Islamic Educational, Scientific and Cultural Organization - ISESCO -

 

Rapport sur les actions de l’ISESCO et sa vision prospective
en matière de gestion des ressources en eau dans le Monde islamique

 

I- Introduction

L’eau est l’une des denrées les plus essentielles dont Dieu a gratifié l’être humain pour sa survie, sa viabilité et son développement.

Après le problème de la croissance démographique, la rareté de l’eau est censée devenir, le deuxième défi majeur auquel le monde en général et les pays islamiques en particulier doivent faire face au cours de la décennie à venir. Nombreux sont en effet les rapports qui dépeignent à ce sujet des situations graves dans différentes régions du monde. Ainsi, plus de 1,4 milliards d’individus dans les pays en développement n’ont pas accès à une eau propre et potable et plus de 450 millions souffrent d’une situation de pénurie d’eau.  Il est même des régions où la pénurie est tellement prononcée qu’il en résulte une aridité du sol, voire une sécheresse de la terre qui mène tout droit vers la faim si ce n’est vers la famine. La plupart de ces populations mondiales sont obligées de marcher au moins 3 heures pour atteindre un point d’eau. Pire, le nombre de réfugiés qui quittent leurs pays à cause des problèmes de l’eau et des crises écologiques est en train de dépasser celui des réfugiés fuyant les guerres. Les ressources naturelles en eau n’ont connu aucune amélioration quantitative, leur niveau a plutôt diminué à cause des changements climatiques. En raison de la croissance démographique dans le monde, la demande en eau d’irrigation et en eau potable va croître de 20% dans les 25 prochaines années. Et comme l’économie de la plupart des pays en développement repose sur l’agriculture, le manque d’eau risque de provoquer  une pénurie en denrées alimentaires dans plusieurs régions du monde. La mauvaise gestion de l’eau a eu pour effets de réduire largement les récoltes agricoles, d’altérer considérablement la texture du sol, de permettre une exploitation excessive et d’augmenter le taux de salinité dans l’eau. Par ailleurs, la pollution de l’eau est l’un des principaux facteurs responsables de maladies largement répandues de par le monde et qui mettent fin chaque année à la vie de milliers d’individus notamment dans les pays les moins développés. Cette pollution met également en danger le milieu aquatique, si bien que plusieurs espèces animales vivant dans l’eau douce disparaissent à un rythme cinq fois supérieur à celui de la disparition de la faune terrestre. Les flux massifs sous forme d’inondations ou de grandes pluies sont de nature à détruire les logis et à aggraver l’indigence des populations dans les pays qui ne sont pas correctement équipés pour affronter ce genre de sinistre.

Selon le rapport de la Commission mondiale sur l’eau, la population du monde a triplé au cours du siècle dernier alors que la consommation générale de l’eau s’est multipliée par six. 50% des surfaces marécageuses ont disparu lors du siècle précédent et 20% des poissons d’eau douce ont disparu ou sont en voie de disparition, la plupart des nappes phréatiques, déjà profondes, diminuent d’un mètre chaque année, quelques unes d’entre elles sont à jamais corrompues par le phénomène de salinité.

Dans les pays islamiques, la majeure partie des eaux souterraines et des eaux de surface sont drainées à partir de rivières partagées et de nappes aquifères. C’est ainsi que de nombreux conflits ont déjà vu le jour au niveau des villages et des villes. Et malgré les liens de fraternité qui unissent les pays islamiques, confrontations et autres différends vont s’aggravant à cause du partage de l’eau. Compte tenu de la détérioration de la situation de l’eau et l’augmentation prévue au niveau de la demande en eau durant les prochaines décennies, ces différends peuvent dégénérer en conflits armés entre les pays islamiques.

L’islam a clairement mis en avant le rôle vital de l’eau dans la vie de l’Homme sur terre. Dans le Saint Coran, le terme " eau " est mentionné dans plus de 50 versets et dans plus de 40 sourates. L’accent y est mis sur les règles d’utilisation de l’eau, sur l’importance de sa conservation et sur l’usage rationnel des ressources aquatiques. Dieu dit dans le Coran : "Ô fils d’Adam, portez vos parures en tout lieu de prière. Mangez et buvez ; ne commettez pas d’excès. Dieu n’aime pas ceux qui commettent les excès." (Al-A’raf, verset 31). Selon les préceptes de l’islam, Dieu a gratifié l’Homme de la meilleure image qui soit et chaque chose dans l’univers a été créée grâce à un savant équilibre pour remplir une fonction. A l’Homme incombe donc la charge d’utiliser ces ressources de manière réfléchie, judicieuse et hautement responsable. Tant et si bien qu’il est de notre devoir d’accorder une grande importance à des questions aussi graves que les pénuries et la pollution de l’eau, le contrôle des inondations, la sécheresse etc…

II- Le modus operandi de l’ISESCO en matière de gestion des ressources en eau

Depuis sa création, il y a vingt-cinq ans, l’Organisation islamique pour l’Education, les Sciences et la Culture s’est toujours fixée pour priorité de consolider les liens qui unissent le peuple musulman et n’ a ménagé aucun effort ni aucun moyen afin de contribuer à l’établissement de la paix et de la sécurité dans le monde. De fait, l’Organisation islamique a relevé plusieurs défis touchant les domaines de l’éducation, des sciences et de la culture dans le Monde islamique et ce, à travers ses Plans d’actions à court et à moyen-termes. A ce titre, la protection de l’environnement et la gestion des ressources naturelles demeurent le point d’intérêt par excellence dans la politique du développement durable. La gestion des ressources en eau constitue par ailleurs l’un des maillons forts de cette politique. C’est à ce titre que l’ISESCO entend s’attaquer aux différents problèmes de l’eau dans le Monde islamique. Actuellement, l’ISESCO est en train de mettre en œuvre son premier Plan d’action triennal (2001-2003), (sixième de la série) dans le cadre du deuxième Plan d’action à moyen terme (2001-2009). A l’intérieur de ce Plan, les programmes et les activités inscrits dans le domaine de " la gestion des ressources en eau " se sont vus élargir pour s’intéresser de manière plus globale aux problèmes de l’eau dans les Etats membres en vue d’accorder plus d’importance aux questions de la gestion des ressources hydriques. Les politiques et les stratégies sont régulièrement mises à jour à la lumière des conclusions des forums internationaux et des recommandations émises à l’occasion de symposiums de portée internationale. La Déclaration et "l’Agenda-Cadre scientifique pour l’Action" de la Conférence mondiale sur la Science, dont l’ISESCO fut l’un des partenaires, ont à leur tour tracé les principales lignes directrices et posé les principaux jalons dans le but d’intégrer les projets et les plans concernant la gestion des ressources en eau aux programmes majeurs de l’Organisation islamique.

III- Les actions de l’ISESCO dans le domaine de la gestion des ressources en eau

Les programmes et les activités dédiés à une gestion d’eau efficace et écologiquement viable ont figuré dans les Plans d’action successifs de l’ISESCO. Il est à noter que ces programmes et ces projets ont été mis en œuvre dans différentes parties du monde telles l’Asie, l’Afrique et les régions du Monde arabe. Ont été également mis en œuvre, dans le cadre des multiples axes, plusieurs programmes traitant des problèmes de l’eau tels le développement et la gestion des ressources halieutiques des eaux douces, le contrôle de la désertification, la préservation de la biodiversité et l’usage de la biotechnologie dans les régions arides...

III-1 Les forums internationaux sur les principales questions de l’eau

L’ISESCO a organisé un certain nombre de conférences, séminaires et autres symposiums soit seule soit conjointement avec d’autres partenaires sur divers thèmes relatifs à la gestion de l’eau. La Conférence internationale sur "l’Energie, l’Eau et le Dessalement" tenue à Tripoli (Libye) en juin 2000 a permis, à travers les discussions qui ont eu lieu sur les technologies et les systèmes de dessalement, de promouvoir les techniques les moins coûteuses en matière de production d’eau dessalée et traitée. Le Séminaire international sur "la lutte contre la désertification: Ressources d’eau douce et Réhabilitation des terres dégradés des régions arides", organisé au Tchad en octobre 2000 en collaboration avec l’UNESCO et d’autres partenaires régionaux et internationaux, a permis de tracer des lignes directrices en vue de mettre en œuvre les moyens nécessaires à la réhabilitation des terres dégradées. Le Symposium international sur "l’Energie solaire et le Dessalement de l’eau" tenu à Tripoli (Libye) en mai 2001 a permis de discuter des techniques de dessalement par l’énergie solaire et d’ouvrir des perspectives d’avenir concernant l’utilisation des énergies renouvelables. Nombreux et variés sont les autres séminaires régionaux et internationaux qui ont été organisés autour de la gestion des ressources en eau et qui ont mis l’accent sur l’exploitation durable des ressources en eau douce. Les technologies nouvelles et novatrices dans le domaine de la gestion des ressources en eau ont été promues à travers les discussions et les débats dont elles ont fait l’objet lors des forums précités.

L’ISESCO a également prodigué son soutien aux activités de différentes organisations régionales et nationales, centres et instituts par la mise en application de leurs programmes de gestion de l’eau. De même que l’Organisation islamique est demeurée le partenaire de plusieurs conférences internationales. La Conférence internationale de l’Académie islamique des Sciences sur "l’Eau dans le Monde islamique : une Crise imminente" tenue à Khartoum ( Soudan) en décembre 1994 a permis de discuter dans le détail l’état de la gestion des ressources en eau, les politiques et les programmes dans le domaine de l’eau, les technologies et autres questions d’importance vitale qui touchent les pays islamiques. Dans les conférences qui ont nouvellement eu lieu  comme celle qui concernait  "la gestion des ressources hydriques dans les régions arides" organisée en mars 2002 par l’Institut du Koweït pour la Recherche scientifique (Koweït)  sous le haut patronage de Son Altesse le Prince Héritier Sheikh Saad Al-Abdullah Al-Sabah , "la Conférence régionale du Moyen-Orient" et "le Symposium international sur l’Hydrologie et l’environnement" tenue au Caire (Egypte) en avril 2002 ont été toutes couronnées de succès  dans la mesure où toutes ces conférences ont toutes traité de questions cruciales telles les programmes relatifs à la gestion des ressources en eau dans les pays musulmans, les politiques et les stratégies adoptées dans le domaine de l’eau, l’utilisation de l’eau en irrigation, la rareté de l’eau, le partage de l’eau, la conservation de l’eau, la maîtrise des inondations etc…

III- 2 Les connaissances en matière de gestion des ressources en eau

Dans le but de sensibiliser le grand public et d’améliorer ses connaissances ainsi que celles des scientifiques et des techniciens qui s’occupent de la gestion des ressources en eau, l’ISESCO procède à la publication régulière de documents d’information et des toutes dernières études parues dans le domaine de l’eau et des technologies y afférentes, elle procède également à leur large diffusion afin de promouvoir l’utilisation des nouvelles technologies dont le coût est avantageux. Par ailleurs, des études comme "Les déchets de mer et leur impact sur l’environnement marin", "L’utilisation de l’eau saumâtre dans la production agricole", "Le captage de l’eau de pluie", "Le contrôle des inondations dans les pays inondables" et les actes des réunions d’experts et des conférences nationales et internationales organisées par l’ISESCO dans le domaine de la gestion des ressources en eau ont permis d’atteindre les objectifs fixés. Les actes du séminaire régional sur "les pratiques et la législation relatives à l’exploitation de l’eau" ont contribué à l’amélioration des connaissances en matière des réformes dont a fait l’objet le secteur de l’eau. L’ISESCO a en outre fait traduire l’ouvrage intitulé : Maji-eau et les hommes en collaboration avec le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE)), qui est en phase d’édition et sera publié prochainement dans ses versions anglaise, française et arabe.

III- 3 L’éducation en matière de gestion des ressources en eau

L’éducation joue un rôle important dans la sensibilisation du public tant au niveau individuel que collectif. C’est ainsi que la notion de développement durable a constitué une composante majeure dans les différents supports éducatifs allant des programmes scolaires aux livres en passant par les manuels didactiques édités par l’ISESCO. Des programmes variés ont également contribué au développement des ressources humaines dans le domaine de la gestion de l’eau. Citons en les suivants : l’octroi d’une bourse d’études universitaires, l’octroi de bourses de développement aux jeunes scientifiques prometteurs, sans oublier les bourses de recherches qui ont contribué aussi au développement des ressources humaines actives dans le domaine de la gestion des ressources en eau. De surcroît, l’ISESCO a publié en 1999 un programme et un manuel didactiques comprenant des cours sur la gestion des ressources en  eau destinés aux universités du Monde islamique afin de combler le besoin ressenti dans ces pays en matière de gestion de l’eau. Ce cours traite de la gestion des ressources hydriques sous le double volet théorique et pratique en accordant une attention particulière aux questions de l’eau au sein des pays islamiques.

III- 4  Mise à jour des connaissances et des compétences relatives à la gestion des ressources en eau

Pour disposer de compétences hautement qualifiées dans le domaine de la gestion de l’eau, l’ISESCO s’est fixée comme objectif, dans le cadre de son programme dédié à la gestion des ressources hydriques, de former les jeunes scientifiques et chercheurs, d’améliorer les connaissances des responsables politiques, planificateurs et directeurs, d’améliorer le savoir-faire des techniciens opérant dans le domaine de la gestion des ressources en eau. Au surplus, un certain nombre de séances de formation, d’ateliers et de stages ont été organisés dans différentes régions du Monde islamique dans le but d’améliorer les compétences de leurs ressources humaines et partant, mener à bien leurs politiques et leurs programmes. Les avantages de ces formations se sont étendus aux populations du milieu rural en cela qu’elles ont contribué à l’amélioration de leur savoir-faire technique et de leurs compétences pratiques à travers l’usage de diverses technologies utiles destinées à gérer au mieux  les ressources en eau dans le milieu rural. Des stages ont été organisés dans ce contexte tels que l’atelier sur "la topographie souterraine" ainsi que des programmes de formation régionaux sur  "la gestion des ressources en eau" tenu en Egypte en juillet 2000 et sur "l’application de la microinformatique au sondage des eaux souterraines" organisé à Oman en septembre 2001 avec la coopération de l’UNESCO et de l’ALECSO. A noter que ces ateliers ont également contribué au développement des capacités de gestion des ressources hydriques dans les Etats membres.

Compte tenu du problème de la rareté de l’eau, des cours de formation destinés à améliorer les usages de conservation de l’eau sont en projet. Dernièrement, l’ISESCO a organisé un cours de formation régional qui a eu lieu en Syrie au mois de mars 2002 sur "la récupération des eaux usées et leur utilisation dans les jardins des particuliers aux faibles revenus". Ce cours a renseigné sur les technologies nécessaires à la réutilisation des eaux usées. L’ISESCO vise à promouvoir à travers son Plan d’action actuel (2001-2003) les nouveaux dispositifs ainsi que les nouvelles technologies et méthodes notamment dans les domaines de l’assainissement de l’eau, le recyclage des eaux usées, le dessalement et la disponibilité des ressources en eau particulièrement dans les environnements à risque.

III- 5 Consolidation des efforts de gestion des ressources en eau

Dans le but d’activer la coopération et la collaboration parmi les chercheurs et les scientifiques, l’ISESCO a mis en œuvre des programmes du type "Bourses de voyage" afin de permettre aux intéressés d’assister aux manifestations internationales et de présenter leurs articles scientifiques ; "Promotion des échanges parmi les scientifiques et les chercheurs" est un programme qui vise à tirer parti des expériences mutuelles et de soutenir le développement et la gestion des ressources en eau dans les Etats membres. La collaboration avec les autres organisations régionales et internationales a démontré son efficacité dans la mise en œuvre de divers programmes en matière de gestion de l’eau et ce, notamment avec la Fondation internationale de l’Energie, l’ACCT, l’UNESCO et autres agences des Nations Unies, sans oublier les centres et les instituts régionaux.

De plus, l’ISESCO projette de créer un réseau de scientifiques et de chercheurs apparentés à des institutions de gestion de l’eau afin de développer une coopération régionale et internationale et, par suite, prendre des initiatives conjointes dans le but de traiter les problèmes cruciaux à travers le partage du savoir, l’échange d’expériences et de pratiques et la conception de stratégies et de programmes fructueux dans les Etats membres.

IV- Les défis à relever par les pays islamiques dans le secteur de l’eau

Les problèmes de l’eau ont toujours donné du fil à retordre aux gouvernements des pays islamiques. Néanmoins, la croissance démographique, la recrudescence des besoins de tout genre, les facteurs climatiques et leurs rapports avec d’autres situations non moins critiques telles la pauvreté, la nutrition, l’alimentation, la santé et leur impact sur l’amélioration des conditions socio-économiques sont autant de facteurs qui ont acculé les plus hautes autorités à prendre plus au sérieux ces questions. Le Comité scientifique sur les Problèmes de l’Environnement relevant du Conseil international pour la Science a mené une enquête spéciale pour le compte de "GEO 2000" sur les questions environnementales qui exigent un intérêt particulier au 21ème siècle. Cette enquête révèle que la rareté de l’eau constitue le deuxième sujet d’inquiétude après le problème des changements climatiques alors que la pollution de l’eau vient en quatrième position dans une liste qui contient 36 sujets des plus inquiétants.

Les pays islamiques sont des pays en développement, par conséquent, la situation grave et généralisée en matière d’eau procède des données intrinsèques à ces mêmes pays. La raréfaction de l’eau et la détérioration de sa qualité dans la plupart des pays islamiques ne minent pas seulement leur processus de développement économique mais menacent tout simplement leur existence. A ce propos, les pays islamiques sont en train de faire face aux défis suivants : 

- Un grave épuisement des ressources en eau douce qui a pour causes une pénurie naturelle, une importante croissance démographique et une consommation toujours plus grande des eaux. Or, ce déficit en eau qui  touche les pays islamiques est appelé à s’aggraver dans la prochaine décennie.

- Le niveau des nappes phréatiques a déjà diminué de manière significative et les ressources en eau disponibles s’épuiseront dans les 20 prochaines années si la consommation de l’eau douce n’est pas rationalisée. La disponibilité de l’eau constituera un problème central pour le développement de l’agriculture dans les pays arides et semi-arides de l’est méditerranéen.

- Les infrastructures, les données techniques et le savoir-faire dont disposent les pays islamiques ne sont pas appropriés, la mauvaise utilisation et la mauvaise gestion des ressources en eau ne font qu’empirer en l’absence de programmes adéquats destinés à la formation de ressources humaines qualifiées en la matière, à la recherche et à la mise en place d’outils de formation.

- L’aggravation de la pollution de l’eau représente un danger de mort aussi bien pour les êtres humains que pour la vie aquatique ; elle est également à l’origine de plusieurs autres problèmes graves notamment dans les pays islamiques et les régions d’Afrique.

- Les tensions générées par le partage des rivières internationales et des nappes aquifères s’accentuent ; ces tensions peuvent dégénérer, à cause de la rareté de l’eau, en conflits régionaux, voire en belligérance  entre pays islamiques.

Dans le préambule de l’Agenda 21, on peut lire : "Si aucune nation ne peut accomplir ces actions à elle seule, ensemble nous le pouvons dans le cadre d’un partenariat global qui mène vers le développement durable. Nous sommes en mesure d’améliorer le niveau de vie de ceux qui sont dans le besoin. Nous pouvons mieux gérer et protéger les écosystèmes et construire un avenir prospère pour nous tous". A l’heure actuelle, il n’existe aucun mécanisme collectif capable de faire face au problème de la gestion de l’eau au niveau de la Oumma islamique. D’où la nécessité de concevoir une stratégie pour la gestion des ressources en eau à l’échelle du Monde islamique et de s’attaquer aux autres  questions qui se posent sur les plans national, régional et international. Cette stratégie doit, en plus de la situation problématique actuelle, faire face aux problèmes d’avenir et ne pas perdre de vue les besoins environnementaux, économiques, politiques, technologiques et sociaux.

V-  Stratégie pour la gestion des ressources en eau

Afin de relancer le processus de développement scientifique et technologique dans les pays islamiques, l’ISESCO a élaboré une "Stratégie pour le Développement de la Science et de la Technologie dans les pays islamiques". Ladite Stratégie fut examinée et adoptée lors de la 18ème session du Conseil exécutif de l’ISESCO et approuvé par la 8ème session de la Conférence islamique au sommet (session sur la Dignité, le Dialogue et de la Participation) tenue en décembre 1997 à Téhéran, en république islamique d’Iran. La première version du document intitulé "Mécanismes de mise en oeuvre" fut élaborée par l’ISESCO et soumis à la Réunion de Coordination des ministres de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique des Etats membres de l’ISESCO, tenue le 28 juin 1999 en parallèle avec la Conférence mondiale sur la Science qui a eu lieu à Budapest (Hongrie). Les versions révisées de la Stratégie et des Mécanismes de mise en oeuvre ont été approuvés plus tard, lors de la 9ème session de la Conférence islamique au Sommet (session sur la Paix et le Développement- Intifada d’Al Aqsa), tenue en novembre 2000 à Doha, Qatar, (Résolution N°.48/9-E(IS)).

Les mécanismes de mise en oeuvre de la Stratégie pour le Développement des Sciences et de la Technologie dans les pays islamiques mettent l’accent sur la protection de l’environnement et le développement durable des ressources naturelles comme étant préalables au développement du Monde islamique. Cette Stratégie prévoit la promotion de l’usage des technologies à même de réduire le taux de pollution et incite à la mise en œuvre de programmes spécialisés ayant pour objectif de traiter des questions aussi cruciales que le contrôle de la déforestation, la préservation de la biodiversité ainsi que les ressources halieutiques et aquatiques, la gestion des ressources en eau, le contrôle de la désertification, le traitement des déchets afin de protéger l’environnement et la gestion durable des ressources naturelles.

La première Rencontre du Conseil consultatif pour la mise en œuvre de la Stratégie de Développement des Sciences et de la Technologie dans les pays islamiques, tenue à Fès (Royaume du Maroc) en septembre 2001, a examiné, entre autres, la question de l’eau dans le Monde islamique et recommandé à l’ISESCO de mettre sur pied des commissions d’experts qui seront chargées d’élaborer une stratégie de gestion des ressources en eau dans les pays islamiques. L’ISESCO a déjà contacté les Etats membres pour les convier à prendre part à ce processus et constitué une commission d’experts afin de présenter un projet de Stratégie de Gestion des Ressources en Eau.

Les principaux éléments de cette Stratégie sont exposés ci-après pour être discutés et éventuellement complétés par les États membres :

V-1 Le mécanisme

La gestion des ressources en eau de manière efficace et durable est un processus complexe qui requiert un examen global et une contribution qui proviennent de parties diverses. A la lumière des expériences qui ont été accumulées par le passé dans le domaine de la gestion des ressources en eau, les recommandations, les débats et les enseignements tirés de la mise en oeuvre de différents projets de gestion d’eau dans les Etats membres montrent que la situation dans les pays islamiques est autrement plus compliquée et nécessite, par conséquent, une approche nouvelle pouvant améliorer la situation et aboutir à un développement durable, tout en tenant compte des politiques adoptées au niveau international. Aucune stratégie ne peut réussir si les intérêts de toutes les parties impliquées ne sont pas pris en considération.

En tenant compte de leurs principaux besoins, la Stratégie devrait apporter d’importants avantages à tous les Etats membres en vue d’une gestion efficace de l’eau. Les gouvernements sont conviés à offrir leur coopération et à mettre sur pied des organismes représentatifs afin de coordonner et de revoir les mécanismes de mise en oeuvre. Des ressources financières adéquates doivent être disponibles pour l’application d’un nouveau programme d’intérêt commun relatif à la gestion de l’eau. La Stratégie peut être initiée à travers les politiques nationales de chaque Etat islamique, lesquelles peuvent être mises à jour en fonction des politiques et des programmes conçus à l’échelon régional et ce, dans le cadre des mécanismes de mise en oeuvre de la Stratégie. Cela permettra également de satisfaire les priorités nationales qui constitueront à leur tour des priorités régionales ; dans ce contexte, la coopération régionale permettra de construire une vision à l’échelle de la Oumma islamique. Un soin particulier doit cependant être apporté aux pays les moins développés qui souffrent de pénuries d’eau.

V-2 Renforcement des capacités des institutions

Dans les pays islamiques, la faiblesse et le dysfonctionnement des institutions constituent les principales causes de l’inefficacité et de la précarité qui entachent les  services des eaux. D’où la nécessité de revoir de toute urgence les capacités des institutions à tous les niveaux en vue de renforcer les atouts scientifiques, technologiques et législatifs au sein de la Oumma islamique. Il est tout autant nécessaire de promouvoir les centres de recherche et d’études sur l’eau qui existent chaque pays et de créer des centres de recherche spécialisés au niveau régional qui auront pour vocation de traiter de ces questions vitales. Les relations d’échange entre les centres nationaux et régionaux d’une part, et les centres de renommée mondiale basés dans les pays développés d’autre part,  peuvent être d’un grand apport.

V- 3  Instruction et formation dans le domaine des ressources en eau

La formation est l’un des moyens fondamentaux destinés à améliorer les prestations de manière efficace. Le manque d’une main d’œuvre qualifiée et expérimentée nous accule à mettre en application des programmes de formation et d’instruction afin de satisfaire les besoins des institutions en ressources humaines capables de gérer efficacement les ressources en eau. Une formation de base, une amélioration des connaissances et une formation aux nouvelles technologies sont incontournables pour les techniciens comme pour les hauts responsables de la gestion. De même qu’il est impératif de créer des instituts de formation au niveau régional et international pour y dispenser une formation aux nouvelles technologies sur une base régulière. Par ailleurs, on ne saurait insister trop sur l’importance de la sensibilisation du grand public aux questions de l’eau. Dans ce sens, des programmes seront lancés, qui sensibiliseront aux problèmes de l’eau et initieront aux méthodes de conservation à travers la publication de manuels de vulgarisation, les mass media et internet.

V- 4  Promotion et soutien de la recherche

Il s’agit de promouvoir et de soutenir les activités de la recherche à travers différents canaux et de créer des centres de recherche régionaux et internationaux communs à tous les pays islamiques afin de se pencher sur l’étude des problèmes spécifiques et d’y apporter des solutions adaptées. Les avancées technologiques et scientifiques seront intégrées dans le cadre du soutien aux programmes de recherche. Des groupes de travail et des commissions d’experts seront mis en place pour déterminer les priorités, étudier conjointement les questions d’intérêt commun et stimuler la coopération entre les pays islamiques afin d’agir de concert quant aux questions jugées vitales. Les résultats de la recherche, conjugués aux bons usages et méthodologies pertinentes, seront largement diffusés à travers leur publication dans les revues scientifiques et autres périodiques.

V- 5  Les mécanismes de mise en oeuvre des projets liés à l’eau

Une politique islamique de l’eau sera mise au point et subira une révision bisannuelle ou sur une autre base périodique suivant les besoins. Cette politique traitera des questions placées au centre des préoccupations en matière de gestion de l’eau. Une large palette d’activités sera programmée dans le cadre des mécanismes de mise en application qui seront le fruit d’une consultation mutuelle et subiront une révision si besoin est. Des directives seront également données pour orienter les programmes relatifs aux capacités des institutions, à la formation et à l’éducation requises, aux pratiques et aux méthodologies pertinentes. Les projets-pilotes seront, eux, mis en œuvre suivant des aspects nouveaux. Des commissions d’experts ou des comités islamiques de direction peuvent être mis sur pied et chargées de concevoir, mettre en œuvre, superviser et assurer le suivi des programmes prévus dans le cadre des mécanismes de mise en application. Il est à rappeler cependant que les solutions que l’on peut apporter à la gestion de l’eau ne résident pas uniquement dans les domaines ayant un lien direct avec le secteur de l’eau. En effet, on peut penser à alléger le fardeau de la pauvreté, contrôler la désertification, lutter contre la faim et la famine, conserver la biodiversité de la vie aquatique etc. Tous ces problèmes seront traités dans le cadre des mécanismes de mise en application de la gestion de l’eau, en jugulant l’effet des facteurs internes et externes. La pollution de l’eau, le traitement des déchets, la salinité et autres problèmes du même degré de gravité seront à leur tour traités à partir d’un point de vue externe.

V- 6  Evaluation de la situation des ressources en eau disponibles et des priorités

L’évaluation des  quantités d’eau disponibles et des différents usages que l’on en fait permet de constater une indigence documentaire dans la plupart des pays islamiques. Quoiqu’il en soit, une enquête nationale aura lieu afin d’établir une base de données sur les ressources hydriques renouvelables. Les questions épineuses ainsi que les défis et les forces directrices seront déterminées et les contraintes évaluées. Pour la planification, la formulation et la mise en œuvre des projets, on se fondera sur les informations fournis par ces bases de données.

V- 7  Les technologies de l’eau

Les technologies liées à la gestion de l’eau seront développées à travers un programme spécialisé et seront transmises sous forme de "package" comprenant aussi bien la formation que l’adaptation de ces technologies. Les technologies de conservation permettent de gagner en efficacité et d’optimiser l’affectation et la répartition de l’eau. De plus, les technologies de conservation et les méthodes de gestion favorisent la consommation économique, l’usage efficace, l’acheminement et la réutilisation des eaux usées. A l’évidence, une application efficace de ces technologies aide à conserver les ressources en eau afin de satisfaire les besoins de base et de réduire les gaspillages.

V- 8  Intégration de la technologie d’information dans la gestion de l’eau

L’intégration de la technologie d’information dans la gestion de l’eau joue un rôle important dans la collecte, l’assimilation, l’analyse et la diffusion des informations multisectorielles nécessaires  à la formulation, à la planification et à la prise de décision en matière d’investissement, à la gestion et au contrôle des opérations. En outre, les Etats membres devraient promouvoir l’échange des informations et leur diffusion à des échelles très larges à travers le réseau internet et autres moyens de communication modernes.

V- 9  Règlement des conflits générés par le partage de l’eau

Le problème des eaux internationales doit bénéficier d’une attention particulière dans les pays islamiques. L’eau est en passe de devenir l’une des principales causes de conflits ; mais en même temps, elle peut faire office d’un catalyseur susceptible d’activer la coopération entre les pays islamiques à la lumière des préceptes de l’islam. Des efforts concertés et une action conjointe sont à même d’aider les pays musulmans à trouver des solutions à ces problèmes qui existent dans leurs différentes régions. La promulgation d’une série de règlements et de lois et l’adoption d’un Code de Conduite qui, sur la base des principes islamiques, détermine les critères d’un partage équitable des ressources en eau, sont des solutions qui peuvent être intégrées à la Stratégie. Au surplus, des cadres institutionnels peuvent être mis sur place de part et d’autre des grands cours d’eau, à l’intérieur aussi bien qu’à l’extérieur des pays islamiques, dans le but d’établir un terrain d’entente et de coopération entre eux et les autres États du monde concernant les rives partagées et afin d’échanger les savoir-faire et protéger les ressources de manière à en assurer une distribution juste et équitable.

VI- L’Agenda 21 et la Déclaration du Sommet Mondial

La Conférence des Nations-Unies sur l’Environnement et le Développement, tenue du 3 au 14 juin 1992 à Rio de Janeiro, Brésil, dite aussi "Sommet de la Terre", a adopté l’Agenda 21 qui est un plan d’action global destiné à être mis en application. Les notions de Développement durable et de Gestion des Ressources en eau y sont développées à la Section II, Chapitre 18, lequel stipule ce qui suit : "les ressources en eau douce doivent être évaluées et préservées;  les pouvoirs nationaux doivent se fixer comme objectif l’utilisation rationnelle de l’eau, la préservation de sa qualité, sa conservation et son amélioration. La recherche, la mise en mémoire des données, la conception et la large diffusion des informations relatives aux questions de l’eau potable sont nécessaires. Un approvisionnement en eau de bonne qualité doit constituer la règle pour toute la population mondiale, tout en veillant à préserver les écosystèmes. Les activités humaines doivent être adaptées aux ressources en eau disponibles afin d’éviter leur épuisement. Par ailleurs, il convient de lutter contre les maladies liées à l’eau car elles constituent le tiers des mortalités dans les pays en développement. Les technologies nouvelles doivent être mises à contribution afin d’exploiter les ressources hydriques de manière optimale et de les préserver de la pollution.". l’Agenda 21 a également prévu un plan intégré et une gestion de tous les types de ressources en eau nécessaires à contrecarrer la raréfaction et la dégradation progressive de ces ressources dans plusieurs régions du monde. En outre, l’Agenda 21 stipule que les plans de développement rationnel doivent englober plusieurs sortes d’usage dont : l’approvisionnement en eau, le système sanitaire, l’agriculture, l’industrie, le développement urbain, la production de l’énergie hydrique, la pêcherie fluviale, le transport et les loisirs, tout en veillant à la conservation et à la réduction du gaspillage de l’eau. Le contrôle des inondations et des phénomènes de sédimentation constitue également une priorité.

D’autres recommandations destinées à soutenir l’application du Chapitre 18 ont été formulées par la Commission sur le Développement durable lors de ses deuxième et sixième sessions tenues respectivement en 1994 et 1998 et par l’Assemblée générale des Nations Unies lors de sa 19ème Session spéciale dédiée à l’examen de la mise en œuvre de l’Agenda 21.

Dans le cadre de ses différentes réunions préparatoires et des activités parallèles globales, le Sommet Mondial sur le Développement Durable qui sera tenu à Johannesburg, Afrique du Sud, du 26 août au 4 septembre 2002, a accordé la priorité aux questions de l’eau aussi bien de manière directe (domaines de la gestion de l’eau) que de manière indirecte dans le cadre des programmes consacrés à l’allègement de la pauvreté, la santé, l’alimentation et la nutrition. En effet, les actions destinées à mettre en application l’Agenda 21 vont constituer un élément important des résultats du Sommet de Johannesburg. La Déclaration du Millénaire que les chefs d’Etats et de gouvernements sont appelés à adopter à Johannesburg est liée avec l’Agenda 21 pour parachever sa mise en application, elle contient des mesures destinées à protéger les écosystèmes et subvenir aux besoins des populations pauvres. Toutes ces actions ont pour but de déterminer les engagements des gouvernements et lancer un partenariat qui identifiera les parties qui sont préparées à mettre en œuvre les projets du développement durable. De même, le Sommet devrait fournir un programme d’action destiné à réaliser l’objectif de la Déclaration du Millénaire, à savoir l’accès aux ressources en eau. Le traitement des questions sociales telles que l’extrême pauvreté, le sous-développement, la production précaire, les modes de consommation, la dégradation de l’environnement contribuera à l’amélioration de la condition des ressources en eau.

 

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