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Première Partie
La période mekkoise de la Sirah :
Chapitre I
L'enfance du Prophète (PSL) et les signes
annonciateurs de la prophétie
1. Procès de l’enfance du Prophète (PSL) :
L'auteur de l'article en question avance que la date de
naissance du Prophète (PSL) est inconnue. Il rejette l'idée
selon laquelle il est né durant «l'année de l'Eléphant»,
arguant qu'on ne possède aucune donnée chronologique sur la
période mekkoise de sa vie. Il diminue, ainsi, la notabilité
de ses origines et de l'autorité dont jouissait son père, et
prétend que l'appartenance de ses ancêtres aux gens de
Médine n'est pas clairement établie, semant ainsi le doute
sur son nom.
Il nie les phénomènes extraordinaires dont le Prophète (PSL)
a fait l'expérience durant son enfance, et que l'opinion
musulmane considère comme signes initiatiques de la
prophétie, tels l'opération menée par l'ange Gabriel qui lui
fendit la poitrine, les voyages en Syrie qu'il fit, dans son
enfance, avec des caravanes commerciales, et en compagnie de
son oncle Abù Tàlib. Il nie encore la participation de
l'enfant à la reconstruction de la Ka'ba, emportée par une
crue, comme il refuse d'admettre la réalité d'autres
événements importants de la vie du Prophète à Makkah. Il
semble, ainsi, que l'auteur de ces articles d'encyclopédie
ait volontairement rendu obscur tout ce qui touche à
l'enfance du Prophète (PSL), à tous les aspects des
premières étapes de sa vie à Makkah.
Pour cela, il a ignoré les faits établis et rejeté les
informations transmises par succession. Il n'a accordé aucun
crédit aux récits rapportés par les différentes recensions
des hadiths reconnus authentiques, s’abstenant de se référer
aux écrits sur la Sirah et aux chroniques historiques.
Ainsi, il semble être parti d'un préjugé dont il voulait
confirmer l'objet, d'un objectif préfixé qu'il tendait de
réaliser par des moyens indignes d'un véritable chercheur.
Dans les lignes qui suivent, nous présentons nos réfutations
de ses allégations à propos de cette étape de la vie du
Prophète (PSL).
2. Date de naissance du Prophète (PSL):
L'examen attentif des hadiths permet de conclure sans
hésitation que le Prophète est né pendant ce qu'il a été
convenu d'appeler «l'Année de l'Éléphant», au lendemain du
célèbre événement du même nom. Dans ses maghàzi reconnus
exacts, ’Ibn Ishaq écrit que le Prophète (PSL) est né au
cours de la 12e nuit du mois de Rabi' I de l'Année de
l'Éléphant. Cette date fut confirmée par d'éminents auteurs
et chercheurs qui se sont attelés à déterminer le mois et le
jour de naissance du Prophète (PSL).
Il a ainsi été prouvé que le jour de naissance du Prophète
(PSL) est un lundi, comme l'ont démontré l'imàm Muslim dans
son Çahih (Authentique)9, Abù Dàwud, dans ses Sunan
(Traditions)10 et l'imàm Ahmed bin Hanbal dans son Musnad
(le Document de base).11
Ibn 'Abbàs, qu'Allah le bénisse, rapporte dans une
communication que «le Prophète (PSL) est né le lundi 12 du
mois de Rabi'I de l'Année de l'Éléphant, fit son Ascension
un lundi, son Exode à Médine un lundi et mourut un lundi».
Ce sont là des informations admises et reconnues exactes par
l'ensemble des Musulmans12. Comme l'a fait valoir Khalifa
bin Khiyyat dans ses annales, ces divers récits sont fondés
sur des faits consignés.
La majorité des ‘ulama de l'époque ont écrit que le Prophète
(PSL) est né l'Année de l'Éléphant, et des chercheurs
musulmans et orientalistes modernes ont soutenu cette
opinion, après avoir conclu que «l'Année de l'Éléphant» se
situe entre 570 et 571.
Face à tous ces récits concordants qui forment consensus,
les écrits de l'auteur de l'article de l'Encyclopédie de
l'Islam sur la vie du Prophète (PSL) ne peuvent faire le
poids, des écrits selon lesquels le Prophète (PSL) ne serait
pas né l'Année de l'Éléphant, et que «l'Événement de
l'Éléphant» n'aurait pas eu lieu en 570, mais qu’ «il doit
avoir eu lieu avant cette date».
Il faut également remarquer que l'auteur de cet article
rejette des faits et émet des jugements, sans même prendre
la peine de les étayer par des preuves. Cette attitude est
sans rapport aucun avec la véritable méthode scientifique
que respecte l'esprit sain et indépendant. Elle est indigne
de l'esprit objectif que revendiquent les intellectuels
occidentaux, parmi lesquels l’auteur en question qui prétend
que nous ne disposons d'aucune donnée chronologique sur la
période mekkoise de la vie du Prophète (PSL) et ce, sans la
moindre raison. Il semble que cet auteur ait pris le Coran
comme principale référence pour sa recherche, ignorant
totalement les hadiths et les ouvrages s'y rapportant, tout
en adoptant une attitude sceptique vis-à-vis des ouvrages
sur la Sirah. Voilà pourquoi sa pensée a dérivé vers une
thèse si bancale : il n'a pu trouver dans le seul Coran un
rapport détaillé de tous les événements qui ont marqué
l'enfance et l'adolescence du Prophète (PSL).
Ce qui nous confirme dans notre opinion que l'auteur a fait
mauvais usage des ouvrages sur la Sirah et s'est appuyé sur
le Coran de façon excessive est le fait que, quand il se
réfère à la sourate Al-Doha (le Début de la matinée), le
seul indice qu'il y trouve sur la naissance du Prophète
(PSL) est qu'il était un pauvre orphelin. Une fois de plus,
l'auteur prouve ainsi l'extrême minceur de ses connaissances
sur les tout débuts de la vie du Prophète (PSL) ; mais il se
permet d'affirmer, de surcroît, que : «Tout ce qui a été
rapporté sur la naissance du Prophète (PSL) n'a que peu de
valeur pour la connaissance de sa personnalité historique».
Cette attitude de l'auteur est une manœuvre destinée à
tromper ses lecteurs, car comme nous l'avons dit plus haut,
tous les écrits sur la Sirah n'ont pas la même authenticité
et exactitude historique. De même, et contrairement à ce que
cet auteur a avancé, la médiocrité n'est pas l'apanage de
toutes ces sources, car si certaines proposent des relations
peu fiables, l'objectivité et la rigueur scientifique ne
nous permettent pas de faire de ce jugement une généralité
s'appliquant à toutes les sources sur la Sirah. En effet,
d'autres sont qualifiées d'excellentes et ont acquis une
bonne réputation auprès des lecteurs et chercheurs
arabo-musulmans. On y trouve des renseignements détaillés
sur la vie du Prophète (PSL) à Makkah, de son enfance à son
missionnement, et de son missionnement à sa hijra à Médine.
On y trouve également développés sa généalogie, des
informations sur sa noble parentèle, ainsi que les faits qui
eurent lieu dans sa famille pendant que sa mère était encore
enceinte, la mort de son père, les faits qui coïncidèrent
avec sa naissance jusqu'à la mort de sa mère ; la façon dont
il a grandi en étant orphelin, sa prise en charge par son
grand-père paternel 'Abd al-Muttalib, puis après la mort de
celui-ci, par son oncle Abù Tàlib. On y lit aussi que
l'enfant devint berger au service de son oncle et de
quelques Qorayshites. On y parle en outre, de son voyage en
Syrie, où son oncle l'emmena avec une caravane commerciale,
et de sa participation à ce qu'on appelle hilf el fudùl.13
Parmi d'autres détails sur sa jeunesse, on y apprend qu'une
riche veuve, Khadija bint Khuwaylid, l'engagea pour diriger
ses affaires, et l'épousa quelque temps plus tard. Egalement
documentée est l'heureuse vie conjugale et familiale qu'il
eut avec elle, leurs deux fils et leurs deux filles. Sa
participation à la reconstruction de la Ka'ba y est relatée,
ainsi que l'appel que lui lancèrent les Qorayshites pour
qu'il remette la pierre noire à sa place après la
reconstruction de la Ka'ba. Ces sources parlent toutes de la
bonne réputation que lui ont valu ses qualités de sagesse et
de probité auprès des habitants de Makkah, qui lui
conférèrent le qualificatif de amin (honnête). Les œuvres
sur la Sirah enseignent que le jeune Muhammad (PSL)
participait rarement aux jeux de ses camarades, qu'il ne
partageait pas leurs convictions religieuses, mais
consacrait son temps libre à la méditation dans la grotte de
Hira' où il se retirait, loin des préoccupations de la vie
quotidienne.
Ainsi donc, nous pouvons répliquer à l'auteur que la
prétendue rareté des données historiques chronologiques
concernant les premières étapes de la vie du Prophète (PSL)
à Makkah, n'est qu'une allégation dénuée de tout fondement.
3. Rabaissement de la notabilité de la généalogie du
Prophète (PSL) :
Sur ce point aussi l'auteur a ignoré ce que rapportent les
sources exactes qui traitent de la Sirah. Il s'est contenté
de quelques allusions, sans importance, puisées dans
quelques vers de la poésie antéislamique ou contemporaine au
Prophète (PSL). Ensuite, il cita comme argument à sa thèse
ce verset : et «Ils ajoutèrent : Pourquoi ce Coran ne fut-il
pas révélé à quelque personnage important de l’une ou
l’autre des deux villes ?» 13/Al-Zukhruf (l’Ornement).
L'auteur va jusqu'à juger que «la famille des Banù Hàshim ne
pourrait se mesurer avec d'autres familles plus
considérables comme les Makhzum ou les Banu ‘Ummayya. ce qui
est raconté de la situation misérable de Muhammad (…)
indique les Banu Hashim devaient alors s’être
considérablement appauvris. Nous ne savons rien de certains
de ses ancêtres car la plus grande partie de ce qui nous est
raconté à ce sujet rélève de la légende. Son père (…) est
une figure tout à fait incolore, et son nom de ‘Abd Allah
est peut-être la transformation postérieure d’un nom païen.
Son grand-père est appelé Shayba ou ‘Abd al-Muttalib, mais
la relation entre ces deux noms est aussi obscure que leur
rapport avec les Banu Shayba et avec la famille fréquemment
mentionnée des Muttalib» (E.I, VII/365).
Regardant du côté de la mère du Prophète (PSL), il écrit :
«Du côté de sa mère, il avait des rapports de parenté avec
Médine (Yathrib) qui ne sont pas clairs pour nous». (Ibid)
La première observation qui s'impose est que l'auteur
utilise un langage ambigu dans lequel le doute est
prépondérant, et affirme que le lignage du Prophète (PSL)
est une zone d'ombre. Non moins étrange est le fait qu'il se
soit limité, dans l'ascendance du Prophète (PSL), aux seuls
Banù Hashem, et en se référant à des vers à la crédibilité
non validée. Il a agi comme si ces vers étaient la seule
source à considérer dans l'étude d'une question aussi
délicate. Telle est la preuve supplémentaire de son
délaissement des sources dignes de foi comme les recueils de
hadiths, les écrits de la Sirah et les traités d'histoire.
Quant au verset coranique rappelé par l'auteur (V 13/al-Zukhruf),
il est seulement une information concernant les dénégateurs
de Makkah qui, après avoir rejeté l’apostolat de Muhammad (PSL),
recoururent comme d'habitude à des arguments puérils selon
lesquels le Prophète (PSL) n'était pas un puissant des deux
cités (Makkah et / ou Tà'if) alors que, pour qu'ils y
croient, ils postulaient que l’apostolat et le Message divin
devaient être révélés à l'un des notables des deux cités.
Telle est l'explication, brièvement résumée, de la
signification de ce verset qui ne concerne nullement les
origines du Prophète, contrairement à ce que prétend
l'auteur, mais fait plutôt allusion au rang social et au
commandement tribal qui, à l'époque de la jàhiliyya, étaient
attribués en fonction de la richesse et l'autorité dans les
milieux tribaux.
Cet entêtement à vouloir minimiser la notabilité du lignage
du Prophète (PSL) est contraire à la vérité, car les Banu
Hàshem étaient une des familles qorayshites les plus nobles
et les plus respectables. Cette vérité fut publiquement
rappelée par Abu Tàlib au cours de la cérémonie de mariage
du Prophète (PSL) avec Khadija devant les notables de
Qoraysh réunis pour la circonstance. A cette occasion, Abù
Tàlib, présentant son neveu Muhammad (PSL), leur dit : «Nul
homme parmi les Qorayshites ne pèse autant que lui en
honneur, en noblesse et en vertu. S'il n'a pas de fortune,
sachez que la fortune décline comme l'ombre, car elle n'est
qu'un bien éphémère, un leurre auquel on s'attache. Quant à
Muhammad, vous en connaissez la parentèle»14
Abù Sufyàn, alors ennemi du Prophète (PSL), lui-même
admettait cette vérité, puisqu'il répondit dans ce sens à
l'empereur de Byzance qu'il avait rencontré et qui lui
demanda :
«Quelle est son ascendance parmi vous ?» «Il est de souche
noble» répondit Abu Sufyàn. Et l'empereur d'ajouter : «les
Prophètes sont élus parmi les nobles de leurs peuples».
Le Çahih de Bukhari15 comporte une relation détaillée
concernant les origines du Prophète (PSL), remontant jusqu'à
Ma'd bin 'Adnàn. Les généalogistes sont d'accord sur cette
partie de son lignage, et sont même prêts à la faire
remonter jusqu'à Ismaël, fils d'Abraham, même s'ils
divergent sur les ancêtres de Ma'd bin ’Adnàn qui mènent à
Ismaël.
Muslim rapporte dans son Çahih16 un hadith du Prophète (PSL)
dans lequel ce dernier a dit : « Allah a élu la grande tribu
Kinàna parmi les descendants d'Ismaël, de cette tribu Il a
élu les Qoraysh ; de ces derniers Il a élu les Banù Hàshim
desquels Il m'a élu».
En vertu de quelle règle scientifique notre auteur s'est-il
donc permis d'écarter ces sources authentiques et ces
preuves irréfutables de la noblesse de la généalogie du
Prophète (PSL), pour formuler des jugements injustifiés ?
Quant à son assertion selon laquelle Muhammad (PSL)
apparaissait d'abord comme un personnage quelque peu vague,
dont les débuts de la vie étaient peu connus, elle n'altère
en aucune façon ni la noblesse du Prophète (PSL) ni son
apostolat.
Il semble que notre auteur s'imagine que l’apostolat est une
sorte de commandement politique, et que le Prophète (PSL)
devait appartenir à une famille de dirigeants politiques ou
de personnalités influentes. Il convient en outre de ne pas
oublier que le père du Prophète (PSL) mourut à l'âge de
vingt-cinq ans, donc en pleine jeunesse. Or, s'il était
resté en vie, il aurait peut-être hérité le rang social de
son père 'Abd al-Muttalib, et aurait pris la direction de la
famille des Banù Hàshem, et de la sorte, il aurait été un
chef qorayshite des plus réputés.
En doutant que le père du Prophète (PSL) s'appelait 'Abd
Allah et en concluant que ce nom ne lui fut donné qu'après
l'Islam, l'auteur se rend coupable d'un autre écart
injustifié, car tous les biographes du Prophète (PSL), tous
les corpus des hadiths et tous les traités d'histoire sont
d'accord sur ce sujet. En effet, aucun historien, ni
généalogiste, n'a fait la moindre allusion qui contredise
ces sources ou suscite le moindre doute sur le nom du père
du Prophète (PSL).
La confusion qui semble à l'auteur exister entre les deux
noms que portait le grand-père du Prophète, à savoir Shayba
et 'Abd al-Muttalib, est sûrement due à l'insuffisance de sa
documentation, car la question est en fait très simple, et
la réponse très claire : l'homme s'appelait Shayba à sa
naissance, puis on lui donna une kunya, un surnom : 'Abd
al-Muttalib. Plus couramment utilisée, la kunya finit par
l'emporter sur le nom. Tous les historiens et autres qui ont
écrit sur la Sirah savent ce fait qui ne souffre aucune
ambiguïté.
Quant à l'allégation de l'auteur selon laquelle les liens de
parenté que le Prophète (PSL) avait, du côté maternel, avec
les gens de Médine (Yathrib), «ne sont pas clairs pour
nous», elle aussi est due à l'insuffisance de sa
documentation, ou à son ignorance des faits rapportés dans
les ouvrages sur la Sirah et l'histoire. Notre auteur
n'aura compris que partiellement l'information contenue dans
les écrits sur la Sirah, laquelle information nous instruit
sur le fait que les oncles maternels du Prophète (PSL)
appartenaient aux Banù al-Najjàr qui étaient un clan tribal
établi à Yathrib (Médine). Ainsi, il croyait que la mère du
Prophète (PSL) avait une relation familiale directe avec Al
Madinah, ce qui est faux. La mère du Prophète (PSL)
s'appelait Amina Bintu Wahb, appartenant aux Banù Zahra, une
faction qorayshite. Amina et son époux, ’Abd Allah, avaient
un ancêtre commun, Kalb. Elle était donc une qorayshite
pure.
Les liens du Prophète (PSL) avec Médine proviennent de la
mère de son grand-père ’Abd al-Muttalib qui s'appelait Salmà
Bintu ’Amr, des Banù al-Najjàr, épouse de Hàshem
bin’Abd-Manàf, père de ’Abd al-Muttalib. Hàshem était un
riche commerçant qui voyageait beaucoup entre Makkah et la
Syrie. Au cours d'un de ses voyages, il s'arrêta à Médine
où, ayant vu Salma, il la demanda en mariage. Elle lui donna
un premier fils qu'elle appela Shayba, lequel sera plus tard
surnommé ’Abd al-Muttalib.
4. Point de vue de Trude Ehlert au sujet du nom du Prophète
(PSL) :
Après avoir brièvement passé en revue les opinions exprimées
par les biographes du Prophète (PSL), au sujet du
qualificatif’Amin que lui décernèrent des Qorayshites
intègres pour les vertus dont il fut doté par Allah,
l'auteur de l'étude en question décida de dépouiller le
Prophète (PSL) non seulement de ces qualités, mais aussi de
son nom. Lisons ce qu’il a écrit : «Le nom de Muhammad ne
doit (…) pas être considéré comme une épithète adoptée au
cours de la vie du Prophète (…). Le fait que les sources
disent fréquemment que dans sa jeunesse, Muhammad était
appelé Amin (…), suggère la possibilité que ce nom dérive de
la même racine que celui de sa mère, Amina, lui ait été
donné. Le nom de Muhammada, pour les femmes, figure
plusieurs fois dans le livre des Himyarties en syriaque»
(E.I, VII, 364).
Une opinion si totalement dénuée de fondement ne peut que
refléter le manque d'informations sûres et vérifiables dont
souffre notre auteur. Comme il existe une importante
bibliographie digne de foi sur ce sujet, une telle ignorance
est inadmissible, autant que le recours à une source
douteuse. C'est que l'auteur de l'article en question a
fermé les yeux sur l'éclairage que le Coran et le hadith
authentique apportent sur le sujet. Il a nié tous les
événements historiques réels rapportés dans les ouvrages sur
la Sirah, et qui s'adressent à l'ami comme à l'ennemi, au
proche comme à l'étranger.
Le Coran nous dit : «Muhammad est le Messager d'Allah.
Autant ses compagnons sont durs envers les infidèles, autant
ils sont pleins de comparaison entre eux.» 29/al-Fath- La
Victoire. Un autre verset dit : «Lors Jésus fils de Marie
dit : «Fils d’Israël, je suis l’envoyé d’Allah vers vous,
venu confirmer la Torah en vigueur et faire l’annonce d’un
envoyé qui viendra après moi et dont le nom sera Ahmad» 6/Al-Çaff
-La ligne.
Il est inutile de nous attarder plus longtemps à défendre
les vérités suprêmes propres au Coran et aux hadiths ; ces
deux exemples qui font référence à la Torah et à la Bible en
disent suffisamment long. Nous voudrions, néanmoins,
attirer l'attention de notre auteur sur le fait que Moïse et
Jésus avaient annoncé l’apostolat de Muhammad (PSL) à
travers la Torah et l'Evangile, mais que les deux textes
saints ont probablement été altérés, vu que toute référence
au nom de Muhammad (PSL) en a été supprimée. Cependant, le
texte de Samarie pour la Torah, et l'Evangile de Barnabé qui
existait bien avant l'Islam et qui fut interdit de
circulation à la fin du Ve siècle, avaient préservé cette
référence, ce qui a été confirmé par les parchemins
découverts près de la Mer Morte.
Dans le chapitre 41 de l'Evangile de Barnabé, le nom de
Muhammad (PSL) est clairement mentionné : «Allah s'est
retiré ; l'Ange Mickaël les expulsa du paradis. Quand ’Adam
tourna la tête vers la porte, il vit écrit au-dessus d'elle
: «Il n'y a d'autre dieu qu'Allah, Muhammad est Messager
d'Allah».
Ailleurs, cet évangile rapporte ces paroles : «Réponses aux
élèves : 'O Maître, qui est cet homme dont parle Jésus, et
dont il annonce la venue au monde ?» Il répondit de gaieté
de cœur : «Il s'agit de Muhammad, Messager d'Allah».17
Forts de ces preuves irréfutables que T. Ehlert, auteur
«Muhammad, Prophète de l’Islam», dans l'Encyclopédie de
l'Islam, a pourtant ignorées, nous pouvons affirmer qu’il a
écrit cet article mû par la forte volonté de semer le doute
et la confusion sur tous les aspects de la vie du Prophète (PSL).
Même son nom n'échappe pas à son désir de tout remettre en
question. A en croire ses pensées soupçonneuses, il faut
obligatoirement conclure que quelque chose dans la
biographie du Prophète (PSL) est fausse, ou que toute sa vie
baigne dans l'obscurité totale. Voilà bien un point de vue
incontestablement malsain !
5. Rejet des signes initiatiques de la prophétie :
L'enfance du Prophète (PSL) fut marquée par des événements
uniques, annonciateurs d'un phénomène extraordinaire, qui
allait se produire plus tard dans sa vie, et qu'il allait
avoir à charge de faire connaître. Parmi ces événements,
citons le fendage de son cœur alors qu'il était jeune enfant
dans la région de Bani Saâd, sa rencontre avec Bahira, le
moine qui lui a prédit son prophétat, sa participation à la
reconstruction de la Ka'ba et ce qu'il s'y est produit
quand, en s'enveloppant les épaules de son vêtement, il a
accidentellement dévoilé ses parties intimes puis s'est jeté
à terre pour se couvrir alors que, à l'époque anté-islamique,
montrer sa nudité au grand jour était chose courante. Ce
sont là des événements bien connus, rapportés dans les
ouvrages sur la Sirah, l'histoire et les hadiths, mais
totalement récusés par l’auteur de l'article «Muhammad,
Prophète de l'Islam» dans l'Encyclopédie de l'Islam.
5.1 Du fendage du cœur :
Nos deux auteurs nient la véracité du fendage du cœur du
Prophète (PSL), arguant qu'il s'agirait d'un miracle de la
nature, mais totalement impossible en réalité, et que «la
sagesse veut qu'on nie», écrivent-ils. Ils se rangent à
l'opinion d'un autre orientaliste, Birkeland, qui écrit :
«L'histoire de l'ouverture de la poitrine de Muhammad est
une matérialisation exégétique postérieure au verset 1/XCIV».
(E.I, VII/364) Ce verset dit : «N’avons-nous pas épanoui ton
cœur ?» Al-Sharh/L’Epanouissement.
Ainsi donc cet orientaliste, et d'autres, s'entêtent à
apprécier les événements de la vie du Prophète (PSL) en leur
appliquant des critères de la vie courante et ordinaire,
c'est-à-dire des critères qui obéissent aux lois de la
doctrine du matérialisme historique et du positivisme qui
rejettent tout ce qui est d'ordre mystérieux, ghaybi et
spirituel. Or, estimer que les prodiges, dans la vie de
Muhammad (PSL), ne sont que des produits de l'imagination,
revient à nier le miracle dans la vie de tous les prophètes,
y compris Moïse et Jésus, que la paix soit sur eux.
En vérité, le fendage du cœur du Prophète (PSL) est un fait
extraordinaire qui n'obéit pas aux lois de la nature, comme
tant d'autres qu'Allah a créés dans la vie des prophètes
pour servir Son dessein. Ne dirait-on pas la même chose de
la Conception immaculée de Jésus ? Les conditions de son
enfance et toute sa vie ne constituent-elles pas un miracle,
alors qu'il vint au monde sans avoir été conçu par un
géniteur et que, tout bébé dans son berceau, il parla aux
hommes ? De même, la vie de Moïse fut-elle parsemée
d'événements extraordinaires. Autant d'actes et d'événements
dans la vie des prophètes que les sciences exactes ignorent,
parce qu'ils ne relèvent pas du domaine de la pensée
matérialiste et positiviste.
Les orientalistes qui ont donc essayé d'expliquer le fendage
du cœur comme étant une matérialisation exégétique conçue
pour illustrer les paroles du Tout-Puissant, rapportées dans
la sourate al-Sharh, sont tombés dans l'erreur car c'est le
mot «fendage», et non pas «ouverture», qui est utilisé. Or,
les explications avancées par T. Ehlert ne tiennent pas
compte des deux sens du terme, l'un propre et physique,
l'autre figuré et abstrait.18 Les ouvrages sur les hadiths
du Prophète (PSL) nous apprennent que le shaqq (fendage) du
cœur du Prophète est attesté par d'illustres autorités
religieuses et par les ’isnad, chaînes de transmission qui
ne souffrent pas le moindre doute. Abù Na'im l'évoque dans
ses Dalà'il al-Nubuwwah ; il est reproduit sans controverse
par Muslim dans son Çahih, l'imam Ahmed dans son Musnad, et
Ibn Sa'd dans ses Tabaqat al-Çahàba.
D'autre part, ’Anas, béni soit-il, un Compagnon du Prophète
(PSL), rapporte : «Un jour, l'Ange Gabriel vint à Muhammad
alors qu'il jouait avec un groupe d'enfants de son âge.
L'Ange Gabriel le saisit, lui fit perdre connaissance, puis
lui fendit le cœur et en extrait un grumeau de sang. Il lui
dit alors :«Ce que j'ai enlevé est la part de Satan qu'il y
avait en toi (ô Muhammad) ». Il nettoya ensuite le cœur avec
de l'eau de Zemzem dans une écuelle en or, le pansa et le
ramena à l'endroit d'où il l'avait pris. Stupéfaits, les
enfants se précitèrent chez sa nourrice pour lui annoncer
que leur camarade avait été tué. Quelque temps après, voilà
que Muhammad les rejoignit, tout pâle.».
Ce récit fut authentifié par maints contemporains, consigné
par de nombreux chroniqueurs, entériné par de nombreux 'ulama’,
et cité dans le Mustadrak (le complèment d'un livre) de
Nisaburi.
A propos du même sujet, Ibn Hajar écrivit : «Le fendage du
cœur de Muhammad (PSL) est un phénomène singulier et
surnaturel auquel on doit croire et que l'on doit admettre
car rien n'est au-dessus de la Toute-Puissance d'Allah».
Sans doute cette purification du cœur de la touche de Satan
était un signe initiatique annonciateur d’apostolat, une
préparation à l'immunisation contre les velléités du mal et
de l'adoration d'un autre dieu qu'Allah. C'est que durant
toute son enfance et sa jeunesse, le Prophète (PSL) ne fit
de mal à personne et ne s'inclina devant aucune idole bien
que le paganisme fût répandu chez ses contemporains arabes.
La négation du véritable sens de miracles crédibles et
confirmés, est en fait une manifestation fallacieuse de la
pensée matérialiste et des philosophies positivistes. Le
matérialisme ne peut à lui seul rendre compte du
comportement des prophètes et de tous les événements de leur
vie.
5.2 Du déni des voyages d'affaires du Prophète (PSL)
:
Il est écrit dans l’article de l’E.I «qu’il serait également
plus sage de laisser de côté les prétendus voyages de
commerce en Syrie qui auraient eu lieu quand il était enfant
sous la garde de son oncle Abu Tàlib, et plus tard au
service de sa future épouse Khadija». T.Ehlert, a fait de
ces voyages le thème principal qui fit intervenir, suivant
les versions arabes, deux moines pour prédire que Muhammad
(PSL) serait Prophète.
En effet, la sagesse et l'esprit rationnel veulent qu'on ne
sût porter un jugement qui infirme ces voyages sans apporter
de preuves contraires. Or, notre auteur ne se fonde sur
aucune preuve, se contentant de l'hypothèse selon laquelle
les voyages n'auraient eu qu'une valeur rhétorique,
permettant d'annoncer la nouvelle de l’apostolat de Muhammad
(PSL).
La vérité est qu'on ne peut confirmer ni infirmer ces
voyages, ou tout autre manifestation naturelle ou
surnaturelle dans la Sirah, ou encore toute manifestation
naturelle ou surnaturelle sur la base d'un simple soupçon,
mais uniquement si l'on procède par investigation sereine et
honnête, par la vérification et l'examen méthodique de la
valeur des chaînes de transmission, et à condition aussi que
ce travail soit mené par de grands spécialistes du Hadith,
et des historiens compétents.
Le voyage de Muhammad (PSL), dans son enfance, en Syrie,
avec son oncle Abù Talib, lors duquel se produisit sa
rencontre avec le moine chrétien Bahira, est confirmé par
Abù Mùsà al-Ash'ari dans une communication où il dit : «Abù
Tàlib partit en voyage, accompagné de son neveu Muhammad
(PSL) et de quelques chefs qorayshites. Lorsqu'ils furent à
proximité du monastère, ils arrêtèrent leur caravane. Le
moine vint à leur rencontre, alors que d'habitude il ne leur
prêtait pas attention. Il marcha entre les caravaniers.
Quand il eut aperçu Muhammad (PSL), il alla vers lui, lui
prit la main et dit : «Le voici, le seigneur des créatures
humaines ! C'est lui le Messager d'Allah à l'humanité
entière ; Allah le missionnera, et il sera une miséricorde
pour les humains ...» Les chefs qorayshites lui demandèrent
alors : «comment le sais-tu ?» Il répondit : «Quand vous
avez achevé la reconstruction de la Ka‘ba, il n’est point de
pierre ni d’arbre qui n’eurent fait de prosternation à ce
jeune homme. Or, un tel geste ne se fait qu’en l’honneur
d’un prophète. Ce jeune homme qui vous accompagne porte le
sceau de la mission prophètique aux bas du cartilage d’une
épaule, marqué comme une pomme …»
La communication est plus longue encore, et al-Tirmidhi la
reproduisit dans Al-Manàqeb, dans le chapitre intitulé «Les
premiers signes de la prophétie». Elle fut reproduite par Al
Hakim al-Nisaburi dans le Mustadraq, par Ibn’Abi Shìba dans
le Muçannaf, Al Mawardì dans A’laam al-Nubuwwah, par Abu
Naïm dans Dala’il al-Nubuwwah, par Al-Tabari dans ses
Annales, et tous ces hommes, ces ruwwat, dit Ibn Hajar,
sont dignes de foi.
Al Dhahbi l'a reproduite dans sa Sirah, où il précise que la
communication imputée au moine lui semblait une pure
invention. Ce qui explique cette prise de position d'Al
Dhahbi, c'est le fait que, dans la dernière partie du récit,
il est fait mention de Bilal, le muezzin du Prophète (PSL),
et d'Abu Bakr.
Les ‘ulama ont expliqué que l’anachronisme que représente la
mention de ces deux Compagnons du Prophète (PSL), est une
erreur qui s'est glissée ultérieurement dans le récit. Ibn
Hajar a avancé cette explication, appuyé en cela par Ibn
Qaym Al Jawziyya. Cette erreur a été corrigée à l'époque
moderne par Cheikh Al Albàni.
Quoi qu'il en soit, la communication est vraie, ses
transmetteurs sont dignes de foi, et la mention d'Abu Bakr
et de Bilal n'est, de toute évidence, qu'une erreur
contingente.
5.3 Du déni de la participation du Prophète (PSL) à la
reconstruction de la Ka'ba :
T. Ehlert ajoute : «De même, on ne doit accorder qu'une
confiance limitée à l'histoire du rôle joué par Muhammad
(PSL) dans la reconstruction de la Ka'ba» (E.I VIII/364,
col.2) ; mais on ne trouve dans cet article aucune raison,
aucun mobile qui justifierait la mise en doute de ce fait.
L’auteur chercherait par son attitude à faire réfuter, ou du
moins faire planer le doute sur l'événement, parce qu'il
comporte des informations qui laissent entendre que Muhammad
(PSL) était, depuis son enfance, entouré des soins
particuliers de la part du Seigneur qui le mettait à l'abri
des machinations de ses ennemis.
Le récit de la participation du Prophète (PSL) à cette
reconstruction est rapporté par nombre d'auteurs dont
al-Tabarani qui l’a reproduit textuellement dans son al-Mu‘jam
al-Kabir. L’imam Ahmad en a reproduit une partie dans son
Musnad en se référant à Ibn Tofayl. Dans la dernière
séquence de ce texte, on y lit : «Alors que le Prophète
portait les pierres qu’il était allé chercher à ’Ajyad (lieu
situé en dehors de Makkah) il se sentit subitement mal à
l’aise dans sa namira (vêtement rayé). Il déposa les pierres
pour réajuster son vêtement sur ses épaules. Mais voilà que
par inadvertance, et d’autant plus que la namira était
courte, sa nudité se découvrit. Aussitôt il entendit une
voix mystérieurse : «Ô Muhammad ! couvre ta nudité» Depuis,
on ne le vit jamais nu …!' Entre la construction de la Ka'ba
et la Révélation, cinq années s'écoulèrent».
Pour sa part, Jàbir bin ’Abd Allah, béni soit-il, rapporte
que : «Pendant que le Prophète (PSL) transportait les
pierres pour la reconstruction de la Ka'ba, vêtu de son
drap, son oncle ‘Abbas lui fit cette remarque : «O neveu, si
tu défaisais ton drap, tu pourrais le réajuster sur tes
épaules pour te protéger de ces pierres.» Aussitôt dit,
aussitôt fait. C'est alors que le Prophète (PSL) tomba à
terre sans connaissance ou évanoui. Depuis, on ne le vit
plus jamais nu en public».19
Au vu de tous ces récits relatant la participation du
Prophète (PSL) à la reconstruction de la Ka'ba, il apparaît
clairement que ceux qui refusent d'admettre ce fait ne
disposent d’aucun élément susceptible d’étayer leur critique
négative. Rien ne justifie leur doute; or, le doute, quand
il ne repose sur aucun fondement, doit être tout simplement
rejeté.
La raison d'être de toute la suspicion dont T. Ehlert fait
preuve concernant les événements qui ont marqué la vie de
Muhammad (PSL) avant son missionnement20, à savoir le
fendage de son cœur, ses voyages d'affaires lors desquels il
a rencontré deux moines chrétiens qui lui ont annoncé son
apostolat, et sa participation à la reconstruction de la
Ka'ba, est de toute évidence le fait que ces événements
comportaient les signes prophétiques de son missionnement.
Alors, T. Ehlert a préféré y voir des récits fabriqués de
toutes pièces visant à donner encore plus de poids à la
mission du Prophète (PSL).
Cette idée est totalement démentie par ces nombreux récits
authentiques et chroniques historiques. Une fois de plus,
nous devons nous poser la question de savoir pourquoi
l’auteur a ignoré les ouvrages sur le Hadith du Prophète
(PSL) qui constituent une documentation tellement riche en
renseignements sur sa Sirah.
Chapitre II
Du missionnement à la hijra (émigration)
Trude Ehlert aborde cette période de la vie du Prophète
(PSL) en soulevant des questions complexes auxquelles il est
difficile d'apporter des réponses, concernant l'émergence de
Muhammad (PSL) en tant que réformateur religieux. Il
précise, en outre, que même les ouvrages sur la Sirah ne
peuvent nous éclairer là-dessus, étant donné la nature des
sources et la complexité de leur interprétation.
Il n'a cependant pas explicité ces questions. Partant de
l'approche du matérialisme historique, à travers laquelle il
a étudié la Sirah du Prophète (PSL), nous pouvons néanmoins
supposer que les questions auxquelles il fait allusion sont
les suivantes : Comment Muhammad (PSL) a-t-il pu échapper
aux lois de l'influence du milieu social, de son
environnement intellectuel, culturel et religieux ? Comment
a-t-il pu introduire des prescriptions religieuses, des
préceptes d'éthique et des institutions sociales nouvelles ?
Où les a-t-il puisées ? Comment a-t-il pu changer les
croyances religieuses et les coutumes anciennes qui
s'étaient enracinées dans l'esprit des Arabes ? Comment
expliquer la puissance de son influence ?
Ce sont des questions de ce genre que se posent
habituellement les partisans du matérialisme historique, une
doctrine que notre auteur veut appliquer à la lettre dans
son étude de la vie du Prophète (PSL).
Il est donc normal qu’il bute sur des difficultés pour
trouver les réponses adéquates à ces questions, car le
matérialisme historique ne peut s'appliquer aux réalités
spirituelles, ni à la vie des prophètes. Bien que ces
derniers fussent des humains, leur vie n'était pas aussi
ordinaire que celle des autres humains. En effet, dans leur
vie intervenaient le Mystère (l'immatériel qui ne tombe pas
sous les sens), le visible (concret et sensible), la
matière, l'esprit, la religion et le profane.
La période que dure le missionnement d'un prophète constitue
une étape particulière dans la vie d'une communauté. C'est
au cours de cette période que l'humanité reçoit la
Révélation venue du Seigneur de l'Univers, les missions
imparties à Ses élus, les prophètes chargés de sauver les
humains, de les guider. Dans ce climat de tensions
particulières se produisent des phénomènes extraordinaires,
des miracles qui viennent appuyer les prophètes dans leurs
prédications.
La vie des prophètes et des saints n'est pas une existence
humaine ordinaire. C'est pourquoi il est vain de vouloir
l'enfermer dans les moules intellectuels limités du
matérialisme historique.
1. Allégation des influences païennes sur le Prophète (PSL)
:
Procédant donc du matérialisme historique, Trude Ehlert
s’est aussi attaché à « démontrer » avec entêtement que le
Prophète (PSL) avait continué, après son missionnement, à
subir l'influence des us et coutumes de la jahiliyya.
L’auteur ajoute que, compte tenu de l'impact de
l'environnement socioculturel sur l'être humain, «il est
évident que ces croyances anciennes continuent de prédominer
au-delà de toute autre considération.»
2. Allégation de l'errance du Prophète (PSL) avant son
missionnement :
Pour justifier cette allégation, l’auteur avance des
arguments tout aussi fallacieux, parmi lesquels son
interprétation fantaisiste du verset : «Ne t'a-t-Il pas
trouvé dans l’errance ? Il te guida» 7/al-Doha/L'Eclat du
Jour.
Il prétend que le Prophète (PSL) a donné un nom païen, «‘Abd-Manaf»,
à l'un de ses fils. Il l’accuse aussi d'avoir eu pour
gendres deux fils de son oncle Abù Lahab, un chef associant,
mushrik, grand défenseur de l'idolâtrie. Il lui reproche
aussi d'avoir continué à entretenir les survivances d'un
culte païen des démons, les jinn, par ses propos sur ces
derniers.
Il étaya ses dires en décrétant que le Coran lui-même décrit
les manifestations de «l'errance» de Muhammad (PSL) qui
«subissait» l'influence de son milieu païen.
L'interprétation que T. Ehlert a donnée au verset
sus-mentionné est erronée et arbitraire. Or de l'avis
général des exégètes, Allah rappela par ce verset au
Prophète (PSL) les vives inquiétudes que ce dernier
nourrissait à l'endroit de son peuple, en majorité idolâtre.
Le mot «errance» ne concerne pas la foi du Prophète (PSL),
mais désigne plutôt ses appréhensions concernant ce peuple
qui continuait à vivre dans le mal. D'ailleurs, dans leur
ensemble, les 'ulama affirment qu'aucun prophète, durant son
enfance et avant son missionnement, n'avait trempé dans un
culte païen quelconque. En cela, le Prophète Muhammad (PSL)
ne différait pas des autres prophètes. Ils étaient tous
élus, à leur naissance, par le Créateur qui les prédestinait
aux missions à accomplir plus tard : avertissement, conduite
des peuples, etc.
Allah ordonna par révélation à Son Prophète (PSL) de dire
aux Arabes qui le malmenaient à propos du Coran qui les
dérangeait :
«Si Allah avait voulu, je ne vous l'aurais pas récité et Il
ne vous l'aurait pas non plus fait connaître. La preuve,
c'est qu'avant cela, je suis resté parmi vous toute une vie
sans le faire. Ne raisonnez-vous donc point ?» 16/Yùnus. Il
dit aussi : «N’ont-ils pas connu suffisamment leur Prophète
pour le renier aujourd’hui?» 69/Al-Mùminùn/Les Croyants. Si
le Prophète (PSL) s'était adonné, dans son enfance ou sa
jeunesse, à la moindre action païenne, les mushrikùn le lui
aurait rappelé sans hésitation.
Pour «étoffer» son opinion sur le prétendu égarement du
Prophète (PSL), l’auteur utilise aussi le verset : «Tu
n'avais aucune connaissance du Livre ni de la foi» 52/Al-Chùra/La
Concertation. Il en donne une fausse interprétation pour
façonner son raisonnement totalement erronnée.
L'interprétation exacte du verset est qu'il fourni un
argument contre les mécréants qui doutaient de la vérité de
la prophétie de Muhammad (PSL). Le Seigneur leur confirme
que les prescriptions religieuses, les lois et les règles de
la guidée ne sont pas l'œuvre du Prophète (PSL) mais
qu'elles lui ont été révélées, inspirées, et qu'il n'en
savait rien avant son missionnement.
Ce verset signifie aussi que le Prophète (PSL) ne savait ce
qu'était l'Ecriture (au sens commun et religieux du terme),
ni n'était préparé pour comprendre le sens profond de la foi
ou des attributs d'Allah, avant la révélation. Cependant,
cela ne veut pas dire que le Messager d'Allah ne croyait
pas, avant la Révélation, en l'existence d'Allah, en Son
Unicité. Les prophètes ne vivaient pas dans l'égarement
avant leur apostolat, même s'ils ne connaissaient pas les
articles de la foi.21
3. Allégation du prénom païen d'un fils du Prophète (PSL) :
Quant à l'information selon laquelle le Prophète (PSL)
aurait donné à l'un de ses fils le prénom de 'Abd-Manàf
-preuve de l'impact du paganisme sur lui- nous ne savons de
quelle source l’auteur l'a puisée, puisqu'aucun des auteurs
arabes d'ouvrages sur la Sirah ne le mentionne. Seul figure
le prénom ‘Abd Allah donné à son fils, également prénommé
Tahar ou Taïeb.
4. Allégation de l'origine païenne des propos du Prophète
(PSL) sur les jinn :
Prétendre que les propos du Prophète (PSL) sur les jinn
reflétaient les survivances païennes qui s'étaient déposées
dans son esprit, relève de l'incroyable, mais n'étonne pas
de la part d'adeptes de la théorie matérialiste, qui ne
reconnaît que le tangible. Nous n'avons pas ici l'intention
de disserter sur cette théorie, ni sur l'existence des jinn.
Rappelons seulement à T. Ehlert que le Prophète (PSL) n'a
pas conçu les propos sur les jinn, mais qu’ils lui furent
inspirés par Allah. Le Coran mentionne les jinn et leur
accorde une sourate qui en porte le titre. 22 Il y est dit
que le Texte Sacré les fait frémir quand ils en entendent la
récitation et appellent leurs congénères à la foi en Allah.
Il convient de se poser la question sur quels critères
scientifiques ce chercheur s'appuie, dans son approche du
Coran, car il se met pour cette circonstance en
contradiction avec lui-même : tantôt il affirme que le
Coran est la principale source de la Sirah, tantôt il en
rejette les versets qui ne concordent pas avec ses
allégations, selon lesquelles le Prophète (PSL) était
influencé par le paganisme. Comment T. Ehlert peut-il à la
fois nier l'existence des jinn et interpréter le hadith du
Prophète (PSL) sur les jinn, comme la manifestation de son
obédience aux us et coutumes païennes ? !
T. Ehlert n'arrête pas d'échafauder des théories
fallacieuses dans le but de «prouver» l'influence païenne
sur le Prophète (PSL), comme par exemple lorsqu'il écrit, à
propos de la Ka’ba, que le Coran appelle al-Bayt al’Atiq,
(le Sanctuaire le plus ancien) : «Makkah, avec son
sanctuaire, doit avoir été pour lui un lieu saint même avant
d’être mis en rapport avec Abraham et Ismaël (…). Il doit
avoir accepté les sacrifices qui y étaient accomplis et ses
adeptes [les croyants] participèrent aux rites du pèlerinage
mekkois ancien».
Pour toute réponse, nous lui rappelons que les Arabes
avaient hérité d'Abraham et d'Ismaël, bénis soient-ils, la
vénération de la Ka'ba à laquelle ils réservaient une place
importante dans leurs convictions religieuses et dans leur
histoire, dans leur patrimoine culturel et dans leurs
discours. Il suffit, pour s'en convaincre, de se rappeler ce
que Abu Tàlib, l'oncle du Prophète (PSL), a dit au début de
son discours, lors de la cérémonie de l'acte de mariage du
Prophète (PSL) avec Khadija, bénie soit-elle : «Remercions
Allah d'avoir fait de nous les descendants d'Abraham et
d'Ismaël, les gardiens de Sa Maison et garants de son
inviolabilité, Sa Maison qui est la destination de notre
pèlerinage, le centre de notre foi».
Dire que Muhammad vénérait la Ka'ba «avant que le Coran ne
l'eût mise en rapport avec Abraham et Ismaël», c'est laisser
entendre que ce rapport était interrompu ou inconnu avant la
descente du Coran, et que la vénération du sanctuaire était
une pratique païenne, à laquelle Muhammad (PSL) participait
au même titre que les païens.
Nul doute que la Ka'ba était un lieu saint pour le Prophète
(PSL), mais selon la tradition d'Abraham et d'Ismaël. Comme
nous l'apprend le hadith du Prophète (PSL) lui-même, il
faisait des processions (tawàf) autour de la Ka'ba avant la
prise de Makkah, mais sans avoir touché aucune idole parmi
celles qui s'y trouvaient. Zayd bin Hàritha, son affranchi,
qui l'accompagnait dans ces processions, en a fait un
témoignage solennel, attestant ainsi que, avant d'avoir reçu
«la bénédiction de son missionnement»23, le Prophète (PSL)
voyait en la Ka'ba un lieu saint, mais pas selon la
tradition païenne.
5. Allégation de l'acceptation par le Prophète (PSL) des
viandes des sacrifices païens :
T. Ehlert a bâti ce jugement sur le verset 2 de la sourate
al-Kawtar qui ne représente en rien une preuve de cette
allégation, et qui dit : «Ne prie que pour ton Seigneur, ne
sacrifie qu'à Lui». Ce verset ne fait d'ailleurs pas
l'unanimité quant au lieu de sa révélation, d'aucuns disant
qu'il fut révélé à Makkah, alors que d'autres analystes
soutiennent qu'il le fut à Médine. Cependant, d'après Sa‘id
b. Jubayr, il aurait été révélé dans le site de Hudaybiyya,
quand le Prophète (PSL) fut empêché par les associants
coalisés d'accomplir son pèlerinage, qu'il faisait chaque
année, avant même son missionnement. Comme il était
hésitant, Allah lui inspira de faire sur place la çalàt de
la fête du sacrifice, et de sacrifier ensuite au nom du
Seigneur. La viande du sacrifice devait entièrement servir à
nourrir les pauvres de Makkah, afin qu'il n'en reste rien
que les associants ne pussent offrir aux idoles.24
Le hadith du Prophète (PSL) prouve clairement que l’auteur
s’est donc trompé. Dans Manàqìb al‘Ançar, Bukhari rapporte
que lorsque le Prophète (PSL) rencontra Zayd bin‘Amr bin
Nawfal dans la partie basse de Makkah, et ce, avant son
missionnement, on lui présenta des victuailles auxquelles il
refusa de goûter. S'adressant à Zayd, il déclara : «Je ne
mange pas de ce que vous sacrifiez sur vos autels. Je ne
mange que ce qui est sacrifié au nom d'Allah».25
Notre chercheur avance aussi que les croyants participaient
aux pratiques des associants, en sacrifiant au pèlerinage
selon la voie païenne, avant que le pèlerinage musulman ne
fût prescrit. Il se fonde sur le verset : «Al-Çafa et
Al-Marwah sont vraiment parmi les lieux sacrés d’Allah.
Donc, quiconque fait le pélerinage à la Maison, ou fait la
‘Umra ne commet pas de péché en faisant le va-et-vient entre
ces deux monts» (157/158/Al-Baqara (La Vache). Il a
interprété ce verset comme étant la permission donnée par
Allah aux croyants pour pratiquer le s'ay26 à la païenne,
avant qu'il ne devienne un rituel musulman reconnu en tant
que tel.
L'interprétation de T. Ehlert est donc totalement erronée et
irréfléchie. En fait, ce verset a été révélé après que
certains Musulmans se fussent demandé s'il fallait continuer
cette pratique. Comme nous l'apprend le récit de ‘A’icha
-bénie soit-elle- avant que ce verset fut révélé aux ’Ançar,
ces derniers immolaient leurs sacrifices au nom de Manat
(une de leurs idoles) -à l’instar des tribus Qodayd- et
faisaient les processions païennes entre Al-Çafa et
Al-Marwah. Après l'avènement de l'Islam, ils s'enquérirent
auprès du Prophète (PSL) à propos de la licité de cette
pratique. C'est alors que fut révélé le verset 157 de la
sourate Al-Baqara. Les mêmes faits sont rapportés par ’Anas
selon Bukhari.
Pour conclure ce chapitre, nous nous devons d'insister avec
force sur la nature fallacieuse de toutes les allégations
qui visent à représenter le Prophète (PSL) comme ayant été
influencé dans sa vie, son enseignement et sa foi, par les
us et coutumes païennes. La vérité qui ne souffre aucune
contestation est que, par la volonté d'Allah, les prophètes
étaient immunisés contre tout ce qui n'était pas conforme à
la religion, et que la foi de notre Prophète (PSL) était
entièrement pure. Jamais le Prophète (PSL) ne s'est
prosterné devant une idole, jamais il n'a consulté de devin
ou de prêtre, jamais il ne s'est adonné aux pratiques des
associants.
Nous nous devons aussi d'attirer l'attention sur le fait que
toutes ces allégations ne visent qu'à discréditer
l’apostolat de Muhammad (PSL) en faisant croire que
l'enseignement de l'Islam n'est que le prolongement des
croyances et rites païens.
La réalité est que l'Islam a été révélé pour sauver
l'environnement socioculturel de l'époque, et non pour
prolonger le paganisme qui l'a précédé, dont il a provoqué
l’anéantissement sans s’en empreigné lui-même.
A travers toutes ces fausses allégations, T. Ehlert vise à
réduire l'Islam à un épiphénomène qui ne serait que tantôt
le prolongement, tantôt la contradiction de l'environnement
socioculturel de Makkah, à transformer le Coran en une
simple création humaine, et à nier purement et simplement le
caractère de Prophète de Muhammad (PLS) et la Révélation.
Chapitre III
Réfutation des allégations de l'Encyclopédie de l'Islam
1. De l'allégation du développement progressif de la pensée
du Prophète :
T. Ehlert estime que l'orientaliste Caetani avait vu juste,
en écrivant que «l'émergence de Muhammad en tant que
réformateur religieux s'est produite peu à peu et a exigé de
longues périodes de méditation et de réflexion que la
littérature de la Sirah appelle tahannuth» (E.I, VII/365).
Il ignore tous les hadith et les relations exactes qui
indiquent que le Prophète (PSL) reçut la Révélation, et fut
investi de la mission prophétique de par Allah, d'une façon
soudaine, à des moments précis de sa vie.
Il prétend, plus loin, que les versets qui parlent de la
révélation du Coran, qui eut lieu la «Nuit du Destin»,
pendant le mois de Ramadan, sont ambigus et ne contiennent
aucune indication claire qui porte sur le début de la
révélation. Il ajoute que «ces histoires traditionnelles,
qui identifient certains versets des sourates al'Alaq et
al-Muddathir, comme étant les premiers versets révélés du
Coran, sont hautement suspectes» (E.I, VII/365)
Il déclare en outre, que les premiers versets de chacune de
ces deux sourates présentaient «le Prophète (PSL) comme un
kàhin (prêtre) qui se préparait à recevoir la révélation».
D'ailleurs, il reconnaît sa tendance à accorder du crédit à
l'accusation des ennemis du Prophète (PSL) qui qualifiaient
ce dernier de «fou, de magicien ou de devin».
Ainsi donc, niant la réalité des phénomènes qui se
rapportent à la prophétie, parce qu'il se refuse à les voir
autrement qu'à travers le prisme du matérialisme historique,
il ne veut pas admettre que la prophétie et la révélation,
qui devaient apporter la foi à l'humanité, adoucir ses mœurs
et organiser la vie de l'individu et de sa communauté,
s'étaient produites soudainement et n'avaient nécessité
aucune préparation intellectuelle de longue haleine du sujet
qui les recevait.
Afin de consolider son point de vue, T. Ehlert exploite les
enseignements que nous apportent les œuvres sur le hadith et
la Sirah concernant la retraite que prenait le Prophète (PSL),
de temps à autre dans la grotte de Hira pour prier et
méditer, c'est-à-dire s'adonner au tahannuth, à l'abri de
tout dérangement. Hélas, il n'exploite ces enseignements que
pour dénigrer l'illustre personnage et falsifier la vérité.
En effet, il interprète à tort les réalités indéniables
qu'étaient le tahannuthdu Prophète (PSL), ses dévotions, ses
méditations et ses réflexions à l'abri des nuisances du
monde extérieur comme significatives de sa recherche de
nouveaux enseignements religieux.
Nul ne dispose de preuve que le Prophète (PSL) pratiquait
ces exercices avant son missionnement aux fins d'établir une
religion nouvelle, un nouveau livre sacré, ou à développer
ses aptitudes personnelles à la prophétie. Celle-ci n'est
pas une question d'entraînement ou d'aptitude personnelle,
mais une grâce et une sagesse qu'Allah dispense à qui Il
veut.
2. Du déni de la révélation (du wahyu) :
En alléguant que la réflexion du Prophète (PSL) s'est faite
progressivement, Caetani et ses émules, comme T. Ehlert,
avaient pour objectif certain de nier la révélation et,
partant, la qualité prophétique de Muhammad (PSL). Celui-ci
n'aurait pas alors reçu la visite de l'Ange Gabriel, qui lui
a transmis la Révélation : pour ces orientalistes, elle
n'est que le résultat psychique de ses méditations qui
s'achevèrent par des états extatiques.
Par ailleurs, rien n'autorise à dire que les versets qui
parlent de la descente du Coran «la Nuit du Destin», au mois
de Ramadan, sont ambigus. Au contraire, ils sont clairs et
nets et, comme nous le verrons, les hadiths du Prophète
(PSL) rendent cette datation de la Révélation encore plus
claire.
Rappelons, d'abord, que le phénomène de la Révélation est un
prodige, un miracle extra-naturel sans relation avec
l'inspiration, l'introspection, ni une quelconque
préparation psychologique. La Révélation venait à Muhammad
(PSL) de l'extérieur : il était un simple «recevant», et
n'intervenait pas dans l'élaboration ni la formulation des
idées.
Les orientalistes et les matérialistes ne trouvèrent aucune
explication à ce phénomène, ni psychologiquement ni
matériellement. Non convaincus de leurs limites ou de leur
incapacité, ils continuent de patauger dans leur
incohérence. Sans doute, en se dérobant à la reconnaissance
de la réalité de la prophétie et de la Révélation, ils ont
été conduits à se fourvoyer dans leur confusion et leur
incertitude depuis deux siècles (XIXe et XXe). Les
prétentions des orientalistes au sujet de ce qu'ils
appellent une évolution progressive de la pensée du Prophète
(PSL) en direction de son missionnement et de son appel à
l’Islam, ne trouvent aucune justification devant
l'affirmation du Prophète (PSL) qui déclara qu'il «fut
surpris par la Révélation et en fut extrêmement effrayé».
N'est-ce pas suffisant pour admettre qu'il ne s'y attendait
pas ?
Signalons, cependant, que d'après un hadith reproduit par
Bukhari et Muslim dans leurs Çahih respectifs, «tout
commença par une vision réelle. Puis le Prophète éprouva le
besoin d'aller se retirer dans la grotte de Hirà pour se
livrer à son tahannuth. C'était un lundi du mois de Ramadan.
Au cours de cette nuit, l'Ange Gabriel vint à l'improviste,
pour la première fois».27 Dans une autre communication,
Bukhari rapporte que «le Prophète (PSL) continua ses
exercices dévotionnels dans la grotte de Hirà, jusqu'au jour
où le Vrai l'inonda de sa lumière». Ibn Hajar ajoute que
l'exégèse est encore plus précise puisqu'il y est dit
«jusqu'à ce que le Vrai le prit par surprise».
Témoignage d'un intellectuel chrétien :
Nul besoin d'alimenter davantage les débats avec ces
orientalistes qui n'accordent aucun crédit à l'authenticité
de la Révélation et du missionnement du Prophète. Je tiens
plutôt à leur faire connaître les propos justes d'un
intellectuel sincèrement chrétien, nommé Bouchra Zakaria
Mikhaël, qui étale au bénéfice de ses coreligionnaires les
preuves évidentes de l'origine divine du Coran, et ce, dans
un ouvrage intitulé : «Muhammad est le Messager de Dieu tel
qu'annoncé par les Evangiles»28.
Parmi les preuves présentées par l'auteur, on lit :
1. Le Coran contient ce que rapportent les Ecrits révélés
avant lui. Cette preuve est celle-là même que le Négus,
empereur d'Abyssinie, retint après l'audition de versets du
Coran que lui a récités Ja'far bin Abi Tàleb (lors du
premier exode des Musulmans en Abyssinie). Aussi le Négus
réagit-il favorablement et dit : «Par Dieu, ce que tu
récites et ce qui fut révélé à Jésus, fils de Marie,
proviennent de la même source lumineuse».
2. Si le Coran était l'œuvre de Muhammad (PSL), il n'aurait
pas placé si haut Moïse et Jésus et aurait même gardé le
silence sur les prodiges de chacun d'eux, ce qui aurait,
bien sûr, désarmé les adversaires.
3. Si Muhammad avait laissé entendre que le Coran était son
œuvre, il se serait fait un tort incommensurable en se
privant de la gloire et de l'honneur d'en être le « recevant
» privilégié et d'être associé à la grandeur et à la
magnificence du Texte, déclaré inimitable et défie les jinn
et les humains de produire une seule sourate lui
ressemblant.
Ces preuves, aussi modestes soient-elles, suffisent à
établir la vérité, car elles procèdent du même contexte
intellectuel et confessionnel que celui de ceux qui nient la
Révélation à Muhammad (PSL). Ce sont des preuves éclatantes,
qui émanent de la partie «adverse» qui reconnaît la vérité,
et il n’y a pas de vérité plus sincère que celle qui émane,
dans ces conditions, de l’adversaire..
Ici, non plus, nous n'avons pas besoin de nous attarder sur
la mise au point à faire à ceux qui cultivent la partialité
et le doute, et se complaisent à trancher injustement «qu'il
n'est pas évident que la sourate XCVI soit la première de la
Révélation, et que la sourate LXXIV soit celle par laquelle
fut reprise la Révélation», après un répit attesté par les
Çahihs et les 'ulama de la Sirah. Dans le corpus rassemblé
par Bukhari, on trouve un cinglant démenti aux divagations
orientalistes.
Cependant, les avis des 'ulama divergent sur la durée de ce
répit, cette pause dans la continuité de la Révelation, mais
ils s'entendent pour dire qu'elle n'a pas dépassé les
quarante jours. Son but aurait été de permettre au Prophète,
d'une part de reprendre son souffle et ses forces, après sa
première rencontre avec l'Ange Gabriel et, d'autre part, de
lui faire éprouver le désir de revoir cet Ange et d'en
recevoir davantage.
Que T. Ehlert proclame cette pause une énigme ou que le fait
d’être «simplement inventée par les biographes du Prophète
qui voulaient construire une chronologie exacte de sa vie»,
n'est rien d'autre que des paroles qui ne reposent sur
aucune preuve, et ne résistent ni aux affirmations de la
Tradition ni aux écrits des 'ulama.
3. Allégation de l'expérience de la révélation par le
Prophète (PSL) à la façon des devins :
Il s'agit, ici, d'un autre genre de falsification de la
vérité qui discrédite T. Ehlert, qui s’est appuyé cette fois
sur les instructions éducatives trouvées au début de la
sourate al-Muddathir, et destinées à discipliner le Prophète
(PSL) pour qu'il soit digne d'assumer la mission qui lui est
assignée :
Il s'est couvert d'une cape
Toi qui t'es couvert d'une cape
Lève-toi pour donner l'alarme
Ton Seigneur magnifie
Tes vêtements purifie
Toute souillure fuis
Ne donne pas à seule fin de plus obtenir
Sois constant à ton Seigneur.
1-5/Al-Muddathir (Il s’est couvert)
On trouve également des instructions de ce genre adressées
au Prophète (PSL) dans la sourate al-Muzzammil.
L'Emmitouflé
Toi, l'emmitouflé
Lève-toi la nuit, rien qu'un peu :
Une moitié de la nuit, que tu diminues cette moitié d'un
moment
Ou la rallonges. Et psalmodie le Coran distinctement
Nous lancerons sur toi une parole dense :
L'effusion nocturne est plus ferme d'empreinte et plus
directe de propos.
1-4/Al-Muzzammil
A propos de ces directives éducationnelles dispensées par le
Très-Haut au Prophète (PSL), T. Ehlert et ses pairs avancent
qu'elles constituaient une préparation du Prophète (PSL) à
«recevoir la révélation comme les kahins». Ce jugement est
une autre calomnie dont ces hommes se rendent coupables.
Quel rapport y aurait-il entre une révélation coranique
venue d'Allah et les pratiques inspirées aux devins par
leurs démons ? Quelle place accordent ces orientalistes à
l'Unicité d'Allah, exprimée à travers le Rappel, le Dhikr,
la purification de l'âme, le comportement sage et pieux du
Prophète (PSL) ? Comment apprécie-t-on ses longues prières
durant la nuit, ses récitations nocturnes du Coran ?
Pourrait-on dire que se sont là les actes d'un devin ? Ne
s’agit-il pas ici d’exercices de dévotion tout à fait
différents, sans rapport et sans lien avec les pratiques
sataniques ?
N'oublions pas que l'éducation du Prophète (PSL) fut
entreprise par Allah et n'a rien à voir avec une quelconque
préparation ou formation personnelle, pour que Muhammad
(PSL) soit en mesure d’assumer la responsabilité des lourdes
tâches de sa mission qui exige, entre autres qualités, la
force de l'âme et du cœur, la volonté, la résolution et la
patience dans l'endurance.
Il ne fait aucun doute qu'il existe une énorme différence
entre le genre de discipline et d'éducation nécessaires pour
honorer une mission prophétique, et le genre de préparation
profane qu’implique la recéption d’une «certaine
inspiration», comme celle que connaissent les devins, ou les
poètes. Les orientalistes connaissent cette différence, mais
ils feignent de l'ignorer. Ils préfèrent déclarer faux ce
qui est vrai, car ils se plaisent depuis toujours à
falsifier la vérité.
4. De l'allégation de l'inspiration prophétique comme
résultat d'un délire démentiel :
Dans son article de l'Encyclopédie de l'Islam, T. Ehlert
s'abstient d'exprimer ouvertement son adhésion à cette autre
allégation insensée faite par de nombreux orientalistes.
Néanmoins, cette adhésion filtre à travers sa description de
la révélation au Prophète (PSL) lui-même, qu’il décrit comme
présentant «des états étranges d'excitabilité et d'émotivité
que traduisaient des crises mystérieuses». L'auteur tente
ainsi de faire croire au lecteur que le Prophète (PSL) était
sujet à des crises d'épilepsie, ou de démence, après chaque
révélation.
Fausse allégation, car l'état du Prophète (PSL) en ces
moments-là était totalement différent de l'état
épileptique, et ce, pour plusieurs raisons, dont les
suivantes en particulier :
1. Suivant le témoignage des ennemis même du Prophète (PSL),
ce dernier était en bonne santé et présentait d'excellentes
conditions physiques. Des informations transmises aux
chroniqueurs par succession, tawàtur, le confirment. Or, une
personne en aussi bonne santé ne peut être sujette à des
crises démentielles ou épileptiques.
2. Après sa crise, l'épileptique ressent de vives douleurs
musculaires et se trouve souvent en proie à la dépression.
En fait, la douleur physique et morale est si forte qu'il
présente une tendance au suicide. Si donc le Prophète (PSL)
était, après chaque révélation, tel un épileptique, il
aurait été si déprimé qu'il aurait voulu s'en voir délivré.
Or, il se sentait heureux après chaque révélation.
3. Il est scientifiquement démontré que, pendant la crise,
un épileptique perd ses facultés intellectuelles, ses
sensations, sa sensibilité et sa conscience. Au contraire,
pendant qu'il recevait l'inspiration divine, le Prophète
(PSL) gardait toutes ses forces mentales, toutes ses
facultés, sa conscience de tout. Il récitait même à son
entourage les versets qu'il venait de «recevoir» ; il les
répétait de façon claire, haute et intelligible. Il
transmettait les prescriptions divines, les règles de
jurisprudence, les orientations, les exhortations, les
normes de l'éthique, dans une langue éloquente, purement
arabe, et excellemment structurée. A-t-on jamais entendu un
épileptique à l'issue de sa crise dire des choses aussi
nettes, aussi hautes, aussi spirituelles ou profanes de la
vie courante ? Quiconque compare l'état du Prophète (PSL),
au moment ou après la réception de la révélation, à celui
d'un malade psychique ou d'un épileptique, est lui-même un
malade, un aliéné qui ne distingue pas le blanc du noir, ou
le jour de la nuit.
4. Les progrès de la médecine et de la technologie ont
permis une meilleure connaissance et une meilleure guérison
de l'épilepsie. Les résultats de ces travaux ont démontré
que les manifestations de cette maladie nerveuse ne
pouvaient être rapprochées de l'état du Prophète (PSL). Ce
que les orientalistes ont dit sur la question n'est que pur
mensonge.
Il est vrai que l'inspiration prophétique est un phénomène
auquel la science n'a pu donner d'explication jusqu'à
présent, mais il n'y a dans ce cas aucun reproche à lui
faire.
5. On ne doit pas perdre de vue que ceux qui s'obstinent à
attribuer au Prophète Muhammad (PSL) un état épileptique ne
diffament pas seulement cet illustre personnage, mais
attentent aussi à la haute honorabilité de tous les Envoyés
d'Allah qui ont communiqué aux humains les messages du
Seigneur, verbalement ou par des Ecrits révélés. Ce que les
orientalistes disent de Muhammad (PSL), peuvent-ils le dire
de Moïse ou de Jésus ? Quiconque tient à propos des
prophètes un langage de ce genre ne peut être qu'un
matérialiste sans conviction religieuse, ou un insensé qui
nourrit le dessein de détruire toutes les religions.
5. De la réduction de la proclamation faite par le Prophète
(PSL) à des facteurs psychologiques :
Dans le contexte de la négation de la révélation, T. Ehlert
a écrit dans l'Encyclopédie de l'Islam : «C'est probablement
sur une période de plusieurs années qu'un nouveau monde
d'idées commença à envahir le prophète (PSL) de plus en
plus, jusqu'au jour où il se sentit finalement contraint par
une force irrésistible, d'aller de l'avant et de les
proclamer». (E.I, VII/366).
Derrière cette formulation astucieuse se cache le dessein de
l’auteur et qui consiste à suggérer au lecteur que les
notions, les idées générales, les lois, les institutions
religieuses et sociales qui gèrent la vie humaine, enfin
tous les thèmes développés dans le Coran et le hadith du
Prophète (PSL) ne sont que le fruit d'une hyperactivité
cérébrale telle que, après de longues méditations et de
mûres réflexions, il dut les proclamer sous la pression
d'une force interne irrésistible.
Cette conception des choses serait acceptable si elle
concernait le comportement d'une personne ordinaire, mais
elle ne convient nullement pour expliquer le comportement
des prophètes, car ces derniers ne font qu'assumer une
mission qui leur est assignée pour avertir leurs peuples
respectifs, les mettre en garde, leur faire des exhortations
et de leur annoncer les bonnes nouvelles. En agissant de la
sorte, ils répondent à l'ordre d'Allah, exécutent Sa Volonté
à laquelle ils ne peuvent se dérober, même au prix de
nombreuses et grandes difficultés, ou du sacrifice de leur
propre personne.
Le Prophète Muhammad (PSL) ne fut pas contraint de faire sa
proclamation sous l'effet d'une force psychique ou
mystérieuse qui grondait en lui, comme le prétend l’article
de l’E.I, mais il la fit quand il en reçut l'ordre d'Allah,
comme nous l'apprend le Coran: «Proclame donc hautement les
ordres que tu as reçus et détourne-toi des associants» 94/Al-Hijr.
D’autres versets du Coran démentent les allégations et
prétentions de ce genre. Le Prophète (PSL) recevait les
commandements d'Allah et les exécutait immédiatement et
parfaitement.
La lutte dure et périlleuse que les prophètes menaient
âprement pour sauver l'humanité de l'ignorance des choses de
la religion et de l'idolâtrie, des injustices sociales, des
péchés, des crimes et autant d'autres maux, au prix de leurs
souffrances, de leur endurance et parfois de leur vie, ne
peut pas être expliquée par le déterminisme psychologique et
matérialiste. En effet, ce déterminisme écarte toute idée
d'intervention du wahy (révélation), cette haute inspiration
suscitée et soufflée par Allah dans l'être tout entier des
prophètes, qui est extérieure à leur moi et indépendante de
leurs motivations, et par laquelle la Volonté divine se
manifeste et se réalise.
5. Du prétendu non-fondement des premières récitations du
Coran sur une conception dogmatique du monothéisme :
T. Ehlert estime que «les premières récitations du Coran
sont fondées non sur une conception dogmatique du
monothéisme, mais sur un puissant appel moral et religieux
qui était destiné cependant, dans les circonstances que
connaissait Muhammad (PSL) à Makkah, à conduire à une
rupture avec les polythéistes.»(E.I, VII/366)
Selon l’auteur, les principaux thèmes sur lesquels portent
ces premières révélations sont la responsabilité morale, le
Jugement dernier, les tortures des condamnés à l'Enfer et
les délices du Paradis pour les pieux.
Telle est, en résumé, l'opinion de ce chercheur dans
laquelle on observe un amalgame du vrai et du faux. Certes,
ces thèmes existent dans les premières récitations du Coran,
mais prétendre qu'ils ne sont pas fondés sur le dogme du
monothéisme, est un mensonge que le Coran est le premier à
dénoncer. D'ailleurs, ses premières récitations elles-mêmes
en présentent les arguments justificatifs. En effet, la
conception dogmatique du monothéisme constitue le thème
principal des premières paroles divines que l'Ange Gabriel
vint transmettre au Prophète (PSL) dans la grotte de Hirà :
«Lis, au nom de ton Seigneur qui a créé ;
qui a crée l'homme d'une adhérence ;
lis ! Ton Seigneur est le Très-Noble
qui a enseigné par la plume,
a enseigné à l'homme ce qu'il ne savait pas»
1-5/ Al-‘Alaq / L'Adhérence.
Notre respectable chercheur n'a-t-il donc pas compris que la
lecture à laquelle le Seigneur exhorta le Prophète (PSL), et
par delà cette lecture l'acquisition du savoir, est la
science dont l'objectif est de satisfaire à la volonté
d'Allah et à Ses prescriptions ? Ces ordres furent donnés au
Prophète (PSL) par Allah Allah par la Grâce Auquel l'être
humain fut créée par adhérence. Ces actes et ces attributs
d'Allah constituent la substance et l'essence même du
monothéisme. Si l'on voulait se pencher sur l'analyse de ces
actes et attributs, il faudrait de nombreuses pages pour
consigner ce travail, car le Créateur qui a créé est l'Etre
vivant, ayant le Pouvoir et la Science, la Sagesse et la
Clairvoyance. Il est Un, Unique, et Immuable.
Le cas de T. Ehlert suggère deux possibilités : ou bien il
ne connaît que peu de choses dans le domaine où il a choisi
d'écrire, n'ayant qu'une connaissance superficielle du
Coran, ou bien il ignore la réalité et essaie de voiler son
incompétence.
Revenons aux premiers versets de la sourate al-Muddathir,
qui fut révélée après les versets précédemment cités, et
dans lesquels Allah dit :
«Toi, qui t'es couvert d'une cape
lève-toi pour donner l'alarme
ton Seigneur magnifie ... »
Nous remarquons qu’après avoir ordonné au Prophète (PSL)
d'alerter les humains, Allah lui ordonne de L'adorer et de
Le magnifier, lequel ordre s’inscrit en plein dans le dogme
monothéiste. Quiconque connaît les secrets de la
construction des phrases dans la langue arabe -qui est celle
du Coran- n'ignore pas que l'interversion du verbe et du
complément d'objet direct, autrement dit l'anastrophe,
indique l'emphase et la mise en valeur. Dans ce contexte,
nous dirons la spécification, c'est-à-dire le fait de rendre
au Seigneur un hommage spécifique parce que Lui Seul, en
droit, est digne d'être adoré.
Telles sont les premières séquences du Coran révélées au
Prophète (PSL). Nous ne pouvons pas nous tromper en disant
que toutes les parties du Coran mekkois ainsi que la Sirah
et les premiers enseignements du Prophète (PSL) sont fondés
sur le dogme de l'Unicité, du monothéisme. La première des
choses à laquelle le Prophète (PSL) invita son clan et son
peuple est celle de proclamer qu'il n'y a d'autre dieu
qu'Allah. Le premier principe dogmatique qu'il enseigna aux
premiers croyants est de louer l'Unité d'Allah, de Le
proclamer exempt de toute association. En œuvrant pour la
consolidation et le triomphe de ces principes dès le début
de l’appel de l’Islam à Makkah, autrement dit dans un
environnement social quasi polythéiste, un bon nombre de
croyants furent torturés par les païens, parfois jusqu'à la
mort, sans jamais renier leur foi, et scandant jusqu'à la
fin l'unicité d'Allah.
6. De l'explication psychologique de la force du Prophète
(PSL) :
T. Ehlert estime que «la force de Muhammad (PSL) réside dans
la conscience qu'il avait de vivre dans un monde
intellectuel plus élevé que celui que formaient les
polythéistes, et qu'il proclamait des idées que ni les
hommes, ni les jinns, ne sauraient produire, même en
combinant leurs efforts.» (E.I, VII/366)
Psychologique et matérialiste, cette explication a le défaut
de passer outre le lien spirituel qui existe entre le
Prophète (PSL) et son Seigneur qui lui a prêté Son
assistance et Son soutien. L'autre défaut de cette
explication est d'imputer à la conscience et à la foi
qu'avait le Prophète (PSL) en lui-même et en ses idées, la
force morale qui lui permit d'affronter les coalitions
adverses et de résister aux grands défis de son époque.
Sans doute le Prophète (PSL) se distinguait-il par des
qualités exceptionnelles qui atteignaient la perfection,
comme le courage, la patience dans l'endurance, le
sang-froid, la résolution, mais ces qualités à elles seules
n'expliquent par le secret de la force d'âme, d'esprit et de
cœur. Il faudra rechercher un autre facteur, celui qui
réside dans sa relation intime avec le Créateur qui souffla
en lui la conscience de sa mission et de son rôle que
traduisent ses comportements et ses attitudes dans des
situations extrêmement difficiles, devant lesquelles les
humains ordinaires faiblissent et désespèrent. Au contraire,
le Prophète (PSL) faisait face aux plus dures épreuves par
des prières et des invocations à l'adresse du Seigneur,
implorant Son assistance et Son secours. Ces nombreuses
prières, qu'il n'est pas nécessaire de passer en revue, sont
conservées et diffusées dans le monde islamique.
Il est tout de même étrange que l’auteur de l’article :
«Muhammad … » (E.I), ignore toutes ces choses, et ignore
même ce que des intellectuels européens, plus ouverts
d'esprit et plus honnêtes, ont écrit à propos du Prophète (PSL).
Prenons par exemple à témoin le célèbre poète français,
Alphonse de Lamartine, qui dit : «Si dans les sciences
physiques la force de jet d'un projectile aide à déterminer
la force de résistance de l'objet visé, alors on peut dire
que dans l'histoire, l'œuvre de Muhammad, qui a écrit pour
la postérité les pages de l'humanité, donne la vraie mesure
de la puissance de sa Révélation, de sa force de cœur et de
sa noblesse de sentiments et d'idées qui ont irradié
jusqu'aux contrées les plus éloignées, et ce, pour un temps
infini. Il ne fait aucun doute qu'il s'agit là d'une pensée
extraordinaire née d'un être exceptionnel».29
«Incontestablement, ces mots décrivent les liens qui
unissaient Muhammad aux enfants de sa patrie, la lutte qu'il
a menée pour sortir son peuple de l'obscurantisme ; sa
tristesse devant l'idolâtrie ambiante, et sa foi en la
victoire du Glorieux Message qu'il transmettait ; la
mobilisation de ses troupes pour veiller sur le respect des
principes de l'Islam. Tout ceci prouve bel et bien qu'il
était un vrai prophète à la vie exemplaire».30
De son côté, Thomas Carrell a écrit, dans son livre intitulé
Les Héros : «La plus grande honte pour un homme civilisé de
nos jours est de croire aux accusations formulées contre
l'Islam et ses adeptes. Il est de notre devoir de combattre
des idées aussi viles et basses, car la mission accomplie
par le noble Prophète est devenue une source de lumière pour
des millions de personnes. Ce grand homme est une créature
venue du cœur et des entrailles de l'univers, il est une
partie des réalités essentielles des choses. Tel est
Muhammad, ce grand homme à qui Dieu enseigna la science et
la sagesse ; sa parole est une voix venue des cieux»31.
La force de Muhammad (PSL) se nourrit aux sources du
Mystère, s'inspire de la Force du Tout-Puissant, Qui lui a
assuré la victoire et la fidélité des croyants. Le Coran et
la Sirah du Prophète (PSL) témoignent de l'assistance
d'Allah en sa faveur.
7. De la supposée limitation de la proclamation aux seuls
Arabes :
T. Ehlert prétend qu' «il est tout à fait évident que,
pendant les années de Makkah, Muhammad ne songeait pas à
fonder une nouvelle religion. Sa tâche consistait seulement
à être un avertisseur (nadhir) des Arabes à qui aucun
prophète n'avait encore était envoyé». Pour appuyer cette
thèse, l’auteur se réfère à certains versets du Coran,
lesquels mettent bien l'accent sur la portée du Livre révélé
à un Prophète envoyé pour avertir un peuple qui avait vécu
jusque-là dans l'obscurantisme. Il cite, par exemple, les
versets 1-2 de la sourate Al-Muddathir : «Toi qui t’es
couvert d’une cape, Lève-toi pour donner l’alarme». Ou le
verset 45 de la sourate An-Nazi'àt : «Tu n’es que
l’avertisseur de ceux qui la craignent». Ou encore le verset
46 de la sourate Al-Qéçac Les Récits : «Tu n’étais point sur
le versant ouest du Mont (Sinaï) quand Nous avons interpellé
Moïse... une miséricorde de ton Seigneur pour avertir un
peuple à qui nul avertisseur avant toi n'est venu, afin
qu'ils se rappellent».
«- Ou vont-ils dire : «Il l’a inventé» ?
- Oh non ! C’est la vérité, venant de ton Seigneur, pour que
tu donnes l’alarme à un peuple que n’avait touché avant toi
nul donneur d’alarme.
- S’ils pouvaient bien se guider.» [3/Al-Sajda/La
Prosternation.]
Ces dernières références coraniques suffisent pour instruire
T. Ehlert et ses pairs qui croient en une restriction de la
mission d’avertisseur du Prophète aux Arabes exclusivement ;
elles leur ouvrent également les yeux sur le caractère
universaliste de cette mission.
Sans trop nous attarder sur le véritable sens de ces
versets, sur lequel T. Ehlert aurait pu prendre la peine de
réfléchir, contentons-nous de citer cette explication du
dernier verset, donnée par un analyste contemporain : «Le
but est que tu leur rappelles (aux mécréants arabes) qu'ils
ont grand besoin d'un donneur d’alarme.» D'où le verset :
«...pour avertir un peuple...». Cela ne signifie pas que la
mission du Prophète se limitait à propager le message de
l'Islam parmi ce peuple, pas plus que cela ne signifie que
ce message ne devait pas être transmis aux peuples
non-arabes qui eurent des prophètes. Les preuves de
l'universalisme de l'Islam abondent dans le Coran et la
Sunna.»32
Il faut préciser ici que les versets démontrant
l'universalisme de l'Islam ont été révélés au Prophète (PSL)
durant la période mekkoise, comme par exemple le verset 1 de
la sourate Al-Furqàn/Le Discernement : «Qu’on exalte la
Bénédiction de Celui qui a fait descendre le Livre de
discernement sur Son serviteur, afin qu’il soit un
Avertisseur à l’univers»[1/alFurqan]. Ou le verset 28 de la
sourate Saba’ :«Nous ne t’avons envoyé aux humains qu’en
leur totalité pour porter l’annonce et donner l’alarme. Mais
la plupart ne le savent pas». Citons encore le verset 158 de
la sourate Al A‘raf : «Dis : «Ô hommes : Je suis pour vous
tous le Messager d'Allah». Et aussi : *«...Ce Coran m'a été
révélé pour que je vous avertisse, par sa voie, vous et tous
ceux qu'il atteindra». 19/Al An‘âm/Le Bétail.
*«Et Nous ne t'avons envoyé qu'en miséricorde aux habitants
de ce monde». 107, Les Prophètes.
Il serait opportun de rappeler le hadith reproduit par
Bukhari dans son Çahih dans lequel le Prophète (PSL) a dit :
«Parmi les cinq faveurs qui me furent données et qui ne
furent données à nul autre avant moi, il y a celle-ci :
Chaque prophète fut envoyé à son peuple en particulier,
alors que je suis envoyé à l'humanité entière».
En plus de ces versets qoraniques que nous avons tenu à
rapporter afin d'insister sur la portée universaliste de
l'Islam, et de montrer à certains chercheurs de l’E.I ce
qu'est la vraie recherche scientifique, il serait utile de
reproduire ici les paroles de deux penseurs occidentaux
importants qui témoignent en faveur de la justice inhérente
à l'Islam. Le premier passage est de l'écrivain anglais
Bernard Shaw qui a écrit : «J'ai toujours eu une haute
considération pour la religion de Muhammad en raison de son
étonnante vitalité. C'est la seule religion qui me paraît
apte à assimiler toutes les étapes de l'évolution de la vie,
car elle peut subjuguer toutes les générations humaines et
j'ai toujours prédit qu'elle sera agréée demain en Europe,
et elle a déjà commencé à être aujourd'hui acceptée».33
Le deuxième témoignage est celui de René Etienne qui a dit :
«Je ne suis jamais entré dans une mosquée sans y ressentir
quelques émotions et sans éprouver le remords de ne pas être
musulman. Je suis convaincu qu'en Europe et en Amérique, des
milliers de personnes souhaitent sincèrement se convertir à
l'Islam, mais elles n'ont pas le courage de dévoiler leurs
intentions. Je dis haut et fort que je reconnais pleinement
l'Islam comme religion»34.
En vérité, l'Islam se distingue par des qualités spécifiques
qui le rendent attrayant :
* concordance avec la nature humaine et sa capacité à
satisfaire les besoins de l'esprit et du cœur ;
* promotion de la fraternité entre ses adeptes ;
* appel à la tolérance religieuse.
Pour conclure ce chapitre, j'éprouve le besoin impérieux de
revenir sur les paroles du chercheur qui a dit que :
«Muhammad ne pensait pas établir une nouvelle religion.»
Quand on analyse cette phrase ambiguë, on se rend compte
qu'elle sous-entend, d'une part, que Muhammad (PSL) était un
simple idéologue et non un Prophète, et que d'autre part, sa
pensée fluctuait en fonction des circonstances dans
lesquelles il s'est trouvé tout au long de sa vie. C'est
pourquoi il n'aurait eu, au début, qu'une mission
réformatrice limitée dans le temps et dans l'espace, et ce
n'est que quand les conditions se firent favorables qu'il
aurait commencé à vouloir instituer une nouvelle religion.
Tout cela n'est que pure divagation de la part de ce
chercheur, totalement aveuglé par l'influence du
matérialisme historique. S'il avait pu se libérer des dogmes
de cette théorie, il aurait vu, entre autres choses, que
Muhammad appelait, dès le début de sa proclamation, à une
nouvelle religion unitaire, monothéiste, ce qui lui a valu
une vive opposition des païens. A son appel cultuel,
libérateur, émancipateur, égalitariste, humanitaire,
l'opposition devint, à Makkah en particulier, de plus en
plus vive et violente. Ses adversaires n'acceptèrent aucune
de ses réformes. Le Coran avait prédit cette réaction : «Et
ceux-ci s'étonnent qu'un avertisseur parmi eux leur soit
venu, et les infidèles disent : 'C'est un magicien, un grand
menteur. Réduira-t-il les divinités à un seul Dieu ? Voilà
une chose vraiment étonnante!'» [ 4-5, Çad].
Il en va de même pour leur rejet catégorique du principe de
la Résurrection. Ils disent : «Quoi ! quand nous serons
morts et réduits en poussière... ? Ce serait revenir de loin
!» [2-3, Qaf].
Le Tout-Puissant a également dit : «Ceux qui ne croient pas
disent : «Voulez-vous que nous vous montrions un homme qui
prétend que lorsque vous serez décomposés et réduits en
poussière, vous aurez à connaître une vie nouvelle ?
S’agit-il d’un mensonge qu’il attribue à Allah ? ou est-il
simplement devenu fou ? Il n’en est rien ! La réalité est
que ceux qui ne croient pas à la vie future et qui sont
voués au châtiment, se trouvent plutôt en plein égarement»
[7-8/Saba’].
Depuis son avènement, cette religion a apporté de profonds
changements dans la vie de l'individu et de la communauté
dont chaque membre a vu son comportement et ses habitudes
quotidiennes changer totalement. De même, les gens ont vu
leurs idées, leur attitude vis-à-vis de la Création, de la
vie et de la personne humaine se normaliser, fondant par là
une vie sociale nettement plus cohérente.
Un changement radical a donc vu le jour quand les gens ont
progressivement délaissé leurs croyances idolâtres pour
vénérer Allah, le Dieu unique auquel rien ne peut se
comparer. En effet, l'Islam a opéré une révolution dans les
mœurs des Arabes dont aucune loi ne régissait auparavant les
comportements et les relations sociales, mais qui sont
devenus, grâce à l'Islam, des êtres respectueux des lois
morales et sociales.
8. De l'explication erronée de l'expression « le Prophète -
ummi »:
Cherchant des arguments pour prouver le caractère local et
restreint de la proclamation islamique durant la période
mekkoise, notre chercheur ne trouva pour cheval de bataille
que l'épithète ummi, donnée au Prophète dans le Coran, dans
le verset 157 de la sourate Al A‘ràf: «Le Prophète-Ummi
qu'ils trouvent mentionné chez eux dans la Torah et l'Evangile»
(Par Ummi, entendre illettré).
Il donna à cette épithète une explication erronée, écrivant
à ce propos :«C’est dans ce contexte que le sens du terme
ummi(…) doit être compris. Appliqué à Muhammad (157/VII) il
paraît signifier quelqu’un qui n’a pas reçu auparavant le
Livre de Dieu et être l’antithèse de Gens du Livre. Mais le
terme peut avoir fait allusion à son incapacité de lire les
Ecritures juives et chrétiennes. En tant que commerçant, il
doit avoir su lire et écrire». (E.I, VII/367).
Il met en doute l’incapacité du Prophète à lire et écrire,
affirmant que «en tant que commerçant, il doit avoir su lire
et écrire en arabe». Il ajoute que «le terme ummi implique
que le Prophète (PSL) était incapable de lire les Ecritures
juives et chrétiennes.»
L’auteur conclue que ce terme, signifiant l'ignorance des
choses de la religion, conduit à dire que le Prophète-ummi
était le Prophète envoyé aux ummiyin (pl. de «ummi»),
c'est-à-dire les Arabes qui n'avaient pas reçu d'Ecrit
révélé.
Cette explication du terme est inconnue, et elle attente à
la vérité, car le Coran dit clairement que le Prophète (PSL)
était ummi, qu'il ne savait ni lire ni écrire, comme le
précise le verset 48 de la sourate Al Ankabùt/L'Araignée
: «Pourtant, naguère tu ne récitais le texte d'aucune
Ecriture, pas plus que tu n'en retraces de ta droite : et
c'est cela qui fait douter les tenants du faux !».
L’analphabétisme est ici une qualité et non un défaut qui
explique encore l'aspect miraculeux de la Révélation sur un
personnage illustre qui ne savait ni lire ni écrire. Or, le
Coran est un monument unique de savoir scientifique dans
tous les domaines, et ce, dans une langue arabe au style
inimitable. Il parle en effet de religion, de la vie
séculière, de l'Univers, de l'Au-Delà, du droit, de
l'éthique, de l'histoire des peuples et de leurs
prophètes...toutes connaissances qu'il est impossible à un
analphabète, ou n'importe quel être humain, de posséder. Les
progrès de la connaissance scientifique, après avoir
nécessité de longues années avant la découverte de vérités
concernant l'Univers et les créatures qu'il abrite, sont
autant de preuves supplémentaires que le Coran est issu d'un
pouvoir miraculeux.
En cherchant bien l'explication du verset précité -«Pourtant
naguère tu ne récitais... »-- il devient clair que,
contrairement aux allégations de notre chercheur, ce verset
écarte toute éventualité que le Prophète (PSL) ait été
capable de lire. Il est évident que le «ne» marque la
négation, et l'ajout de «naguère» renforce cette négation.
Autrement dit, le Prophète (PSL) ne pouvait lire ni en arabe
ni en aucune autre langue. «Pas plus que tu ne retraçais...
» est une négation absolue de la capacité d'écrire, et «de
ta droite» est une preuve de plus qui ne permet plus le
moindre doute là-dessus. Par conséquent, l'énoncé de ce
verset est très fin et pointu, et ne donne lieu à aucune
ambiguïté possible.
Chapitre IV
Suspicion à propos des événements de la Sirah avant l'Hégire
T. Ehlert sème le doute sur les événements de la vie du
Prophète (PSL) avant l'Hégire et ne croit pas aux agaceries,
aux vexations de tous genres subies par le Prophète (PSL),
ni aux persécutions des premiers croyants par les associants
qorayshites. Il va encore plus loin en mettant en doute
l'émigration en Abyssinie et le siège des Banù Hàshim dans
leur fief de Makkah. Il tire ses arguments de ce qu'il
considère ambigu dans les récits sur le sujet dans les
ouvrages sur la Sirah, et du silence gardé par le Coran sur
l'émigration en Abyssinie.
1. La lutte contre l'appel à l'Islam :
L'intellectuel informé ne peut qu'être ahuri devant le
comportement d’un chercheur qui nie tous ces événements
pourtant rapportés dans les livres d'histoire et les
biographies du Prophète (PSL), et que confirme le Livre
Saint. Dans maints versets coraniques, il est fait mention
des divers actes hostiles des mécréants qorayshites contre
le Prophète (PSL). Le Coran a promis la damnation de ses
ennemis tels que son oncle ’Abu Lahab, Walid bin Al
Mughìra et Abu Jahl. Et si le Coran passe sous silence les
détails de ces agressions, cela ne veut pas dire qu'il
faille mettre celles-ci en doute, mais c'est simplement
parce que le Coran n'est justement pas une biographie du
Prophète (PSL) comme le prétendent les orientalistes.
Dans leurs çahihs respectifs, Bukhari et Muslim rapportent
dans le détail tout ce que le Prophète (PSL) a enduré de la
part des associants ; mais il est inutile de nous attarder
là-dessus. Celui qui met en doute ces événements historiques
irréfutables, doit alors douter de ce qui a été écrit sur
les événements les plus importants de l'histoire mondiale.
Par ce comportement, on serait alors amené à discréditer
toutes les vérités historiques.
2. L'émigration
en Abyssinie :
Suite à l'accroissement de la tension à Makkah et à
l'aggravation des mesures prises contre les croyants, le
Prophète (PSL) encouragea ses fidèles à émigrer en Abyssinie
car, leur dit-il, «dans ce pays ils seraient protégés par un
roi auprès duquel nul n'est lésé.»35 Les Musulmans partirent
donc en Abyssinie, mais malgré eux.
En effet, il ne fait aucun doute que la nécessité de l'exil
est source de souffrance, mais les Musulmans durent s'y
plier, devant toutes les persécutions dont ils étaient
victimes à Makkah. Ils durent abandonner leur mère-patrie et
apprendre à survivre dans un environnement totalement
étranger autant par sa religion que par sa langue.
Cette émigration a été relatée dans des Çahihs authentiques,
attestée par les hadiths du Prophète (PSL)36 et par des
annales irréfutables. Comme le chercheur aura trouvé une
certaine gêne à rester cramponné à son refus de croire en
cette émigration, il se référa, pour se dérober à sa
responsabilité, à un autre islamologue de sa trempe (Watt :
Mecca, pp. 109-17), qui soutient que c'est en raison d'une
division survenue au sein de la communauté musulmane que
certaines familles ont dû émigrer en Abyssinie, ou encore
que des Musulmans y ont émigré librement pour faire du
commerce.
Ce ne sont là encore que des allégations sans fondement et
des machinations montées par l’auteur qui veut écarter le
facteur religieux et spirituel qui fut à l'origine de cette
émigration. Le chercheur, influencé par le matérialisme
historique, ne peut évidemment croire que les Musulmans
puissent agir pour des raisons hautement nobles qui ne
peuvent s'expliquer que par elles-même.
3. Explication tendancieuse des gharàneq (les grues) :
En rapport avec l'émigration en Abyssinie, l'incident des
gharàneq est relaté dans certains livres sur la Sirah et
certaines analyses du Coran. Nous en présentons au lecteur
un résumé succinct basé sur le récit de Tabari:
«Alors qu'il se trouvait un jour dans le sanctuaire de la
Ka'ba, le Prophète se mit à réciter la sourate (al-Najm/L'Etoile),
en présence de quelques croyants et de quelques associants
qorayshites. Dès qu'il eut récité les deux versets où sont
mentionnées les trois déesses qorayshites : «Ainsi
auriez-vous vu al-Làt et al-'Uzzà ? Et Manàt, cette autre
troisième ?» 19-20/Al-Najm/l’Etoile, satan lui fit aussitôt
ajouter la phrase :
«Ces gharàneq suprêmes dont l'intercession est à souhaiter».
Vite emportés par l'euphorie, les associants s'écrièrent :
«Jamais Muhammad n'a aussi bien parlé de nos dieux !». Comme
le Prophète (PSL) se prosterna à la fin de la récitation de
la sourate, selon son habitude, les croyants et les
associants se prosternèrent également».
Si les Musulmans se sont prosternés, ils le firent bien
évidemment par adoration pour Allah et en reconnaissance de
Son Prophète (PSL). Quant aux mécréants, c'est leur surpise
devant le discours vif et franc du Prophète (PSL) qui les
fit se prosterner, et non pas parce que ce dernier aurait
fait l'éloge de leurs déesses, ce qui n'est qu'une
insinuation perfidement glissée dans cette histoire. En
effet, quand les associants qui s'étaient prosternés à côté
des Musulmans furent grondés par leurs acolytes qui
n'avaient pas assisté à la scène, ils justifièrent leur
attitude en prétendant qu'ils s'étaient prosternés pour
leurs déesses auxquelles le Prophète (PSL) aurait rendu un
grand hommage.
Cette version résumée de l'incident a été approuvée par les
annalystes avertis. Pourtant, la plupart des ouvrages
européens sur la Sirah du Prophète (PSL) se sont accaparés
des moindres détails de l'histoire afin de les exploiter
dans leur prêche du faux.
Quant à l’auteur de l'article sur Muhammad (PSL) dans
l'Encyclopédie de l'Islam, il a, lui aussi, exploité cette
histoire de façon satanique. Il a d'abord commencé par nier
sa véracité. Ensuite, il a choisi de reconnaître l'existence
de quelque vérité dans cette histoire, mais uniquement en
vue d'en faire une «preuve» supplémentaire de l'influence
des croyances et pratiques païennes sur le Prophète (PSL).
Il dit en outre que «jeter la responsabilité de cette
hérésie à Satan -comme nous l'avons vu dans le résumé de
l'incident -est une des «aberrations» qui entâchent les
événements de la Sirah». Alors, il crée sa propre aberration
qui est de dire que les influences païennes se sont
manifestées durant une très longue période dans la vie et la
mission du Prophète (PSL).
Dans chacun des chapitres précédents, nous avons déjà
démontré que la vie du Prophète (PSL), que ce fût avant ou
après la Révélation, a été exempte de tout fait païen allant
à l'encontre du principe de l'unicité d'Allah. Il est donc
inutile de revenir là-dessus. Rappelons simplement que
l'évocation des déesses par le Prophète (PSL) est une fausse
accusation, et que ceux qui se fondent sur les fausses
accusations s'en rendent complices.
4. Déni du siège et du boycott des Banù Hashim :
Tous les écrits sur la Sirah et les hadiths du Prophète
(PSL) s'accordent sur le récit des mesures hostiles prises
par les associants qorayshites en voyant s'accroître le
nombre des fidèles du Prophète (PSL), surtout après la
conversion de Hamza bin‘Abd al-Muttalib et de ‘Omar ibn
al-Khattab, et l'accueil, la protection et l'écoute dont
bénéficiaient les Musulmans en Abyssinie. Au nombre de ces
mesures sont cités le blocus du clan du Prophète (PSL) et
son boycott sur le plan économique et social. Les
Qorayshites décidèrent de tuer le Prophète (PSL) ; mais ’Abu
Tàlib apprit la nouvelle et réunit Banu Hashem et Banu
Muttalib qui offrirent leur protection et celle des leurs au
Prophète (PSL), le sauvant ainsi de ceux qui voulaient sa
mort.
Ce récit véridique figure parmi les récits authentifiés que
firent paraître des historiens de la Sirah comme Bukhari et
Muslim dans leurs Çahihs.37 En dépit de l'exactitude des
informations fournies par ces sources de haute valeur, T.
Ehlert s'entête à nier ces événements et, arguant du silence
du Coran là-dessus, considère les récits qui en ont été
faits comme de pures affabulations.
Un exemple de la diversité de ces récits et des analyses qui
en ont été faites se trouve dans les paroles suivantes d’Abu
Hurayra -béni soit-il- rapportées par Al Bukhari :38 «Alors
que nous nous trouvions à Minan, le Prophète (PSL) nous dit
: «Demain, nous nous rendrons au Khayf* des Banu Kinana afin
de méditer sur la question». En effet, les Qorayshites et
les Banu Makhzùm se sont jurés de ne plus s'allier par
mariage aux gens des Banu Hashem et Banu Al-Muttalib, de ne
même plus les reconnaître tant qu'ils ne leur livreraient
pas le Messager d'Allah (PSL).»
Par son déni et sa suspicion concernant ces événements, le
chercheur vise à diminuer l'importance de l'hostilité des
Qorayshites vis-à-vis de l'appel à l'Islam pendant les
années mekkoises. Cependant, nous avons déjà démontré le
non-fondé d'une telle idée.
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