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Étude sur le développement durable du point de vue des valeurs islamiques
et des spécificités du Monde islamique

 

Introduction

Depuis que l’Homme a découvert l’importance du feu, de l’agriculture et de certaines ressources naturelles comme les minerais et depuis qu’il a appris à domestiquer et à élever les animaux, ses relations avec l’environnement ont connu une nette évolution. Du stade d’utilisateur des ressources naturelles à l’état brut, il est passé à celui de transformateur de ces ressources moyennant une consommation d’énergie qu’il prélève de l’environnement.

Lorsque l’Homme est entré dans l’ère industrielle, ses pressions sur l’environnement ont pris de l’ampleur du fait de l’exploitation effrénée des ressources naturelles et en particulier des ressources énergétiques.

La nature étant au départ au stade primitif, l’homme n’a cessé depuis son existence d’agir sur son environnement devenu par la suite un environnement né de la propre invention de l’homme. En effet, celui-ci puise sans relâche dans les ressources dont la terre recèle pour subvenir à ses besoins en énergie et habitat et y jette ses déchets domestiques et industriels. En d’autres termes, l’homme pollue l’environnement.

Depuis, l’impact de l’Homme sur l’environnement a pris des dimensions considérables et a engendré de nombreux problèmes dont l’ampleur et l’impact varient selon le degré de développement et d’évolution auxquels sont parvenus les nations.

Il va sans dire que la majorité de ces problèmes a pour origine la mauvaise gestion de l’environnement. Par ailleurs, ces mêmes problèmes n’ont plus comme par le passé un caractère local limité. Bien au contraire, ils ont pris de l’ampleur pour devenir une préoccupation régionale et mondiale. Autrement dit, les problèmes de l’environnement concernent actuellement non seulement un nombre limité de pays mais également toute la communauté internationale vu leur impact négatif sur les différentes formes de vie. Si les nations ont des frontières, les problèmes résultant de l’agression de l’environnement par l’Homme franchissent ces frontières et peuvent, d’une manière ou d’une autre, affecter toutes les régions de la terre. A ce propos, il y a lieu de signaler à titre d’exemple les problèmes engendrés par la pollution des rivières et des cours d’eau communs à plusieurs pays sachant que les effets de cette pollution peuvent affecter une partie de ces pays ou leur totalité.

Si les pays ont des frontières, l’atmosphère surplombe tous les continents et, par conséquent, si son équilibre est perturbé, cette perturbation se répand sur une grande échelle ignorant l’existence de ces frontières. L’Homme a introduit de grands changements rapides dans les écosystèmes qu’il a envahis par ses villes et ses différentes industries, chose qui a conduit à la surexploitation des ressources naturelles et à la destruction des milieux propices à la vie.

En résumé, le monde vit actuellement sous la pression de grands problèmes environnementaux à caractère universel avec à leur tête les changements climatiques engendrés par le phénomène d’effet de serre lui-même engendré par l’accumulation du gaz carbonique dans l’atmosphère produit par les différentes activités humaines, industrielles et sociales.

Il n’est pas à démontrer que les problèmes de l’environnement ont un coût et, chaque fois que ces problèmes prennent de l’ampleur, ce coût devient considérable et engendre des effets négatifs sur le développement économique et social des pays touchés. Il n’y a pas de doute que les pays en développement sont les plus sensibles aux effets de ces problèmes sachant  qu’ils n’ont pas suffisamment de moyens pour y faire face, que ce soit sur le plan de la prévention ou sur celui de la lutte.

Vu son appartenance à la communauté des pays en développement, le monde islamique doit plus que jamais faire face aux grands défis que lui impose la nécessité de concilier le développement avec l’environnement.

1. Environnement et développement et le monde islamique - situation actuelle et défis

1.1. Le concept d’environnement

L’acception du concept environnement a connu une évolution parallèle au progrès de l’Homme et à la multiplication des activités qu’il exerce sur terre.

Sur le plan historique, cette acception a connu une évolution à la mesure de la complexité des relations que l’Homme entretient avec le milieu dans lequel il vit. Ainsi, l’environnement tel qu’il est perçu par l’Homme dont la vie était basée essentiellement sur la cueillette des fruits et sur la chasse n’a pas la même importance et la même signification que celle que lui donne l’Homme qui a découvert le feu, l’agriculture et les métaux ou l’Homme pour qui la technologie constitue le principal moteur de la vie quotidienne. L’environnement est devenu le reflet du niveau social, économique, culturel, scientifique et technologique auquel sont parvenues les nations.

Bref, si avant les conférences de Stockholm et Tbilissi, l’environnement était défini comme l’ensemble des composantes physiques, des composantes vivantes et des relations qui les unissent, le même concept a connu une nette évolution suite aux gigantesques changements que l’Homme a introduits dans les équilibres écologiques. Autrement dit, l’environnement ne peut être conçu en dehors des pressions qu’il subit de la part de l’Homme comme il ne peut être défini sur la base des simples bénéfices que ce dernier tire des ressources naturelles.

Si cette vision devait être qualifiée, le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle est anthropocentrique, c’est-à-dire égoïste plaçant l’Homme dans une position de maître dominant et l’environnement dans une position de dominé.

En effet, le concept d’environnement n’a pas de sens s’il est privé de l’une de ses dimensions essentielles, à savoir la dimension humaine qui est d’ordre social, économique, culturel, technologique, éthique, religieux, esthétique, etc.

Compte tenu de son intelligence et de son aspiration continue à des niveaux de vie de plus en plus satisfaisants et surtout sur le plan matériel, l’exploitation de l’environnement par l’Homme et les modifications qu’il a apportées à ses composantes sont dépourvues de toute vision prospective lui permettant de prévenir les problèmes et de penser à leurs solutions.

Le concept d’environnement doit être perçu sous un angle où l’environnement est considéré comme un tout global indissociable et où chaque composante vivante, matérielle ou humaine interagit avec les autres et joue un rôle primordial dans l’équilibre de ce tout et surtout dans la compréhension des problèmes environnementaux. Lorsqu’il est question de la dimension humaine, il s’agit des pratiques et des activités que l’Homme exerce à l’intérieur de l’environnement à des fins de développement. La nature de ces pratiques et de ces activités et leur compatibilité avec l’environnement sont des facteurs essentiels dans la mesure où soit elles conduisent à la destruction de ce dernier soit à sa préservation et à la gestion rationnelle de ses ressources. Autrement dit, l’intégrité de l’environnement et la pérennité de son équilibre dépendent largement de la capacité de l’Homme à concilier entre la nécessité de protéger cet environnement et l’inévitable durabilité du développement.

1.2. Le concept de développement

Sur le plan purement linguistique, "développement" signifie essor, expansion, accroissement et prospérité. Cela dénote une nuance de changement positif, d’évolution et de progrès. Autrement dit, se développer pour une population ou un pays donnés revient à dire aspirer à une situation et tendre vers un lendemain meilleurs économiquement, socialement et culturellement.

Sur le plan social, "se développer" signifie arriver à satisfaire les besoins élémentaires des populations humaines et, par la suite, relever continuellement leur niveau. Le développement social vise donc le bien-être des individus et l’amélioration de la qualité de leur vie qui se concrétisent à travers un habitat salubre, une bonne alimentation, une disponibilité de biens de consommation et de services tels que l’énergie, l’eau, l’habillement, l’éducation, le travail, etc.

Sur le plan culturel, "se développer" signifie améliorer et relever le niveau intellectuel des populations par le biais de la généralisation de l’enseignement de masse, la lutte contre l’analphabétisme et la promotion des arts, des moyens d’information et de communication.

D’une manière générale, "se développer" signifie tout simplement accéder continuellement à un niveau de vie meilleur matériellement et moralement. Cela signifie que le développement ne peut être qu’un processus dynamique dont le mouvement mène d’un état jugé non satisfaisant à un état ultérieur répondant mieux aux besoins et aspirations de l’individu et de la collectivité. Non seulement il est dynamique mais il est aussi quantitatif et qualitatif car la satisfaction des besoins matériels constitue en principe un tremplin pour le bien-être sur le plan moral. Le développement a donc pour but ultime l’épanouissement de la personne, qui, à son tour, donne lieu au progrès de la société.

Cependant, la réalisation des objectifs du développement est tributaire des ressources de l’environnement de telle sorte que le premier est irréalisable sans le second. Cela signifie que la relation entre les deux est très forte et que le maintien de son équilibre nécessite de la part de l’Homme rationalité et perspicacité dans les pratiques et les comportements.

1.3. La relation environnement-développement

Quels que soient la nature, l’orientation et le but du développement et quelle que soit la région ou`il s’opère, ce développement ne peut devenir une réalité que grâce aux ressources de l’environnement. Autrement dit, l’Homme qui veut "se développer" s’érige en mobilisateur de ces ressources et crée ainsi un système de relations entre l’environnement et le développement.

Il ressort de tout cela que le développement en général et le développement économique et social en particulier dépendent des ressources naturelles de l’environnement. Ainsi, la relation environnement –développement est évidente, mais il reste à savoir dans quel sens l’Homme l’oriente pour satisfaire ses aspirations à ce développement.

A cet effet, nul n’a besoin de démontrer que la relation qui lie le développement à l’environnement est dans la plupart des cas unilatérale, c’est-à-dire qu’elle fonctionne dans le sens "environnement-homme" de telle sorte que le premier "fournit" et "met à la disposition" alors que le second "prend, prélève, exploite, transforme et bouleverse". Le sens inverse est peu observé et, par conséquent, on assiste à un développement qui devient à plus ou moins long terme destructeur voire à effets irréversibles.

En d’autres termes, l’harmonie qui régnait entre les sociétés primitives et l’écosystème dans lequel elles vivaient n’est plus qu’un fait historique. A ce propos, il est bon de noter que ces anciennes sociétés parvenaient facilement à l’autosuffisance, âprement et vainement recherchée par beaucoup de nations contemporaines, et ce, en comptant uniquement sur les composantes naturelles de leur écosystème à savoir la pluie et la lumière. Aujourd’hui de telles sociétés ou bien elles ont disparu ou bien quand elles existent, elles ont tendance à oublier ou sont en train d’oublier les connaissances et les habiletés qui leur permettaient autrefois de se perpétuer et de survivre.

L’Homme moderne, depuis la révolution industrielle, n’a cessé de porter atteinte à cette harmonie tant sacrée par ses prédécesseurs car, pour lui, le développement devient souvent synonyme de consommation et croissance illimitées. La course au profit immédiat et surtout l’égoïsme lui font oublier qu’une bonne part de cette croissance et de cette consommation se fait aux dépens des équilibres environnementaux compromettant ainsi la capacité naturelle des écosystèmes à subvenir aux besoins de l’Homme lui-même et à ceux des autres espèces vivantes.

La relation "environnement-développement" devrait être, pour la sauvegarde du premier et la durabilité du second, réciproque. Cette réciprocité devrait se concrétiser à travers la conciliation des objectifs du développement avec les impératifs de la protection de l’environnement. Cela revient à dire que l’Homme devrait revoir les modes de développement qu’il a adoptés jusqu’à maintenant et qui sont souvent incompatibles avec les équilibres écologiques de la planète. Il est aujourd’hui bien clair que l’environnement fait face au développement.

1.4. Environnement et développement dans le monde islamique : situation actuelle

1.4.1. Effets de la pauvreté et de l’analphabétisme sur l’environnement et le développement

Si le développement a contribué d’une manière irréfutable à améliorer les conditions  de vie des populations, il ne faut pas oublier qu’à plus ou moins long terme, il porte atteinte à l’environnement. Les exemples sont là, nombreux, pour le démontrer. Ainsi, si l’excès de consommation constitue l’un des facteurs de destruction de l’environnement et de gaspillage de ses ressources dans les pays du nord, la pauvreté et l’analphabétisme contribuent à leur tour à cette destruction dans les pays en développement.

Vu leur appartenance au monde en développement, les pays musulmans se rangent dans la deuxième catégorie et, par conséquent, leur environnement est soumis aux effets de la pauvreté et de l’analphabétisme.

En effet, le développement dans les pays musulmans est très lent et, de ce fait, son impact sur les populations humaines est très limité dans le temps et dans l’espace de telle sorte qu’il ne permet même pas la satisfaction des besoins les plus élémentaires et surtout en matière de nourriture et d’énergie.

Devant cette situation, les populations humaines et surtout en milieu rural se rabattent sur l’environnement naturel pour essayer de subvenir à ces besoins. Cependant, les activités exercées par ces populations sont souvent inappropriées et incompatibles avec les équilibres environnementaux et, par conséquent, finissent par détruire l’environnement par :

-        les feux de brousse

-        le défrichement

-        la déforestation

-        le surpâturage

-        l’érosion

-        la désertification

-      l’épuisement des sols par la monoculture et l’exploitation des terres marginales, etc.

Ces problèmes sont aggravés par les mauvaises conditions climatiques et par le fait que certains pays en développement ont choisi des modèles d’industrialisation qui ont fait leur preuve d’échec ailleurs. Alors, aux problèmes déjà existants s’ajoutent quelques uns parmi ceux que connaissent les pays du nord. L’environnement subit alors la pression des populations humaines mais aussi celles dues à des processus de développement  qui reproduisent fidèlement les erreurs commises il y a plusieurs années par les nations industrialisées. Et comme la destruction de l’environnement a un rapport étroit avec le phénomène démographique, c’est de surcroît, dans ces pays, que l’on enregistre les plus forts taux d’accroissement de la population.

1.4.2. Environnement et développement face à la surexploitation des ressources

La destruction de l’environnement dans les pays en développement n’est pas le fait des seules populations de ces derniers. Le développement excessif et les modes de vie qui en découlent dans les pays industrialisés portent également atteinte à l’environnement dans les pays musulmans. A titre d’exemple, si les forêts équatoriales se trouvent dans quelques pays musulmans, une grande partie  de la responsabilité de leur destruction doit être supportée par les pays industrialisés sachant que ces derniers sont à l’origine de la disparition de ces forêts d’au moins 25 millions d’hectares par an pour satisfaire leurs besoins dus à des modes de vie basés sur l’abondance, la pléthore et le gaspillage.

Croyant par de telles actions rendre service à leur économie nationale, les pays musulmans ne font que compromettre et user leur patrimoine naturel très indispensable pour la survie des générations présentes et futures. La réalité est là pour le prouver puisque la balance commerciale de ces pays est très souvent déficitaire et les devises rapportées par leurs exportations sont masquées par leur besoins accrus en produits finis et par leur dette excessive.

L’environnement dans les pays musulmans, en définitive, n’est pas seulement victime du comportement fatal des populations autochtones mais il l’est aussi indirectement par le biais d’un développement incontrôlé, voulu et adopté par les nations riches avides de matières premières que seuls peuvent fournir les pays en développement y compris les pays musulmans.

Autrement dit, l’environnement dans les pays musulmans est au total victime du sous-développement in situ et du développement à distance. In situ, ce sont la pauvreté, l’ignorance, les mauvaises conditions économiques et l’explosion démographique qui en sont les principaux ennemis. A distance, c’est l’hégémonie économique des pays riches, qui, très souvent, dicte insidieusement aux pays pauvres la manière d’exploiter leur environnement.

1.4.3. Marginalisation de l’environnement

Les populations des pays musulmans sont souvent victimes de préjugés laissant entendre que l’environnement n’a pas de problèmes ou presque et qu’il est inutile de s’en préoccuper actuellement. Ces préjugés qui sont, évidemment, non fondés, constituent un danger dans la mesure où ils font l’objet d’une crédibilité qui finit par favoriser un état d’indifférence qui est préjudiciable à l’environnement et conduira tôt ou tard sa marginalisation. Si ces préjugés accaparent la crédibilité d’une partie non négligeable de la population, cela n’est pas dû au simple hasard. Son effet sur les individus peut être expliqué partiellement à travers les facteurs suivants :

- le niveau d’instruction dans les pays musulmans où le taux d’analphabétisme dépasse dans certains cas la barre de 50%,

- même chez l’autre partie instruite de la population, le concept d’environnement reste souvent imprécis et, dans plusieurs cas, confondu avec la notion de pollution, de propreté et de plantation d’arbres,

- les causes des problèmes de l’environnement sont souvent attribuées au seul développement économique et industriel sachant que le sous-développement, comme cela a été signalé, a un impact sur l’environnement dans les pays musulmans,

- pour la population analphabète, la notion de "problème environnemental" ne signifie absolument rien et, de ce fait,  toute atteinte à la vie quotidienne, au lieu d’être perçue comme le résultat d’une mauvaise gestion de l’environnement, elle est attribuée à la fatalité,

- certains problèmes de l’environnement ne manifestent leurs effets nuisibles qu’après l’écoulement d’une grande durée, chose qui pousse certains individus à refuser tous les appels visant la protection de l’environnement. Bien plus, ils mettent ces appels sur le compte de l’alarmisme et de l’inflation des événements,

- l’absence de normes environnementales dans beaucoup de pays musulmans et l’absence de leur contrôle quand elles existent, constituent un facteur d’amplification de l’indifférence que nourrissent beaucoup d’individus à l’égard de l’environnement,

- l’absence d’une législation globale participe, elle aussi, au maintien de cette indifférence et, même quand cette législation existe, elle est souvent dépassée et désuète et ne répond pas à la situation actuelle et à l’évolution des pays musulmans sur les plans économique et social.

1.5. Environnement et développement dans le monde islamique : les défis

Si les pays musulmans ont à relever de grands défis sur le plan intérieur pour combattre la pauvreté et l’analphabétisme, ils sont appelés à relever d’autres défis non moins importants. Ces défis consistent premièrement à hausser le niveau du développement humain en vue de l’amélioration de la qualité de la vie des populations. Deuxièmement, il faut faire face aux grands problèmes environnementaux à caractère universel comme les changements climatiques et la régression de la diversité biologique. Troisièmement, se préparer à faire face à la mondialisation qui nécessite la libéralisation de l’économie et le démantèlement des barrières douanières.

1.5.1. Le développement humain

Le développement économique et social n’a pas encore atteint dans les pays musulmans la masse critique en mesure d’assurer aux populations de ces pays des conditions de vie convenables leur permettant de participer efficacement à la réalisation de ce développement.

Ces pays doivent redoubler d’efforts pour assurer à leur population des services sociaux en matière d’alimentation, d’approvisionnement en eau et en énergie, d’habitat, de santé, d’éducation, d’emplois, etc. Ils doivent également renforcer leurs infrastructures et leurs établissements économiques en vue de répondre aux aspirations des populations et d’améliorer leur position au sein des nations en développement et développées.

Quelque soient ces besoins, ils ne peuvent être satisfaits qu’à travers l’exploitation des ressources naturelles, chose qui ne manquera pas d’amplifier les pressions exercées sur l’environnement et, par conséquent, augmenter l’acuité de ses problèmes.

1.5.2. Les grands problèmes de l’environnement

Comme cela a été signalé, les problèmes de l’environnement n’ont pas de frontières, chose qui signifie que ces problèmes ou une partie de ces problèmes ont, sans exception, directement ou indirectement, des effets sur tous les pays. Parmi les problèmes qui ont le plus d’impact sur l’environnement et le développement, il y a lieu de citer les changements climatiques, la régression de la biodiversité et la désertification. En témoigne l’initiative prise par l’organisation des Nations Unies pour élaborer des conventions internationales sur ces problèmes et l’invitation des pays membres à leur ratification et à leur mise en application.

S’agissant des changements climatiques, ce sont les pays industrialisés qui endossent une bonne partie de la responsabilité d’apparition de ces changements du fait des émanations de leurs gigantesques industries qui perturbent l’équilibre de l’atmosphère, provoquant ainsi une augmentation de la température du globe terrestre. Il va sans dire que ce sont les pays en développement y compris les pays musulmans, et en particulier africains, qui seront les plus sensibles aux effets des changements climatiques du fait qu’ils ne possèdent pas les moyens qui leur permettent de prévenir ou de lutter contre ces effets. A ce propos, il faut signaler que l’un des plus grands effets dus aux changements climatiques est celui qui est à l’origine du déséquilibre des cycles de l’eau, qui, à son tour, est à l’origine de la raréfaction de l’eau potable et de l’eau destinée aux usages industriel, agricole et en général aux activités économiques.

Par ailleurs, les pays musulmans font partie des pays où les populations, l’environnement et l’économie souffrent le plus des effets de la régression de la biodiversité et de la désertification. La biodiversité, en plus d’être un facteur déterminant pour la continuité des équilibres écologiques, constitue également un facteur important pour la dynamisation du développement économique et social. En témoigne la régression des richesses halieutiques et forestières.

Il en est de même pour la désertification qui exclue de l’exploitation des terres immenses qui auraient pu être utilisées à des fins de développement dans les domaines de l’agriculture, du tourisme et des infrastructures.

Malgré tous ces inconvénients, et compte tenu de la faiblesse de leur économie et de leur appartenance à la communauté internationale, les pays musulmans doivent adhérer à ces conventions haussant par là le niveau des défis auxquels ils doivent faire face relativement à la bonne gestion de l’environnement et à la conciliation entre ce dernier et le développement.

1.5.3. La mondialisation de l’économie

En plus de la libéralisation de l’économie et le démantèlement des barrières douanières, la mondialisation aura un effet au niveau environnemental pour tous les pays. Cet effet consiste dans le respect des normes de qualité lors de la fabrication des produits industriels destinés à l’exportation.

Parmi les normes que les pays seront obligés de respecter lors des échanges commerciaux, il y a lieu de citer celles qui ont une relation avec l’environnement. Cela signifie que tout produit devant être exporté doit répondre à certaines spécifications montrant qu’il a été fabriqué selon des procédés prenant en ligne de compte la qualité du produit lui-même et celle de l’environnement.

Cette situation n’est possible que si les pays musulmans disposent de technologies récentes qui respectent l’environnement. C’est ce qui est actuellement connu sous le nom de technologies propres dont l’acquisition nécessite de grands investissements.

2. Le monde islamique et les perspectives d’avenir : le développement durable

Devant ces grands défis auxquels fait face ou fera face le monde islamique en matière d’harmonisation entre l’environnement et le développement, il est souhaitable que ce dernier adhère au courant international dont les premières tentatives d’émergence datent de 1987 juste après la publication du rapport  de la Commission mondiale sur l’environnement et le développement. Cette notion a été renforcée après la tenue de la Conférence de Rio en 1992 (Premier sommet de la terre), qui a recommandé à la communauté internationale l’adoption du concept de développement durable qui nécessite une remise en cause des processus actuels de développement illimité sur lesquels est basée l’économie contemporaine et qui sont à l’origine de la destruction de l’environnement et des bases de la vie.

Lorsqu’il est question du développement durable, il s’agit d’envisager la relation de l’Homme avec l’environnement dans la perspective de satisfaire en même temps les besoins des générations présentes et futures tout en assurant la protection et la pérennité des sources de la vie et des ressources naturelles. Autrement dit, le développement durable a pour but la garantie de la qualité de la vie sans provoquer des dommages à l’environnement naturel et construit.

Partant de ces considérations, le développement durable nécessite la remise en cause non seulement du concept d’environnement mais également du concept de développement qui, comme cela a été signalé, est défini comme un tout indissociable nécessitant un changement au niveau de la nature des relations que l’Homme entretient avec l’environnement et ses ressources.

Ce changement constitue un défi car, avant d’être un changement des pratiques et des comportements, il est en premier lieu un changement au niveau de la pensée, des attitudes et des valeurs.

Le monde musulman est appelé à relever ce défi car il s’agit de la remise en cause d’un système de valeurs sur lequel beaucoup de sociétés ont bâti le modèle de leur vie, de leur développement, leur production et leur consommation. En d’autres termes, le développement durable nécessite le rejet d’un système social et culturel tout entier sachant que ce rejet n’est réalisable que si le citoyen musulman prenne l’initiative de reconsidérer les relations qu’il entretient avec l’environnement.

Le concept de développement durable est porteur de toute une philosophie dont le principal objectif est de combler le gouffre qui ne cesse de s’élargir entre l’Homme et l’environnement.

La société musulmane est bien placée et bien outillée pour mener à bien cette révolution intellectuelle, comportementale et de conscience. Elle possède suffisamment de principes et de valeurs pour s’acquitter de cette mission suprême.

En effet, la religion musulmane donne une grande importance à l’environnement, à ses ressources, à leur exploitation, aux équilibres écologiques, à la biodiversité, etc. en particulier à travers de nombreux versets du Saint Coran. A ce propos, il est à noter que ce dernier fait allusion, d’une manière ou d’une autre, à travers ses versets, à la plupart des principaux concepts environnementaux contemporains tels que :

-        le concept de globalité de l’environnement,

-        le concept d’équilibre,

-        le concept de limitation des ressources,

-        le concept de diversité de la vie,

-        le concept de téléologie,

-        le concept de protection de l’environnement, etc.

3. Les préceptes de l’islam et les questions  environnementales contemporaines

3.1. Le concept de globalité de l’environnement

Ce concept a vu le jour durant les années soixante en même temps que le concept d’environnement. Il est une conséquence de la crise environnementale qu’a connu et que connaît le monde contemporain où l’environnement est considéré comme un ensemble de composantes destinées à la satisfaction pure et simple des besoins de l’Homme.

Lorsqu’il est question de la globalité de l’environnement, il s’agit d’une conception qui fait de l’environnement une unité ou un tout dont les composantes sont intimement interdépendantes selon un système de relations mutuelles où la survie de chaque être vivant ou non vivant est tributaire des autres composantes. En d’autres termes, la globalité de l’environnement signifie que le tout tire son existence des parties alors que les parties tirent leur existence du tout.

D’un point de vue théorique, le concept de globalité de l’environnement est aujourd’hui largement utilisé dans les milieux scientifiques et écologiques. A ce propos, il est à noter que les propositions qui ont été avancées par les philosophes environnementalistes pour formuler une nouvelle vision de l’environnement sont toutes basées sur ce concept.

Ainsi, si ce concept est nouveau pour l’Homme, cette nouveauté ne concerne que l’Homme lui-même. Le Saint Coran a fait allusion à ce concept plusieurs fois dans de nombreux versets où est évoquée l’unité de l’univers qui, elle-même, est constamment illustrée par les grandes composantes de l’environnement à savoir la terre, le ciel et l’eau qui, selon la science écologique contemporaine, sont considérés comme de vastes écosystèmes constituant ce qu’il est convenu d’appeler l’écosphère.

Par ailleurs, de nombreux versets du Saint Coran établissent un lien entre la terre et le ciel alors que d’autres font allusion à l’espace qui les sépare. Il s’agit là d’indications qui montrent que le concept de globalité est bien véhiculé par le Saint Coran, chose à laquelle est parvenue récemment la science en considérant la planète terre et l’atmosphère qui l’entoure comme un gigantesque écosystème à part entière et indissociable. A ce propos, il est à noter que certains scientifiques et notamment des écologistes sont allés jusqu’à comparer le globe terrestre et son atmosphère à un être vivant pour faire ressortir l’importance des interdépendances et interactions existant entre les différentes composantes de l’environnement.

Les versets du Saint Coran qui font allusion, d’une manière ou d’une autre, au concept de globalité de l’environnement sont nombreux. Parmi ces versets, il y a lieu de citer ceux qui établissent une relation entre la terre et le ciel et parfois entre ces deux composantes et l’eau.

Dieu adit :

Celui-là qui vous a fait la terre comme un lit et le ciel comme une tente ; et qui du ciel a fait descendre de l’eau ; puis par elle Il a fait sortir des fruits, votre portion.  (La vache : verset 22)

C’est Lui qui a créé pour vous tout ce qui est sur la terre. Puis Il s’est établi vers le ciel, et il en arrangé sept cieux. Et Il connaît toute chose.  (La vache : verset 29)

Inventeur des cieux et de la terre, lorsqu’Il décide une chose, Il dit : Sois, et c’est !  (La vache : verset 117)

Oui, dans la création des cieux et de la terre, et dans l’alternance de la nuit et du jour, et dans le navire qui vogue en mer chargé de profits pour les gens, et dans l’eau que Dieu fait descendre du ciel, par quoi Il rend la vie à la terre une fois morte et y répand des bêtes de toutes espèces, et dans la variation des vents, et dans le nuage contraint de rester entre ciel et terre, il y a des signes, certes, pour un peuple d’intelligents.  (La vache : verset 164)

Son repose-pied est plus vaste que les cieux et la terre, dont la garde ne lui coûte aucune peine. Et Il est, Lui, le Très Haut, le Très Grand. (La vache : verset 255)

A Dieu le royaume des cieux et de la terre. Et Dieu est capable de tout. (La famille d’Amran : verset 189)

Alors qu’à Dieu appartient la royauté des cieux et de la terre et de ce qui est entre les deux ! Il crée ce qu’Il veut. Et Dieu est capable de tout. (Le plateau servi : verset 17)

Dieu, c’est lui qui a créé les cieux et la terre, et qui, du ciel, a fait descendre de l’eau ; puis, d’elle Il a fait sorti différents fruits, votre portion ; (Abraham : verset 32)

Les sept cieux et la terre, - et ceux qui s’y trouvent, - chantent Pureté de Lui ! Et il n’est chose aucune qui ne chante pureté en Le louant. Mais vous ne comprenez pas leur chant. Il demeure patient, pardonneur, vraiment ! (Voyage nocturne : verset 44)

A Lui appartient ce qui est dans les cieux, et ce qui est dans la terre, et ce qui est entre les deux, et ce qui est entre l’humide. (Ta Ha : verset 6)

Ce n’est pas en jouant que Nous avons créé le ciel et la terre et ce qui est entre deux !  (Les prophètes : verset 16)

N’as-tu pas vu qu’en vérité c’est de Dieu que chantent pureté tous ceux qui sont dans les cieux et la terre ; et aussi les oiseaux, par volées : chacun, certes, a appris son chant……(La lumière : verset 4)

Ne voyez-vous pas que Dieu vous a assujetti ce qui est dans les cieux, oui, et ce qui sur la terre ? Et Il déverse sur vous Ses bienfaits, apparents aussi bien que cachés.  (Lucmân: verset 20)

Il est connaisseur de l’invisible. Chose du poids d’un atome ne Lui échappe, ni dans les cieux, ni sur la terre. Et rien, de plus petit ni de plus grand, qui ne soit dans le Livre évident. (Saba : verset 3)

Le concept de globalité de l’environnement ne peut être saisi que si ce dernier constitue une unité ou un tout à part entière. Cette unité ne peut être tangible que si une interdépendance, une interconnexion et une harmonie règnent entre ses composantes. C’est ce à quoi fait allusion le Saint Coran à travers les versets qui font apparaître la terre, le ciel et l’eau comme des éléments liés entre eux.

Il suffit de bien méditer les versets ci-dessus mentionnés pour saisir que le concept de globalité est véhiculé par le Saint Coran lorsque Dieu dit dans le verset 117 de la Sourate de La vache : " Inventeur des cieux et de la terre ", c’est-à-dire le créateur des cieux et de la terre mais cette création n’est pas fortuite, elle se fait selon une organisation déterminée.

La même idée se dégage du verset 44 de la Sourate du Voyage nocturne lorsque Dieu dit: " Les sept cieux et la terre, - et ceux qui s’y trouvent - chantent Pureté de Lui ! " . A savoir que "chantent"  veut dire prosternation, soumission et émerveillement devant Le Créateur, chose qui peut être expliquée d’un point de vue environnemental par le système de relations qui unit tous les êtres en vue de la continuité de la vie qui est une création de Dieu.

La même idée peut être perçue à travers le verset 16 de la Sourate des Prophètes lorsque Dieu dit : " Ce n’est pas en jouant que Nous avons créé le ciel et la terre et ce qui est entre deux ! ". Il ressort de ce verset que la création a des fins précises, chose à laquelle fait allusion également le verset 27 de la Sourate S’ad lorsque Dieu dit : " Ce n’est pas par vanité que Nous avons créé le ciel et la terre et ce qui est entre les deux " ou encore lorsqu’Il dit dans le verset 5 de la Sourate des Groupes : "Avec vérité Il a créé les cieux et la terre ". Et parmi les versets qui font allusion à la globalité de l’environnement, il y a lieu de citer le verset 27 de la Sourate de La vache où Dieu dit:

Qui brisent le pacte de Dieu après l’avoir ratifié et qui coupent ce que Dieu a ordonné d’unir et qui commettent du désordre sur la terre. Ceux-là sont les perdants. (Le Tonnerre : verset 25)

Ce verset s’applique bien à la pensée environnementale contemporaine qui morcelle l’environnement et crée des cloisons entre ses composantes, chose qui est à l’origine de l’apparition de perturbations dans le système de relations qui est la base de la continuité de la vie. Les perturbations engendrées par la pollution dans les milieux naturels constituent à ce propos un exemple éloquent. La pollution, lorsqu’elle dépasse un seuil déterminé, brise l’équilibre qui existe entre les composantes de ces milieux et, à plus ou moins long terme, finit par provoquer leur mort et la disparition de la vie qu’ils abritaient. C’est justement ce qui se produit dans les fleuves et les mers où sont rejetés sans aucun traitement les déchets ménagers et industriels. Il en est de même des espaces verts qui, dans certains cas, sont exposés à l’effet des pluies acides.

Dieu n’a t-Il pas dit :

Le désordre est apparu sur la terre et dans la mer à cause de ce que les mains des gens se sont acquis, afin que Dieu leur fasse goûter partie de ce qu’ils ont œuvré. Peut-être reviendront-ils ? (Les Byzantins : verset 41).

Quoi qu’il en soit, le concept de globalité de l’environnement prôné par les scientifiques et les écologistes à travers leurs écrits visant le changement de la vision de l’Homme contemporain à l’égard de l’environnement, n’est pas en réalité un concept nouveau. Tout ce qui peut être avancé à ce propos, c’est que l’Homme tente à nouveau un retour à la raison valorisée par le Saint Coran il y a plusieurs siècles, raison qui postule la prise en considération de la globalité de l’environnement avant toute activité et comportement anthropiques en vue de la conservation de l’unité de ce dernier et la continuité de la vie qu’il abrite.

3.2. Le concept d’équilibre

Le concept d’équilibre est l’un des piliers sur lesquels se base l’écologie contemporaine. L’équilibre ne doit pas être entendu ou perçu comme un état statique  durable et stable régnant dans les écosystèmes. Lorsqu’il est question de l’équilibre écologique ou environnemental, il faudrait entendre par là un état dynamique continu résultant des relations et interactions existant entre les composantes de l’écosystème. Il n’est pas question d’écosystème sans équilibre. L’écosystème équilibré est une portion de l’environnement dont les composantes sont liées par des relations mutuelles et harmonieuses constamment renouvelables conduisant en fin de compte à la continuité de la vie. Ainsi, lorsque l’écosystème est équilibré, ceci signifie qu’il possède une capacité d’autorégulation résultant de sa dynamique propre à laquelle participent toutes ses composantes à savoir le sol, l’air, l’eau et les différentes sortes d’animaux, de plantes et de microorganismes. En d’autres termes, tout être vivant soit-il ou non réalise un travail pour sa propre survie mais en même temps, il constitue un élément ou un maillon dans la chaîne des activités réalisées par les autres vivants.

S’il est possible intellectuellement de parler de plusieurs sortes d’écosystèmes à savoir terrestre, marin, aquatique, forestier, polaire, désertique, montagneux, etc., ces écosystèmes n’ont pas en réalité de frontières et, par conséquent, ils sont interdépendants pour constituer un seul et unique écosystème composé du globe terrestre, de l’atmosphère qui l’entoure, de l’eau continentale et des océans, des continents et des différentes sortes de vie y compris l’Homme.

C’est justement cet équilibre écologique global qui a été perturbé par l’Homme, suite aux cloisons artificielles qu’il a créées entre lui et l’environnement et à son aspiration à la domination de ce dernier. Ces perturbations ont conduit à l’apparition de problèmes environnementaux de grande envergure  qui ont eu un impact sur tous les océans, les continents y compris les régions arctique et antarctique et sur l’atmosphère. L’Homme, à cause de sa vision anthropocentrique et égoïste de l’environnement, a porté préjudice aux caractéristiques de l’équilibre et à l’harmonie sur lesquelles Dieu a basé la création de l’univers. En effet, Dieu a fait allusion à l’équilibre dans de nombreux versets du Saint Coran, notamment :

"Mangez et buvez de la portion de Dieu ; et ne semez pas de désordre sur la terre comme des fauteurs de désordre" (La vache : verset 60)

Et ils s’essayent au désordre dans le pays, alors que Dieu n’aime pas les semeurs de désordre. (Le plateau servi : verset 64)

Et sur la terre après qu’elle a été réformée ne commettez pas le désordre. Et invoquez-le avec crainte et convoitise. Oui, la miséricorde de Dieu est proche des bienfaisants. (Les limbes : verset 56)

Certes, une preuve vous est venue de votre Seigneur. Remplissez donc la mesure et le poids, et ne faites pas perdre aux gens leurs biens. Et ne commettez pas de désordre sur la terre après qu’elle a été réformée: ce sera mieux pour vous, si vous êtes croyants. (Les limbes : verset 85)

O mon peuple, remplissez la mesure et le poids, avec justice, et ne faites pas perdre aux gens leurs biens, et ne répandez pas le désordre sur terre comme des fauteurs de désordre. (Houd : verset 85)

Dieu sait ce que chaque femelle porte, et ce que les matrices absorbent, et aussi l’accroissement qu’elles ont. Et chaque chose a été mesurée auprès de Lui. (Le tonnerre : verset 8)

Et quant à la terre, Nous l’avons étalée et y avons jeté des montagnes, et fait pousser dedans de toute chose équilibrée. (Al-Hijr : verset 19)

Celui-là même à qui appartient la royauté des cieux et de la terre, et qui n’a point adopté d’enfant, et à qui il n’est point d’associé en la royauté, et qui a créé toute chose en la mesurant avec mesure. (Le discernement : verset 2)

Le soleil et la lune sont d’après un calcul. Et l’étoile et l’arbre tous deux se prosternent. Et quant au ciel, Il l’a élevé bien haut. Et il a posé la balance ; - Afin que vous ne soyez pas rebelles à la balance ; Etablissez le poids avec justice, et ne faussez pas la balance ; - (Le Très Miséricordieux : versets 5 à 8)

Chante pureté du nom de ton Seigneur le Très-Haut, Celui qui crée, puis Il met bon ordre, Et qui détermine, puis Il guide, (Le Très-Haut : versets 1 à 3)

Tous les versets ci-dessus mentionnés font allusion d’une manière ou d’une autre au concept d’équilibre qui, comme cela a été signalé, est à la base de l’écologie contemporaine. Ainsi, cette allusion est faite à travers des concepts tels que :

-        le désordre

-        la réforme

-        la balance

-        la mesure

-        le calcul

-        l’ordre.

Dieu n’aime pas le désordre dans toute chose. Ce désordre, au sens environnemental du terme, c’est-à-dire la perturbation, le déséquilibre, la destruction, le manque d’harmonie, etc., peut être le résultat de la pollution, de la surexploitation des ressources, de l’invasion et de la conquête des milieux naturels. En d’autres termes, le désordre découle des changements que l’Homme a introduits sans mesure dans le système de relations qui est à la base de la vie à l’intérieur de l’écosphère.

Quand à la réforme, elle peut être reliée au concept d’autorégulation qui assure la continuité de l’équilibre à l’intérieur des écosystèmes. Ceci signifie que Dieu a doté les écosystèmes des conditions qui leur permettent de s’autoréguler chaque fois que des perturbations y sont introduites mais dans des limites bien déterminées. C’est pourquoi Dieu invite l’humanité à ne pas semer le désordre sur terre surtout que le désordre est plus facile à produire que la réforme.

Quant aux concepts de balance, de mesure, de calcul et d’ordre, ils font allusion à ce que Dieu a bien organisé les choses lors de la création de l’univers. Lorsqu’il s’agit d’organisation, d’harmonie et d’ordre, cela signifie que chaque chose est calculée dans ses moindres détails. En d’autres termes, les choses ne peuvent être organisées et harmonieuses que si elles sont sujettes à des relations équilibrées elles mêmes garantes de l’organisation et de l’harmonie. Quand Dieu dit : "et fait pousser dedans de toute chose équilibrée" (Al-Hijr : verset 19), cela signifie que Dieu a doté la terre des conditions convenables au développement de toutes sortes de plantes.

Il est bien connu actuellement en écologie que les plantes ne peuvent coexister dans un même milieu que si un équilibre s’établit, d’une part, entre elles et, d’autre part, entre elles et le milieu dans lequel elles poussent. Dans le cas où cet équilibre est perturbé, il se peut qu’une espèce végétale prenne le dessus sur les autres espèces, chose qui peut conduire à la régression de ces dernières et parfois à leur disparition.

C’est ce qui se produit lorsque l’Homme introduit des perturbations dans les milieux naturels et exploite leurs ressources d’une manière irrationnelle. Le résultat est la rupture des équilibres qui, à son tour, conduit à la domination de composantes environnementales et la régression voire la disparition d’autres.

Le meilleur exemple pour illustrer une telle situation c’est l’utilisation des pesticides dans un but d’amélioration de la productivité agricole. Nul n’a besoin de dire que ces pesticides ont été à l’origine de nombreux dégâts au niveau des équilibres naturels. Nul n’a besoin également de dire que des tentatives ont eu lieu pour remédier à cette situation qui représente une menace pour les équilibres écologiques. Parmi ces tentatives, il y a lieu de citer le recours à ce qui a été appelé la lutte biologique où des moyens naturels sont utilisés pour rétablir un équilibre entre, d’une part, ce qui est appelé plantes et insectes nuisibles et, d’autre part, les plantes cultivées. Il est à noter que le recours à la lutte biologique est une tentative de la part de l’Homme pour retourner à ce qui est appelé dans le Saint Coran Al fitra, c’est-à-dire le bon sens et l’état de nature de la terre au moment de sa création. C’est justement à cette fitra que Dieu a fait allusion lorsqu’il dit : "et qui a créé toute chose en la mesurant avec mesure"  (Le discernement : verset 2) ou lorsqu’il dit: "Celui qui crée, puis Il met bon ordre, Et qui détermine, puis Il guide"  (Le très-Haut : versets 2 et 3).

A ce propos, il y a lieu de signaler que bon nombre de courants de pensée et de mouvements écologistes et surtout dans les pays industrialisés où l’Homme a provoqué de grands dégâts dans la nature, ont prôné le retour à la nature qui signifie tout simplement le retour à la fitra. Ce retour a été exprimé de différentes manières notamment par l’austérité dans la consommation et surtout par la pratique de ce qui est appelé la lutte biologique qui s’appuie sur le sol, le soleil, l’eau et le travail manuel.

Le concept d’équilibre consacré par la science écologique contemporaine que ce soit au niveau des écosystèmes ou à l’échelle de l’environnement global, est un des concepts environnementaux qui sont véhiculés par le Saint Coran depuis plusieurs siècles. Dieu qui a créé l’univers équilibré et avec équilibre, dit :

N’as-tu pas vu que c’est devant Dieu que se prosternent tous ceux qui sont dans les cieux et tous ceux qui sont sur la terre, et le soleil, et la lune, et les étoiles, et les montagnes, et les arbres, et les animaux, ainsi que beaucoup de gens ? (Le pèlerinage : verset 18)

Le fait pour les créatures de se prosterner devant le Tout-Puissant signifie que l’unité de l’univers ne peut être réalisée qu’au moyen de l’équilibre entre toutes ses composantes.

3.3. Le concept de limitation des ressources

Depuis que le monde est entré dans l’ère industrielle au cours du 19e siècle dont le début a été marqué par l’invention du moteur à vapeur et la fin par la découverte de l’électricité, du pétrole et par l’invention du moteur à explosion, en même temps a commencé une course effrénée pour l’exploitation des ressources naturelles surtout dans les pays occidentaux qui redoublaient de concurrence d’abord pour relever le niveau de leur production et de leur consommation et, ensuite, pour envahir les marchés extérieurs par leurs marchandises.

Ces inventions et ces découvertes ont permis le développement de nombreuses industries avec à leur tête l’industrie de l’acier et les industries chimiques. Les industries de l’acier en particulier ont permis l’invention de nombreux moyens de transport et engins surtout ceux qui sont utilisés dans les domaines de l’agriculture et de l’extraction des minerais. Quant à l’industrie chimique, elle a aussi participé à l’évolution de l’agriculture en fournissant à cette dernière les engrais et les pesticides qui ont permis une amélioration des rendements.

D’une manière générale, le 19e siècle a vu l’apparition de nombreuses activités économiques de grande envergure basées sur l’exploitation des ressources de la terre et des sources d’énergie et sur la transformation des matières premières en produits manufacturés. Il va sans dire que les principales industries sur lesquelles se base l’économie mondiale aujourd’hui ont pris naissance à cette époque. Parmi ces industries, on peut citer :

- l’industrie lourde qui transforme la matière première minérale en métaux utilisés dans d’autres industries,

- l’industrie légère qui transforme les produits de l’industrie lourde en produits manufacturés,

- l’industrie alimentaire qui fabrique et prépare les aliments,

- l’industrie mécanique qui produit les engins, les appareils, les outils et les instruments utilisés en agriculture, dans le transport, etc.

Il est à noter que l’épanouissement de l’industrie au cours du 19e siècle dans le monde occidental était basé sur une compétitivité féroce entre les pays qui cherchent et continent à chercher à occuper les premières places sur la scène internationale, chose qui a conduit à une surexploitation des ressources naturelles que ce soit dans les pays industrialisés ou dans ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui les pays en développement.

En effet, le développement de l’industrie et son évolution avaient besoin des matières premières pour assurer ses activités d’une manière continue. Il n’est pas donc étonnant que certains pays occidentaux ont eu recours à la colonisation de l’Afrique et de certains pays de l’Amérique latine en vue de l’exploitation de leurs ressources naturelles.

Quelle que soit la situation, l’ère industrielle a constitué le début d’une exploitation excessive, effrénée et incontrôlée des ressources naturelles au niveau mondial. Et même les pays non colonisés par les pays de l’occident, leurs ressources sont exploitées moyennant un coût dérisoire.

Les ressources naturelles étaient exploitées comme si elles sont inépuisables, aucune différence n’étant faite entre celles qui sont renouvelables et celles qui ne le son pas. Le principal but poursuivi par les pays industrialisés était la réalisation d’un haut niveau de développement même aux dépens de l’environnement et de ses ressources.

Heureusement, la surexploitation qui a conduit à l’épuisement de certaines ressources dans certaines contrées du monde et à l’apparition de problèmes environnementaux, a attiré l’attention de nombreux milieux dans les pays industrialisés qui ont pris l’initiative d’organiser en 1913 la première réunion internationale consultative à Berne en Suisse sur la protection de la nature et à la quelle ont participé 19 pays. Cette réunion a été suivie en 1923 par la première conférence tenue à Paris sur la protection de la nature et les facteurs de destruction de ses ressources. Elle a été suivie en 1932 par la deuxième conférence qui a été consacrée à l’étude des technologies polluantes sur la nature. Après cette conférence, l’UNESCO a organisé en France en 1948 une réunion internationale où ont été discutés les effets des activités humaines sur la nature, suivie en 1968 par une conférence organisée également par l’UNESCO en Afrique sur l’utilisation rationnelle des ressources naturelles et où les participants ont mis l’accent sur la fragilité des bases de renouvellement de ces ressources et sur leur caractère limité. Cependant le concept de limitation des ressources n’a été mis en exergue d’une manière claire qu’après la publication du rapport du Club de Rome en 1970. Ce rapport a attiré l’attention de la communauté internationale et surtout dans les pays industrialisés qui ont été invités à revoir leur mode de développement économique, chose que la Commission mondiale sur l’environnement et le développement a appuyée après la publication de son rapport en 1987.

Le concept de limitation des ressources qui est apparu durant les années soixante et a été validé durant les années quatre vingt, a été derrière l’apparition du concept de développement durable qui invite l’Homme à modeler ses relations avec l’environnement et ses ressources en tenant compte de ses propres besoins et de ceux des générations futures.

Si l’Homme, grâce à la science que Dieu lui a octroyée, a pu cerner cette vérité, le Saint Coran fait allusion au concept de limitation des ressources à travers les versets suivants :

Et auprès de Lui sont les clefs de l’invisible. Nul Ne les connaît que Lui. Et Il connaît ce qui est dans la terre ferme, comme dans la mer. Et pas une feuille ne tombe qu’il ne le sache. Et pas une graine dans les ténèbres de la terre, et rien de frais ou de sec, qui ne soit dans le Livre évident. (Les bestiaux : verset 59)

Dieu sait ce que chaque femelle porte, et ce que les matrices absorbent, et aussi l’accroissement qu’elles ont. Et chaque chose a été mesurée, auprès de Lui. (Le tonnerre: verset 8)

Et il n’est de chose dont Nous n’ayons des trésors, tandis que Nous n’en faisons descendre que dans une mesure connue. (Al-Hijr : verset 21)

Et Nous avons fait descendre du ciel de l’eau, avec mesure. Puis Nous l’avons installée sur la terre, cependant que Nous sommes capables de la faire disparaître. (Les croyants : verset 18)

Celui-là même à qui appartient la royauté des cieux et de la terre, et qui n’a point adopté d’enfant, et à qui il n’est point d’associé en la royauté, et qui a créé toute chose en la mesurant avec mesure. (Le discernement : verset 2)

Et Nous avons dénombré toute chose dans un directoire clair. (Ya Sin : verset 12)

Il lui a assigné, d’en haut, des montagnes, et a mis en elle plénitude de bénédiction, et mesuré en elle, en quatre jours, ses nourritures, égales pour ceux qui demandent. (Les détaillés : verset 10)

Si Dieu avait élargi la portion pour ses esclaves, ils se seraient rebellés sur la terre ;mais Il fait descendre avec la mesure qu’Il veut. De ses esclaves, il est bien informé, vraiment, observateur. (La consultation : verset 27)

Oui, toute chose, Nous l’avons créée avec mesure,  (La lune : verset 49)

Et dénombre toute chose en comptant. (Les djinns : verset 28)

Dieu cependant a assigné une mesure à chaque chose. (Le divorce : verset 3)

alors que toute chose Nous l’avons dénombré par écrit. (La nouvelle: verset 29)

A travers les versets ci-dessus mentionnés, Dieu fait allusion à la notion de limitation des ressources par l’intermédiaire du concept de la mesure. Dieu dit : "Oui, toute chose, Nous l’avons créée avec mesure," (La lune : verset 49), c’est-à-dire que chaque être, vivant soit-il ou non, obéit à une loi ou à des lois déterminées quant à la quantité. A ce propos, la différence que l’homme établit entre les ressources naturelles renouvelables et les ressources non renouvelables a une relation avec le concept de limitation des ressources auquel le Saint Coran fait allusion.

S’agissant des ressources naturelles non renouvelables, la science contemporaine a montré qu’elles sont effectivement limitées quantitativement comme c’est le cas des ressources énergétiques fossiles (charbon, pétrole, gaz naturel) fissiles (uranium, plutonium, etc.), métalliques comme le fer et le cuivre et non métalliques comme le phosphate, la potasse, etc. Quant aux ressources naturelles renouvelables, elles aussi se trouvent dans la nature en quantités limitées mais elles se distinguent des ressources non renouvelables par le fait qu’elles se renouvellent d’une manière naturelle selon des cycles déterminés. C’est le cas de l’eau, des plantes, des animaux et de l’énergie. Cependant, quand on parle de renouvellement, il ne s’agit pas d’une augmentation infinie de leur quantité. Bien au contraire, le renouvellement signifie que l’environnement recèle des quantités limitées d’éléments et de composés chimiques qui, par le processus de l’alternance de la vie et de la mort, entrent dans des cycles déterminés pour engendrer la vie et de nouveau des éléments et composés chimiques. C’est ce qui se passe par exemple pour les gaz qui composent l’atmosphère comme l’oxygène, l’azote, le gaz carbonique, etc.

Dieu dit :

Et Nous avons fait descendre du ciel de l’eau, avec mesure. Puis Nous l’avons installée sur la terre, cependant que Nous sommes capables de la faire disparaître. (Les croyants : verset 18)

Il est actuellement bien connu que la quantité d’eau qui compose l’hydrosphère est limitée. Elle est estimée à 1350 km3 répartie de la manière suivante :

Eau liquide

-        Océans : 97%

-        Eaux souterraines : 0,62%

-        Lacs d’eau douce : 0,009%

-        Lacs salés et mers intérieures : 0,008%

-        Eau du sol (humidité) : 0,005%

-        Cours d’eau : 0,0001%

Eau solide

- Calottes glaciaires : 2,5%

- Glaciers des régions tempérées et équatoriales : 0,0001%

Vapeur

- Vapeur atmosphérique : 0,001%

Eau des êtres vivants : 0,00005%

Si la quantité des ressources naturelles est limitée, cela signifie que la quantité des éléments chimiques qui entrent dans la composition de ces ressources sont également limitées.

En effet, quelle que soit la ressource, elle se compose de molécules qui, à leur tour se composent d’atomes. L’eau par exemple se compose de deux molécules d’hydrogène et une molécule d’oxygène. Lorsqu’il est question de la limitation de la quantité d’eau au niveau du globe terrestre, cela signifie que cette quantité se compose à son tour d’un nombre limité d’atomes d’hydrogène et d’oxygène.

Dieu dit dans le Saint Coran :

Et ceux qui mécroient disent : "L’Heure ne nous viendra pas" - Dis : Mais par mon Seigneur, si ! Très certainement, elle vous viendra : Il est connaisseur de l’invisible. Chose du poids d’un atome ne Lui échappe, ni dans les cieux, ni sur la terre. Et rien, de plus petit ni de plus grand, qui ne soit dans le Livre évident. (Saba : verset 3)

A ce propos, lorsque les chimistes composent avec la matière, ils savent que la quantité de cette matière reste la même malgré son passage par différentes transformations. C’est ce à quoi est parvenu le chimiste français Lavoisier au 18e siècle et qu’il a exprimé par ses paroles célèbres : "Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme". C’est ce qui se passe dans l’environnement où la matière entre dans de perpétuelles transformations pour prendre la forme de matière vivante ou de matière inerte comme l’eau, l’air et le sol. Dieu a fait allusion à ces transformations en disant :

Il sait ce qui pénètre en terre et ce qui en sort, et aussi ce qui descend du ciel et ce qui y remonte. Et c’est Lui le miséricordieux, le pardonneur. (Saba : verset 2)

La science contemporaine a bien montré que la matière se transforme continuellement à l’échelle de l’environnement tout entier par le biais de ce qui est appelé les cycles biogéochimiques, c’est-à-dire les cycles qui renouvellent les composantes environnementales vivantes et non vivantes. Parmi ces cycles, on peut citer :

-        le cycle de l’eau,

-        le cycle de l’oxygène,

-        le cycle du carbone,

-        le cycle de l’azote,

-        le cycle du phosphore, etc.

Et comme le dit Dieu dans le verset précédent, les cycles biogéochimiques pour se réaliser prennent la terre et l’atmosphère comme support. L’eau par exemple descend du ciel et se répand sur et dans la terre pour que les êtres vivants en tirent profit. Sous l’effet de la chaleur, elle s’évapore et remonte vers l’atmosphère pour tomber de nouveau sur la terre. Ainsi, malgré la multitude de formes que prend la matière à travers ce qui est vivant et ce qui n’est pas vivant, la quantité des parties desquelles se compose cette matière est limitée. Dieu dit : "Et dénombre toute chose en comptant" (Les djinns : verset 28).

3.4. Le concept de diversité de la vie

Le concept de diversité de la vie ou ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui la biodiversité est un concept récent puisqu’il est apparu durant les années quatre vingt et a été consacré durant la première moitié des années quatre vingt dix par la convention internationale issue du sommet de Rio en 1992.

Lorsqu’il est question de biodiversité, il s’agit de la caractéristique qui permet à la vie de prendre dans la nature une multitude de formes différentes. Cette diversité se manifeste au niveau de toute la hiérarchie biologique commençant de la cellule et les organes et passant par les organismes, les espèces et les populations.

La biodiversité est indispensable à la continuité de la vie puisque c’est grâce à elle que les êtres vivants sont capables de faire face aux changements qui se produisent dans leurs milieux de vie. Ainsi, plus les écosystèmes sont riches en espèces et en formes de vie, plus ils ont la capacité et les moyens pour faire face à ces changements. A ce propos, il est à noter que la biodiversité constitue l’un des facteurs essentiels nécessaires à l’autorégulation des écosystèmes qui, à son tour, est indispensable au maintien de l’équilibre de ces écosystèmes et à la continuité de la vie.

Les êtres vivants les plus diversifiés sont les insectes suivis des plantes puis des invertébrés et des microorganismes, ensuite des poissons, des reptiles, des amphibiens et enfin des oiseaux. Le nombre de tous ces êtres vivants a été estimé à 33500000 espèces sachant que l’Homme n’a pu connaître que 1390000 espèces, soit 4% du nombre total.

De nombreux versets du Saint Coran font allusion à la notion de biodiversité. Parmi ces versets, on cite notamment:

Alors qu’à Dieu appartient la royauté des cieux et de la terre et de ce qui est entre les deux ! Il crée ce qu’il veut. Et Dieu est capable de tout. (Le plateau servi : verset 17)

Et c’est Lui qui du ciel a fait descendre de l’eau. Puis par elle Nous avons fait sortir la germination de toute chose, de quoi Nous avons fait sortir une verdure d’où Nous faisons sortir des grains qui chevauchent les uns sur les autres; et du dattier, de sa spathe, des régimes de dattes qui se tendent. Et aussi les jardins de raisins. Et l’olive et la grenade qui se confondent mais ne se ressemblent pas. Regardez-en le fruit quand il fructifie ! et son mûrissement ! Voilà bien là des signes, vraiment, pour ceux qui croient ! (Les bestiaux : verset 99)

Et c’est Lui qui a étendu la terre, et y a assigné montagnes et fleuves. Et de tous les produits Il y a assigné les couples par deux. (Le tonnerre : verset 3)

C’est Lui qui, du ciel, pour vous a fait descendre de l’eau. D’où, boisson, et plantes où faire paître.

D’elle, Il fait germer pour vous la culture et l’olive et les dattiers et les vignes et aussi toutes sortes de fruits. Voilà bien là un signe, pour des gens qui réfléchissent ! (Les abeilles : versets 10 et 11)

Lui qui vous a assigné la terre comme berceau, et vous y a acheminé des chemins ; et qui du ciel a fait descendre de l’eau. -  Puis, par elle, Nous avons fait sortir par couples différentes plantes – (Tâ Hâ : verset 53)

De même, tu verras la terre éteinte : dès que Nous y faisons descendre de l’eau, elle remue, et gonfle, et pousse toute sorte de couple joli. (Le pèlerinage : verset 5)

 Et Dieu a créé d’eau tout animal. En voici donc un qui marche sur le ventre, et un qui marche sur les deux pattes, et un qui marche sur quatre. Dieu a créé ce qu’Il veut. Oui, Dieu est capable de tout. (La lumière : verset 45)

Quoi ! n’ont-ils pas vu la terre, combien de chaque noble couple Nous y avons fait pousser ? (Les poètes : verset 7)

Pureté à Celui qui a créé, parmi ce que la terre a fait pousser, ainsi que parmi eux-mêmes, et aussi parmi ce qu’ils ne savent pas, des couples de toutes sortes. (Ya Sin : verset 36)

Et la terre, que Nous avons étalée ! et Nous y avons lancé des montagnes et y avons fait croître de tout couple joli ! (Câf : verset 7)

Le Saint Coran donne une grande importance à la diversité de la vie puisqu’il fait allusion à toutes sortes d’animaux et de plantes. Et même si la majorité des versets ci-dessus mentionnés font allusion à la diversité végétale, il y a lieu de signaler le verset 45 de la Sourate de la Lumière qui met en exergue la diversité animale. Par ailleurs, si ce verset fait allusion à quelques sortes d’animaux, Dieu dit à la fin du même verset : "Dieu a créé ce qu’Il veut. Oui, Dieu est capable de tout.". Cela a pour signification que même si les versets ne font pas allusion à toutes les espèces animales et végétales, on ne doit nullement comprendre que la diversité biologique est limitée à ce qui est cité par le Saint Coran.

Dieu dit : "Et si vous comptez les bienfaits de Dieu, vous ne saurez les dénombrer" (Abraham : verset 34). Il dit également : "Et les chevaux et les mulets et les ânes, pour que vous les montiez, - pour la parade aussi. Et Il en a créé que vous ne savez pas" (Les abeilles : verset 8). Ces versets montrent bien que Dieu a diversifié les créatures mais l’homme n’a pas pu en prendre connaissance dans leur totalité. C’est justement ce qui a été démontré récemment par la science. A titre d’exemple, le nombre estimé d’espèces d’insectes est de 30000000 alors que les scientifiques n’ont pu identifier que 750000 espèces. Quant aux espèces d’invertébrés, ils ont été estimées à 3000000 alors que jusqu’à présent, seules 276500 espèces ont pu être identifiées. Dieu dit : "Pureté à Celui qui a créé, parmi ce que la terre a fait pousser, ainsi que parmi eux-mêmes, et aussi parmi ce qu’ils ne savent pas, des couples de toutes sortes." (Ya Sin : verset 36).

Le concept de biodiversité occupe aujourd’hui une place importante dans la communauté scientifique qui s’intéresse aux questions environnementales. Il va sans dire que cet intérêt est le résultat de la prise de conscience par l’Homme du rôle que joue la biodiversité dans le cycle de la vie. A ce propos, il est bon de signaler que le concept de biodiversité ne être dissocié des concepts de globalité de l’environnement et d’équilibre. La biodiversité est l’un des facteurs essentiels qui contribuent au maintien de la continuité de l’équilibre de l’environnement qui se compose de l’atmosphère, de la surface des continents, de l’eau des océans et des mers en plus de la lumière du soleil et la communauté des êtres vivants. Dieu dit :

Oui, dans la création des cieux et de la terre, et dans l’alternance de la nuit et du jour, et dans le navire qui vogue en mer chargé de profits pour les gens, et dans l’eau que Dieu fait descendre du ciel, par quoi Il rend la vie à la terre une fois morte et y répand des bêtes de toutes espèces, et dans la variation des vents, et dans le nuage contraint de rester entre ciel et terre, il y a des signes, certes, pour un peuple d’intelligents.  (La vache : verset 164)

Ce noble verset fait allusion à la globalité de l’environnement qui a été précédemment évoquée. Dieu a cité dans ce verset les composantes matérielles de l’environnement à savoir l’atmosphère (ciel), la terre (surface de la terre), l’eau et les êtres vivants. Quand Dieu dit : "il y a des signes, certes, pour un peuple d’intelligents.", Il invite ses esclaves à méditer les composantes de cet univers et les relations qui les unissent. Et quand Dieu dit dans le même verset : "et dans l’eau que Dieu fait descendre du ciel, par quoi Il rend la vie à la terre une fois morte et y répand des bêtes de toutes espèces", il s’agit là d’une mise en évidence de la biodiversité que l’Homme est appelé à méditer sachant qu’elle est l’une des composantes de l’environnement, garante de sa globalité.

3.5. Le concept de téléologie

Parmi les concepts qui ont été proposés par les penseurs environnementalistes pour contribuer à la construction d’une nouvelle vision de l’Homme vis-à-vis de l’environnement, il y a lieu de citer le concept de téléologie. Ce dernier s’explique par le fait que chaque être, vivant soit-il ou non, est en réalité un centre de téléologie, c’est-à-dire que cet être tend vers la réalisation d’un but bien déterminé. Dans ce cas, si les êtres sont considérés comme des centres téléologiques, cela signifie que ces êtres se sont plus de simples composantes inconnues de l’environnement mais des êtres ayant une valeur intrinsèque et dont l’existence est justifiée dans la mesure où ils constituent des lieux à travers lesquels se réalisent des finalités déterminées.

Si le concept de téléologie est placé dans le contexte environnemental, il sera probablement difficile d’imaginer que chaque être parmi les milliards d’êtres qui composent l’environnement (plus de 5 milliards d’êtres humains) est là pour que se réalise à travers lui une finalité déterminée. Cela ne doit pas étonner car toutes les sortes de composantes de l’environnement sont des moyens et des canaux à travers lesquels se réalisent une multitude de finalités. Si nous considérons par exemple certaines espèces d’insectes, en particulier les papillons et les fourmis, on constatera que pendant que ces êtres vivants accomplissent leur travail quotidien de recherche de nourriture en se déplaçant d’une fleur à une autre, ils réalisent en même temps la pollinisation de ces fleurs par l’intermédiaire du pollen porté par les différentes parties de leur corps. Ainsi, ces insectes, d’une manière instinctive, permettent à de nombreuses plantes de se multiplier et, par conséquent, de perpétuer la vie. Ce qui est valable pour les insectes et les oiseaux l’est aussi pour quelques mammifères dont le corps est couvert de laine ou de poil. Quand ces animaux sont à la recherche de leur nourriture, une certaine catégorie de graines, surtout celles qui sont munies d’épines, se collent à leur poil ou laine. Cela a pour résultat le transport de ces graines d’un endroit à un autre, ce qui permet leur germination dans des milieux éloignés des milieux d’origine. Comme c’est le cas pour les insectes, les mammifères contribuent au déplacement de la vie d’un endroit à un autre et à sa continuité.

Ce qui est valable pour les mammifères est aussi valable pour certains genres de vers en particulier le lombric qui vit dans les sols humides. Pour se nourrir, le lombric ingurgite des particules fines de terre desquelles il retire après digestion la nourriture dont il a besoin et rejette les restes dans le sol. Ainsi, grâce à son activité, le lombric remue d’abord le sol et, par conséquent, facilite la pénétration de l’air dans ce sol. Par ailleurs, le lombric enrichit le sol par des sels minéraux après passage de ce sol dans son tube digestif. Il va sans dire que ce travail a un effet positif sur le sol dans la mesure où il permet l’augmentation de sa fertilité et l’amélioration de son aération, chose qui facilite la germination des graines une fois tombées sur le sol. Le lombric, comme c’est la cas des autres animaux ci-dessus mentionnés, participe lui aussi à la perpétuation de la vie.

Ce qui est valable pour les animaux est aussi valable pour les plantes. A ce propos, il est bien connu que les plantes vertes utilisent la lumière solaire et puisent le gaz carbonique de l’atmosphère pour élaborer la matière organique qui est indispensable à la vie. Il est également bien connu que les animaux n’ont pas les moyens pour fabriquer la matière organique en suivant le même processus que les plantes vertes. Ces animaux, pour disposer de la matière organique, doivent manger directement des plantes vertes ou des animaux qui se nourrissent de plantes vertes. Ainsi, ces dernières constituent une base essentielle pour la continuité de la vie animale sous toutes ses espèces et formes.

Cependant, cela ne doit pas signifier que la vie des plantes vertes n’est pas assurée. Bien au contraire, les plantes vertes à fleurs possèdent différents moyens qui leur permettent de se perpétuer et, par conséquent, d’assurer la continuité de leur vie. Parmi ces moyens, il y a lieu de signaler que plusieurs espèces de plantes ont des fleurs de couleur vive qui attire les insectes pour se nourrir de leur nectar ou de leur pollen. Ce dernier, comme cela a été signalé, se colle à leur corps pour être transporté d’un endroit à un autre, chose qui facilite la pollinisation qui, à son tour, permet la formation des graines qui sont les moyens de perpétuation de la vie des plantes vertes.

Quel que soit le cas, les êtres vivants animaux ou végétaux sont des lieux à travers lesquels se réalisent des finalités bien déterminées. Si la recherche de nourriture constitue pour l’être vivant une première finalité, ce travail sert également comme un moyen pour la perpétuation de la vie d’une manière générale. Ainsi, si les moyens et les techniques qui permettent la réalisation de ce travail sont différents, la finalité est la même et unique à savoir la continuité de la vie.

Ce qui est valable pour les êtres vivants est aussi valable pour les êtres non vivants ou inertes. Les exemples dans ce cas sont nombreux. Si nous prenons l’exemple de l’eau, on constatera qu’elle constitue non seulement un aliment pour tous les êtres vivants mais elle est également un milieu de vie, un élément entrant dans la composition de ces derniers, un moyen de transport à l’intérieur des organismes, un facteur de régulation de la température de ces organismes, etc. Il en est de même pour l’air qui est composé essentiellement d’oxygène, de gaz carbonique, d’azote, d’oxyde de carbone, etc. qui sont utilisés comme aliments par les animaux et les plantes. Ajouter à cela que ces éléments entrent dans la composition de la matière organique et minérale qui sont indispensables à la vie. Par ailleurs, l’air sert de support aux animaux qui volent et de substrat aux microorganismes et joue un rôle dans la stabilité de la pression exercée sur les animaux et les plantes qui vivent sur la surface de la terre.

Si l’eau et l’air sont des êtres inertes, les finalités qui se réalisent à travers eux conduisent à la réalisation de la finalité ultime à savoir la continuité de la vie. D’une manière générale, les finalités qui se réalisent à travers les êtres, vivants ou non, sont nombreuses, diverses et interdépendantes. Malgré cette diversité et cette interdépendance, le but est unique, c’est l’unité de l’univers, le maintien de son équilibre et la continuité de la vie qu’il abrite.

C’est justement ce à quoi fait allusion le Saint Coran à travers ses nombreux versets, notamment :

Les sept cieux et la terre, - et ceux qui s’y trouvent, - chantent pureté de Lui ! Et il n’est chose aucune qui ne chante pureté en Le louant. Mais vous ne comprenez pas leur chant. Il demeure patient, pardonneur, vraiment ! (Voyage nocturne : verset 44)

A Lui appartiennent tous ceux qui sont dans les cieux et la terre ! Ceux qui sont auprès de Lui ne se gonflent pas de l’adorer et point ne cherchent à s’écarter.

Ils chantent pureté nuit et jour, et point ne s’interrompent. (Les prophètes : versets 19 et 20)

N’as-tu pas vu que c’est devant Dieu que se prosternent tous ceux qui sont dans les cieux et tous ceux qui sont dans la terre, et le soleil, et la lune, et les étoiles, et les montagnes, et les arbres, et les animaux, ainsi que beaucoup de gens ? (Le pèlerinage : verset 18)

Ne vois-tu pas Sa transcendance célébrée de quiconque habite la terre ou les cieux ? Les oiseaux éployés, chacun d’eux sait bien Le prier, célébrer Sa transcendance. Dieu de tout ce qu’ils font est Connaissant.  (La lumière, verset 41).

Il fait que la nuit pénètre dans le jour et que le jour pénètre dans la nuit. Et Il a assujetti le soleil et la lune à glisser chacun vers un terme dénommé. (Le créateur : verset 13)

Le soleil, de même, qui coule vers son gîte ; c’est là la détermination du Puissant, du Savant. (Ya Sin : verset 38)

Ce n’est pas par vanité que Nous avons créé le ciel et la terre et ce qui est entre les deux ! (S’âd : verset 27)

Et l’étoile et l’arbre tous deux se prosternent. (Le Très Miséricordieux : verset 6)

Quelle est donc la relation de ces versets du Saint Coran avec le concept de téléologie ? Cette relation est mise en exergue par les versets où il est question de chant et de prosternement qui signifient soumission à Dieu, créateur de cet univers et obéissance de ses créatures à travers les missions qui leur ont été assignées. Il a été déjà signalé que les êtres vivants lorsqu’ils sont occupés à rechercher leur nourriture, elles accomplissent en même temps un travail qui contribue à la perpétuation de la vie. Il a été également signalé que malgré la diversité de ces travaux, cela conduit à la réalisation d’une finalité unique à savoir l’unité de l’univers et le maintien de son équilibre. Dieu dit :

Les sept cieux et la terre, - et ceux qui s’y trouvent, - chantent pureté de Lui ! Et il n’est chose aucune qui ne chante pureté en Le louant. Mais vous ne comprenez pas leur chant. Il demeure patient, pardonneur, vraiment ! (Voyage nocturne : verset 44)

Quand Dieu dit : "Et il n’est chose aucune qui ne chante pureté en Le louant.", cela signifie que chaque être, vivant ou non, a été investi par Dieu pour contribuer, d’une manière ou d’une autre, à l’unité et à l’équilibre de l’univers. Cependant, l’Homme, vu sa vision anthropocentrique vis-à-vis de l’environnement, n’a pas accordé l’importance qu’il faut aux notions suprêmes de chant et de prosternement. Bien au contraire, il a concentré tout son effort sur les bénéfices qu’il tire des composantes de l’environnement, oubliant par là que derrière ce prosternement, il y a une finalité noble qui consiste à respecter les missions dont Dieu a chargé toutes ses créatures. Dieu dit dans le même verset : "Mais vous ne comprenez pas leur chant.", c’est-à-dire, au lieu que ses créatures méditent l’unité et l’harmonie de l’univers, ils sont aveuglés par leur désir de domination de l’environnement pour tirer profit de ses biens matériels mettant de côté la voie et l’organisation que Dieu a insufflé dans son univers à travers ses créatures de toutes sortes.

Dieu dit :

N’as-tu pas vu que c’est devant Dieu que se prosternent tous ceux qui sont dans les cieux et tous ceux qui sont dans la terre, et le soleil, et la lune, et les étoiles, et les montagnes, et les arbres, et les animaux, ainsi que beaucoup de gens ? Il en a aussi beaucoup contre qui le châtiment s’avère. (Le pèlerinage : verset 18)

Ce verset montre qu’il y a deux sortes de gens. Une catégorie qui respecte l’unité de l’univers et l’organisation que Dieu y a assignée à travers les créatures. Une deuxième catégorie qui transgresse la voie divine et essaie de sévir même si cela conduit à la destruction et au ravage. A l’encontre de cette deuxième catégorie, Dieu dit : "Il en a aussi beaucoup contre qui le châtiment s’avère".

Par ailleurs, quand Dieu dit : "et ne semez pas de désordre sur la terre comme des fauteurs de désordre", Il invite ses créatures à veiller sur l’équilibre de l’environnement ,et ce, à travers le respect des composantes de cet environnement afin que ces dernières puissent accomplir les missions qui leur ont été confiées. Dieu dit : "Ce n’est pas par vanité que Nous avons créé le ciel et la terre et ce qui est entre les deux" (S’âd : verset 27), c’est que lorsque Dieu a créé l’univers, il n’a laissé au hasard aucune place. Bien au contraire, Dieu a tracé la voie à ses créatures pour s’acquitter de leur devoir et remplir leurs missions. C’est l’objet du verset 41 de la Sourate "La lumière" : "Le prier, célébrer Sa transcendance. Dieu de tout ce qu’ils font est Connaissant".

Le concept de téléologie auquel sont parvenus récemment les penseurs environnementalistes n’apporte rien de nouveau. Il a tout simplement confirmé ce que le Saint Coran a rapporté depuis plusieurs siècles. Quand ces penseurs disent que chaque être, vivant ou non, a une valeur intrinsèque, c’est une reconnaissance que cet être n’est créé vainement et, par conséquent, l’Homme est appelé à respecter cette valeur à travers cet être, chose qui lui impose la nécessité de revoir ses relations avec l’environnement.

Les concepts qui ont été élaborés par la pensée contemporaine ont été confirmés récemment par la science par l’intermédiaire de l’observation et de l’expérimentation. Les exemples à ce propos sont nombreux et concernent les criquets, les abeilles, les fourmis, les oiseaux, les poissons, les mammifères, etc.

Il est bien connu que la plupart des animaux migrent d’un endroit à un autre soit pour se reproduire soit pour rechercher d’autres milieux riches en nourriture. Si la cause apparente de la migration est la recherche de nourriture ou la reproduction, il y a d’autres causes non apparentes qui poussent ces êtres vivants à la migration. S’il n’y avait pas d’autres causes à la migration, comment expliquer le désir instinctif fort que manifestent ces créatures lorsque vient le moment de cette migration. Comment par ailleurs expliquer les difficultés et les périls que ces êtres vivants affrontent au cours de la migration conduisant parfois à la mort d’un bon nombre d’entre eux.

La recherche de la nourriture et d’endroits pour la reproduction sont des causes instinctives indiscutables. Cependant, il ne faut pas oublier que les oiseaux lorsqu’ils migrent d’un continent à un autre, ils contribuent d’une manière ou d’une autre à la continuité du cycle de la vie. S’il est question par exemple des oiseaux, il est bien connu que certains d’entre eux se nourrissent de graines et de fruits, d’autres d’insectes, de grenouilles, de souris, de poissons, etc. Si on sait que cette catégorie de nourriture est abondante dans les lieux de migration, la présence des oiseaux dans ces lieux peut être expliqué par la cause de recherche de nourriture mais également par la participation de ces oiseaux au maintien des équilibres naturels.

En effet, les insectes, les grenouilles, les souris, etc. sont des animaux qui prolifèrent. Si aucun frein n’est mis à cette prolifération, ces animaux envahissent les milieux et mettent fin à une bonne partie de la vie qu’ils abritent, chose qui peut conduire à des perturbations des équilibres écologiques. Ainsi, la migration des oiseaux vers des régions déterminées, contribue au maintien du nombre de certaines espèces animales à des niveaux compatibles avec la continuité des équilibres écologiques.

Quel que soit le cas, et tel qu’il est dit dans le Saint Coran : chacun d’eux sait Le prier, célébrer sa transcendance" (La lumière, 41), chaque être vivant existant sur terre est investi d’une mission ou de plusieurs missions et, chaque fois qu’il est en train d’accomplir cette mission, il ne fait que suivre la voie que Dieu a tracé pour ses créatures. C’est là le chant et le prosternement auxquels Dieu a fait allusion dans le Saint Coran.

Cependant, il semble que l’Homme d’une manière générale et l’Homme contemporain d’une manière particulière a oublié ou fait semblant d’oublier qu’il doit, à l’instar de toutes les autres créatures, se prosterner devant Dieu, et ce, en accomplissant les missions qui lui ont été confiées en tant que successeur de Dieu sur terre. Au lieu de suivre la voie qui lui a été tracée par Dieu, il s’est séparé de l’environnement en vue de le dominer. L’homme par ce comportement porte atteinte à l’unité de l’environnement laquelle est chantée par les créatures de l’univers.

Lorsque les philosophes, les penseurs environnementalistes ont insisté sur le concept de téléologie, ils n’ont rien apporté de nouveau sauf inviter l’homme à revenir à la voie de la justesse bien précisée par Dieu dans le Saint Coran.

3.6. Le concept de protection de l’environnement

Le concept de protection de l’environnement est récent puisqu’il n’a été introduit dans le lexique des connaissances environnementales que durant la première moitié du 20e siècle. Ce n’est pas étonnant si cette apparition est concomitante de la période où les communautés contemporaines et surtout dans les pays développés ont commencé à prendre conscience des dégâts que leur comportement et leurs activités industrielles ont causés à l’environnement.

En effet, les changements que l’Homme a introduits dans les écosystèmes ont de loin dépassé la fitra et le bon sens sur la base desquels a été créée la terre et, par conséquent, cette dernière n’est plus capable en plusieurs endroits d’absorber ces changements. Si l’homme a manifesté une certaine disposition à réparer ce qu’il a détruit ou perturbé, souvent, cette disposition reste au niveau des déclarations d’intention et non au niveau des actions.

Comment l’homme peut-il réparer ce qu’il a provoqué comme désordre alors que sa vision anthropocentrique et égoïste à l’égard de l’environnement n’a pas bougé d’un pouce. L’Homme continue à aspirer à une domination de l’environnement, à exploiter ses ressources d’une manière irrationnelle, à utiliser des technologies incompatibles avec ses intentions de réparation et à atteindre les plus hauts niveaux de progrès économique et matériel basé sur une production et une consommation illimitées. Bien plus encore, il continue à se considérer comme une composante extérieure à l’environnement visant par là une plus grande soumission de ce dernier à ses désirs de développement à travers la science et la technologie.

Malgré les appels répétitifs émanant de diverses régions du globe, l’Homme continue à composer avec l’environnement selon sa vision anthropocentrique et sa pensée linéaire qui engendrent des effets nuisibles à l’environnement. En témoigne l’échec cuisant qu’a connu le deuxième sommet de la terre qui a eu lieu à New York au cours du mois de Juin 1997. En témoigne également la lenteur de la mise en application des trois conventions issues du premier sommet de la terre qui a eu lieu à Rio en 1992 et qui portent sur les changements climatiques, la biodiversité et la désertification. La protection de l’environnement a peu de chances d’aboutir tant que l’Homme s’accroche à sa vision anthropocentrique et à tout ce qui en découle comme modèles irrationnels d’exploitation des ressources, de l’économie et de construction des établissements humains et industriels.

La mise en application réelle du concept de protection de l’environnement nécessite de la part de l’Homme un changement de sa vision vis-à-vis de ce dernier et un retour au bon sens que Dieu a tracé dans son Glorieux Livre, le Saint Coran. Dieu dit :

Lequel vous a assigné la terre pour berceau et vous y a assigné des sentiers, - peut-être vous guideriez-vous ? (L’ornement : verset 10)

Il est temps que l’Homme empreinte les voies tracées par Dieu et qui consistent à utiliser la science d’une manière compatible avec une gestion saine de l’environnement. Dans ce cas et seulement dans ce cas, l’homme aurait fait des pas en avant dans la mise en application du concept de protection de l’environnement.

Par ailleurs, si l’Homme a ressenti la nécessité de protéger son environnement, cela ne doit pas signifier que dans le passé et à travers les siècles précédents, il n’a pas été tenu de protéger cet environnement. Bien au contraire, le concept de protection de l’environnement est un corollaire de l’existence de l’Homme sur terre et ce, parce que, d’une part, Dieu a désigné cet Homme comme son successeur sur cette terre et, d’autre part, parce que l’Homme est le plus grand envahisseur de l’environnement et le plus exploitant de ses ressources.

Si l’Homme est aujourd’hui tenu plus que jamais d’assurer la protection de l’environnement, cette protection est également un devoir qui doit durer et accompagner l’existence de l’homme.

Cette notion de durabilité de l’idée de protection de l’environnement dans le temps est véhiculée à maintes reprises par le Saint Coran. Lorsque Dieu dit : "Dieu n’aime pas les semeurs de désordre" (Le plateau servi : verset 64) ou  "Et pas d’outrance ! non, il n’aime pas les outranciers" (Les bestiaux : verset 141) ou encore "Et ne commettez pas de désordre sur la terre après qu’elle a été réformée" (Les limbes : verset 85), Il invite l’Homme à éviter le désordre et l’outrance qui sont deux facteurs de destruction de l’environnement et, par conséquent, Il l’invite d’une manière indirecte à protéger cet environnement et le conserver.

Les versets qui font allusion à l’obligation de protéger l’environnement de la part de l’Homme sont nombreux. Parmi ces versets, il y a lieu de citer notamment :

Ho, les croyants ! Mangez des délices que Nous vous avons attribués. Et remerciez Dieu, si c’est Lui que vous adorez. (La vache : verset 172)

Et de ce que vous Lui demandiez Il a donné. Et si vous comptez les bienfaits de Dieu, vous ne saurez les dénombrer. L’Homme est grand prévaricateur, vraiment, grand mécréant ! (Abraham : verset 34)

 C’est Lui qui, du ciel, pour vous a fait descendre de l’eau. D’où, boisson, et plantes où faire paître.

D’elle, Il a fait germer pour vous la culture et l’olive et les dattiers et les vignes et aussi toutes sortes de fruits. Voilà bien là un signe, pour des gens qui réfléchissent ! (Les abeilles : versets 10 et 11)

Et dans ce qu’il a créé pour vous sur la terre, que de couleurs diverses ! Voilà bien là un signe, vraiment, pour des gens qui s’efforcent de se rappeler.

Et c’est Lui qui a assujetti la mer afin que d’elle vous mangiez une chair fraîche, et que vous en sortiez la parure que vous revêtez ; - et tu y vois les bateaux glisser avec bruit ; - et  pour que vous vous mettiez en quête de Sa grâce. Peut-être seriez-vous reconnaissants ?

Et Il a jeté des montagnes sur la terre, - parce qu’elle aurait bouger et vous avec, - et aussi des fleuves et des sentiers : peut-être vous guiderez-vous ?- (Les abeilles : versets 13, 14 et 15)

et des produits des dattiers et des vignes : vous en tirez une boisson enivrante, et aussi un aliment excellent. Voilà bien là un signe, pour des gens qui comprennent. (Les abeilles : verset 67)

Et de ce qu’Il a créé, Dieu vous a assigné les ombres. Et Il vous a assigné des abris dans les montagnes. Et Il vous a assigné des cottes qui vous protègent de la chaleur, ainsi que des cottes qui vous protègent de votre propre rigueur. Ainsi vous parfait-Il Son bienfait. Peut-être serez-vous Soumis ? (Les abeilles : verset 81)

"Mangez, et faites paître vos bêtes ! " - Voilà bien là des signes pour les doués d’intelligence ! (Ta Ha : verset 54)

Cependant, Nous faisons descendre du ciel une eau pure,

Afin, par elle, de donner vie à une contrée morte, et d’en donner à boire à beaucoup de bêtes et d’hommes parmi ce que Nous avons créé.

Voilà ce que très certainement Nous avons déployé devant eux afin qu’ils se rappellent. Mais la plupart des gens se refusent, sauf à être mécréants. (Le discernement : versets 48, 49 et 50)

Quoi ! n’ont-ils pas vu la terre, combien de chaque noble couple Nous y avons fait pousser ?

Voilà bien là un signe, vraiment ! La plupart d’entre eux, cependant, ne croient pas. (Les poètes : versets 7 et 8)

Et la terre, que Nous avons étalée ! et Nous y avons lancé des montagnes et y avons fait croître de tout couple joli !

à titre d’appel à la clairvoyance, et de rappel pour tout esclave qui s’incline (Câf : versets 7 et 8)

Tous ces versets nobles font allusion aux richesses et bienfaits que Dieu a octroyés à l’Homme. Il est à noter que ces versets se terminent tous par une expression sous forme d’avertissements à savoir :

- "si c’est Lui que vous adorez"

- "L’Homme est grand prévaricateur, vraiment, grand mécréant !"

- "Voilà bien là un signe, pour des gens qui réfléchissent !"

- "Peut-être seriez-vous reconnaissants ?"

- "peut-être vous guiderez-vous ?"

- "Voilà bien là un signe, pour des gens qui comprennent"

- "Peut-être serez-vous Soumis ?"

- "Voilà bien là des signes pour les doués d’intelligence!"

- "Mais la plupart des gens se refusent, sauf à être mécréants"

- "Voilà bien là un signe, vraiment ! La plupart d’entre eux, cependant, ne croient pas"

- "à titre d’appel à la clairvoyance, et de rappel pour tout esclave qui s’incline"

Ces versets montrent que Dieu a offert à l’humanité tout ce dont elle a besoin comme richesses et bienfaits. Et quand Il termine ses versets coraniques par des avertissements, en réalité, Il invite cette humanité à reconnaître ces bienfaits et ces richesses en se prosternant devant Lui et en Le louant et ce, en remplissant les missions de succession sur terre. Parmi ces missions, figure l’obligation de préservation de l’environnement et la garantie de la durabilité de ses richesses.

Les avertissements par lesquels se terminent les versets ci-dessus mentionnés constituent un appel invitant l’Homme à être à la hauteur des bienfaits que Dieu lui a offerts. Si les gens adorent Dieu, évitent d’être mécréants, réfléchissent, sont reconnaissants, suivent la bonne voie, comprennent, sont soumis, doués d’intelligence, sont croyants et s’inclinent devant Dieu, ils se rappelleront qu’ils ont le devoir de protéger et de conserver l’environnement des biens duquel, ils mangent et tirent profit.

Cependant, l’homme contemporain désire manger et tirer profit sans remplir ses devoirs et s’acquitter de sa mission de successeur sur terre oubliant par là que sa succession est une responsabilité et non une autorisation pour disposer d’une manière absolue et irrationnelle des richesses et bienfaits.

Lorsque Dieu a offert à ses créatures les richesses de la terre et ses bienfaits, Il leur a offert seulement le droit à l’usufruit sachant que ce droit oblige l’usufruitier, chaque fois qu’il a tiré profit des biens, à prendre soin de la source de ce profit et la conserver pour lui et les générations à venir.

Dieu dit :

Et quant à la terre, en plus de cela, Il l’a étendue : Il a fait sortir d’elle son eau et son pâturage –  Et quant aux montagnes, Il les a ancrées – A titre d’usufruit, pour vous et vos bestiaux. (Celles qui tirent : versets 30, 31, 32 et 33)

Que l’homme regarde sa nourriture : c’est Nous qui versons l’eau à verse, puis Nous fendons de fentes la terre, et y faisons pousser grains et vignobles et légumes et oliviers et dattiers et jardins touffus et fruits et verdure en usufruit pour vous et vos bestiaux (Il s’est renfrogné : versets 24 à 32)

Lorsque Dieu dit : "en usufruit pour vous et vos bestiaux" , il s’agit du droit à l’usufruit qui est une responsabilité de l’Homme qui a le devoir de l’assurer convenablement et la transmettre d’une génération à une autre. Quand il est question de transmission d’une génération à une autre, cela ne doit pas signifier que le droit à l’usufruit concerne exclusivement l’humanité. Bien au contraire, ce droit concerne également les générations d’êtres vivants de tout genre.

Dieu dit :

 Nul être marchant sur la terre, nulle volaille volant de ses ailes, qui ne soient comme vous en communautés ; - (Les bestiaux : verset 38)

Cela signifie que tous les êtres vivants ont le droit d’usufruit, c’est-à-dire de bénéficier des bienfaits et richesses de la terre. Cependant, ce droit ne pourrait être possible que si l’Homme assume la responsabilité qui lui incombe et qui consiste à assurer la transmission de l’usufruit à travers le temps et les générations. L’Homme doit donc fournir davantage d’efforts pour préserver la source de cet usufruit. Si aujourd’hui, l’homme ressent la nécessité d’assurer la protection des ressources dont recèle l’environnement et qui lui sont utiles, il aura exécuté les préceptes de Dieu qui lui ont été révélés depuis sa création.

4. Vers des principes généraux pour l’adoption d’un développement durable à orientation islamique

D’après ce qui précède, il est clair que tous les concepts apportés par la pensée environnementale contemporaine en vue du changement de la vision de l’Homme vis-à-vis de l’environnement ont été évoqués par le Saint Coran à travers ses nombreux versets qu’il s’agisse du concept de globalité de l’environnement, de celui d’équilibre, de limitation des ressources, de la biodiversité, de la téléologie ou de la protection de l’environnement.

Cela montre que Dieu a tracé à ses créatures dans Son Livre Saint les grandes orientations et les principes essentiels généraux qu’elles sont appelées à suivre pour organiser leur rapport à l’environnement. Cela signifie que Dieu a tracé le cadre général sur lequel doivent être basés les comportements et les pratiques de l’Homme à l’intérieur de l’environnement. Lorsqu’on dit que Dieu a précisé à ses créatures les grandes orientations et les principes essentiels, cela ne doit pas être compris comme un frein à l’action de l’Homme à l’intérieur de l’environnement. Bien au contraire, Dieu a laissé à ses créatures la liberté d’action à condition que cette action ne dépasse pas les limites tracées par Dieu.

Dieu dit :

Et il n’y a chose cachée, dans le ciel et la terre, qui ne soit dans un livre évident.

Oui, le Coran raconte aux enfants d’Israël la plupart de ce en quoi ils divergent,

cependant, qu’il est pour les croyants, certes oui, guidée et miséricorde (Les fourmis : versets 75, 76 et 77)

Le saint Coran n’est pas un livre d’écologie mais il constitue la première et dernière source sur laquelle cette science doit être basée. La preuve est que tous les concepts auxquels sont parvenus les penseurs environnementalistes sont évoqués par le Saint Coran. Cela prouve que le Livre Saint est la meilleure source sur laquelle il faut s’appuyer pour élaborer les bases d’un développement durable. Il suffit de bien méditer les versets déjà mentionnés. Ces versets ont fait allusion à toutes les questions environnementales qui préoccupent actuellement la communauté humaine et les penseurs contemporains. Ainsi, chaque concept qui a été expliqué à travers le Saint Coran lui correspond un principe essentiel général. Au concept de globalité de l’environnement correspond le principe d’unité de l’univers. Au concept d’équilibre correspond le principe de balance. Au concept de limitation des ressources correspond le principe de mesure. Au concept de biodiversité correspond le principe de diversité de la création. Au concept de téléologie correspond le principe de prosternation. Au concept de protection de l’environnement correspond le principe de garde  de la terre.

Ce sont là les six principes qui ont été déduits du Coran et qui peuvent servir de base à un développement durable à orientation islamique. Ce qui est voulu par développement durable à orientation islamique ne doit pas signifier que l’Islam a son propre développement durable ou qu’il refuse le concept de développement durable tel qu’il a été défini par la communauté internationale. Ce qui est recherché, c’est la contribution de l’Islam d’une manière efficace à la promotion de ce concept et permettre son adéquation avec les apports de la science écologique ainsi qu’avec les actions visant à changer la conception de l’environnement chez l’homme et améliorer ses comportements à son égard.

4.1. Le premier principe général : l’unité de l’univers

Comme cela a été signalé, de nombreux versets du Coran font allusion à l’unité de l’univers. Cela signifie que cet univers est un prolongement de Dieu Unique, c’est-à-dire que ses éléments sont interdépendantes. L’Homme qui est une créature de Dieu ne peut être exclu de cette unité. Lorsque Dieu fait allusion à la création, Il le fait à travers les cieux, la terre et ce qui est entre les deux. Cela signifie que la création est une unité à part entière et harmonieuse qui œuvre  selon un processus équilibré. Dieu dit :

Nous n’avons créé les cieux et la terre et ce qui est entre les deux qu’avec vérité et pour un terme dénommé. (Al-Ahcâf ; verset 3)

L’adoption du concept de globalité de l’environnement constitue actuellement un but essentiel auquel souhaite parvenir la pensée scientifique en général et la pensée écologique en particulier. A ce propos, il y a lieu de signaler que le concept de développement durable n’a pas de sens s’il n’est pas associé en pratique au concept de globalité de la connaissance. Cette globalité est un principe sur lequel se base le concept de développement durable tel qu’il est défini aujourd’hui. Ce qui est recherché par la globalité de la connaissance c’est sa complémentarité afin qu’apparaisse à travers elle l’unité de l’environnement et les relations entre ses composantes. Pour que la connaissance environnementale puisse être globale, la conférence de Tbilissi puis par la suite d’autres conférences ont recommandé que cette connaissance soit approchée de trois manières différentes à savoir :

- Les disciplines scientifiques restent indépendantes et offrent, chacune, des connaissances  pour élaborer une conception globale sur l’environnement, c’est ce qu’on appelle la Multidisciplinarité.

- Les disciplines scientifiques demeurent indépendantes tout en entretenant des liens assurant la complémentarité de ces différentes disciplines et élaborer ainsi une conception globale sur l’environnement. C’est ce qu’on appelle l’Interdisciplinarité.

- Les frontières séparant les différentes disciplines se démantèlent pour réaliser l’unité du savoir, c-a-d, ce qu’on appelle la science environnementale et non les sciences environnemantales comme c’est le cas actuellement. Cette tendance est connue sous le nom de Transdisciplinarité.

Si la première approche est en fait appliquée, la deuxième est par contre difficilement applicable vu les barrières qui existent entre les disciplines scientifiques. Quant à la troisième approche, il s'avère inapplicable étant donné que le raisonnement scientifique contemporain est basé principalement sur la conception de la réalité comme unités indépendantes, alors qu’il faut concevoir l’environnement en tant qu’ensemble homogène et indivisible.

Il convient de noter que l’unité du savoir adoptée par les penseurs contemporains en matière d’environnement  est déjà citée dans le Saint Coran et dans le Hadith. En effet, le terme “savoir” est employé dans le Coran et dans la Sunna au singulier et jamais au pluriel.

Dans le même ordre d’idée, si le Saint Coran aborde l’unité de l’univers c-à-d le caractère globale de l’environnement, il a également fait allusion à l’unité du savoir, ce qui veut dire que l’idée de transdisciplinarité mise en avant par les penseurs contemporains en matière d'environnement  a déjà été citée dans le Coran.

Le choix du principe de “l’unité de l’univers” comme premier principe du développement global selon l’optique de l’islam impose à l’être humain de concevoir l’environnement comme unité homogène. Et même s’il adopte une approche de répartition dans le processus de découverte de l’environnement, son comportement doit être en harmonie avec le principe de globalité et basé sur le respect de l’environnement.

 

4.2. Le deuxième principe général : La Balance

On entend par Balance l’état d’équilibre qui marque les rapports entre les différentes composantes de l’univers leur permettant d’interagir dans un contexte de relations équilibrées. La Balance suppose ainsi de se garder de l’abus et du gaspillage dans notre comportement vis-à-vis de l’environnement. Nous avons déjà indiqué que la vie est tributaire de l’équilibre qui régit l’écosystème. En effet, l’Homme en passant sur l’unité de l’univers, son instinct et la mission de successeur dont il est investi, perturbe l’ordre établi par Dieu en tant que garantie de la vie dans l’univers. La Balance ne doit pas être entendue dans son acception matérielle seulement, mais aussi tout comportement de l’Homme vis-à-vis de l’environnement doit être empreint de justesse et en harmonie avec l’environnement. Le Tout-Puissant dit à ce propos :

“C’est Dieu qui a fait descendre l’Écrit avec la Vérité, fait descendre la balance” (La Concertation, verset 17)

4.3. Le troisième principe général : La Mesure

Dieu Dit “Quant à nous, toute chose Nous avons créée à la mesure” (La Lune, verset 49)

Le Tout Puissant quand il a créé les différents éléments de la nature, il a veillé à ce que ces éléments soient équilibrés et homogènes de point de vue qualitatif et quantitatif. Cela suppose que les composantes de l’environnement se présentent sous différentes formes et à des quantités variantes. A titre d’exemple, on observe la présence dans la mer de différentes formes de vie qu’on ne peut observer à l’oeil nu. Ces éléments doivent leur existence à l’homogénéité et l’équilibre qui régissent leur relation. Ainsi, la quantité et la qualité sont deux éléments qui revêtent une importance capitale dans le maintien de cet équilibre. Si l’eau de mer contient de grandes quantités de phytoplancton, c’est parce que ce dernier constitue le principal aliment pour divers êtres vivants visibles et invisibles qui servent également d’aliment pour d’autres êtres vivants et ainsi de suite. De plus, le phytoplancton est la première source d’oxygène après les espaces verts terrestres.

La différence de quantité entre les composantes de l’environnement joue un rôle primordial dans la préservation de son équilibre. D’ailleurs, Dieu dit : "Toute chose trouve en Lui sa mesure" ("Tonnerre”, verset 8). La création des choses ne relèvent donc pas de l’absurde et la quantité des éléments dans la nature revêt une importance capitale dans leur cohésion et homogénéité.

4.4. le quatrième principe général : Diversité de la création

Comme nous l’avons déjà signalé, à mesure que les formes de vie varient, les écosystèmes acquièrent une grande capacité de résistance aux changements qui y s’opèrent, soit de manière naturelle ou suite à l’intervention de l’Homme. En d’autres termes, ces écosystèmes utilisent la diversité de la création comme moyen pour préserver leur état et équilibre naturels. Le principe de quantité est donc indissociable du principe de diversité de la création.

La diversité de la création offre de grandes opportunités pour réaliser un équilibre écologique durable. Ces opportunités sont tantôt manifestes tantôt latentes dans l'univers. Dieu dit : "Gloire à la transcendance de Celui qui a tout apparié dans Sa création : leur personne, et ce qui pousse sur la terre, et ce qui leur reste inconnu !"  (Yâsîn, verset 36)

4.5. le cinquième principe général : la Surveillance de la terre

Au lieu de se proclamer maître de la Terre, l’Homme doit garder à l’esprit que Dieu a fait de lui Son successeur sur terre pour la surveiller. En effet, Dieu a élu l’Homme parmi les autres créatures et l’a muni de la raison, de l’intelligence et de l’instinct pour mener à bien sa tâche. De plus, l’Homme se doit d’utiliser son savoir pour accomplir la mission de successeur dont il est investi et garantir le droit à tirer profit des ressources de la terre pour lui et pour les générations à venir. L’Homme est aussi tenu de surveiller la terre comme Dieu le lui a ordonné. Dieu dit: "Et puis Nous fûmes de vous après eux leurs successeurs sur la terre,  afin de voir comment vous agiriez" ("Jonas”, verset 14)

4.6. Le sixième principe général : L’exaltation

Nous avons déjà signalé que Dieu avait investi ses créatures de missions déterminées. Et lorsque l’être s’applique à accomplir ses tâches, il en tire profit et, de ce fait, rend service aux autres créatures d’une part et obéit à son Créateur d’autre part. Dieu dit : "Nous n’avons pas créé le ciel et la terre non plus que leur entre-deux, par jeu" ("Les Prophètes”, verset 16).

L’Homme doit être conscient de cette vérité et être parmi ceux qui exaltent Dieu en accomplissant parfaitement sa mission de successeur. L’exaltation étant l’obéissance à Dieu, c-à-d l’application de Ses Commandements, cela implique de la part de l’Homme une intervention dans l’environnement sans gaspillage ni abus.

En somme, ces six principes généraux sont interdépendants. L’observance par l’Homme de ces principes dans ses comportements vis-à-vis de l’environnement est la voie qui mène au développement durable en vue de réaliser le peuplement de la terre et le bien être de l’humanité.

 

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