Islamic Educational, Scientific and Cultural Organization - ISESCO -

Première Partie

La période mekkoise de la Sirah  :
Chapitre I
L'enfance du Prophète (PSL) et les signes annonciateurs de la prophétie

1. Procès de l’enfance du Prophète (PSL) :

L'auteur de l'article en question avance que la date de naissance du Prophète (PSL) est inconnue. Il rejette l'idée selon laquelle il est né durant «l'année de l'Eléphant», arguant qu'on ne possède aucune donnée chronologique sur la période mekkoise de sa vie. Il diminue, ainsi, la notabilité de ses origines et de l'autorité dont jouissait son père, et prétend que l'appartenance de ses ancêtres aux gens de Médine n'est pas clairement établie, semant ainsi le doute sur son nom. 

Il nie les phénomènes extraordinaires dont le Prophète (PSL) a fait l'expérience durant son enfance, et que l'opinion musulmane considère comme signes initiatiques de la prophétie, tels l'opération menée par l'ange Gabriel qui lui fendit la poitrine, les voyages en Syrie qu'il fit, dans son enfance, avec des caravanes commerciales, et en compagnie de son oncle Abù Tàlib. Il nie encore la participation de l'enfant à la reconstruction de la Ka'ba, emportée par une crue, comme il refuse d'admettre la réalité d'autres événements importants de la vie du Prophète à Makkah. Il semble, ainsi, que l'auteur de ces articles d'encyclopédie ait volontairement rendu obscur tout ce qui touche à l'enfance du Prophète (PSL), à tous les aspects des premières étapes de sa vie à Makkah.

Pour cela, il a ignoré les faits établis et rejeté les informations transmises par succession. Il n'a accordé aucun crédit aux récits rapportés par les différentes recensions des hadiths reconnus authentiques, s’abstenant de se référer aux écrits sur la Sirah et aux chroniques historiques. Ainsi, il semble être parti d'un préjugé dont il voulait confirmer l'objet, d'un objectif préfixé qu'il tendait de réaliser par des moyens indignes d'un véritable chercheur.

Dans les lignes qui suivent, nous présentons nos réfutations de ses allégations à propos de cette étape de la vie du Prophète (PSL).

2. Date de naissance du Prophète (PSL):

L'examen attentif des hadiths permet de conclure sans hésitation que le Prophète est né pendant ce qu'il a été convenu d'appeler «l'Année de l'Éléphant», au lendemain du célèbre événement du même nom. Dans ses maghàzi reconnus exacts, ’Ibn Ishaq écrit que le Prophète (PSL) est né au cours de la 12e nuit du mois de Rabi' I de l'Année de l'Éléphant. Cette date fut confirmée par d'éminents auteurs et chercheurs qui se sont attelés à déterminer le mois et le jour de naissance du Prophète (PSL).

Il a ainsi été prouvé que le jour de naissance du Prophète (PSL) est un lundi, comme l'ont démontré l'imàm Muslim dans son Çahih (Authentique)9, Abù Dàwud, dans ses Sunan (Traditions)10 et l'imàm Ahmed bin Hanbal dans son Musnad (le Document de base).11

Ibn 'Abbàs, qu'Allah le bénisse, rapporte dans une communication que «le Prophète (PSL) est né le lundi 12 du mois de Rabi'I de l'Année de l'Éléphant, fit son Ascension un lundi, son Exode à Médine un lundi et mourut un lundi». Ce sont là des informations admises et reconnues exactes par l'ensemble des Musulmans12. Comme l'a fait valoir Khalifa bin Khiyyat dans ses annales, ces divers récits sont fondés sur des faits consignés.

La majorité des ‘ulama de l'époque ont écrit que le Prophète (PSL) est né l'Année de l'Éléphant, et des chercheurs musulmans et orientalistes modernes ont soutenu cette opinion, après avoir conclu que «l'Année de l'Éléphant» se situe entre 570 et 571.

Face à tous ces récits concordants qui forment consensus, les écrits de l'auteur de l'article de l'Encyclopédie de l'Islam sur la vie du Prophète (PSL) ne peuvent faire le poids, des écrits selon lesquels le Prophète (PSL) ne serait pas né l'Année de l'Éléphant, et que «l'Événement de l'Éléphant» n'aurait pas eu lieu en 570, mais qu’ «il doit avoir eu lieu avant cette date».

Il faut également remarquer que l'auteur de cet article rejette des faits et émet des jugements, sans même prendre la peine de les étayer par des preuves. Cette attitude est sans rapport aucun avec la véritable méthode scientifique que respecte l'esprit sain et indépendant. Elle est indigne de l'esprit objectif que revendiquent les intellectuels occidentaux, parmi lesquels l’auteur en question qui prétend que nous ne disposons d'aucune donnée chronologique sur la période mekkoise de la vie du Prophète (PSL) et ce, sans la moindre raison. Il semble que cet auteur ait pris le Coran comme principale référence pour sa recherche, ignorant totalement les hadiths et les ouvrages s'y rapportant, tout en adoptant une attitude sceptique vis-à-vis des ouvrages sur la Sirah. Voilà pourquoi sa pensée a dérivé vers une thèse si bancale : il n'a pu trouver dans le seul Coran un rapport détaillé de tous les événements qui ont marqué l'enfance et l'adolescence du Prophète (PSL).

Ce qui nous confirme dans notre opinion que l'auteur a fait mauvais usage des ouvrages sur la Sirah et s'est appuyé sur le Coran de façon excessive est le fait que, quand il se réfère à la sourate Al-Doha (le Début de la matinée), le seul indice qu'il y trouve sur la naissance du Prophète (PSL) est qu'il était un pauvre orphelin. Une fois de plus, l'auteur prouve ainsi l'extrême minceur de ses connaissances sur les tout débuts de la vie du Prophète (PSL) ; mais il se permet d'affirmer, de surcroît, que : «Tout ce qui a été rapporté sur la naissance du Prophète (PSL) n'a que peu de valeur pour la connaissance de sa personnalité historique».

Cette attitude de l'auteur est une manœuvre destinée à tromper ses lecteurs, car  comme nous l'avons dit plus haut, tous les écrits sur la Sirah n'ont pas la même authenticité et exactitude historique. De même, et contrairement à ce que cet auteur a avancé, la médiocrité n'est pas l'apanage de toutes ces sources, car si certaines proposent des relations peu fiables, l'objectivité et la rigueur scientifique ne nous permettent pas de faire de ce jugement une généralité s'appliquant à toutes les sources sur la Sirah. En effet, d'autres sont qualifiées d'excellentes et ont acquis une bonne réputation auprès des lecteurs et chercheurs arabo-musulmans. On y trouve des renseignements détaillés sur la vie du Prophète (PSL) à Makkah,  de son enfance à son missionnement, et de son missionnement à sa hijra à Médine. On y trouve également développés sa généalogie, des informations sur sa noble parentèle, ainsi que les faits qui eurent lieu dans sa famille pendant que sa mère était encore enceinte, la mort de son père, les faits qui coïncidèrent avec sa naissance jusqu'à la mort de sa mère ; la façon dont il a grandi en étant orphelin, sa prise en charge par son grand-père paternel 'Abd al-Muttalib, puis après la mort de celui-ci, par son oncle Abù Tàlib. On y lit aussi que l'enfant devint berger au service de son oncle et de quelques Qorayshites. On y parle en outre, de son voyage en Syrie, où son oncle l'emmena avec une caravane commerciale, et de sa participation à ce qu'on appelle hilf el fudùl.13

Parmi d'autres détails sur sa jeunesse, on y apprend qu'une riche veuve, Khadija bint Khuwaylid, l'engagea pour diriger ses affaires, et l'épousa quelque temps plus tard. Egalement documentée est l'heureuse vie conjugale et familiale qu'il eut avec elle, leurs deux fils et leurs deux filles. Sa participation à la reconstruction de la Ka'ba y est relatée, ainsi que l'appel que lui lancèrent les Qorayshites pour qu'il remette la pierre noire à sa place après la reconstruction de la Ka'ba. Ces sources parlent toutes de la bonne réputation que lui ont valu ses qualités de sagesse et de probité auprès des habitants de Makkah, qui lui conférèrent le qualificatif de amin (honnête). Les œuvres sur la Sirah enseignent que le jeune Muhammad (PSL) participait rarement aux jeux de ses camarades, qu'il ne partageait pas leurs convictions religieuses, mais consacrait son temps libre à la méditation dans la grotte de Hira' où il se retirait, loin des préoccupations de la vie quotidienne.

Ainsi donc, nous pouvons répliquer à l'auteur que la prétendue rareté des données historiques chronologiques concernant les premières étapes de la vie du Prophète (PSL) à Makkah, n'est qu'une allégation dénuée de tout fondement.

3. Rabaissement de la notabilité de la généalogie du Prophète (PSL) :

Sur ce point aussi l'auteur a ignoré ce que rapportent les sources exactes qui traitent de la Sirah. Il s'est contenté de quelques allusions, sans importance, puisées dans quelques vers de la poésie antéislamique ou contemporaine au Prophète (PSL). Ensuite, il cita comme argument à sa thèse ce verset : et «Ils ajoutèrent : Pourquoi ce Coran ne fut-il pas révélé à quelque personnage important de l’une ou l’autre des deux villes ?» 13/Al-Zukhruf (l’Ornement).

L'auteur va jusqu'à juger que «la famille des Banù Hàshim ne pourrait se mesurer avec d'autres familles plus considérables comme les Makhzum ou les Banu ‘Ummayya. ce qui est raconté de la situation misérable de Muhammad (…) indique les Banu Hashim devaient alors s’être considérablement appauvris. Nous ne savons rien de certains de ses ancêtres car la plus grande partie de ce qui nous est raconté à ce sujet rélève de la légende. Son père (…) est une figure tout à fait incolore, et son nom de ‘Abd Allah est peut-être la transformation postérieure d’un nom païen. Son grand-père est appelé Shayba ou ‘Abd al-Muttalib, mais la relation entre ces deux noms est aussi obscure que leur rapport avec les Banu Shayba et avec la famille fréquemment mentionnée des Muttalib» (E.I, VII/365).

Regardant du côté de la mère du Prophète (PSL), il écrit : «Du côté de sa mère, il avait des rapports de parenté avec Médine (Yathrib) qui ne sont pas clairs pour nous». (Ibid)

La première observation qui s'impose est que l'auteur utilise un langage ambigu dans lequel le doute est prépondérant, et affirme que le lignage du Prophète (PSL) est une zone d'ombre. Non moins étrange est le fait qu'il se soit limité, dans l'ascendance du Prophète (PSL), aux seuls Banù Hashem, et en se référant à des vers à la crédibilité non validée. Il a agi comme si ces vers étaient la seule source à considérer dans l'étude d'une question aussi délicate. Telle est la preuve supplémentaire de son délaissement des sources dignes de foi comme les recueils de hadiths, les écrits de la Sirah et les traités d'histoire.

Quant au verset coranique rappelé par l'auteur (V 13/al-Zukhruf), il est seulement une information concernant les dénégateurs de Makkah qui, après avoir rejeté l’apostolat de Muhammad (PSL), recoururent comme d'habitude à des arguments puérils selon lesquels le Prophète (PSL) n'était pas un puissant des deux cités (Makkah et / ou Tà'if) alors que, pour qu'ils y croient, ils postulaient que l’apostolat et le Message divin devaient être révélés à l'un des notables des deux cités. Telle est l'explication, brièvement résumée, de la signification de ce verset qui ne concerne nullement les origines du Prophète, contrairement à ce que prétend l'auteur, mais fait plutôt allusion au rang social et au commandement tribal qui, à l'époque de la jàhiliyya, étaient attribués en fonction de la richesse et l'autorité dans les milieux tribaux.

Cet entêtement à vouloir minimiser la notabilité du lignage du Prophète (PSL) est contraire à la vérité, car les Banu Hàshem étaient une des familles qorayshites les plus nobles et les plus respectables. Cette vérité fut publiquement rappelée par Abu Tàlib au cours de la cérémonie de mariage du Prophète (PSL) avec Khadija devant les notables de Qoraysh réunis pour la circonstance. A cette occasion, Abù Tàlib, présentant son neveu Muhammad (PSL), leur dit : «Nul homme parmi les Qorayshites ne pèse autant que lui en honneur, en noblesse et en vertu. S'il n'a pas de fortune, sachez que la fortune décline comme l'ombre, car elle n'est qu'un bien éphémère, un leurre auquel on s'attache. Quant à Muhammad, vous en connaissez la parentèle»14

Abù Sufyàn, alors ennemi du Prophète (PSL), lui-même admettait cette vérité, puisqu'il répondit dans ce sens à l'empereur de Byzance qu'il avait rencontré et qui lui demanda :

«Quelle est son ascendance parmi vous ?» «Il est de souche noble» répondit Abu Sufyàn. Et l'empereur d'ajouter : «les Prophètes sont élus parmi les nobles de leurs peuples».

Le Çahih de Bukhari15 comporte une relation détaillée concernant les origines du Prophète (PSL), remontant jusqu'à Ma'd bin 'Adnàn. Les généalogistes sont d'accord sur cette partie de son lignage, et sont même prêts à la faire remonter jusqu'à Ismaël, fils d'Abraham, même s'ils divergent sur les ancêtres de Ma'd bin ’Adnàn qui mènent à Ismaël.

Muslim rapporte dans son Çahih16 un hadith du Prophète (PSL) dans lequel ce dernier a dit : « Allah a élu la grande tribu Kinàna parmi les descendants d'Ismaël, de cette tribu Il a élu les Qoraysh ; de ces derniers Il a élu les Banù Hàshim desquels Il m'a élu».

En vertu de quelle règle scientifique notre auteur s'est-il donc permis d'écarter ces sources authentiques et ces preuves irréfutables de la noblesse de la généalogie du Prophète (PSL), pour formuler des jugements injustifiés ?

Quant à son assertion selon laquelle Muhammad (PSL) apparaissait d'abord comme un personnage quelque peu vague, dont les débuts de la vie étaient peu connus, elle n'altère en aucune façon ni la noblesse du Prophète (PSL) ni son apostolat.

Il semble que notre auteur s'imagine que l’apostolat est une sorte de commandement politique, et que le Prophète (PSL) devait appartenir à une famille de dirigeants politiques ou de personnalités influentes. Il convient en outre de ne pas oublier que le père du Prophète (PSL) mourut à l'âge de vingt-cinq ans, donc en pleine jeunesse. Or, s'il était resté en vie, il aurait peut-être hérité le rang social de son père 'Abd al-Muttalib, et aurait pris la direction de la famille des Banù Hàshem, et de la sorte, il aurait été un chef qorayshite des plus réputés.

En doutant que le père du Prophète (PSL) s'appelait 'Abd Allah et en concluant que ce nom ne lui fut donné qu'après l'Islam, l'auteur se rend coupable d'un autre écart injustifié, car tous les biographes du Prophète (PSL), tous les corpus des hadiths et tous les traités d'histoire sont d'accord sur ce sujet. En effet, aucun historien, ni généalogiste, n'a fait la moindre allusion qui contredise ces sources ou suscite le moindre doute sur le nom du père du Prophète (PSL).

La confusion qui semble à l'auteur  exister entre les deux noms que portait le grand-père du Prophète, à savoir Shayba et 'Abd al-Muttalib, est sûrement due à l'insuffisance de sa documentation, car la question est en fait très simple, et la réponse très claire : l'homme s'appelait Shayba à sa naissance, puis on lui donna une kunya, un surnom : 'Abd al-Muttalib. Plus couramment utilisée, la kunya finit par l'emporter sur le nom. Tous les historiens et autres qui ont écrit sur la Sirah savent ce fait qui ne souffre aucune ambiguïté.

Quant à l'allégation de l'auteur selon laquelle les liens de parenté que le Prophète (PSL) avait, du côté maternel, avec les gens de Médine (Yathrib), «ne sont pas clairs pour nous», elle aussi est due à l'insuffisance de sa documentation, ou à son ignorance des faits rapportés dans les ouvrages sur la Sirah et l'histoire. Notre auteur  n'aura compris que partiellement l'information contenue dans les écrits sur la Sirah, laquelle information nous instruit sur le fait que les oncles maternels du Prophète (PSL) appartenaient aux Banù al-Najjàr qui étaient un clan tribal établi à Yathrib (Médine). Ainsi, il croyait que la mère du Prophète (PSL) avait une relation familiale directe avec Al Madinah, ce qui est faux. La mère du Prophète (PSL) s'appelait Amina Bintu Wahb, appartenant aux Banù Zahra, une faction qorayshite. Amina et son époux, ’Abd Allah, avaient un ancêtre commun, Kalb. Elle était donc une qorayshite pure.

Les liens du Prophète (PSL) avec Médine proviennent de la mère de son grand-père ’Abd al-Muttalib qui s'appelait Salmà Bintu ’Amr, des Banù al-Najjàr, épouse de Hàshem bin’Abd-Manàf, père de ’Abd al-Muttalib. Hàshem était un riche commerçant qui voyageait beaucoup entre Makkah et la Syrie. Au cours d'un de ses voyages, il s'arrêta à Médine où, ayant vu Salma, il la demanda en mariage. Elle lui donna un premier fils qu'elle appela Shayba, lequel sera plus tard surnommé ’Abd al-Muttalib.

4. Point de vue de Trude Ehlert au sujet du nom du Prophète (PSL) :

Après avoir brièvement passé en revue les opinions exprimées par les biographes du Prophète (PSL), au sujet du qualificatif’Amin que lui décernèrent des Qorayshites intègres pour les vertus dont il fut doté par Allah, l'auteur de l'étude en question décida de dépouiller le Prophète (PSL) non seulement de ces qualités, mais aussi de son nom. Lisons ce qu’il a écrit : «Le nom de Muhammad ne doit (…) pas être considéré comme une épithète adoptée au cours de la vie du Prophète (…). Le fait que les sources disent fréquemment que dans sa jeunesse, Muhammad était appelé Amin (…), suggère la possibilité que ce nom dérive de la même racine que celui de sa mère, Amina, lui ait été donné. Le nom de Muhammada, pour les femmes, figure plusieurs fois dans le livre des Himyarties en syriaque» (E.I, VII, 364).

Une opinion si totalement dénuée de fondement ne peut que refléter le manque d'informations sûres et vérifiables dont souffre notre auteur. Comme il existe une importante bibliographie digne de foi sur ce sujet, une telle ignorance est inadmissible, autant que le recours à une  source douteuse.  C'est que l'auteur de l'article en question a fermé les yeux sur l'éclairage que le Coran et le hadith authentique apportent sur le sujet. Il a nié tous les événements historiques réels rapportés dans les ouvrages sur la Sirah, et qui s'adressent à l'ami comme à l'ennemi, au proche comme à l'étranger. 

Le Coran nous dit : «Muhammad est le Messager d'Allah. Autant ses compagnons sont durs envers les infidèles, autant ils sont pleins de comparaison entre eux.» 29/al-Fath- La  Victoire. Un autre verset dit : «Lors Jésus fils de Marie dit : «Fils d’Israël, je suis l’envoyé d’Allah vers vous, venu confirmer la Torah en vigueur et faire l’annonce d’un envoyé qui viendra après moi et dont le nom sera Ahmad» 6/Al-Çaff -La ligne.

Il est inutile de nous attarder plus longtemps à défendre les vérités suprêmes propres au Coran et aux hadiths ; ces deux exemples qui font référence à la Torah et à la Bible en disent suffisamment long.  Nous voudrions, néanmoins, attirer l'attention de notre auteur sur le fait que Moïse et Jésus avaient annoncé l’apostolat de Muhammad (PSL) à travers la Torah et l'Evangile, mais que les deux textes saints ont probablement été altérés, vu que toute référence au nom de Muhammad (PSL) en a été supprimée. Cependant, le texte de Samarie pour la Torah, et l'Evangile de Barnabé qui existait bien avant l'Islam et qui fut interdit de circulation à la fin du Ve siècle, avaient préservé cette référence, ce qui a été confirmé par les parchemins découverts près de la Mer Morte.

Dans le chapitre 41 de l'Evangile de Barnabé, le nom de Muhammad (PSL) est clairement mentionné : «Allah s'est retiré ;  l'Ange Mickaël les expulsa du paradis. Quand ’Adam tourna la tête vers la porte, il vit écrit au-dessus d'elle : «Il n'y a d'autre dieu qu'Allah, Muhammad est Messager d'Allah».

Ailleurs, cet évangile rapporte ces paroles : «Réponses aux élèves : 'O Maître, qui est cet homme dont parle Jésus, et dont il annonce la venue au monde ?» Il répondit de gaieté de cœur : «Il s'agit de Muhammad, Messager d'Allah».17

Forts de ces preuves irréfutables que T. Ehlert, auteur «Muhammad, Prophète de l’Islam», dans l'Encyclopédie de l'Islam, a pourtant ignorées, nous pouvons affirmer qu’il a écrit cet article mû par la forte volonté de semer le doute et la confusion sur tous les aspects de la vie du Prophète (PSL). Même son nom n'échappe pas à son désir de tout remettre en question. A en croire ses pensées soupçonneuses, il faut obligatoirement conclure que quelque chose dans la biographie du Prophète (PSL) est fausse, ou que toute sa vie baigne dans l'obscurité totale. Voilà bien un point de vue incontestablement malsain !

5. Rejet des signes initiatiques de la prophétie :

L'enfance du Prophète (PSL) fut marquée par des événements uniques, annonciateurs d'un phénomène extraordinaire, qui allait se produire plus tard dans sa vie, et qu'il allait avoir à charge de faire connaître. Parmi ces événements, citons le fendage de son cœur alors qu'il était jeune enfant dans la région de Bani Saâd, sa rencontre avec Bahira, le moine qui lui a prédit son prophétat, sa participation à la reconstruction de la Ka'ba et ce qu'il s'y est produit quand, en s'enveloppant les épaules de son vêtement, il a accidentellement dévoilé ses parties intimes puis s'est jeté à terre pour se couvrir alors que, à l'époque anté-islamique, montrer sa nudité au grand jour était chose courante. Ce sont là des événements bien connus, rapportés dans les ouvrages sur la Sirah, l'histoire et les hadiths, mais totalement récusés par l’auteur de l'article «Muhammad, Prophète de l'Islam» dans l'Encyclopédie de l'Islam.

5.1 Du fendage du cœur :

Nos deux auteurs nient la véracité du fendage du cœur du Prophète (PSL), arguant qu'il s'agirait d'un miracle de la nature, mais totalement impossible en réalité, et que «la sagesse veut qu'on nie», écrivent-ils. Ils se rangent à l'opinion d'un autre orientaliste, Birkeland, qui écrit : «L'histoire de l'ouverture de la poitrine de Muhammad est une matérialisation exégétique postérieure au verset 1/XCIV». (E.I, VII/364) Ce verset dit : «N’avons-nous pas épanoui ton cœur ?» Al-Sharh/L’Epanouissement.

Ainsi donc cet orientaliste, et d'autres, s'entêtent à apprécier les événements de la vie du Prophète (PSL) en leur appliquant des critères de la vie courante et ordinaire, c'est-à-dire des critères qui obéissent aux lois de la doctrine du matérialisme historique et du positivisme qui rejettent tout ce qui est d'ordre mystérieux, ghaybi et spirituel. Or, estimer que les prodiges, dans la vie de Muhammad (PSL), ne sont que des produits de l'imagination, revient à nier le miracle dans la vie de tous les prophètes, y compris Moïse et Jésus, que la paix soit sur eux. 

En vérité, le fendage du cœur du Prophète (PSL) est un fait extraordinaire qui n'obéit pas aux lois de la nature, comme tant d'autres qu'Allah a créés dans la vie des prophètes pour servir Son dessein. Ne dirait-on pas la même chose de la Conception immaculée de Jésus ?  Les conditions de son enfance et toute sa vie ne constituent-elles pas un miracle, alors qu'il vint au monde sans avoir été conçu par un géniteur et que, tout bébé dans son berceau, il parla aux hommes ? De même, la vie de Moïse fut-elle parsemée d'événements extraordinaires. Autant d'actes et d'événements dans la vie des prophètes que les sciences exactes ignorent, parce qu'ils ne relèvent pas du domaine de la pensée matérialiste et positiviste.

Les orientalistes qui ont donc essayé d'expliquer le fendage du cœur comme étant une matérialisation exégétique conçue pour illustrer les paroles du Tout-Puissant, rapportées dans la sourate al-Sharh, sont tombés dans l'erreur car c'est le mot «fendage», et non pas «ouverture», qui est utilisé. Or, les explications avancées par T. Ehlert ne tiennent pas compte des deux sens du terme, l'un propre et physique, l'autre figuré et abstrait.18 Les ouvrages sur les hadiths du Prophète (PSL) nous apprennent que le shaqq (fendage) du cœur du Prophète est attesté par d'illustres autorités religieuses et par les ’isnad, chaînes de transmission qui ne souffrent pas le moindre doute. Abù Na'im l'évoque dans ses Dalà'il al-Nubuwwah ; il est reproduit sans controverse par Muslim dans son Çahih, l'imam Ahmed dans son Musnad, et Ibn Sa'd dans ses Tabaqat al-Çahàba.

D'autre part, ’Anas, béni soit-il, un Compagnon du Prophète (PSL), rapporte : «Un jour, l'Ange Gabriel vint à Muhammad alors qu'il jouait avec un groupe d'enfants de son âge. L'Ange Gabriel le saisit, lui fit perdre connaissance, puis lui fendit le cœur et en extrait un grumeau de sang.  Il lui dit alors :«Ce que j'ai enlevé est la part de Satan qu'il y avait en toi (ô Muhammad) ». Il nettoya ensuite le cœur avec de l'eau de Zemzem dans une écuelle en or, le pansa et le ramena à l'endroit d'où il l'avait pris. Stupéfaits, les enfants se précitèrent chez sa nourrice pour lui annoncer que leur camarade avait été tué. Quelque temps après, voilà que Muhammad  les  rejoignit, tout pâle.».

Ce récit  fut authentifié par maints contemporains, consigné par de nombreux chroniqueurs, entériné par de nombreux 'ulama’, et cité dans le Mustadrak (le complèment d'un livre) de Nisaburi.

A propos du même sujet, Ibn Hajar écrivit : «Le fendage du cœur de Muhammad (PSL) est un phénomène singulier et surnaturel auquel on doit croire et que l'on doit admettre car rien n'est au-dessus de la Toute-Puissance d'Allah».

Sans doute cette purification du cœur de la touche de Satan était un signe initiatique annonciateur d’apostolat, une préparation à l'immunisation contre les velléités du mal et de l'adoration d'un autre dieu qu'Allah. C'est que durant toute son enfance et sa jeunesse, le Prophète (PSL) ne fit de mal à personne et ne s'inclina devant aucune idole bien que le paganisme fût répandu chez ses contemporains arabes.

La négation du véritable sens de miracles crédibles et confirmés, est en fait une manifestation fallacieuse de la pensée matérialiste et des philosophies positivistes. Le matérialisme ne peut à lui seul rendre compte du comportement des prophètes et de tous les événements de leur vie.

5.2 Du déni des voyages d'affaires du Prophète (PSL) :

Il est écrit dans l’article de l’E.I «qu’il serait également plus sage de laisser de côté les prétendus voyages de commerce en Syrie qui auraient eu lieu quand il était enfant sous la garde de son oncle Abu Tàlib, et plus tard au service de sa future épouse Khadija». T.Ehlert, a fait de ces voyages le thème principal qui fit intervenir, suivant les versions arabes, deux moines pour prédire que Muhammad (PSL) serait Prophète.

En effet, la sagesse et l'esprit rationnel veulent qu'on ne sût porter un jugement qui infirme ces voyages sans apporter de preuves contraires. Or, notre auteur ne se fonde sur aucune preuve, se contentant de l'hypothèse selon laquelle les voyages n'auraient eu qu'une valeur rhétorique, permettant d'annoncer la nouvelle de l’apostolat de Muhammad (PSL).

La vérité est qu'on ne peut confirmer ni infirmer ces voyages, ou tout autre manifestation naturelle ou surnaturelle dans la Sirah, ou encore toute manifestation naturelle ou surnaturelle sur la base d'un simple soupçon, mais uniquement si l'on procède par investigation sereine et honnête, par la vérification et l'examen méthodique de la valeur des chaînes de transmission, et à condition aussi que ce travail soit mené par de grands spécialistes du Hadith, et des historiens compétents.

Le voyage de Muhammad (PSL), dans son enfance, en Syrie, avec son oncle Abù Talib, lors duquel se produisit sa rencontre avec le moine chrétien Bahira, est confirmé par Abù Mùsà al-Ash'ari dans une communication où il dit : «Abù Tàlib partit en voyage, accompagné de son neveu Muhammad (PSL) et de quelques chefs qorayshites. Lorsqu'ils furent à proximité du monastère, ils arrêtèrent leur caravane. Le moine vint à leur rencontre, alors que d'habitude il ne leur prêtait pas attention. Il marcha entre les caravaniers. Quand il eut aperçu Muhammad (PSL), il alla vers lui, lui prit la main et dit : «Le voici, le seigneur des créatures humaines ! C'est lui le Messager d'Allah à l'humanité entière ; Allah le missionnera, et il sera une miséricorde pour les humains ...» Les chefs qorayshites lui demandèrent alors : «comment le sais-tu ?» Il répondit : «Quand vous avez achevé la reconstruction de la Ka‘ba, il n’est point de pierre ni d’arbre qui n’eurent fait de prosternation à ce jeune homme. Or, un tel geste ne se fait qu’en l’honneur d’un prophète. Ce jeune homme qui vous accompagne porte le sceau de la mission prophètique aux bas du cartilage d’une épaule, marqué comme une pomme …»

La communication est plus longue encore, et al-Tirmidhi la reproduisit dans Al-Manàqeb, dans le chapitre intitulé «Les premiers signes de la prophétie». Elle fut reproduite par Al Hakim al-Nisaburi dans le Mustadraq, par Ibn’Abi Shìba dans le Muçannaf, Al Mawardì dans A’laam al-Nubuwwah, par Abu Naïm dans Dala’il al-Nubuwwah, par Al-Tabari dans ses Annales, et tous ces hommes, ces ruwwat, dit  Ibn Hajar, sont dignes de foi.

Al Dhahbi l'a reproduite dans sa Sirah, où il précise que la communication imputée au moine lui semblait une pure invention. Ce qui explique cette prise de position d'Al Dhahbi, c'est le fait que, dans la dernière partie du récit, il est fait mention de Bilal, le muezzin du Prophète (PSL), et d'Abu Bakr.

Les ‘ulama ont expliqué que l’anachronisme que représente la mention de ces deux Compagnons du Prophète (PSL), est une erreur qui s'est glissée ultérieurement dans le récit. Ibn Hajar a avancé cette explication, appuyé en cela par Ibn Qaym Al Jawziyya. Cette erreur a été corrigée à l'époque moderne par Cheikh Al Albàni.

Quoi qu'il en soit, la communication est vraie, ses transmetteurs sont dignes de foi, et la mention d'Abu Bakr et de Bilal n'est, de toute évidence, qu'une erreur contingente.

5.3 Du déni de la participation du Prophète (PSL) à la reconstruction de la Ka'ba :

T. Ehlert ajoute : «De même, on ne doit accorder qu'une confiance limitée à l'histoire du rôle joué par Muhammad (PSL) dans la reconstruction de la Ka'ba» (E.I VIII/364, col.2) ; mais on ne trouve dans cet article aucune raison, aucun mobile qui justifierait la mise en doute de ce fait. L’auteur chercherait par son attitude à faire réfuter, ou du moins faire planer le doute sur l'événement, parce qu'il comporte des informations qui laissent entendre que Muhammad (PSL) était, depuis son enfance, entouré des soins particuliers de la part du Seigneur qui le mettait à l'abri des machinations de ses ennemis.

Le récit de la participation du Prophète (PSL) à cette reconstruction est rapporté par nombre d'auteurs dont al-Tabarani qui l’a reproduit textuellement dans son al-Mu‘jam al-Kabir. L’imam Ahmad en a reproduit une partie dans son Musnad en se référant à Ibn Tofayl. Dans la dernière séquence de ce texte, on y lit : «Alors que le Prophète portait les pierres qu’il était allé chercher à ’Ajyad (lieu situé en dehors de Makkah) il se sentit subitement mal à l’aise dans sa namira (vêtement rayé). Il déposa les pierres pour réajuster son vêtement sur ses épaules. Mais voilà que par inadvertance, et d’autant plus que la namira était courte, sa nudité se découvrit. Aussitôt il entendit une voix mystérieurse : «Ô Muhammad ! couvre ta nudité» Depuis, on ne le vit jamais nu …!' Entre la construction de la Ka'ba et la Révélation, cinq années s'écoulèrent».  

Pour sa part, Jàbir  bin ’Abd Allah, béni soit-il, rapporte que : «Pendant que le Prophète (PSL) transportait les pierres pour la reconstruction de la Ka'ba, vêtu de son drap, son oncle ‘Abbas lui fit cette remarque : «O neveu, si tu défaisais ton drap, tu pourrais le réajuster sur tes épaules pour te protéger de ces pierres.» Aussitôt dit, aussitôt fait. C'est alors que le Prophète (PSL) tomba à terre sans connaissance ou évanoui. Depuis, on ne le vit plus jamais nu en public».19

Au vu de tous ces récits relatant la participation du Prophète (PSL) à la reconstruction de la Ka'ba, il apparaît clairement que ceux qui refusent d'admettre ce fait ne disposent d’aucun élément susceptible d’étayer leur critique négative. Rien ne justifie leur doute; or, le doute, quand il ne repose sur aucun fondement, doit être tout simplement rejeté.

La raison d'être de toute la suspicion dont T. Ehlert fait preuve concernant les événements qui ont marqué la vie de Muhammad (PSL) avant son missionnement20, à savoir le fendage de son cœur, ses voyages d'affaires lors desquels il a rencontré deux moines chrétiens qui lui ont annoncé son apostolat, et sa participation à la reconstruction de la Ka'ba, est de toute évidence le fait que ces événements comportaient les signes prophétiques de son missionnement. Alors, T. Ehlert a préféré y voir des récits fabriqués de toutes pièces visant à donner encore plus de poids à la mission du Prophète (PSL).

Cette idée est totalement démentie par ces nombreux récits authentiques et chroniques historiques. Une fois de plus, nous devons nous poser la question de savoir pourquoi l’auteur a ignoré les ouvrages sur le Hadith du Prophète (PSL) qui constituent une documentation tellement riche en renseignements sur sa Sirah.

Chapitre II
Du missionnement à la hijra (émigration)

Trude Ehlert aborde cette période de la vie du Prophète (PSL) en soulevant des questions complexes auxquelles il est difficile d'apporter des réponses, concernant l'émergence de Muhammad (PSL) en tant que réformateur religieux. Il précise, en outre, que même les ouvrages sur la Sirah ne peuvent nous éclairer là-dessus, étant donné la nature des sources et la complexité de leur interprétation. 

Il n'a cependant pas explicité ces questions. Partant de l'approche du matérialisme historique, à travers laquelle il a étudié la Sirah du Prophète (PSL), nous pouvons néanmoins supposer que les questions auxquelles il fait allusion sont les suivantes : Comment Muhammad (PSL) a-t-il pu échapper aux lois de l'influence du milieu social, de son environnement intellectuel, culturel et  religieux ? Comment a-t-il pu introduire des prescriptions religieuses, des préceptes d'éthique et des institutions sociales nouvelles ? Où les a-t-il puisées ?  Comment a-t-il pu changer les croyances religieuses et les coutumes anciennes qui s'étaient enracinées dans l'esprit des Arabes ? Comment expliquer la puissance de son influence ?

Ce sont des questions de ce genre que se posent habituellement les partisans du matérialisme historique, une doctrine que notre auteur  veut appliquer à la lettre dans son étude de la vie du Prophète (PSL).

Il est donc normal qu’il bute sur des difficultés pour trouver les réponses adéquates à ces questions, car le matérialisme historique ne peut s'appliquer aux réalités spirituelles, ni à la vie des prophètes. Bien que ces derniers fussent des humains, leur vie n'était pas aussi ordinaire que celle des autres humains. En effet, dans leur vie intervenaient le Mystère (l'immatériel qui ne tombe pas sous les sens), le visible (concret et sensible), la matière, l'esprit, la religion et le profane.

La période que dure le missionnement d'un prophète constitue une étape particulière dans la vie d'une communauté. C'est au cours de cette période que l'humanité reçoit la Révélation venue du  Seigneur de l'Univers, les missions imparties à Ses élus, les prophètes chargés de sauver les humains, de les guider. Dans ce climat de tensions particulières se produisent des phénomènes extraordinaires, des miracles qui viennent appuyer les prophètes dans leurs prédications.

La vie des prophètes et des saints n'est pas une existence humaine ordinaire. C'est pourquoi il est vain de vouloir l'enfermer dans les moules intellectuels limités du matérialisme historique.

1. Allégation des influences païennes sur le Prophète (PSL) :

Procédant donc du matérialisme historique, Trude Ehlert s’est aussi attaché à « démontrer » avec entêtement que le Prophète (PSL) avait continué, après son missionnement, à subir l'influence des us et coutumes de la jahiliyya. L’auteur ajoute que, compte tenu de l'impact de l'environnement socioculturel sur l'être humain, «il est évident que ces croyances anciennes continuent de prédominer au-delà de toute autre considération.»

2. Allégation de l'errance du Prophète (PSL) avant son missionnement :

Pour justifier cette allégation, l’auteur avance des arguments tout aussi fallacieux, parmi lesquels son interprétation fantaisiste du verset : «Ne t'a-t-Il pas trouvé dans l’errance ? Il te guida» 7/al-Doha/L'Eclat du Jour.

Il prétend que le Prophète (PSL) a donné un nom païen, «‘Abd-Manaf», à l'un de ses fils. Il l’accuse aussi d'avoir eu pour gendres deux fils de son oncle Abù Lahab, un chef associant, mushrik, grand défenseur de l'idolâtrie. Il lui reproche aussi d'avoir continué à entretenir les survivances d'un culte païen des démons, les jinn, par ses propos sur ces derniers.

Il étaya ses dires en décrétant que le Coran lui-même décrit les manifestations de «l'errance» de Muhammad (PSL) qui «subissait» l'influence de son milieu païen.

L'interprétation que T. Ehlert a donnée au verset sus-mentionné est erronée et arbitraire. Or de l'avis général des exégètes, Allah rappela par ce verset au Prophète (PSL) les vives inquiétudes que ce dernier nourrissait à l'endroit de son peuple, en majorité idolâtre. Le mot «errance» ne concerne pas la foi du Prophète (PSL), mais désigne plutôt ses appréhensions concernant ce peuple qui continuait à vivre dans le mal. D'ailleurs, dans leur ensemble, les 'ulama affirment qu'aucun prophète, durant son enfance et avant son missionnement, n'avait trempé dans un culte païen quelconque. En cela, le Prophète Muhammad (PSL) ne différait pas des autres prophètes. Ils étaient tous élus, à leur naissance, par le Créateur qui les prédestinait aux missions à accomplir plus tard : avertissement, conduite des peuples, etc.

Allah ordonna par révélation à Son Prophète (PSL) de dire aux Arabes qui le malmenaient à propos du Coran qui les dérangeait :

«Si Allah avait voulu, je ne vous l'aurais pas récité et Il ne vous l'aurait pas non plus fait connaître. La preuve, c'est qu'avant cela, je suis resté parmi vous toute une vie sans le faire. Ne raisonnez-vous donc point ?» 16/Yùnus. Il dit aussi : «N’ont-ils pas connu suffisamment leur Prophète pour le renier aujourd’hui?» 69/Al-Mùminùn/Les Croyants. Si le Prophète (PSL) s'était adonné, dans son enfance ou sa jeunesse, à la moindre action païenne, les mushrikùn le lui aurait rappelé sans hésitation.

Pour «étoffer» son opinion sur le prétendu égarement du Prophète (PSL), l’auteur utilise aussi le verset : «Tu n'avais aucune connaissance du Livre ni de la foi» 52/Al-Chùra/La Concertation. Il en donne une fausse interprétation pour façonner son raisonnement totalement erronnée. L'interprétation exacte du verset est qu'il fourni un argument contre les mécréants qui doutaient de la vérité de la prophétie de Muhammad (PSL). Le Seigneur leur confirme que les prescriptions religieuses, les lois et les règles de la guidée ne sont pas l'œuvre du Prophète (PSL) mais qu'elles lui ont été révélées, inspirées, et qu'il n'en savait rien avant son missionnement.

Ce verset signifie aussi que le Prophète (PSL) ne savait ce qu'était l'Ecriture (au sens commun et religieux du terme), ni n'était préparé pour comprendre le sens profond de la foi ou des attributs d'Allah, avant la révélation. Cependant, cela ne veut pas dire que le Messager d'Allah ne croyait pas, avant la Révélation, en l'existence d'Allah, en Son Unicité. Les prophètes ne vivaient pas dans l'égarement avant leur apostolat, même s'ils ne connaissaient pas les articles de la foi.21

3. Allégation du prénom païen d'un fils du Prophète (PSL) :

Quant à l'information selon laquelle le Prophète (PSL) aurait donné à l'un de ses fils le prénom de 'Abd-Manàf -preuve de l'impact du paganisme sur lui- nous ne savons de quelle source l’auteur l'a puisée, puisqu'aucun des auteurs arabes d'ouvrages sur la Sirah ne le mentionne. Seul figure le prénom ‘Abd Allah donné à son fils, également prénommé Tahar ou Taïeb.

4. Allégation de l'origine païenne des propos du Prophète (PSL) sur les jinn  :

Prétendre que les propos du Prophète (PSL) sur les jinn reflétaient les survivances païennes qui s'étaient déposées dans son esprit, relève de l'incroyable, mais n'étonne pas de la part d'adeptes de la théorie matérialiste, qui ne reconnaît que le tangible. Nous n'avons pas ici l'intention de disserter sur cette théorie, ni sur l'existence des jinn. Rappelons seulement à T. Ehlert que le Prophète  (PSL) n'a pas conçu les propos sur les jinn, mais qu’ils lui furent inspirés par Allah. Le Coran mentionne les jinn et leur accorde une sourate qui en porte le titre. 22 Il y est dit que le Texte Sacré les fait frémir quand ils en entendent la récitation et appellent leurs congénères à la foi en Allah.

Il convient de se poser la question sur quels critères scientifiques ce chercheur s'appuie, dans son approche du Coran, car il se met  pour cette circonstance en contradiction avec lui-même : tantôt il  affirme que le Coran est la principale source de la Sirah, tantôt il en rejette les versets qui ne concordent pas avec ses  allégations, selon lesquelles le Prophète (PSL) était influencé par le paganisme. Comment T. Ehlert peut-il à la fois nier l'existence des jinn et interpréter le hadith du Prophète (PSL) sur les jinn, comme la manifestation de son obédience aux us et coutumes païennes ? !

T. Ehlert n'arrête pas d'échafauder des théories fallacieuses dans le but de «prouver» l'influence païenne sur le Prophète (PSL), comme par exemple lorsqu'il écrit, à propos de la Ka’ba, que le Coran appelle al-Bayt al’Atiq, (le Sanctuaire le plus ancien) : «Makkah, avec son sanctuaire, doit avoir été pour lui un lieu saint même avant d’être mis en rapport avec Abraham et Ismaël (…). Il doit avoir accepté les sacrifices qui y étaient accomplis et ses adeptes [les croyants] participèrent aux rites du pèlerinage mekkois ancien».

Pour toute réponse, nous lui rappelons que les Arabes avaient hérité d'Abraham et d'Ismaël, bénis soient-ils, la vénération de la Ka'ba à laquelle ils réservaient une place importante dans leurs convictions religieuses et dans leur histoire, dans leur patrimoine culturel et dans leurs discours. Il suffit, pour s'en convaincre, de se rappeler ce que Abu Tàlib, l'oncle du Prophète (PSL), a dit au début de son discours, lors de la cérémonie de l'acte de mariage du Prophète (PSL) avec Khadija, bénie soit-elle : «Remercions Allah d'avoir fait de nous les descendants d'Abraham et d'Ismaël, les gardiens de Sa Maison et garants de son inviolabilité, Sa Maison qui est la destination de notre pèlerinage, le centre de notre foi».

Dire que Muhammad vénérait la Ka'ba «avant que le Coran ne l'eût mise en rapport avec Abraham et Ismaël», c'est laisser entendre que ce rapport était interrompu ou inconnu avant la descente du Coran, et que la vénération du sanctuaire était une pratique païenne, à laquelle Muhammad (PSL) participait au même titre que les païens.

Nul doute que la Ka'ba était un lieu saint pour le Prophète (PSL), mais selon la tradition d'Abraham et d'Ismaël. Comme nous l'apprend le hadith du Prophète (PSL) lui-même, il faisait des processions (tawàf) autour de la Ka'ba avant la prise de Makkah, mais sans avoir touché aucune idole parmi celles qui s'y trouvaient. Zayd bin Hàritha, son affranchi, qui l'accompagnait dans ces processions, en a fait un témoignage solennel, attestant ainsi que, avant d'avoir reçu «la bénédiction de son missionnement»23, le Prophète  (PSL) voyait en la Ka'ba un lieu saint, mais pas selon la tradition païenne.

5. Allégation de l'acceptation par le Prophète (PSL) des viandes des sacrifices païens :

T. Ehlert a bâti ce jugement sur le verset 2 de la sourate  al-Kawtar qui ne représente en rien une preuve de cette allégation, et qui dit : «Ne prie que pour ton Seigneur, ne sacrifie qu'à Lui». Ce verset ne fait d'ailleurs pas l'unanimité quant au lieu de sa révélation, d'aucuns disant qu'il fut révélé à Makkah, alors que d'autres analystes  soutiennent qu'il le fut à Médine. Cependant, d'après Sa‘id b. Jubayr, il aurait été révélé dans le site de Hudaybiyya, quand le Prophète (PSL) fut empêché par les associants coalisés d'accomplir son pèlerinage, qu'il faisait chaque année, avant même son missionnement. Comme il était hésitant, Allah lui inspira de faire sur place la çalàt de la fête du sacrifice, et de sacrifier ensuite au nom du Seigneur. La viande du sacrifice devait entièrement servir à nourrir les pauvres de Makkah, afin qu'il n'en reste rien que les associants ne pussent offrir aux idoles.24

Le hadith du Prophète (PSL) prouve clairement que l’auteur s’est donc trompé. Dans Manàqìb al‘Ançar, Bukhari rapporte que lorsque le Prophète (PSL) rencontra Zayd bin‘Amr  bin Nawfal dans la partie basse de Makkah, et ce, avant son missionnement, on lui présenta des victuailles auxquelles il refusa de goûter. S'adressant à Zayd, il déclara : «Je ne mange pas de ce que vous sacrifiez sur vos autels. Je ne mange que ce qui est sacrifié au nom d'Allah».25 

Notre chercheur avance aussi que les croyants participaient aux pratiques des associants, en sacrifiant au pèlerinage selon la voie païenne, avant que le pèlerinage musulman ne fût prescrit. Il se fonde sur le verset : «Al-Çafa et Al-Marwah sont vraiment parmi les lieux sacrés d’Allah. Donc, quiconque fait le pélerinage à la Maison, ou fait la ‘Umra ne commet pas de péché en faisant le va-et-vient entre ces deux monts» (157/158/Al-Baqara (La Vache). Il a interprété ce verset comme étant la permission donnée par Allah aux croyants pour pratiquer le s'ay26 à la païenne, avant qu'il ne devienne un rituel musulman reconnu en tant que tel.

L'interprétation de T. Ehlert est donc totalement erronée et irréfléchie. En fait, ce verset a été révélé après que certains Musulmans se fussent demandé s'il fallait continuer cette pratique. Comme nous l'apprend le récit de ‘A’icha -bénie soit-elle- avant que ce verset fut révélé aux ’Ançar, ces derniers immolaient leurs sacrifices au nom de Manat (une de leurs idoles) -à l’instar des tribus Qodayd- et faisaient les processions païennes entre Al-Çafa et Al-Marwah. Après l'avènement de l'Islam, ils s'enquérirent auprès du Prophète (PSL) à propos de la licité de cette pratique. C'est alors que fut révélé le verset 157 de la sourate Al-Baqara. Les mêmes faits sont rapportés par ’Anas selon Bukhari.

Pour conclure ce chapitre, nous nous devons d'insister avec force sur la nature fallacieuse de toutes les allégations qui visent à représenter le Prophète (PSL) comme ayant été influencé dans sa vie, son enseignement et sa foi, par les us et coutumes païennes. La vérité qui ne souffre aucune contestation est que, par la volonté d'Allah, les prophètes étaient immunisés contre tout ce qui n'était pas conforme à la religion, et que la foi de notre Prophète (PSL) était entièrement pure. Jamais le Prophète (PSL) ne s'est prosterné devant une idole, jamais il n'a consulté de devin ou de prêtre, jamais il ne s'est adonné aux pratiques des associants.

Nous nous devons aussi d'attirer l'attention sur le fait que toutes ces allégations ne visent qu'à discréditer l’apostolat de Muhammad (PSL) en faisant croire que l'enseignement de l'Islam n'est que le prolongement des croyances et rites païens.

La réalité est que l'Islam a été révélé pour sauver l'environnement socioculturel de l'époque, et non pour prolonger le paganisme qui l'a précédé, dont il a provoqué l’anéantissement sans s’en empreigné lui-même.

A travers toutes ces fausses allégations, T. Ehlert vise à réduire l'Islam à un épiphénomène qui ne serait que tantôt le prolongement, tantôt la contradiction de l'environnement socioculturel de Makkah, à transformer le Coran en une simple création humaine, et à nier purement et simplement le caractère de Prophète de Muhammad (PLS) et la Révélation.

Chapitre III
Réfutation des allégations de l'Encyclopédie de l'Islam

1. De l'allégation du développement progressif de la pensée du Prophète :

T. Ehlert estime que l'orientaliste Caetani avait vu juste, en écrivant que «l'émergence de Muhammad en tant que réformateur religieux s'est produite peu à peu et a exigé de longues périodes de méditation et de réflexion que la littérature de la Sirah appelle tahannuth» (E.I, VII/365).

Il ignore tous les hadith et les relations exactes qui indiquent que le Prophète (PSL) reçut la Révélation, et fut investi de la mission prophétique de par Allah, d'une façon soudaine, à des moments précis de sa vie.

Il prétend, plus loin, que les versets qui parlent de la révélation du Coran, qui eut lieu la «Nuit du Destin», pendant le mois de Ramadan, sont ambigus et ne contiennent aucune indication claire qui porte sur le début de la révélation. Il ajoute que «ces histoires traditionnelles, qui identifient certains versets des sourates al'Alaq et al-Muddathir, comme étant les premiers versets révélés du Coran, sont hautement suspectes» (E.I, VII/365)

Il déclare en outre, que les premiers versets de chacune de ces deux sourates présentaient «le Prophète (PSL) comme un kàhin (prêtre) qui se préparait à recevoir la révélation». D'ailleurs, il reconnaît sa tendance à accorder du crédit à l'accusation des ennemis du Prophète (PSL) qui qualifiaient ce dernier de «fou, de magicien ou de devin».

Ainsi donc, niant la réalité des phénomènes qui se rapportent à la prophétie, parce qu'il se refuse à les voir autrement qu'à travers le prisme du matérialisme historique, il ne veut pas admettre que la prophétie et la révélation, qui devaient apporter la foi à l'humanité, adoucir ses mœurs et organiser la vie de l'individu et de sa communauté, s'étaient produites soudainement et n'avaient nécessité aucune préparation intellectuelle de longue haleine du sujet qui les recevait.

Afin de consolider son point de vue, T. Ehlert exploite les enseignements que nous apportent les œuvres sur le hadith et la Sirah concernant la retraite que prenait le Prophète (PSL), de temps à autre dans la grotte de Hira pour prier et méditer, c'est-à-dire s'adonner au tahannuth, à l'abri de tout dérangement. Hélas, il n'exploite ces enseignements que pour dénigrer l'illustre personnage et falsifier la vérité. En effet, il interprète à tort les réalités indéniables qu'étaient le tahannuthdu Prophète (PSL), ses dévotions, ses méditations et ses réflexions à l'abri des nuisances du monde extérieur comme significatives de sa recherche de nouveaux enseignements religieux.

Nul ne dispose de preuve que le Prophète (PSL)  pratiquait ces exercices avant son missionnement aux fins d'établir une religion nouvelle, un nouveau livre sacré, ou à développer ses aptitudes personnelles à la prophétie. Celle-ci n'est pas une question d'entraînement ou d'aptitude personnelle, mais une grâce et une sagesse qu'Allah dispense à qui Il veut.

2. Du déni de la révélation (du wahyu) :

En alléguant que la réflexion du Prophète (PSL) s'est faite progressivement, Caetani et ses émules, comme T. Ehlert, avaient pour objectif certain de nier la révélation et, partant, la qualité prophétique de Muhammad (PSL). Celui-ci n'aurait pas alors reçu la visite de l'Ange Gabriel, qui lui a transmis la Révélation : pour ces orientalistes, elle n'est que le résultat psychique de ses méditations qui s'achevèrent par des états extatiques.

Par ailleurs, rien n'autorise à dire que les versets qui parlent de la descente du Coran «la Nuit du Destin», au mois de Ramadan, sont ambigus. Au contraire, ils sont clairs et nets et, comme nous le verrons, les hadiths du Prophète (PSL) rendent cette datation de la Révélation encore plus claire.

Rappelons, d'abord, que le phénomène de la Révélation est un prodige, un miracle extra-naturel sans relation avec l'inspiration, l'introspection, ni une quelconque préparation psychologique. La Révélation venait à Muhammad (PSL) de l'extérieur : il était un simple «recevant», et n'intervenait pas dans l'élaboration ni la formulation des idées.

Les orientalistes et les matérialistes ne trouvèrent aucune explication à ce phénomène, ni psychologiquement ni matériellement. Non convaincus de leurs limites ou de leur incapacité, ils continuent de patauger dans leur incohérence. Sans doute, en se dérobant à la reconnaissance de la réalité de la prophétie et de la Révélation, ils ont été conduits à se fourvoyer dans leur confusion et leur incertitude depuis deux siècles (XIXe et XXe). Les prétentions des orientalistes au sujet de ce qu'ils appellent une évolution progressive de la pensée du Prophète (PSL) en direction de son missionnement et de son appel à l’Islam, ne trouvent aucune justification devant l'affirmation du Prophète (PSL) qui déclara qu'il «fut surpris par la Révélation et en fut extrêmement  effrayé». N'est-ce pas suffisant pour admettre qu'il ne s'y attendait pas ?

Signalons, cependant, que d'après un hadith reproduit par Bukhari et Muslim dans leurs Çahih respectifs, «tout commença par une vision réelle. Puis le Prophète éprouva le besoin d'aller se retirer dans la grotte de Hirà pour se livrer à son tahannuth. C'était un lundi du mois de Ramadan. Au cours de cette nuit, l'Ange Gabriel vint à l'improviste, pour la première fois».27 Dans une autre communication, Bukhari rapporte que «le Prophète (PSL) continua ses exercices dévotionnels dans la grotte de Hirà, jusqu'au jour où le Vrai l'inonda de sa lumière». Ibn Hajar ajoute que l'exégèse est encore plus précise puisqu'il y est dit «jusqu'à ce que le Vrai le prit par surprise».

Témoignage d'un intellectuel chrétien :

Nul besoin d'alimenter davantage les débats avec ces orientalistes qui n'accordent aucun crédit à l'authenticité de la Révélation et du missionnement du Prophète. Je tiens plutôt à leur faire connaître les propos justes d'un intellectuel sincèrement chrétien, nommé Bouchra Zakaria Mikhaël, qui étale au bénéfice de ses coreligionnaires les preuves évidentes de l'origine divine du Coran, et ce, dans un ouvrage intitulé : «Muhammad est le Messager de Dieu tel qu'annoncé par les Evangiles»28.

Parmi les preuves présentées par l'auteur, on lit :

1. Le Coran contient ce que rapportent les Ecrits révélés avant lui. Cette preuve est celle-là même que le Négus, empereur d'Abyssinie, retint après l'audition de versets du Coran que lui a récités Ja'far bin Abi Tàleb (lors du premier exode des Musulmans en Abyssinie). Aussi le Négus réagit-il favorablement et dit : «Par Dieu, ce que tu récites et ce qui fut révélé à Jésus, fils de Marie, proviennent de la même source lumineuse».

2. Si le Coran était l'œuvre de Muhammad (PSL), il n'aurait pas placé si haut Moïse et Jésus et aurait même gardé le silence sur les prodiges de chacun d'eux, ce qui aurait, bien sûr, désarmé les adversaires.

3. Si Muhammad avait laissé entendre que le Coran était son œuvre, il se serait fait un tort incommensurable en se privant de la gloire et de l'honneur d'en être le « recevant » privilégié et d'être associé à la grandeur et à la magnificence du Texte, déclaré inimitable et défie les jinn et les humains de produire une seule sourate lui ressemblant.

Ces preuves, aussi modestes soient-elles, suffisent à établir la vérité, car elles procèdent du même contexte intellectuel et confessionnel que celui de ceux qui nient la Révélation à Muhammad (PSL). Ce sont des preuves éclatantes, qui émanent de la partie «adverse» qui reconnaît la vérité, et il n’y a pas de vérité plus sincère que celle qui émane, dans ces conditions, de l’adversaire..

Ici, non plus, nous n'avons pas besoin de nous attarder sur la mise au point à faire à ceux qui cultivent la partialité et le doute, et se complaisent à trancher injustement «qu'il n'est pas évident que la sourate XCVI soit la première de la Révélation, et que la sourate LXXIV soit celle par laquelle fut reprise la Révélation», après un répit attesté par les Çahihs et les 'ulama de la Sirah. Dans le corpus rassemblé par Bukhari, on trouve un cinglant démenti aux divagations orientalistes.

Cependant, les avis des 'ulama divergent sur la durée de ce répit, cette pause dans la continuité de la Révelation, mais ils s'entendent pour dire qu'elle n'a pas dépassé les quarante jours. Son but aurait été de permettre au Prophète, d'une part de reprendre son souffle et ses forces, après sa première rencontre avec l'Ange Gabriel et, d'autre part, de lui faire éprouver le désir de revoir cet Ange et d'en recevoir davantage.

Que T. Ehlert proclame cette pause une énigme ou que le fait d’être «simplement inventée par les biographes du Prophète qui voulaient construire une chronologie exacte de sa vie», n'est rien d'autre que des paroles qui ne reposent sur aucune preuve, et ne résistent ni aux affirmations de la Tradition ni aux écrits des 'ulama.

3. Allégation de l'expérience de la révélation par le Prophète (PSL) à la façon des devins :

Il s'agit, ici, d'un autre genre de falsification de la vérité qui discrédite T. Ehlert, qui s’est appuyé cette fois sur les instructions éducatives trouvées au début de la sourate al-Muddathir, et destinées à discipliner le Prophète (PSL) pour qu'il soit digne d'assumer la mission qui lui est assignée :

Il s'est couvert d'une cape 
Toi qui t'es couvert d'une cape
Lève-toi pour donner l'alarme
Ton Seigneur magnifie
Tes vêtements purifie
Toute souillure fuis
Ne donne pas à seule fin de plus obtenir
Sois constant à ton Seigneur.

1-5/Al-Muddathir (Il s’est couvert)

On trouve également des instructions de ce genre adressées au Prophète (PSL) dans la sourate al-Muzzammil.

L'Emmitouflé
Toi, l'emmitouflé
Lève-toi la nuit, rien qu'un peu :
Une moitié de la nuit, que tu diminues cette moitié d'un moment
Ou la rallonges. Et psalmodie le Coran distinctement
Nous lancerons sur toi une parole dense :
L'effusion nocturne est plus ferme d'empreinte et plus directe de propos.

1-4/Al-Muzzammil

A propos de ces directives éducationnelles dispensées par le Très-Haut au Prophète (PSL), T. Ehlert et ses pairs avancent qu'elles constituaient une préparation du Prophète (PSL) à «recevoir la révélation comme les kahins». Ce jugement est une autre calomnie dont ces hommes se rendent coupables.

Quel rapport y aurait-il entre une révélation coranique venue d'Allah et les pratiques inspirées aux devins par leurs démons ? Quelle place accordent ces orientalistes à l'Unicité d'Allah, exprimée à travers le Rappel, le Dhikr, la purification de l'âme, le comportement sage et pieux du Prophète (PSL) ? Comment apprécie-t-on ses longues prières durant la nuit, ses récitations nocturnes du Coran ? Pourrait-on dire que se sont là les actes d'un devin ? Ne s’agit-il pas ici d’exercices de dévotion tout à fait différents, sans rapport et sans lien avec les pratiques sataniques ?

N'oublions pas que l'éducation du Prophète (PSL) fut entreprise par Allah et n'a rien à voir avec une quelconque préparation ou formation personnelle, pour que Muhammad (PSL) soit en mesure d’assumer la responsabilité des lourdes tâches de sa mission qui exige, entre autres qualités, la force de l'âme et du cœur, la volonté, la résolution et la patience dans l'endurance.

Il ne fait aucun doute qu'il existe une énorme différence entre le genre de discipline et d'éducation nécessaires pour honorer une mission prophétique, et le genre de préparation profane qu’implique la recéption d’une «certaine inspiration», comme celle que connaissent les devins, ou les poètes. Les orientalistes connaissent cette différence, mais ils feignent de l'ignorer. Ils préfèrent déclarer faux ce qui est vrai, car ils se plaisent depuis toujours à falsifier la vérité.

4. De l'allégation de l'inspiration prophétique comme résultat d'un délire démentiel :

Dans son article de l'Encyclopédie de l'Islam, T. Ehlert s'abstient d'exprimer ouvertement son adhésion à cette autre allégation insensée faite par de nombreux orientalistes. Néanmoins, cette adhésion filtre à travers sa description de la révélation au Prophète (PSL) lui-même, qu’il décrit comme présentant «des états étranges d'excitabilité et d'émotivité que traduisaient des crises mystérieuses». L'auteur tente ainsi de faire croire au lecteur que le Prophète (PSL) était sujet à des crises d'épilepsie, ou de démence, après chaque révélation.

Fausse allégation, car l'état du Prophète (PSL) en ces moments-là  était totalement différent de l'état épileptique, et ce, pour plusieurs raisons, dont les suivantes en particulier :

1. Suivant le témoignage des ennemis même du Prophète (PSL), ce dernier était en bonne santé et présentait d'excellentes conditions physiques. Des informations transmises aux chroniqueurs par succession, tawàtur, le confirment. Or, une personne en aussi bonne santé ne peut être sujette à des crises démentielles ou épileptiques.

2. Après sa crise, l'épileptique ressent de vives douleurs musculaires et se trouve souvent en proie à la dépression. En fait, la douleur physique et morale est si forte qu'il présente une tendance au suicide. Si donc le Prophète (PSL) était, après chaque révélation, tel un épileptique, il aurait été si déprimé qu'il aurait voulu s'en voir délivré. Or, il se sentait heureux après chaque révélation.

3. Il est scientifiquement démontré que, pendant la crise, un épileptique perd ses facultés intellectuelles, ses sensations, sa sensibilité et sa conscience. Au contraire, pendant qu'il recevait l'inspiration divine, le Prophète (PSL) gardait toutes ses forces mentales, toutes ses facultés, sa conscience de tout. Il récitait même à son entourage les versets qu'il venait de «recevoir» ; il les répétait de façon claire, haute et intelligible. Il transmettait les prescriptions divines, les règles de jurisprudence, les orientations, les exhortations, les normes de l'éthique, dans une langue éloquente, purement arabe, et excellemment structurée. A-t-on jamais entendu un épileptique à l'issue de sa crise dire des choses aussi nettes, aussi hautes, aussi spirituelles ou profanes de la vie courante ? Quiconque compare l'état du Prophète (PSL), au moment ou après la réception de la révélation, à celui d'un malade psychique ou d'un épileptique, est lui-même un malade, un aliéné qui ne distingue pas le blanc du noir, ou le jour de la nuit.

4. Les progrès de la médecine et de la technologie ont permis une meilleure connaissance et une meilleure guérison de l'épilepsie. Les résultats de ces travaux ont démontré que les manifestations de cette maladie nerveuse ne pouvaient être rapprochées de l'état du Prophète (PSL). Ce que les orientalistes ont dit sur la question n'est que pur mensonge.

Il est vrai que l'inspiration prophétique est un phénomène auquel la science n'a pu donner d'explication jusqu'à présent, mais il n'y a dans ce cas aucun reproche à lui faire.

5. On ne doit pas perdre de vue que ceux qui s'obstinent à attribuer au Prophète Muhammad (PSL) un état épileptique ne diffament pas seulement cet illustre personnage, mais attentent aussi à la haute honorabilité de tous les Envoyés d'Allah qui ont communiqué aux humains les messages du Seigneur, verbalement ou par des Ecrits révélés. Ce que les orientalistes disent de Muhammad (PSL), peuvent-ils le dire de Moïse ou de Jésus ? Quiconque tient à propos des prophètes un langage de ce genre ne peut être qu'un matérialiste sans conviction religieuse, ou un insensé qui nourrit le dessein de détruire toutes les religions.

5. De la réduction de la proclamation faite par le Prophète (PSL) à des facteurs psychologiques :

Dans le contexte de la négation de la révélation, T. Ehlert a écrit dans l'Encyclopédie de l'Islam : «C'est probablement sur une période de plusieurs années qu'un nouveau monde d'idées commença à envahir le prophète (PSL) de plus en plus, jusqu'au jour où il se sentit finalement contraint par une force irrésistible, d'aller de l'avant et de les proclamer». (E.I, VII/366).

Derrière cette formulation astucieuse se cache le dessein de l’auteur et qui consiste à suggérer au lecteur que les notions, les idées générales, les lois, les institutions religieuses et sociales qui gèrent la vie humaine, enfin tous les thèmes développés dans le Coran et le hadith du Prophète (PSL) ne sont que le fruit d'une hyperactivité cérébrale telle que, après de longues méditations et de mûres réflexions, il dut les proclamer sous la pression d'une force interne irrésistible.

Cette conception des choses serait acceptable si elle concernait le comportement d'une personne ordinaire, mais elle ne convient nullement pour expliquer le comportement des prophètes, car ces derniers ne font qu'assumer une mission qui leur est assignée pour avertir leurs peuples respectifs, les mettre en garde, leur faire des exhortations et de leur annoncer les bonnes nouvelles. En agissant de la sorte, ils répondent à l'ordre d'Allah, exécutent Sa Volonté à laquelle ils ne peuvent se dérober, même au prix de nombreuses et  grandes difficultés, ou du sacrifice de leur propre personne.

Le Prophète Muhammad (PSL) ne fut pas contraint de faire sa proclamation sous l'effet d'une force psychique ou mystérieuse qui grondait en lui, comme le prétend l’article de l’E.I, mais il la fit quand il en reçut l'ordre d'Allah, comme nous l'apprend le Coran: «Proclame donc hautement les ordres que tu as reçus et détourne-toi des associants» 94/Al-Hijr.

D’autres versets du Coran démentent les allégations et prétentions de ce genre. Le Prophète (PSL) recevait les commandements d'Allah et les exécutait immédiatement et parfaitement.

La lutte dure et périlleuse  que les prophètes menaient âprement pour sauver l'humanité de l'ignorance des choses de la religion et de l'idolâtrie, des injustices sociales, des péchés, des crimes et autant d'autres maux, au prix de leurs souffrances, de leur endurance et parfois de leur vie, ne peut pas être expliquée par le déterminisme psychologique et matérialiste. En effet, ce déterminisme écarte toute idée d'intervention du wahy (révélation), cette haute inspiration suscitée et soufflée par Allah dans l'être tout entier des prophètes, qui est extérieure à leur moi et indépendante de leurs motivations, et par laquelle la Volonté divine se manifeste et se réalise.

5. Du prétendu non-fondement des premières récitations du Coran sur une conception dogmatique du monothéisme :

T. Ehlert estime que «les premières récitations du Coran sont fondées non sur une conception dogmatique du monothéisme, mais sur un puissant appel moral et religieux qui était destiné cependant, dans les circonstances que connaissait Muhammad (PSL) à Makkah, à conduire à une rupture avec les polythéistes.»(E.I, VII/366)

Selon l’auteur, les principaux thèmes sur lesquels portent ces premières révélations sont la responsabilité morale, le Jugement dernier, les tortures des condamnés à l'Enfer et les délices du Paradis pour les pieux.

Telle est, en résumé, l'opinion de ce chercheur dans laquelle on observe un amalgame du vrai et du faux. Certes, ces thèmes existent dans les premières récitations du Coran, mais prétendre qu'ils ne sont pas fondés sur le dogme du monothéisme, est un mensonge que le Coran est le premier à dénoncer. D'ailleurs, ses premières récitations elles-mêmes en présentent les arguments justificatifs. En effet, la conception dogmatique du monothéisme constitue le thème principal des premières paroles divines que l'Ange Gabriel vint transmettre au Prophète (PSL) dans la grotte de Hirà :

«Lis, au nom de ton Seigneur qui a créé ;
qui a crée l'homme d'une  adhérence ;
lis ! Ton Seigneur est le Très-Noble
qui a enseigné par la plume,
a enseigné à l'homme ce qu'il ne savait pas»

1-5/ Al-‘Alaq / L'Adhérence.

Notre respectable chercheur n'a-t-il donc pas compris que la lecture à laquelle le Seigneur exhorta le Prophète (PSL), et par delà cette lecture l'acquisition du savoir, est la science dont l'objectif est de satisfaire à la volonté d'Allah et à Ses prescriptions ? Ces ordres furent donnés au Prophète (PSL) par Allah Allah par la Grâce Auquel l'être humain fut créée par adhérence. Ces actes et ces attributs d'Allah constituent la substance et l'essence même du monothéisme. Si l'on voulait se pencher sur l'analyse de ces actes et attributs, il faudrait de nombreuses pages pour consigner ce travail, car le Créateur qui a créé est l'Etre vivant, ayant le Pouvoir et la Science, la Sagesse et la Clairvoyance. Il est Un, Unique, et Immuable.

Le cas de T. Ehlert suggère deux possibilités : ou bien il ne connaît que peu de choses dans le domaine où il a choisi d'écrire, n'ayant qu'une connaissance superficielle du Coran, ou bien il ignore la réalité et essaie de voiler son incompétence.

Revenons aux premiers versets de la sourate al-Muddathir, qui fut révélée après les versets précédemment cités, et dans lesquels Allah dit :

«Toi, qui t'es couvert d'une cape
lève-toi pour donner l'alarme
ton Seigneur magnifie ... »

Nous remarquons qu’après avoir ordonné au Prophète (PSL) d'alerter les humains, Allah lui ordonne de L'adorer et de Le magnifier, lequel ordre s’inscrit en plein dans le dogme monothéiste. Quiconque connaît les secrets de la construction des phrases dans la langue arabe -qui est celle du Coran- n'ignore pas que l'interversion du verbe et du complément d'objet direct, autrement dit l'anastrophe, indique l'emphase et la mise en valeur. Dans ce contexte, nous dirons la spécification, c'est-à-dire le fait de rendre au Seigneur un hommage spécifique parce que Lui Seul, en droit, est digne d'être adoré.

Telles sont les premières séquences du Coran révélées au Prophète (PSL). Nous ne pouvons pas nous tromper en disant que toutes les parties du Coran mekkois ainsi que la Sirah et les premiers enseignements du Prophète (PSL) sont fondés sur le dogme de l'Unicité, du monothéisme. La première des choses à laquelle le Prophète (PSL) invita son clan et son peuple est celle de proclamer qu'il n'y a d'autre dieu qu'Allah. Le premier principe dogmatique qu'il enseigna aux premiers croyants est de louer l'Unité d'Allah, de Le proclamer exempt de toute association. En œuvrant pour la consolidation et le triomphe de ces principes dès le début de l’appel de l’Islam à Makkah, autrement dit dans un environnement social quasi polythéiste, un bon nombre de croyants furent torturés par les païens, parfois jusqu'à la mort, sans jamais renier leur foi, et scandant jusqu'à la fin l'unicité d'Allah.

6. De l'explication psychologique de la force du Prophète (PSL) :

T. Ehlert estime que «la force de Muhammad (PSL) réside dans la conscience qu'il avait de vivre dans un monde intellectuel plus élevé que celui que formaient les polythéistes, et qu'il proclamait des idées que ni les hommes, ni les jinns, ne sauraient produire, même en combinant leurs efforts.» (E.I, VII/366)

Psychologique et matérialiste, cette explication a le défaut de passer outre le lien spirituel qui existe entre le Prophète (PSL) et son Seigneur qui lui a prêté Son assistance et Son soutien. L'autre défaut de cette explication est d'imputer à la conscience et à la foi qu'avait le Prophète (PSL) en lui-même et en ses idées, la force morale qui lui permit d'affronter les coalitions adverses et de résister aux grands défis de son époque.

Sans doute le Prophète (PSL) se distinguait-il par des qualités exceptionnelles qui atteignaient la perfection, comme le courage, la patience dans l'endurance, le sang-froid, la résolution, mais ces qualités à elles seules n'expliquent par le secret de la force d'âme, d'esprit et de cœur. Il faudra rechercher un autre facteur, celui qui réside dans sa relation intime avec le Créateur qui souffla en lui la conscience de sa mission et de son rôle que traduisent ses comportements et ses attitudes dans des situations extrêmement difficiles, devant lesquelles les humains ordinaires faiblissent et désespèrent. Au contraire, le Prophète (PSL) faisait face aux plus dures épreuves par des prières et des invocations à l'adresse du Seigneur, implorant Son assistance et Son secours. Ces nombreuses prières, qu'il n'est pas nécessaire de passer en revue, sont conservées et diffusées dans le monde islamique.

Il est tout de même étrange que l’auteur de l’article : «Muhammad … » (E.I), ignore toutes ces choses, et ignore même ce que des intellectuels européens, plus ouverts d'esprit et plus honnêtes, ont écrit à propos du Prophète (PSL). Prenons par exemple à témoin le célèbre poète français, Alphonse de Lamartine, qui dit : «Si dans les sciences physiques la force de jet d'un projectile aide à déterminer la force de résistance de l'objet visé, alors on peut dire que dans l'histoire, l'œuvre de Muhammad, qui a écrit pour la postérité les pages de l'humanité, donne la vraie mesure de la puissance de sa Révélation, de sa force de cœur et de sa noblesse de sentiments et d'idées qui ont irradié jusqu'aux contrées les plus éloignées, et ce, pour un temps infini. Il ne fait aucun doute qu'il s'agit là d'une pensée extraordinaire née d'un être exceptionnel».29

«Incontestablement, ces mots décrivent les liens qui unissaient Muhammad aux enfants de sa patrie, la lutte qu'il a menée pour sortir son peuple de l'obscurantisme ; sa tristesse devant l'idolâtrie ambiante, et sa foi en la victoire du Glorieux Message qu'il transmettait ; la mobilisation de ses troupes pour veiller sur le respect des principes de l'Islam. Tout ceci prouve bel et bien qu'il était un vrai prophète à la vie exemplaire».30

De son côté, Thomas Carrell a écrit, dans son livre intitulé Les Héros : «La plus grande honte pour un homme civilisé de nos jours est de croire aux accusations formulées contre l'Islam et ses adeptes. Il est de notre devoir de combattre des idées aussi viles et basses, car la mission accomplie par le noble Prophète est devenue une source de lumière pour des millions de personnes. Ce grand homme est une créature venue du cœur et des entrailles de l'univers, il est une partie des réalités essentielles des choses. Tel est Muhammad, ce grand homme à qui Dieu enseigna la science et la sagesse ; sa parole est une voix venue des cieux»31.

La force de Muhammad (PSL) se nourrit aux sources du Mystère, s'inspire de la Force du Tout-Puissant, Qui lui a assuré la victoire et la fidélité des croyants. Le Coran et la Sirah du Prophète (PSL) témoignent de l'assistance d'Allah en sa faveur.

7. De la supposée limitation de la proclamation aux seuls Arabes :

T. Ehlert prétend qu' «il est tout à fait évident que, pendant les années de Makkah, Muhammad ne songeait pas à fonder une nouvelle religion. Sa tâche consistait seulement à être un avertisseur (nadhir) des Arabes à qui aucun prophète n'avait encore était envoyé». Pour appuyer cette thèse, l’auteur se réfère à certains versets du Coran, lesquels mettent bien l'accent sur la portée du Livre révélé à un Prophète envoyé pour avertir un peuple qui avait vécu jusque-là dans l'obscurantisme. Il cite, par exemple, les versets 1-2 de la sourate Al-Muddathir : «Toi qui t’es couvert d’une cape, Lève-toi pour donner l’alarme». Ou le verset 45 de la sourate An-Nazi'àt : «Tu n’es que l’avertisseur de ceux qui la craignent». Ou encore le verset 46 de la sourate Al-Qéçac Les Récits : «Tu n’étais point sur le versant ouest du Mont (Sinaï) quand Nous avons interpellé Moïse... une miséricorde de ton Seigneur pour avertir un peuple à qui nul avertisseur avant toi n'est venu, afin qu'ils se rappellent».

«- Ou vont-ils dire : «Il l’a inventé» ?

- Oh non ! C’est la vérité, venant de ton Seigneur, pour que tu donnes l’alarme à un peuple que n’avait touché avant toi nul donneur d’alarme.

- S’ils pouvaient bien se guider.» [3/Al-Sajda/La Prosternation.]

Ces dernières références coraniques suffisent pour instruire T. Ehlert et ses pairs qui croient en une restriction de la mission d’avertisseur du Prophète aux Arabes exclusivement ; elles leur ouvrent également les yeux sur le caractère universaliste de cette mission.

Sans trop nous attarder sur le véritable sens de ces versets, sur lequel T. Ehlert aurait pu prendre la peine de réfléchir, contentons-nous de citer cette explication du dernier verset, donnée par un analyste contemporain : «Le but est que tu leur rappelles (aux mécréants arabes) qu'ils ont grand besoin d'un donneur d’alarme.» D'où le verset : «...pour avertir un peuple...». Cela ne signifie pas que la mission du Prophète se limitait à propager le message de l'Islam parmi ce peuple, pas plus que cela ne signifie que ce message ne devait pas être transmis aux peuples non-arabes qui eurent des prophètes.  Les preuves de l'universalisme de l'Islam abondent dans le Coran et la Sunna.»32

Il faut préciser ici que les versets démontrant l'universalisme de l'Islam ont été révélés au Prophète (PSL) durant la période mekkoise, comme par exemple le verset 1 de la sourate Al-Furqàn/Le Discernement : «Qu’on exalte la Bénédiction de Celui qui a fait descendre le Livre de discernement sur Son serviteur, afin qu’il soit un Avertisseur à l’univers»[1/alFurqan]. Ou le verset 28 de la sourate Saba’ :«Nous ne t’avons envoyé aux humains qu’en leur totalité pour porter l’annonce et donner l’alarme. Mais la plupart ne le savent pas». Citons encore le verset 158 de la sourate Al A‘raf : «Dis : «Ô hommes : Je suis pour vous tous le Messager d'Allah». Et aussi : *«...Ce Coran m'a été révélé pour que je vous avertisse, par sa voie, vous et tous ceux qu'il atteindra». 19/Al An‘âm/Le Bétail.

*«Et Nous ne t'avons envoyé qu'en miséricorde aux habitants de ce monde».  107, Les Prophètes.

Il serait opportun de rappeler le hadith reproduit par Bukhari dans son Çahih dans lequel le Prophète (PSL) a dit : «Parmi les cinq faveurs qui me furent données et qui ne furent données à nul autre avant moi, il y a celle-ci : Chaque prophète fut envoyé à son peuple en particulier, alors que je suis envoyé à l'humanité entière».

En plus de ces versets qoraniques que nous avons tenu à rapporter afin d'insister sur la portée universaliste de l'Islam, et de montrer à certains chercheurs de l’E.I ce qu'est la vraie recherche scientifique, il serait utile de reproduire ici les paroles de deux penseurs occidentaux importants qui témoignent en faveur de la justice inhérente à l'Islam. Le premier passage est de l'écrivain anglais Bernard Shaw qui a écrit : «J'ai toujours eu une haute considération pour la religion de Muhammad en raison de son étonnante vitalité. C'est la seule religion qui me paraît apte à assimiler toutes les étapes de l'évolution de la vie, car elle peut subjuguer toutes les générations humaines et j'ai toujours prédit qu'elle sera agréée demain en Europe, et elle a déjà commencé à être aujourd'hui acceptée».33

Le deuxième témoignage est celui de René Etienne qui a dit : «Je ne suis jamais entré dans une mosquée sans y ressentir quelques émotions et sans éprouver le remords de ne pas être musulman. Je suis convaincu qu'en Europe et en Amérique, des milliers de personnes souhaitent sincèrement se convertir à l'Islam, mais elles n'ont pas le courage de dévoiler leurs intentions. Je dis haut et fort que je reconnais pleinement l'Islam comme religion»34.

En vérité, l'Islam se distingue par des qualités spécifiques qui le rendent attrayant :

* concordance avec la nature humaine et sa capacité à satisfaire les besoins de l'esprit et du cœur ;

*  promotion de la fraternité entre ses adeptes ;

* appel à la tolérance religieuse.

Pour conclure ce chapitre, j'éprouve le besoin impérieux de revenir sur les paroles du chercheur qui a dit que : «Muhammad ne pensait pas établir une nouvelle religion.» Quand on analyse cette phrase ambiguë, on se rend compte qu'elle sous-entend, d'une part, que Muhammad (PSL) était un simple idéologue et non un Prophète, et que d'autre part, sa pensée fluctuait en fonction des circonstances dans lesquelles il s'est trouvé tout au long de sa vie. C'est pourquoi il n'aurait eu, au début, qu'une mission réformatrice limitée dans le temps et dans l'espace, et ce n'est que quand les conditions se firent favorables qu'il aurait commencé à vouloir instituer une nouvelle religion.

Tout cela n'est que pure divagation de la part de ce chercheur, totalement aveuglé par l'influence du matérialisme historique. S'il avait pu se libérer des dogmes de cette théorie, il aurait vu, entre autres choses, que Muhammad appelait, dès le début de sa proclamation, à une nouvelle religion unitaire, monothéiste, ce qui lui a valu une vive opposition des païens. A son appel cultuel, libérateur, émancipateur, égalitariste, humanitaire, l'opposition devint, à Makkah en particulier, de plus en plus vive et violente. Ses adversaires n'acceptèrent aucune de ses réformes. Le Coran avait prédit cette réaction : «Et ceux-ci s'étonnent qu'un avertisseur parmi eux leur soit venu, et les infidèles disent : 'C'est un magicien, un grand menteur. Réduira-t-il les divinités à un seul Dieu ? Voilà une chose  vraiment  étonnante!'» [ 4-5, Çad].

Il en va de même pour leur rejet catégorique du principe de la Résurrection. Ils disent : «Quoi ! quand nous serons morts et réduits en poussière... ? Ce serait revenir de loin !» [2-3, Qaf].

Le Tout-Puissant a également dit : «Ceux qui ne croient pas disent : «Voulez-vous que nous vous montrions un homme qui prétend que lorsque vous serez décomposés et réduits en poussière, vous aurez à connaître une vie nouvelle ? S’agit-il d’un mensonge qu’il attribue à Allah ? ou est-il simplement devenu fou ? Il n’en est rien ! La réalité est que ceux qui ne croient pas à la vie future et qui sont voués au châtiment, se trouvent plutôt en plein égarement» [7-8/Saba’].

Depuis son avènement, cette religion a apporté de profonds changements dans la vie de l'individu et de la communauté dont chaque membre a vu son comportement et ses habitudes quotidiennes changer totalement. De même, les gens ont vu leurs idées, leur attitude vis-à-vis de la Création, de la vie et de la personne humaine se normaliser, fondant par là une vie sociale nettement plus cohérente.

Un changement radical a donc vu le jour quand les gens ont progressivement délaissé leurs croyances idolâtres pour vénérer Allah, le Dieu unique auquel rien ne peut se comparer. En effet, l'Islam a opéré une révolution dans les mœurs des Arabes dont aucune loi ne régissait auparavant les comportements et les relations sociales, mais qui sont devenus, grâce à l'Islam, des êtres respectueux des lois morales et sociales.

8. De l'explication erronée de l'expression « le Prophète - ummi  »:

Cherchant des arguments pour prouver le caractère local et restreint de la proclamation islamique durant la période mekkoise, notre chercheur ne trouva pour cheval de bataille que l'épithète  ummi, donnée au Prophète dans le Coran, dans le verset 157 de la sourate Al A‘ràf: «Le Prophète-Ummi qu'ils trouvent mentionné chez eux dans la Torah et l'Evangile» (Par Ummi, entendre illettré).

Il donna à cette épithète une explication erronée, écrivant à ce propos :«C’est dans ce contexte que le sens du terme ummi(…) doit être compris. Appliqué à Muhammad (157/VII) il paraît signifier quelqu’un qui n’a pas reçu auparavant le Livre de Dieu et être l’antithèse de Gens du Livre. Mais le terme peut avoir fait allusion à son incapacité de lire les Ecritures juives et chrétiennes. En tant que commerçant, il doit avoir su lire et écrire». (E.I, VII/367).

Il met en doute l’incapacité du Prophète à lire et écrire, affirmant que «en tant que commerçant, il doit avoir su lire et écrire en arabe». Il ajoute que «le terme ummi implique que le Prophète (PSL) était incapable de lire les Ecritures juives et chrétiennes.»

L’auteur conclue que ce terme, signifiant l'ignorance des choses de la religion, conduit à dire que le Prophète-ummi était le Prophète envoyé aux ummiyin (pl. de «ummi»), c'est-à-dire les Arabes qui n'avaient pas reçu d'Ecrit révélé.

Cette explication du terme est inconnue, et elle attente à la vérité, car le Coran dit clairement que le Prophète (PSL) était ummi, qu'il ne savait ni lire ni écrire, comme le précise le verset 48 de la sourate Al Ankabùt/L'Araignée : «Pourtant, naguère tu ne récitais le texte d'aucune Ecriture, pas plus que tu n'en retraces de ta droite : et c'est cela qui fait douter les tenants du faux !».

L’analphabétisme est ici une qualité et non un défaut qui explique encore l'aspect miraculeux de la Révélation sur un personnage illustre qui ne savait ni lire ni écrire. Or, le Coran est un monument unique de savoir scientifique dans tous les domaines, et ce, dans une langue arabe au style inimitable. Il parle en effet de religion, de la vie séculière, de l'Univers, de l'Au-Delà, du droit, de l'éthique, de l'histoire des peuples et de leurs prophètes...toutes connaissances qu'il est impossible à un analphabète, ou n'importe quel être humain, de posséder. Les progrès de la connaissance scientifique, après avoir nécessité de longues années avant la découverte de vérités concernant l'Univers et les créatures qu'il abrite, sont autant de preuves supplémentaires que le Coran est issu d'un pouvoir miraculeux.

En cherchant bien l'explication du verset précité -«Pourtant naguère tu ne récitais... »-- il devient clair que, contrairement aux allégations de notre chercheur, ce verset écarte toute éventualité que le Prophète (PSL) ait été capable de lire. Il est évident que le «ne» marque la négation, et l'ajout de «naguère» renforce cette négation. Autrement dit, le Prophète (PSL) ne pouvait lire ni en arabe ni en aucune autre langue. «Pas plus que tu ne retraçais... » est une négation absolue de la capacité d'écrire, et «de ta droite» est une preuve de plus qui ne permet plus le moindre doute là-dessus. Par conséquent, l'énoncé de ce verset est très fin et pointu, et ne donne lieu à aucune ambiguïté possible.

Chapitre IV
Suspicion à propos des événements de la Sirah avant l'Hégire

T. Ehlert sème le doute sur les événements de la vie du Prophète (PSL) avant l'Hégire et ne croit pas aux agaceries, aux vexations de tous genres subies par le Prophète (PSL), ni aux persécutions des premiers croyants par les associants qorayshites. Il va encore plus loin en mettant en doute l'émigration en Abyssinie et le siège des Banù Hàshim dans leur fief de Makkah. Il tire ses arguments de ce qu'il considère ambigu dans les récits sur le sujet dans les ouvrages sur la Sirah, et du silence gardé par le Coran sur l'émigration en Abyssinie.

1. La lutte contre l'appel à l'Islam :

L'intellectuel informé ne peut qu'être ahuri devant le comportement  d’un chercheur qui nie tous ces événements pourtant rapportés dans les livres d'histoire et les biographies du Prophète (PSL), et que confirme le Livre Saint. Dans maints versets coraniques, il est fait mention des divers actes hostiles des mécréants qorayshites contre le Prophète (PSL). Le Coran a promis la damnation de ses ennemis tels que son oncle ’Abu Lahab,  Walid  bin Al Mughìra et Abu Jahl. Et si le Coran passe sous silence les détails de ces agressions, cela ne veut pas dire qu'il faille mettre celles-ci en doute, mais c'est simplement parce que le Coran n'est justement pas une biographie du Prophète (PSL) comme le prétendent les orientalistes.

Dans leurs çahihs respectifs, Bukhari et Muslim rapportent dans le détail tout ce que le Prophète (PSL) a enduré de la part des associants ; mais il est inutile de nous attarder là-dessus. Celui qui met en doute ces événements historiques irréfutables, doit alors douter de ce qui a été écrit sur les événements les plus importants de l'histoire mondiale. Par ce comportement, on serait alors amené à discréditer toutes les vérités historiques.

2. L'émigration en Abyssinie :

Suite à l'accroissement de la tension à Makkah et à l'aggravation des mesures prises contre les croyants, le Prophète (PSL) encouragea ses fidèles à émigrer en Abyssinie car, leur dit-il, «dans ce pays ils seraient protégés par un roi auprès duquel nul n'est lésé.»35 Les Musulmans partirent donc en Abyssinie, mais malgré eux.

En effet, il ne fait aucun doute que la nécessité de l'exil est source de souffrance, mais les Musulmans durent s'y plier, devant toutes les persécutions dont ils étaient victimes à Makkah. Ils durent abandonner leur mère-patrie et apprendre à survivre dans un environnement totalement étranger autant par sa religion que par sa langue.

Cette émigration a été relatée dans des Çahihs authentiques, attestée par les hadiths du Prophète (PSL)36 et par des annales irréfutables. Comme le chercheur aura trouvé une certaine gêne à rester cramponné à son refus de croire en cette émigration, il se référa, pour se dérober à  sa  responsabilité, à un autre islamologue de sa trempe (Watt : Mecca, pp. 109-17), qui soutient que c'est en raison d'une division survenue au sein de la communauté musulmane que certaines familles ont dû émigrer en Abyssinie, ou encore que des Musulmans y ont émigré librement pour faire du commerce.

Ce ne sont là encore que des allégations sans fondement et des machinations montées par l’auteur qui veut écarter le facteur religieux et spirituel qui fut à l'origine de cette émigration. Le chercheur, influencé par le matérialisme historique, ne peut évidemment croire que les Musulmans puissent agir pour des raisons hautement nobles qui ne peuvent s'expliquer que par elles-même.

3. Explication tendancieuse des gharàneq (les grues) :

En rapport avec l'émigration en Abyssinie, l'incident des gharàneq est relaté dans certains livres sur la Sirah et certaines analyses du Coran. Nous en présentons au lecteur un résumé succinct basé sur le récit de Tabari:

«Alors qu'il se trouvait un jour dans le sanctuaire de la Ka'ba, le Prophète se mit à réciter la sourate (al-Najm/L'Etoile), en présence de quelques croyants et de quelques associants qorayshites. Dès qu'il eut récité les deux versets où sont mentionnées les trois déesses qorayshites : «Ainsi auriez-vous vu al-Làt et al-'Uzzà ? Et Manàt, cette autre troisième ?» 19-20/Al-Najm/l’Etoile, satan lui fit aussitôt ajouter la phrase :

«Ces gharàneq suprêmes dont l'intercession est à souhaiter».

Vite emportés par l'euphorie, les associants s'écrièrent : «Jamais Muhammad n'a aussi bien parlé de nos dieux !». Comme le Prophète (PSL) se prosterna à la fin de la récitation de la sourate, selon son habitude, les croyants et les associants se prosternèrent également».

Si les Musulmans se sont prosternés, ils le firent bien évidemment par adoration pour Allah et en reconnaissance de Son Prophète (PSL). Quant aux mécréants, c'est leur surpise devant le discours vif et franc du Prophète (PSL) qui les fit se prosterner, et non pas parce que ce dernier aurait fait l'éloge de leurs déesses, ce qui n'est qu'une insinuation perfidement glissée dans cette histoire. En effet, quand les associants qui s'étaient prosternés à côté des Musulmans furent grondés par leurs acolytes qui n'avaient pas assisté à la scène, ils justifièrent leur attitude en prétendant qu'ils s'étaient prosternés pour leurs déesses auxquelles le Prophète (PSL) aurait rendu un grand hommage.

Cette version résumée de l'incident a été approuvée par les annalystes avertis. Pourtant, la plupart des ouvrages européens sur la Sirah du Prophète (PSL) se sont accaparés des moindres détails de l'histoire afin de les exploiter dans leur prêche du faux.

Quant à l’auteur de l'article sur Muhammad (PSL) dans l'Encyclopédie de l'Islam, il a, lui aussi, exploité cette histoire de façon satanique. Il a d'abord commencé par nier sa véracité. Ensuite, il a choisi de reconnaître l'existence de quelque vérité dans cette histoire, mais uniquement en vue d'en faire une «preuve» supplémentaire de l'influence des croyances et pratiques païennes sur le Prophète (PSL). Il dit en outre que «jeter la responsabilité de cette hérésie à Satan -comme nous l'avons vu dans le résumé de l'incident  -est une des «aberrations» qui entâchent les événements de la Sirah». Alors, il crée sa propre aberration qui est de dire que les influences païennes se sont manifestées durant une très longue période dans la vie et la mission du Prophète (PSL).

Dans chacun des chapitres précédents, nous avons déjà démontré que la vie du Prophète (PSL), que ce fût avant ou après la Révélation, a été exempte de tout fait païen allant à l'encontre du principe de l'unicité d'Allah. Il est donc inutile de revenir là-dessus. Rappelons simplement que l'évocation des déesses par le Prophète (PSL) est une fausse accusation, et que ceux qui se fondent sur les fausses accusations s'en rendent complices.

4. Déni du siège et du boycott des Banù Hashim :

Tous les écrits sur la Sirah et les hadiths du Prophète (PSL) s'accordent sur le récit des mesures hostiles prises par les associants qorayshites en voyant s'accroître le nombre des fidèles du Prophète (PSL), surtout après la conversion de Hamza bin‘Abd al-Muttalib et de ‘Omar ibn al-Khattab, et l'accueil, la protection et l'écoute dont bénéficiaient les Musulmans en Abyssinie. Au nombre de ces mesures sont cités le blocus du clan du Prophète (PSL) et son boycott sur le plan économique et social. Les Qorayshites décidèrent de tuer le Prophète (PSL) ; mais ’Abu Tàlib apprit la nouvelle et réunit Banu Hashem et Banu Muttalib qui offrirent leur protection et celle des leurs au Prophète (PSL), le sauvant ainsi de ceux qui voulaient sa mort. 

Ce récit véridique figure parmi les récits authentifiés que firent paraître des historiens de la Sirah comme Bukhari et Muslim dans leurs Çahihs.37 En dépit de l'exactitude des informations fournies par ces sources de haute valeur, T. Ehlert s'entête à nier ces événements et, arguant du silence du Coran là-dessus, considère les récits qui en ont été faits comme de pures affabulations.

Un exemple de la diversité de ces récits et des analyses qui en ont été faites se trouve dans les paroles suivantes d’Abu Hurayra -béni soit-il- rapportées par Al Bukhari :38 «Alors que nous nous trouvions à Minan, le Prophète (PSL) nous dit : «Demain, nous nous rendrons au Khayf* des Banu Kinana afin de méditer sur la question». En effet, les Qorayshites et les Banu Makhzùm se sont jurés de ne plus s'allier par mariage aux gens des Banu Hashem et Banu Al-Muttalib, de ne même plus les reconnaître tant qu'ils ne leur livreraient pas le Messager d'Allah (PSL).»

Par son déni et sa suspicion concernant ces événements, le chercheur vise à diminuer l'importance de l'hostilité des Qorayshites vis-à-vis de l'appel à l'Islam pendant les années mekkoises. Cependant, nous avons déjà démontré le non-fondé d'une telle idée.

 

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