
Situation géographique
Tarim est, avec Shibam et Seiynun, l’une des villes les plus connues du Yémen. Située au nord-est de Shibam sur la vallée de Hadramaout, à une latitude d’environ 16° au nord de l’équateur et à une longitude d’environ 48° à l’est de Greenwich, Tarim est à 2070 pieds au dessus du niveau de la mer et s’étend sur une superficie de 3500 km².
Tarim est considérée comme la deuxième plus grande ville de la vallée de Hadramout. Elle se situe à 24 kms de Seiynun et à 356 km d’Al Mukla. Capitale religieuse de Hadramaout depuis le 4ème siècle de l'Hégire, Tarim est connue pour ses ribat et ses zaouia où le Coran est enseigné et mémorisé depuis plus de six siècles.
Origine du nom
De sources historiques, Tarim doit son nom à l’un de ses rois : Tarim Ben Al Soukoun bin Al Achrass bin Kinda. Elle fut édifiée en premier par Tarim bin Hadramaout bin Saba’a. Par ailleurs, la ville est citée dans les anciennes sculptures rupestres yéménites. Tarim a été la capitale de rois arabes de Kinda.
Tarim à travers l’histoire
Les habitants de Tarim ont embrassé l’islam, après le retour de la délégation qui s’était rendue chez le Prophète (PSS) à Médine au 10ème siècle de l’Hégire. A l’issue de cette visite, le Prophète a envoyé le premier gouverneur de Hadramaout Ziyad ibn Labid al-Bayadi al-Ansari qui s’était installé à Tarim. Lorsque le gouverneur de Tarim reçut le message d’Abu Bakr après la mort du prophète, les habitants de la ville prêtèrent allégeance au premier calife du prophète, à l’exception de certains qui ont abjuré leur religion. Ceux qui sont restés fidèles à leur religion ont grandement contribué à la guerre contre les renégats dans la bataille décisive de Najir où l’armée des musulmans a remporté une écrasante victoire au fort de Najir qui est située à 30 km à l’est de Tarim. Les compagnons du Prophète qui ont été blessés au cours de cette bataille furent soignés à Tarim. Ceux qui ont succombés à leurs blessures y ont été inhumés au cimetière de Zambal.
Tarim est devenue un haut lieu du savoir au Yémen. De nombreux historiens et voyageurs l’ont qualifiée de ville magnifique, notamment Al-Hamadani. La ville de Tarim était, en effet, la capitale spirituelle de Hadramaout, elle fut et demeure un centre de rayonnement religieux qui a diffusé la science et le savoir depuis l’avènement de l’islam. A la fin du 5ème siècle et au début du 6ème siècle de l’Hégire, un grand nombre d’émigrants yéménites s’est rendu en Inde, Indonésie, Singapour et Philippines pour diffuser l’islam.
Mouvement architectural à Tarim
Considérée comme la plus belle ville yéménite, Tarim se caractérise par ses somptueux palais construits en terre et en matériaux locaux, édifiés par des ouvriers de talent qui ont su allier l’art de construction local à l’architecture islamique, donnant ainsi à la ville le cachet spécial qu’on lui connaît aujourd’hui.
Depuis le 12ème siècle de l’hégire, la ville de Tarim a connu un essor architectural considérable qui a atteint son apogée au début du 14ème siècle. A cet effet, l’émigration vers Singapour, l’Indonésie et l’Inde a eu un impact remarquable sur le développement de l’architecture de Tarim. Un très grand nombre de riches émigrants ayant regagné Tarim pour s’y installer, notamment la famille Aidarous, la famille Ibn Sahl, la famille Al Kaf et la famille Ibn Yahya y ont bâti des maisons luxueuses avec un style architectural moderne. C’est ainsi que des noms indiens ont été introduits en architecture tels que le mot « bungalow » importé des Indes et qui indique une certaine forme de construction.
Construites sur trois ou quatre étages d’une hauteur de 10 coudées, les maisons de Tarim sont spacieuses et ornées de gravures et de couleurs en forme de cercles et de lignes régulières et harmonieuses. Sur les murs, sont transcrits en couleurs vives, des versets du Saint Coran ainsi que des vers poétiques. Les anciennes maisons de Tarim possèdent de grandes ouvertures d’aération, les constructions sont d’une grande splendeur et constituent un modèle architectural unique dans toute la vallée. Par ailleurs, les fenêtres et les portes des bâtiments sont faites de bois rouge sur lequel sont inscrits des versets et décorés de motifs sculptés, les plafonds sont peints en couleurs vives selon les goûts. Les maisons sont construites en terre-paille et blanchies à la chaux.
Connus par leur grand savoir-faire, Les artisans maçons de Tarim ont promu l’architecture yéménite à un niveau sans précédent. En effet, toutes les maisons de Tarim sont l’œuvre d’ouvriers hadramis avec leurs gravures et peintures locales qui remontent au 9ème siècle (H). L’art hadrami accorde une grande importance aux inscriptions murales. A titre d’exemple, le portail de Dar Abdullah Bin Abi bakr Al-Aidarous, construit au 9ème siècle de l’hégire comporte le texte intégral de la Sourate YaSîn.
Parmi les architectes de renommée qui se sont distingués au 14ème siècle de l’hégire, citons l’ingénieur Abu Bakr Bin Alaoui Al Kaff, Iwad Suleimane Afif qui a construit de nombreux édifices, minarets et dômes, Al Bunnah, et enfin Omar Yaamar (décédée en 1975) qui a construit la plupart des maisons des notables comme les Palais Al Qubba, le Palais Asha et autres.
Grâce à ses nombreux savants et zaouias, des étudiants se rendaient à Tarim en provenance du Yémen, des pays voisins, d’Extrême-Orient et d’Afrique de l’Est. Parmi les anciens centres d’érudition toujours en activité aujourd’hui, citons la me’alama d’Abi Mariam pour la mémorisation du Coran, fondée au 6ème siècle de l’hégire et le ribat de Tarim, inauguré le 14 muharram 1305 H. Plusieurs établissements d’enseignement ont été créés, dont la faculté de droit de l’université Al-Ahqaf et l’institut Al-Mostafa pour les études islamiques, devenu plus tard un lieu de rayonnement scientifique à l’échelle locale.
Principaux monuments historiques de Tarim :
Tarim compte de nombreux monuments historiques et sites archéologiques, dont notamment d’anciens ouvrages d’irrigation, des norias, des forteresses, des remparts et des tours. Parmi les plus importants monuments, citons:
Les mosquées
La mosquée Al Mihdar

La mosquée Al Mihdar
Située au cœur de Tarim, la mosquée Al Mihdar se distingue surtout par son minaret. Considéré comme le plus important monument de la ville, cet ouvrage de 40 mètres construit en pisé date de 1801 (1222 H). Les plans de ce minaret ont été conçus par le poète et écrivain Aboubakr bin Abdel Rahmane bin Chihab, tandis que la construction a été confiée au célèbre artisan-constructeur Iwad Suleimane Afif, aidé de ses frères. Tous les matériaux utilisés dans la construction de ce minaret sont locaux. Une fois achevé, il a été blanchi à la chaux. Ce minaret est, depuis, considéré comme un véritable chef d’œuvre de l’architecture de Hadramaout.
On dit que cette mosquée est la plus ancienne de Tarim. On dit aussi que c’est la première mosquée qui y a été construite et que la date de construction remonte à l’an 49 de l’Hégire. On rapporte également qu’elle est a été construite par Cheikh Ahmed bin Abbad bin Bichr Al-Ansari, arrière-grand-père des Al-Khatib, une des grandes familles de Tarim.
La grande mosquée de Tarim :

La grande mosquée de Tarim
C’est la plus grande mosquée de la ville. Construite durant la période entre 985 et 1011 (375 et 402 H), la grande mosquée de Tarim est située au centre-ville, sur l’artère principale qui traverse Tarim.
Cette mosquée abrite en son sein la bibliothèque Al-Ahqaf pour les manuscrits, relevant du ministère de la culture, qui vient en seconde position, en termes d’importance, après le Centre des manuscrits de Sanaa. Elle compte plus de 5000 manuscrits, dont certains originaires de Hadramaout, connus pour leur magnifique calligraphie. Cette bibliothèque est entièrement dédiée aux étudiants.
Les zaouias (confréries religieuses), maisons du savoir et mazarat (itinéraires)
Tarim compte, par ailleurs, de nombreuses zaouias remontant à une époque lointaine, telles que la zaouiya du Cheikh Hussein bin Abdallah Al Aidarouss à la mosquée Bachaâbane, la zaouia de Ali bin Abi Bakr Sakrane, la zaouia de Qobba Al-Abdallah bin Cheikh, la zaouia Dar Al Qiraa’a à Sahil, la zaouia de la mosquée Al Awwabine, la zaouia de la mosquée Sarjiss, la zaouiya de la mosquée Nofaiâ, la Qobba d’Abou Maryam pour la mémorisation du Saint Coran, la zaouia de la mosquée Saqqaf et la zaouia de l’imam Abdallah bin Aboubakr Al-Aidarous. Citons aussi le ribat de Tarim, considéré par certains historiens comme le « petit Azhar » ; la zaouia du cheikh Salem Bafadel, située à côté de la mosquée qui porte le même nom et qui est considérée comme la plus ancienne des zaouias et écoles de Tarim ; la zaouia du cheikh Hussein bin Abdallah Belhaj, située à l’ouest du cimetière de Tarim et connue aujourd’hui sous le nom de la mosquée Chakra ; la zaouia Bagharib et la zaouia Baharmi où ont été formés bon nombre d’oulémas, de juristes et de cheikhs de renom.

La Zaouia du cheikh Hussein bin Abdallah Belhaj
Parmi les plus importants monuments religieux et mazarat de la ville de Tarim et ses environs, citons la mosquée Al Mihdar avec son haut minaret, la mosquée de Tarim, le mazar Ahmed bin Abbad bin Bichr au village Lasak, les Qubbas Al cheikh (Aboubakr bin Salem), Bajlahban et cheikh Abdallah Baqchir, auteur de l’ouvrage Qala’id Al Khara’id dans la région de Kasam et Mawla Al-Qouira Abdallah bin Ahmed à Machta.

Le mazar Bajlahban
Les palais historiques
Tarim compte, par ailleurs, plusieurs sites touristiques et palais somptueux qui représentent un mélange d’architecture yéménite authentique et d’architecture asiatique et malawi, le tout agrémenté d’une touche grecque et occidentale. Parmi les palais les plus célèbres, citons le palais Ocha, le palais Twahi, le palais Darussalam, le palais Hamtout, le palais Abderrahmane bin cheikh ElKaf, le palais al Monaysoura appartenant à Al bin Yahia, le palais Qobba, le palais Selmana et autres.
Remparts, forteresses et citadelles
Les remparts qui entourent Tarim sont l’œuvre du Sultan Abdallah bin Rashed, et leur construction remonte à l’an 601 H. En 895 H, ils furent détruits par Abdallah bin Raseâ, avant qu’ils ne soient reconstruits par Ahmed bin Mohamed Raseâ en 913 H. Celui-ci les dota de trois portes principales, la première du côté Sud près du puits connu sous le nom de Asel, la seconde du côté Est au quartier Al-Chérif, et la troisième du côté nord au quartier Al Qares. La ville de Tarim et ses environs compte plusieurs forts aux pieds des montagnes environnantes et dont la fonction d’origine était de protéger la ville contre les attaques ennemies. Parmi ceux-ci, on peut citer notamment :
Situé au centre- ville, le fort Ar-ranaad est, depuis longtemps, le symbole du pouvoir et de l’autorité. Cet ouvrage, connu aujourd’hui sous le nom de « palais du peuple », est un mélange réussi des architectures yéménite traditionnelle, grecque et asiatique. Aux côtés de ce fort, il existe d’autres forts non moins importants, tels que le fort Motahhar, le fort Fallouqa, le fort Al-Irr, le fort Ghorama, le fort Nafi, le fort bin Dobane, le fort du Moqaddem bin Yamani à Qasim, le fort Chatoui, le fort Eden, le fort Abdeddaim, le fort Awad et autres ouvrages fortifiés de la ville.
Par ailleurs, Tarim est comme pour ses fontaines publiques, notamment la fontaine publique de Mochayekh, près du mont Kahlane, aux alentours du fort Motahhar, la fontaine publique Al-Arid à Nouidra, la fontaine publique Hanina, sur la route de Damoune et la fontaine publique Belhaj, sur la route de Thobay.