Islamic Educational, Scientific and Cultural Organization - ISESCO -

Deuxième Partie
La Période
médinoise de la Sirah du Prophète (PSL)

 

Chapitre I
Les erreurs de l'Encyclopédie de l'Islam à propos de la Hijra

1. Objectifs politiques des Médinois ?

Selon l'Encyclopédie de l'Islam, «les Médinois cherchaient à attirer chez eux plutôt qu'un prédicateur inspiré, un leader politique qui pût rétablir leurs relations politiques qui avaient été brisées par les conflits tribaux récents, dont la bataille de Bu'ath avait marqué le point culminant».

D'après ce passage, les Médinois avaient entendu l'appel à l'Islam et accepté d'accueillir le Prophète (PSL), et de le protéger pour des raisons d'opportunité politique plutôt que par motivation religieuse.

L'analyse faite par l'Encyclopédie de l'Islam sur les dessous de l'émigration à Yathrib (Médine) est matérialiste, car elle écarte d'emblée les mobiles spirituels de cette entreprise tels que l'amour d'Allah et la rétribution que le Tout-Puissant réserve dans l'au-delà. Pourtant, rien n'écarte l'hypothèse de la combinaison d'intérêts spirituels et temporels chez les Médinois, quand ils permirent au Prophète de se rendre à  Médine. Les conditions politiques, qui prévalaient à Médine, étaient probablement la cause indirecte de l'hospitalité dont ses habitants ont fait preuve vis-à-vis du Prophète et de leur conversion à l'Islam.

Cependant, bien au-delà de ces considérations, on ne saurait oublier que c'est la volonté divine qui inspira cette émigration et guida Son Messager, tel que le dit un hadith reproduit par Al Bukhari et Muslim, dans leurs Çahih respectifs, selon lequel le Prophète (PSL) a dit : «Dans une vision, je me suis vu émigrant de Makkah vers une oasis. J'ai pensé que c'était al-Yamàma. Or, ce fut Yathrib»39 

Dans ses Maghàzi, Ibn Ishàq fut le premier à évoquer en détail la situation des Médinois dont la gravité leur eut dicté de chercher un sauveur. Or, ayant apprécié les qualités du Prophète (PSL), ils estimèrent qu'il était le seul à pouvoir les tirer de leur embarras. Nous pouvons résumer cette situation dans les quelques lignes ci-après :

Parmi les raisons qui expliquent leur précipitation à se convertir à l'islam, on pourrait citer leur cohabitation, dans l'oasis, avec des Juifs qui étudiaient Le Livre et détenaient le savoir alors qu'eux, les Arabes, étaient des associants et adoraient des idoles. Des conflits éclataient souvent entre ces Juifs qui formaient trois grandes tribus, les Banù Qoraydza, les Banù al-Nadir et les Banù Qaynuqà'. Les deux principales tribus arabes de l'oasis de Yathrib étaient les Awss et les Khazraj. Des affrontements opposaient souvent les Juifs monothéistes et les Arabes païens, et tournaient à l'avantage des seconds. Aussi les Juifs disaient-ils à leurs vainqueurs : «Quand un Prophète apparaîtra, nous le suivrons et nous vous exterminerons tous comme le furent les 'Ad et les Thamudéens».

Quand le Prophète (PSL) eut invité les Médinois à se convertir, ils se concertèrent. Puis certains rappelèrent aux autres les menaces que les Juifs leur avaient faites et dirent : «Ne laissons pas aux Juifs la possibilité de nous devancer auprès de cet homme». Les Arabes envoyèrent alors une délégation à Makkah ; l'un de ses membres dit au Prophète (PSL) : «Nous avons laissé à Yathrib notre peuple divisé. L'hostilité qui oppose nos deux tribus n'a d'égal nulle part. Puisse Allah nous unir autour de toi. Si nos deux tribus s'unissent sous ton autorité, tu seras le plus puissant des hommes»40.

Cette rencontre eut lieu lors du pèlerinage de l'année 622. Un accord fut conclu entre les deux parties à al-'Aqaba, en vertu duquel des émigrés musulmans pourraient s'établir en toute sécurité à Yathrib, et ne seraient pas gênés dans leur action de diffusion de l'Islam.

Les raisons de l'accord entre les deux parties, telles que rapportées par Ibn Hishàm, sont incontestablement objectives. Néanmoins, la Tradition rapporte que c'est mûs par une foi profonde que les Médinois eurent une deuxième rencontre avec le Prophète (PSL) à al-'Aqaba, (appelée par les historiens 'Aqaba II). Au cours de cette rencontre, ils invitèrent le Prophète (PSL) à aller s'établir chez eux, à Yathrib, et s'enquérirent de ses conditions. Il leur répondit : «Vous me prêtez un serment d'allégeance par lequel vous devez m'écouter et m'obéir, ordonner le bien et interdire le blâmable, témoigner pour Allah, ne craindre aucun reproche d'où qu'il vienne en vous engageant dans Sa Voie, me prêter assistance, me protéger si je m'établis chez vous, contre quoi vous vous protégez vous-mêmes et protégez vos femmes et vos enfants. Si vous agissez de la sorte, vous aurez le Paradis pour récompense»41. Alors les Médinois acceptèrent les conditions du Prophète (PSL) et lui prêtèrent serment d'allégeance.

Ibn Ishàq poursuit :

«As‘ad bin Zararah, qui était le plus jeune parmi ces Médinois, prit la main du Prophète et dit : «Attendez, Ô gens de Yathrib, nous ne sommes venus ici avec nos chameaux que parce que nous savions qu’il était le Messager d’Allah. Son refoulement sera un paradoxe qui affecte tous les Arabes et pareil à un homicide sur la personne du meilleur d’entre vous, mais vous semblez comme meurtris par des coups de sabre. Voyons ! ou bien vous êtes capables de résister dans l’endurance et votre rétribution incombera à Allah, ou alors vous avez peur de votre ombre. Montrez donc ce que vous êtes, ce sera une excuse auprès de votre Seigneur. Agis pour nous, Ô As’ad. Par Allah, nous n’abandonnerons jamais notre engagement, ni ne dénoncerons notre allégeance. Nous avons accepté les conditions qu’il nous a posées en contrepartie desquelles il nous donne le Paradis».

Il n'y a donc aucun doute que l'allégeance des Médinois au Prophète (PSL) était empreinte de grande piété et traduisait la sincérité de leur foi et de leur croyance en Allah et Son Messager, tout conscients qu'ils furent de leurs nouvelles obligations et des sacrifices qui allaient leur être imposés, dans le cadre de la religion et du jihàd pour le triomphe de la parole d'Allah. Ils ne se sont donc pas engagés avec le Prophète (PSL) par calcul ou par admiration pour ses aptitudes politiques et son intelligence, contrairement à ce que prétend l'Encyclopédie de l'Islam.

2. Les Mekkois n'auraient pas empêché le Prophète (PSL) de fuir :

A propos de la hijra du Prophète (PSL), l'Encyclopédie de l'Islam  prétend que les Mekkois n'y étaient pas opposés, car ils ne voyaient en lui aucun danger, qu'il soit à Makkah ou à Médine.

Là encore, il s'agit d'une fausse allégation car les Qorayshites avaient essayé par tous les moyens d'empêcher les Musulmans de fuir à Médine. Ils avaient créé toutes sortes de problèmes et d'obstacles sur leur route : tantôt ils confisquaient leurs biens, tantôt ils séquestraient leurs femmes et leurs enfants, tantôt ils recouraient à d'autres stratagèmes pour les forcer à revenir à Makkah.

Il est clair que l'Encyclopédie de l'Islam n'a tenu compte ni des hadiths du Prophète (PSL) sur le sujet ni des annales historiques exactes. Elle semble avoir ignoré le secret avec lequel  le Prophète (PSL) entourait ses desseins, ce qui a permis aux Musulmans, maltraités par les polythéistes, de pouvoir fuir individuellement ou par petits groupes.

L'Encyclopédie de l'Islam  n'a rien dit non plus sur les sévices subis par ceux des candidats à l'émigration dont les intentions furent ébruitées avant qu'ils puissent les mettre à exécution. La conjuration des Qorayshites visant à l'assassinat du Prophète (PSL) la nuit même de son émigration, leur amertume et leur désarroi quand ils eurent constaté qu'il avait échappé à tous les guetteurs postés devant sa maison, les recherches vainement entreprises pour le rattraper, les récompenses importantes promises à quiconque indiquerait son repaire, sont des faits sur lesquels «l'illustre publication» reste muette. Par contre, elle n'hésite pas à affirmer que les Qorayshites ne s'étaient pas opposés à la Hijra du Prophète (PSL) alors que le Coran dit, à propos du complot qorayshite «Et rappelle-toi le moment où les mécréants complotaient contre toi pour t'emprisonner ou t'assassiner ou te bannir. Ils complotèrent mais Allah a fait échouer leur complot et Allah est le meilleur en stratagèmes» 30/Al-Anfal/Le Butin.

Commentant ce verset, Ibn ‘Abbas a dit : «Une nuit, à Makkah, les Qorayshites se consultèrent : Certains voulaient surprendre le Prophète (PSL) et le faire prisonnier, d'autres voulaient le tuer sur le champ. «Attendons de le voir sortir»,  répliquèrent d'autres encore. C'était sans compter sur la volonté d'Allah qui instruisit Son Prophète (PSL) du complot qui se tramait contre lui. Cette nuit-là, ‘Ali occupa le lit du Prophète. Ce dernier s’était déjà rendu à la grotte, pendant que les mécréants surveillaient ‘Ali, croyant que c’était le Prophète (PSL).

Ibn Abbas ajoute : «Quand, au matin, les guetteurs firent irruption dans le logis du Prophète (PSL), ils n'y trouvèrent que son cousin ‘Ali auquel ils demandèrent où se trouvait son compagnon. «Je ne sais pas,» répondit ‘Ali. Ils partirent alors à sa recherche à travers les montagnes. Ils s'arrêtèrent devant une grotte, mais ils remarquèrent que les toiles d'araignées en couvraient l'entrée. Ils passèrent leur chemin, après s'être dit : «Si le Prophète (PSL)) s'était caché ici, ces toiles ne seraient pas là.' Et le Prophète (PSL) demeura  trois jours dans cette grotte».42

3. Mise en doute du séjour du Prophète (PSL) dans la grotte :

Parmi les allégations de l'Encyclopédie de l'Islam à propos de la Hijra du Prophète (PSL), il y a celle concernant l'épisode du séjour du Prophète (PSL) dans la grotte, en compagnie d'Abu Bakr, jusqu'à ce que tous les Musulmans aient pu quitter Makkah sains et saufs. Cette histoire ne serait pas véridique, dit l’E.I, mais une simple illustration faite ultérieurement au verset qui parle du refuge dans cette même grotte, et dans lequel Allah Tout-Puissant a dit : «Si vous ne voulez pas prêter assistance au Prophète, Allah lui a déjà prêté la Sienne lorsque, chassé par les mécréants et se trouvant dans la grotte avec son seul compagnon, il disait à celui-ci : «Ne t’afflige pas! Allah est avec nous.» [40/Al-Tawba/Le Repentir].

Aucun doute n'est permis sur cet épisode dont le Saint Coran atteste de la véracité : le verset précité est d'une extrême clarté, et ne souffre aucune ambiguïté, contrairement à ce que prétend l'Encyclopédie de l'Islam. De plus, nous disposons de l'éclairage supplémentaire des hadiths authentifiés du Prophète (PSL) et des annales historiques extrêmement bien documentées.

Chapitre II
Erreurs de l'Encyclopédie de l'Islam à propos du comportement du Prophète (PSL) envers les Juifs de Médine

1. Mise en doute de la date de la convention avec les Juifs médinois :

Après avoir mentionné l'accord passé entre le Prophète (PSL) et les Juifs de Médine, pour organiser les relations entre les différentes composantes de la population, l'Encyclopédie de l'Islam souligne que Muhammad (PSL) avait démontré qu'il possédait de rares qualités diplomatiques. L'Encyclopédie de l'Islam indique que le texte de cet accord a été conservé par Ibn Ishàq, mais ajoute que ce document ne date pas de l'An I de l'Hijra car  il reflète les tensions entre le Prophète (PSL) et les Juifs.

En réalité, lorsque le Prophète (PSL) arriva à Yathrib/Médine en l'An I de l’hégire (622), la population était composée de groupes sociaux distincts : les Arabes qui seront appelés Ançàr,43 les Muhajirun,44 les Munafiqun,45 les Mushrikùn,46 et un grand nombre de Juifs qui formaient trois tribus.

Le Prophète (PSL) organisa donc les relations entre les divers éléments de cette population hétérogène. Il fit d'abord rédiger un accord entre les ’Ançàr et les Muhajirùn (pacte de fraternité,  mu-akhat), puis un accord entre les Musulmans et les Juifs. Les Anciens désignaient ces accords sous le nom de Çahifa ; Les Modernes les désignent par «Constitution de Médine». En vertu de ces accords, tous les habitants de Médine se constituaient en umma, et reconnaissaient leurs obligations et leurs droits respectifs pour une cohabitation pacifique.

Date de l'élaboration du traité avec les Juifs médinois :

Un chercheur contemporain estime qu'il s'agit en fait de deux documents que les historiens ont assemblés en un seul. Le premier, écrit avant la grande bataille de Badr, aurait concerné la cohabitation pacifique offerte par le Prophète (PSL) aux Juifs. Le second, écrit après cette bataille, selon le même chercheur, aurait déterminé les droits et devoirs des Musulmans et des Juifs 47.

Les sources anciennes semblent confirmer cette datation. Parmi elles, un auteur musulman, ‘Abù 'Ubayd al-Qàsim bin Sallàm écrivit: «Le document fut établi peu après l'arrivée du Prophète (PSL) à Médine, avant que l'Islam ne devînt une force et avant que le Prophète ne reçût l'ordre divin d'imposer la jizya (impôt de capitation) aux Gens du Livre48.

Baladhuri49 aussi a écrit : «Quand le Prophète se fut établi à Médine, il offrit la cohabitation pacifique aux Juifs à condition qu'ils s'abstinssent de toute action inamicale et hostile envers lui et envers les Musulmans, de ne point s'allier à ses ennemis. De son côté, il n'envoya contre des Juifs aucune expédition, jusqu'au jour où il eut cette révélation du Coran : «Autorisation est donnée à ceux qui sont attaqués, de se défendre, car ils furent lésés. Allah est, certes, capable de les secourir» 39/Al Hajj/Le Pèlerinage.

Ainsi, Balàdhùri nous informe que la convention avec les Juifs de Médine fut écrite avant la première expédition punitive. Or il est établi, de fait, que cette dernière eut lieu sous le commandement de Hamza (oncle du Prophète (PSL) et le premier commandant par lui désigné), au cours du mois de Ramadan de l'an I de l'Hégire, soit un an et quelques jours avant la bataille de Badr.

Dans un autre passage de son livre, Balàdhuri traite de l'expédition contre les Banù Qaynuqà' : «Cette expédition s'est justifiée par le fait que ces Juifs violèrent les clauses de la convention de cohabitation pacifique, au retour victorieux du Prophète de la bataille de Badr». C'est ainsi que Balàdhuri confirme que ladite convention fut conclue avant la bataille de Badr. De son côté, Tabari appuie la même thèse que Balàdhuri50. Tous ces témoignages de personnalités avisées suffisent à confirmer la thèse selon laquelle le traité avec les Juifs fut écrit en l'An I de l’Hégire. Le texte en témoigne clairement de l'intention pacifique du Prophète (PSL) envers les Juifs, qui étaient par là même protégés contre tout préjudice. Ainsi, ce constat apporte un démenti aux allégations de l'Encyclopédie de l'Islam.

2. Adoption de pratiques cultuelles juives pour s'en attacher les pratiquants :

L'Encyclopédie de l'Islam prétend qu’«une preuve de la sagesse politique du Prophète (PSL) réside dans le fait que, pour essayer de s'attacher les Juifs, il reprit un certain nombre de leurs formes cultuelles : le jeûne du 10 muharram, jour de ‘ashura' (Yom Kippour) ; la çalàt* al-wustà (la prière de la mi-journée), la prière en commun du vendredi,51 et l'orientation vers Al Qods pour l'accomplissement de la prière.» (E.I, VII/370)

L'Encyclopédie de l'Islam ajoute que tous ces actes du Prophète (PSL) «appartiennent à la série des modifications faites pour être agréable aux Juifs de Médine et les attirer vers l'Islam» et, en rendant possible cette entente, ils ont permis à la ville de devenir un important centre d'activités économiques.

Avant d'apporter les corrections nécessaires à ces erreurs, il convient d'abord de confirmer que le Prophète avait œuvré en vue de gagner à l'Islam les Juifs de Médine, tout comme il s'appliquait à la conversion de toutes les composantes de la population de cette ville. Il n'y avait donc aucun inconvénient aux mesures qu'il aurait prises pour s'attirer la sympathie des Juifs et leur faire aimer l'Islam. Ces tentatives échouèrent à cause de leurs intrigues et de leur jalousie. Quant à prétendre que le Prophète (PSL) adopta des formes cultuelles juives, c'est se fourvoyer dans le faux.

Le jeûne de 'àshùra', le 10 du mois de Muharram, était une coutume chez les Juifs de Médine. Quand le Prophète (PSL) leur en demanda la raison, ils répondirent que ce jour-là, Allah sauva Moïse des injustices du Pharaon ; depuis, ils jeûnent pour rendre grâce à Allah. Le Prophète (PSL) leur dit alors : «Nous sommes plus dignes que vous d'honorer Moïse». Il adopta alors cette pratique et ordonna aux Musulmans de jeûner ce jour-là. Néanmoins, quand le jeûne du mois de Ramadan fut décrété, le Prophète (PSL) enseigna aux Musulmans que le jeûne de 'àshùra' était devenu facultatif.52

C'est donc pour célébrer le salut de Moïse, béni soit-il que le Prophète (PSL) adopta ce jeûne, et non pas pour plaire aux Juifs.

Quant à prétendre, au sujet des çalawàt, que «le culte juif comprenanit trois prières, alors que les musulmans ne priaient qu'une fois le matin, et une fois le soir» et que, par conséquent, «le Prophète (PSL) a ajouté par complaisance pour les Juifs la çalàt al-wustà» est une allégation des plus mensongères. En effet, les cinq çalawat quotidiennes en Islam furent décrétées un an avant l'émigration à Médine, la nuit du Voyage Nocturne et de l'Ascension, ce qui est attesté par les hadiths et la sirah du Prophète (PSL), ainsi que par la pratique même des Musulmans53.

Avant le Voyage Nocturne et l'Ascencion, les Musulmans faisaient deux çalàt quotidiennes : une à l'aube, l'autre juste avant le coucher du soleil54.

Sans doute, le Voyage Nocturne et les obligations qui y furent décrétées, parmi lesquelles les cinq çalawàt quotidiennes, ne sont un secret pour personne. Aussi, rien n'autorise l'Encyclopédie de l'Islam à les ignorer, d'autant plus que ces faits ont donné lieu à une abondante littérature.

Dire encore que la çalat du vendredi, qui fut célébrée à Médine pour la première fois avant l'émigration du Prophète (PSL), fut indirectement inspirée des usages juifs, notamment du jour de la préparation du Sabbat, est aussi une imposture.

En effet, Al-Bukhari et Muslim rapportent ce hadith du Prophète :

«Nous sommes les derniers élus car ils ont reçu l'Ecriture avant nous, mais nous  arriverons les premiers [au Paradis], avant eux, le Jour de la Résurrection: le vendredi est le jour que le Seigneur leur a imposé pour la çalàt, mais ils se divisèrent à ce propos. Allah nous a alors guidés pour célébrer ce jour ; les gens nous y suivront ; demain ce sera les Juifs, et après demain, ce sera au tour des Chrétiens de nous suivre»55.

La  çalàt du vendredi est l'une des plus importantes en Islam, elle est l'occasion de grands rassemblements hebdomadaires, qui viennent en second rang après le rassemblement annuel de 'Arafàt. C'est pourquoi il est impensable de croire que ce fût sous l'influence juive que la prière du vendredi fut célébrée à Médine pour la première fois dans l'histoire.

Certes, la première çalàt du vendredi en Islam fut célébrée à Médine avant l'émigration. Elle ne peut être accomplie que dans un lieu où les Musulmans peuvent se rassembler et prier librement. Ces conditions n'étaient pas remplies à Makkah, où les Musulmans ne constituaient qu'une minorité à laquelle les mécréants faisaient subir les pires traitements.

Quant à l'allégation de l'Encyclopédie de l'Islam que l'orientation des Musulmans vers Al Qods pour l'accomplissement des prières, durant la première année de l'émigration à Médine, n'était qu'un acte en plus du Prophète (PSL) pour s'attirer la bienveillance des Juifs, elle est discutable et exige une mise au point de notre part.

Il faudrait d'abord rappeler que cette orientation vers Al Qods répondait à un ordre divin, alors que le Prophète (PSL) aurait aimé s'orienter vers la Ka'ba, comme nous en informe le Saint Coran : «Nous t’avons vu souvent interroger le ciel du regard. Aussi t’orientons-Nous dorénavant vers une direction que tu agréeras sûrement ... » [Al Baqara/La Vache].

Nous ne pouvons percer le secret d'Allah sur cette question. Etait-ce une tentative divine de faire gagner les Juifs à l'Islam ? Etait-ce une Volonté divine pour que les Juifs ne nuisent nullement aux premiers Musulmans de Médine, pour laisser à ces derniers le temps de s'organiser ?

Par ailleurs, bien avant la hijra à Médine, le Prophète (PSL) et les Musulmans s'orientaient en direction d’Al Qods pour accomplir leurs prières ; à preuve, un hadith rapporté par Ka’b bin Màlik sur le cas d'un Musulman venu en pèlerinage à Makkah, avant la hijra, et qui s'est orienté de lui-même vers la Ka'ba, contrairement aux autres Musulmans qui se trouvaient autour de lui. Après les prières, ces derniers rapportèrent la chose au Prophète (PSL) et lui demandèrent son avis à ce propos. Le Prophète (PSL) lui conseilla alors de prier dans la même direction que les autres, vers Al Qods56.

Les paroles du Prophète (PSL) confirment que l'orientation vers Al Qods, après la hijra, est la continuité d'une pratique que les Musulmans avaient avant la hijra. Elles confirment également que l'Encyclopédie de l'Islam est, une fois de plus, dans son tort quand elle affirme que le choix de cette orientation faisait partie des mesures prises par le Prophète (PSL) pour s'attirer la sympathie des Juifs.

3. La mosquée est-elle une réplique de la synagogue ?

Citant certains ‘ulama’ -sans toutefois jamais les nommer- l'Encyclopédie de l'Islam écrit que la mosquée que le Prophète (PSL) édifia, quand il s'installa à Médine, était une imitation de synagogue. Pis encore, l'Encyclopédie  rabaisse la valeur historique et spirituelle de la «Mosquée du Prophète» en approuvant le jugement d'un orientaliste cité plus haut, Caetani, et qu’elle rapporte dans ces termes : «Caetani a, avec des raisons extrêmement fortes, contesté qu’il se soit agi d’un édifice destiné au service divin, étant donné que le premier masjid fut utilisé pour des choses purement temporelles (…) parce qu’il était en réalité la cour (dar) habitée par Muhammad et sa famille, tandis que les réunions (…) pour le culte divin se faisaient dans le muçalla…». (E.I, VII/370)

Que d'amalgame et de falsification! L'Islam a décrété les çalawat collectives obligatoires pour les Musulmans, cinq fois par jour. Leur accomplissement est l'occasion de réunions et de rassemblements fondés sur la loi, pour consolider les liens d'amitié et de fraternité entre les croyants. Ces çalawàt exigent l'édification des mosquées pour y être accomplies dans l'ordre et la sérénité.

Néanmoins, l'Encyclopédie de l'Islam a préféré aborder cette question d'une manière qui sème la confusion dans les esprits et le trouble dans les cœurs. Elle ne fait pas de distinction entre la Mosquée du Prophète (PSL) et ses appartements personnels. Les çalawàt, du vivant du Prophète (PSL) et même après lui, étaient accomplies dans les mosquées et non dans les muçalla.

La mosquée en Islam est bien connue pour être «la Maison d'Allah», Bayt Allah, avec des fonctions propres, tandis que le muçalla est n'importe quel lieu pouvant servir aux çalawat : dans une habitation, ou dans la nature.

L'Encyclopédie de l'Islam semble avoir commis ces fautes de jugement et d'appréciation sur la Mosquée du Prophète (PSL), en partant de certaines conceptions religieuses et culturelles non-islamiques. Ce serait la raison pour laquelle elle aurait compris que la «Mosquée du Prophète» aurait perdu son caractère sacré, par l'introduction de faits et d'actes temporels dans ses fonctions et activités.

Il convient de souligner qu'en Islam, contrairement aux autres religions, le temporel n'est pas séparé du spirituel. La mosquée demeure un lieu de culte, c'est certain, mais elle est aussi une institution sociale où peuvent se dérouler des réunions, des causeries d'intérêt à la fois religieux, social et culturel qui concernent la vie de la communauté, sans que ces activités nuisent en quoi que ce soit à sa valeur spirituelle.

Donnant encore une autre fois la preuve de l'absence d'objectivité et de partialité au sujet de la «Mosquée du Prophète», l'Encyclopédie de l'Islam manifeste clairement sa préférence pour la mosquée édifiée par les Munàfiqùn (hypocrites) à Médine, «masjid al-diràr», selon l'expression du Coran (mosquée de rivalité), pour semer la dissension et l'animosité entre les croyants, pour briser leur unité que le Prophète (PSL) avait mis beaucoup de soin à établir et à consolider. Le Coran traite cette affaire dans ces versets : «Ceux qui ont édifié une mosquée pour en faire un  motif de rivalité, d'impiété et de division entre les croyants et qui la préparent pour celui qui, auparavant, avait combattu Allah et Son Envoyé, et qui jurent en disant «nous ne voulons que le bien !», eh bien ! Allah atteste qu'ils mentent». «Ne célèbre aucune çalàt dans cette mosquée...» 107-108/Le Repentir.

4. Accusation du Prophète (PSL) d'erreurs de compréhension :

L'Encyclopédie de l'Islam écrit que le Prophète (PSL) s'était vu dans une situation tragique car «le contraste entre ce qu'il récitait comme étant le Livre d'Allah identique au Livre déjà révélé à Moïse excita l'humeur moqueuse des Juifs et par là même le mirent lui-même dans une situation tragique. Sa conviction de l'origine divine de sa prédication et son autorité parmi les croyants ne lui permettaient pas d'admettre qu'il s'était trompé. La question fut résolue à la satisfaction des Musulmans par l'affirmation, dans le Coran, que les Juifs n'avaient reçu qu'un fragment de la révélation» (E.I, VII, p 370)

En croyant justifier sa thèse, l'Encyclopédie de l'Islam renvoie le lecteur à ces versets du Coran : «N'as-tu pas vu ceux qui avaient reçu une part de l’Ecriture ? Les appelle-t-on à un arbitrage mutuel par le Livre d'Allah, bon nombre d'entre eux se dérobent et s'écartent» 23/La Famille de Imràn.

«N’en vois-tu pas ceux qui ont reçu une part de l’Ecriture acheter l'égarement et chercher à vous égarer du chemin ?» 44/Les Femmes.

L'Encyclopédie de l'Islam ajoute que «les Juifs sont accusés par le Prophète de falsifier les Livres saints». Nous répondons que la prétendue «situation tragique» du Prophète et ses erreurs de compréhension du contenu de la Torah et le «contraste entre ce qu'il récitait comme étant le Livre d'Allah et ce que les Juifs de Médine connaissaient de leurs Ecritures» ne sont que des paroles inconsistantes et sans valeur, car le Coran est exempt de toute discordance, de tout constrate. En outre, la Torah et l'Evangile y trouvent une place fort honorable comme l'attestent beaucoup de versets. Croire aux Livres révélés avant le Coran est un engagement de tous les Musulmans. Souvent même, Ecriture met le Coran à égalité avec la Torah par leur valeur spirituelle et leurs vertus respectives. Méditons donc ces versets : «Qui a fait descendre le Livre que Moïse a apporté comme lumière et guide pour les gens ? Vous le mettez en feuillets, pour en montrer une partie et en cacher beaucoup d'autres» 91/Al An‘am/Le Bétail.

Puis Allah dit du Coran :

«Voici un Livre (Le Coran) béni que Nous avons fait descendre, confirmant ce qui existait déjà avant lui et pour que tu avertisses la Mère des cités (Makkah) et les populations tout autour» 92/Al-An‘am/ Le Bétail.

Allah dit également :

«Ensuite, Nous avons donné à Moïse le Livre - complet en récompense du bien qu'il avait fait, et comme un exposé détaillé de toute chose, un guidé et une miséricorde ; - Peut-être croiraient-ils en la rencontre de leur Seigneur ?...» 154/ al-An‘am.

Puis, à propos du Coran : «Et voici un Livre béni que Nous avons fait descendre ; -suivez-le donc et comportez-vous avec piété. Peut-être vous serait-il fait miséricorde?» 155/Al-An‘am/Le Bétail.

Ibn Kathir écrit : «Les‘ulama’ sont convaincus qu'aucun Livre n'est aussi complet, parfait, exhaustif, éloquent, clair et important comme le Coran descendu sur Muhammad (PSL). Vient en second rang, le Livre descendu sur Moïse à propos duquel Allah dit dans le Coran : «Nous avons fait descendre la Torah comme guide et comme lumière» 44/Al-Ma’ida/ La Table. Quant à l'Evangile, il fut révélé pour parachever la Torah et rendre licite aux Juifs ce qui leur était interdit.57

Le Coran atteste que les Gens du Livre avaient introduit des modifications dans les textes de la Torah et de l'Evangile : «Nous t'avons révélé le Livre dans le Vrai pour avérer ce qui était en cours des Ecritures, en l'englobant. Juge entre eux par ce qu'Allah a fait descendre» 48/La Table.

Tels sont en partie les propos justes du Coran à l'endroit de la Torah. Il n'y a aucun paradoxe du fait que le Coran dénonce les altérations de l'Ecriture opérées par les Juifs :

«Il est parmi eux un parti qui se tord la langue sur l'Ecriture pour vous faire croire que c'est de l'Ecriture, alors que ce n'en est pas, et qui disent que cela vient d'Allah, alors que cela ne vient pas de Lui. Ils profèrent ainsi sur Allah le mensonge, et ils le savent ...» 78/La Famille de 'Imràn (Trad. J. Berque)

L'identité existe donc entre le Coran et la Torah dans sa forme originale, et non dans la version que lui ont imprimée les Juifs par moult altérations. La position du Prophète (PSL) à ce propos ne fut nullement incommodée, comme il ne fut lui-même aucunement fautif dans la compréhension de son Texte. S'il en avait été ainsi, les ennemis de l'Islam en auraient fait une large publicité au cours des siècles, sans attendre que l'Encyclopédie de l'Islam vienne le dénoncer au XXe s. La parole d'Allah exprimée à travers les versets 1/III et 44/IV n'était pas un subterfuge du Prophète (PSL) pour sortir d'une situation critique et faire oublier l'humeur moqueuse des Juifs.

Il faut aussi savoir que le Coran atteste que ce qui a été donné aux Banù Isra’il n'est pas «un fragment de la révélation » comme l'écrit l'Encyclopédie de l'Islam, mais bien une part déterminée, un naçib (avec une connotation juridique) que le Seigneur leur a attribué par l'intermédiaire de Moïse. Ce naçib est la Torah qui est «guide et lumière», mais les attributaires ne surent pas en tirer à bon escient les bénéfices qu'il fallait.

Il est, on ne peut plus évident, que l'Encyclopédie de l'Islam s'est montrée audacieuse dans la falsification et l'interprétation délibérément fausse de certains versets du Coran, afin d'aboutir à un objectif tracé d'avance, à savoir que le Prophète (PSL) est l'auteur du Coran, et qu'il pouvait en modifier la teneur à son gré et selon les circonstances, pour prouver son innocence devant les accusations que lui jetaient les Juifs, comme s'il s'agissait d'un suspect en mal de moyens de se disculper.

Ajoutons qu'il est également évident que l'Encyclopédie de l'Islam a appliqué à la lettre le principe selon lequel «le meilleur moyen de se défendre est d'attaquer». Elle se défend d'avoir accusé le texte de la Torah d’être falsifié. L’accusation portée contre les Juifs par le Prophète d’avoir altéré le contenu de la Torah ne serait, selon l’E.I, qu’un subterfuge qu’il employa pour sortir de l'impasse, en tournant la réalité en dérision. Il s'agit là d'une stratégie bien connue à laquelle recourent tous ceux qui ne disposent d'aucun argument de défense.

5. Impact de l'opposition juive sur l'avenir de l'Islam :

L'Encyclopédie de l'Islam considère qu'«en raison de l'opposition des Juifs, de leur rejet de la prédication de Muhammad (PSL), la communauté islamique naissante prit un caractère national prononcé à travers l'adoption de divers éléments de l'ancien culte arabe. Ce changement décisif dans le cours de l'Islam se produisit dans la deuxième année de l'hégire (2/623) et fut marqué par le changement de la qibla de Jérusalem à la Ka'ba. La ville natale de Muhammad devint le centre de la vraie religion ... ».(E.I, VII/370).

C'est de cette manière que le Prophète (PSL) «se serait libéré de la moquerie des Juifs de Médine», action qu'il aurait doublée du lien qu'il établit entre sa propre proclamation et la religion d'Abraham.

L'Encyclopédie de l'Islam estime même qu'«il est impossible de dire si la qualification d'Abraham, comme premier monothéiste, a pris naissance dans le contexte du conflit de Muhammad avec les Juifs de Médine ou qui existait déjà parmi les Juifs arabisés.» (Ibid)

Plus encore, cette publication ne croit pas que, avant la hijra, le Prophète (PSL) ait été  au courant de la relation entre Abraham -béni soit-il- et la Ka'ba «car -selon l'Encyclopédie de l'Islam- «cette relation ne figure nulle part dans les nombreux passages du Coran mekkois qui traitent de l'importance du temple de la ville» (sic).

Ces assertions, rapportées partiellement ici, comportent de nombreuses erreurs et contrevérités hautement préjudiciables à la prophétie de Mohammad (PSL), au Coran et à l'Islam, et portent une grave atteinte à la foi des Musulmans. Certaines de ces erreurs sautent aux yeux, d'autres se cachent derrière des sous-entendus.

La première d'entre elles est l'assertion selon laquelle «l'opposition des Juifs de Médine paraissait  avoir eu un rôle déterminant dans l'avenir de l'Islam», ce qui aurait réduit l'Islam de religion universelle en religion nationale arabe.

Ce point de vue traite l'Islam comme s'il était une religion territoriale due à l'action du Prophète (PSL), et que ce dernier pouvait modifier en partie ou totalement en fonction de l'opposition des uns ou de l'agrément des autres, et selon l'ampleur des difficultés ou des obstacles qui pourraient plus au moins  l'empêcher de la mettre en pratique. Or, la Sirah du Prophète (PSL), sa proclamation et sa prédication démontrent tout à fait le contraire. En effet, le Prophète (PSL) n'accordait que peu d'importance à ses opposants et ne s'est jamais départi de sa mission, telle qu'elle lui a été dictée par Allah, même si ses interventions verbales suscitaient parfois le courroux de son milieu. Comme il n'avait pas fait de concessions à ses adversaires à Makkah, où l'accomplissement de sa mission n'était point aisé, pourquoi en aurait-il fait à Médine où il comptait de nombreux partisans et de puissants alliés, à savoir les Ançàr et les Muhàjirùn ?

De plus, l'Islam ne subit pas l'influence des milieux environnants, étant une religion dont Allah a déterminé des règles à même de  réformer les conditions humaines ici-bas, et fixé ses principes, son  dogme et ses objectifs.

Les moyens de son expansion et de son rayonnement peuvent ne pas être partout les mêmes ; mais, dans son essence, la prédication ne change pas. Le Prophète (PSL) n'avait pas le droit d'y introduire des modifications pour plaire à qui que soit, ou pour tenir compte d'une opposition ou d'une hostilité quelconque.

Si nous développions davantage nos critiques contre l'Encyclopédie de l'Islam, nous n'aurions certainement pas le temps d'achever notre analyse de son texte sur la Sirah. En effet, ce texte, après avoir décrété que le Prophète (PSL) avait adopté quelques pratiques cultuelles juives durant la première année de la hijra, déclare maintenant qu'il changea d'avis au cours de la deuxième année pour adopter quelques pratiques du culte arabe ancien.

Le lecteur de l'Encyclopédie de l'Islam peut s'imaginer que ce Prophète (PSL) était inconstant, n'avait ni principe stable, ni objectif déterminé, ni aucune conception claire, et c'est pour cela qu'on le voyait changer en fonction des fluctuations sociales et des attitudes du public à son égard, ce qui donnerait à penser que l'Islam n'est pas une religion d'Allah ou une législation saine et sage. C'est de cette image que l'Encyclopédie de l'Islam veut imprégner les esprits de façon pernicieuse.

Quand l'Encyclopédie de l'Islam juge que l'Islam, en changeant la qibla d'Al Qods vers Makkah, a pris un caractère national, elle divulgue un mensonge, car le Coran ne dit nulle part que l'appel à l'Islam était devenu nationaliste et local, après avoir été de tendance universaliste et humaniste. Au contraire, l'Islam appelle à l'éradication des nationalités et des formations racistes et chauvines, et se prononce pour l'adhésion à une communauté fondée sur la fraternité et la foi.

Dans la première partie de cette étude, nous avons présenté plusieurs preuves de l'universalisme de l'Islam, en réponse aux mensonges de l'Encyclopédie de l'Islam qui prétend que le Prophète (PSL), durant la période mekkoise, était chargé d'avertir seulement son peuple, les Arabes. Nous n'allons pas revenir sur cette question.

Il nous suffit de dire que la Sirah et les biographies des Califes bien guidés (les quatre premiers Califes : Abù Bakr, 'Omar, 'Uthmàn et 'Ali) réfutent ces allégations. Le changement de qibla n'avait aucune relation avec les Juifs, les Perses, les Chrétiens, l'Abyssinie ou n'importe quelle autre communauté. Le Prophète (PSL), dans le cadre de sa proclamation, envoya quelques hommes aussi bien aux associants arabes qu'aux Juifs et aux Chrétiens, pour les inviter à embrasser l'Islam. Il envoya des messages aux rois et autres gouvernants des contrées connues à l'époque, après avoir conclu le traité de paix à Hudaybiyya, en l'an 6 de l’hégire/mars 628, entre lui et les Qorayshites de Makkah. Tous ces détails prouvent bien l'universalisme de l'Islam que l'Encyclopédie de l'Islam est censée connaître.

Quand elle prétend que la relation entre l'Islam et la religion d'Abraham (PSL) fut annoncée par le Prophète (PSL) à la suite de la rupture avec les Juifs de Médine- car, toujours selon elle, «le Coran mekkois ne signale nulle part cette relation», l'Encyclopédie de l'Islam donne encore une preuve de sa mauvaise foi ou de son ignorance de l'histoire et du contenu détaillé du texte coranique.

Le Prophète (PSL) n'ignorait sûrement pas que les Mekkois, en dépit de leur idolâtrie, se sentaient fiers d'avoir une relation généalogique avec Abraham (PSL).

Le Coran confirme cette relation d'une manière on ne peut plus évidente. Lisons donc les versets 35-36-37 de la sourate «Ibrahim» qui fut révélée à Makkah :

35- «Et (rappelle-toi) quand Abraham dit : «Mon Seigneur ! Fais de cette cité un lieu sûr et préserve-moi, ainsi que mes enfants, de l'adoration des idoles»

36- Mon Seigneur ! Que d'humains n'ont-elles pas égarés ! Qui me suivra, sera des miens, qui me désobéira.... C'est Toi le Pardonneur, le Très-Miséricordieux...

37- Notre Seigneur ! J'ai fixé une partie de ma progéniture dans une dépression impropre aux cultures, juste auprès de Ta Maison consacrée (la ka'ba). Notre Seigneur, pour qu'ils accomplissent la çalàt. Fais que des cœurs humains vers eux se penchent. Fais-leur attribution des fruits : j'espère qu'ils en seront reconnaissants.»

A une époque comme la nôtre qui connaît un immense développement des moyens de communication et d'information, il est intolérable que des centres de recherche de niveau universitaire puissent négliger les sources sûres pour y puiser des renseignements vrais, comme l'a fait jusqu'ici l'Encyclopédie de l'Islam qui s'est contentée de noircir ses feuilles de fausses allégations.

Chapitre III
Les assertions non fondées de l'Encyclopédie de l'Islam à propos des expéditions du Prophète (PSL)

1. Les motifs des expéditions :

L'Encyclopédie de l'Islam donne sa propre interprétation des mobiles qui avaient poussé le Prophète (PSL) à entreprendre des expéditions pour s'ouvrir l'accès des sanctuaires de Makkah et de sa banlieue. Ce faisant, elle évoque les facteurs psychologiques, personnels et politiques, mais écarte totalement les facteurs religieux qui étaient, en fait, à l'origine de ces opérations.

Sur ce qu'elle croit être des facteurs psychologiques et personnels, L’E.I : écrit :  «Le Prophète avait un compte à régler avec les Mekkois car, en l'expulsant, ils avaient manifestement remporté un triomphe sur lui aux yeux du monde ...». Elle établit aussitôt un lien entre l'envoi d'unités appelées saràyà 58, et  l'envoi de troupes de combat autorisées, voire ordonnées par le Coran. Or, l'envoi des saràyà intervenait au cours de la première année de la hijra. Les opérations militaires, le jihàd contre les associants et les mécréants, ne furent décrétées qu'un peu plus tard, comme obligation religieuse pour la sauvegarde et la protection de l'Islam. Ces choses étaient assurément entourées d'opacité pour l'E.I, qui confond tout dans ce chapitre.

Les saràyà n'avaient pas pour mission, ni la permission, de combattre. Elles répondaient, d'une part, à des nécessités économiques, puisqu'elles visaient à affaiblir économiquement l'ennemi en interceptant ses caravanes et, d’autre part, à des objectifs stratégiques.

Or, il arriva qu'une sariya conduite par ‘Abd Allah bin Jahsh en fin du mois de rajab, un de ces mois sacrés où il est prohibé de combattre, fut gâchée par un accrochage qui eut lieu à Nakhla, site entre Makkah et Tà'if, et qui se solda par la mort d'un mécréant mekkois. Cet incident provoqua la colère des Qorayshites, des Muhajirùn et des ’Ançàr, et suscita l'amertume et la réprobation du Prophète (PSL) qui fit de sévères remontrances à ses auteurs. Ce fut pour les mécréants l'occasion de se lancer dans de violentes critiques contre les Musulmans, répandre des nouvelles alarmantes, et faire des déclarations incendiaires. Les concepts et les idéaux de l'Islam en furent durement ébranlés et souffrirent d'une confusion inédite.

Dans ce climat extrêmement tendu, le Coran descendit pour mettre de l'ordre, clarifier les choses et établir une échelle des valeurs. On y lit :

«On t’interroge sur le mois sacré où il est prohibé de combattre -Dis : «Combattre en cette période est chose grave- Elever des obstacles sur le chemin d’Allah, Le dénier, élever des obstacles sur celui du Sanctuaire consacré, en expulser les fidèles, sont choses plus graves encore en Allah.». Car le trouble (la fitna, l’association) sont plus grave que le meurtre-» 217/ al-Baqara /LaVache.

Il est donc faux de dire que ces razzia entraient dans le cadre d'un règlement de comptes avec les Mekkois, car la conquête de Makkah fut immédiatement suivie d'une amnistie générale, ce qui mettait les anciens ennemis du Prophète (PSL) à l'abri de toute action punitive ou vindicative. Ceci apporte encore une fois un démenti formel à l'interprétation de l'E.I.

Quant aux objectifs stratégiques et religieux qui avaient justifié les interventions des saràyà contre les associants, ils peuvent être résumés en deux points :

a) Faire comprendre aux associants et aux Juifs de Yathrib, ainsi qu'aux Arabes bédouins qui campaient dans sa banlieue, que les Musulmans s'étaient délivrés de leurs faiblesses d'autrefois et que maintenant, ils constituaient une force attentive à tout ce qui touche l'Islam, prête à tout moment à prendre les armes car les ennemis de la religion à Médine étaient nombreux, et ne reculaient que par crainte d'être écrasés. Ainsi dit le Coran :

«Préparez contre eux ce que vous pouvez réunir d'armement et de chevaux en alerte, pour épouvanter l'ennemi d'Allah, le vôtre, et d'autres que vous ne connaissez point, mais qu'Allah connaît» 60/Al-'Anfal/Le Butin.

b) Mettre les Qorayshites en garde contre les conséquences de leurs actes irréfléchis : ils avaient combattu l'Islam et continuaient de le combattre, ils avaient sévèrement réprimé les Musulmans à Makkah, ils persistaient dans leur égarement, ne permettaient à aucun habitant de Makkah d'embrasser la religion d'Allah et s'opposaient farouchement à son expansion. Ces expéditions représentaient des messages du Prophète (PSL) aux chefs qorayshites pour qu'ils comprennent que le temps où ils sévissaient contre les Musulmans était révolu à jamais et qu'ils ne pouvaient plus échapper aux punitions59.

2. Le faux et le mensonge :

L'E.I ment quand elle parle des réserves émises par les ’Ançàr à propos des expéditions du Prophète (PSL) qu'elle explique par le fait qu'ils ne se seraient engagés à le défendre que s'il était attaqué. Elle considère aussi que les commerçants mekkois répugnaient à prendre l'initiative des combats et que les Muhajirùn eux-mêmes n'étaient pas liés de cette manière et repoussaient toute idée «de combattre leurs frères de tribu et leurs alliés de sang».

L'E.I. s'interroge sur la portée du mécontentement du Prophète (PSL) devant les attitudes négatives des ’Ançàr et des Muhajirùn. La réponse, selon cette source, se trouverait dans le Coran où l'on pourrait lire un blâme très sévère adressé aux Compagnons, c'est-à-dire aux croyants.

Ces allégations, ici brièvement résumées, sont évidemment fausses. Elles portent atteinte à l'intégrité des fidèles compagnons en déformant leurs prises de position. Elles donnent à penser que le Prophète (PSL) était un belliqueux sans scrupule et sans conscience alors que ses partisans, ses alliés et même ses adversaires, étaient animés par des intentions pacifistes.

L'E.I oublie, ou fait semblant d'oublier, que les Qorayshites nourrissaient de la haine contre l'Islam et contre le Prophète (PSL). Le Coran et la Tradition nous instruisent sur leurs multiples tentatives pour supprimer physiquement le Prophète (PSL) qui les gênait grandement. Chaque fois, il leur échappait, et se mit finalement hors d'atteinte par la fuite, la hijra à Médine, au cours d'une nuit où il leur échappa par miracle, alors que les guetteurs étaient pourtant postés devant et autour de sa maison.  Mais il était resté prudent car il savait que ses ennemis chercheraient encore l'occasion de le tuer, même à Médine.

Ce climat comportait tous les ingrédients de la guerre, car les Qorayshites tenaient absolument à empêcher l'Islam de se répandre et de se développer dans toute la Péninsule arabique.

Le Prophète (PSL) mesurait tous les dangers que représentaient les associants pour l'Islam et pour sa propre personne. Il fallait donc mener contre les ennemis une guerre d'usure par des embuscades, des raids limités et multiples (saràyà). Des poignées d'hommes étaient suffisantes pour harceler l'adversaire, partout et à tout moment, en s'attaquant à ses caravanes, autour de Médine, sur les pistes commerciales. L'objectif stratégique des saràyà était donc de rappeler à l'ennemi la force des Musulmans.

Ainsi, l'attaque des caravanes des Qorayshites et de leurs alliés devint légitime tant elle permettait d'affaiblir et d'agacer les Mekkois en premier lieu, de les faire souffrir comme ils avaient fait souffrir naguère les croyants en confisquant leurs biens et en les expulsant  de leurs foyers et de leurs terres.

Le Coran, les  hadiths du Prophète (PSL), les écrits sur la Sirah et les annales historiques comportent de nombreux passages qui instruisent sur le fait que les croyants qui avaient prêté serment de fidélité et d'obéissance absolue au Prophète (PSL) en toutes circonstances, n'ont jamais hésité à prendre part aux raids et expéditions, au jihàd. Au contraire, ils s'y étaient toujours inscrits et portés volontaires, à leurs frais, emportés par le désir de plaire à Allah et à Son Prophète (PSL), pour la victoire de l'Islam et pour le martyre. Les démunis eux-mêmes, qui ne trouvaient rien à dépenser, voulaient être au nombre des combattants de la foi et avoir l'honneur de participer au jihàd. Leur souffrance était grande de ne pas trouver les moyens matériels et financiers pour partir en campagne. Ils eurent cependant la consolation de jouir de la Bonté et de la Miséricorde d'Allah qui fit descendre des versets coraniques pour cette circonstance :

«Les faibles, les malades ainsi que ceux qui manquent de moyens pour s’équiper, ne sont pas tenus d’aller à la guerre, pourvu qu’ils soient sincères envers Allah et Son Prophète, car Allah est Clément et Miséricordieux.».

«Nul reproche n’est à faire non plus à ceux qui sont venu te demander des montures pour aller au combat et qui, lorsque tu leur as dit : «Je ne dispose d’aucune monture à vous donner», s’en allèrent les yeux débordant de larmes et désolés de ne pouvoir en faire eux-mêmes la dépense». 91-92/Al-Tawba/Le Repentir.

Ainsi donc, le mensonge de l’E.I. et son ignorance de toutes ces vérités historiques sont on ne peut plus flagrants quand elle affirme que les Compagnons, par amour d'Allah, se refusèrent à participer aux raids et à combattre, et se rangèrent dans l'opposition.  Elle crut trouver dans le Coran deux versets pour «justifier» sa thèse, des versets qui, au contraire, louent l'ardeur et la ferveur des croyants qui se sont précipités pour combattre leurs ennemis !

Le premier «On t’interroge sur le mois sacré où il est prohibé de combattre -Dis : «Combattre en cette période est chose grave- Elever des obstacles sur le chemin d’Allah, Le dénier, élever des obstacles sur celui du Sanctuaire consacré, en expulser les fidèles, sont choses plus graves encore en Allah.». Car le trouble (la fitna, l’association) sont plus grave que le meurtre-» 217 / al-Baqara/LaVache. Ce verset nous montre que les croyants avaient pris l'initiative d'un raid contre les Qorayshites, même sans la permission du Prophète (PSL) qui répugnait à faire la guerre durant un mois sacré et qui a blâmé ses hommes pour avoir transgressé ses ordres. Les participants au raid furent pris de remords et ignorés par leurs frères musulmans mécontents. Quant aux «associants», ils exploitèrent l'incident à leur profit pour diffamer les Musulmans et leur Prophète (PSL), et prétendre que Muhammad et ses Compagnons avaient profité du mois sacré de rajab pour faire couler le sang.

Devant leur remords d'avoir opéré cette attaque, le Ciel leur trouva solennellement une excuse en décrétant que la fitna, c'est-à-dire l'association, le shirk, était plus grave que le meurtre. C'est ce que nous dévoile le verset précité qui nous apprend de plus qu’Allah pardonna la violation du mois sacré, mais Il approuva l'acte de ses auteurs qui étaient mûs par le désir de défendre l'Islam. Cela n'a pas empêché l'E.I d'interpréter ce même verset comme l'expression du refus de combattre émis par les Compagnons pendant le mois de rajab.

Le second verset auquel l'E.I a dû recourir, dit :

«Si Allah ne repoussait pas les gens les uns par les autres, les ermitages seraient démolis, ainsi que les églises, les synagogues et les mosquées où le nom d'Allah est beaucoup invoqué. Allah soutient ceux qui soutiennent Sa religion. Il est assurément Fort et Puissant» [40/Al-HajjLe Pèlerinage]. 

Je ne sais par quel détour d’imagination l'E.I a-t-elle pu faire de ce verset l'interprétation fallacieuse qu'elle en a faite. Car ce verset fait partie de ceux qui furent révélés pour autoriser les croyants à combattre les mécréants mekkois qui avaient commis des injustices à leur endroit. Il fait suite à cet autre : «Autorisation est donnée à ceux qui sont attaqués (de se défendre) parce qu'ils furent lésés. Allah est certes Capable de les secourir» 39/Al-Hajj/Le Pèlerinage.

Encore une fois, la permission de combattre par mesure de défense légitime devient, sous la plume des chercheurs de l'E. I, un blâme contre ceux qui la prennent ! Là-dessus, nous pouvons émettre deux hypothèses : ou bien cette institution qu'est l'E. I, a confié la rédaction de cette matière à un auteur incompétent n'ayant qu'une connaissance superficielle de l'Islam et de la Sirah, ou bien c'est délibérément et pour des objectifs non-avoués qu'elle a choisi la voie du mensonge et de la falsification.

3. Parti pris en faveur des Juifs de Médine et négligence de la vérité :

Concernant les opérations lancées par le Prophète (PSL) pour châtier les Juifs de Médine et de Khaybar qui l'avaient trahi, l'E.I aborde cette question avec un esprit partisan et un style particulier, qui présentent les Musulmans comme les agresseurs de pauvres individus victimisés. Aussi, a-t-elle mis l'accent sur les aspects et les épisodes qui servent ses intérêts et concordent avec sa vision. Nous désapprouvons ces procédés incompatibles avec la neutralité et l'objectivité de la recherche scientifique et historique, et nous présentons aux lecteurs des relations honnêtes et justes de ces événements.

4. La vérité sur le bannissement des Banù Qaynuqà' :

Après avoir mis en relief les nombreux bénéfices recueillis par les Musulmans à la suite de leur victoire éclatante sur les Qorayshites, lors de la grande bataille de Badr, l'E.I en vient «au blocus contre les Banù Qaynuqà' par les Musulmans, fiers de leurs succès, et qui choisirent cette fois de procéder à une démonstration de force contre de paisibles Juifs».

Après que le Prophète (PSL) eut achevé de libérer les prisonniers de la bataille de Badr, il lança le blocus des Banù Qaynuqà' dans leurs forts. Les munàfiqùn ne volèrent pas à leur secours, les autres clans juifs ne se soucièrent pas de leur sort. Les assiégés durent évacuer leurs demeures et partir en exode.

Telle est, en substance, la relation toute simple de l'E.I, qui ne parle nullement des mobiles qui dictèrent la décision du Prophète (PSL).

Les écrits sur la Sirah ainsi que les textes historiques nous apprennent que les Banù Qaynuqà' violèrent l'accord de neutralité conclu avec le Prophète (PSL), manifestèrent de la jalousie et de l'hostilité contre les Musulmans après la victoire de ces derniers à Badr. L'honorable Ibn ‘Abbas a dit : «Le Prophète s'adressa aux Banu Qaynuqà', lors d'un rassemblement hebdomadaire dans leur souk et leur dit : «Ô Juifs, craignez qu'il vous arrive de la part d'Allah ce qui est arrivé aux Qorayshites, embrassez donc l'Islam. Vous savez que je suis Prophète d'Allah, votre Livre et votre alliance avec Lui vous en instruisent». Ils répondirent : « Ô Muhammad, tu sais que nous faisons  partie de ton peuple, ne te trompe pas en croyant qu'ici tu as affaire à des gens qui ne savent pas faire la guerre et que tu ne feras d'eux qu'une bouchée. Nous jurons que si nous prenons les armes contre toi, tu sauras que  nous sommes des hommes» 60.

Cette information ne signifie pas que ces opérations étaient menées en représailles contre les Banù Qaynuqà' pour leur refus de se convertir; car en cette période, comme le stipulait le traité signé avec le Prophète (PSL), ils jouissaient de leur entière liberté de culte. Ces actions punitives étaient justifiées pour leur comportement hostile et  inacceptable à l'égard des Musulmans, et aussi parce qu’ils troublaient l'ordre public.

Leur bannissement fut décrété par Allah, après que les Juifs de Médine eurent importuné une Musulmane qui faisait des emplettes. Ils essayèrent par la force de voir ses parties intimes et, quand un Musulman tenta de leur faire entendre raison, ils formèrent un groupe sans cesse grandissant, l'attaquèrent et le tuèrent purement et simplement. Devant leurs agissements incompatibles avec la convention qu'ils avaient conclue avec le Prophète (PSL), ce dernier ne pouvait que sévir. Les Musulmans imposèrent aux Juifs un blocus de quinze jours, avant d'exécuter la sentence d'Allah et de les bannir. En outre, Allah invita les croyants, par l'intermédiaire des versets révélés au Prophète (PSL), à endurer patiemment les méfaits infligés par les Juifs et les «associants», et à avoir de la clémence. Au nombre de ces versets, on trouve le  suivant :

«Certes, vous serez éprouvés dans vos biens et vos personnes, et vous entendrez assurément de la part de ceux qui reçurent le Livre avant vous et de la part des associants, beaucoup de propos désagréables. Mais si vous êtes endurants et pieux ... voilà bien la meilleure résolution à prendre». 186/'Al-‘Imran/La Famille de ‘Imran.

5. Les causes réelles du bannissement des Banù al-Nadèr :

Selon l'E.I, après la cuisante défaite des Musulmans à Uhud devant les troupes qorayshites, certains Juifs de Médine exprimèrent publiquement leur joie. Cette attitude était suffisante pour justifier, aux yeux des Musulmans, les mesures répressives prises à leur encontre. L'E.I ajoute que divers chroniques et récits accusaient les Juifs de beaucoup de maux, mais sans pouvoir déterminer clairement les torts dont ils se seraient rendus coupables. Le Coran lui-même n'en fournit pas les détails et dit seulement qu' «ils avaient désobéi à Allah et au Prophète».

Le fait est que seule l'E.I feint d’ignorer les causes réelles qui ont justifié la campagne contre ces Juifs qui applaudirent au succès de l'ennemi. Rappelons que lorsque le Prophète (PSL) se fut établi à Médine après la hijra (622), il conclut un accord avec tous les Juifs de la cité : les Banù al-Nadèr, les Banù Qoraydza et les Banù Qaynuqà'.

Les Banù al-Nadèr violèrent l'accord en tentant par deux fois de tuer le Prophète (PSL). Ibn Ishàq rapporte, ainsi que d'autres biographes du Prophète (PSL), que ce dernier s'était rendu un jour chez les Banù al-Nadèr pour leur demander une aide financière aux fins de payer la diya (le prix du sang de deux hommes tués involontairement par un Musulman). Ils le firent attendre au pied d'un mur. Ils tentèrent à ce moment-là de le tuer, en l'écrasant avec une grosse pierre qui allait être jetée sur lui du haut du mur. Averti par inspiration, le Prophète quitta précipitamment les lieux et la pierre tomba à l'endroit même où il était assis. Il regagna immédiatement ses quartiers où il était en sécurité, et ordonna le siège des Banù al-Nadèr 61.

Les œuvres sur les hadiths et la Sirah rapportent une deuxième tentative d'assassinat du Prophète (PSL) : les Qorayshites avaient exhorté les Juifs de Médine de liquider le Prophète (PSL) et les menaçaient de les combattre s'il refusaient. Les Banù al-Nadèr se portèrent alors candidats pour commettre ce crime.

Une délégation des Banù al-Nadèr comprenant entres autres trois rabbins, demandèrent une entrevue avec le Prophète (PSL)  ailleurs que chez lui, pour leur clarifier davantage certains points de l'Islam et promirent, s'ils étaient convaincus, de se convertir et de convertir tous leurs coreligionnaires. Un rendez-vous fut donc pris. Or, entretemps, une femme juive fit secrètement informer le Prophète (PSL) que les trois rabbins projetaient de l'assassiner avec leurs couteaux cachés sous leurs habits. Le Prophète (PSL) décida alors de ne pas aller à leur rencontre. Il fit monter une expédition contre eux. Les Musulmans les combattirent, mais les Juifs se barricadèrent dans leurs forts. Le siège dura quelques jours et fut enfin levé lorsque les Banù al-Nadèr capitulèrent et acceptèrent le bannissement. Le Prophète (PSL) autorisa chaque famille juive à emporter ses biens qui pourraient être chargés sur des chameaux, à l'exclusion des armes62.

La perfidie des Banù al-Nadèr ne s'arrêtait par là. On avait découvert leur complicité avec l'ennemi dont ils voulaient être la cinquième colonne. En effet, ils avaient exhorté leurs alliés, les associants de Médine, à se joindre aux Qorayshites lors de la bataille d'Uhud qui tourna mal pour les Musulmans. D'ailleurs, le poète juif Ka'b Ibn al-Ashraf, un homme des Banù al-Nadèr, avait composé des vers dans lesquels il exhortait les associants à ne pas être tendres envers le Prophète (PSL) et ses partisans.

6. Les causes réelles de la campagne contre les Banù Qoraydza :

Après avoir évoqué le siège de Médine par une nombreuse armée levée par une coalition de Qorayshites et d'autres clans arabes, dont les caravanes souffraient des expéditions et razzias organisées par le Prophète (PSL) et les croyants, l'E.I souligne que ce siège (que l'on appelle aussi «guerre du khandaq», la tranchée), avait trop duré sans résultat, et fut levé sans combat par les assiégeants eux-mêmes qui avaient perdu l'espoir de s'emparer de la cité. Et l'E.I d'ajouter : «à peine les assiégeants s'étaient-ils éloignés que le Prophète (PSL) déclara la guerre à la dernière grande tribu juive, celle des Qoraydza et commença le siège de leurs forteresses ... ».

Cependant, l'E.I. n'instruit pas ses lecteurs sur les causes de la campagne contre les Banù Qoraydza qui avaient gravement violé leur convention avec le Prophète (PSL), à un moment critique pour les Musulmans assiégés par une coalition de dix mille hommes.

Les Qoraydza s'étaient, en outre, rendus coupables de trahison en incitant le clan juif de Hayyi bin Akhtab à se joindre aux coalisés.

Or, l'expédition contre les Banù Qoraydza fut décidée par Allah, qui donna au Prophète (PSL) l'ordre de la mener à bien. Les écrits sur la Sirah et la Tradition rapportent que lorsque le Prophète (PSL) fut de retour après l'échec des coalisés devant Médine et eut rangé ses armes, l'Ange Gabriel vint lui dire :

«- Ô Messager d'Allah ! as-tu rangé tes armes !».

«- Oui, répondit le Prophète».

L'Ange reprit :«Le combat n'est pas encore terminé. Allah t'ordonne de marcher contre les Banù Qoraydza. Je vais me rendre auprès d'eux pour ébranler leurs rangs.»

Le Prophète (PSL) chargea alors un héraut pour informer les  Musulmans que l'ordre a été donné pour que la çalàt du 'açr soit accomplie dans le fief des Banù Qoraydza.

Les Musulmans assiégèrent ces derniers jusqu'à ce que, au bout de quelques jours, les assiégés se rendirent finalement. Le Prophète (PSL) leur donna la liberté de choisir un juge pour les juger. Leur choix fut porté sur Sa'd Ibn Mu'ad, de la tribu Awss, où ils comptaient de très nombreux alliés. Sa'd Ibn Mu'ad trancha : «Exécution des traîtres, c'est-à-dire tous les hommes, tandis que leurs femmes et leurs enfants seront emmenés et gardés en captivité».

L'E.I fait porter la responsabilité de tous ces faits au Prophète (PSL) alors qu'en vérité, c'est plutôt Hayyi bin Akhtab qu'elle devrait accuser, lui qui a encouragé les Juifs à trahir et à rompre leur accord avec les Musulmans qui se trouvaient alors dans une situation de grand danger.

La sentence de Sa'd Ibn Mu'ad était équitable car, en plus de leur trahison, les Banù Qoraydza avaient aussi acquis des armes pour exterminer les Musulmans, et que ces derniers découvrirent cachés dans les maisons juives.

Par ailleurs, l'E.I garde également le silence sur les motifs qu'avait le Prophète (PSL) pour conduire une expédition contre les Juifs de Khaybar, présentés ici aussi comme des victimes innocentes des Musulmans. Il conviendrait de faire savoir que les Banù al-Nadèr étaient allés, après leur expulsion de Médine, s'établir à Khaybar déjà peuplée de Juifs. C'est là que le danger pour les Musulmans commença à se préciser. Le Prophète (PSL) leur écrivit alors une lettre invitant la population de Khaybar à se convertir : elle refusa catégoriquement. La conquête de leurs villes et oasis devenait alors inévitable.

Chapitre IV
Exagération des conséquences politiques de l'incident de l'ifq

L'incident évoqué dans le Coran, la Sirah et les annales sous le vocable arabe al-ifk, (c'est-à-dire le mensonge calomnieux) est abordé, même laconiquement, par L'Encyclopédie de l'Islam d'une manière qui fait penser que Aïcha, l'épouse du Prophète (PSL) et  «Mère des croyants» -bénie soit-elle- avait commis un adultère. Plus encore, l'E.I fait état, avec beaucoup d'exagération, des conséquences politiques qui en résultèrent, selon elle.

En effet, elle écrit : «...C'est au retour de l'expédition contre les Banù al Muçtaleq, exactement sur la route de Médine, que se produisit la célèbre aventure qui aurait pu coûter à Aïcha sa situation d'épouse du Prophète si Muhammad n'avait pas reçu une révélation (4-5, 11-20 XXIV) la lavant de tout soupçon. Plus important pour l'histoire primitive de l'Islam est que l'affaire de Aïcha donna naissance dans les rangs des chefs des Muhajirùn et des ’Ançàr à un grave conflit qui se poursuivit bien après la mort de Muhammad».

Nul doute que l'E.I exploite les événements de la Sirah et ses sources bibliographiques d'une façon sélective : elle y puise et adopte ce qu'elle veut, et en rejette ce qui ne lui plaît pas.

Tout d'abord, elle ne met pas suffisamment l'accent sur l'innocence de Aïcha, reconnue innocente par le Coran et les hadith du Prophète (PSL), ainsi que par les Çahihs qui ont fait les chroniques de l'histoire. Rien ne permet de contredire ces textes sacrés et séculiers : le saint Coran ne laisse planer aucun doute sur l’honnêteté de Aïcha.

Les prolongements politiques de cette affaire ont été exagérés par  l'E.I et n'ont jamais eu les dimensions que celle-ci leur a attribuées. En fait, il ne s'agissait que d'un fait banal.

Du haut de son minbar (chaire), le Prophète (PSL) déclara solennellement : «Ô frères, veuillez bien me trouver des excuses pour ce que je ferai de celui qui osera attenter à l’honorabilité de mon harem et je jure par Allah que mes épouses n’agissent que dans le bon sens, et l'homme* qu'on accuse est hors de soupçon. De plus, il n’entrait chez ma famille qu’en ma compagnie». Sa‘d bin Mu'àd Al’Ançari lui dit : «0 Prophète, tu es en droit d’avoir des excuses. Sache que s'il s'agit d'un ’Awsi, nous lui trancherons la gorge, mais s'il s'agit d'un de nos frères Khazraj, tu décideras toi-même du jugement et nous, nous l'exécuterons» Ce à quoi Sa‘d bin ’Ubada Al ’Ançari, le chef des Khazraj, qui était aussi un homme pieux, répondit à Ibn Mu‘ad : «Tu es un hypocrite  !» C'est ainsi que les esprits s'échauffèrent dans les clans ’awsi et khazraji au point qu’ils faillirent s’entretuer sous le regard du Prophète qui, du haut du minbar, n'avait cessé d'intervenir pour les calmer et réussit finalement à ramener l’ordre et la sérénité dans les esprits.63

Cette joute oratoire a été rapportée dans les corpus des hadith, et  dans les œuvres de Sirah. Elle fut effectivement une des conséquences néfastes de l'incident de l'ifq qui n'a pas manqué d'envenimer, de façon épisodique, les relations entre les ’Awss et les Khazraj, menaçant ainsi l'unité des Musulmans.  Mais, grâce à Allah Qui aime la paix, Son Prophète (PSL) réussit à calmer la situation et préserver l'unité des Musulmans, déjouant ainsi les plans des munafiqun, des mécréants qui étaient à l'origine de toute cette affaire.

L'E.I s'est chargée d'exagérer cet échange de paroles enflammées entre deux hommes, l'un ’awsi, l'autre khazraji, et de le transformer en un grave conflit ayant opposé les chefs des muhajirùn entre eux, provoquant ainsi les divisions entre les Muhajirùn et les ’Ançar. Pour notre gouverne, l'Encyclopédie de l'Islam ajoute même que ces divisions et conflits durèrent longtemps après la mort du Prophète (PSL).

En vérité, les Muhajirùn n'avaient nullement intervenu dans le débat qui eut lieu en présence du Prophète (PSL), et aucun conflit ni division n'eut jamais lieu entre leurs chefs, ni entre eux et les ’Ançar. N'en déplaise à l'E.I. qui a voulu gonfler le problème, et ce, sans jamais pouvoir apporter la moindre preuve à ses dires.

Chapitre V
Mise en doute de l'envoi de messages  du Prophète (PSL) aux souverains et gouverneurs

L'Encyclopédie de l'Islam rapporte que «le Prophète (PSL) a envoyé des messages à Muqawqès, gouverneur d'Alexandrie, au Najashi (Négus) d'Abyssinie, à Héraclius, empereur de Byzance, à Kosroès, empereur des Perses, etc., par lesquels il les invitait à se convertir à l'Islam» (E.I VII/373). Elle ajoute : «Sous la forme dans laquelle ces lettres nous sont parvenues, elles ne peuvent être admises comme authentiques, car elles contiennent des détails qui reflètent une période postérieure de l'Islam. Ce qui est raconté au sujet de ces écrits ne mérite guère davantage la créance que la plupart lui ont accordée. (...) On doit considérer comme tout à fait invraisemblable qu'un politique aussi réfléchi que Muhammad qui avait en vue à ce moment un but très réel, la conquête de Makkah, ait pu se laisser aller à des imaginations aussi fantaisistes».

A la lecture de ces passages, le doute de l'E.I. sur l'authenticité des lettres du Prophète (PSL) nous semble s'appuyer sur deux postulats :

1. leur teneur et leur forme reflètent l'époque de la puissance de l'Islam, alors qu'elles sont datées d'avant la conquête de Makkah.

2. La sagesse du Prophète (PSL) est incompatible avec tout acte fantaisiste.

En réalité, ces deux postulats se réfèrent à la critique des textes de ces lettres et aux spécificités personnelles de leur auteur, ce qui constitue une norme, et non la seule ni l'unique voie adoptée par les experts pour pouvoir se prononcer sur l'authenticité des textes. En effet, le premier moyen pour reconnaître l'authenticité de documents historiques comme ces lettres, consiste dans la relation et la transmission exacte. Quand on reconnaît qu'une relation est authentique, le doute est dissipé. Or, ces lettres doivent leur créance aux hadiths du Prophète (PSL) d'une part, et à l'unanimité des historiens d'autre part.

Les auteurs des corpus des hadiths ont consacré des chapitres spéciaux à ces lettres. C'est ainsi que Bukhari a reproduit textuellement le message du Prophète (PSL) à Héraclius dans son Çahih, «livre du Début de la Révélation», au chapitre traitant du récit d’Abu Sufiyan sur Héraclius.64 Dans le Çahih de Muslim, chapitre «Les Missives du Prophète aux Rois des mécréants les invitant à embrasser l'Islam», les paroles suivantes d’Anas bin Màlik, béni soit-il, sont rapportées ainsi : «Le Prophète (PSL) a écrit à Koskoès, à César, au Négus, et à tous les puissants de ce monde les exhortant à adorer Allah».65 en notant bien que le Négus concerné ici n’est pas celui qui avait offert l’hospitalité aux premiers émigrés musulmans et à la mémoire duquel le Prophète fit une prière. Abu 'Ubayd al Qàsim bin Sallàm a reproduit la lettre envoyée à Koskoès, roi des Perses, dans le Kitab al-'amwal, d’après une relation de Sa‘id bin Al Musayyib, et tous les experts reconnaissent l'authenticité de toutes les lettres rapportées par Al Musayyib. 

En se référant à Ibn Ishaq, Ibn Hisham a mentionné le message du Prophète (PSL) à Muqawqès, gouverneur d'Alexandrie. La partie, dont Ibn Ishaq a reconnu la contemporanéité de sa datation, a été certifiée authentique par les savants en hadith.

Ainsi donc, le doute des orientalistes demeure tout à fait gratuit et sans objet devant la haute compétence des célèbres muhaddithùn, les auteurs des œuvres sur les hadiths.

Les autres raisons du doute émis par l'E.I. ne se justifient pas non plus, car l'envoi de lettres aux souverains n'exige pas la possession d'une force militaire chez l'expéditeur, d'autant plus qu'il s'agissait de faire parvenir la proclamation et l'appel à l'Islam. En outre, les Musulmans ne comptaient pas exclusivement sur leurs armes pour répandre l'Islam. La piété, la force de la foi et leurs convictions monothéistes constituaient leur première force dans l'expansion de l'Islam, car ils ne pouvaient compter sur leur force guerrière qui était de beaucoup inférieure à celles des mécréants, des Juifs et des Chrétiens.

Il faudrait remarquer que le Prophète (PSL) a envoyé ces lettres après la conclusion de paix à Hudaybiyya, laquelle paix fut une immense victoire qui constitue la principale circonstance de la révélation de la sourate al-Fath (l'Ouverture), appelée aussi La Victoire. Elle annonce que désormais, c'est l'espace universel qui s'est ouvert au Prophète, à l'Islam : «C'est bien Nous qui pour toi faisons l’ouverture éclatante» 1/Al-Fath/La Victoire.

Ainsi donc, en envoyant ces lettres à des souverains puissants, le Prophète n'a manqué ni de sagesse, ni de clairvoyance, ni de diplomatie, et qu'il était loin d'être un aventurier et un fantaisiste, comme le considère l'E.I.

Agissant par ruse et malice pour soutenir et souligner son scepticisme à propos de l'authenticité de ces lettres, l'E.I en arrive à formuler de graves soupçons sur deux points majeurs, et prétend que :

1. l'universalisme de l'appel de l'Islam est douteux.
2. L
'appel aux Juifs et aux Chrétiens pour leur conversion n'est pas sûr.

Sur le premier point, elle écrit : «Alors qu'il est vrai que des passages du Coran datant de la période médinoise vont plus loin que la conception plus ancienne selon laquelle il était envoyé comme Prophète aux Arabes, même les versets si souvent cités comme preuve du fait qu'il considérait sa mission comme universelle, ne résistent pas à un examen serré, mais exigent une interprétation plus large que leur sens littéral. D'une manière générale, il est extrêmement douteux que Muhammad ait pu penser que sa religion pût devenir une religion universelle» (p. 373).

Au sujet du deuxième point, elle avance que : «C'est un fait péremptoire que Muhammad, au faîte de sa puissance, n'exigea pas du tout des Juifs ou des Chrétiens (de l'Arabie) qu'ils se convertissent à l'Islam et se contenta d'une soumission politique et du paiement d'un tribut».

Notre réplique à l'E.I. comporte deux volets :

- Prétendre que le Prophète (PSL) n'a pas pensé à l'universalisme de sa mission est une erreur considérable à laquelle nous avons apporté les correctifs nécessaires dans la première partie de cet ouvrage.

- Prétendre que les Juifs et les Chrétiens d'Arabie restèrent en dehors de la proclamation de l'Islam est une aberration, car cette proclamation fut faite à tous les humains, en application du Coran et des hadiths. Les biographies des conquérants musulmans mentionnent les appels de ces derniers aux Juifs et aux Chrétiens de la péninsule Arabique, mais sans les contraindre par la force ou tout autre moyen répressif à la conversion.

Concernant l'invitation que le Prophète (PSL) adressait en permanence aux Juifs et aux Chrétiens, dont la liberté religieuse était protégée par l'Islam, elle a son écho dans le Coran où l'on peut lire :

- «O vous qui détenez les Ecritures ! Croyez en ce que Nous faisons descendre (le Coran) pour confirmer ce que vous aviez déjà, avant que Nous couvrions d’avilissement et l’humiliation certains visages ou que Nous les maudissions, comme  Nous avons maudit les profanateurs du sabbat. L’ordre d’Allah est toujours suivi d’exécution» 47/Al-Nisa’/Les Femmes.

- «Quand on leur dit : «Croyez en ce qu'Allah a fait descendre, ils répondent : 'Nous ne croyons qu'en ce qui est descendu sur nous autres» Mais ils dénient ce qui est venu après, bien que ce soit le Vrai, venu en confirmation de leur propre legs» 91/Al Baqara/La Vache.

- «Dis : «O Gens du Livre, venez à une formule moyenne entre vous et nous : que nous n'adorions qu'Allah sans rien Lui associer, de ne pas nous prendre les uns les autres pour maîtres en place d'Allah». S'ils se dérobent, eh bien ! dis : «Témoignez que nous sommes de Ceux-qui-se-soumettent». 64/La Famille de 'Imràn.

Comme le précise Ibn Kathìr dans son commentaire, le message de ces sourates s'adresse aussi bien aux Gens du Livre qu'aux autres communautés.

Le Prophète (PSL) précise encore plus le sens de ces sourates dans la missive adressée au grand byzantin Héraclius, dans laquelle il lui dit, après les formules d'usage : «Deviens musulman et tu connaîtras la paix. Et si, en plus, tu convertis d'autres à l'Islam, tu auras fait le bien doublement, et Allah t'en récompensera.  Mais si tu tournes le dos à l'Islam, tu te rendras coupable d'un double péché : «O Gens du Livre, écoutez la parole d'Allah et adorons-Le tous ensemble...».

Le Prophète (PSL) a donc fait parvenir sa proclamation aux Juifs et aux Chrétiens comme à tous les Arabes. Les Banù Qaynuqà' reçurent l'appel du Prophète (PSL) dans des circonstances particulières, selon une communication d'Ibn 'Abbas, qui rapporte que le Prophète (PSL) les réunit et leur dit : «O vous de la communauté juive, craignez d’Allah, ce qu’Il a infligé aux Qorayshites comme châtiment. Embrassez l’Islam. Vous savez que je suis le Prophète Envoyé d'Allah: c'est ce que vous trouvez dans votre Livre et dans le pacte qu’Il vous a offert.». Mais ils rejetèrent son appel de façon arrogante et le défièrent même de les combattre.

Les Juifs de Khaybar furent également invités à se convertir. Le Prophète (PSL) chargea 'Ali bin ’Abi Tàlib de cette mission auprès d'eux, et lui donna la permission de leur livrer combat s'ils refusaient. Il lui dit : «Invite-les d'abord à se convertir à l'Islam, et informe-les de leurs devoirs envers Allah. Et si, par Dieu, tu arrives à mener un seul homme parmi eux sur le droit chemin, ta rétribution sera sans mesure».66 Les Juifs furent assiégés, puis capitulèrent après de violents combats.

Concernant les Chrétiens de Najràn qui envoyèrent une délégation au Prophète (PSL), conduite par deux prêtres, «le Prophète, en les recevant, leur demanda de se convertir, mais ils répondirent qu'ils s'étaient convertis avant sa proclamation». - «Menteurs, répliqua le Prophète (PSL). Vous prétendez qu'Allah a un fils, vous vénérez la croix et vous mangez du  porc».67

Ils refusèrent de se convertir à l'Islam, mais acceptèrent qu'un Musulman soit désigné auprès d'eux comme juge, pour trancher leurs litiges et sanctionner leurs divergences religieuses selon le Coran. Le Prophète (PSL) chargea Abù 'Ubayda bin al-Jarrah de cette mission et leur garantit par écrit la sécurité pour leurs biens et leur vie, une garantie qui continua à avoir cours même après la mort du Prophète (PSL).

Ainsi donc l'appel revêtait un caractère universaliste puisqu'il s'adressait aux Juifs et aux Chrétiens comme en attestent le Coran, le Hadith et la Sirah du Prophète (PSL). Par conséquent, les propos de l'Encyclopédie de l'Islam à ce sujet sont nuls et non avenus.

De même, les missives du Prophète (PSL) aux rois et aux gouverneurs sont un fait historique indéniable qui prouve lui aussi la nature universaliste de l'Islam et du caractère inclusif de la mission du Prophète (PSL). Les expéditions du Prophète (PSL) étaient à chaque fois précédées d'un message, verbal ou écrit. Lorsque les communautés concernées, surtout parmi les Gens du Livre, refusaient et rejetaient l'appel, ils étaient alors astreints à payer un tribut. Quand ils refusaient de payer cet impôt, la jizya, leurs pays étaient alors conquis pour que la Parole d'Allah ait la suprématie et pour libérer les peuples des cultes autres que celui d'Allah, l'Unique.

Chapitre VI
Diversité de termes et d'expressions pour qualifier le Prophète

1. Le génie et le réformateur religieux :

L'Encyclopédie de l'Islam fait usage d'une diversité de termes pour qualifier le Prophète (PSL), mais n'emploie que rarement les vocables «Prophète» et «Messager». Un esprit averti ne saurait être inattentif à l'objectif de l'E.I. et de ses collaborateurs orientalistes. Par l'emploi d'épithètes et d'expressions particulières, pour désigner Muhammad (PSL), comme «le génie», «l'intelligent», «le réformateur religieux», l'E.I. vise à l'inscrire comme tel dans l'histoire et dans les esprits, et non en tant que Prophète d'Allah.

Cette stratégie orientaliste a pour but de présenter Muhammad (PSL) comme un homme d'une grande intelligence et qui a pu inventer, par son génie et la force de son esprit, une nouvelle religion, moyen pour lui de réformer les conditions sociales des Arabes, de les délivrer de l'ignorance et de l'idolâtrie, et faire de la civilisation arabe un modèle d'excellence qui influencera profondément toute la civilisation humaine.

Par ignorance, par inadvertance, ou par une mauvaise intelligence des sens précis et profonds des expressions utilisées par les orientalistes pour qualifier le Prophète (PSL), quelques auteurs musulmans contemporains les ont prises à leur compte, et ont écrit sur  «le génie du Prophète» comme ils ont écrit sur le génie d'Abù Bakr, de 'Omar Ibn al-Khattab et d'autres personnages. Les uns et les autres commettent une grave injustice à l'égard du Prophète d'Allah.

Le Prophète (PSL) est au-dessus de tout génie, de tout homme d'Etat, de tout réformateur, au-dessus de tous les hommes. Il est un Prophète qui recevait la Révélation, un Messager qui transmettait aux humains les messages du Seigneur, qualité qui ne peut être accomplie ou atteinte ni par le génie, ni par l'esprit, ou par l'inspiration. Grande est la différence entre le génie réformateur et le Prophète Envoyé.

Al-Abbàs, oncle du Prophète (PSL) -déjà converti- avait fait la différence. En effet, la veille même de la conquête de Makkah, le Prophète (PSL) lui dit d'emmener Abù Sufyàn -chef de ladite cité- qui venait de se convertir, au sommet de la montagne pour qu'il puisse voir venir l'armée de la conquête. Quand le lendemain ’Abù Sufyàn vit cette armée s'approcher de la ville, et avec elle le bataillon vert du Prophète (PSL), il dit à ‘Al-Abbàs : «Le royaume de ton neveu est devenu puissant». Son interlocuteur lui répondit:  «- Non, ce n'est pas le royaume de mon neveu, mais c'est un signe de sa qualité de Prophète». Et Abù Sufyàn de reconnaître : «Oui, c'est l’apostolat, la prophétie donnée à ton neveu».

Les auteurs non-musulmans qui ont écrit sur la vie du Prophète (PSL) ne croient pas en son état de prophète, en sa mission prophétique. Ils le considèrent seulement comme un grand homme, un génie, un réformateur inspiré. Il n'est pas donc permis aux auteurs musulmans d'adhérer à cette perception qui porte préjudice à l’apostolat de Muhammad (PSL). Par contre, ils ont le devoir, en ce chapitre, de suivre la voie du Coran, d'aller sur les traces des Compagnons et des ancêtres vertueux.

C'est un constat des plus évidents que le Coran ne qualifie Muhammad (PSL) ni de réformateur, ni de génie, mais partout où le très illustre personnage est cité, il porte l'épithète de «Prophète», de «Messager», d'«Envoyé». Même quand il y est mentionné, son nom est accolé à la mission prophétique, comme dans le verset 27 de la sourate Al Fath/L'Ouverture: «Muhammadun rasulu Allah» («Muhammad est l'Envoyé d'Allah»). De même, dans le verset 6 de la sourate al-Çaff//Le Rang, on lit : «Et je vous fais la bonne annonce d'un Envoyé qui viendra après moi ; son nom est Ahmad», dit Jésus»). Partout où ils le mentionnent, ses Compagnons et ses biographes ne se départent jamais de l'appeler «le Prophète», «l'Envoyé» [al-Nabiyy, al-Rasùl].

Nous pensons que les orientalistes le qualifient de génie et de réformateur, parce qu'ils estiment que ces qualités sont de nature à disparaître, quand le souvenir de celui qui les porte disparaît et s'efface des mémoires. Ces mêmes orientalistes ont oublié que le personnage qu'ils appellent «génie» et «réformateur» ne s'est jamais attribué ses actes et leurs conséquences, comme l'indiquent clairement un certain nombre de sourates telles que : «Dis : «En fait de Messager, je ne suis pas une nouveauté ; et je ne sais pas ce que l'on fera de moi, ni de vous ; mais je ne fais que suivre ce qui m'est révélé ; et je ne suis qu'un avertisseur clair» 9 /Al-Ahqaf’. Autre exemple : «Dis : Je ne vous dis pas que je dispose des réserves d’Allah, ni que je connais le mystère ;  je ne vous dis pas que je suis un ange : je ne fais que suivre ce qui m'est révélé»  50/Al An‘am/Le Bétail.

Or, il est évident que ni le génie, ni le réformateur, ni le héros -et encore moins le commun des mortels- n'aime laisser autrui jouir du prestige de toutes les formidables actions qu'il a lui-même accomplies. Cela serait complètement contraire à la nature humaine. Pourtant, si c’était Muhammad (PSL), qui avait innové cette grande religion, et accompli toutes ces nobles actions qui ont changé le cours de l'histoire et sauvé l'humanité de l'ignorance grâce à «son génie» et à «la force de son caractère », il n’aurait pas agi autrement que les humains en s’appropriant le bénifice de ces actes. Il éprouvait au contraire l’honneur et le bonheur d'avoir été investi  de cette mission. Il était parfaitement conscient de ses qualités humaines et attribuait toutes ses entreprises et leurs résulats à son Seigneur.

2. La prétendue fuite du Prophète (PSL) au cours de la déroute d'Uhud :

L'expédition d'Uhud s'est achevée par la défaite des Musulmans.  Ces derniers étaient tout près de la victoire mais quand quelques archers, placés sur les flancs du Prophète (PSL) pour le couvrir, quittèrent leur poste, la situation changea aussitôt en faveur des Qorayshites. Les Musulmans se dispersèrent, beaucoup d'entre eux furent tués. Quelques éléments qorayshites s'approchèrent du siège du Prophète. Un  associant lui lança une pierre : l'Envoyé d'Allah fut blessé au visage. L'épouvante s'empara des combattants musulmans dont un grand nombre prirent la fuite. Le Prophète (PSL) demeura sur place. Il se mit à appeler ses hommes pour se regrouper autour de lui. Une trentaine de ses compagnons l'entourèrent, d'autres continuèrent à combattre pour le protéger ; une bonne partie d'entre eux furent tués devant lui.

Le Coran évoque la scène dans ce verset : «Lors vous prenez du champ sans vous retourner sur personne, bien que l'Envoyé vous rappelle sur vos arrières». 153/La Famille de 'Imràn.

Muslim rapporte dans son Çahih que « le jour de la bataille d'Uhud, le Prophète, s'étant trouvé un moment avec sept des ’Ançàr et deux Qorayshites, encerclés par les associants, il dit : «Celui qui me délivre accédera au Paradis». Un homme parmi un groupe de sept ’Ançàr s'engagea dans le combat pour le délivrer, mais il fut tué. Le Prophète répéta sa proposition encore un fois pour être délivré. Un autre ’Ançàr se porta volontaire pour le secourir, mais lui aussi fut tué. Et ainsi firent les autres Ançàr jusqu'à ce qu'ils fussent tués tous les sept. Le Prophète dit alors : «Nos hommes nous ont trahis en s'enfuyant»68.

Bukhari rapporte un hadith reproduit par ’Abù 'Uthmàn al-Nahdi d'après lequel le Prophète (PSL) s'est retrouvé à la fin de la bataille d'Uhud, seul avec Talha et Sa'd bin Abi Waqqàs69.

Bukhari rapporte aussi un hadith reproduit par ’Anas et dans lequel est évoquée la situation très dangereuse dans laquelle s'est retrouvé le Prophète (PSL), lorsque les Musulmans eurent pris la fuite devant la coalition adverse, surtout lorsqu'il n'eut plus à ses côtés qu'une poignée de défenseurs parmi lesquels Talha. Celui-ci conseilla au Prophète (PSL) de ne pas se hasarder en dehors de son abri, de peur d'être touché par une flèche.

Le verset ci-dessus ainsi que les hadiths rapportés par Muslim et Bukhari nous instruisent que le Prophète (PSL) n'avait pas fui à Uhud quand il fut abondonné par ses hommes. Au contraire, il préféra rester sur place et encourager ses fidèles à se regrouper, et ce, au risque de sa vie. Ces références apportent donc un démenti formel aux allégations de l'Encyclopédie de l'Islam sur le sujet. D'ailleurs, le Prophète (PSL) n'avait pas à fuir car Allah lui avait promis la vie sauve dans tous les complots fomentés contre lui et dans toutes les situations tragiques. «Et Allah te préserve de la méchanceté des gens» 67/ Al-Ma’ida/La Table.

Plus encore, les associants qorayshites, fatigués, se retirèrent d'eux-mêmes, sans remporter sur le Prophète (PSL) la victoire décisive qu'ils escomptaient.

Quand le calme fut revenu, le Prophète (PSL) ordonna d'enterrer les martyrs, au nombre de soixante-dix. Aucun Musulman n'a été capturé dans cette bataille.

3. La double personnalité :

Après avoir évoqué les grandes responsabilités politiques, militaires, administratives et sociales qui attendaient le Prophète (PSL) à Médine, l'Encyclopédie de l'Islam écrit : «Nous sommes confrontés à l'un des problèmes les plus délicats de la biographie du Prophète, la double personnalité qu'il présente clairement dans les sources. Le visionnaire religieux inspiré dont la pensée tournait essentiellement autour du Jugement dernier imminent, qui avait supporté avec patience toutes les attaques et toutes les humiliations, qui n'effleurait que timidement la possibilité d'une résistance active et préférait s'en remettre entièrement à l'intervention d'Allah, après son installation à Médine, apparaît sur un théâtre profane et se révèle d'un coup un génie politique de premier rang» (E.I, VII/369)

Le fait d'accorder au Prophète (PSL) la double personnalité est en soi une incompréhension de sa personnalité et une mauvaise intelligence de l'Islam d'une manière générale.

L'Islam, en particulier, ne sectionne pas l'être ou sa vie en deux composantes distinctes : une matérielle et physique, l'autre immatérielle et psychique -autrement dit, une composante pour la vie profane, l'autre pour la vie religieuse et spirituelle. L'Islam considère la vie d'une personne dans son intégralité, comme une unité cohérente où le temporel et le spirituel se complètent, et où la matière épouse l'esprit. L'Islam n'incite pas à la négligence de la vie d'ici-bas, mais appelle à y adhérer. Il ne croit pas au monachisme et n'ordonne pas à l'homme de fuir la jouissance des choses matérielles, mais il affirme avec force que l'on ne peut atteindre la sublimité spirituelle que si l'on affronte la vie dans ses difficultés et ses facilités, dans l'adversité et dans l'aisance, tout en s'attachant rigoureusement à la droiture et à la piété. Cette conception des choses de la vie est présentée sommairement par ce verset : «Seigneur : accorde-nous belle-part ici-bas, et belle-part dans l'au-delà. Et protège-nous du châtiment du Feu» [201/Al Baqara/La Vache].

L'Islam œuvre en faveur de l'établissement d'un équilibre entre les deux composantes de la vie : le temporel et le spirituel, la matière et l'esprit. Il postule que tout ce qui est créé dans l'univers matériel l'est pour servir l'homme et pour répondre à ses besoins.  L'homme, à son tour, fut créé pour servir Allah : sa fonction sur la terre consiste à exécuter la Volonté du Créateur et Ses ordres comme le dit ce hadith qodsi (saint, inspiré au Prophète (PSL) par Allah) : «O fils d'Adam : Je t'ai créé pour Moi et J'ai créé toute chose pour toi. Par Mon droit sur toi, Je te conjure de ne pas laisser ce que J'ai créé pour toi, te détourner de ce pour quoi tu fus créé».*

Les prescriptions de l'Islam respectent équitablement les besoins matériels et spirituels de l'homme, et incitent ce dernier à œuvrer pour trouver une base de relations satisfaisantes avec son Créateur, de manière à pouvoir réaliser une complémentarité et une coopération entre ses forces objectives et subjectives, s'exercer pour avoir une conduite telle que le spirituel en lui l'emporte sur le matériel, et que le scrupule religieux ait la suprématie sur les soucis des choses profanes. Aussi l'homme doit-il se comporter en tout et partout suivant les critères de la religion qui normalisent toutes ses activités.

A titre de comparaison avec le Christianisme, on remarque que ce dernier privilégie le côté spirituel de la vie et enseigne un genre d'amour qui fait porter à chaque Chrétien le lourd fardeau de la culpabilité. Disons que cet amour idéal ne satisfait pas les vœux spirituels, et encore moins les besoins vitaux de l'homme, parce qu'il est en contradiction avec la nature humaine et avec l'esprit sain.

Ceux qui ont accusé le Prophète (PSL) d'avoir une double personnalité sont assurément bien imprégnés de la culture et des principes de l'idéologie chrétienne. C'est pourquoi ils ont cette idée fixe que Muhammad (PSL) est le Messager exemplaire qui, durant la période mekkoise, fonda sa proclamation sur l'appel au détachement des choses de la vie, à l'obligation du moi de se contenter de peu, d'accepter volontairement les privations, d'accepter volontiers l'endurance et la souffrance, et de s'en remettre entièrement à Allah. Or, durant la période médinoise, le voilà qui devint tout à coup un homme actif : il bâtit une communauté, il se penche sur ses affaires politiques, militaires et sociales, il combat ses ennemis avec des armes, il fait des projets pour l'avenir de la nation et crée la force nécessaire et indispensable pour garantir la protection de cette nation.

Cette accusation est non fondée car les activités humaines, faites dans un but qui sert la société, sont une sorte de culte, de dévotion. Si le jihàd est une des meilleures dévotions, le travail au profit de ses enfants et de la famille ne l'est pas moins. Le travail qui va dans le sens de l'intérêt des humains, quand il exige des déplacements quotidiens, longs et fatigants, engendre ipso facto un allégement des obligations religieuses comme le stipule le Coran :

«Ton Seigneur sait que tu (Muhammad) te tiens debout moins de deux tiers de la nuit, ou sa moitié, ou son tiers. De même qu'une partie de ceux qui sont avec toi. Allah évalue les prières du jour et de la nuit. Il sait que vous ne saurez jamais passer toute la nuit en prière. Il a usé envers vous avec indulgence. Récitez donc ce qui vous est possible du Coran. Il sait qu'il y aura parmi vous des malades, et d'autres qui voyageront beaucoup, en quête de la grâce d'Allah, et d'autres encore qui combattront dans le chemin d'Allah. Récitez donc ce qui vous en sera possible». [20/ Al-Muzzammil/L’emmitoufle].

Contrairement à ce qu'avance l'Encyclopédie de l'Islam, le Prophète (PSL) n'a jamais été un être double, ni dans sa personnalité, ni dans sa vie. Si, à Makkah, il n'a pas entrepris de mesures pour organiser politiquement et socialement la communauté musulmane, c'est parce qu'il se trouvait dans des conditions qui ne le lui permettaient pas. Si, à Makkah, il supportait avec patience et endurance, ainsi que les croyants, toutes les humiliations de la part des associants, c'est parce que le Seigneur lui ordonnait cette conduite, et le Seigneur seul en connaissait la grande sagesse.

S'il est permis d'accuser ainsi le Prophète (PSL) d'avoir fait montre d'une double personnalité, il faudra alors dire de tous les hommes d'État, de tous les politiciens qui reportent des décisions à des moments plus opportuns, et qui adoptent des attitudes qui varient selon les circonstances, qu'ils ont une double personnalité. Cela est pourtant inconcevable.

 

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