. Le concept de protection de l’environnement
Le concept de protection de l’environnement est récent
puisqu’il n’a été introduit dans le lexique des
connaissances environnementales que durant la première
moitié du 20e siècle. Ce n’est pas étonnant si cette
apparition est concomitante de la période où les communautés
contemporaines et surtout dans les pays développés ont
commencé à prendre conscience des dégâts que leur
comportement et leurs activités industrielles ont causés à
l’environnement.
En effet, les changements que l’Homme a introduits dans les
écosystèmes ont de loin dépassé la fitra et le bon sens sur
la base desquels a été créée la terre et, par conséquent,
cette dernière n’est plus capable en plusieurs endroits
d’absorber ces changements. Si l’homme a manifesté une
certaine disposition à réparer ce qu’il a détruit ou
perturbé, souvent, cette disposition reste au niveau des
déclarations d’intention et non au niveau des actions.
Comment l’homme peut-il réparer ce qu’il a provoqué comme
désordre alors que sa vision anthropocentrique et égoïste à
l’égard de l’environnement n’a pas bougé d’un pouce. L’Homme
continue à aspirer à une domination de l’environnement, à
exploiter ses ressources d’une manière irrationnelle, à
utiliser des technologies incompatibles avec ses intentions
de réparation et à atteindre les plus hauts niveaux de
progrès économique et matériel basé sur une production et
une consommation illimitées. Bien plus encore, il continue à
se considérer comme une composante extérieure à
l’environnement visant par là une plus grande soumission de
ce dernier à ses désirs de développement à travers la
science et la technologie.
Malgré les appels répétitifs émanant de diverses régions du
globe, l’Homme continue à composer avec l’environnement
selon sa vision anthropocentrique et sa pensée linéaire qui
engendrent des effets nuisibles à l’environnement. En
témoigne l’échec cuisant qu’a connu le deuxième sommet de la
terre qui a eu lieu à New York au cours du mois de Juin
1997. En témoigne également la lenteur de la mise en
application des trois conventions issues du premier sommet
de la terre qui a eu lieu à Rio en 1992 et qui portent sur
les changements climatiques, la biodiversité et la
désertification. La protection de l’environnement a peu de
chances d’aboutir tant que l’Homme s’accroche à sa vision
anthropocentrique et à tout ce qui en découle comme modèles
irrationnels d’exploitation des ressources, de l’économie et
de construction des établissements humains et industriels.
La mise en application réelle du concept de protection de
l’environnement nécessite de la part de l’Homme un
changement de sa vision vis-à-vis de ce dernier et un retour
au bon sens que Dieu a tracé dans son Glorieux Livre, le
Saint Coran. Dieu dit :
Lequel vous a assigné la terre pour berceau et vous y a
assigné des sentiers, - peut-être vous guideriez-vous ?
(L’ornement : verset 10)
Il est temps que l’Homme empreinte les voies tracées par
Dieu et qui consistent à utiliser la science d’une manière
compatible avec une gestion saine de l’environnement. Dans
ce cas et seulement dans ce cas, l’homme aurait fait des pas
en avant dans la mise en application du concept de
protection de l’environnement.
Par ailleurs, si l’Homme a ressenti la nécessité de protéger
son environnement, cela ne doit pas signifier que dans le
passé et à travers les siècles précédents, il n’a pas été
tenu de protéger cet environnement. Bien au contraire, le
concept de protection de l’environnement est un corollaire
de l’existence de l’Homme sur terre et ce, parce que, d’une
part, Dieu a désigné cet Homme comme son successeur sur
cette terre et, d’autre part, parce que l’Homme est le plus
grand envahisseur de l’environnement et le plus exploitant
de ses ressources.
Si l’Homme est aujourd’hui tenu plus que jamais d’assurer la
protection de l’environnement, cette protection est
également un devoir qui doit durer et accompagner
l’existence de l’homme.
Cette notion de durabilité de l’idée de protection de
l’environnement dans le temps est véhiculée à maintes
reprises par le Saint Coran. Lorsque Dieu dit : "Dieu n’aime
pas les semeurs de désordre" (Le plateau servi : verset 64)
ou "Et pas d’outrance ! non, il n’aime pas les outranciers"
(Les bestiaux : verset 141) ou encore "Et ne commettez pas
de désordre sur la terre après qu’elle a été réformée" (Les
limbes : verset 85), Il invite l’Homme à éviter le désordre
et l’outrance qui sont deux facteurs de destruction de
l’environnement et, par conséquent, Il l’invite d’une
manière indirecte à protéger cet environnement et le
conserver.
Les versets qui font allusion à l’obligation de protéger
l’environnement de la part de l’Homme sont nombreux. Parmi
ces versets, il y a lieu de citer notamment :
Ho, les croyants ! Mangez des délices que Nous vous avons
attribués. Et remerciez Dieu, si c’est Lui que vous adorez.
(La vache : verset 172)
Et de ce que vous Lui demandiez Il a donné. Et si vous
comptez les bienfaits de Dieu, vous ne saurez les dénombrer.
L’Homme est grand prévaricateur, vraiment, grand mécréant !
(Abraham : verset 34)
C’est Lui qui, du ciel, pour vous a fait descendre de
l’eau. D’où, boisson, et plantes où faire paître.
D’elle, Il a fait germer pour vous la culture et l’olive et
les dattiers et les vignes et aussi toutes sortes de fruits.
Voilà bien là un signe, pour des gens qui réfléchissent !
(Les abeilles : versets 10 et 11)
Et dans ce qu’il a créé pour vous sur la terre, que de
couleurs diverses ! Voilà bien là un signe, vraiment, pour
des gens qui s’efforcent de se rappeler.
Et c’est Lui qui a assujetti la mer afin que d’elle vous
mangiez une chair fraîche, et que vous en sortiez la parure
que vous revêtez ; - et tu y vois les bateaux glisser avec
bruit ; - et pour que vous vous mettiez en quête de Sa
grâce. Peut-être seriez-vous reconnaissants ?
Et Il a jeté des montagnes sur la terre, - parce qu’elle
aurait bouger et vous avec, - et aussi des fleuves et des
sentiers : peut-être vous guiderez-vous ?- (Les abeilles :
versets 13, 14 et 15)
et des produits des dattiers et des vignes : vous en tirez
une boisson enivrante, et aussi un aliment excellent. Voilà
bien là un signe, pour des gens qui comprennent. (Les
abeilles : verset 67)
Et de ce qu’Il a créé, Dieu vous a assigné les ombres. Et Il
vous a assigné des abris dans les montagnes. Et Il vous a
assigné des cottes qui vous protègent de la chaleur, ainsi
que des cottes qui vous protègent de votre propre rigueur.
Ainsi vous parfait-Il Son bienfait. Peut-être serez-vous
Soumis ? (Les abeilles : verset 81)
"Mangez, et faites paître vos bêtes ! " - Voilà bien là des
signes pour les doués d’intelligence ! (Ta Ha : verset 54)
Cependant, Nous faisons descendre du ciel une eau pure,
Afin, par elle, de donner vie à une contrée morte, et d’en
donner à boire à beaucoup de bêtes et d’hommes parmi ce que
Nous avons créé.
Voilà ce que très certainement Nous avons déployé devant eux
afin qu’ils se rappellent. Mais la plupart des gens se
refusent, sauf à être mécréants. (Le discernement : versets
48, 49 et 50)
Quoi ! n’ont-ils pas vu la terre, combien de chaque noble
couple Nous y avons fait pousser ?
Voilà bien là un signe, vraiment ! La plupart d’entre eux,
cependant, ne croient pas. (Les poètes : versets 7 et 8)
Et la terre, que Nous avons étalée ! et Nous y avons lancé
des montagnes et y avons fait croître de tout couple joli !
à titre d’appel à la clairvoyance, et de rappel pour tout
esclave qui s’incline (Câf : versets 7 et 8)
Tous ces versets nobles font allusion aux richesses et
bienfaits que Dieu a octroyés à l’Homme. Il est à noter que
ces versets se terminent tous par une expression sous forme
d’avertissements à savoir :
- "si c’est Lui que vous adorez"
- "L’Homme est grand prévaricateur, vraiment, grand mécréant
!"
- "Voilà bien là un signe, pour des gens qui réfléchissent
!"
- "Peut-être seriez-vous reconnaissants ?"
- "peut-être vous guiderez-vous ?"
- "Voilà bien là un signe, pour des gens qui comprennent"
- "Peut-être serez-vous Soumis ?"
- "Voilà bien là des signes pour les doués d’intelligence!"
- "Mais la plupart des gens se refusent, sauf à être
mécréants"
- "Voilà bien là un signe, vraiment ! La plupart d’entre
eux, cependant, ne croient pas"
- "à titre d’appel à la clairvoyance, et de rappel pour tout
esclave qui s’incline"
Ces versets montrent que Dieu a offert à l’humanité tout ce
dont elle a besoin comme richesses et bienfaits. Et quand Il
termine ses versets coraniques par des avertissements, en
réalité, Il invite cette humanité à reconnaître ces
bienfaits et ces richesses en se prosternant devant Lui et
en Le louant et ce, en remplissant les missions de
succession sur terre. Parmi ces missions, figure
l’obligation de préservation de l’environnement et la
garantie de la durabilité de ses richesses.
Les avertissements par lesquels se terminent les versets
ci-dessus mentionnés constituent un appel invitant l’Homme à
être à la hauteur des bienfaits que Dieu lui a offerts. Si
les gens adorent Dieu, évitent d’être mécréants,
réfléchissent, sont reconnaissants, suivent la bonne voie,
comprennent, sont soumis, doués d’intelligence, sont
croyants et s’inclinent devant Dieu, ils se rappelleront
qu’ils ont le devoir de protéger et de conserver
l’environnement des biens duquel, ils mangent et tirent
profit.
Cependant, l’homme contemporain désire manger et tirer
profit sans remplir ses devoirs et s’acquitter de sa mission
de successeur sur terre oubliant par là que sa succession
est une responsabilité et non une autorisation pour disposer
d’une manière absolue et irrationnelle des richesses et
bienfaits.
Lorsque Dieu a offert à ses créatures les richesses de la
terre et ses bienfaits, Il leur a offert seulement le droit
à l’usufruit sachant que ce droit oblige l’usufruitier,
chaque fois qu’il a tiré profit des biens, à prendre soin de
la source de ce profit et la conserver pour lui et les
générations à venir.
Dieu dit :
Et quant à la terre, en plus de cela, Il l’a étendue : Il a
fait sortir d’elle son eau et son pâturage – Et quant aux
montagnes, Il les a ancrées – A titre d’usufruit, pour vous
et vos bestiaux. (Celles qui tirent : versets 30, 31, 32 et
33)
Que l’homme regarde sa nourriture : c’est Nous qui versons
l’eau à verse, puis Nous fendons de fentes la terre, et y
faisons pousser grains et vignobles et légumes et oliviers
et dattiers et jardins touffus et fruits et verdure en
usufruit pour vous et vos bestiaux (Il s’est renfrogné :
versets 24 à 32)
Lorsque Dieu dit : "en usufruit pour vous et vos bestiaux" ,
il s’agit du droit à l’usufruit qui est une responsabilité
de l’Homme qui a le devoir de l’assurer convenablement et la
transmettre d’une génération à une autre. Quand il est
question de transmission d’une génération à une autre, cela
ne doit pas signifier que le droit à l’usufruit concerne
exclusivement l’humanité. Bien au contraire, ce droit
concerne également les générations d’êtres vivants de tout
genre.
Dieu dit :
Nul être marchant sur la terre, nulle volaille volant de
ses ailes, qui ne soient comme vous en communautés ; - (Les
bestiaux : verset 38)
Cela signifie que tous les êtres vivants ont le droit
d’usufruit, c’est-à-dire de bénéficier des bienfaits et
richesses de la terre. Cependant, ce droit ne pourrait être
possible que si l’Homme assume la responsabilité qui lui
incombe et qui consiste à assurer la transmission de
l’usufruit à travers le temps et les générations. L’Homme
doit donc fournir davantage d’efforts pour préserver la
source de cet usufruit. Si aujourd’hui, l’homme ressent la
nécessité d’assurer la protection des ressources dont recèle
l’environnement et qui lui sont utiles, il aura exécuté les
préceptes de Dieu qui lui ont été révélés depuis sa
création.
4. Vers des principes généraux pour l’adoption d’un
développement durable à orientation islamique
D’après ce qui précède, il est clair que tous les concepts
apportés par la pensée environnementale contemporaine en vue
du changement de la vision de l’Homme vis-à-vis de
l’environnement ont été évoqués par le Saint Coran à travers
ses nombreux versets qu’il s’agisse du concept de globalité
de l’environnement, de celui d’équilibre, de limitation des
ressources, de la biodiversité, de la téléologie ou de la
protection de l’environnement.
Cela montre que Dieu a tracé à ses créatures dans Son Livre
Saint les grandes orientations et les principes essentiels
généraux qu’elles sont appelées à suivre pour organiser leur
rapport à l’environnement. Cela signifie que Dieu a tracé le
cadre général sur lequel doivent être basés les
comportements et les pratiques de l’Homme à l’intérieur de
l’environnement. Lorsqu’on dit que Dieu a précisé à ses
créatures les grandes orientations et les principes
essentiels, cela ne doit pas être compris comme un frein à
l’action de l’Homme à l’intérieur de l’environnement. Bien
au contraire, Dieu a laissé à ses créatures la liberté
d’action à condition que cette action ne dépasse pas les
limites tracées par Dieu.
Dieu dit :
Et il n’y a chose cachée, dans le ciel et la terre, qui ne
soit dans un livre évident.
Oui, le Coran raconte aux enfants d’Israël la plupart de ce
en quoi ils divergent,
cependant, qu’il est pour les croyants, certes oui, guidée
et miséricorde (Les fourmis : versets 75, 76 et 77)
Le saint Coran n’est pas un livre d’écologie mais il
constitue la première et dernière source sur laquelle cette
science doit être basée. La preuve est que tous les concepts
auxquels sont parvenus les penseurs environnementalistes
sont évoqués par le Saint Coran. Cela prouve que le Livre
Saint est la meilleure source sur laquelle il faut s’appuyer
pour élaborer les bases d’un développement durable. Il
suffit de bien méditer les versets déjà mentionnés. Ces
versets ont fait allusion à toutes les questions
environnementales qui préoccupent actuellement la communauté
humaine et les penseurs contemporains. Ainsi, chaque concept
qui a été expliqué à travers le Saint Coran lui correspond
un principe essentiel général. Au concept de globalité de
l’environnement correspond le principe d’unité de l’univers.
Au concept d’équilibre correspond le principe de balance. Au
concept de limitation des ressources correspond le principe
de mesure. Au concept de biodiversité correspond le principe
de diversité de la création. Au concept de téléologie
correspond le principe de prosternation. Au concept de
protection de l’environnement correspond le principe de
garde de la terre.
Ce sont là les six principes qui ont été déduits du Coran et
qui peuvent servir de base à un développement durable à
orientation islamique. Ce qui est voulu par développement
durable à orientation islamique ne doit pas signifier que
l’Islam a son propre développement durable ou qu’il refuse
le concept de développement durable tel qu’il a été défini
par la communauté internationale. Ce qui est recherché,
c’est la contribution de l’Islam d’une manière efficace à la
promotion de ce concept et permettre son adéquation avec les
apports de la science écologique ainsi qu’avec les actions
visant à changer la conception de l’environnement chez
l’homme et améliorer ses comportements à son égard.
4.1. Le premier principe général : l’unité de l’univers
Comme cela a été signalé, de nombreux versets du Coran font
allusion à l’unité de l’univers. Cela signifie que cet
univers est un prolongement de Dieu Unique, c’est-à-dire que
ses éléments sont interdépendantes. L’Homme qui est une
créature de Dieu ne peut être exclu de cette unité. Lorsque
Dieu fait allusion à la création, Il le fait à travers les
cieux, la terre et ce qui est entre les deux. Cela signifie
que la création est une unité à part entière et harmonieuse
qui œuvre selon un processus équilibré. Dieu dit :
Nous n’avons créé les cieux et la terre et ce qui est entre
les deux qu’avec vérité et pour un terme dénommé. (Al-Ahcâf
; verset 3)
L’adoption du concept de globalité de l’environnement
constitue actuellement un but essentiel auquel souhaite
parvenir la pensée scientifique en général et la pensée
écologique en particulier. A ce propos, il y a lieu de
signaler que le concept de développement durable n’a pas de
sens s’il n’est pas associé en pratique au concept de
globalité de la connaissance. Cette globalité est un
principe sur lequel se base le concept de développement
durable tel qu’il est défini aujourd’hui. Ce qui est
recherché par la globalité de la connaissance c’est sa
complémentarité afin qu’apparaisse à travers elle l’unité de
l’environnement et les relations entre ses composantes. Pour
que la connaissance environnementale puisse être globale, la
conférence de Tbilissi puis par la suite d’autres
conférences ont recommandé que cette connaissance soit
approchée de trois manières différentes à savoir :
- Les disciplines scientifiques restent indépendantes et
offrent, chacune, des connaissances pour élaborer une
conception globale sur l’environnement, c’est ce qu’on
appelle la Multidisciplinarité.
- Les disciplines scientifiques demeurent indépendantes tout
en entretenant des liens assurant la complémentarité de ces
différentes disciplines et élaborer ainsi une conception
globale sur l’environnement. C’est ce qu’on appelle
l’Interdisciplinarité.
- Les frontières séparant les différentes disciplines se
démantèlent pour réaliser l’unité du savoir, c-a-d, ce qu’on
appelle la science environnementale et non les sciences
environnemantales comme c’est le cas actuellement. Cette
tendance est connue sous le nom de Transdisciplinarité.
Si la première approche est en fait appliquée, la deuxième
est par contre difficilement applicable vu les barrières qui
existent entre les disciplines scientifiques. Quant à la
troisième approche, il s'avère inapplicable étant donné que
le raisonnement scientifique contemporain est basé
principalement sur la conception de la réalité comme unités
indépendantes, alors qu’il faut concevoir l’environnement en
tant qu’ensemble homogène et indivisible.
Il convient de noter que l’unité du savoir adoptée par les
penseurs contemporains en matière d’environnement est déjà
citée dans le Saint Coran et dans le Hadith. En effet, le
terme “savoir” est employé dans le Coran et dans la Sunna au
singulier et jamais au pluriel.
Dans le même ordre d’idée, si le Saint Coran aborde l’unité
de l’univers c-à-d le caractère globale de l’environnement,
il a également fait allusion à l’unité du savoir, ce qui
veut dire que l’idée de transdisciplinarité mise en avant
par les penseurs contemporains en matière d'environnement a
déjà été citée dans le Coran.
Le choix du principe de “l’unité de l’univers” comme premier
principe du développement global selon l’optique de l’islam
impose à l’être humain de concevoir l’environnement comme
unité homogène. Et même s’il adopte une approche de
répartition dans le processus de découverte de
l’environnement, son comportement doit être en harmonie avec
le principe de globalité et basé sur le respect de
l’environnement.
4.2. Le deuxième principe général : La Balance
On entend par Balance l’état d’équilibre qui marque les
rapports entre les différentes composantes de l’univers leur
permettant d’interagir dans un contexte de relations
équilibrées. La Balance suppose ainsi de se garder de l’abus
et du gaspillage dans notre comportement vis-à-vis de
l’environnement. Nous avons déjà indiqué que la vie est
tributaire de l’équilibre qui régit l’écosystème. En effet,
l’Homme en passant sur l’unité de l’univers, son instinct et
la mission de successeur dont il est investi, perturbe
l’ordre établi par Dieu en tant que garantie de la vie dans
l’univers. La Balance ne doit pas être entendue dans son
acception matérielle seulement, mais aussi tout comportement
de l’Homme vis-à-vis de l’environnement doit être empreint
de justesse et en harmonie avec l’environnement. Le
Tout-Puissant dit à ce propos :
“C’est Dieu qui a fait descendre l’Écrit avec la Vérité,
fait descendre la balance” (La Concertation, verset 17)
4.3. Le troisième principe général : La Mesure
Dieu Dit “Quant à nous, toute chose Nous avons créée à la
mesure” (La Lune, verset 49)
Le Tout Puissant quand il a créé les différents éléments de
la nature, il a veillé à ce que ces éléments soient
équilibrés et homogènes de point de vue qualitatif et
quantitatif. Cela suppose que les composantes de
l’environnement se présentent sous différentes formes et à
des quantités variantes. A titre d’exemple, on observe la
présence dans la mer de différentes formes de vie qu’on ne
peut observer à l’oeil nu. Ces éléments doivent leur
existence à l’homogénéité et l’équilibre qui régissent leur
relation. Ainsi, la quantité et la qualité sont deux
éléments qui revêtent une importance capitale dans le
maintien de cet équilibre. Si l’eau de mer contient de
grandes quantités de phytoplancton, c’est parce que ce
dernier constitue le principal aliment pour divers êtres
vivants visibles et invisibles qui servent également
d’aliment pour d’autres êtres vivants et ainsi de suite. De
plus, le phytoplancton est la première source d’oxygène
après les espaces verts terrestres.
La différence de quantité entre les composantes de
l’environnement joue un rôle primordial dans la préservation
de son équilibre. D’ailleurs, Dieu dit : "Toute chose trouve
en Lui sa mesure" ("Tonnerre”, verset 8). La création des
choses ne relèvent donc pas de l’absurde et la quantité des
éléments dans la nature revêt une importance capitale dans
leur cohésion et homogénéité.
4.4. le quatrième principe général : Diversité de la
création
Comme nous l’avons déjà signalé, à mesure que les formes de
vie varient, les écosystèmes acquièrent une grande capacité
de résistance aux changements qui y s’opèrent, soit de
manière naturelle ou suite à l’intervention de l’Homme. En
d’autres termes, ces écosystèmes utilisent la diversité de
la création comme moyen pour préserver leur état et
équilibre naturels. Le principe de quantité est donc
indissociable du principe de diversité de la création.
La diversité de la création offre de grandes opportunités
pour réaliser un équilibre écologique durable. Ces
opportunités sont tantôt manifestes tantôt latentes dans
l'univers. Dieu dit : "Gloire à la transcendance de Celui
qui a tout apparié dans Sa création : leur personne, et ce
qui pousse sur la terre, et ce qui leur reste inconnu !" (Yâsîn,
verset 36)
4.5. le cinquième principe général : la Surveillance de la
terre
Au lieu de se proclamer maître de la Terre, l’Homme doit
garder à l’esprit que Dieu a fait de lui Son successeur sur
terre pour la surveiller. En effet, Dieu a élu l’Homme parmi
les autres créatures et l’a muni de la raison, de
l’intelligence et de l’instinct pour mener à bien sa tâche.
De plus, l’Homme se doit d’utiliser son savoir pour
accomplir la mission de successeur dont il est investi et
garantir le droit à tirer profit des ressources de la terre
pour lui et pour les générations à venir. L’Homme est aussi
tenu de surveiller la terre comme Dieu le lui a ordonné.
Dieu dit: "Et puis Nous fûmes de vous après eux leurs
successeurs sur la terre, afin de voir comment vous
agiriez" ("Jonas”, verset 14)
4.6. Le sixième principe général : L’exaltation
Nous avons déjà signalé que Dieu avait investi ses créatures
de missions déterminées. Et lorsque l’être s’applique à
accomplir ses tâches, il en tire profit et, de ce fait, rend
service aux autres créatures d’une part et obéit à son
Créateur d’autre part. Dieu dit : "Nous n’avons pas créé le
ciel et la terre non plus que leur entre-deux, par jeu"
("Les Prophètes”, verset 16).
L’Homme doit être conscient de cette vérité et être parmi
ceux qui exaltent Dieu en accomplissant parfaitement sa
mission de successeur. L’exaltation étant l’obéissance à
Dieu, c-à-d l’application de Ses Commandements, cela
implique de la part de l’Homme une intervention dans
l’environnement sans gaspillage ni abus.
En somme, ces six principes généraux sont interdépendants.
L’observance par l’Homme de ces principes dans ses
comportements vis-à-vis de l’environnement est la voie qui
mène au développement durable en vue de réaliser le
peuplement de la terre et le bien être de l’humanité.
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