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Deuxième Partie
La Période
médinoise
de la Sirah du Prophète (PSL)
Chapitre I
Les erreurs de l'Encyclopédie de l'Islam à propos de la
Hijra
1. Objectifs politiques des Médinois ?
Selon l'Encyclopédie de l'Islam, «les Médinois cherchaient à
attirer chez eux plutôt qu'un prédicateur inspiré, un leader
politique qui pût rétablir leurs relations politiques qui
avaient été brisées par les conflits tribaux récents, dont
la bataille de Bu'ath avait marqué le point culminant».
D'après ce passage, les Médinois avaient entendu l'appel à
l'Islam et accepté d'accueillir le Prophète (PSL), et de le
protéger pour des raisons d'opportunité politique plutôt que
par motivation religieuse.
L'analyse faite par l'Encyclopédie de l'Islam sur les
dessous de l'émigration à Yathrib (Médine) est matérialiste,
car elle écarte d'emblée les mobiles spirituels de cette
entreprise tels que l'amour d'Allah et la rétribution que le
Tout-Puissant réserve dans l'au-delà. Pourtant, rien
n'écarte l'hypothèse de la combinaison d'intérêts spirituels
et temporels chez les Médinois, quand ils permirent au
Prophète de se rendre à Médine. Les conditions politiques,
qui prévalaient à Médine, étaient probablement la cause
indirecte de l'hospitalité dont ses habitants ont fait
preuve vis-à-vis du Prophète et de leur conversion à
l'Islam.
Cependant, bien au-delà de ces considérations, on ne saurait
oublier que c'est la volonté divine qui inspira cette
émigration et guida Son Messager, tel que le dit un hadith
reproduit par Al Bukhari et Muslim, dans leurs Çahih
respectifs, selon lequel le Prophète (PSL) a dit : «Dans une
vision, je me suis vu émigrant de Makkah vers une oasis.
J'ai pensé que c'était al-Yamàma. Or, ce fut Yathrib»39
Dans ses Maghàzi, Ibn Ishàq fut le premier à évoquer en
détail la situation des Médinois dont la gravité leur eut
dicté de chercher un sauveur. Or, ayant apprécié les
qualités du Prophète (PSL), ils estimèrent qu'il était le
seul à pouvoir les tirer de leur embarras. Nous pouvons
résumer cette situation dans les quelques lignes ci-après :
Parmi les raisons qui expliquent leur précipitation à se
convertir à l'islam, on pourrait citer leur cohabitation,
dans l'oasis, avec des Juifs qui étudiaient Le Livre et
détenaient le savoir alors qu'eux, les Arabes, étaient des
associants et adoraient des idoles. Des conflits éclataient
souvent entre ces Juifs qui formaient trois grandes tribus,
les Banù Qoraydza, les Banù al-Nadir et les Banù Qaynuqà'.
Les deux principales tribus arabes de l'oasis de Yathrib
étaient les Awss et les Khazraj. Des affrontements
opposaient souvent les Juifs monothéistes et les Arabes
païens, et tournaient à l'avantage des seconds. Aussi les
Juifs disaient-ils à leurs vainqueurs : «Quand un Prophète
apparaîtra, nous le suivrons et nous vous exterminerons tous
comme le furent les 'Ad et les Thamudéens».
Quand le Prophète (PSL) eut invité les Médinois à se
convertir, ils se concertèrent. Puis certains rappelèrent
aux autres les menaces que les Juifs leur avaient faites et
dirent : «Ne laissons pas aux Juifs la possibilité de nous
devancer auprès de cet homme». Les Arabes envoyèrent alors
une délégation à Makkah ; l'un de ses membres dit au
Prophète (PSL) : «Nous avons laissé à Yathrib notre peuple
divisé. L'hostilité qui oppose nos deux tribus n'a d'égal
nulle part. Puisse Allah nous unir autour de toi. Si nos
deux tribus s'unissent sous ton autorité, tu seras le plus
puissant des hommes»40.
Cette rencontre eut lieu lors du pèlerinage de l'année 622.
Un accord fut conclu entre les deux parties à al-'Aqaba, en
vertu duquel des émigrés musulmans pourraient s'établir en
toute sécurité à Yathrib, et ne seraient pas gênés dans leur
action de diffusion de l'Islam.
Les raisons de l'accord entre les deux parties, telles que
rapportées par Ibn Hishàm, sont incontestablement
objectives. Néanmoins, la Tradition rapporte que c'est mûs
par une foi profonde que les Médinois eurent une deuxième
rencontre avec le Prophète (PSL) à al-'Aqaba, (appelée par
les historiens 'Aqaba II). Au cours de cette rencontre, ils
invitèrent le Prophète (PSL) à aller s'établir chez eux, à
Yathrib, et s'enquérirent de ses conditions. Il leur
répondit : «Vous me prêtez un serment d'allégeance par
lequel vous devez m'écouter et m'obéir, ordonner le bien et
interdire le blâmable, témoigner pour Allah, ne craindre
aucun reproche d'où qu'il vienne en vous engageant dans Sa
Voie, me prêter assistance, me protéger si je m'établis chez
vous, contre quoi vous vous protégez vous-mêmes et protégez
vos femmes et vos enfants. Si vous agissez de la sorte, vous
aurez le Paradis pour récompense»41. Alors les Médinois
acceptèrent les conditions du Prophète (PSL) et lui
prêtèrent serment d'allégeance.
Ibn Ishàq poursuit :
«As‘ad bin Zararah, qui était le plus jeune parmi ces
Médinois, prit la main du Prophète et dit : «Attendez, Ô
gens de Yathrib, nous ne sommes venus ici avec nos chameaux
que parce que nous savions qu’il était le Messager d’Allah.
Son refoulement sera un paradoxe qui affecte tous les Arabes
et pareil à un homicide sur la personne du meilleur d’entre
vous, mais vous semblez comme meurtris par des coups de
sabre. Voyons ! ou bien vous êtes capables de résister dans
l’endurance et votre rétribution incombera à Allah, ou alors
vous avez peur de votre ombre. Montrez donc ce que vous
êtes, ce sera une excuse auprès de votre Seigneur. Agis pour
nous, Ô As’ad. Par Allah, nous n’abandonnerons jamais notre
engagement, ni ne dénoncerons notre allégeance. Nous avons
accepté les conditions qu’il nous a posées en contrepartie
desquelles il nous donne le Paradis».
Il n'y a donc aucun doute que l'allégeance des Médinois au
Prophète (PSL) était empreinte de grande piété et traduisait
la sincérité de leur foi et de leur croyance en Allah et Son
Messager, tout conscients qu'ils furent de leurs nouvelles
obligations et des sacrifices qui allaient leur être
imposés, dans le cadre de la religion et du jihàd pour le
triomphe de la parole d'Allah. Ils ne se sont donc pas
engagés avec le Prophète (PSL) par calcul ou par admiration
pour ses aptitudes politiques et son intelligence,
contrairement à ce que prétend l'Encyclopédie de l'Islam.
2. Les Mekkois n'auraient pas empêché le Prophète (PSL) de
fuir :
A propos de la hijra du Prophète (PSL), l'Encyclopédie de
l'Islam prétend que les Mekkois n'y étaient pas opposés,
car ils ne voyaient en lui aucun danger, qu'il soit à Makkah
ou à Médine.
Là encore, il s'agit d'une fausse allégation car les
Qorayshites avaient essayé par tous les moyens d'empêcher
les Musulmans de fuir à Médine. Ils avaient créé toutes
sortes de problèmes et d'obstacles sur leur route : tantôt
ils confisquaient leurs biens, tantôt ils séquestraient
leurs femmes et leurs enfants, tantôt ils recouraient à
d'autres stratagèmes pour les forcer à revenir à Makkah.
Il est clair que l'Encyclopédie de l'Islam n'a tenu compte
ni des hadiths du Prophète (PSL) sur le sujet ni des annales
historiques exactes. Elle semble avoir ignoré le secret avec
lequel le Prophète (PSL) entourait ses desseins, ce qui a
permis aux Musulmans, maltraités par les polythéistes, de
pouvoir fuir individuellement ou par petits groupes.
L'Encyclopédie de l'Islam n'a rien dit non plus sur les
sévices subis par ceux des candidats à l'émigration dont les
intentions furent ébruitées avant qu'ils puissent les mettre
à exécution. La conjuration des Qorayshites visant à
l'assassinat du Prophète (PSL) la nuit même de son
émigration, leur amertume et leur désarroi quand ils eurent
constaté qu'il avait échappé à tous les guetteurs postés
devant sa maison, les recherches vainement entreprises pour
le rattraper, les récompenses importantes promises à
quiconque indiquerait son repaire, sont des faits sur
lesquels «l'illustre publication» reste muette. Par contre,
elle n'hésite pas à affirmer que les Qorayshites ne
s'étaient pas opposés à la Hijra du Prophète (PSL) alors que
le Coran dit, à propos du complot qorayshite «Et
rappelle-toi le moment où les mécréants complotaient contre
toi pour t'emprisonner ou t'assassiner ou te bannir. Ils
complotèrent mais Allah a fait échouer leur complot et Allah
est le meilleur en stratagèmes» 30/Al-Anfal/Le Butin.
Commentant ce verset, Ibn ‘Abbas a dit : «Une nuit, à Makkah,
les Qorayshites se consultèrent : Certains voulaient
surprendre le Prophète (PSL) et le faire prisonnier,
d'autres voulaient le tuer sur le champ. «Attendons de le
voir sortir», répliquèrent d'autres encore. C'était sans
compter sur la volonté d'Allah qui instruisit Son Prophète
(PSL) du complot qui se tramait contre lui. Cette nuit-là,
‘Ali occupa le lit du Prophète. Ce dernier s’était déjà
rendu à la grotte, pendant que les mécréants surveillaient
‘Ali, croyant que c’était le Prophète (PSL).
Ibn Abbas ajoute : «Quand, au matin, les guetteurs firent
irruption dans le logis du Prophète (PSL), ils n'y
trouvèrent que son cousin ‘Ali auquel ils demandèrent où se
trouvait son compagnon. «Je ne sais pas,» répondit ‘Ali. Ils
partirent alors à sa recherche à travers les montagnes. Ils
s'arrêtèrent devant une grotte, mais ils remarquèrent que
les toiles d'araignées en couvraient l'entrée. Ils passèrent
leur chemin, après s'être dit : «Si le Prophète (PSL))
s'était caché ici, ces toiles ne seraient pas là.' Et le
Prophète (PSL) demeura trois jours dans cette grotte».42
3. Mise en doute du séjour du Prophète (PSL) dans la grotte
:
Parmi les allégations de l'Encyclopédie de l'Islam à propos
de la Hijra du Prophète (PSL), il y a celle concernant
l'épisode du séjour du Prophète (PSL) dans la grotte, en
compagnie d'Abu Bakr, jusqu'à ce que tous les Musulmans
aient pu quitter Makkah sains et saufs. Cette histoire ne
serait pas véridique, dit l’E.I, mais une simple
illustration faite ultérieurement au verset qui parle du
refuge dans cette même grotte, et dans lequel Allah
Tout-Puissant a dit : «Si vous ne voulez pas prêter
assistance au Prophète, Allah lui a déjà prêté la Sienne
lorsque, chassé par les mécréants et se trouvant dans la
grotte avec son seul compagnon, il disait à celui-ci : «Ne
t’afflige pas! Allah est avec nous.» [40/Al-Tawba/Le
Repentir].
Aucun doute n'est permis sur cet épisode dont le Saint Coran
atteste de la véracité : le verset précité est d'une extrême
clarté, et ne souffre aucune ambiguïté, contrairement à ce
que prétend l'Encyclopédie de l'Islam. De plus, nous
disposons de l'éclairage supplémentaire des hadiths
authentifiés du Prophète (PSL) et des annales historiques
extrêmement bien documentées.
Chapitre II
Erreurs de l'Encyclopédie de l'Islam à propos du
comportement du Prophète (PSL) envers les Juifs de Médine
1. Mise en doute de la date de la convention avec les Juifs
médinois :
Après avoir mentionné l'accord passé entre le Prophète (PSL)
et les Juifs de Médine, pour organiser les relations entre
les différentes composantes de la population, l'Encyclopédie
de l'Islam souligne que Muhammad (PSL) avait démontré qu'il
possédait de rares qualités diplomatiques. L'Encyclopédie de
l'Islam indique que le texte de cet accord a été conservé
par Ibn Ishàq, mais ajoute que ce document ne date pas de
l'An I de l'Hijra car il reflète les tensions entre le
Prophète (PSL) et les Juifs.
En réalité, lorsque le Prophète (PSL) arriva à Yathrib/Médine
en l'An I de l’hégire (622), la population était composée de
groupes sociaux distincts : les Arabes qui seront appelés
Ançàr,43 les Muhajirun,44 les Munafiqun,45 les Mushrikùn,46
et un grand nombre de Juifs qui formaient trois tribus.
Le Prophète (PSL) organisa donc les relations entre les
divers éléments de cette population hétérogène. Il fit
d'abord rédiger un accord entre les ’Ançàr et les Muhajirùn
(pacte de fraternité, mu-akhat), puis un accord entre les
Musulmans et les Juifs. Les Anciens désignaient ces accords
sous le nom de Çahifa ; Les Modernes les désignent par
«Constitution de Médine». En vertu de ces accords, tous les
habitants de Médine se constituaient en umma, et
reconnaissaient leurs obligations et leurs droits respectifs
pour une cohabitation pacifique.
Date de l'élaboration du traité avec les Juifs médinois :
Un chercheur contemporain estime qu'il s'agit en fait de
deux documents que les historiens ont assemblés en un seul.
Le premier, écrit avant la grande bataille de Badr, aurait
concerné la cohabitation pacifique offerte par le Prophète (PSL)
aux Juifs. Le second, écrit après cette bataille, selon le
même chercheur, aurait déterminé les droits et devoirs des
Musulmans et des Juifs 47.
Les sources anciennes semblent confirmer cette datation.
Parmi elles, un auteur musulman, ‘Abù 'Ubayd al-Qàsim bin
Sallàm écrivit: «Le document fut établi peu après l'arrivée
du Prophète (PSL) à Médine, avant que l'Islam ne devînt une
force et avant que le Prophète ne reçût l'ordre divin
d'imposer la jizya (impôt de capitation) aux Gens du
Livre48.
Baladhuri49 aussi a écrit : «Quand le Prophète se fut établi
à Médine, il offrit la cohabitation pacifique aux Juifs à
condition qu'ils s'abstinssent de toute action inamicale et
hostile envers lui et envers les Musulmans, de ne point
s'allier à ses ennemis. De son côté, il n'envoya contre des
Juifs aucune expédition, jusqu'au jour où il eut cette
révélation du Coran : «Autorisation est donnée à ceux qui
sont attaqués, de se défendre, car ils furent lésés. Allah
est, certes, capable de les secourir» 39/Al Hajj/Le
Pèlerinage.
Ainsi, Balàdhùri nous informe que la convention avec les
Juifs de Médine fut écrite avant la première expédition
punitive. Or il est établi, de fait, que cette dernière eut
lieu sous le commandement de Hamza (oncle du Prophète (PSL)
et le premier commandant par lui désigné), au cours du mois
de Ramadan de l'an I de l'Hégire, soit un an et quelques
jours avant la bataille de Badr.
Dans un autre passage de son livre, Balàdhuri traite de
l'expédition contre les Banù Qaynuqà' : «Cette expédition
s'est justifiée par le fait que ces Juifs violèrent les
clauses de la convention de cohabitation pacifique, au
retour victorieux du Prophète de la bataille de Badr». C'est
ainsi que Balàdhuri confirme que ladite convention fut
conclue avant la bataille de Badr. De son côté, Tabari
appuie la même thèse que Balàdhuri50. Tous ces témoignages
de personnalités avisées suffisent à confirmer la thèse
selon laquelle le traité avec les Juifs fut écrit en l'An I
de l’Hégire. Le texte en témoigne clairement de l'intention
pacifique du Prophète (PSL) envers les Juifs, qui étaient
par là même protégés contre tout préjudice. Ainsi, ce
constat apporte un démenti aux allégations de l'Encyclopédie
de l'Islam.
2. Adoption de pratiques cultuelles juives pour s'en
attacher les pratiquants :
L'Encyclopédie de l'Islam prétend qu’«une preuve de la
sagesse politique du Prophète (PSL) réside dans le fait que,
pour essayer de s'attacher les Juifs, il reprit un certain
nombre de leurs formes cultuelles : le jeûne du 10 muharram,
jour de ‘ashura' (Yom Kippour) ; la çalàt* al-wustà (la
prière de la mi-journée), la prière en commun du vendredi,51
et l'orientation vers Al Qods pour l'accomplissement de la
prière.» (E.I, VII/370)
L'Encyclopédie de l'Islam ajoute que tous ces actes du
Prophète (PSL) «appartiennent à la série des modifications
faites pour être agréable aux Juifs de Médine et les attirer
vers l'Islam» et, en rendant possible cette entente, ils ont
permis à la ville de devenir un important centre d'activités
économiques.
Avant d'apporter les corrections nécessaires à ces erreurs,
il convient d'abord de confirmer que le Prophète avait œuvré
en vue de gagner à l'Islam les Juifs de Médine, tout comme
il s'appliquait à la conversion de toutes les composantes de
la population de cette ville. Il n'y avait donc aucun
inconvénient aux mesures qu'il aurait prises pour s'attirer
la sympathie des Juifs et leur faire aimer l'Islam. Ces
tentatives échouèrent à cause de leurs intrigues et de leur
jalousie. Quant à prétendre que le Prophète (PSL) adopta des
formes cultuelles juives, c'est se fourvoyer dans le faux.
Le jeûne de 'àshùra', le 10 du mois de Muharram, était une
coutume chez les Juifs de Médine. Quand le Prophète (PSL)
leur en demanda la raison, ils répondirent que ce jour-là,
Allah sauva Moïse des injustices du Pharaon ; depuis, ils
jeûnent pour rendre grâce à Allah. Le Prophète (PSL) leur
dit alors : «Nous sommes plus dignes que vous d'honorer
Moïse». Il adopta alors cette pratique et ordonna aux
Musulmans de jeûner ce jour-là. Néanmoins, quand le jeûne du
mois de Ramadan fut décrété, le Prophète (PSL) enseigna aux
Musulmans que le jeûne de 'àshùra' était devenu
facultatif.52
C'est donc pour célébrer le salut de Moïse, béni soit-il que
le Prophète (PSL) adopta ce jeûne, et non pas pour plaire
aux Juifs.
Quant à prétendre, au sujet des çalawàt, que «le culte juif
comprenanit trois prières, alors que les musulmans ne
priaient qu'une fois le matin, et une fois le soir» et que,
par conséquent, «le Prophète (PSL) a ajouté par complaisance
pour les Juifs la çalàt al-wustà» est une allégation des
plus mensongères. En effet, les cinq çalawat quotidiennes en
Islam furent décrétées un an avant l'émigration à Médine, la
nuit du Voyage Nocturne et de l'Ascension, ce qui est
attesté par les hadiths et la sirah du Prophète (PSL), ainsi
que par la pratique même des Musulmans53.
Avant le Voyage Nocturne et l'Ascencion, les Musulmans
faisaient deux çalàt quotidiennes : une à l'aube, l'autre
juste avant le coucher du soleil54.
Sans doute, le Voyage Nocturne et les obligations qui y
furent décrétées, parmi lesquelles les cinq çalawàt
quotidiennes, ne sont un secret pour personne. Aussi, rien
n'autorise l'Encyclopédie de l'Islam à les ignorer, d'autant
plus que ces faits ont donné lieu à une abondante
littérature.
Dire encore que la çalat du vendredi, qui fut célébrée à
Médine pour la première fois avant l'émigration du Prophète
(PSL), fut indirectement inspirée des usages juifs,
notamment du jour de la préparation du Sabbat, est aussi une
imposture.
En effet, Al-Bukhari et Muslim rapportent ce hadith du
Prophète :
«Nous sommes les derniers élus car ils ont reçu l'Ecriture
avant nous, mais nous arriverons les premiers [au Paradis],
avant eux, le Jour de la Résurrection: le vendredi est le
jour que le Seigneur leur a imposé pour la çalàt, mais ils
se divisèrent à ce propos. Allah nous a alors guidés pour
célébrer ce jour ; les gens nous y suivront ; demain ce sera
les Juifs, et après demain, ce sera au tour des Chrétiens de
nous suivre»55.
La çalàt du vendredi est l'une des plus importantes en
Islam, elle est l'occasion de grands rassemblements
hebdomadaires, qui viennent en second rang après le
rassemblement annuel de 'Arafàt. C'est pourquoi il est
impensable de croire que ce fût sous l'influence juive que
la prière du vendredi fut célébrée à Médine pour la première
fois dans l'histoire.
Certes, la première çalàt du vendredi en Islam fut célébrée
à Médine avant l'émigration. Elle ne peut être accomplie que
dans un lieu où les Musulmans peuvent se rassembler et prier
librement. Ces conditions n'étaient pas remplies à Makkah,
où les Musulmans ne constituaient qu'une minorité à laquelle
les mécréants faisaient subir les pires traitements.
Quant à l'allégation de l'Encyclopédie de l'Islam que
l'orientation des Musulmans vers Al Qods pour
l'accomplissement des prières, durant la première année de
l'émigration à Médine, n'était qu'un acte en plus du
Prophète (PSL) pour s'attirer la bienveillance des Juifs,
elle est discutable et exige une mise au point de notre
part.
Il faudrait d'abord rappeler que cette orientation vers Al
Qods répondait à un ordre divin, alors que le Prophète (PSL)
aurait aimé s'orienter vers la Ka'ba, comme nous en informe
le Saint Coran : «Nous t’avons vu souvent interroger le ciel
du regard. Aussi t’orientons-Nous dorénavant vers une
direction que tu agréeras sûrement ... » [Al Baqara/La
Vache].
Nous ne pouvons percer le secret d'Allah sur cette question.
Etait-ce une tentative divine de faire gagner les Juifs à
l'Islam ? Etait-ce une Volonté divine pour que les Juifs ne
nuisent nullement aux premiers Musulmans de Médine, pour
laisser à ces derniers le temps de s'organiser ?
Par ailleurs, bien avant la hijra à Médine, le Prophète
(PSL) et les Musulmans s'orientaient en direction d’Al Qods
pour accomplir leurs prières ; à preuve, un hadith rapporté
par Ka’b bin Màlik sur le cas d'un Musulman venu en
pèlerinage à Makkah, avant la hijra, et qui s'est orienté de
lui-même vers la Ka'ba, contrairement aux autres Musulmans
qui se trouvaient autour de lui. Après les prières, ces
derniers rapportèrent la chose au Prophète (PSL) et lui
demandèrent son avis à ce propos. Le Prophète (PSL) lui
conseilla alors de prier dans la même direction que les
autres, vers Al Qods56.
Les paroles du Prophète (PSL) confirment que l'orientation
vers Al Qods, après la hijra, est la continuité d'une
pratique que les Musulmans avaient avant la hijra. Elles
confirment également que l'Encyclopédie de l'Islam est, une
fois de plus, dans son tort quand elle affirme que le choix
de cette orientation faisait partie des mesures prises par
le Prophète (PSL) pour s'attirer la sympathie des Juifs.
3. La mosquée est-elle une réplique de la synagogue ?
Citant certains ‘ulama’ -sans toutefois jamais les nommer-
l'Encyclopédie de l'Islam écrit que la mosquée que le
Prophète (PSL) édifia, quand il s'installa à Médine, était
une imitation de synagogue. Pis encore, l'Encyclopédie
rabaisse la valeur historique et spirituelle de la «Mosquée
du Prophète» en approuvant le jugement d'un orientaliste
cité plus haut, Caetani, et qu’elle rapporte dans ces termes
: «Caetani a, avec des raisons extrêmement fortes, contesté
qu’il se soit agi d’un édifice destiné au service divin,
étant donné que le premier masjid fut utilisé pour des
choses purement temporelles (…) parce qu’il était en réalité
la cour (dar) habitée par Muhammad et sa famille, tandis que
les réunions (…) pour le culte divin se faisaient dans le
muçalla…». (E.I, VII/370)
Que d'amalgame et de falsification! L'Islam a décrété les
çalawat collectives obligatoires pour les Musulmans, cinq
fois par jour. Leur accomplissement est l'occasion de
réunions et de rassemblements fondés sur la loi, pour
consolider les liens d'amitié et de fraternité entre les
croyants. Ces çalawàt exigent l'édification des mosquées
pour y être accomplies dans l'ordre et la sérénité.
Néanmoins, l'Encyclopédie de l'Islam a préféré aborder cette
question d'une manière qui sème la confusion dans les
esprits et le trouble dans les cœurs. Elle ne fait pas de
distinction entre la Mosquée du Prophète (PSL) et ses
appartements personnels. Les çalawàt, du vivant du Prophète
(PSL) et même après lui, étaient accomplies dans les
mosquées et non dans les muçalla.
La mosquée en Islam est bien connue pour être «la Maison
d'Allah», Bayt Allah, avec des fonctions propres, tandis que
le muçalla est n'importe quel lieu pouvant servir aux
çalawat : dans une habitation, ou dans la nature.
L'Encyclopédie de l'Islam semble avoir commis ces fautes de
jugement et d'appréciation sur la Mosquée du Prophète (PSL),
en partant de certaines conceptions religieuses et
culturelles non-islamiques. Ce serait la raison pour
laquelle elle aurait compris que la «Mosquée du Prophète»
aurait perdu son caractère sacré, par l'introduction de
faits et d'actes temporels dans ses fonctions et activités.
Il convient de souligner qu'en Islam, contrairement aux
autres religions, le temporel n'est pas séparé du spirituel.
La mosquée demeure un lieu de culte, c'est certain, mais
elle est aussi une institution sociale où peuvent se
dérouler des réunions, des causeries d'intérêt à la fois
religieux, social et culturel qui concernent la vie de la
communauté, sans que ces activités nuisent en quoi que ce
soit à sa valeur spirituelle.
Donnant encore une autre fois la preuve de l'absence
d'objectivité et de partialité au sujet de la «Mosquée du
Prophète», l'Encyclopédie de l'Islam manifeste clairement sa
préférence pour la mosquée édifiée par les Munàfiqùn
(hypocrites) à Médine, «masjid al-diràr», selon l'expression
du Coran (mosquée de rivalité), pour semer la dissension et
l'animosité entre les croyants, pour briser leur unité que
le Prophète (PSL) avait mis beaucoup de soin à établir et à
consolider. Le Coran traite cette affaire dans ces versets :
«Ceux qui ont édifié une mosquée pour en faire un motif de
rivalité, d'impiété et de division entre les croyants et qui
la préparent pour celui qui, auparavant, avait combattu
Allah et Son Envoyé, et qui jurent en disant «nous ne
voulons que le bien !», eh bien ! Allah atteste qu'ils
mentent». «Ne célèbre aucune çalàt dans cette mosquée...»
107-108/Le Repentir.
4. Accusation du Prophète (PSL) d'erreurs de compréhension :
L'Encyclopédie de l'Islam écrit que le Prophète (PSL)
s'était vu dans une situation tragique car «le contraste
entre ce qu'il récitait comme étant le Livre d'Allah
identique au Livre déjà révélé à Moïse excita l'humeur
moqueuse des Juifs et par là même le mirent lui-même dans
une situation tragique. Sa conviction de l'origine divine de
sa prédication et son autorité parmi les croyants ne lui
permettaient pas d'admettre qu'il s'était trompé. La
question fut résolue à la satisfaction des Musulmans par
l'affirmation, dans le Coran, que les Juifs n'avaient reçu
qu'un fragment de la révélation» (E.I, VII, p 370)
En croyant justifier sa thèse, l'Encyclopédie de l'Islam
renvoie le lecteur à ces versets du Coran : «N'as-tu pas vu
ceux qui avaient reçu une part de l’Ecriture ? Les
appelle-t-on à un arbitrage mutuel par le Livre d'Allah, bon
nombre d'entre eux se dérobent et s'écartent» 23/La Famille
de Imràn.
«N’en vois-tu pas ceux qui ont reçu une part de l’Ecriture
acheter l'égarement et chercher à vous égarer du chemin ?»
44/Les Femmes.
L'Encyclopédie de l'Islam ajoute que «les Juifs sont accusés
par le Prophète de falsifier les Livres saints». Nous
répondons que la prétendue «situation tragique» du Prophète
et ses erreurs de compréhension du contenu de la Torah et le
«contraste entre ce qu'il récitait comme étant le Livre
d'Allah et ce que les Juifs de Médine connaissaient de leurs
Ecritures» ne sont que des paroles inconsistantes et sans
valeur, car le Coran est exempt de toute discordance, de
tout constrate. En outre, la Torah et l'Evangile y trouvent
une place fort honorable comme l'attestent beaucoup de
versets. Croire aux Livres révélés avant le Coran est un
engagement de tous les Musulmans. Souvent même, Ecriture met
le Coran à égalité avec la Torah par leur valeur spirituelle
et leurs vertus respectives. Méditons donc ces versets :
«Qui a fait descendre le Livre que Moïse a apporté comme
lumière et guide pour les gens ? Vous le mettez en
feuillets, pour en montrer une partie et en cacher beaucoup
d'autres» 91/Al An‘am/Le Bétail.
Puis Allah dit du Coran :
«Voici un Livre (Le Coran) béni que Nous avons fait
descendre, confirmant ce qui existait déjà avant lui et pour
que tu avertisses la Mère des cités (Makkah) et les
populations tout autour» 92/Al-An‘am/ Le Bétail.
Allah dit également :
«Ensuite, Nous avons donné à Moïse le Livre - complet en
récompense du bien qu'il avait fait, et comme un exposé
détaillé de toute chose, un guidé et une miséricorde ; -
Peut-être croiraient-ils en la rencontre de leur Seigneur
?...» 154/ al-An‘am.
Puis, à propos du Coran : «Et voici un Livre béni que Nous
avons fait descendre ; -suivez-le donc et comportez-vous
avec piété. Peut-être vous serait-il fait miséricorde?» 155/Al-An‘am/Le
Bétail.
Ibn Kathir écrit : «Les‘ulama’ sont convaincus qu'aucun
Livre n'est aussi complet, parfait, exhaustif, éloquent,
clair et important comme le Coran descendu sur Muhammad (PSL).
Vient en second rang, le Livre descendu sur Moïse à propos
duquel Allah dit dans le Coran : «Nous avons fait descendre
la Torah comme guide et comme lumière» 44/Al-Ma’ida/ La
Table. Quant à l'Evangile, il fut révélé pour parachever la
Torah et rendre licite aux Juifs ce qui leur était
interdit.57
Le Coran atteste que les Gens du Livre avaient introduit des
modifications dans les textes de la Torah et de l'Evangile :
«Nous t'avons révélé le Livre dans le Vrai pour avérer ce
qui était en cours des Ecritures, en l'englobant. Juge entre
eux par ce qu'Allah a fait descendre» 48/La Table.
Tels sont en partie les propos justes du Coran à l'endroit
de la Torah. Il n'y a aucun paradoxe du fait que le Coran
dénonce les altérations de l'Ecriture opérées par les Juifs
:
«Il est parmi eux un parti qui se tord la langue sur l'Ecriture
pour vous faire croire que c'est de l'Ecriture, alors que ce
n'en est pas, et qui disent que cela vient d'Allah, alors
que cela ne vient pas de Lui. Ils profèrent ainsi sur Allah
le mensonge, et ils le savent ...» 78/La Famille de 'Imràn
(Trad. J. Berque)
L'identité existe donc entre le Coran et la Torah dans sa
forme originale, et non dans la version que lui ont imprimée
les Juifs par moult altérations. La position du Prophète
(PSL) à ce propos ne fut nullement incommodée, comme il ne
fut lui-même aucunement fautif dans la compréhension de son
Texte. S'il en avait été ainsi, les ennemis de l'Islam en
auraient fait une large publicité au cours des siècles, sans
attendre que l'Encyclopédie de l'Islam vienne le dénoncer au
XXe s. La parole d'Allah exprimée à travers les versets 1/III
et 44/IV n'était pas un subterfuge du Prophète (PSL) pour
sortir d'une situation critique et faire oublier l'humeur
moqueuse des Juifs.
Il faut aussi savoir que le Coran atteste que ce qui a été
donné aux Banù Isra’il n'est pas «un fragment de la
révélation » comme l'écrit l'Encyclopédie de l'Islam, mais
bien une part déterminée, un naçib (avec une connotation
juridique) que le Seigneur leur a attribué par
l'intermédiaire de Moïse. Ce naçib est la Torah qui est
«guide et lumière», mais les attributaires ne surent pas en
tirer à bon escient les bénéfices qu'il fallait.
Il est, on ne peut plus évident, que l'Encyclopédie de
l'Islam s'est montrée audacieuse dans la falsification et
l'interprétation délibérément fausse de certains versets du
Coran, afin d'aboutir à un objectif tracé d'avance, à savoir
que le Prophète (PSL) est l'auteur du Coran, et qu'il
pouvait en modifier la teneur à son gré et selon les
circonstances, pour prouver son innocence devant les
accusations que lui jetaient les Juifs, comme s'il
s'agissait d'un suspect en mal de moyens de se disculper.
Ajoutons qu'il est également évident que l'Encyclopédie de
l'Islam a appliqué à la lettre le principe selon lequel «le
meilleur moyen de se défendre est d'attaquer». Elle se
défend d'avoir accusé le texte de la Torah d’être falsifié.
L’accusation portée contre les Juifs par le Prophète d’avoir
altéré le contenu de la Torah ne serait, selon l’E.I, qu’un
subterfuge qu’il employa pour sortir de l'impasse, en
tournant la réalité en dérision. Il s'agit là d'une
stratégie bien connue à laquelle recourent tous ceux qui ne
disposent d'aucun argument de défense.
5. Impact de l'opposition juive sur l'avenir de l'Islam :
L'Encyclopédie de l'Islam considère qu'«en raison de
l'opposition des Juifs, de leur rejet de la prédication de
Muhammad (PSL), la communauté islamique naissante prit un
caractère national prononcé à travers l'adoption de divers
éléments de l'ancien culte arabe. Ce changement décisif dans
le cours de l'Islam se produisit dans la deuxième année de
l'hégire (2/623) et fut marqué par le changement de la qibla
de Jérusalem à la Ka'ba. La ville natale de Muhammad devint
le centre de la vraie religion ... ».(E.I, VII/370).
C'est de cette manière que le Prophète (PSL) «se serait
libéré de la moquerie des Juifs de Médine», action qu'il
aurait doublée du lien qu'il établit entre sa propre
proclamation et la religion d'Abraham.
L'Encyclopédie de l'Islam estime même qu'«il est impossible
de dire si la qualification d'Abraham, comme premier
monothéiste, a pris naissance dans le contexte du conflit de
Muhammad avec les Juifs de Médine ou qui existait déjà parmi
les Juifs arabisés.» (Ibid)
Plus encore, cette publication ne croit pas que, avant la
hijra, le Prophète (PSL) ait été au courant de la relation
entre Abraham -béni soit-il- et la Ka'ba «car -selon
l'Encyclopédie de l'Islam- «cette relation ne figure nulle
part dans les nombreux passages du Coran mekkois qui
traitent de l'importance du temple de la ville» (sic).
Ces assertions, rapportées partiellement ici, comportent de
nombreuses erreurs et contrevérités hautement préjudiciables
à la prophétie de Mohammad (PSL), au Coran et à l'Islam, et
portent une grave atteinte à la foi des Musulmans. Certaines
de ces erreurs sautent aux yeux, d'autres se cachent
derrière des sous-entendus.
La première d'entre elles est l'assertion selon laquelle
«l'opposition des Juifs de Médine paraissait avoir eu un
rôle déterminant dans l'avenir de l'Islam», ce qui aurait
réduit l'Islam de religion universelle en religion nationale
arabe.
Ce point de vue traite l'Islam comme s'il était une religion
territoriale due à l'action du Prophète (PSL), et que ce
dernier pouvait modifier en partie ou totalement en fonction
de l'opposition des uns ou de l'agrément des autres, et
selon l'ampleur des difficultés ou des obstacles qui
pourraient plus au moins l'empêcher de la mettre en
pratique. Or, la Sirah du Prophète (PSL), sa proclamation et
sa prédication démontrent tout à fait le contraire. En
effet, le Prophète (PSL) n'accordait que peu d'importance à
ses opposants et ne s'est jamais départi de sa mission,
telle qu'elle lui a été dictée par Allah, même si ses
interventions verbales suscitaient parfois le courroux de
son milieu. Comme il n'avait pas fait de concessions à ses
adversaires à Makkah, où l'accomplissement de sa mission
n'était point aisé, pourquoi en aurait-il fait à Médine où
il comptait de nombreux partisans et de puissants alliés, à
savoir les Ançàr et les Muhàjirùn ?
De plus, l'Islam ne subit pas l'influence des milieux
environnants, étant une religion dont Allah a déterminé des
règles à même de réformer les conditions humaines ici-bas,
et fixé ses principes, son dogme et ses objectifs.
Les moyens de son expansion et de son rayonnement peuvent ne
pas être partout les mêmes ; mais, dans son essence, la
prédication ne change pas. Le Prophète (PSL) n'avait pas le
droit d'y introduire des modifications pour plaire à qui que
soit, ou pour tenir compte d'une opposition ou d'une
hostilité quelconque.
Si nous développions davantage nos critiques contre
l'Encyclopédie de l'Islam, nous n'aurions certainement pas
le temps d'achever notre analyse de son texte sur la Sirah.
En effet, ce texte, après avoir décrété que le Prophète (PSL)
avait adopté quelques pratiques cultuelles juives durant la
première année de la hijra, déclare maintenant qu'il changea
d'avis au cours de la deuxième année pour adopter quelques
pratiques du culte arabe ancien.
Le lecteur de l'Encyclopédie de l'Islam peut s'imaginer que
ce Prophète (PSL) était inconstant, n'avait ni principe
stable, ni objectif déterminé, ni aucune conception claire,
et c'est pour cela qu'on le voyait changer en fonction des
fluctuations sociales et des attitudes du public à son
égard, ce qui donnerait à penser que l'Islam n'est pas une
religion d'Allah ou une législation saine et sage. C'est de
cette image que l'Encyclopédie de l'Islam veut imprégner les
esprits de façon pernicieuse.
Quand l'Encyclopédie de l'Islam juge que l'Islam, en
changeant la qibla d'Al Qods vers Makkah, a pris un
caractère national, elle divulgue un mensonge, car le Coran
ne dit nulle part que l'appel à l'Islam était devenu
nationaliste et local, après avoir été de tendance
universaliste et humaniste. Au contraire, l'Islam appelle à
l'éradication des nationalités et des formations racistes et
chauvines, et se prononce pour l'adhésion à une communauté
fondée sur la fraternité et la foi.
Dans la première partie de cette étude, nous avons présenté
plusieurs preuves de l'universalisme de l'Islam, en réponse
aux mensonges de l'Encyclopédie de l'Islam qui prétend que
le Prophète (PSL), durant la période mekkoise, était chargé
d'avertir seulement son peuple, les Arabes. Nous n'allons
pas revenir sur cette question.
Il nous suffit de dire que la Sirah et les biographies des
Califes bien guidés (les quatre premiers Califes : Abù Bakr,
'Omar, 'Uthmàn et 'Ali) réfutent ces allégations. Le
changement de qibla n'avait aucune relation avec les Juifs,
les Perses, les Chrétiens, l'Abyssinie ou n'importe quelle
autre communauté. Le Prophète (PSL), dans le cadre de sa
proclamation, envoya quelques hommes aussi bien aux
associants arabes qu'aux Juifs et aux Chrétiens, pour les
inviter à embrasser l'Islam. Il envoya des messages aux rois
et autres gouvernants des contrées connues à l'époque, après
avoir conclu le traité de paix à Hudaybiyya, en l'an 6 de
l’hégire/mars 628, entre lui et les Qorayshites de Makkah.
Tous ces détails prouvent bien l'universalisme de l'Islam
que l'Encyclopédie de l'Islam est censée connaître.
Quand elle prétend que la relation entre l'Islam et la
religion d'Abraham (PSL) fut annoncée par le Prophète (PSL)
à la suite de la rupture avec les Juifs de Médine- car,
toujours selon elle, «le Coran mekkois ne signale nulle part
cette relation», l'Encyclopédie de l'Islam donne encore une
preuve de sa mauvaise foi ou de son ignorance de l'histoire
et du contenu détaillé du texte coranique.
Le Prophète (PSL) n'ignorait sûrement pas que les Mekkois,
en dépit de leur idolâtrie, se sentaient fiers d'avoir une
relation généalogique avec Abraham (PSL).
Le Coran confirme cette relation d'une manière on ne peut
plus évidente. Lisons donc les versets 35-36-37 de la
sourate «Ibrahim» qui fut révélée à Makkah :
35- «Et (rappelle-toi) quand Abraham dit : «Mon Seigneur !
Fais de cette cité un lieu sûr et préserve-moi, ainsi que
mes enfants, de l'adoration des idoles»
36- Mon Seigneur ! Que d'humains n'ont-elles pas égarés !
Qui me suivra, sera des miens, qui me désobéira.... C'est
Toi le Pardonneur, le Très-Miséricordieux...
37- Notre Seigneur ! J'ai fixé une partie de ma progéniture
dans une dépression impropre aux cultures, juste auprès de
Ta Maison consacrée (la ka'ba). Notre Seigneur, pour qu'ils
accomplissent la çalàt. Fais que des cœurs humains vers eux
se penchent. Fais-leur attribution des fruits : j'espère
qu'ils en seront reconnaissants.»
A une époque comme la nôtre qui connaît un immense
développement des moyens de communication et d'information,
il est intolérable que des centres de recherche de niveau
universitaire puissent négliger les sources sûres pour y
puiser des renseignements vrais, comme l'a fait jusqu'ici
l'Encyclopédie de l'Islam qui s'est contentée de noircir ses
feuilles de fausses allégations.
Chapitre III
Les assertions non fondées de l'Encyclopédie de l'Islam à
propos des expéditions du Prophète (PSL)
1. Les motifs des expéditions :
L'Encyclopédie de l'Islam donne sa propre interprétation des
mobiles qui avaient poussé le Prophète (PSL) à entreprendre
des expéditions pour s'ouvrir l'accès des sanctuaires de
Makkah et de sa banlieue. Ce faisant, elle évoque les
facteurs psychologiques, personnels et politiques, mais
écarte totalement les facteurs religieux qui étaient, en
fait, à l'origine de ces opérations.
Sur ce qu'elle croit être des facteurs psychologiques et
personnels, L’E.I : écrit : «Le Prophète avait un compte à
régler avec les Mekkois car, en l'expulsant, ils avaient
manifestement remporté un triomphe sur lui aux yeux du monde
...». Elle établit aussitôt un lien entre l'envoi d'unités
appelées saràyà 58, et l'envoi de troupes de combat
autorisées, voire ordonnées par le Coran. Or, l'envoi des
saràyà intervenait au cours de la première année de la hijra.
Les opérations militaires, le jihàd contre les associants et
les mécréants, ne furent décrétées qu'un peu plus tard,
comme obligation religieuse pour la sauvegarde et la
protection de l'Islam. Ces choses étaient assurément
entourées d'opacité pour l'E.I, qui confond tout dans ce
chapitre.
Les saràyà n'avaient pas pour mission, ni la permission, de
combattre. Elles répondaient, d'une part, à des nécessités
économiques, puisqu'elles visaient à affaiblir
économiquement l'ennemi en interceptant ses caravanes et,
d’autre part, à des objectifs stratégiques.
Or, il arriva qu'une sariya conduite par ‘Abd Allah bin
Jahsh en fin du mois de rajab, un de ces mois sacrés où il
est prohibé de combattre, fut gâchée par un accrochage qui
eut lieu à Nakhla, site entre Makkah et Tà'if, et qui se
solda par la mort d'un mécréant mekkois. Cet incident
provoqua la colère des Qorayshites, des Muhajirùn et des
’Ançàr, et suscita l'amertume et la réprobation du Prophète
(PSL) qui fit de sévères remontrances à ses auteurs. Ce fut
pour les mécréants l'occasion de se lancer dans de violentes
critiques contre les Musulmans, répandre des nouvelles
alarmantes, et faire des déclarations incendiaires. Les
concepts et les idéaux de l'Islam en furent durement
ébranlés et souffrirent d'une confusion inédite.
Dans ce climat extrêmement tendu, le Coran descendit pour
mettre de l'ordre, clarifier les choses et établir une
échelle des valeurs. On y lit :
«On t’interroge sur le mois sacré où il est prohibé de
combattre -Dis : «Combattre en cette période est chose
grave- Elever des obstacles sur le chemin d’Allah, Le
dénier, élever des obstacles sur celui du Sanctuaire
consacré, en expulser les fidèles, sont choses plus graves
encore en Allah.». Car le trouble (la fitna, l’association)
sont plus grave que le meurtre-» 217/ al-Baqara /LaVache.
Il est donc faux de dire que ces razzia entraient dans le
cadre d'un règlement de comptes avec les Mekkois, car la
conquête de Makkah fut immédiatement suivie d'une amnistie
générale, ce qui mettait les anciens ennemis du Prophète (PSL)
à l'abri de toute action punitive ou vindicative. Ceci
apporte encore une fois un démenti formel à l'interprétation
de l'E.I.
Quant aux objectifs stratégiques et religieux qui avaient
justifié les interventions des saràyà contre les associants,
ils peuvent être résumés en deux points :
a) Faire comprendre aux associants et aux Juifs de Yathrib,
ainsi qu'aux Arabes bédouins qui campaient dans sa banlieue,
que les Musulmans s'étaient délivrés de leurs faiblesses
d'autrefois et que maintenant, ils constituaient une force
attentive à tout ce qui touche l'Islam, prête à tout moment
à prendre les armes car les ennemis de la religion à Médine
étaient nombreux, et ne reculaient que par crainte d'être
écrasés. Ainsi dit le Coran :
«Préparez contre eux ce que vous pouvez réunir d'armement et
de chevaux en alerte, pour épouvanter l'ennemi d'Allah, le
vôtre, et d'autres que vous ne connaissez point, mais
qu'Allah connaît» 60/Al-'Anfal/Le Butin.
b) Mettre les Qorayshites en garde contre les conséquences
de leurs actes irréfléchis : ils avaient combattu l'Islam et
continuaient de le combattre, ils avaient sévèrement réprimé
les Musulmans à Makkah, ils persistaient dans leur
égarement, ne permettaient à aucun habitant de Makkah
d'embrasser la religion d'Allah et s'opposaient farouchement
à son expansion. Ces expéditions représentaient des messages
du Prophète (PSL) aux chefs qorayshites pour qu'ils
comprennent que le temps où ils sévissaient contre les
Musulmans était révolu à jamais et qu'ils ne pouvaient plus
échapper aux punitions59.
2. Le faux et le mensonge :
L'E.I ment quand elle parle des réserves émises par les
’Ançàr à propos des expéditions du Prophète (PSL) qu'elle
explique par le fait qu'ils ne se seraient engagés à le
défendre que s'il était attaqué. Elle considère aussi que
les commerçants mekkois répugnaient à prendre l'initiative
des combats et que les Muhajirùn eux-mêmes n'étaient pas
liés de cette manière et repoussaient toute idée «de
combattre leurs frères de tribu et leurs alliés de sang».
L'E.I. s'interroge sur la portée du mécontentement du
Prophète (PSL) devant les attitudes négatives des ’Ançàr et
des Muhajirùn. La réponse, selon cette source, se trouverait
dans le Coran où l'on pourrait lire un blâme très sévère
adressé aux Compagnons, c'est-à-dire aux croyants.
Ces allégations, ici brièvement résumées, sont évidemment
fausses. Elles portent atteinte à l'intégrité des fidèles
compagnons en déformant leurs prises de position. Elles
donnent à penser que le Prophète (PSL) était un belliqueux
sans scrupule et sans conscience alors que ses partisans,
ses alliés et même ses adversaires, étaient animés par des
intentions pacifistes.
L'E.I oublie, ou fait semblant d'oublier, que les
Qorayshites nourrissaient de la haine contre l'Islam et
contre le Prophète (PSL). Le Coran et la Tradition nous
instruisent sur leurs multiples tentatives pour supprimer
physiquement le Prophète (PSL) qui les gênait grandement.
Chaque fois, il leur échappait, et se mit finalement hors
d'atteinte par la fuite, la hijra à Médine, au cours d'une
nuit où il leur échappa par miracle, alors que les guetteurs
étaient pourtant postés devant et autour de sa maison. Mais
il était resté prudent car il savait que ses ennemis
chercheraient encore l'occasion de le tuer, même à Médine.
Ce climat comportait tous les ingrédients de la guerre, car
les Qorayshites tenaient absolument à empêcher l'Islam de se
répandre et de se développer dans toute la Péninsule
arabique.
Le Prophète (PSL) mesurait tous les dangers que
représentaient les associants pour l'Islam et pour sa propre
personne. Il fallait donc mener contre les ennemis une
guerre d'usure par des embuscades, des raids limités et
multiples (saràyà). Des poignées d'hommes étaient
suffisantes pour harceler l'adversaire, partout et à tout
moment, en s'attaquant à ses caravanes, autour de Médine,
sur les pistes commerciales. L'objectif stratégique des
saràyà était donc de rappeler à l'ennemi la force des
Musulmans.
Ainsi, l'attaque des caravanes des Qorayshites et de leurs
alliés devint légitime tant elle permettait d'affaiblir et
d'agacer les Mekkois en premier lieu, de les faire souffrir
comme ils avaient fait souffrir naguère les croyants en
confisquant leurs biens et en les expulsant de leurs foyers
et de leurs terres.
Le Coran, les hadiths du Prophète (PSL), les écrits sur la
Sirah et les annales historiques comportent de nombreux
passages qui instruisent sur le fait que les croyants qui
avaient prêté serment de fidélité et d'obéissance absolue au
Prophète (PSL) en toutes circonstances, n'ont jamais hésité
à prendre part aux raids et expéditions, au jihàd. Au
contraire, ils s'y étaient toujours inscrits et portés
volontaires, à leurs frais, emportés par le désir de plaire
à Allah et à Son Prophète (PSL), pour la victoire de l'Islam
et pour le martyre. Les démunis eux-mêmes, qui ne trouvaient
rien à dépenser, voulaient être au nombre des combattants de
la foi et avoir l'honneur de participer au jihàd. Leur
souffrance était grande de ne pas trouver les moyens
matériels et financiers pour partir en campagne. Ils eurent
cependant la consolation de jouir de la Bonté et de la
Miséricorde d'Allah qui fit descendre des versets coraniques
pour cette circonstance :
«Les faibles, les malades ainsi que ceux qui manquent de
moyens pour s’équiper, ne sont pas tenus d’aller à la
guerre, pourvu qu’ils soient sincères envers Allah et Son
Prophète, car Allah est Clément et Miséricordieux.».
«Nul reproche n’est à faire non plus à ceux qui sont venu te
demander des montures pour aller au combat et qui, lorsque
tu leur as dit : «Je ne dispose d’aucune monture à vous
donner», s’en allèrent les yeux débordant de larmes et
désolés de ne pouvoir en faire eux-mêmes la dépense». 91-92/Al-Tawba/Le
Repentir.
Ainsi donc, le mensonge de l’E.I. et son ignorance de toutes
ces vérités historiques sont on ne peut plus flagrants quand
elle affirme que les Compagnons, par amour d'Allah, se
refusèrent à participer aux raids et à combattre, et se
rangèrent dans l'opposition. Elle crut trouver dans le
Coran deux versets pour «justifier» sa thèse, des versets
qui, au contraire, louent l'ardeur et la ferveur des
croyants qui se sont précipités pour combattre leurs ennemis
!
Le premier «On t’interroge sur le mois sacré où il est
prohibé de combattre -Dis : «Combattre en cette période est
chose grave- Elever des obstacles sur le chemin d’Allah, Le
dénier, élever des obstacles sur celui du Sanctuaire
consacré, en expulser les fidèles, sont choses plus graves
encore en Allah.». Car le trouble (la fitna, l’association)
sont plus grave que le meurtre-» 217 / al-Baqara/LaVache. Ce
verset nous montre que les croyants avaient pris
l'initiative d'un raid contre les Qorayshites, même sans la
permission du Prophète (PSL) qui répugnait à faire la guerre
durant un mois sacré et qui a blâmé ses hommes pour avoir
transgressé ses ordres. Les participants au raid furent pris
de remords et ignorés par leurs frères musulmans mécontents.
Quant aux «associants», ils exploitèrent l'incident à leur
profit pour diffamer les Musulmans et leur Prophète (PSL),
et prétendre que Muhammad et ses Compagnons avaient profité
du mois sacré de rajab pour faire couler le sang.
Devant leur remords d'avoir opéré cette attaque, le Ciel
leur trouva solennellement une excuse en décrétant que la
fitna, c'est-à-dire l'association, le shirk, était plus
grave que le meurtre. C'est ce que nous dévoile le verset
précité qui nous apprend de plus qu’Allah pardonna la
violation du mois sacré, mais Il approuva l'acte de ses
auteurs qui étaient mûs par le désir de défendre l'Islam.
Cela n'a pas empêché l'E.I d'interpréter ce même verset
comme l'expression du refus de combattre émis par les
Compagnons pendant le mois de rajab.
Le second verset auquel l'E.I a dû recourir, dit :
«Si Allah ne repoussait pas les gens les uns par les autres,
les ermitages seraient démolis, ainsi que les églises, les
synagogues et les mosquées où le nom d'Allah est beaucoup
invoqué. Allah soutient ceux qui soutiennent Sa religion. Il
est assurément Fort et Puissant» [40/Al-HajjLe Pèlerinage].
Je ne sais par quel détour d’imagination l'E.I a-t-elle pu
faire de ce verset l'interprétation fallacieuse qu'elle en a
faite. Car ce verset fait partie de ceux qui furent révélés
pour autoriser les croyants à combattre les mécréants
mekkois qui avaient commis des injustices à leur endroit. Il
fait suite à cet autre : «Autorisation est donnée à ceux qui
sont attaqués (de se défendre) parce qu'ils furent lésés.
Allah est certes Capable de les secourir» 39/Al-Hajj/Le
Pèlerinage.
Encore une fois, la permission de combattre par mesure de
défense légitime devient, sous la plume des chercheurs de
l'E. I, un blâme contre ceux qui la prennent ! Là-dessus,
nous pouvons émettre deux hypothèses : ou bien cette
institution qu'est l'E. I, a confié la rédaction de cette
matière à un auteur incompétent n'ayant qu'une connaissance
superficielle de l'Islam et de la Sirah, ou bien c'est
délibérément et pour des objectifs non-avoués qu'elle a
choisi la voie du mensonge et de la falsification.
3. Parti pris en faveur des Juifs de Médine et négligence de
la vérité :
Concernant les opérations lancées par le Prophète (PSL) pour
châtier les Juifs de Médine et de Khaybar qui l'avaient
trahi, l'E.I aborde cette question avec un esprit partisan
et un style particulier, qui présentent les Musulmans comme
les agresseurs de pauvres individus victimisés. Aussi,
a-t-elle mis l'accent sur les aspects et les épisodes qui
servent ses intérêts et concordent avec sa vision. Nous
désapprouvons ces procédés incompatibles avec la neutralité
et l'objectivité de la recherche scientifique et historique,
et nous présentons aux lecteurs des relations honnêtes et
justes de ces événements.
4. La vérité sur le bannissement des Banù Qaynuqà' :
Après avoir mis en relief les nombreux bénéfices recueillis
par les Musulmans à la suite de leur victoire éclatante sur
les Qorayshites, lors de la grande bataille de Badr, l'E.I
en vient «au blocus contre les Banù Qaynuqà' par les
Musulmans, fiers de leurs succès, et qui choisirent cette
fois de procéder à une démonstration de force contre de
paisibles Juifs».
Après que le Prophète (PSL) eut achevé de libérer les
prisonniers de la bataille de Badr, il lança le blocus des
Banù Qaynuqà' dans leurs forts. Les munàfiqùn ne volèrent
pas à leur secours, les autres clans juifs ne se soucièrent
pas de leur sort. Les assiégés durent évacuer leurs demeures
et partir en exode.
Telle est, en substance, la relation toute simple de l'E.I,
qui ne parle nullement des mobiles qui dictèrent la décision
du Prophète (PSL).
Les écrits sur la Sirah ainsi que les textes historiques
nous apprennent que les Banù Qaynuqà' violèrent l'accord de
neutralité conclu avec le Prophète (PSL), manifestèrent de
la jalousie et de l'hostilité contre les Musulmans après la
victoire de ces derniers à Badr. L'honorable Ibn ‘Abbas a
dit : «Le Prophète s'adressa aux Banu Qaynuqà', lors d'un
rassemblement hebdomadaire dans leur souk et leur dit : «Ô
Juifs, craignez qu'il vous arrive de la part d'Allah ce qui
est arrivé aux Qorayshites, embrassez donc l'Islam. Vous
savez que je suis Prophète d'Allah, votre Livre et votre
alliance avec Lui vous en instruisent». Ils répondirent : «
Ô Muhammad, tu sais que nous faisons partie de ton peuple,
ne te trompe pas en croyant qu'ici tu as affaire à des gens
qui ne savent pas faire la guerre et que tu ne feras d'eux
qu'une bouchée. Nous jurons que si nous prenons les armes
contre toi, tu sauras que nous sommes des hommes» 60.
Cette information ne signifie pas que ces opérations étaient
menées en représailles contre les Banù Qaynuqà' pour leur
refus de se convertir; car en cette période, comme le
stipulait le traité signé avec le Prophète (PSL), ils
jouissaient de leur entière liberté de culte. Ces actions
punitives étaient justifiées pour leur comportement hostile
et inacceptable à l'égard des Musulmans, et aussi parce
qu’ils troublaient l'ordre public.
Leur bannissement fut décrété par Allah, après que les Juifs
de Médine eurent importuné une Musulmane qui faisait des
emplettes. Ils essayèrent par la force de voir ses parties
intimes et, quand un Musulman tenta de leur faire entendre
raison, ils formèrent un groupe sans cesse grandissant,
l'attaquèrent et le tuèrent purement et simplement. Devant
leurs agissements incompatibles avec la convention qu'ils
avaient conclue avec le Prophète (PSL), ce dernier ne
pouvait que sévir. Les Musulmans imposèrent aux Juifs un
blocus de quinze jours, avant d'exécuter la sentence d'Allah
et de les bannir. En outre, Allah invita les croyants, par
l'intermédiaire des versets révélés au Prophète (PSL), à
endurer patiemment les méfaits infligés par les Juifs et les
«associants», et à avoir de la clémence. Au nombre de ces
versets, on trouve le suivant :
«Certes, vous serez éprouvés dans vos biens et vos
personnes, et vous entendrez assurément de la part de ceux
qui reçurent le Livre avant vous et de la part des
associants, beaucoup de propos désagréables. Mais si vous
êtes endurants et pieux ... voilà bien la meilleure
résolution à prendre». 186/'Al-‘Imran/La Famille de ‘Imran.
5. Les causes réelles du bannissement des Banù al-Nadèr :
Selon l'E.I, après la cuisante défaite des Musulmans à Uhud
devant les troupes qorayshites, certains Juifs de Médine
exprimèrent publiquement leur joie. Cette attitude était
suffisante pour justifier, aux yeux des Musulmans, les
mesures répressives prises à leur encontre. L'E.I ajoute que
divers chroniques et récits accusaient les Juifs de beaucoup
de maux, mais sans pouvoir déterminer clairement les torts
dont ils se seraient rendus coupables. Le Coran lui-même
n'en fournit pas les détails et dit seulement qu' «ils
avaient désobéi à Allah et au Prophète».
Le fait est que seule l'E.I feint d’ignorer les causes
réelles qui ont justifié la campagne contre ces Juifs qui
applaudirent au succès de l'ennemi. Rappelons que lorsque le
Prophète (PSL) se fut établi à Médine après la hijra (622),
il conclut un accord avec tous les Juifs de la cité : les
Banù al-Nadèr, les Banù Qoraydza et les Banù Qaynuqà'.
Les Banù al-Nadèr violèrent l'accord en tentant par deux
fois de tuer le Prophète (PSL). Ibn Ishàq rapporte, ainsi
que d'autres biographes du Prophète (PSL), que ce dernier
s'était rendu un jour chez les Banù al-Nadèr pour leur
demander une aide financière aux fins de payer la diya (le
prix du sang de deux hommes tués involontairement par un
Musulman). Ils le firent attendre au pied d'un mur. Ils
tentèrent à ce moment-là de le tuer, en l'écrasant avec une
grosse pierre qui allait être jetée sur lui du haut du mur.
Averti par inspiration, le Prophète quitta précipitamment
les lieux et la pierre tomba à l'endroit même où il était
assis. Il regagna immédiatement ses quartiers où il était en
sécurité, et ordonna le siège des Banù al-Nadèr 61.
Les œuvres sur les hadiths et la Sirah rapportent une
deuxième tentative d'assassinat du Prophète (PSL) : les
Qorayshites avaient exhorté les Juifs de Médine de liquider
le Prophète (PSL) et les menaçaient de les combattre s'il
refusaient. Les Banù al-Nadèr se portèrent alors candidats
pour commettre ce crime.
Une délégation des Banù al-Nadèr comprenant entres autres
trois rabbins, demandèrent une entrevue avec le Prophète
(PSL) ailleurs que chez lui, pour leur clarifier davantage
certains points de l'Islam et promirent, s'ils étaient
convaincus, de se convertir et de convertir tous leurs
coreligionnaires. Un rendez-vous fut donc pris. Or,
entretemps, une femme juive fit secrètement informer le
Prophète (PSL) que les trois rabbins projetaient de
l'assassiner avec leurs couteaux cachés sous leurs habits.
Le Prophète (PSL) décida alors de ne pas aller à leur
rencontre. Il fit monter une expédition contre eux. Les
Musulmans les combattirent, mais les Juifs se barricadèrent
dans leurs forts. Le siège dura quelques jours et fut enfin
levé lorsque les Banù al-Nadèr capitulèrent et acceptèrent
le bannissement. Le Prophète (PSL) autorisa chaque famille
juive à emporter ses biens qui pourraient être chargés sur
des chameaux, à l'exclusion des armes62.
La perfidie des Banù al-Nadèr ne s'arrêtait par là. On avait
découvert leur complicité avec l'ennemi dont ils voulaient
être la cinquième colonne. En effet, ils avaient exhorté
leurs alliés, les associants de Médine, à se joindre aux
Qorayshites lors de la bataille d'Uhud qui tourna mal pour
les Musulmans. D'ailleurs, le poète juif Ka'b Ibn al-Ashraf,
un homme des Banù al-Nadèr, avait composé des vers dans
lesquels il exhortait les associants à ne pas être tendres
envers le Prophète (PSL) et ses partisans.
6. Les causes réelles de la campagne contre les Banù
Qoraydza :
Après avoir évoqué le siège de Médine par une nombreuse
armée levée par une coalition de Qorayshites et d'autres
clans arabes, dont les caravanes souffraient des expéditions
et razzias organisées par le Prophète (PSL) et les croyants,
l'E.I souligne que ce siège (que l'on appelle aussi «guerre
du khandaq», la tranchée), avait trop duré sans résultat, et
fut levé sans combat par les assiégeants eux-mêmes qui
avaient perdu l'espoir de s'emparer de la cité. Et l'E.I
d'ajouter : «à peine les assiégeants s'étaient-ils éloignés
que le Prophète (PSL) déclara la guerre à la dernière grande
tribu juive, celle des Qoraydza et commença le siège de
leurs forteresses ... ».
Cependant, l'E.I. n'instruit pas ses lecteurs sur les causes
de la campagne contre les Banù Qoraydza qui avaient
gravement violé leur convention avec le Prophète (PSL), à un
moment critique pour les Musulmans assiégés par une
coalition de dix mille hommes.
Les Qoraydza s'étaient, en outre, rendus coupables de
trahison en incitant le clan juif de Hayyi bin Akhtab à se
joindre aux coalisés.
Or, l'expédition contre les Banù Qoraydza fut décidée par
Allah, qui donna au Prophète (PSL) l'ordre de la mener à
bien. Les écrits sur la Sirah et la Tradition rapportent que
lorsque le Prophète (PSL) fut de retour après l'échec des
coalisés devant Médine et eut rangé ses armes, l'Ange
Gabriel vint lui dire :
«- Ô Messager d'Allah ! as-tu rangé tes armes !».
«- Oui, répondit le Prophète».
L'Ange reprit :«Le combat n'est pas encore terminé. Allah
t'ordonne de marcher contre les Banù Qoraydza. Je vais me
rendre auprès d'eux pour ébranler leurs rangs.»
Le Prophète (PSL) chargea alors un héraut pour informer les
Musulmans que l'ordre a été donné pour que la çalàt du 'açr
soit accomplie dans le fief des Banù Qoraydza.
Les Musulmans assiégèrent ces derniers jusqu'à ce que, au
bout de quelques jours, les assiégés se rendirent
finalement. Le Prophète (PSL) leur donna la liberté de
choisir un juge pour les juger. Leur choix fut porté sur
Sa'd Ibn Mu'ad, de la tribu Awss, où ils comptaient de très
nombreux alliés. Sa'd Ibn Mu'ad trancha : «Exécution des
traîtres, c'est-à-dire tous les hommes, tandis que leurs
femmes et leurs enfants seront emmenés et gardés en
captivité».
L'E.I fait porter la responsabilité de tous ces faits au
Prophète (PSL) alors qu'en vérité, c'est plutôt Hayyi bin
Akhtab qu'elle devrait accuser, lui qui a encouragé les
Juifs à trahir et à rompre leur accord avec les Musulmans
qui se trouvaient alors dans une situation de grand danger.
La sentence de Sa'd Ibn Mu'ad était équitable car, en plus
de leur trahison, les Banù Qoraydza avaient aussi acquis des
armes pour exterminer les Musulmans, et que ces derniers
découvrirent cachés dans les maisons juives.
Par ailleurs, l'E.I garde également le silence sur les
motifs qu'avait le Prophète (PSL) pour conduire une
expédition contre les Juifs de Khaybar, présentés ici aussi
comme des victimes innocentes des Musulmans. Il conviendrait
de faire savoir que les Banù al-Nadèr étaient allés, après
leur expulsion de Médine, s'établir à Khaybar déjà peuplée
de Juifs. C'est là que le danger pour les Musulmans commença
à se préciser. Le Prophète (PSL) leur écrivit alors une
lettre invitant la population de Khaybar à se convertir :
elle refusa catégoriquement. La conquête de leurs villes et
oasis devenait alors inévitable.
Chapitre IV
Exagération des conséquences politiques de l'incident de l'ifq
L'incident évoqué dans le Coran, la Sirah et les annales
sous le vocable arabe al-ifk, (c'est-à-dire le mensonge
calomnieux) est abordé, même laconiquement, par
L'Encyclopédie de l'Islam d'une manière qui fait penser que
Aïcha, l'épouse du Prophète (PSL) et «Mère des croyants»
-bénie soit-elle- avait commis un adultère. Plus encore, l'E.I
fait état, avec beaucoup d'exagération, des conséquences
politiques qui en résultèrent, selon elle.
En effet, elle écrit : «...C'est au retour de l'expédition
contre les Banù al Muçtaleq, exactement sur la route de
Médine, que se produisit la célèbre aventure qui aurait pu
coûter à Aïcha sa situation d'épouse du Prophète si Muhammad
n'avait pas reçu une révélation (4-5, 11-20 XXIV) la lavant
de tout soupçon. Plus important pour l'histoire primitive de
l'Islam est que l'affaire de Aïcha donna naissance dans les
rangs des chefs des Muhajirùn et des ’Ançàr à un grave
conflit qui se poursuivit bien après la mort de Muhammad».
Nul doute que l'E.I exploite les événements de la Sirah et
ses sources bibliographiques d'une façon sélective : elle y
puise et adopte ce qu'elle veut, et en rejette ce qui ne lui
plaît pas.
Tout d'abord, elle ne met pas suffisamment l'accent sur
l'innocence de Aïcha, reconnue innocente par le Coran et les
hadith du Prophète (PSL), ainsi que par les Çahihs qui ont
fait les chroniques de l'histoire. Rien ne permet de
contredire ces textes sacrés et séculiers : le saint Coran
ne laisse planer aucun doute sur l’honnêteté de Aïcha.
Les prolongements politiques de cette affaire ont été
exagérés par l'E.I et n'ont jamais eu les dimensions que
celle-ci leur a attribuées. En fait, il ne s'agissait que
d'un fait banal.
Du haut de son minbar (chaire), le Prophète (PSL) déclara
solennellement : «Ô frères, veuillez bien me trouver des
excuses pour ce que je ferai de celui qui osera attenter à
l’honorabilité de mon harem et je jure par Allah que mes
épouses n’agissent que dans le bon sens, et l'homme* qu'on
accuse est hors de soupçon. De plus, il n’entrait chez ma
famille qu’en ma compagnie». Sa‘d bin Mu'àd Al’Ançari lui
dit : «0 Prophète, tu es en droit d’avoir des excuses. Sache
que s'il s'agit d'un ’Awsi, nous lui trancherons la gorge,
mais s'il s'agit d'un de nos frères Khazraj, tu décideras
toi-même du jugement et nous, nous l'exécuterons» Ce à quoi
Sa‘d bin ’Ubada Al ’Ançari, le chef des Khazraj, qui était
aussi un homme pieux, répondit à Ibn Mu‘ad : «Tu es un
hypocrite !» C'est ainsi que les esprits s'échauffèrent
dans les clans ’awsi et khazraji au point qu’ils faillirent
s’entretuer sous le regard du Prophète qui, du haut du
minbar, n'avait cessé d'intervenir pour les calmer et
réussit finalement à ramener l’ordre et la sérénité dans les
esprits.63
Cette joute oratoire a été rapportée dans les corpus des
hadith, et dans les œuvres de Sirah. Elle fut effectivement
une des conséquences néfastes de l'incident de l'ifq qui n'a
pas manqué d'envenimer, de façon épisodique, les relations
entre les ’Awss et les Khazraj, menaçant ainsi l'unité des
Musulmans. Mais, grâce à Allah Qui aime la paix, Son
Prophète (PSL) réussit à calmer la situation et préserver
l'unité des Musulmans, déjouant ainsi les plans des
munafiqun, des mécréants qui étaient à l'origine de toute
cette affaire.
L'E.I s'est chargée d'exagérer cet échange de paroles
enflammées entre deux hommes, l'un ’awsi, l'autre khazraji,
et de le transformer en un grave conflit ayant opposé les
chefs des muhajirùn entre eux, provoquant ainsi les
divisions entre les Muhajirùn et les ’Ançar. Pour notre
gouverne, l'Encyclopédie de l'Islam ajoute même que ces
divisions et conflits durèrent longtemps après la mort du
Prophète (PSL).
En vérité, les Muhajirùn n'avaient nullement intervenu dans
le débat qui eut lieu en présence du Prophète (PSL), et
aucun conflit ni division n'eut jamais lieu entre leurs
chefs, ni entre eux et les ’Ançar. N'en déplaise à l'E.I.
qui a voulu gonfler le problème, et ce, sans jamais pouvoir
apporter la moindre preuve à ses dires.
Chapitre V
Mise en doute de l'envoi de messages du Prophète (PSL)
aux souverains et gouverneurs
L'Encyclopédie de l'Islam rapporte que «le Prophète (PSL) a
envoyé des messages à Muqawqès, gouverneur d'Alexandrie, au
Najashi (Négus) d'Abyssinie, à Héraclius, empereur de
Byzance, à Kosroès, empereur des Perses, etc., par lesquels
il les invitait à se convertir à l'Islam» (E.I VII/373).
Elle ajoute : «Sous la forme dans laquelle ces lettres nous
sont parvenues, elles ne peuvent être admises comme
authentiques, car elles contiennent des détails qui
reflètent une période postérieure de l'Islam. Ce qui est
raconté au sujet de ces écrits ne mérite guère davantage la
créance que la plupart lui ont accordée. (...) On doit
considérer comme tout à fait invraisemblable qu'un politique
aussi réfléchi que Muhammad qui avait en vue à ce moment un
but très réel, la conquête de Makkah, ait pu se laisser
aller à des imaginations aussi fantaisistes».
A la lecture de ces passages, le doute de l'E.I. sur
l'authenticité des lettres du Prophète (PSL) nous semble
s'appuyer sur deux postulats :
1. leur teneur et leur forme reflètent l'époque de la
puissance de l'Islam, alors qu'elles sont datées d'avant la
conquête de Makkah.
2. La sagesse du Prophète (PSL) est incompatible avec tout
acte fantaisiste.
En réalité, ces deux postulats se réfèrent à la critique des
textes de ces lettres et aux spécificités personnelles de
leur auteur, ce qui constitue une norme, et non la seule ni
l'unique voie adoptée par les experts pour pouvoir se
prononcer sur l'authenticité des textes. En effet, le
premier moyen pour reconnaître l'authenticité de documents
historiques comme ces lettres, consiste dans la relation et
la transmission exacte. Quand on reconnaît qu'une relation
est authentique, le doute est dissipé. Or, ces lettres
doivent leur créance aux hadiths du Prophète (PSL) d'une
part, et à l'unanimité des historiens d'autre part.
Les auteurs des corpus des hadiths ont consacré des
chapitres spéciaux à ces lettres. C'est ainsi que Bukhari a
reproduit textuellement le message du Prophète (PSL) à
Héraclius dans son Çahih, «livre du Début de la Révélation»,
au chapitre traitant du récit d’Abu Sufiyan sur Héraclius.64
Dans le Çahih de Muslim, chapitre «Les Missives du Prophète
aux Rois des mécréants les invitant à embrasser l'Islam»,
les paroles suivantes d’Anas bin Màlik, béni soit-il, sont
rapportées ainsi : «Le Prophète (PSL) a écrit à Koskoès, à
César, au Négus, et à tous les puissants de ce monde les
exhortant à adorer Allah».65 en notant bien que le Négus
concerné ici n’est pas celui qui avait offert l’hospitalité
aux premiers émigrés musulmans et à la mémoire duquel le
Prophète fit une prière. Abu 'Ubayd al Qàsim bin Sallàm a
reproduit la lettre envoyée à Koskoès, roi des Perses, dans
le Kitab al-'amwal, d’après une relation de Sa‘id bin Al
Musayyib, et tous les experts reconnaissent l'authenticité
de toutes les lettres rapportées par Al Musayyib.
En se référant à Ibn Ishaq, Ibn Hisham a mentionné le
message du Prophète (PSL) à Muqawqès, gouverneur
d'Alexandrie. La partie, dont Ibn Ishaq a reconnu la
contemporanéité de sa datation, a été certifiée authentique
par les savants en hadith.
Ainsi donc, le doute des orientalistes demeure tout à fait
gratuit et sans objet devant la haute compétence des
célèbres muhaddithùn, les auteurs des œuvres sur les
hadiths.
Les autres raisons du doute émis par l'E.I. ne se justifient
pas non plus, car l'envoi de lettres aux souverains n'exige
pas la possession d'une force militaire chez l'expéditeur,
d'autant plus qu'il s'agissait de faire parvenir la
proclamation et l'appel à l'Islam. En outre, les Musulmans
ne comptaient pas exclusivement sur leurs armes pour
répandre l'Islam. La piété, la force de la foi et leurs
convictions monothéistes constituaient leur première force
dans l'expansion de l'Islam, car ils ne pouvaient compter
sur leur force guerrière qui était de beaucoup inférieure à
celles des mécréants, des Juifs et des Chrétiens.
Il faudrait remarquer que le Prophète (PSL) a envoyé ces
lettres après la conclusion de paix à Hudaybiyya, laquelle
paix fut une immense victoire qui constitue la principale
circonstance de la révélation de la sourate al-Fath
(l'Ouverture), appelée aussi La Victoire. Elle annonce que
désormais, c'est l'espace universel qui s'est ouvert au
Prophète, à l'Islam : «C'est bien Nous qui pour toi faisons
l’ouverture éclatante» 1/Al-Fath/La Victoire.
Ainsi donc, en envoyant ces lettres à des souverains
puissants, le Prophète n'a manqué ni de sagesse, ni de
clairvoyance, ni de diplomatie, et qu'il était loin d'être
un aventurier et un fantaisiste, comme le considère l'E.I.
Agissant par ruse et malice pour soutenir et souligner son
scepticisme à propos de l'authenticité de ces lettres, l'E.I
en arrive à formuler de graves soupçons sur deux points
majeurs, et prétend que :
1. l'universalisme
de l'appel de l'Islam est douteux.
2. L'appel
aux Juifs et aux Chrétiens pour leur conversion n'est pas
sûr.
Sur le premier point, elle écrit : «Alors qu'il est vrai que
des passages du Coran datant de la période médinoise vont
plus loin que la conception plus ancienne selon laquelle il
était envoyé comme Prophète aux Arabes, même les versets si
souvent cités comme preuve du fait qu'il considérait sa
mission comme universelle, ne résistent pas à un examen
serré, mais exigent une interprétation plus large que leur
sens littéral. D'une manière générale, il est extrêmement
douteux que Muhammad ait pu penser que sa religion pût
devenir une religion universelle» (p. 373).
Au sujet du deuxième point, elle avance que : «C'est un fait
péremptoire que Muhammad, au faîte de sa puissance, n'exigea
pas du tout des Juifs ou des Chrétiens (de l'Arabie) qu'ils
se convertissent à l'Islam et se contenta d'une soumission
politique et du paiement d'un tribut».
Notre réplique à l'E.I. comporte deux volets :
- Prétendre que le Prophète (PSL) n'a pas pensé à
l'universalisme de sa mission est une erreur considérable à
laquelle nous avons apporté les correctifs nécessaires dans
la première partie de cet ouvrage.
- Prétendre que les Juifs et les Chrétiens d'Arabie
restèrent en dehors de la proclamation de l'Islam est une
aberration, car cette proclamation fut faite à tous les
humains, en application du Coran et des hadiths. Les
biographies des conquérants musulmans mentionnent les appels
de ces derniers aux Juifs et aux Chrétiens de la péninsule
Arabique, mais sans les contraindre par la force ou tout
autre moyen répressif à la conversion.
Concernant l'invitation que le Prophète (PSL) adressait en
permanence aux Juifs et aux Chrétiens, dont la liberté
religieuse était protégée par l'Islam, elle a son écho dans
le Coran où l'on peut lire :
- «O vous qui détenez les Ecritures ! Croyez en ce que Nous
faisons descendre (le Coran) pour confirmer ce que vous
aviez déjà, avant que Nous couvrions d’avilissement et
l’humiliation certains visages ou que Nous les maudissions,
comme Nous avons maudit les profanateurs du sabbat. L’ordre
d’Allah est toujours suivi d’exécution» 47/Al-Nisa’/Les
Femmes.
- «Quand on leur dit : «Croyez en ce qu'Allah a fait
descendre, ils répondent : 'Nous ne croyons qu'en ce qui est
descendu sur nous autres» Mais ils dénient ce qui est venu
après, bien que ce soit le Vrai, venu en confirmation de
leur propre legs» 91/Al Baqara/La Vache.
- «Dis : «O Gens du Livre, venez à une formule moyenne entre
vous et nous : que nous n'adorions qu'Allah sans rien Lui
associer, de ne pas nous prendre les uns les autres pour
maîtres en place d'Allah». S'ils se dérobent, eh bien ! dis
: «Témoignez que nous sommes de Ceux-qui-se-soumettent».
64/La Famille de 'Imràn.
Comme le précise Ibn Kathìr dans son commentaire, le message
de ces sourates s'adresse aussi bien aux Gens du Livre
qu'aux autres communautés.
Le Prophète (PSL) précise encore plus le sens de ces
sourates dans la missive adressée au grand byzantin
Héraclius, dans laquelle il lui dit, après les formules
d'usage : «Deviens musulman et tu connaîtras la paix. Et si,
en plus, tu convertis d'autres à l'Islam, tu auras fait le
bien doublement, et Allah t'en récompensera. Mais si tu
tournes le dos à l'Islam, tu te rendras coupable d'un double
péché : «O Gens du Livre, écoutez la parole d'Allah et
adorons-Le tous ensemble...».
Le Prophète (PSL) a donc fait parvenir sa proclamation aux
Juifs et aux Chrétiens comme à tous les Arabes. Les Banù
Qaynuqà' reçurent l'appel du Prophète (PSL) dans des
circonstances particulières, selon une communication d'Ibn
'Abbas, qui rapporte que le Prophète (PSL) les réunit et
leur dit : «O vous de la communauté juive, craignez d’Allah,
ce qu’Il a infligé aux Qorayshites comme châtiment.
Embrassez l’Islam. Vous savez que je suis le Prophète Envoyé
d'Allah: c'est ce que vous trouvez dans votre Livre et dans
le pacte qu’Il vous a offert.». Mais ils rejetèrent son
appel de façon arrogante et le défièrent même de les
combattre.
Les Juifs de Khaybar furent également invités à se
convertir. Le Prophète (PSL) chargea 'Ali bin ’Abi Tàlib de
cette mission auprès d'eux, et lui donna la permission de
leur livrer combat s'ils refusaient. Il lui dit :
«Invite-les d'abord à se convertir à l'Islam, et informe-les
de leurs devoirs envers Allah. Et si, par Dieu, tu arrives à
mener un seul homme parmi eux sur le droit chemin, ta
rétribution sera sans mesure».66 Les Juifs furent assiégés,
puis capitulèrent après de violents combats.
Concernant les Chrétiens de Najràn qui envoyèrent une
délégation au Prophète (PSL), conduite par deux prêtres, «le
Prophète, en les recevant, leur demanda de se convertir,
mais ils répondirent qu'ils s'étaient convertis avant sa
proclamation». - «Menteurs, répliqua le Prophète (PSL). Vous
prétendez qu'Allah a un fils, vous vénérez la croix et vous
mangez du porc».67
Ils refusèrent de se convertir à l'Islam, mais acceptèrent
qu'un Musulman soit désigné auprès d'eux comme juge, pour
trancher leurs litiges et sanctionner leurs divergences
religieuses selon le Coran. Le Prophète (PSL) chargea Abù 'Ubayda
bin al-Jarrah de cette mission et leur garantit par écrit la
sécurité pour leurs biens et leur vie, une garantie qui
continua à avoir cours même après la mort du Prophète (PSL).
Ainsi donc l'appel revêtait un caractère universaliste
puisqu'il s'adressait aux Juifs et aux Chrétiens comme en
attestent le Coran, le Hadith et la Sirah du Prophète (PSL).
Par conséquent, les propos de l'Encyclopédie de l'Islam à ce
sujet sont nuls et non avenus.
De même, les missives du Prophète (PSL) aux rois et aux
gouverneurs sont un fait historique indéniable qui prouve
lui aussi la nature universaliste de l'Islam et du caractère
inclusif de la mission du Prophète (PSL). Les expéditions du
Prophète (PSL) étaient à chaque fois précédées d'un message,
verbal ou écrit. Lorsque les communautés concernées, surtout
parmi les Gens du Livre, refusaient et rejetaient l'appel,
ils étaient alors astreints à payer un tribut. Quand ils
refusaient de payer cet impôt, la jizya, leurs pays étaient
alors conquis pour que la Parole d'Allah ait la suprématie
et pour libérer les peuples des cultes autres que celui
d'Allah, l'Unique.
Chapitre VI
Diversité de termes et d'expressions pour qualifier le
Prophète
1. Le génie et le réformateur religieux :
L'Encyclopédie de l'Islam fait usage d'une diversité de
termes pour qualifier le Prophète (PSL), mais n'emploie que
rarement les vocables «Prophète» et «Messager». Un esprit
averti ne saurait être inattentif à l'objectif de l'E.I. et
de ses collaborateurs orientalistes. Par l'emploi
d'épithètes et d'expressions particulières, pour désigner
Muhammad (PSL), comme «le génie», «l'intelligent», «le
réformateur religieux», l'E.I. vise à l'inscrire comme tel
dans l'histoire et dans les esprits, et non en tant que
Prophète d'Allah.
Cette stratégie orientaliste a pour but de présenter
Muhammad (PSL) comme un homme d'une grande intelligence et
qui a pu inventer, par son génie et la force de son esprit,
une nouvelle religion, moyen pour lui de réformer les
conditions sociales des Arabes, de les délivrer de
l'ignorance et de l'idolâtrie, et faire de la civilisation
arabe un modèle d'excellence qui influencera profondément
toute la civilisation humaine.
Par ignorance, par inadvertance, ou par une mauvaise
intelligence des sens précis et profonds des expressions
utilisées par les orientalistes pour qualifier le Prophète (PSL),
quelques auteurs musulmans contemporains les ont prises à
leur compte, et ont écrit sur «le génie du Prophète» comme
ils ont écrit sur le génie d'Abù Bakr, de 'Omar Ibn
al-Khattab et d'autres personnages. Les uns et les autres
commettent une grave injustice à l'égard du Prophète
d'Allah.
Le Prophète (PSL) est au-dessus de tout génie, de tout homme
d'Etat, de tout réformateur, au-dessus de tous les hommes.
Il est un Prophète qui recevait la Révélation, un Messager
qui transmettait aux humains les messages du Seigneur,
qualité qui ne peut être accomplie ou atteinte ni par le
génie, ni par l'esprit, ou par l'inspiration. Grande est la
différence entre le génie réformateur et le Prophète Envoyé.
Al-Abbàs, oncle du Prophète (PSL) -déjà converti- avait fait
la différence. En effet, la veille même de la conquête de
Makkah, le Prophète (PSL) lui dit d'emmener Abù Sufyàn -chef
de ladite cité- qui venait de se convertir, au sommet de la
montagne pour qu'il puisse voir venir l'armée de la
conquête. Quand le lendemain ’Abù Sufyàn vit cette armée
s'approcher de la ville, et avec elle le bataillon vert du
Prophète (PSL), il dit à ‘Al-Abbàs : «Le royaume de ton
neveu est devenu puissant». Son interlocuteur lui répondit:
«- Non, ce n'est pas le royaume de mon neveu, mais c'est un
signe de sa qualité de Prophète». Et Abù Sufyàn de
reconnaître : «Oui, c'est l’apostolat, la prophétie donnée à
ton neveu».
Les auteurs non-musulmans qui ont écrit sur la vie du
Prophète (PSL) ne croient pas en son état de prophète, en sa
mission prophétique. Ils le considèrent seulement comme un
grand homme, un génie, un réformateur inspiré. Il n'est pas
donc permis aux auteurs musulmans d'adhérer à cette
perception qui porte préjudice à l’apostolat de Muhammad (PSL).
Par contre, ils ont le devoir, en ce chapitre, de suivre la
voie du Coran, d'aller sur les traces des Compagnons et des
ancêtres vertueux.
C'est un constat des plus évidents que le Coran ne qualifie
Muhammad (PSL) ni de réformateur, ni de génie, mais partout
où le très illustre personnage est cité, il porte l'épithète
de «Prophète», de «Messager», d'«Envoyé». Même quand il y
est mentionné, son nom est accolé à la mission prophétique,
comme dans le verset 27 de la sourate Al Fath/L'Ouverture: «Muhammadun
rasulu Allah» («Muhammad est l'Envoyé d'Allah»). De même,
dans le verset 6 de la sourate al-Çaff//Le Rang, on lit :
«Et je vous fais la bonne annonce d'un Envoyé qui viendra
après moi ; son nom est Ahmad», dit Jésus»). Partout où ils
le mentionnent, ses Compagnons et ses biographes ne se
départent jamais de l'appeler «le Prophète», «l'Envoyé» [al-Nabiyy,
al-Rasùl].
Nous pensons que les orientalistes le qualifient de génie et
de réformateur, parce qu'ils estiment que ces qualités sont
de nature à disparaître, quand le souvenir de celui qui les
porte disparaît et s'efface des mémoires. Ces mêmes
orientalistes ont oublié que le personnage qu'ils appellent
«génie» et «réformateur» ne s'est jamais attribué ses actes
et leurs conséquences, comme l'indiquent clairement un
certain nombre de sourates telles que : «Dis : «En fait de
Messager, je ne suis pas une nouveauté ; et je ne sais pas
ce que l'on fera de moi, ni de vous ; mais je ne fais que
suivre ce qui m'est révélé ; et je ne suis qu'un avertisseur
clair» 9 /Al-Ahqaf’. Autre exemple : «Dis : Je ne vous dis
pas que je dispose des réserves d’Allah, ni que je connais
le mystère ; je ne vous dis pas que je suis un ange : je ne
fais que suivre ce qui m'est révélé» 50/Al An‘am/Le Bétail.
Or, il est évident que ni le génie, ni le réformateur, ni le
héros -et encore moins le commun des mortels- n'aime laisser
autrui jouir du prestige de toutes les formidables actions
qu'il a lui-même accomplies. Cela serait complètement
contraire à la nature humaine. Pourtant, si c’était Muhammad
(PSL), qui avait innové cette grande religion, et accompli
toutes ces nobles actions qui ont changé le cours de
l'histoire et sauvé l'humanité de l'ignorance grâce à «son
génie» et à «la force de son caractère », il n’aurait pas
agi autrement que les humains en s’appropriant le bénifice
de ces actes. Il éprouvait au contraire l’honneur et le
bonheur d'avoir été investi de cette mission. Il était
parfaitement conscient de ses qualités humaines et
attribuait toutes ses entreprises et leurs résulats à son
Seigneur.
2. La prétendue fuite du Prophète (PSL) au cours de la
déroute d'Uhud :
L'expédition d'Uhud s'est achevée par la défaite des
Musulmans. Ces derniers étaient tout près de la victoire
mais quand quelques archers, placés sur les flancs du
Prophète (PSL) pour le couvrir, quittèrent leur poste, la
situation changea aussitôt en faveur des Qorayshites. Les
Musulmans se dispersèrent, beaucoup d'entre eux furent tués.
Quelques éléments qorayshites s'approchèrent du siège du
Prophète. Un associant lui lança une pierre : l'Envoyé
d'Allah fut blessé au visage. L'épouvante s'empara des
combattants musulmans dont un grand nombre prirent la fuite.
Le Prophète (PSL) demeura sur place. Il se mit à appeler ses
hommes pour se regrouper autour de lui. Une trentaine de ses
compagnons l'entourèrent, d'autres continuèrent à combattre
pour le protéger ; une bonne partie d'entre eux furent tués
devant lui.
Le Coran évoque la scène dans ce verset : «Lors vous prenez
du champ sans vous retourner sur personne, bien que l'Envoyé
vous rappelle sur vos arrières». 153/La Famille de 'Imràn.
Muslim rapporte dans son Çahih que « le jour de la bataille
d'Uhud, le Prophète, s'étant trouvé un moment avec sept des
’Ançàr et deux Qorayshites, encerclés par les associants, il
dit : «Celui qui me délivre accédera au Paradis». Un homme
parmi un groupe de sept ’Ançàr s'engagea dans le combat pour
le délivrer, mais il fut tué. Le Prophète répéta sa
proposition encore un fois pour être délivré. Un autre
’Ançàr se porta volontaire pour le secourir, mais lui aussi
fut tué. Et ainsi firent les autres Ançàr jusqu'à ce qu'ils
fussent tués tous les sept. Le Prophète dit alors : «Nos
hommes nous ont trahis en s'enfuyant»68.
Bukhari rapporte un hadith reproduit par ’Abù 'Uthmàn
al-Nahdi d'après lequel le Prophète (PSL) s'est retrouvé à
la fin de la bataille d'Uhud, seul avec Talha et Sa'd bin
Abi Waqqàs69.
Bukhari rapporte aussi un hadith reproduit par ’Anas et dans
lequel est évoquée la situation très dangereuse dans
laquelle s'est retrouvé le Prophète (PSL), lorsque les
Musulmans eurent pris la fuite devant la coalition adverse,
surtout lorsqu'il n'eut plus à ses côtés qu'une poignée de
défenseurs parmi lesquels Talha. Celui-ci conseilla au
Prophète (PSL) de ne pas se hasarder en dehors de son abri,
de peur d'être touché par une flèche.
Le verset ci-dessus ainsi que les hadiths rapportés par
Muslim et Bukhari nous instruisent que le Prophète (PSL)
n'avait pas fui à Uhud quand il fut abondonné par ses
hommes. Au contraire, il préféra rester sur place et
encourager ses fidèles à se regrouper, et ce, au risque de
sa vie. Ces références apportent donc un démenti formel aux
allégations de l'Encyclopédie de l'Islam sur le sujet.
D'ailleurs, le Prophète (PSL) n'avait pas à fuir car Allah
lui avait promis la vie sauve dans tous les complots
fomentés contre lui et dans toutes les situations tragiques.
«Et Allah te préserve de la méchanceté des gens» 67/
Al-Ma’ida/La Table.
Plus encore, les associants qorayshites, fatigués, se
retirèrent d'eux-mêmes, sans remporter sur le Prophète (PSL)
la victoire décisive qu'ils escomptaient.
Quand le calme fut revenu, le Prophète (PSL) ordonna
d'enterrer les martyrs, au nombre de soixante-dix. Aucun
Musulman n'a été capturé dans cette bataille.
3. La double personnalité :
Après avoir évoqué les grandes responsabilités politiques,
militaires, administratives et sociales qui attendaient le
Prophète (PSL) à Médine, l'Encyclopédie de l'Islam écrit :
«Nous sommes confrontés à l'un des problèmes les plus
délicats de la biographie du Prophète, la double
personnalité qu'il présente clairement dans les sources. Le
visionnaire religieux inspiré dont la pensée tournait
essentiellement autour du Jugement dernier imminent, qui
avait supporté avec patience toutes les attaques et toutes
les humiliations, qui n'effleurait que timidement la
possibilité d'une résistance active et préférait s'en
remettre entièrement à l'intervention d'Allah, après son
installation à Médine, apparaît sur un théâtre profane et se
révèle d'un coup un génie politique de premier rang» (E.I,
VII/369)
Le fait d'accorder au Prophète (PSL) la double personnalité
est en soi une incompréhension de sa personnalité et une
mauvaise intelligence de l'Islam d'une manière générale.
L'Islam, en particulier, ne sectionne pas l'être ou sa vie
en deux composantes distinctes : une matérielle et physique,
l'autre immatérielle et psychique -autrement dit, une
composante pour la vie profane, l'autre pour la vie
religieuse et spirituelle. L'Islam considère la vie d'une
personne dans son intégralité, comme une unité cohérente où
le temporel et le spirituel se complètent, et où la matière
épouse l'esprit. L'Islam n'incite pas à la négligence de la
vie d'ici-bas, mais appelle à y adhérer. Il ne croit pas au
monachisme et n'ordonne pas à l'homme de fuir la jouissance
des choses matérielles, mais il affirme avec force que l'on
ne peut atteindre la sublimité spirituelle que si l'on
affronte la vie dans ses difficultés et ses facilités, dans
l'adversité et dans l'aisance, tout en s'attachant
rigoureusement à la droiture et à la piété. Cette conception
des choses de la vie est présentée sommairement par ce
verset : «Seigneur : accorde-nous belle-part ici-bas, et
belle-part dans l'au-delà. Et protège-nous du châtiment du
Feu» [201/Al Baqara/La Vache].
L'Islam œuvre en faveur de l'établissement d'un équilibre
entre les deux composantes de la vie : le temporel et le
spirituel, la matière et l'esprit. Il postule que tout ce
qui est créé dans l'univers matériel l'est pour servir
l'homme et pour répondre à ses besoins. L'homme, à son
tour, fut créé pour servir Allah : sa fonction sur la terre
consiste à exécuter la Volonté du Créateur et Ses ordres
comme le dit ce hadith qodsi (saint, inspiré au Prophète
(PSL) par Allah) : «O fils d'Adam : Je t'ai créé pour Moi et
J'ai créé toute chose pour toi. Par Mon droit sur toi, Je te
conjure de ne pas laisser ce que J'ai créé pour toi, te
détourner de ce pour quoi tu fus créé».*
Les prescriptions de l'Islam respectent équitablement les
besoins matériels et spirituels de l'homme, et incitent ce
dernier à œuvrer pour trouver une base de relations
satisfaisantes avec son Créateur, de manière à pouvoir
réaliser une complémentarité et une coopération entre ses
forces objectives et subjectives, s'exercer pour avoir une
conduite telle que le spirituel en lui l'emporte sur le
matériel, et que le scrupule religieux ait la suprématie sur
les soucis des choses profanes. Aussi l'homme doit-il se
comporter en tout et partout suivant les critères de la
religion qui normalisent toutes ses activités.
A titre de comparaison avec le Christianisme, on remarque
que ce dernier privilégie le côté spirituel de la vie et
enseigne un genre d'amour qui fait porter à chaque Chrétien
le lourd fardeau de la culpabilité. Disons que cet amour
idéal ne satisfait pas les vœux spirituels, et encore moins
les besoins vitaux de l'homme, parce qu'il est en
contradiction avec la nature humaine et avec l'esprit sain.
Ceux qui ont accusé le Prophète (PSL) d'avoir une double
personnalité sont assurément bien imprégnés de la culture et
des principes de l'idéologie chrétienne. C'est pourquoi ils
ont cette idée fixe que Muhammad (PSL) est le Messager
exemplaire qui, durant la période mekkoise, fonda sa
proclamation sur l'appel au détachement des choses de la
vie, à l'obligation du moi de se contenter de peu,
d'accepter volontairement les privations, d'accepter
volontiers l'endurance et la souffrance, et de s'en remettre
entièrement à Allah. Or, durant la période médinoise, le
voilà qui devint tout à coup un homme actif : il bâtit une
communauté, il se penche sur ses affaires politiques,
militaires et sociales, il combat ses ennemis avec des
armes, il fait des projets pour l'avenir de la nation et
crée la force nécessaire et indispensable pour garantir la
protection de cette nation.
Cette accusation est non fondée car les activités humaines,
faites dans un but qui sert la société, sont une sorte de
culte, de dévotion. Si le jihàd est une des meilleures
dévotions, le travail au profit de ses enfants et de la
famille ne l'est pas moins. Le travail qui va dans le sens
de l'intérêt des humains, quand il exige des déplacements
quotidiens, longs et fatigants, engendre ipso facto un
allégement des obligations religieuses comme le stipule le
Coran :
«Ton Seigneur sait que tu (Muhammad) te tiens debout moins
de deux tiers de la nuit, ou sa moitié, ou son tiers. De
même qu'une partie de ceux qui sont avec toi. Allah évalue
les prières du jour et de la nuit. Il sait que vous ne
saurez jamais passer toute la nuit en prière. Il a usé
envers vous avec indulgence. Récitez donc ce qui vous est
possible du Coran. Il sait qu'il y aura parmi vous des
malades, et d'autres qui voyageront beaucoup, en quête de la
grâce d'Allah, et d'autres encore qui combattront dans le
chemin d'Allah. Récitez donc ce qui vous en sera possible».
[20/ Al-Muzzammil/L’emmitoufle].
Contrairement à ce qu'avance l'Encyclopédie de l'Islam, le
Prophète (PSL) n'a jamais été un être double, ni dans sa
personnalité, ni dans sa vie. Si, à Makkah, il n'a pas
entrepris de mesures pour organiser politiquement et
socialement la communauté musulmane, c'est parce qu'il se
trouvait dans des conditions qui ne le lui permettaient pas.
Si, à Makkah, il supportait avec patience et endurance,
ainsi que les croyants, toutes les humiliations de la part
des associants, c'est parce que le Seigneur lui ordonnait
cette conduite, et le Seigneur seul en connaissait la grande
sagesse.
S'il est permis d'accuser ainsi le Prophète (PSL) d'avoir
fait montre d'une double personnalité, il faudra alors dire
de tous les hommes d'État, de tous les politiciens qui
reportent des décisions à des moments plus opportuns, et qui
adoptent des attitudes qui varient selon les circonstances,
qu'ils ont une double personnalité. Cela est pourtant
inconcevable.
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